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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 21:00

La montée des tensions semble  apparemment inexorable en Asie du Nord-Est, étant marquée par un nouveau cycle de sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et de réactions de la RPDC, qui s'apprêterait à procéder un troisième essai nucléaire. En signe de désapprobation, la Chine a annoncé qu'elle suspendrait ses livraisons de céréales et d'énergie à la RPDC. L'escalade tient aussi à l'attitude des Etats-Unis et de leur allié sud-coréen : après le lancement d'un satellite par la Corée du Sud, de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens dès la semaine prochaine - impliquant notamment un sous-marin nucléaire américain - ont logiquement conduit à la RPDC à réagir.

 

Selon une dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA publiée le 3 février 2013, dans un discours prononcé lors d'une réunion de la Commission militaire centrale du Parti du travail de Corée, le dirigeant de la RPDC Kim Jong-un a donné des instructions pour renforcer les capacités d'autodéfense de l'Armée populaire de Corée afin de défendre la souveraineté nationale et la sécurité du pays, face aux "exercices de guerre" des Etats-Unis et de la Corée du Sud. Chaque partie fait ainsi sienne le proverbe si vis pacem, para bellum ("si tu veux la paix, prépare la guerre") pour protester de ses intentions pacifiques et défensives (Washington parle d'exercices de routine à caractère défensif, et Pyongyang de renforcement de sa force de dissuasion pour prévenir une attaque, conformément à ses droits d'Etat souverain). En réalité, c'est une autre partie - diplomatique - qui se joue en coulisses, y compris à l'intérieur de chaque pays, aucun gouvernement ne souhaitant que les tensions dégénèrent en conflit ouvert.

 

En particulier, au moment où John Kerry, déjà partisan du dialogue avec Pyongyang après l'essai nucléaire nord-coréen de 2009, prend ses fonctions de secrétaure d'Etat, de nombreux responsables de l'appareil d'Etat américain ont conscience de l'impasse où a conduit l'escalade des tensions, comme en témoigne la tribune ci-dessous, traduite de l'anglais par l'AAFC, de Joseph R DeTrani, ancien ambassadeur américain aux pourparlers à six (2003-2006) de l'administration George W.  Bush. Il souligne notamment la nécessité de ne pas rendre impossible une reprise future des négociations, en allant trop loin dans l'escalade. 

 

Pour l'AAFC, il convient aussi de se projeter au-delà des prochaines semaines et des prochains mois pour imaginer le futur scénario de sortie de crise. Selon nous, ce scénario devra se fonder sur la recherche d'une paix durable dans la péninsule, où chaque partie devra faire des concessions. Une telle capacité prospective représente notamment une impérieuse nécessité pour la diplomatie européenne et la diplomatie française, si les fonctionnaires français et européens ne veulent pas rester à la traîne des Etats-Unis et du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le dossier coréen. Comme Joseph DeTrani, nous estimons que c'est maintenant qu'il faut agir : pour nous, la France doit tenir son rang diplomatique et reprendre l'initiative en étant porteuse de solutions basées sur le dialogue et le rétablissement d'une confiance mutuelle entre les parties, plutôt que de subir les événements.

 

joseph_r_detrani.jpgAnnexe - Résoudre la question nucléaire nord-coréenne, par Joseph R. DeTrani

 

Au regard des bouleversements en Moyen-Orient et en Asie du Sud et des tensions en Asie de l'Est, un succès dans la résolution de la question nucléaire nord-coréenne est nécessaire et est toujours à notre portée, malgré la dure réponse de la Corée du Nord à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant son lancement de missile (sic, NdT : il s'agissait en réalité d'un lancement de satellite) en décembre.

 

La quatrième série de pourparlers à six avec la Corée du Nord, en septembre 2005, a produit une déclaration conjointe aux termes de laquelle la Corée du Nord est prête à démanteler ses programmes nucléaires existants en contrepartie d'une aide économique, de la normalisation in fine de ses relations avec les Etats-Unis et de la fourniture d'un réacteur à eau légère quand la Corée du Nord redeviendra membre du Traité de non prolifération.

 

L'ancien dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait approuvé la déclaration conjointe, en faisant savoir à de nombreuses reprises que la Corée du Nord était prête à démanteler tous ses programmes nucléaires, en contrepartie d'assurances de sécurité, d'une aide économique et de relations normales avec les Etats-Unis. Son fils et successeur, Kim Jong-un, n'a pas fait de commentaires à ce sujet et n'a pas - à la différence de son père - pris d'engagement sur la dénucléarisation. Obtenir de Kim Jong-un qu'il le fasse sera maintenant plus difficile, sinon impossible. 

La déclaration de Pyongyang du 24 janvier, en réponse à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) du 22 janvier, a déclaré : "Dans ces conditions, la RPDC ne peut que déclarer que les pourparlers à six n'existent plus, tout comme la déclaration du 19 septembre [2005]". La Corée du Nord a fait des déclarations similaires à plusieurs reprises mais, par l'intermédiaire de la Chine et d'autres pays, elle est revenue aux négociations. Comme hier, il faut maintenant le persuader de reprendre le dialogue. 

Sur le fond, l'optimisme engendré par la Déclaration conjointe du 19 septembre 2005, après trois ans de négociations infructueuses qui avaient commencé en août 2003, a vécu. Quand en juillet 2006 la Corée du Nord a lancé sept missiles, puis procédé à un essai nucléaire en octobre, des sanctions ont été immédiatement imposées par les résolutions du CSNU 1695 et 1718. 

A l'époque, la Corée du Nord avait fait savoir que les missiles avaient été lancés à cause d'une rupture dans la confiance avec les Etats-Unis quand le Trésor américain, le jour même où la déclaration conjointe était signée, sanctionnait une banque de Macao [NdT : la Banco Delta Asia] accusée de blanchiment d'argent pour la Corée du Nord et forcée de geler 25 millions de dollars américains sur un compte détenu par la Corée du Nord. Quand la banque s'est conformée à la loi américaine, l'argent a été restitué à la Corée du Nord. 

Cela a conduit au retour de la Corée du Nord aux négociations à six, où des progrès ont été réalisés, avant que cet élan ne se brise quand la Corée du Nord n'a pas voulu satisfaire l'exigence américaine que l'accord oral soit mis par écrit. 

Nous avons été engagés dans des pourparlers à six et de nombreuses négociations bilatérales avec la Corée du Nord pendant près de dix ans. Ces dernières années, aucune discussion officielle à six n'a eu lieu et les résultats de ces contacts ont été effroyables. En fait, pendant ces dix années de négociations sporadiques, la Corée du Nord a construit, vendu et amélioré son stock de missiles balistiques et fabriqué davantage d'armes nucléaires à base de plutonium et d'uranium enrichi. Le lancement réussi de missile du 12 décembre 2012 qui a placé un satellite un orbite montre que Pyongyang a réalisé des progrès appréciables dans la technologie des missiles balistiques à longue portée.

Même si les cinq autres parties que la Corée du Nord engagées dans les pourparlers à six - la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon et la Russie - s'investissent autant dans ces négociations, c'est la Chine et les Etats-Unis qui ont le plus d'influence sur la Corée du Nord. La Chine apporte une aide alimentaire et énergétique significative à la Corée du Nord ; son commerce avec la Corée du Nord a fortement augmenté et le traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle avec la Corée du Nord de 1961 apporte les bases qui donnent à la Chine un clair pouvoir d'influence.

 

Les Etats-Unis ont un pouvoir considérable, dans la mesure où la Corée du Nord veut des garanties de sécurité et la normalisation de ses relations, ce qui ensuite permettrait à la Corée du Nord d'accéder aux institutions financières internationales et lui apporterait une légitimité internationale. Par conséquent, il est juste d'affirmer que la Chine et les Etats-Unis peuvent et devraient faire davantage, surtout maintenant, pour se réengager avec la Corée du Nord avant qu'une poursuite de l'escalade des tensions par Pyongyang ne rende inconcevable une reprise des discussions. 

La stratégie de l'insouciance n'a pas été un succès. L'engagement en ce moment avec la nouvelle direction à Pyongyang semble prudente, supposant que le jeune nouveau dirigeant nord-coréen s'abstienne de nouveaux lancements de missiles ou d'essais nucléaires et que, à l'instar de son père, il s'engage finalement sur la voie de la dénucléarisation, en conformité avec la déclaration conjointe du 19 septembre 2005. La Chine, en travaillant étroitement avec les Etats-Unis, peut engager ce processus en obtenant de Pyongyang un retour immédiat et inconditionnel aux pourparlers à six.

L'objectif devrait être que Kim Jong-un engage publiquement la Corée du Nord dans le sens de la déclaration conjointe du 19 septembre 2005, en déclarant que la Corée du Nord est prête à démanteler tous ses programmes nucléaires en contrepartie de garanties de sécurité, d'une aide économique et d'une normalisation in fine de ses relations avec les Etats-Unis. Il est maintenant temps d'agir.

Joseph R. DeTrani a été l'envoyé spécial [américain] aux pourparlers à six avec la Corée du Nord de 2003 à 2006, et le chef de la mission sur la Corée du Nord auprès du Directeur du renseignement national entre 2006 et 2010. Il a été le Directeur du Centre national de contre-prolifération jusqu'en janvier 2012. Les idées et les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et n'engagent pas le Gouvernement ni l'administration des Etats-Unis.

 

Sources : AAFC, USAToday. Tribune de Joseph R. DeTrani traduite de l'anglais par l'AAFC, publiée en anglais sur le site Asia Times online le 29 janvier 2013. Photo de l'ambassadeur Joseh DeTrani : source China Daily.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 21:32

kim-jong-un_barack-obama.jpgLe 24 janvier 2013, la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a fermement rejeté la résolution 2087 Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) ayant élargi les sanctions contre la RPDC après le lancement du satellite Kwangmyongsong-3 le 12 décembre 2012, résolution qu'elle regarde comme illégale et contraire au principe de respect de la souverainté des Etats, qui est la base du droit international public. Mettant en cause la politique hostile des Etats-Unis à l'origine de la nouvelle résolution, la déclaration de la Commission de la défense nationale de la RPDC a précisé : « nous ne cachons pas que divers satellites et fusées à longue portée seront lancés par la RPDC l'un après l'autre et qu'un essai nucléaire de plus grande puissance sera conduit » dans « une nouvelle phase du combat antiaméricain [...] ciblant les Etats-Unis, ennemi juré du peuple coréen ». Les analystes étrangers ont alors considéré qu'un nouvel essai nucléaire, qui pourrait être à base d'uranium enrichi, pourrait être conduit prochainement. Dans un article intitulé « Nous n'avons pas d'autre choix » publié par le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, dans son édition du 26 janvier 2013, le journal nord-coréen a estimé qu'un « essai nucléaire » plus puissant que les précédents était une « exigence du peuple ». Les tensions qui traversent actuellement la péninsule coréenne sont malheureusement trop courantes pour être dues à de simples brouilles diplomatiques conjoncturelles : ce sont encore et toujours les mêmes logiques à l’œuvre qui, si elles ne sont pas profondément remises en question, mèneront inéluctablement à une escalade, voire à une militarisation après l'échec d’un dialogue déjà rendu difficile. La politique de sanctions économiques, qui touche beaucoup plus les peuples que les gouvernements, usée jusqu'à la corde, fait partie de ces facteurs déstabilisants qui peuvent mener jusqu’aux situations que nous connaissons aujourd’hui.

 

La République populaire et démocratique de Corée a toujours fait preuve d’indépendance dans la conduite de ses politiques. Elle était indépendante du bloc socialiste pendant la Guerre froide puisqu’elle n’a jamais adhéré au CAEM (Conseil d’assistance économique mutuelle) et elle a développé sa propre doctrine politique adaptée au contexte coréen, le Juche. Indépendante, elle l’est aussi vis-à-vis de la Chine, grand pays ami et allié depuis la guerre de Corée, puisque si la Corée du Nord montre beaucoup d’attention pour le modèle chinois elle ne cherche pas nécessairement à évoluer de la même manière. Enfin, Pyongyang se montre encore et surtout indépendant de l’Occident, et tout particulièrement des Etats-Unis, vus de RPDC comme étant la cause d’un certains nombre de problèmes internes, via la politique de sanctions proférée à l’égard de la RPDC depuis plus de soixante ans : l’embargo états-unien sur la Corée du Nord (auquel s’associe en partie la France) est en effet le plus vieil embargo mondial.

 

Les effets de cette politique têtue de sanctions économiques font très souvent l’actualité mais l’embargo n’est que très rarement désigné comme étant la cause de ces escalades (le plus souvent verbales). La Corée du Nord ne souhaite après tout qu’une chose : poursuivre son développement économique selon ses propres principes de politique économique, mais cette volonté est contrariée par l’étranglement constant qui, comme toute politique d’embargo, est beaucoup plus dévastateur pour les peuples qu’il ne l’est pour les régimes. Les exemples internationaux ne manquent pas : Cuba, pays relativement pauvre annoncé comme le premier pays socialiste à s’écrouler après la Guerre froide vient de recevoir les félicitations de l’UNICEF pour ses politiques sociales vis-à-vis de la petite enfance. L’Iran, qui fut longtemps un pays sous la coupe américaine, est précipité dans une course à la bombe nucléaire car il considère que c’est le seul moyen de garder à bonne distance toute tentative d’ingérence dans ses affaires internes. On pourrait aussi penser aux effets dévastateurs des sanctions contre l’Irak, la Libye… la liste est longue.

