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12 août 2026 3 12 /08 /août /2026 22:54

Fils d’un héros nationaliste mort après avoir tenté de défendre la souveraineté coréenne devant les puissances étrangères, Yi Yong fut marqué dès son enfance par la lutte contre le Japon. Mais son parcours ne se limita pas à l’héritage familial : passé par l’exil, les organisations militaires et les réseaux révolutionnaires d’Asie orientale, il devint après 1945 l’un des responsables de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sa vie raconte le basculement d’un nationalisme coréen d’abord tourné vers la diplomatie vers la lutte armée puis la construction d'un nouvel Etat.

En 1931, le Dong-a Ilbo annonce l'arrestation de Yi Yong (sur la photo)

En 1931, le Dong-a Ilbo annonce l'arrestation de Yi Yong (sur la photo)

Yi Yong est une figure méconnue de l’histoire politique coréenne. Né le 7 avril 1888 à Bukcheong, dans le Hamgyong du Sud, il appartient à une génération qui a vécu l’effondrement de l’Empire coréen, l’installation de la domination japonaise, les guerres révolutionnaires d’Extrême-Orient et, finalement, la division de la péninsule. Sa trajectoire n’est pas celle d’un simple fonctionnaire devenu ministre : elle est celle d’un militant formé dans l’exil, passé par les réseaux militaires indépendantistes avant de participer à la construction de la Corée indépendante après 1945.

Son père, Yi Jun, occupait déjà une place importante dans l’histoire de la résistance coréenne. En 1907, il fut envoyé à La Haye avec deux autres représentants par l’empereur Kojong. Leur mission était de dénoncer le traité d’Eulsa, imposé par le Japon en 1905 et qui avait privé la Corée de sa souveraineté diplomatique. Les émissaires ne furent pas autorisés à prendre officiellement la parole lors de la conférence internationale, mais leur présence attira l’attention de la presse étrangère. Yi Jun mourut aux Pays-Bas pendant cette mission, dans des circonstances qui contribuèrent à faire de lui un martyr de la cause indépendantiste.

Cet épisode n’explique pas à lui seul l’engagement de Yi Yong, mais il donne à son histoire une dimension particulière. Il grandit dans le souvenir d’un père qui avait tenté de sauver l’indépendance coréenne par le droit et la diplomatie, à un moment où le Japon imposait déjà sa domination au pays. La génération de Yi Yong tira cependant une conclusion plus radicale de cet échec : puisque les puissances étrangères ne semblaient pas vouloir défendre la Corée, il fallait organiser la résistance par ses propres forces.

Après ses études au collège Boseong de Séoul, Yi Yong quitta la Corée et rejoignit Vladivostok en 1910, l’année même où l’annexion japonaise fut officiellement proclamée. La ville constituait alors un centre majeur de l’exil coréen. On y trouvait des militants nationalistes, des étudiants, des militaires et des révolutionnaires qui cherchaient à coordonner la lutte contre le pouvoir colonial. Pour Yi Yong, l’exil ne fut donc pas un simple refuge : il devint une école politique et militaire.

Dans les années suivantes, il s’engagea dans les forces indépendantistes coréennes actives en Sibérie et en Mandchourie. Il participa notamment à l’organisation d’unités armées et entra en contact avec les mouvements révolutionnaires chinois et soviétiques. Comme beaucoup de militants de son époque, il considérait que la libération nationale était inséparable d’un combat plus large contre l’impérialisme. Ses relations avec les milieux communistes se renforcèrent progressivement, sans faire disparaître pour autant la dimension patriotique de son engagement.

Cette évolution est essentielle pour comprendre Yi Yong. Le communisme ne représentait pas seulement, pour ces militants, une doctrine sociale importée de Russie ou de Chine. Il constituait aussi un cadre international, des ressources militaires et une organisation capables de soutenir la lutte contre le Japon. Dans les territoires où les exilés coréens combattaient, les frontières entre nationalisme, révolution sociale et communisme étaient souvent mouvantes.

Après la défaite japonaise de 1945, Yi Yong revint dans une Corée libérée mais profondément divisée. La péninsule fut séparée en deux zones d’occupation, soviétique au nord et américaine au sud. Alors que les tensions entre les deux camps s’aggravaient, il participa en avril 1948 à la conférence de Pyongyang, organisée pour rassembler les opposants à la division politique de la péninsule, en tant que représentant du Nouveau parti démocratique.

La fondation de la République populaire démocratique de Corée la même année ouvrit pour lui une nouvelle étape. Après avoir passé plusieurs décennies dans la clandestinité et l’exil, Yi Yong entra dans les institutions d’un État. Il fut nommé ministre de la Gestion urbaine dans le premier gouvernement de la RPDC dirigé par Kim Il-sung. Cette fonction montre que le régime ne cherchait pas seulement à s’appuyer sur de jeunes cadres communistes : il voulait aussi intégrer des vétérans de la lutte antijaponaise.

La guerre de Corée transforma encore ses responsabilités. En décembre 1951, Yi Yong devint ministre de la Justice, avant d’occuper en 1953 un poste de ministre sans portefeuille. 

Yi Yong mourut le 18 août 1954. En 1990, la Corée du Nord lui attribua à titre posthume le prix national de la Réunification, distinction créée cette même année pour honorer les personnalités ayant contribué à la réunification de la péninsule. Il fut également inhumé au cimetière des martyrs patriotiques à Pyongyang. Cette reconnaissance s’inscrivait dans la volonté du régime de rattacher son histoire à celle des résistants qui avaient combattu le Japon avant même la naissance de la République populaire démocratique de Corée.

Son parcours reste néanmoins plus complexe que le récit officiel qui en fut fait. Yi Yong fut à la fois le fils d’un nationaliste, un exilé, un combattant, un militant proche des révolutionnaires communistes et un responsable d’État. Ces identités ne se succédèrent pas toujours clairement : elles se mêlèrent au gré des guerres, des alliances et des bouleversements politiques qui transformèrent l’Asie orientale.

À travers lui, on comprend surtout pourquoi l’histoire de l’indépendance coréenne ne peut pas être réduite à une opposition simple entre nationalistes et communistes. Beaucoup de militants commencèrent par défendre la souveraineté de la Corée avant de rejoindre des mouvements révolutionnaires, parce que ceux-ci étaient les seuls à disposer de réseaux, d’armes et d’un soutien international. Yi Yong incarne cette génération prise entre le patriotisme, l’anticolonialisme et la révolution, dont l’itinéraire conduisit finalement à la construction de la RPD de Corée.

Sur cette photo du premier gouvernement de la RPD de Corée, en 1948, figure au troisième rang (troisième en partant de la droite)

Sur cette photo du premier gouvernement de la RPD de Corée, en 1948, figure au troisième rang (troisième en partant de la droite)

Sources : 

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