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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:07

Oeil pour oeil, dent pour dent : dans l'escalade actuelle des tensions autour de la péninsule coréenne, avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), d'une part, les Etats-Unis et leurs alliés (Corée du Sud, Japon), d'autre part, aucune des deux parties ne veut laisser à l'autre le sentiment qu'elle pourrait baisser la garde. Le budget militaire de la RPDC représente moins de 1% de celui des Etats-Unis, d'où son choix de recours à des armes non conventionnelles, comme l'arme nucléaire, dans une logique de dissuasion "du faible au fort". Mais si la moindre puissance de la RPDC est de nature à expliquer les propos musclés de ses forces de commandement, qui ne sont pas inhabituels en période de crise, les Etats-Unis, pour leur part, n'avaient pas habitué l'opinion internationale à de telles réactions : après la présentation publique de ce qui constitue fondamentalement un plan d'attaque conjoint contre la Corée du Nord, le survol de la péninsule coréenne par deux bombardiers furtifs américains B-2, le 28 mars 2013, est une menace directe contre la RPD de Corée. Ce type d'initiative, d'une utilité discutable au regard de l'écrasante supériorité militaire américaine, apparaît comme de nature à jeter de l'huile sur le feu dans une situation déjà suffisamment tendue.

bombardier-b2-northrop.jpg

Il y a deux façons d'interpréter l'escalade en cours des tensions autour de la péninsule coréenne : du point de vue nord-coréen, qui considère que, face aux menaces des Etats-Unis, il faut réaffirmer le droit de chaque Etat à exercer sa souveraineté, tout en rejetant les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies comme autant d'ingérences dans les affaires intérieures d'un pays et l'expression d'une règle du "deux poids, deux mesures" ; du point de vue américain, largement relayé dans les médias occidentaux, selon lequel la Corée du Nord procède à des provocations qui justifieraient le déploiement de forces en cours, dans le cadre des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve et Foal Eagle et de la mise en place, avec la Corée du Sud, d'un "plan opérationnel conjoint anti-provocations".

Mais du point de vue de l'intérêt du peuple coréen, ce qui compte aujourd'hui est de prévenir tout nouveau risque de conflit qui, au regard de la concentration des forces militaires en présence, conduirait à un carnage qui se chiffrerait en centaines de milliers ou en millions de morts. Une nouvelle guerre de Corée serait ainsi d'une toute autre ampleur que les affrontements localisés en cours en Syrie et en Afghanistan, en engageant pour la première fois de manière directe et globale deux puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Corée du Nord. La paix dans le monde, enjeu fondamental, se joue bien, ici et maintenant, en Corée.

Dans le cadre de leurs manoeuvres militaires actuellement en cours, menées conjointement avec les forces militaires de la Corée du Sud, les Etats-Unis ont choisi d'impliquer deux bombardiers furtifs B-2 Spirit, en plus des bombardiers B-52. Le 28 mars 2013, les deux appareils, dotés de la technologie la plus récente, ont parcouru plus de 10 000 kilomètres depuis leur base de Whiteman dans le Missouri jusqu'en Corée, avant de retourner aux Etats-Unis : ils ont largué des munitions factices au-dessus d'un champ de tir dans le sud de la péninsule. Réputés indétectables, les bombardiers B-2 peuvent emporter jusqu'à 18 tonnes d'armement conventionnel ou nucléaire, dont seize bombes de 900 kilos guidées par satellite ou huit GBU-37 antibunker. Pour le commandement américain, cela "démontre la capacité des Etats-Unis à réaliser sans délai et sans restriction des frappes de précision à longue distance".

Clairement, la guerre nucléaire est aux portes de la Corée, et ce ne sont pas les bombardiers ou les missiles balistiques nord-coréens qui viendraient narguer les Etats-Unis, même si la RPDC a annoncé deux jours plus tôt que les bases américaines, notamment celles du Pacifique, étaient à portée de ses missiles balistiques si elle était provoquée, en réaction à l'engagement de bombardiers B-52 au-dessus de la Corée. Ce sont bien les bombardiers américains qui s'approchent dangereusement de la RPD de Corée, délivrant un signal qui pourra être qualifié d'avertissement ou de provocation selon le point de vue duquel on se situe.

En RPD de Corée, le climat est à la mobilisation de tous, civils et militaires, contre tout risque d'attaque américaine : le Dirigeant Kim Jong-un a multiplié les inspections d'unités militaires et participé à des exercices menés en réplique aux manoeuvres conjointes américano-sud-coréennes, lesquelles s'étalent cette année sur deux mois (mars et avril). Les troupes nord-coréennes ont été placées en position de pouvoir répondre immédiatement à toute menace ennemie. Le 26 mars, après l'interruption du téléphone rouge entre les deux Corée, l'agence nord-coréenne KCNA a annoncé que toutes les communications militaires intercoréennes étaient coupées "dans une situation où une guerre peut éclater à tout moment" et "aussi longtemps que dureront les actes hostiles et anachroniques du Sud".