 

Le scénario iranien est particulièrement intéressant car il montre en quoi ces politiques imposées par le fort au faible sont en vérité catastrophiques pour ceux qui soutiennent des logiques de paix : ce que les politistes appellent, avec beaucoup d’euphémisme, « diplomatie coercitive » ne porte jamais ses fruits en terme de sécurisation des processus d’apaisement ; en effet, mettre un Etat souverain aux abois ne le fera jamais s’assoir à la table des négociations, au contraire, cette politique risque fortement de l’en éloigner. Mais Les Etats-Unis veulent-ils vraiment négocier ? C’est une tactique diplomatique bien connue : mettre des conditions à la reprise du dialogue inacceptables par l’autre partie (en l’occurrence, diminuer ses capacités de défense alors même que plusieurs dizaines de milliers de soldats américains patrouillent la frontière intercoréenne) pour paraître ouvert au dialogue alors qu’on vient juste de claquer la porte aux compromis.

 

Cette tactique politique grossière se double par ailleurs d’une certaine hypocrisie : l’Occident est bien conscient que la Corée du Nord, dont la doctrine nucléaire est très proche de celle de la France (qui n'a d'ailleur adhéré au Traité de non-prolifération qu'en 1992, après plusieurs vagues d’essais à Mururoa), montre une absence d'intention de se servir effectivement de cette arme (principe de dissuasion) qu’elle considère comme une garantie d’indépendance dans un contexte politique très difficile. Rappelons-le, la RPDC est soumise à de multiples pressions : pression d’abord militaire, puisque des exercices navals américano-sud-coréens ont régulièrement lieu en mer Jaune (mer de l’Ouest), pression économique, de par la stratégie de sanctions et pressions politiques de toutes natures, comme en témoigne les nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU - ou d’autres instances - prises à l’encontre de la RPDC.

 

Les géopolitologues appellent ce phénomène le « paradoxe de la Reine Rouge » (en référence à Lewis Carrol et à Alice au pays des merveilles) : en effet sa doctrine, et a fortiori sa doctrine militaire, n’évolue jamais seule, mais procède par adaptation à son environnement : un environnement hostile aura très généralement tendance à pousser un Etat à augmenter ses capacités de défense. Il suffit de regarder la liste des pays détenteurs de l’arme atomique pour voir que peu d’entre eux s’inscrivent dans un tissu de relations internationales apaisé (Inde, Pakistan, Etats-Unis, Israël, Chine, etc).

 

Un renversement de perspectives permet de bien prendre conscience de cette politique du « deux poids, deux mesures » : les Etats-Unis ont-ils connu un déchaînement médiatique contre eux quand ils ont procédé à un test nucléaire le 5 décembre 2012 ? Y a-t-il eu une quelconque volonté de sanctions internationales onusiennes contre la première puissance mondiale ? Bien sûr que non. Cela montre bien que les politiques de sanctions économiques ne se situent pas sur le terrain du droit, mais dans les logiques militaires de la puissance.

 

L’association d’amitié franco-coréenne, qui soutient activement une politique de paix et de dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, appelle donc à ce que chacun « balaie devant sa porte » afin de parvenir à une situation apaisée et surtout acceptable par tous, en toute indépendance et dans le respect de la souveraineté des Etats.

 

 

Sources : AAFC, KCNA (notamment, déclaration de la Commission de la défense nationale du 24 janvier 2013  condamnant la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies), ShanghaiDaily, règlement du Conseil de l'Union européenne du 27 mars 2007 concernant des mesures restrictives à l'encontre de la RPDC.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:06

1050688-406033-jpg_911602_434x276.jpgDans une résolution adoptée le 22 janvier 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) a élargi la liste des sanctions déjà en vigueur contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite au lancement réussi du satellite Kwangmyongsong-3 le 12 décembre 2012, dont les membres du CSNU ont considéré qu'il était contraire aux précédentes résolutions du CSNU interdisant à la RPDC de procéder à des essais nucléaires ou à des tirs de missiles balistiques. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) condamne l'application d'une politique du "deux poids deux mesures" à l'encontre de la RPDC, en observant que les membres permanents du CSNU se sont eux-mêmes dotés de l'arme nucléaire et se sont engagés dans la conquête spatiale sans subir de sanctions internationales du CSNU. L'AAFC regrette l'adoption - tardive - d'une résolution qui comporte des risques d'escalade des tensions dans la péninsule coréenne, alors que la priorité devrait être à la recherche de la paix et du désarmement en Asie du Nord-Est, dans le cadre d'un mécanisme de sécurité collective, et non à la mise en place, à l'initiative des Etats-Unis, d'une organisation de type OTAN dans cette partie du monde.

Les négociations ont été longues, et manifestement difficiles, parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) : le 22 janvier 2013, près d'un mois et demi après la mise en orbite réussie du satellite artificiel nord-coréen Kwangmyongsong-3, une nouvelle résolution du CSNU a élargi la liste des sanctions applicables à l'encontre de la RPDC à six nouvelles entités - le Comité coréen pour la technologie spatiale, qui est l'agence spatiale de la RPD de Corée, et cinq banques ou entreprises commerciales nord-coréennes - et à quatre personnes physiques : deux responsables de l'agence spatiale et deux responsables de banques. Les sanctions comportent notamment un gel des avoirs et une interdiction de voyager.

Alors que les Etats-Unis souhaitaient la mise en place de nouvelles sanctions, la Chine aurait semble-t-il préféré une simple déclaration à portée non contraignante. Le compromis atteint étend la liste des sanctions applicables, mais sans en prévoir de nouvelles.

Etat déjà le plus sanctionné au monde, la Corée du Nord n'en a pas moins réussi à accéder au club fermé des puissances spatiales, ayant mis sur obite un satellite par des technologies qui lui sont propres, et est reconnue comme telle par les autres pays les plus avancés dans la conquête de l'espace. Pour sa part, la RPDC souligne le caractère pacifique de son programme spatial, conduit à des fins de développement économique.

Il est sans équivalent qu'un pays souverain soit sanctionné au titre de sa politique spatiale, et l'AAFC déplore l'application d'une règle du "deux poids deux mesures" en ce qu'elle constitue une entrave à la reprise du dialogue et des pourparlers multilatéraux en Asie du Nord-Est, au moment où le discours de nouvel an du Président Kim Jong-un a ouvert de nouvelles perspectives de paix.

Le ministère des Affaires étrangères nord-coréen a réagi en demandant des excuses au CSNU pour avoir méconnu les droits d'Etat souverain de la RPDC (voir déclaration reproduite ci-dessous). La Corée du Nord a annoncé considérer que, dans ce contexte, les pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne n'avaient plus lieu d'être, mais qu'il pourrait y avoir des discussions sur un traité de paix en Corée et la sécurité en Asie du Nord-Est - ce qui signifie que les armes nucléaires nord-coréennes, relevant d'une stratégie de dissuasion du faible au fort analogue à la doctrine nucléaire française, ne sont plus négociables. Enfin, Pyongyang a fait savoir que, face à la politique hostile des Etats-Unis à son encontre, elle poursuivrait ses programmes d'autodéfense, y compris sur le plan nucléaire. La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies a ainsi ouvert la voie - malheureusement - à une nouvelle escalade des tensions et à un possible troisième essai nucléaire nord-coréen.


Principales sources : AAFC, AFP, KCNA

 


Déclaration du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée au sujet de la résolution 2087 du Conseil de sécurité, 23 janvier 2013

 

Le lancement du satellite Kwangmyongsong 3-2 en décembre 2012 a démontré la maîtrise scientifique et technologique et la puissance de la République populaire démocratique de Corée. C’est un état de fait que le monde approuve et que même les forces hostiles, notamment les États-Unis, reconnaissent. 

Après avoir tenté désespérément de faire échec à l’avancée triomphale de la République populaire démocratique de Corée, les États-Unis et leurs partisans ont forgé mardi une résolution du Conseil de sécurité, violant sans scrupules la souveraineté inviolable de la République populaire démocratique de Corée. 

La résolution présentée par les États-Unis énonce d’un bout à l’autre des mesures hostiles visant à interdire à la République populaire démocratique de Corée d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques et à durcir les sanctions contre elle afin de bloquer son développement économique et de l’empêcher de développer son économie et de renforcer ses moyens de défense. 

Les pays susmentionnés soutiennent que  le tir de satellite effectué par la République populaire démocratique de Corée est dangereux et qu’il fait intervenir la technologie des missiles balistiques, tout en sachant mieux que quiconque que cette technologie est indispensable pour tout tir de satellite, eux qui en effectuent plus que quiconque. C’est faire preuve d’aveuglement et de double morale. 

Il ne s’agit au fond que de la logique malhonnête des États-Unis, qui considèrent que les tirs de satellite effectués à des fins pacifiques par un pays auquel ils sont hostiles ne devraient pas être autorisés parce que tout lanceur peut être transformé en missile balistique à longue portée dirigé contre eux. 

Le Conseil de sécurité est une marionnette aux mains des États-Unis. Les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité sur les tirs de satellite effectués par la République populaire démocratique de Corée découlent de son approbation aveugle de la politique d’hostilité des États-Unis, qui vise à désarmer la République populaire démocratique de Corée et à causer l’effondrement de son système social, en violation des règles de droit international universellement reconnues. Reproduire des actes répréhensibles sans avoir le courage ou la responsabilité de les rectifier est le comportement vil des lâches qui se leurrent et leurrent autrui. Ils mettent en grand danger la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région. 

La situation actuelle prouve clairement que la République populaire démocratique de Corée doit répondre à la  politique des États-Unis par la force, et non par des paroles, et que la politique d’indépendance et de Songun suivie par la République populaire démocratique de Corée est entièrement justifiée.

Compte tenu de la situation actuelle, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée déclare ce qui suit. 

Premièrement, la République populaire démocratique de Corée rejette purement et simplement les résolutions injustes du Conseil de sécurité, qui visent à porter atteinte à sa souveraineté et à la priver du droit d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques.

Les forces hostiles se trompent lourdement si elles croient pouvoir faire plier la République populaire démocratique de Corée par des sanctions et des pressions. Ces tentatives ne les mèneront qu’à de honteuses défaites. 

Le Conseil de sécurité devrait présenter des excuses pour avoir attenté gravement à l’indépendance d’un État souverain en suivant la politique d’hostilité pratiquée par les États-Unis envers la République populaire démocratique de Corée au mépris des règles de droit international universellement reconnues, et annuler immédiatement toutes les résolutions injustifiées. 

Deuxièmement, la République populaire  démocratique de Corée continuera d’exercer en toute indépendance son droit légitime d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques dans le respect des règles de droit international universellement reconnues sur l’utilisation pacifique de l’espace. 

Les chercheurs et techniciens de la République populaire démocratique de Corée mettront au point et lanceront bien d’autres satellites d’application, notamment des satellites de communication, et des lanceurs plus puissants qui sont indispensables au développement d’un géant économique, dans le même esprit et la même fougue que ceux qui ont fait le succès du lancement du satellite Kwangmyongsong 3-2. 

La République populaire démocratique de Corée effectuera régulièrement des tirs de satellite à des fins pacifiques afin  de conquérir l’espace et de devenir une puissance spatiale mondiale. 

Troisièmement, la République populaire démocratique de Corée est arrivée à la conclusion que la dénucléarisation de la péninsule coréenne est impossible à moins que le monde entier ne soit dénucléarisé, car il est clair à présent que les États-Unis ne changent pas leur politique d’hostilité à l’égard de la République populaire démocratique de Corée. 

La déclaration conjointe adoptée le 19 septembre aux pourparlers à six sur le principe du respect de la souveraineté et de l’égalité n’a plus d’effet, et les perspectives de dénucléarisation de la péninsule coréenne sont devenues d’autant plus incertaines que la politique d’hostilité des États-Unis envers la République populaire démocratique de Corée s’est plus que jamais durcie. 

Il y aura peut-être d’autres pourparlers sur la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans la région, mais il n’y aura plus de pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule. 

Quatrièmement, la République populaire démocratique de Corée prendra des mesures concrètes pour renforcer ses moyens militaires d’autodéfense, y compris de dissuasion nucléaire, en qualité aussi bien qu’en quantité, afin de faire face aux tentatives ouvertes des États-Unis d’appliquer des sanctions et des pressions à son encontre. 

Les forces armées révolutionnaires de la République populaire démocratique de Corée défendront sans faillir la sécurité et la souveraineté du pays et préserveront la paix et la stabilité régionales dans l’esprit de  Songun. Elles ont la volonté inébranlable de neutraliser la source des provocations qui continuent d’être dirigées contre la République populaire démocratique de Corée.

Aucune force sur terre ne peut enrayer l’avancée d’un grand peuple fier de son indépendance, puissant grâce à la politique de  Songun et fortement uni par un sentiment de vérité.