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Un expert américain interrogé par CNN a souligné que les Nord-Coréens conduiraient des combats acharnés en cas de guerre, à l'instar des Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, balayant le scénario d'une hypothétique avancée militaire rapide, comme en Irak : "Ils ne sont pas l'armée de Saddam [Hussein], ils devraient se battre comme les Japonais dans le Pacifique.

Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme son engagement pour la paix, maintenant.

 

Sources : CNN, KCNA, Le Figaro

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 12:15

Le 24 mars 2013, le commandant des forces américaines en Corée et le chef d'état-major sud-coréen ont signé et rendu public un "plan combiné contre les provocations" nord-coréennes entrant en vigueur immédiatement, ce qui signifie notamment l'absence de contrôle parlementaire sur cet accord prévoyant des opérations militaires que pourraient lancer conjointement les Etats-Unis et la Corée du Sud en cas (et le terme est flou, à dessein) de "provocation" nord-coréenne. Document secret n'ayant de public que le nom, comportant d'inquiétantes zones d'ombre quant aux mesures effectivement prévues, il s'inscrit également dans un plan de communication pour accréditer l'idée que les troupes sud-coréennes auraient leur mot à dire dans l'hypothèse d'une action militaire menée sous commandement américain. Le "plan combiné contre les provocations" a des antécédents, dans le droit de fil de mesures d'exception malheureusement trop connues, attentatoires aux libertés publiques et autorisant aujourd'hui les guerres américaines de par le monde sous les prétextes les moins avouables : celles-ci sont mises en oeuvre au nom de la lutte contre le "terrorisme" - concept tout aussi vague et laissé à la seule appréciation du commandement américain que celui de "provocation".

L'armée américaine stationnée en Corée du Sud et, au-delà, dans la région Asie-Pacifique, voulait depuis longtemps agir comme elle veut et quand elle veut - sans donc en référer nécessairement au pouvoir politique - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ce voeu semble maintenant exaucé avec la signature, le 24 mars 2013, d'un "plan combiné contre les provocations" nord-coréennes par le chef d'état-major sud-coréen, le général Jung Seung-jo, et le général James Thurman, commandant des forces américaines stationnées en Corée du Sud, lesquelles comptent toujours 28 500 hommes et dirigeraient les opérations menées conjointement avec le Sud en cas de conflit.

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Aux termes d'une déclaration conjointe du commandement américain et des forces armées sud-coréennes, il s'agirait d'"améliorer la capacité combinée pour nous permettre de répondre immédiatement et de manière décisive à toute provocation nord-coréenne". Tout cela est bien vague : qu'est-ce qu'une provocation nord-coréenne? Quelle serait la réponse engagée? S'agit-il vraiment d'engager les troupes américaines, épaulées par leurs alliés sud-coréens, sur un nouveau théâtre d'opérations extérieures, alors que le budget militaire des Etats-Unis subit des coupes et que les opérations menées en Afghanistan sont loin d'être couronnées de succès ?

Ce plan est présenté comme le résultat de plusieurs années de négociations bilatérales depuis deux graves incidents survenus en 2010 : le dramatique naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan ayant conduit à la mort de 46 marins, et les affrontements autour de l'île Yeonpyeong (4 morts côté sud-coréen, pas de bilan officiel côté nord-coréen). Mais aucune preuve valable n'a été apportée d'une implication nord-coréenne, comme les Etats-Unis et la Corée du Sud le prétendent, dans le naufrage du Cheonan, ce point étant suffisamment admis par les ministères des Affaires étrangères des grandes puissances pour que cet incident, officiellement attribué à la Corée du Nord par les Etats-Unis et leurs alliés, soit en réalité le seul à n'avoir pas entraîné de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies. S'agissant de l'incident de l'île Yeonpyeong, si une riposte nord-coréenne a bien eu lieu, les Etats-Unis n'ont pas pu démentir les accusations de la RPD de Corée selon laquelle son territoire aurait été touché par les exercices militaires alors en cours. En particulier, l'imagerie satellitaire américaine aurait pu apporter toutes les preuves matérielles que les tirs d'obus ayant déclenché la réaction nord-coréenne seraient restés au sud de la ligne de démarcation Nord (NLL), frontière maritime de fait entre les deux Corée depuis 1953, comme les Etats-Unis le soutiennent.

Si le "plan opérationnel conjoint" rendu public le 24 mars 2013 présente comme une nouveauté l'action combinée des troupes américaines et sud-coréennes face à de biens vagues "provocations" nord-coréennes (et non plus dans la seule hypothèse d'une guerre), même ce point reste entouré de nombreuses zones d'ombre. Selon les déclarations américaines, il serait désormais acquis que les forces des Etats-Unis stationnées dans la zone Asie-Pacifique pourraient également être mobilisées. Mais d'après des sources militaires citées dans la presse sud-coréenne, il existe des conditions, non rendues publiques, pour que les Etats-Unis répondent favorablement à une demande d'intervention sud-coréenne, et les moyens alors engagés par les Etats-Unis ne seraient pas précisés dans le "plan opérationnel conjoint". Visiblement, il s'agit de faire croire à l'opinion sud-coréenne que les Etats-Unis soutiendraient la Corée du Sud à sa demande, alors que le commandement des troupes sud-coréennes en cas de conflit restera américain au moins jusqu'en 2015. En réalité, les Etats-Unis restent les seuls maîtres militaires au sud de la péninsule coréenne.

L'aveu du contenu réel de ce plan - pouvoir attaquer la Corée du Nord en tout point sous le prétexte vague d'une "provocation" nord-coréenne - est venu d'indiscrétions, diffusées volontairement ou non, de sources proches du dossier. Sous couvert d'anonymat, dans un entretien au quotidien sud-coréen de langue anglaise The Korea Times, un responsable sud-coréen du ministère de la Défense a déclaré : "Le plan opérationnel de l'armée sud-coréene prévoit maintenant de frapper l'origine de la provocation de l'ennemi et ses forces de commandement et de soutien. [...] Suivant le type de provocations et les circonstances opérationnelles, les Etats-Unis avec leurs armes peuvent frapper les territoires nord-coréens." Il s'agit donc bien de "frappes" militaires essentiellement (sinon exclusivement) américaines, contre "l'origine de la provocation", sans exceptions, ce qui peut donc inclure le QG nord-coréen et le commandement militaire nord-coréen, aujourd'hui sous l'autorité du Dirigeant Kim Jong-un. Même si ces déclarations peuvent apparaître comme des rodomontades, elles ne doivent pas être prises à la légère : pour ne citer que deux exemples, la CIA a une longue expérience de tentatives d'assassinat contre des dirigeants étrangers, une de ses principales cibles ayant longtemps été le dirigeant cubain Fidel Castro, et l'hypothèse d'attaques aériennes ciblées - en l'occurrence contre les sites nucléaires nord-coréens - avait déjà été envisagée par les faucons américains il y a vingt ans, avant d'être heureusement abandonnée. En effet, la présidence des Etats-Unis avait alors compris que, mise en oeuvre, cette menace entraînerait de graves risques de guerre. Il s'en était suivi le premier accord international, en 1994, sur le nucléaire nord-coréen.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ne peut accepter que demain, les populations coréennes, soient à nouveau les victimes des appétits militaires de ses puissants voisins. Elle ne peut accepter que la péninsule coréenne puisse redevenir, soixante ans après l'armistice de la guerre de Corée, un nouveau champ de batailles meurtrier au profit des intérêts américains. Fondamentalement attachée à la paix, refusant toute nouvelle escalade des tensions dans la péninsule coréenne, l'AAFC appelle au retrait du "plan combiné contre les provocations". L'AAFC appelle également à ce que l'ensemble des dispositions de ce plan militaire secret soient rendues publiques. L'AAFC appelle, enfin, à l'ouverture d'un débat public sur les meilleurs moyens de résoudre, par le dialogue, la question coréenne, en impliquant pleinement le pouvoir politique sur des questions trop importantes pour la paix du monde pour être laissées à la seule appréciation des faucons militaires américains et de leurs acolytes sud-coréens. Une telle exigence de transparence et de débat passe par des discussions publiques au Parlement et l'ouverture sans exclusive de discussions avec toutes les parties impliquées et l'ensemble des acteurs concernés.

Tel est le sens de la lettre qu'avait adressée en ce début d'année André Aubry, président de l'AAFC, à l'ambassadeur américain en France (voir ci-dessous). Ce courrier est resté sans réponse : manifestement, le représentant du gouvernement américain en France juge la diplomatie secrète plus conforme aux intérêts de son pays que d'avoir le courage de nous répondre. Mais l'AAFC poursuivra son chemin suivant la seule ligne qu'elle a fixée lors de sa création il y a plus de quarante ans, pour la paix et la réunification de la Corée.


Source principale : The Korea Times (deux articles datés du 24 mars 2013 : "S. Korea, US sign combined operational plan against N. Korea" ; "US to fight limited NK provocation", dont photo).

 

 

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Texte de la lettre adressée le 28 janvier 2013 par André Aubry, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, à S.E. Charles H. Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis d'amérique en République française :

Monsieur l’Ambassadeur,

Œuvrant depuis 1969 au renforcement des liens d'amitié et de coopération entre les peuples français et coréen, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'inquiète de la montée des tensions en Corée. À la veille du soixantième anniversaire de la signature de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, les conséquences de l'absence de traité de paix dans la péninsule coréenne se font une nouvelle fois cruellement sentir.

Les sanctions prises à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) suite au lancement d'un satellite artificiel le 12 décembre 2012, lesquelles s'ajoutent à une liste déjà longue, compromettent gravement les chances d'une reprise du dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord. Or, un tel dialogue est nécessaire à la conclusion d'un véritable traité de paix qui augurerait d'une nouvelle ère de prospérité en Corée, en Asie et dans le monde.