 

Source : Nations Unies

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 19:38

La Guerre de Corée s'est terminée par un simple cessez-le-feu le 27 juillet 1953, date de signature de l'Accord d'armistice. La guerre n'a donc jamais pris fin officiellement, aucun traité de paix n'ayant été signé. Dans un mémorandum rendu public le 14 janvier 2013, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a appelé à la dissolution du Commandement des Nations Unies en Corée et à la signature d'un traité de paix pour remplacer l'Accord d'armistice de 1953. Rappelons que le Commandement des Nations Unies a été constitué en Corée du Sud avec des militaires des 15 pays intervenus dans la guerre aux côtés des États-Unis, en application d'une décision du Conseil de sécurité du 7 juillet 1950. Ces 15 pays ont retiré leurs corps expéditionnaires de Corée entre 1953 et 1957, laissant les militaires américains seuls au sein du Commandement des Nations Unies. Quant à l'Accord d'armistice, il a été violé presque dès sa signature par les États-Unis, lesquels, à partir de 1955, ont introduit des armes, y compris nucléaires, en Corée, malgré les dispositions explicitement contraires de l'Accord, notamment le paragraphe 13 (d) de son article II. Selon le mémorandum du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, l'opposition des États-Unis au remplacement de l'Accord d'armistice par un traité de paix permanent en Corée et leur souhait de redonner de la vigueur au Commandement des Nations Unies sont le signe de la volonté de Washington de maintenir sa politique hostile à l'égard de la RPDC. En conséquence, la RPDC maintiendra et renforcera ses capacités de dissuasion jusqu'à ce que les États-Unis décident de faire le « bon choix ». L'Association d'amitié franco-coréenne, qui milite depuis longtemps pour la signature d'un véritable traité de paix en Corée, propose ci-après une traduction du texte intégral du mémorandum nord-coréen du 14 janvier 2013 afin de nourrir la réflexion à ce sujet (liens ajoutés par l'AAFC).

Salle_armistice_Coree.JPG

salle de la signature de l'armistice de la Guerre de Corée (photo : AAFC)


Cette année marque le soixantième anniversaire de la signature de l'Accord d'armistice en Corée.

Cela fait maintenant soixante ans que les canons de la guerre ont cessé de rugir, mais la guerre n'est pas légalement terminée. Demeure le fragile statut d'un cessez-le-feu qui n'est ni la paix ni la guerre dans la péninsule coréenne, laquelle doit encore développer un mécanisme destiné à garantir la paix.

Les États-Unis se sont opposés au gouvernement de la RPDC dans son attitude et ses efforts constants visant à remplacer l'Accord d'armistice par un traité de paix et tentent de maintenir le statut de cessez-le-feu. Dissimulé en arrière-plan se trouve le fantôme de la Guerre froide, à savoir le « Commandement des Nations Unies ».

Ce fantôme, marchant au pas de la récente stratégie de défense des États-Unis, ressuscite en tant qu'instrument pour une guerre d'agression qui enflammerait violemment la région Asie-Pacifique, le point le plus chaud du monde.

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC reconnaît le besoin d'attirer l'attention de la communauté internationale sur ces agissements des États-Unis susceptibles de mener à une situation extrêmement dangereuse et publie le mémorandum suivant.

1.

Les États-Unis, selon leur nouvelle stratégie de défense, essaient de transformer le « Commandement des Nations Unies » en un « commandement des forces multinationales » qui servirait de matrice à une version asiatique de l'OTAN.

L'arrière-pensée de la nouvelle stratégie de défense des États-Unis, rendue publique pour la première fois en janvier 2012, est d'encercler et d'exercer une pression militaire sur les autres grandes puissances d'Asie afin d'empêcher celles-ci de croître suffisamment pour leur résister. Dans ce but, les États-Unis envisagent de concentrer 60% de leurs forces déployées outre-mer dans la région Asie-Pacifique au cours des dix prochaines années. En même temps, les États-Unis accélèrent leurs préparatifs pour rassembler progressivement leurs alliés de la région au sein d'une alliance militaire multilatérale telle que l'OTAN, évoluant sous un système de commandement unifié.

C'est un fait bien connu que les États-Unis visent depuis longtemps à former une alliance militaire tripartite en combinant les alliances militaires conclues entre les États-Unis et le Japon et entre les États-Unis et la Corée du Sud.

Les États-Unis ont tiré leur « expérience » de l'endiguement et de l'effondrement de l'ex-Union soviétique et des pays d'Europe de l'Est en s'appuyant sur l'OTAN pendant la Guerre froide. En se basant là-dessus, ils essaient de mettre sur pied une organisation militaire collective d'une plus grande échelle, laquelle leur permettrait d'encercler aussi bien leurs ennemis potentiels de la région Asie-Pacifique.

Les États-Unis, afin de surmonter la résistance acharnée des pays concernés, tentent de combiner les forces existantes, plutôt que de former une nouvelle force, en rusant pour ranimer les fonctions du « Commandement des Nations Unies », lequel n'en porte que le nom.

Foncièrement parlant, le « Commandement des Nations Unies » est un instrument de guerre créé par les États-Unis dans le but de déployer leurs forces satellites et d'exercer leur contrôle sur elles pendant la Guerre de Corée. Après le cessez-le-feu, les États-Unis sont restés accrochés à leur commandement opérationnel et ont continué à exercer ce droit en Corée du Sud au travers du « Commandement des Nations Unies ». Mais, alors que la pression se faisait plus forte chez eux et à l'étranger au cours des années 1970 pour que soit démantelé le « Commandement des Nations Unies » et que soient retirées leurs forces de Corée du Sud, les États-Unis n'avaient pas d'autre alternative que la création d'un « Commandement des forces combinées » des États-Unis et de la Corée du Sud et le transfert du commandement opérationnel vers celui-ci en 1978. Grâce à cela, ils tentaient de légaliser et de perpétuer leur occupation de la Corée du Sud en modifiant la nature des troupes des États-Unis en Corée du Sud qui, de « forces des Nations Unies », deviendraient des forces déployées en vertu du « Traité de défense mutuelle » Corée du Sud-États-Unis.

Depuis, le « Commandement des Nations Unies » est devenu symbolique et n'en porte plus que le nom.

Derrière les récentes tentatives des États-Unis pour ressusciter les fonctions du « Commandement des Nations Unies », réside leur propre intérêt stratégique de faire de la Corée du Sud une base avancée pour la domination de la région Asie-Pacifique et de la chair à canon pour une guerre d'agression dans une situation qui a évolué.

Alors que l'idée d'indépendance à l'égard des États-Unis prenait de l'ampleur et que la pression était mise pour reprendre le pouvoir de commandement des États-Unis en Corée du Sud, les États-Unis n'ont pas eu d'autre choix que de redonner à la partie sud-coréenne le commandement opérationnel en temps de paix en 1994. En outre, ils devraient céder le commandement en temps de guerre d'ici 2015. En conséquence, le « Commandement des forces combinées » des États-Unis et de la Corée du Sud servant d'instrument à l'exercice du commandement opérationnel des États-Unis en Corée du Sud devrait être démantelé.

Cela ne signifie pas que les États-Unis sont sur le point d'abandonner facilement leur droit à commander militairement à la Corée du Sud, une position privilégiée dans leur stratégie à l'égard de la région Asie-Pacifique.

Ce n'est autre qu'à la résurrection du « Commandement des Nations Unies » que les États-Unis ont travaillé comme « alternative » pour s'emparer du commandement et avoir le contrôle réel des forces armées sud-coréennes.

La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), poussée par les États-Unis en vue de son adoption dans les années 1950, dispose que toutes les forces fournies à la Corée du Sud devraient être sous le contrôle du « Commandement des Nations Unies » dirigé par les États-Unis. Avec cela, les États-Unis sont allés plus loin dans la privation des autorités sud-coréennes de leur droit au commandement opérationnel au nom du « Commandement des Nations Unies » en application de l' « Accord de Taejon » de juillet 1950. Tel étant le cas, si le « Commandement des Nations Unies » retrouve aujourd'hui ses fonctions, autant rétablir la mainmise des États-Unis sur une armée sud-coréenne fantoche.

En mars 2006, quand les États-Unis ont commencé à discuter avec la Corée du Sud de la question d'une restitution du commandement opérationnel en temps de guerre, le commandant américain en Corée du Sud, lors d'une audition du Comité des forces armées du Sénat des États-Unis, a déclaré que le « Commandement des Nations Unies » devrait étendre son rôle et devenir un « commandement des forces multinationales » au sein duquel les pays membres du « Commandement des Nations Unies » pourraient participer au détail des activités, sans parler du fait qu'ils seraient impliqués dans l'élaboration des plans opérationnels en temps de guerre.

Suite à cela, les États-Unis ont agi graduellement pour accroître l'échelle et la fréquence des exercices militaires conjoints en Corée du Sud et dans ses alentours, et ont veillé à ce que les acteurs opérationnels membres du « Commandement des Nations Unies » soient engagés dans de tels exercices, en les adaptant aux aptitudes opérationnelles requises par les exercices militaires conjoints menés par les États-Unis.

En octobre 2012, les États-Unis et la Corée du Sud ont tenu à Washington leur quarante-quatrième réunion annuelle sur la sécurité et ont publié une déclaration conjointe qui « réaffirme que le 'Commandement des Nations Unies' est indispensable au maintien de la paix et de la stabilité de la péninsule coréenne ».

Cela montre que les États-Unis ont déjà forcé les autorités sud-coréennes à accepter leur schéma de relance du « Commandement des Nations Unies ».

C'est également sur une base méthodique que des préparatifs sont en cours pour étendre la sphère opérationnelle du « Commandement des Nations Unies » à l'ensemble de la région Asie-Pacifique.

Les troupes des États-Unis en Corée du Sud, pilier du « Commandement des Nations Unies », sont déjà dotées des moyens d'une « flexibilité stratégique » telle qu'elles pourraient venir en soutien en cas d'urgences dans d'autres parties d'Asie orientale. Ces derniers temps, est activement étudié sur une nouvelle base le plan de déploiement des forces des marines des États-Unis vers les Philippines et la Corée du Sud grâce à leur présence en Australie.

Si on autorise le moindre mouvement en faveur de l'instauration d'un bloc militaire collectif dans la région Asie-Pacifique, cela entraînera inévitablement une force contraire à partir des autres pays visés par ce bloc. Si c'est le cas, il est dans l'ordre des choses que cette région devienne un théâtre opposant deux camps comme en Europe, avec la relance de la Guerre froide et le danger accru d'une guerre thermonucléaire au-delà de toute mesure. Dans ce scénario du pire, ce n'est autre que la Corée du Sud qui souffrirait le plus.

2.

Le « Commandement des Nations Unies » est d'abord un instrument injuste qui n'a fait qu'abuser du nom des Nations Unies. Il ne fait en aucun cas l'unanimité des pays membres des Nations Unies.

Selon l'article 27 de la Charte des Nations Unies, les décisions importantes du CSNU devraient être prises par un vote affirmatif de plus de sept pays membres (à l'époque) dont les voix des cinq pays membres permanents. Cela signifie que même si les États-Unis raclaient les fonds de tiroir et réunissaient sept pays satellites, il était impossible de prendre la moindre décision contre la RPDC tant qu'un pays membre permanent n'était pas d'accord.

La situation était que l'ex-Union soviétique, qui disposait d'un siège au CSNU, ne participait pas aux réunion du Conseil depuis le 13 janvier 1950 pour protester contre la représentation des autorités taïwanaises aux Nations Unies à la place de la République populaire de Chine.

Les États-Unis se sont jetés sur cette occasion comme sur un tremplin pour inciter le traître Syngman Rhee à lancer préventivement une invasion armée générale de la RPDC le 25 juin 1950. Le même jour, les États-Unis n'ont pas perdu de temps pour convoquer la réunion du CSNU au cours de laquelle a été adoptée la résolution présentant la RPDC comme l' « agresseur ». [résolution du CSNU 82 (1950)]

Le gouvernement de l'Union soviétique a réagi par l'envoi de télégrammes au CSNU les 29 juin et 6 juillet 1950. Dans ces messages, il insistait sur le caractère non applicable de ces résolutions adoptées par des pays membres permanents en contravention de la Charte des Nations Unies sans consentement de l'Union soviétique et de la République populaire de Chine, autres membres permanents du CSNU.

Malgré cela, les États-Unis ont convoqué la réunion du 7 juillet, encore en l'absence de l'Union soviétique. Lors de cette réunion, ils ont mis sur pied une résolution autorisant les pays membres des Nations Unies à envoyer des forces combattre en Corée et à placer ces forces sous le contrôle d'un «  commandement unifié sous l'autorité des États-Unis d'Amérique », et donnant à ce commandement la liberté d' « utiliser le drapeau des Nations Unies ». [résolution du CSNU 84 (1950)]

Les États-Unis ont soumis le 25 juillet 1950 au CSNU un rapport de ce commandement dans lequel ils avaient librement changé le nom du « Commandement unifié » en « Commandement des Nations Unies ».

Ce n'est que le 31 janvier 1951, après que l'ex-Union soviétique, membre permanent du Conseil, participe à nouveau à ses réunions, que le Conseil a présenté un ordre du jour et adopté la résolution 90 (1951) demandant le retrait de la question intitulée « Plainte pour agression contre la République de Corée » de la liste des questions à traiter. Cette plainte avait été déposée par les États-Unis au déclenchement de la Guerre de Corée le 25 juin 1950. Par la suite, la question coréenne n'a plus été discutée.

Le CSNU a adopté une telle résolution au beau milieu de la guerre. En soi, c'était admettre que les Nations Unies avait fait une erreur depuis le début en permettant à un commandement unifié de s'engager et d'être utilisé abusivement dans la Guerre de Corée. Même les secrétaires généraux des Nations Unies successifs ont officiellement admis que le « Commandement des Nations Unies » n'est pas un organe subsidiaire des Nations Unies, mais un instrument totalement au service des États-Unis pour la guerre.

En juin 1994, le Secrétaire général des Nations Unies de l'époque Boutros Boutros-Ghali a reconnu que « le CSNU n'a pas créé en tant qu'organe subsidiaire contrôlé par lui le 'commandement unifié' qui a été placé sous l'autorité des États-Unis ». (lettre du Secrétaire général des Nations Unies au Président du Présidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC, le 21 décembre 1998)

Le 27 juillet 2004 et le 6 mars 2006, le porte-parole des Nations Unies a confirmé que « le 'Commandement des Nations Unies', malgré son nom, n'est pas l'armée des Nations Unies, mais une force dirigée par les États-Unis ».