En outre, la menace militaire permanente qui pèse sur la RPDC ne peut qu'inciter ce pays à se doter des moyens d'une dissuasion destinée à préserver les intérêts qu'il considère comme vitaux, selon des principes qui ne sont pas sans évoquer ceux suivis par le général de Gaulle pour la force de dissuasion française.

Pour sa part, l'AAFC considère qu'une paix durable est le préalable à une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible dans la péninsule coréenne. Dans cette perspective, l'AAFC participe activement aux campagnes pour un traité de paix en Corée.

Nous espérons que vous vous ferez l'interprète de ces préoccupations auprès des autorités de votre pays et nous nous tenons à votre disposition pour évoquer ces questions avec vous-même, vos collaborateurs ou vos services.

Veuillez agréer, Monsieur l’Ambassadeur, les assurances de notre très haute considération.

 

André Aubry, ancien sénateur-maire, président de l'Association d'amitié franco-coréenne

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 13:48

"Les jeux de guerre déclenchent une tension nucléaire" ("War games trigger nuclear tension") : c'est sous ce titre que le Belfast Telegraph, dans son édition du 11 mars 2013, rend compte du lancement des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve et Foal Eagle, après un regroupement des forces militaires participant à ces opérations dans les jours et les semaines qui ont précédé leur déclenchement. Ceux-ci interviennent dans un contexte particulièrement tendu qui fait craindre un risque de guerre entre deux puissances nucléaires : les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La RPD de Corée a suspendu le "téléphone rouge" avec la Corée du Sud, mis en place en 1971 comme ligne de communication d'urgence pour éviter, notamment, qu'un incident ne dégénère en conflit armé.

Autour de la péninsule coréenne, aucune des parties n'entend céder de terrain dans l'escalade actuelle des tensions. Malgré les manifestations pacifistes en Corée du Sud, notamment devant l'ambassade américaine, les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve ont démarré le 11 mars 2013, prévus pour durer jusqu'au 21 mars. Présentés par Washington et Séoul comme purement défensifs, ces jeux de guerre - en grande partie simulés sur ordinateur - utilisent des moyens ultra-modernes et engagent d'importants effectifs : 10.000 soldats sud-coréens et 3.500 soldats américains y participent. Ils viennent s'ajouter aux exercices Foal Eagle lancés le 1er mars 2013 et mobilisant 200.000 soldats sud-coréens et 10.000 soldats américains  jusqu'au 30 avril. Outre ces troupes, les exercices Foal Eagle engagent, côté américain, le porte-avions à propulsion nucléaire américain USS George Washington (97.000 tonnes) et 18 autres bâtiments de guerre, des bombardiers stratégiques B-52 et des avions de chasse furtifs F-22 Raptor.

Du propre aveu des autorités militaires sud-coréennes, le déploiement des bombardiers américains B-52, venus de l'île de Guam, est inhabituel. Développé dans les années 1950, le B-52 a un rayon d’action de 16.000 kilomètres et peut emporter quatre bombes thermonucléaires.

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Troupes sud-coréennes en manoeuvre (photo : AP/Le Monde)

Ayant vigoureusement protesté contre ces exercices qu'elle a dénoncés comme les préparatifs d'une guerre d'invasion, la RPD de Corée avait annoncé suspendre le "téléphone rouge" qui relie Pyongyang et Séoul depuis 1971. De fait, les deux appels des Sud-Coréens sur cette ligne après le début des exercices n'ont reçu aucune réponse. Cette ligne est habituellement utilisée deux fois par jour. Elle a été suspendue à cinq reprises - la dernière fois en mai 2010.

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Manifestation le 7 mars 2013 sur place Kim Il-sung de Pyongyang. 

La pancarte indique : "si vous osez nous envahir, seule la mort vous attend !" (Photo : AP/Hankyoreh)

La Corée du Nord a également considérés comme nuls et non avenus l'ensemble des accords de non-agression intercoréens. Après une visite de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée, sur la ligne de front près de la frontière maritime contestée par Pyongyang, les casernes situées dans cette partie de la péninsule ont été placées en état d'alerte par la Corée du Nord, qui a annoncé qu'elle réagirait fermement à toute violation de son territoire.

Le cycle actuel de tensions est alimenté par les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, après l'essai nucléaire nord-coréen du 12 février 2013, lui-même effectué en réaction à de précédentes sanctions onusiennes suite au lancement d'un satellite artificiel par la Corée du Nord le 12 décembre 2012.

Le ministre sud-coréen de la Défense choisi par la nouvelle présidente Mme Park Geun-hye a jeté de l'huile sur le feu en déclarant, vendredi 8 mars, que la RPD de Corée "disparaîtrait de la surface de la terre", en cas de frappe nucléaire "préventive" que la Corée du Nord lancerait contre tout risque de "guerre atomique" que déclencheraient les Etats-Unis. Auparavant, la Corée du Sud avait elle-même évoqué la possibilité qu'elle procède à une frappe préventive contre la Corée du Nord.

Les démonstrations de force sont habituelles autour de la péninsule coréenne, des exercices militaires nord-coréens de grande ampleur étant à présent attendus par la plupart des observateurs. Il existe cependant aujourd'hui des risques d'escalade qui conduiraient à des affrontements armés. Pour les prévenir, l'Association d'amitié franco-coréenne plaide pour le dialogue entre toutes les parties et pour qu'un véritable traité de paix, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953 ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, prévienne tout nouveau conflit meurtrier pour les Coréens. Il y a soixante ans, la guerre de Corée avait causé des millions de morts, et les Coréens avaient payé le plus lourd tribut à cet affrontement indirect entre les grandes puissances de la Guerre froide.

 

Sources : AAFC, Belfast Telegraph, Le Monde, Yonhap

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 00:16

A ceux qui lui reprochent son séjour en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la star du basket américain Dennis Rodman souligne qu'il répond à l'appel de ses fans partout dans le monde, et surtout que le sport peut rapprocher les hommes et les nations. La "diplomatie du ping-pong" avait aidé à la normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis d'Amérique et la République populaire de Chine dans les années 1970. Pourquoi le basket, aussi populaire aux Etats-Unis qu'en RPDC, ne contribuerait-il pas, demain, à l'avènement d'une ère de paix et de dialogue en Asie du Nord-Est ?  Conscient d'avoir réalisé quelque chose d'historique, l'ancienne star des Chicago Bulls, qui était accompagné de trois membres des Harlem Globetrotters, Bull Bullard, Buckets Blakes et Moose Weekes, a promis de retourner en Corée du Nord.

 "Il [Kim Jong-un] aime le basketball... J'ai dit que Obama aimait le basketball. Commençons par là." A l'issue de sa visite en Corée du Nord, Dennis Rodman, que sa passion commune de ce sport a rapproché du dirigeant nord-coréen qu'il a qualifié d' "ami pour la vie", ne pouvait être plus explicite sur son souhait de voir émerger une diplomatie du basket entre les deux Etats, toujours virtuellement en état de guerre faute d'avoir signé un traité de paix à l'issue des combats de la guerre de Corée en 1953.

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Dennis Rodman a poursuivi en observant également, à propos de Kim Jong-un : "Il m'a demandé de dire une chose à Obama et de faire une chose. Il n'attend d'Obama qu'une chose : un appel." Toujours dans son entretien avec la chaîne ABC News, il a ajouté que le dirigeant nord-coréen, avec qui il a passé deux jours à l'occasion de cet échange sportif organisé par le magazine Vice, "ne veut pas la guerre" avec les Etats-Unis.

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Comme pour la visite de Bill Richardson en janvier dernier, le département d'Etat américain a réagi en déclarant qu'il disposait d'autres canaux d'échanges avec la RPD de Corée et que Dennis Rodman n'était pas un ambassadeur des Etats-Unis, allant jusqu'à déclarer un peu crânement qu'il n'y aurait pas de "debriefing" avec l'ancien basketteur. Au regard du peu de connaissance qu'a en réalité l'administration américaine du pouvoir nord-coréen, il serait pour le moins insolite qu'elle se contente d'écouter les déclarations de Dennis Rodman dans les médias. Toutefois, dans le bras-de-fer où elle est engagée avec Pyongyang, la nouvelle administration Obama ne peut guère avouer publiquement qu'elle ne dispose pas d'autres sources d'information fiables que celles provenant de ceux qui, comme Bill Richardson en début d'année et Dennis Rodman dernièrement, sont invités officiellement par la RPDC. Si ce ne sont eux directement, ce sont les personnes qui les accompagnent qui ont vocation à être soumises aux questions de la CIA et du département d'Etat. En attendant, la Corée du Nord de Kim Jong-un a réussi de jolies opérations de communication en choisissant des personnalités américaines connues et reconnues pour faire savoir sa volonté de dialogue et de paix.

La Corée du Nord a aussi déclaré à plusieurs reprises, par la bouche même de son dirigeant, qu'elle était prête à un dialogue direct avec les Etats-Unis. Dès que seront terminés les exercices militaires conjoints une nouvelle fois engagés avec la Corée du Sud, l'Amérique n'a guère d'autre choix que de s'asseoir à la table des négociations. La question n'est pas tant de savoir si elle le fera, mais quand elle s'y résoudra, dût son amour-propre en souffrir. En attendant, le refus de la main tendue ne peut qu'encourager la RPDC à poursuivre sur la voie de l'escalade avec les Etats-Unis, en renforçant ses capacités d'autodéfense nucléaire et dans le domaine balistique.