Ce ne sont pas les Nations Unies mais les États-Unis qui ont le pouvoir de désigner le « commandant des forces des Nations Unies ». Ce n'est pas l'administration des Nations Unies mais l'administration des États-Unis qui a le pouvoir absolu de décider la réduction ou l'augmentation des troupes américaines portant le casque des « forces des Nations Unies » en Corée du Sud.

La composition des Nations Unies a évolué avec le temps. Cela fait d'autant plus du « Commandement des Nations Unies » un organe subsidiaire des États-Unis n'ayant rien à voir avec les Nations Unies.

Aujourd'hui, les Nations Unies ne sont plus le forum des années 1950 quand les États-Unis avaient organisé le « Commandement des Nations Unies » comme ils le souhaitaient.

Plus de vingt ans ont passé depuis que la RPDC a rejoint les Nations Unies pour en devenir un membre légitime. La Chine et la RPDC se sont assises face aux « forces des Nations Unies » pour signer conjointement l'Accord d'armistice en Corée. Quarante ans ont passé depuis que la Chine est venue à exercer son droit de représentant membre permanent du CSNU.

Malgré cette longue période, le drapeau des Nations Unies flotte toujours à Panmunjom où il est mis en avant. Ce résultat anachronique est simplement une honte pour les Nations Unies.

Le « Commandement des Nations Unies » devrait être démantelé sans délai si les Nations Unies veulent réellement regagner leur autorité et impartialité perdues.

3.

Le « Commandement des Nations Unies » est le rebut d'une époque, dont la dissolution a déjà été exigée par l'Assemblée générale des Nations Unies.

La trentième session de l'Assemblée générale des Nations Unis qui s'est tenue en novembre 1975 a adopté deux résolutions sur la dissolution du « Commandement des Nations Unies ». La résolution 3390 (xxx) B, à l'initiative de pays progressistes membres des Nations Unies, a appelé à une dissolution immédiate et inconditionnelle du « Commandement des Nations Unies ». La résolution 3390 (xxx) A soutenue par les États-Unis a exposé que le « Commandement des Nations Unies » pourrait être dissout le 1er janvier 1976 si de « nouveaux arrangements » pour le maintien de l'Accord d'armistice étaient élaborés. Voila comment les États-Unis en sont venus à émettre l'hypothèse d'un démantèlement du « Commandement des Nations Unies » sous condition. Il ne s'agit que d'une défense désespérée destinée à contrer l'appel d'une grande partie de la communauté internationale à une dissolution immédiate et sans condition du « Commandement des Nations Unies ». Tout cela montre que les États-Unis eux-mêmes ne peuvent nier l'essence illégale et anachronique du « Commandement des Nations Unies ».

Si on considère la composition du « Commandement des Nations Unies » de l'époque, il n'y avait plus de forces multinationales en Corée du Sud et seul le Commandement des États-Unis y stationnait des troupes.

Les États-Unis ont affirmé que la dissolution du « Commandement des Nations Unies » ne serait possible que si un autre mécanisme pour maintenir l'armistice était mis en place. Mais l'état actuel de cessez-le-feu n'est pas maintenu par le « Commandement des Nations Unies » en pratique.

En mars 1991, les États-Unis ont pris de manière inopinée la décision de remplacer le chef de la délégation des « forces des Nations Unies » auprès de la Commission militaire d'armistice par un général de l'armée sud-coréenne, un poste jusqu'ici occupé par un général de l'armée américaine. Les États-Unis n'ont pas cherché à consulter au préalable la RPDC pour remplacer le chef de la délégation des « forces des Nations Unies » par ce général de l'armée de Corée du Sud, laquelle n'est pas partie à l'Accord d'armistice. Il s'agissait clairement d'une provocation violant le paragraphe 61 de l'article V de l'Accord d'armistice, lequel dispose que les modifications et compléments de cet Accord d'armistice doivent être convenus par les commandants des parties opposées.

Comme les « forces des Nations Unies » perdaient leur pouvoir de représentation, la Commission militaire d'armistice était pratiquement paralysée. Finalement, la délégation des Volontaires du peuple chinois, membre de la partie coréano-chinoise de la Commission militaire d'armistice, s'est retirée en décembre 1994 et la RPDC a créé la Mission de Panmunjom de l'Armée populaire de Corée (APC) afin de maintenir le cessez-le-feu au nom de la RPDC et la Chine.

Au fil du temps, les membres de la Commission de supervision des nations neutres (CSNN) n'ont pas réussi à maintenir les positions de neutralité qu'ils avaient au moment de la signature de l'Accord d'armistice. De ce fait, la CSNN ne pouvait plus exercer ses fonctions.

Cela a conduit à la chute complète du mécanisme d'armistice précédent et le « Commandement des Nations Unies » a été réduit à un épouvantail dépourvu d'interlocuteur.

Depuis, toutes les questions relatives au bon fonctionnement de l'état de cessez-le-feu sont discutées et font l'objet de dispositions entre l'APC et les autorités militaires américaines plutôt qu'entre la RPDC et la Chine d'un côté et les « forces des Nations Unies » de l'autre.

La RPDC et les États-Unis ont exercé un contrôle efficace de l'état de ce cessez-le feu depuis des décennies et cette réalité démontre qu'il n'y a plus aucune raison de refuser de dissoudre le « Commandement des Nations Unies ».

Même pour ce qui concerne le remplacement de l'Accord d'armistice par un traité de paix, le « Commandement des Nations Unies » maintient l'héritage de la Guerre froide qui ne peut apporter aucun bien et qu'être dommageable.

Selon l'Accord d'armistice, la question d'assurer une paix durable doit être négociée lors d'une conférence politique à un niveau plus élevé que celui des commandants militaires. Le véritable supérieur hiérarchique politique du « Commandement des Nations Unies », signataire de l'Accord d'armistice, n'est pas l'Organisation des Nations Unies mais l'administration américaine.

Le gouvernement de la RPDC a proposé d'établir un nouveau mécanisme de paix dans la péninsule coréenne en avril 1994. (déclaration du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, 28 avril 1994)

Après cela, la RPDC a encore proposé de conclure un accord provisoire entre la RPDC et les États-Unis qui pourrait remplacer l'Accord d'armistice actuel afin de prévenir les conflits armés, écarter le danger de guerre et maintenir l'état de cessez-le-feu jusqu'à la signature d'un traité de paix complet dans la péninsule coréenne. (déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, 22 février 1996)

La RPDC et les États-Unis ont tenu plusieurs séries de pourparlers au niveau des généraux à Panmunjom au sujet de la mise en place d'un nouveau mécanisme d'armistice dans la péninsule coréenne.

La question de l'établissement d'un régime de paix permanent dans la péninsule coréenne a également été discutée lors des pourparlers quadripartites entre la RPDC et les États-Unis, avec aussi la participation de la Chine et de la Corée du Sud. La RPDC et les États-Unis ont eu des entretiens à Washington en octobre 2000, au cours desquels les deux parties ont confirmé qu'il y avait plusieurs façons, y compris les pourparlers quadripartites, pour mettre officiellement fin à la Guerre de Corée par l'apaisement des tensions et le remplacement de l'Accord d'armistice par un régime de paix durable dans la péninsule coréenne. (communiqué conjoint RPDC-États-Unis du 12 octobre 2000)

Un accord a été conclu lors du sommet Nord-Sud d'octobre 2007 pour parvenir à la déclaration de la fin de la guerre par les dirigeants des trois ou quatre parties directement intéressées par la question coréenne. (Déclaration du 4 octobre 2007 pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité)

Comme les faits le démontrent, il y a eu beaucoup de discussions et d'accords entre les parties concernées au sujet de la transformation de l'état de cessez-le feu en une paix durable dans la péninsule coréenne, où nous ne pouvons trouver aucune mention d'une méthode présupposant l'existence du « Commandement des Nations Unies ».

Malgré cela, le « Commandement des Nations Unies » existe encore aujourd'hui et, pour couronner le tout, tente de se relancer comme instrument de guerre destiné à être utilisé par des forces multinationales. C'est une question qui ne peut en aucun cas être négligée dans la perspective de garantir la sécurité dans la région Asie-Pacifique, y compris dans la péninsule coréenne.

Les États-Unis allèguent que les efforts de la RPDC pour renforcer sa puissance défensive nationale provoquent des tensions dans la région. Ce n'est rien d'autre qu'une ruse imprudente pour dissimuler le caractère agressif de leur stratégie en Asie-Pacifique.

Que les États-Unis démantèlent immédiatement le « Commandement des Nations Unies » ou non servira d'indicateur de la volonté des États-Unis de maintenir ou non leur politique hostile contre la RPDC, et de leur souhait de voir la paix et la stabilité ou la reprise de la Guerre froide dans la région Asie-Pacifique.

La RPDC continuera de renforcer sa dissuasion contre toutes les formes de guerre, ce qui contribue activement à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne et dans le reste de l'Asie jusqu'à ce que les États-Unis fassent un bon choix.

 

Sources :

"DPRK Foreign Ministry Issues Memorandum", KCNA, 14, mars 2013

Accord d'armistice de la Guerre de Corée, 27 juillet 1953 (en anglais)

Robert Charvin et Guillaume Dujardin, La Corée vers la réunification, L'Harmattan, 2010, pp. 156-159 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:22

john_kerry.jpgSi la nomination du sénateur du Massachusetts John Kerry au poste de secrétaire d'Etat doit encore être confirmée par le Sénat, le choix de l'actuel président de la commission des Affaires étrangères de la Haute Assemblée des Etats-Unis signifierait le probable retour à une politique américaine d'engagement vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sous la première présidence Obama, la désignation d'Hillary Clinton - qui avait la faveur des néoconservateurs - comme secrétaire d'Etat avait en effet, dès l'origine, fortement compromis la possibilité sinon d'un changement de cap, tout au moins d'un infléchissement par rapport à l'administration George W. Bush sur la question coréenne. A l'inverse, John Kerry est un pragmatique qui prône le dialogue direct avec Pyongyang, après avoir pris acte de l'échec de la ligne diplomatique de la première présidence Obama.

Sanctionner - mais sans toutefois aller jusqu'au conflit ouvert - et poser des préalables aux offres répétées de dialogue de Pyongyang, telle a été, pendant quatre ans, la ligne de la diplomatie américaine vis-à-vis de la RPDC, largement influencée par la politique intransigeante du Président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak. Le 12 décembre 2012, la réussite de la mise sur orbite du satellite utilitaire Kwangmyongsong-3 par la Corée du Nord a toutefois montré que la politique américano - sud-coréenne n'avait pas empêché les progrès technologiques de la RPDC, contrairement à ce qu'escomptaient les stratèges américains du Pentagone. La Corée du Nord est aujourd'hui l'une des huit puissances nucléaires militaires et l'un des dix Etat capables de mettre sur orbite un satellite artificiel par des technologies qui lui sont propres.

Dans ce contexte, le choix de John Kerry, un pragmatique favorable à plus de réalisme dans les relations internationales, comme futur secrétaire d'Etat américain, ouvre la voie à une possible reprise du dialogue direct entre Pyongyang et Washington - au moment où le Président sud-coréen Lee Myung-bak quittera le pouvoir en février prochain, après avoir été un des principaux obstacles à la relance du dialogue en Asie du Nord-Est. Même si d'autres dossiers seront davantage prioritaires pour l'ancien candidat démocrate à l'élection présidentielle de 2004, vétéran de la guerre du Vietnam aujourd'hui âgé de 69 ans, à commencer par la question syrienne et le nucléaire iranien, John Delury, professeur associé à l'Université sud-coréenne Yonsei, observe que John Kerry est déjà familier de la question coréenne : "Je dois dire qu'il représente un grand choix pour la Corée car il s'est engagé sur cette question au Sénat et il n'est pas un idéologue, mais un pragmatique. Il semble se soucier du sujet et de la recherche de solutions à long terme".

De fait, en 2011, après l'accrochage intercoréen meurtrier sur l'île Yeonpyeong quelques mois plus tôt, John Kerry, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, avait jugé "inadéquate" la politique américaine dite de "patience stratégique" avec Pyongyang, et il avait prôné un dialogue direct avec la RPDC. Toujours en 2011, lors d'une cérémonie à Los Angeles dans le cadre du soixantième anniversaire de la guerre de Corée, John Kerry avait plaidé pour ne pas seulement prendre en compte les 33.000 victimes américaines du conflit, mais aussi les deux millions de Coréens ayant perdu la vie dans ce qui fut une guerre civile internationalisée. En fixant alors l' "objectif de construire une paix durable", John Kerry rejoignait l'une des préoccupations majeures de l'AAFC : à l'approche des soixante ans de la fin des combats de la guerre de Corée, il est temps de remplacer l'accord d'armistice par un traité de paix dans la péninsule, qui apporterait la paix et la stabilité dans cette région du monde et offrirait des contreparties aux demandes de garanties de sécurité de la RPDC, échaudée par les précédents des interventions américaines en Irak et en Libye. John Kerry souhaite aussi reprendre le dialogue avec Pyongyang sur le rapatriement des corps des soldats américains morts en Corée, interrompu dans un contexte de tensions entretenues par les surenchères du Président Lee Myung-bak qui a poussé à la multiplication et à l'intensification des exercices de guerre conjoints entre Washington et Séoul.