 

Sources : AAFC, SportingNews

Photos : KCNA

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 23:17

Nucléaire RPDC-USAAu lendemain du troisième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 12 février 2013, la condamnation le même jour par les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, avant l'adoption annoncée et attendue de nouvelles sanctions, a entraîné une vive réaction de la RPDC qui a déclaré - via un communiqué de l'agence nord-coréenne KCNA en date du 13 février 2013 - qu'elle défendrait "sa sécurité et sa souveraineté nationale" face à la "politique hostile des Etats-Unis" et à leurs "pratiques arbitraires" en renforçant ses capacités de dissuasion. Mais si le Président Barack Obama a déclaré que les "provocations", selon lui, de la RPDC ne lui permettraient pas de discuter dans de meilleures conditions, seule une issue négociée peut raisonnablement permettre d'apaiser les tensions dans la péninsule coréenne. Au-delà des formules diplomatiques et des condamnations de principe, le réalisme politique implique effectivement de rechercher les termes d'un accord, ce qui apparaît tout à la fait à la portée des diplomates occidentaux pour peu qu'ils envisagent les tenants et aboutissants d'une solution mutuellement avantageuse pour l'ensemble des parties.

Au regard du caractère contraignant que présentent ou devraient présenter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), les membres permanents  du CSNU - Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni - ne pouvaient pas réagir autrement qu'en condamnant l'essai nucléaire nord-coréen du 12 février 2013. Dans le même temps, il est patent que les sanctions prises à l'encontre de la RPDC n'ont pas bloqué ses progrès dans les domaines balistique et du nucléaire militaire, ce qui implique donc à présent que toutes les options possibles soient examinées, y compris la reprise à moyen terme du dialogue bilatéral et multilatéral avec Pyongyang. Si ces débats ne peuvent pas aujourd'hui être portés sur la place publique, et n'auront vraisemblablement de traduction qu'après l'adoption d'une nouvelle résolution du CSNU renforçant les sanctions contre la RPDC, il est évident que l'essai nucléaire du 12 février 2013 les a relancés, tout du moins entre les Etats-Unis et leurs alliés, d'une part, ces mêmes pays et la Chine et la Russie, d'autre part, avant d'éventuelles discussions entre les Occidentaux et la RPDC dans un second temps.

Sur le fond, rien ne justifie la différence de traitement qui a été instituée par le CSNU entre la RPDC et les autres Etats qui se sont d'ores et déjà dotés de l'arme nucléaire sans faire partie du "club nucléaire" lors de la signature du traité de non-prolifération - l'Inde, Israël et le Pakistan. De même, rien ne justifie que la RPDC soit le seul pays au monde dont le programme spatial donne lieu à des sanctions internationales. C'est pourquoi l'argumentaire diplomatique de la RPDC repose fondamentalement sur ce refus du "deux poids, deux mesures".

La RPD de Corée a modifié sa Constitution pour y inscrire son statut d'Etat doté de l'arme nucléaire. Il est donc totalement inenvisageable qu'elle renonce unilatéralement et sans contreparties à ses armes nucléaires, comme affirment vouloir l'y contraindre les Etats-Unis et leurs alliés dans les résolutions successives du CSNU en parlant de dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. La dénucléarisation de la RPDC ne peut être que l'aboutissement d'un processus de négociations, et non son point de départ. Auparavant, il faudra recréer les conditions du dialogue et restaurer une confiance qui n'existe plus entre les différentes parties, les uns et les autres s'accusant mutuellement de ne pas avoir respecté leurs engagements lors des précédentes sessions de discussions.

Les attentes de la RPD de Corée sont connues : obtenir des garanties de sécurité ; permettre sa pleine insertion dans l'économie internationale en levant notamment les interdictions qui empêchent son adhésion aux institutions financières internationales ; assurer des flux réguliers en énergie, en produits alimentaires, voire en investissements étrangers. Si la Chine est aujourd'hui potentiellement en position de négocier avec la RPDC, c'est d'abord parce qu'elle est liée à cette dernière par un traité bilatéral signé en 1961, et également parce qu'elle est  son principal partenaire économique. En cherchant à isoler économiquement et financièrement la RPDC, les Etats-Unis ont pratiquement cessé tous les échanges économiques avec la RPDC, se privant eux-mêmes d'une carte dans de futures négociations. Ils peuvent, en revanche, peser sur l'adhésion de la RPDC aux institutions financières internationales.

Sur le plan militaire, les Etats-Unis ont des attentes vis-à-vis de la RPDC : empêcher la prolifération nucléaire et balistique, y compris vis-à-vis d'entités non étatiques - comme Al Qaïda - en lutte contre eux, et à propos desquels il n'existe aucune preuve d'une possible coopération avec la Corée du Nord, qui se défend de toute volonté de prolifération. Si les Américains veulent des garanties de Pyongyang dans ces domaines, leur intérêt est de négocier ouvertement avec la RPDC. Jusqu'à présent, ils négociaient la suspension, pour une durée plus ou moins indéfinie, des programmes balistiques et militaires nucléaires de la RPDC - mais la rupture des discussions depuis 2009, assortie de nouvelles sanctions du CSNU - a montré leur impuissance à empêcher les progrès militaires de la RPDC. Si la voie de la contrainte par les sanctions a échoué, l'alternative est de reprendre les négociations, en vue d'atteindre des objectifs réalistes à court terme : suspendre les tirs balistiques et les essais nucléaires nord-coréens, formaliser un principe de non-prolifération, et en contrepartie pour la RPDC négocier des garanties de sécurité dans le cadre, notamment, d'un futur traité de paix (comme le propose Pyongyang), ce sont autant de sujets qui méritent d'être mis sur la table des négociations.

Quand les Etats-Unis et l'URSS s'étaient engagés sur la voie d'une dialogue à l'époque de la guerre froide, ils avaient mis en place des liaisons (le fameux "téléphone rouge") pour prévenir notamment des risques d'escalade en cas de tension. Aujourd'hui, les canaux du dialogue informel sont tenus - la visite de Bill Richardson, début janvier, en tant que chef de la délégation dont faisait également partie Eric Schmidt, PDG de Google, a été condamnée par le département d'Etat américain. Formaliser un cadre de discussions témoignerait ainsi de la volonté des différentes parties de s'engager ouvertement sur la voie d'une résolution négociée des questions encore en suspens. Les pourparlers à six pouvaient être interprétés en ce sens, mais ils ont vécu et une nouvelle formule mérite d'être imaginée. Celle-ci pourrait s'inspirer de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dans laquelle à chaque proposition d'une des des parties correspondrait une contre-proposition des autres parties. Qu'il s'agisse des exercices militaires à répétition américano - sud-coréens, de la levée des ambiguïtés sur la présence ou non d'armes nucléaires dans le Sud de la péninsule ou des incertitudes sur la délimitation de la frontière maritime entre les deux Corée, les domaines dans lesquels les Etats-Unis pourraient s'engager par un geste fort ne manquent pas.

Aujourd'hui, le principal obstacle à une reprise des négociations à Washington, est certainement que les Etats-Unis considèrent qu'ils n'ont pas à négocier avec un Etat comme la RPDC qui, à la différence de l'URSS, n'a pas un potentiel militaire équivalent au leur. Sans doute sont-ils aussi bloqués par l'idée de donner l'impression de céder face à un Etat remettant en cause l'hégémonie américaine. Mais la diplomatie est précisément l'art d'inventer des possibles. Après, tout n'est que communication : qui, dans l'opinion publique mondiale, blâmerait un accord où les Etats-Unis d'une part, la RPDC d'autre part, s'engageraient simultanément dans la résolution d'un conflit vieux de deux générations, en faisant avancer la cause de la paix ? Un succès constituerait un cas d'école dans d'autres régions du monde et montrerait que les Etats-Unis peuvent résoudre des différends internationaux par d'autres voies que celles de l'escalade militaire ou du blocus économique, avec les résultats - pour le moins discutables - observés hier en Somalie et en Irak, et aujourd'hui en Afghanistan.

Aujourd'hui, négocier avec la Corée du Nord constitue une option non seulement possible, mais souhaitable.

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 21:00

La montée des tensions semble  apparemment inexorable en Asie du Nord-Est, étant marquée par un nouveau cycle de sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et de réactions de la RPDC, qui s'apprêterait à procéder un troisième essai nucléaire. En signe de désapprobation, la Chine a annoncé qu'elle suspendrait ses livraisons de céréales et d'énergie à la RPDC. L'escalade tient aussi à l'attitude des Etats-Unis et de leur allié sud-coréen : après le lancement d'un satellite par la Corée du Sud, de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens dès la semaine prochaine - impliquant notamment un sous-marin nucléaire américain - ont logiquement conduit à la RPDC à réagir.

 

Selon une dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA publiée le 3 février 2013, dans un discours prononcé lors d'une réunion de la Commission militaire centrale du Parti du travail de Corée, le dirigeant de la RPDC Kim Jong-un a donné des instructions pour renforcer les capacités d'autodéfense de l'Armée populaire de Corée afin de défendre la souveraineté nationale et la sécurité du pays, face aux "exercices de guerre" des Etats-Unis et de la Corée du Sud. Chaque partie fait ainsi sienne le proverbe si vis pacem, para bellum ("si tu veux la paix, prépare la guerre") pour protester de ses intentions pacifiques et défensives (Washington parle d'exercices de routine à caractère défensif, et Pyongyang de renforcement de sa force de dissuasion pour prévenir une attaque, conformément à ses droits d'Etat souverain). En réalité, c'est une autre partie - diplomatique - qui se joue en coulisses, y compris à l'intérieur de chaque pays, aucun gouvernement ne souhaitant que les tensions dégénèrent en conflit ouvert.

 

En particulier, au moment où John Kerry, déjà partisan du dialogue avec Pyongyang après l'essai nucléaire nord-coréen de 2009, prend ses fonctions de secrétaure d'Etat, de nombreux responsables de l'appareil d'Etat américain ont conscience de l'impasse où a conduit l'escalade des tensions, comme en témoigne la tribune ci-dessous, traduite de l'anglais par l'AAFC, de Joseph R DeTrani, ancien ambassadeur américain aux pourparlers à six (2003-2006) de l'administration George W.  Bush. Il souligne notamment la nécessité de ne pas rendre impossible une reprise future des négociations, en allant trop loin dans l'escalade. 