De la décision finale américaine suite à la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-3, qui incite la représentation américaine aux Nations Unies à de nouvelles sanctions internationales contre la RPDC, à la récente arrestation d'un citoyen américain en Corée du Nord et à la demande sud-coréenne d'augmenter la portée de ses missiles balistiques, les sujets actuels de friction ne manquent toutefois pas entre Washington et Pyongyang. Mais dans un contexte où les dirigeants nord-coréens adoptent pour l'heure une position d'attente prudente vis-à-vis de la nouvelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye, il existe une fenêtre pour la reprise du dialogue bilatéral entre les Etats-Unis et la RPD de Corée. John Kerry saura-t-il - et pourra-t-il - saisir cette opportunité, en convainquant le Président Obama ?

Sources : AAFC, The Korea Times (dont photo).

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 09:22

rason_coree-du-nord.jpgDans une dépêche en date du 21 décembre 2012, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé l'arrestation d'un citoyen américain d'origine coréenne, Pae Jun-ho, à Rason (photo à gauche). Alors que les arrestations d'étrangers en RPDC sont rarissimes, les précédents montrent qu'elles ont parfois conduit à des négociations diplomatiques de haut niveau entre Washington et Pyongyang.

 

Le 21 décembre 2012, l'agence nord-coréenne KCNA a rendu compte de l'arrestation sur son territoire d'un citoyen américain, pour un délit de nature criminelle - qui n'a pas été précisé - reconnu par l'intéressé, en précisant que le dossier était suivi par l'ambassade de Suède en RPDC, laquelle est compétente pour la défense des intérêts des citoyens américains en Corée du Nord, en l'absence de représentation diplomatique des Etats-Unis à Pyongyang :

 

"Le citoyen américain Pae Jun-ho, qui était entré en RPDC dans la ville de Rason le 3 novembre dans le cadre d'un voyage touristique, a commis un crime contre la RPDC. Il a été placé en garde à vue par les organismes compétents. 

 

Les preuves du crime qu'il avait commis contre la RPDC ont été apportées lors de l'enquête. Il a reconnu son crime.

 

Les autorités consulaires de l'ambassade de Suède, compétentes pour les intérêts des Etats-Unis en RPDC, lui ont rendu visite vendredi [21 décembre].

 

Les actions légales ont été engagées contre M. Pae, conformément à la législation criminelle et à la procédure applicables en RPDC".

 

L'agence américaine Associated Press (AP), qui dispose d'un bureau permanent à Pyongyang, a confirmé point par point la dépêche de leurs confrères nord-coréens, tout en apportant des précisions : âgé de 44 ans et né en Corée du Sud avant d'être naturalisé américain, vivant dans l'Etat de Washington, Pae Jun-ho (dont le nom américain est Kenneth Bae, les patronymes "Pae" et "Bae" correspondent à deux translittérations différentes du même nom de famille coréen) dirige une agence de voyage spécialisée dans les visites de touristes et d'hommes d'affaires en Corée du Nord. Il accompagnait un groupe de cinq Européens lors de son arrestation à Rason.

 

Par ailleurs, les journalistes américains d'AP ont précisé que la ville de Rason, qui a le statut de zone économique spéciale, est située à la frontière sino-coréenne et à proximité de Yanji, en Chine, qui est une base arrière des groupes chrétiens engagés dans des filières de défection de Nord-Coréens de leur pays. AP n'a toutefois donné aucun élément permettant d'attester si Pae Jun-ho était, ou non, en contact avec ces groupes.

 

Les membres de la famille de M. Pae n'ont pas souhaité parler à la presse, pour ne pas compliquer sa libération. Nous formulons le voeu, à l'AAFC, que les médias respectent leur volonté, dans une situation extrêmement pénibles pour eux.

 

Sur la nature des délits commis, et qualifiés de crime dans la législation pénale de la RPDC, plusieurs explications ont été avancées, mais AP est très prudente faute manifestement de possibilité de recoupement des sources : d'après un quotidien sud-coréen, des officiels nord-coréens auraient découvert un disque dur en possession de M. Pae et contenant des informations sensibles sur la Corée du Nord ; selon des activistes sud-coréens anticommunistes, M. Pae aurait pris des photos d'orphelinat en vue d'une action humanitaire, qui auraient été considérées comme de la propagande anti-RPDC... Cette dernière explication présente toutefois une contradiction : si l'objectif avait été d'aider les orphelinats, en liaison donc avec les autorités nord-coréennes pour la distribution finale de l'aide comme le font les ONG présentes dans le pays, les photos auraient alors été prises au vu et au su des accompagnateurs nord-coréens du groupe, et jamais une telle situation ne conduit à l'arrestation d'un visiteur étranger en Corée du Nord (la sanction la plus lourde étant que les photos soient effacées, à la demande des Nord-Coréens). En revanche, si les photos ont été prises en cachette, elles avaient alors un autre objectif qu'une action à caractère humanitaire. Mais leur seule prise ne justifie ordinairement pas une mesure d'arrestation : la sanction encourue est une simple expulsion, après confiscation des photos et du matériel.

 

Lors des nombreux voyages de délégations de l'AAFC en Corée du Nord, il ne nous a jamais été rapporté un seul cas d'arrestation de visiteur étranger. Sur les milliers de personnes faisant partie des groupes étrangers lors des déplacements de l'AAFC, il nous a été rendu compte d'un seul cas, en 2005, de menace d'expulsion suite à ce que les Nord-Coréens considéraient comme des critiques répétées de leur système politique et de leurs dirigeants. Cette menace n'a d'ailleurs pas été mise à exécution. L'arrestation de Pae Jun-ho, qui a figuré parmi les premiers titres des nouvelles de l'agence KCNA dans son édition du 21 décembre, correspond bien à une situation rarissime. 

 

Quand les autorités nord-coréennes ont des doutes sur ce que pourrait faire une personne demandant à visiter leur pays, et quel qu'en soit le motif, elles ne délivrent pas de visa. Une telle hypothèse n'est pas rare, pour tous les Etats, à l'égard de visiteurs jugés indésirables : le formulaire d'entrée aux Etats-Unis ne comprend-il pas une longue liste de déclarations sur l'honneur dont il ressort, entre autres, que les militants communistes ne sont pas les bienvenus ? Alors que des situations d'expulsion - voire d'arrestation - entraînent des imbroglios juridiques, le refus d'un visa correspond en revanche à la mise en oeuvre du droit souverain d'un Etat, non susceptible de recours contentieux. En l'espèce et selon toute vraisemblance, M. Pae Jun-ho - dont les activités professionnelles pouvaient justifier une méfiance des officiels nord-coréens, un certain nombre d'espions  ayant comme couverture un travail dans une agence de voyage - a été arrêté en raison d'activités menées en RPD de Corée, à l'issue d'une enquête relativement longue, ayant duré un mois et demi, depuis son entrée à Rason le 3 novembre jusqu'à l'annonce de sa mise en examen le 21 décembre, dans l'attente d'un procès.



Un des meilleurs experts sud-coréens de la Corée du Nord, par ailleurs francophone et formé en France où il a publié aux éditions L'Harmattan le très documenté (mais désormais daté) Idéologie et système en Corée du Nord : de Kim Il-Sông à Kim Chông-il, Cheong Seong-chang a déclaré à l'agence AP que cette arrestation, peu banale, serait un "prétexte" des Nord-Coréens pour réouvrir le dialogue avec les Etats-Unis, suite au lancement de la fusée Unha-3, qui pourrait conduire à de nouvelles sanctions internationales contre la RPDC.



L'interprétation de M. Cheong, non remise en cause par les journalistes d'AP, est séduisante. Le problème est qu'elle ne coïncide pas avec les dates de l'arrestation de M. Pae, le 3 novembre, bien avant l'annonce du lancement de la fusée Unha-3, et dont M. Cheong se hasarde à considérer, à l'instar de son gouvernement, qu'elle conduira à de nouvelles sanctions qui requièrent l'accord de la Chine au sein du Conseil de sécurité. Par ailleurs, M. Cheong semble considérer comme acquis - en parlant de "prétexte" - une manoeuvre des Nord-Coréens, alors que nous avons montré qu'il existe de forts soupçons sur les actes qu'aurait commis M. Pae, et qu'il a par ailleurs admis. Précisons - ce que ne fait malheureusement pas AP - que Cheong Seong-chang travaille pour le ministère sud-coréen de la défense et qu'il est donc lié au milieu sud-coréen du renseignement (qui travaille étroitement avec la CIA sur la Corée du Nord) : il a le profil idéal pour induire, dans l'opinion publique occidentale, une thèse favorable aux intérêts des Etats-Unis, en accréditant l'idée d'une arrestation injuste pour que Washington négocie en meilleure position avec la RPDC. Car si le gouvernement américain avait été plus à l'aise sur le cas de M. Pae (et ils ont dû se renseigner, ne serait-ce que via les cinq Européens qui l'accompagnaient), il n'aurait pas attendu la publication de la dépêche nord-coréenne, en utilisant ses traditionnels relais d'opinion dans les médias américains ou sud-coréens.



En revanche, nous partageons pleinement l'analyse de M. Cheong Seong-chang lorsqu'il observe que les négociations de haut niveau pourraient reprendre, à cette occasion, entre Washington et Pyongyang. Il faut en effet rappeler le précédent de deux journalistes américaines d'origine asiatique, entrées illégalement en Corée du Nord pour un reportage sur les défecteurs nord-coréens. Elles avaient commis une erreur professionnelle majeure en s'en remettant à un passeur qui, semble-t-il, aurait renseigné les autorités nord-coréennes et permis leur arrestation en flagrant délit. Comme, à notre connaissance, tous les autres Américains arrêtés en Corée du Nord depuis la fin de la guerre, elles avaient finalement pu revenir aux Etats-Unis en bénéficiant de la clémence du dirigeant Kim Jong-il, à l'issue d'un procès où elles avaient plaidé coupable. Mais au-delà de leur sort personnel, un autre événement avait retenu l'attention des médias : l'ancien président américain Bill Clinton était venu personnellement à Pyongyang négocier leur libération avec le dirigeant Kim Jong-il, renouant les fils du dialogue diplomatique entre les Etats-Unis et la RPDC. Les faits avaient eu lieu au printemps et à l'été 2009 ; quelques mois plus tôt, un essai nucléaire nord-coréen était intervenu le 25 mai 2009.

 

Mais tous les citoyens américains arrêtés en Corée du Nord ne bénéficient pas d'une telle mobilisation de l'appareil d'Etat de leur pays : quelque dix ans plus tôt, un autre Coréen Américain, James Kim, avait été arrêté car soupçonné espionnage. Libéré après plusieurs semaines d'emprisonnement, quelques années plus tard il avait pu rencontrer le dirigeant Kim Jong-il, avant de fonder la première université privée en RPD de Corée, la Pyongyang University of Science and Technology (PUST). Toutefois, dans le cas de James Kim on peut raisonnablement parler d'une erreur du système judiciaire nord-coréen, et la RPDC n'a d'ailleurs donné aucun retentissement médiatique à cette affaire (contrairement au cas de Pae Jun-ho). Comme en Occident, il y a d'ailleurs bien eu une forme d'indemnistation de l'erreur judiciaire : la compensation pour James Kim a été de pouvoir réaliser son rêve de mener des projets de coopération avec la Corée du Nord, comme aucun autre Coréen Américain ne l'avait fait jusqu'alors.



Sources : AAFC, AP (citée par The Seattle Times), KCNA (dépêche du 21 décembre 2012).

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:45

Unha3_12dec2012.jpgSi l'Association d'amitié franco-coréenne  se démarque  presque toujours  très nettement des analyses de Sébastien Falletti du Figaro, elle partage les principales conclusions de ce dernier dans un article mis en ligne le 12 décembre 2012, après le succès de la mise sur orbite du satellite Kwangmyonsong-3 : dans "Le coup d'éclat spatial de Kim Jong-un", Sébastien Falletti, qui cite longuement l'universitaire sud-coréen Paek Woo-yil, montre que ce lancement ne constitue pas seulement un succès technologique la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais qu'il lui apporte également un nouvel atout dans son jeu diplomatique face aux Etats-Unis.

Le compliment mérite d'autant plus d'être cité qu'il vient d'un journaliste particulièrement critique à l'égard de la RPD de Corée : dans un article mis en ligne sur le site du quotidien Le Figaro, le soir même de la mise sur orbite réussie du satellite Kwangmyongsong-3, Sébastien Falletti observe : "Kim Jong-un a gagné ses galons. Moins d'un an après son accession au pouvoir suprême, le jeune leader de la Corée du Nord a remporté le premier grand succès de son règne. En plaçant en orbite un objet dans l'espace, comme l'a admis Washington, le Royaume ermite a rejoint de fait le club très fermé des puissances spatiales." Toujours selon ce dernier, il s'agit d' "un exploit technologique historique" pour la RPDC. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne ajoute qu'il apporte la preuve du peu d'efficacité de la politique de sanctions toujours accrues vis-à-vis de la RPDC suivie par les Etats-Unis et leurs alliés. Malgré un embargo sévère sur les technologies militaires et spatiales, la Corée du Nord est parvenue, sur la base de technologies qui lui sont propres, à devenir l'une des rares puissances spatiales de la planète - après avoir déjà accédé au rang de puissance militaire nucléaire en 2006. kwangmyongsong-3_lancement_12-12-2012_2.jpg

De même qu'en 1957 les Soviétiques avaient précédé les Américains dans le lancement du premier satellite artificiel terrestre, les Nord-Coréens ont devancé la Corée du Sud dans la course à l'espace ; pour Sébastien Falletti, il s'agit d' "une véritable gifle pour la riche Corée du Sud rivale, championne du high-tech mais dont la tentative de mise sur orbite d'un satellite a une nouvelle fois échoué le mois dernier" - alors même qu'elle n'est soumise à aucun embargo technologique occidental. Et tout comme les Américains craignaient dès 1957 la signification du Spoutnik en termes militaires et de possible atteinte du territoire des Etats-Unis, la nervosité est aujourd'hui perceptible à Washington : selon Sébastien Falletti, "le succès du tir complique la donne pour l'administration américaine puisqu'elle permet à Pyongyang de faire un grand bond en avant dans sa quête d'un missile intercontinental capable de menacer directement le territoire américain". La position diplomatique de la RPD de Corée vis-à-vis des Etats-Unis s'en trouve ainsi renforcée, en créant un nouvel équilibre des forces. Selon le Sud-Coréen Paek Woo-yil, de l'Université Sungkyunkwan, "la fusée a pour objectif de mettre d'entrée la pression sur le prochain secrétaire d'Etat américain. Et éventuellement de négocier en position de force" car "la réalité, c'est que les Etats-Unis ne peuvent rien faire. Ils ne vont pas bombarder Pyongyang ! Et la Chine ne punira pas son allié".

Réuni le jour même du lancement à l'initiative, notamment, des Etats-Unis, le Conseil de sécurité des Nations-Unies (CSNU) a certes condamné le lancement qu'il estime être une violation de ses résolutions 1718 et 1874, mais aucune mesure contraignante n'a été prise et les discussions se poursuivent sur ce sujet entre les membres permanents du CSNU - alors que la Chine appelle, comme à l'accoutumée, à un apaisement des tensions après avoir simplement exprimé ses regrets sur la situation actuelle.

Confrontés à l'impasse de la politique de sanctions, ne pouvant ni ne souhaitant s'engager dans un conflit ouvert avec une puissance militaire nord-coréenne autrement supérieure à celle de la Libye ou de la Syrie, les Etats-Unis vont-ils faire preuve de réalisme et retourner à la table des négociations ? C'est l'une des options sur la table, alors que par le passé leurs condamnations de ce qu'ils appelaient - déjà - des "provocations" nord-coréennes avaient pu les conduire, en coulisses, à reprendre langue avec Pyongyang. En effet, l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006 avait débouché sur l'accord de Pékin, en février 2007, relatif à la dénucléarisation de la péninsule, dans le cadre des pourparlers à six. Aujourd'hui, les sujets bilatéraux entre Pyongyang et Washington ne manquent pas, depuis la négociation d'un traité de paix qui mettrait fin à la guerre de Corée et remplacerait l'accord d'armistice de 1953, jusqu'à l'établissement de relations diplomatiques bilatérales, l'apport de garanties à la Corée du Nord quant à sa sécurité ou encore la reprise des livraisons d'énergie (fioul, ou nucléaire civil) ou de nourriture, interrompues depuis des années.

kwangmyongsong-3_lancement_12-12-2012_4.jpg

Sources : AAFC, KCNA (dont photos), Le Figaro.

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 14:24

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU et les grandes puissances occidentales (dont la France) poussent de grands cris d’orfraie après l'annonce du lancement d’un satellite par la République populaire et démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), accusé d’être un test de missile balistique déguisé, et dont la RPDC a déclaré le 8 décembre 2012 le possible report pour des raisons techniques, les Etats-Unis d’Amérique viennent de procéder eux-mêmes à un test atomique souterrain. Une fois de plus, on ne peut que constater avec regret que la superpuissance mondiale, historiquement le seul utilisateur de l’arme atomique contre des populations civiles, s’arroge le droit de faire la morale aux pays du Sud, tout en cultivant elle-même un climat de tensions et d’hostilité.

Mercredi 5 décembre 2012, dans l’indifférence médiatique générale, les Etats-Unis ont procédé à un test souterrain  dans l’Etat du Nevada. Il s'agissait d'un test sous-critique, sans explosion nucléaire. Ce test, dont l'utilité est d'autant plus discutable que les capacités nucléaires américaines sont connues de tous depuis les bombardements américains contre des populations civiles japonaises d’août 1945, ravive encore un peu plus les tensions avec les pays considérés comme faisant partie de « l’axe du mal » par les néoconservateurs américains, doctrine qui a malheureusement survécu aux changements d’administration depuis le mandat de G. W. Bush. En effet, s’ingérant une fois de plus dans les affaires d’Etats souverains, les Etats-Unis voient d’un très mauvais œil les programmes nucléaires iranien et nord-coréen qui remettent en question leur hégémonie militaire mondiale et leur capacité d’intervention militaire globale.

Faut-il le rappeler, l’Asie du Nord-Est est un centre stratégique majeur pour le département de la Défense américain, puisqu’à l’heure actuelle les troupes américaines sont stationnées dans trois des pays de la zone : le Japon, malgré les nombreuses protestations des gouvernements successifs et plusieurs scandales de mœurs impliquant des soldats américains, mais aussi la Corée du Sud (présence d’ailleurs croissante puisque l’installation d’une base américaine sur l’île sanctuaire de Jeju est à l’ordre du jour) et Taïwan. Cette occupation de territoires asiatiques est au cœur du repositionnement stratégique mondial des Américains sous l’administration Obama (s’effacer relativement du Moyen-Orient pour investir toujours plus l’Asie Orientale) qui vise principalement à contrer la très relative montée en puissance de la Chine, dont le budget militaire a certes augmenté de 18 % cette année mais n'atteint que le tiers de celui des Etats-Unis.

Suivant le principe « faites ce que je dis, pas ce que je fais », les Etats-Unis jugent opportun d’entretenir la psychose contre un ennemi nord-coréen improbable (ne serait-ce que par le déséquilibre des forces en présence, mais aussi par la nature même du régime de Pyongyang, beaucoup plus fondamentalement souverainiste et indépendant que menaçant et expansionniste), relayée au niveau culturel par des films comme le récent Red Dawn, alors qu’ils mènent dans le même temps des essais nucléaires lourds de conséquences pour les ennemis désignés comme tels par les Etats-Unis puisque la capacité de frappe américaine est mondiale. Par ailleurs, l’AAFC a systématiquement dénoncé la tenue et la participation des forces navales américaines à des exercices militaires sud-coréens, vécus comme une menace pour la RPDC.

Il est plus que temps de rappeler à l’Occident que les pays du Sud sont des pays indépendants qui ont le droit légitime de mener les politiques qu’ils veulent, et que les Etats-Unis et leurs alliés ne sont en rien légitimes pour critiquer le mode de développement choisi par des Etats souverains, même s’ils contrecarrent d’une façon ou d’une autre leurs plans d’hégémonie mondiale.

 

Principales sources : AAFC, Le Figaro.

 

 

Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2009

Israël et l'Afrique du Sud auraient effectué un essai en commun en 1979. (source : Wikipedia)

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:48

PaixenCoréeLe 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée et le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée ont lancé un appel aux organisations de solidarité et d'amitié dans la région Asie-Pacifique et dans le monde. Cet appel s'élève contre la présence des troupes américaines en Corée du Sud, et plaide pour la paix dans la péninsule. Relayant depuis deux ans une pétition de juristes progressistes sud-coréens pour le départ des soldats américains de Corée du Sud et l'établissement d'une paix durable dans cette région du monde, l'Association d'amitié franco-coréenne s'associe naturellement aux termes de cette déclaration.

Dans son appel en date du 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée déclare que "les Américains et les forces qui refusent la réunification en Corée du Sud et qui leur sont liées poursuivent de manière constante une politique hostile envers la République populaire démocratique de Corée (RPDC)", par des manoeuvres de guerre qui vont à l'encontre du désir du peuple coréen pour la réunification, la réconciliation nationale et l'unité.

Conjointement avec le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée, le Comité régional Asie-Pacifique appelle à l'organisation de manifestations et à la multiplication des initiatives pour l'établissement d'un traité de paix en Corée et le retrait des soldats américains du Sud de la péninsule, alors que le 27 juillet 2013 marquera le soixantième anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée. L'armistice a certes conduit à la cessation des affrontements armés, mais il n'a pas mis fin au conflit : techniquement, la Corée est toujours en état de guerre et les accrochages meurtriers, notamment dans les zones litigieuses de la mer de l'Ouest (mer Jaune), l'ont malheureusement rappelé à de trop nombreuses reprises.

Attachée à la paix et à la prospérité de l'Asie du Nord-Est qui correspondent au voeu de l'ensemble du peuple coréen, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle et signer et faire signer une pétition internationale tendant à l'établissement d'un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953, et dont les fondements seraient la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, ainsi que le retrait des quelque trente mille soldats américains toujours stationnés dans le Sud du pays. Plus généralement, il s'agit de refuser toute présence de troupes étrangères sur le sol coréen, comme c'est déjà le cas au Nord de la péninsule depuis plus d'un demi-siècle. Un traité de paix devra engager l'ensemble des parties impliquées, dont les deux gouvernements coréens et ceux de la Chine et des Etats-Unis, conformément à la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007.

Le projet de traité de paix en Corée a fait l'objet d'une proposition de résolution du député Jean-Jacques Candelier. La pétition relayée en France par l'AAFC a d'ores et déjà donné lieu au recueil de 220 signatures publiques par les militants de l'Association d'amitié franco-coréenne, à la date du 28 octobre 2012. Par ailleurs, une délégation de l'AAFC a été invitée à se rendre en RPD de Corée à l'occasion des cérémonies qui marqueront, à l'été 2013, le soixantième anniversaire de la fin du conflit.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 17:15

MDA logoLe 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité entre les États-Unis et la République de Corée (du Sud), le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a promis que les États-Unis continueraient de fournir un parapluie nucléaire à la Corée du Sud tout en déclarant que les deux pays examineraient la possibilité d'un système régional de défense antimissile. Le 7 octobre 2012, la Corée du Sud avait annoncé avoir conclu un accord avec les États-Unis pour accroître la portée de ses missiles balistiques de 300 à 800 km, afin qu'ils puissent atteindre n'importe quel point de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pour la RPDC, cet accord n'est pas seulement dirigé contre elle, mais « motivé par l'objectif stratégique des États-Unis d'assiéger le continent asiatique et d'y perturber la paix et la stabilité afin d'établir leur domination sur la région de l'Asie et du Pacifique ».1 De fait, tout démontre que les moyens militaires déployés par les États-Unis en Corée et dans ses environs immédiats sont moins destinés à contrer la prétendue menace de la RPDC qu'à contenir la montée en puissance de la Chine identifiée comme le principal adversaire stratégique des États-Unis depuis le début des années 2000. Sous le gouvernement du président Lee Myung-bak, la Corée du Sud a été de plus en plus impliquée dans la « défense antimissile régionale » voulue par l'administration Obama, un concept qui a succédé, notamment pour des raisons de coût, à la « défense antimissile globale » prônée par l'administration Bush. Le concept d'un bouclier antimissile procurant l'invulnérabilité a vraiment fait surface au début des années 1980, à l'apogée de la Guerre froide, pour entrer dans une phase de réalisation concrète au début des années 2000 afin de protéger les États-Unis et leur alliés contre une prétendue menace venue de pays tels que la Corée du Nord. L'Association d'amitié franco-coréenne dresse ici un rapide historique du bouclier antimissile voulu par les États-Unis, un programme qui, en trois décennies, aura surtout fait la démonstration de son coût faramineux et du caractère fallacieux des prétextes avancés pour sa réalisation. 

L'idée de se protéger contre les missiles balistiques ennemis est née dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'utilisation par l'Allemagne nazie des fusées V1 et V2. Au cours de la Guerre froide, avec l'apparition de vecteurs plus puissants traversant l'espace extra-atmosphérique pour atteindre leur cible sur un autre continent en moins de 30 minutes, les premiers moyens antimissile (ABM) à la disposition des États-Unis et de l'Union soviétique étaient surtout considérés par les stratèges des deux camps comme un danger majeur pour la paix. Ce paradoxe d'un système a priori défensif constituant une menace pour la paix n'est qu'apparent, car la stabilité stratégique était alors fondée sur un « équilibre de la terreur », ni les États-Unis ni l'Union soviétique n'ayant avantage à lancer en premier une attaque à l'aide d'armes nucléaires car celle-ci aurait déclenché une seconde frappe en représailles, l'une et l'autre ayant des effets dévastateurs. La crainte d'une destruction mutuelle assurée a donc évité un affrontement direct entre les deux superpuissances de la Guerre froide, au prix de nombreux conflits conventionnels périphériques. Si un des deux acteurs déployait des moyens antimissile, un tel équilibre n'existait plus et la course aux armements était relancée dans l'espoir de saturer les défenses de l'ennemi.

Conscients de ce danger, les États-Unis et l’Union soviétique signèrent en mai 1972 un traité établissant un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs. Ce traité ABM visait à renforcer la stabilité mondiale et à limiter la course aux missiles intercontinentaux en maintenant une vulnérabilité mutuelle. De plus, le traité interdisait aux États-Unis et à l'Union soviétique de faire participer leurs alliés à leurs programmes antimissile et à placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales.

En mars 1983, parce qu’il trouvait immoral le concept de la destruction mutuelle assurée, le président des États-Unis Ronald Reagan lança l'Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée la « Guerre des étoiles », un bouclier spatial utilisant des satellites pour identifier et détruire les missiles venus de la haute atmosphère. Ce projet fut aussitôt critiqué aux États-Unis, par leurs alliés et, bien sûr, par l'Union soviétique.

Aux États-Unis, on considérait que l'IDS était extrêmement coûteuse sans offrir de défense totale.

Les alliés des Américains redoutaient que l'IDS, à supposer qu'elle fonctionne, transforme les États-Unis en une forteresse inviolable, incitant au repli et à l'isolationnisme.

Pour l'Union soviétique, l'IDS violait le traité ABM de 1972 et remettait en question l'équilibre de la terreur concrétisé depuis 1949 par sa possession de l'arme nucléaire.

En 1991, l'IDS a perdu sa raison d'être avec la disparition de l'Union soviétique avant d'être officiellement stoppée par le président Bill Clinton en 1993. En dix ans, l'Initiative de défense stratégique lancée par le président Reagan n'avait abouti à aucun système d’interception opérationnel. Rétrospectivement, l'annonce de l'IDS et des programmes de recherche associés ne pourrait avoir servi qu'à étouffer financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique détournant les crédits alloués à la course aux armements d'autres secteurs indispensables de l'économie soviétique.

Après la fin de la Guerre froide, il a été considéré que la stabilité stratégique devait être assurée dans un cadre multilatéral grâce aux régimes existants de non-prolifération, de contrôle des armements et de désarmement. Néanmoins, en 1999, saisissant le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée l'année précédente, le Congrès des États-Unis adopta la loi sur la défense antimissile nationale (National Missile Defense Act, NMD), indiquant qu'il entrait dans les intentions des États-Unis de construire un bouclier antimissile, limité, « aussitôt que la technologie le permettra ».

La NMD présentait deux différences majeures par rapport à l'Initiative de défense stratégique abandonnée quelques années auparavant : il fallait pouvoir défendre les États-Unis contre une offensive mineure, composée d'une vingtaine de missiles intercontinentaux et d'une centaine d'ogives nucléaires, chimiques ou biologiques, non contre une attaque massive, et les moyens antimissile (radars, intercepteurs) se trouvaient au sol, et non dans l'espace.

A côté de cette défense antimissile nationale destinée à protéger le territoire des Etats-Unis, l'administration Clinton envisageait une défense antimissile de théâtre (Theater Missile Defense, TMD) destinée aux unités militaires des Etats-Unis basées outre-mer, dont les forces américaines stationnées en Corée du Sud. Malgré les demandes américaines, le gouvernement sud-coréen du président Kim Dae-jung refusa de se joindre à la TMD car celle-ci ne correspondait pas à l'intérêt national de la Corée du Sud eu égard à son coût, à ses performances insuffisantes, aux relations inter-coréennes ou aux relations entre la Corée du Sud et ses voisins. La défense antimissile de théâtre voulue par l'administration Clinton préfigurait la défense antimissile régionale aujourd'hui prônée par l'administration Obama et à laquelle a choisi de s'associer le gouvernement sud-coréen du président Lee Myung-bak arrivé au pouvoir en 2008.

dick-cheney-angry.jpgLa défense antimissile nationale voulue par le président Clinton fut considérée comme trop timide par plusieurs politiciens néo-conservateurs qui occupèrent à partir de 2001 de hautes fonctions dans l'administration Bush, dont Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Pour ces néo-conservateurs, dans la période de l'après-Guerre froide, les États-Unis n’ayant à l’échelle mondiale aucun rival, « la grande stratégie de l’Amérique [se devait] de préserver et accroître cette position favorable pour une durée à venir aussi longue que possible ». Un bouclier antimissile intégrant des composantes terrestres, maritimes, aériennes et spatiales faisait partie de cette stratégie visant à maintenir « la prééminence militaire américaine qui est le corollaire de la stratégie de domination mondiale des États-Unis ». Pour les néo-conservateurs le régime de non-prolifération avait failli en permettant à des pays considérés comme hostiles aux États-Unis – Corée du Nord, Irak, Iran, Libye, Syrie – de se doter de capacités balistiques présentées comme « un grave défi pour la paix américaine et la puissance militaire qui la protège ».2

Arrivé au pouvoir en janvier 2001, le président George W. Bush annonça le 13 décembre de la même année que les États-Unis se retiraient du traité ABM de 1972. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, au nom de la « guerre contre le terrorisme », les États-Unis voulaient avoir le droit de déployer un système de défense antimissile sur tout le territoire américain et chez leurs alliés, et de placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales. Le 17 décembre 2002, le gouvernement américain annonça officiellement la relance de la défense antimissile nationale, rebaptisée défense antimissile (Missile Defense, MD) car elle se voulait désormais extra-territoriale et globale, sous le contrôle d'une Agence de la défense antimissile (Missile Defense Agency, MDA), dépendant du département de la Défense des États-Unis. Quand l'administration Bush quitta le pouvoir en 2009, le budget annuel de ce programme s'approchait des 10 milliards de dollars, le bouclier antimissile devant être opérationnel en 2013.

Grâce au bouclier antimissile voulu par l'administration Bush, un missile balistique intercontinental ennemi aurait dû être détruit au maximum 30 minutes après son lancement, selon la séquence suivante3:

1) Le missile ennemi est lancé.

2) Les satellites de surveillance détectent la menace.

3) L'état-major est alerté

4) Les navires équipés du système de combat Aegis4 détectent le missile avec leurs radars pour déterminer sa trajectoire et tentent de l'intercepter.

5) Un avion disposant d'un laser embarqué (Boeing YAL-1) tente de détruire le missile en vol.

6) Les intercepteurs sont lancés.

7) Si toutes ces mesures ont échoué, des radars et lanceurs mobiles traquent le missile.

8) En cas d'échec, les batteries de la défense antimissile terminale en haute altitude (Terminal High Altitude Area Defense, THAAD) font feu.

9) Toujours en cas d'échec, des batteries antimissile de théâtre Patriot entrent en action.

MD_Sequence.JPG

source : Missile Defense Agency

Dès la relance de la défense antimissile par l'administration Bush, des scientifiques contestèrent sa faisabilité, considérant que, si les techniques de détection et de guidage avaient fait des progrès, les systèmes d’interception faisaient défaut. En juillet 2003, une équipe rassemblant des physiciens et des ingénieurs exerçant dans des universités et des laboratoires aussi prestigieux que Los Alamos, le MIT ou Berkeley publia sous l’égide de l’American Physical Society (APS) un rapport démontrant l’inefficacité prévisible des systèmes de défense antimissile préconisés par la MDA.

Ces experts constataient que tous les systèmes d’interception alors en développement (en 2003) devaient détruire un missile intercontinental pendant sa phase de propulsion initiale. Or, selon eux, quel que soit le système de détection et d’interception choisi (missile embarqué sur un navire équipé d'Aegis, missile terrestre, rayon laser), aucun n’avait le temps d’atteindre sa cible dans les 2 à 4 minutes que dure cette phase de propulsion.

En fait, ces chercheurs estimaient que, si de gros progrès étaient faits, le système pouvait éventuellement détecter et détruire certains missiles propulsés grâce à des carburants liquides, dont la phase de propulsion initiale est plus longue. En revanche, le système restait incapable de détruire les missiles à carburant solide, qui ne peuvent être atteints que pendant les 95 secondes qui suivent leur lancement. L'étude de l'APS estimait que les pays contre lesquels le bouclier antimissile de l'administration Bush était conçu – Iran et Corée du Nord en tête - maîtriseraient probablement la technique des missiles à carburant solide d’« ici 10 à 15 ans » (soit entre 2013 et 2018), lorsque le bouclier serait en passe de devenir opérationnel.5

Le bouclier antimissile s'avérait donc être un projet coûteux (plus de 100 milliards de dollars avaient déjà été dépensés en vingt ans) et inutile. Dans ces conditions, le Congrès des États-Unis réduisit régulièrement le budget alloué à ces technologies antimissile aussi onéreuses qu'incertaines destinées à contrer un éventuel missile à longue portée.

Les réticences du Congrès s'expliquaient en particulier par les faibles performances du système terrestre d'interception de missile à mi-course (Ground-based Midcourse Defense, GMD). Comme le révèle un rapport du Congrès sur le budget de la Défense pour l'année fiscale 2009, la MDA n'avait pas réussi à mener au cours des années précédentes ne serait-ce qu'un test d'interception en vol par an, en moyenne, grâce au système GMD, en dépit du fait que le Congrès avait autorisé de consacrer annuellement 200 millions de dollars à la conduite de deux tests.

En 2007, le candidat à la présidence des États-Unis Barack Obama fit la promesse de « réduire les investissements dans les systèmes de défense antimissile n'ayant pas fait leurs preuves. » De son côté, Carl Levin, président de la commission des forces armées du Sénat américain, déclara en janvier 2009 qu'il aimerait voir des réductions dans le programme de défense antimissile. Quant à Ellen Tauscher, présidente de la sous-commission des forces stratégiques de la Chambre des représentants, elle estima en février 2009 que les États-Unis avaient trop investi dans le programme du système GMD.6

Alors que le budget des États-Unis menaçait d'enregistrer un déficit record pour 2008-20097, le Congrès gela le déploiement du système GMD (déjà déployé en Alaska et en Californie) et annula d'autres programmes plus expérimentaux : laser aéroporté, intercepteurs à énergie cinétique détruisant leur cible par impact, systèmes spatiaux de surveillance, « Multiple Kill Vehicle » permettant à un seul missile intercepteur d'engager plusieurs cibles, grâce à plusieurs projectiles guidés.

En revanche, le Congrès continua de soutenir le développement de systèmes de défense antimissile qui avaient fait leurs preuves : Aegis, Patriot, THAAD, missiles mer-air, tous systèmes destinés à contrer la menace « réaliste » des missiles à courte et moyenne portées.8

Ce sont de tels systèmes qui forment aujourd'hui la défense antimissile régionale soutenue par l'administration Obama.

Dans un contexte de réduction budgétaire, les milieux néo-conservateurs prirent prétexte du lancement de la fusée spatiale Unha-2 par la RPD de Corée, le 5 avril 2009, pour défendre leur bouclier antimissile.

David Blumenthal, chercheur à l'American Enterprise Institute (le centre de réflexion qui inventa le concept d’« axe du mal »), qualifia le programme de laser aéroporté de « méthode la plus prometteuse et immédiate pour intercepter un missile balistique dans la phase de propulsion initiale, peu après son lancement » et de « technologie qui pourrait s'avérer être un nouveau changement révolutionnaire dans la guerre, dû à l'ingéniosité américaine. »9

Pour Robert Joseph, ancien sous-secrétaire d'État pour le contrôle des armements et la sécurité internationale (l'homme qui, en 2006, voulait que les sanctions prises à l'encontre de la Corée du Nord « éteignent toutes les lumières de Pyongyang »), les États-Unis devaient aussi se défendre contre les missiles à longue portée, ce qui ne pouvait pas être fait avec les seuls systèmes Patriot, THAAD et Aegis. Pour affronter la Corée du Nord et l’Iran, Joseph plaidait pour le déploiement d'intercepteurs en Alaska, en Californie et en Europe. Face à une « menace en évolution », il préconisait également d’investir dans de nouvelles capacités, toute réduction des investissements de défense étant considérée comme « incroyablement en décalage avec le monde réel ».10

Le monde réel des scientifiques disait pourtant qu'un bouclier contre les missiles intercontinentaux ne fonctionnerait tout simplement pas ou, au mieux, serait périmé avant même d'entrer en service. La question est donc posée : les néo-conservateurs ont-il voulu refaire le « coup » de l'Initiative de défense stratégique qui avait si bien fonctionné à la fin des années 1980 ? Ont-ils envisagé d'épuiser leurs adversaires stratégiques potentiels à l'aide d'une nouvelle course aux armements, comme les États-Unis avaient étouffé financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique impossible?

Une chose est certaine : quand l'administration Bush est entrée en fonction, en 2001, elle a voulu ressusciter la doctrine de domination permanente énoncée dans les Directives pour le plan de défense (Defense Planning Guidance, DPG) pour les années 1994-1999, premier exposé formel des buts stratégiques des États-Unis dans l'après-Guerre froide. Les DPG exposaient que le premier objectif de la stratégie des Etats-Unis était d'empêcher l'apparition d'un futur concurrent pouvant défier l'écrasante supériorité militaire de l'Amérique.11

Bien sûr, un tel concurrent ne pouvait pas être la Corée du Nord ou l'Iran. En outre, pour un intercepteur basé au sol, l'interception ne peut avoir lieu que si sa vitesse est supérieure à celle du missile attaquant et si l'intercepteur est éloigné de la trajectoire du missile de 500 km au maximum pour un lanceur à carburant liquides et de 300 km pour un lanceur à carburant solide. Le succès de la défense antimissile dépend aussi des capacités à détecter le départ et à suivre la trajectoire d'un missile, ainsi qu'à guider son intercepteur. Plus tôt le tir est détecté, plus l'interception a de chances de réussir.12 Compte tenu des sites prévus pour l'implantation des radars et des intercepteurs du bouclier antimissile américain, deux pays autres que ceux spécifiquement désignés par les États-Unis se sont estimés visés par ce système : la République populaire de Chine et la Fédération de Russie.

Comme la Russie, la Chine est inquiète du retrait des États-Unis du traité ABM de 1972. Elle est aussi inquiète du déploiement d'intercepteurs dans le monde entier, en particulier au Japon, lesquels pourraient rendre inopérante la petite force de dissuasion stratégique chinoise. En outre, le projet de bouclier antimissile pourrait freiner la réduction des arsenaux nucléaires américain et russe et provoquer une reprise de la course aux armements et, plus généralement, porter un coup aux efforts contre la prolifération que sont le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Comprehensive Test Ban Treaty, CTBT) et le Traité d'interdiction de la production de matières fissiles (Fissile Material Cut-off Treaty, FMCT).13

Pour les analystes chinois, les États-Unis exagèrent le risque que les prétendus « États voyous » puissent se doter de missiles à longue portée équipés de têtes nucléaires. Consacrer du temps et des ressources à développer un système antimissile contre ces pays revient à « utiliser un canon pour tirer sur une mouche », alors que les capacités pour une réplique américaine suffisent largement à dissuader toute attaque. Pour les Chinois, les États-Unis développent et déploient leur système antimissile en insistant sur la menace d'« États voyous », mais leur objectif réel est bien de contenir la Chine.

La Chine pense que les États-Unis ont saisi le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée en 1998 pour convaincre le Japon, jusqu'ici réticent, de participer au bouclier antimissile américain.14

La Chine est particulièrement opposée au déploiement d'un système antimissile de théâtre au Japon, d'autant moins nécessaire qu'aucun système TMD n'a été déployé au Japon pendant la Guerre froide quand le danger d'une attaque était bien plus important. La Chine avance officiellement quatre arguments contre la coopération américano-japonaise dans le domaine d'un système TMD15 : un système antimissile de théâtre installé au Japon contribue au bouclier antimissile des Etats-Unis ; la coopération pour un système TMD change la nature de l'alliance entre les États-Unis et le Japon, la plaçant sur une base plus égale ; le Japon est déjà une puissance militaire importante et un Japon doté de fortes capacités offensives et défensives pourrait devenir plus agressif, renouant avec ses vieux démons ; le déploiement d'un système TMD au Japon avec l'aide des États-Unis aggrave la tension dans la péninsule coréenne et ne contribue pas à y régler par le dialogue les questions nucléaire et balistique.

Avec le Japon, la Corée du Sud est l'autre partenaire important des Etats-Unis dans le déploiement d'un système TMD en Asie du Nord-Est.

Dans un discours prononcé à Tokyo en septembre 2010, Frank Rose, sous-secrétaire d'État américain en charge de la vérification, du respect et de l'application des accords, a fait part de la forte volonté des États-Unis d'installer leur système de défense antimissile en Asie en allant au-delà de la coopération bilatérale entre les États-Unis et le Japon. Le sous-secrétaire d'États Rose a précisé que, « En Asie, le Japon et la Corée du Sud sont déjà des partenaires importants dans la défense antimissile ». Selon Frank Rose, avoir plusieurs partenaires, dont la Corée du Sud, dans le système de défense antimissile était souhaitable pour trois raisons : une raison « politique » parce que cela renforce l'aptitude à apporter une réponse commune à une menace ennemie ; une raison « opérationnelle » parce que la capacité du système MD est accrue, qu'il s'agisse du partage des données ou de l'interception d'engins balistiques ; et une raison « budgétaire » parce que cela réduit les investissements à consentir par les pays qui intègrent ce système de défense.

Quelques semaines auparavant, en juillet 2010, les marines des États-Unis et de Corée du Sud avaient mené un exercice d'interception de missile. Le croiseur sud-coréen Sejong-le-Grand, équipé du système Aegis, suivit ce qui était censé être un missile balistique ennemi et fournit à la marine américaine des informations sur sa position avant qu'un autre croiseur Aegis, américain, tire un missile SM-3 et l'abatte. En effet, alors que le Sejong-le-Grand peut détecter et suivre un missile balistique, il n'est pas équipé de SM-3 et le partage des informations et des moyens entre les armées sud-coréenne et américaine est donc nécessaire à la mise en œuvre d'une défense antimissile régionale en Asie du Nord-Est.

Si le déploiement à grande échelle en Corée du Sud de systèmes antimissile américains tels que des Patriot et des radars avait déjà commencé sous la présidence de Roh Moo-hyun (2002-2007), il s'est accéléré sous l'administration de Lee Myung-bak, intégrant davantage la Corée du Sud dans la défense antimissile des Etats-Unis.

Bell_KimTaeyoung.jpgLe 22 octobre 2010, Kim Tae-young, alors ministre de la Défense nationale de Corée du Sud, fut à l'origine d'une controverse à l'Assemblée nationale sud-coréenne quand, répondant à une question d'un député du Parti démocratique (opposition), il déclara que la Corée du Sud et les États-Unis examinaient « ensemble la question de la défense antimissile ».

Par la suite, le ministre Kim déclara que « l'élément à prendre un peu en compte est la raison pour laquelle notre peuple s'est opposé à la défense antimissile. C'est parce que les Etats-Unis ont créé la MD afin de protéger le territoire américain. Aujourd'hui, les choses ont évolué et la MD est envisagée au niveau régional. Les choses deviennent donc différentes et nous les considérons avec prudence. » Cette réponse suffit pour que le peuple sud-coréen soupçonne le gouvernement Lee Myung-bak d'accélérer le processus d'intégration à la défense antimissile voulue par les États-Unis.

La controverse prenant de l'ampleur, le ministère sud-coréen de la Défense publia dès le 23 octobre 2010 le communiqué suivant : « Les autorités de la République de Corée et des États-Unis discuteront à l'avenir du partage des informations et des mesures opérationnelles destinées à protéger la péninsule coréenne de la menace des armes de destruction massive nord-coréennes au sein d'un 'Comité pour une politique de dissuasion étendue'. » Le ministère de la Défense affirmait aussi que « cela ne signifie pas que nous rejoignons le système régional de défense antimissile des États-Unis, mais que, tout en établissant une défense antiaérienne et antimissile coréenne, d'abord en tant que sous-système défensif, nous allons aussi renforcer notre coopération avec les Forces des États-Unis en Corée pour le partage des informations et des moyens opérationnels destinés à répondre de manière efficace à la menace des missiles balistiques de la Corée du Nord. » En résumé, le ministère sud-coréen de la Défense déclarait que la Corée du Sud renforce sa coopération avec les États-Unis dans la défense antimissile sans participer au système de défense antimissile voulu par les États-Unis...16

Le 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité, le ministère de la Défense a continué à nier toute implication dans le système de défense antimissile des États-Unis, le jugeant « fondamentalement différent » de celui de la Corée du Sud17, mais les signes d'une intégration croissante de la Corée du Sud dans ce système existent bien.

Pour les États-Unis, il y a urgence à installer les éléments d'un système antimissile en Asie du Nord-Est et la prétendue menace nord-coréenne constitue un prétexte fort commode.

En janvier 2007, dans un contexte d'opposition au bouclier antimissile, un événement inédit en deux décennies eut lieu : la Chine détruisit un de ses vieux satellites météorologiques à l'aide d'un intercepteur basé au sol et porteur d'une charge de type cinétique. Le vieux satellite chinois évoluait en orbite à environ 800 km de la Terre, soit l'altitude correspondant à la phase de vol libre d'un missile balistique, laquelle dure de 15 à 20 minutes.

Un tel acte fut vite interprété comme un avertissement lancé aux États-Unis. Outre la démonstration que les Chinois étaient capables de développer les éléments d'un bouclier antimissile que les Américains avaient eux-mêmes du mal à acquérir - le fameux système terrestre d'interception de missile à mi-course GMD « recalé » par le Congrès en 2009 -, les Chinois pouvaient désormais rendre « aveugles » les Américains et leurs alliés en détruisant les satellites d'observation évoluant en orbite basse (entre 200 et 2 000 km). Les Etats-Unis ne pouvaient que redouter une nouvelle course aux armements dans l'espace - qu'ils avaient eux-mêmes contribué à relancer – et, ne reculant devant aucune contradiction, le gouvernement américain déclara en réaction à la destruction du satellite chinois que le « développement et l'essai de telles armes est incompatible avec l'esprit de coopération à laquelle chaque pays aspire dans le domaine de l'espace civil. »18

standard missile 3En février 2008, un missile SM-3 fut tiré du croiseur américain USS Lake Erie stationné dans l'Océan Pacifique, à l'ouest des îles Hawaï. Quatre minutes après, un satellite était atteint et détruit à 247 km d’altitude. Selon la version donnée par l'armée américaine, le but de ce tir était de détruire le satellite militaire USA-193 lancé en décembre 2006 et devenu hors de contrôle, compte tenu du danger représenté par les 450 kg d’hydrazine contenus dans ses réservoirs et le risque d’intoxication pesant sur les populations. Cette version fut mise en doute par la Russie qui y vit plutôt une opération destinée à tester une arme antisatellite et le tir suscita la réprobation de la Chine.19 De fait, le succès de ce tir américain venait à point nommé pour justifier les énormes crédits accordés à la Missile Defense Agency et envoyait un signal sur la détermination des États-Unis à appliquer la doctrine de « domination spatiale » avalisée par l'administration Bush.

Les États-Unis ont identifié la République populaire de Chine comme leur principal adversaire stratégique depuis le début des années 2000, au moins, et le bouclier antimissile complète le dispositif d'endiguement mis en place autour de la Chine. Dans la mise en place de ce dispositif, la Corée du Sud constitue une pièce maîtresse et la Corée du Nord un alibi pour des initiatives américaines de plus en plus agressives à l'égard de la Chine. Ainsi, un bouclier antimissile n'est pas seulement un système de défense mais aussi, dans son principe même, une arme « de premier emploi » : un système antimissile fonctionnel informe ses objectifs potentiels qu'ils seront attaqués si les États-Unis le veulent et sans que les pays visés puissent répondre. On comprend mieux la signification de l'avertissement du secrétaire américain à la Défense Robert Gates (qui a servi au même poste sous les administrations Bush et Obama), servant de conclusion au rapport 2009 de la MDA : défier (et non attaquer) les États-Unis dans le domaine nucléaire – ou avec d'autres armes de destruction massive - exposera à une « réponse écrasante et catastrophique ».20

On peut tirer trois conclusions des péripéties du bouclier antimissile américain : premièrement, les pays tels que la République populaire démocratique de Corée ne sont qu'un prétexte ; deuxièmement, si le bouclier antimissile devient opérationnel, une guerre offensive devient possible, voire inévitable, contre les adversaires stratégiques désignés des États-Unis ; troisièmement, si le bouclier spatial n'est qu'une illusion entretenue à grands frais par les stratèges américains, les dizaines de milliards de dollars déjà dépensés profitent à des sociétés telles que Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Raytheon. L'avertissement du président américain Eisenhower dans son discours d'adieu du 17 janvier 1961 prend alors toute sa dimension :

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison, mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

 

 

Sources

1 KCNA, 8 novembre 2012

2 Thomas Donnelly, Donald Kagan, Gary Schmitt, Rebuilding America's Defenses : Strategy, Forces and Resources for a New Century, Project for the New American Century, septembre 2000 (traduction en français disponible ici)

4 Aegis (traduction anglaise de « égide », le bouclier du dieu grec Zeus) est un radar à haute puissance pouvant exécuter simultanément des fonctions de détection, recherche et poursuite de plus de 200 missiles, à plus de 370 km.

5 American Physical Society, "Missile defense strategy not feasible against potential threats", Washington D.C., 15 juillet 2003

6 Travis Sharp, "Recommendations for Action in 2009 : Reduce Funding for Unproven Missile Defense Programs", Center for Arms Control and Non-Proliferation, 26 février 2009

7 AFP,   11 mars 2009

9 David Blumenthal, "Coming to Asia's Defense", The Wall Street Journal, 16 avril 2009

10 Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine", National Review Online, 9 avril 2009

11 Michael T. Klare, "Target China: The Emerging US-China Conflict", Japan Focus, 19 avril 2006.

12 Iouri Zaïtsev, « La Défense antimissile américaine de A à Z », RIA Novosti, 2 mars 2007.

13 Evan S. Medeiros, 2nd US-China Conference on Arms Control, Disarmament and Nonproliferation: Missiles, Theater Missile Defense and Regional Stability, Monterey Institute of International Studies, Monterey, 1999. p. 11, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs", James Martin Center for Nonproliferation Studies

14 Les néo-conservateurs ayant servi dans l'administration Bush admettent ouvertement ce prétexte, à l'instar de Robert Joseph : « the U.S.-Japan relationship on missile defense — which grew out of North Korea’s first Taepodong launch in August 1998 — gave Japanese leaders both confidence that the U.S. stood with them and an option for protecting their territory from harm. » (Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine")

15 Luo Jie et Ye Bian, "US 'Missile Defense' Will Bring No End of Trouble for the Future - Sha Zukang on Topics Including International Disarmament Situation and TMD", Shijie Zhishi, 1er juillet 1999 in FBIS, "Arms Control Chief on US Missile Defense", 1er juillet 1999, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs"

16 Cheong Wooksik,  "Would South Korea fall down into a ‘swamp of MD’?", Peace Network, 25 octobre 2010 

17 Yonhap, 26 octobre 2012 

18 Déclaration de Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, le 18 janvier 2007, cité dans Marc Kaufman et Dafna Linzer, "China Criticized for Anti-Satellite Missile Test : Destruction of an Aging Satellite Illustrates Vulnerability of U.S. Space Assets", The Washington Post, 19 janvier 2007

19 BBC, 21 février 2008 

20 Extrait d'un discours prononcé par le secrétaire à la Défense Robert Gates devant la Fondation Carnegie pour la paix internationale, le 28 octobre 2008, cité dans Testing : Building Confidence, Missile Defense Agency, 2009

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