 

Pour l'AAFC, il convient aussi de se projeter au-delà des prochaines semaines et des prochains mois pour imaginer le futur scénario de sortie de crise. Selon nous, ce scénario devra se fonder sur la recherche d'une paix durable dans la péninsule, où chaque partie devra faire des concessions. Une telle capacité prospective représente notamment une impérieuse nécessité pour la diplomatie européenne et la diplomatie française, si les fonctionnaires français et européens ne veulent pas rester à la traîne des Etats-Unis et du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le dossier coréen. Comme Joseph DeTrani, nous estimons que c'est maintenant qu'il faut agir : pour nous, la France doit tenir son rang diplomatique et reprendre l'initiative en étant porteuse de solutions basées sur le dialogue et le rétablissement d'une confiance mutuelle entre les parties, plutôt que de subir les événements.

 

joseph_r_detrani.jpgAnnexe - Résoudre la question nucléaire nord-coréenne, par Joseph R. DeTrani

 

Au regard des bouleversements en Moyen-Orient et en Asie du Sud et des tensions en Asie de l'Est, un succès dans la résolution de la question nucléaire nord-coréenne est nécessaire et est toujours à notre portée, malgré la dure réponse de la Corée du Nord à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant son lancement de missile (sic, NdT : il s'agissait en réalité d'un lancement de satellite) en décembre.

 

La quatrième série de pourparlers à six avec la Corée du Nord, en septembre 2005, a produit une déclaration conjointe aux termes de laquelle la Corée du Nord est prête à démanteler ses programmes nucléaires existants en contrepartie d'une aide économique, de la normalisation in fine de ses relations avec les Etats-Unis et de la fourniture d'un réacteur à eau légère quand la Corée du Nord redeviendra membre du Traité de non prolifération.

 

L'ancien dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait approuvé la déclaration conjointe, en faisant savoir à de nombreuses reprises que la Corée du Nord était prête à démanteler tous ses programmes nucléaires, en contrepartie d'assurances de sécurité, d'une aide économique et de relations normales avec les Etats-Unis. Son fils et successeur, Kim Jong-un, n'a pas fait de commentaires à ce sujet et n'a pas - à la différence de son père - pris d'engagement sur la dénucléarisation. Obtenir de Kim Jong-un qu'il le fasse sera maintenant plus difficile, sinon impossible. 

La déclaration de Pyongyang du 24 janvier, en réponse à la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) du 22 janvier, a déclaré : "Dans ces conditions, la RPDC ne peut que déclarer que les pourparlers à six n'existent plus, tout comme la déclaration du 19 septembre [2005]". La Corée du Nord a fait des déclarations similaires à plusieurs reprises mais, par l'intermédiaire de la Chine et d'autres pays, elle est revenue aux négociations. Comme hier, il faut maintenant le persuader de reprendre le dialogue. 

Sur le fond, l'optimisme engendré par la Déclaration conjointe du 19 septembre 2005, après trois ans de négociations infructueuses qui avaient commencé en août 2003, a vécu. Quand en juillet 2006 la Corée du Nord a lancé sept missiles, puis procédé à un essai nucléaire en octobre, des sanctions ont été immédiatement imposées par les résolutions du CSNU 1695 et 1718. 

A l'époque, la Corée du Nord avait fait savoir que les missiles avaient été lancés à cause d'une rupture dans la confiance avec les Etats-Unis quand le Trésor américain, le jour même où la déclaration conjointe était signée, sanctionnait une banque de Macao [NdT : la Banco Delta Asia] accusée de blanchiment d'argent pour la Corée du Nord et forcée de geler 25 millions de dollars américains sur un compte détenu par la Corée du Nord. Quand la banque s'est conformée à la loi américaine, l'argent a été restitué à la Corée du Nord. 

Cela a conduit au retour de la Corée du Nord aux négociations à six, où des progrès ont été réalisés, avant que cet élan ne se brise quand la Corée du Nord n'a pas voulu satisfaire l'exigence américaine que l'accord oral soit mis par écrit. 

Nous avons été engagés dans des pourparlers à six et de nombreuses négociations bilatérales avec la Corée du Nord pendant près de dix ans. Ces dernières années, aucune discussion officielle à six n'a eu lieu et les résultats de ces contacts ont été effroyables. En fait, pendant ces dix années de négociations sporadiques, la Corée du Nord a construit, vendu et amélioré son stock de missiles balistiques et fabriqué davantage d'armes nucléaires à base de plutonium et d'uranium enrichi. Le lancement réussi de missile du 12 décembre 2012 qui a placé un satellite un orbite montre que Pyongyang a réalisé des progrès appréciables dans la technologie des missiles balistiques à longue portée.

Même si les cinq autres parties que la Corée du Nord engagées dans les pourparlers à six - la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon et la Russie - s'investissent autant dans ces négociations, c'est la Chine et les Etats-Unis qui ont le plus d'influence sur la Corée du Nord. La Chine apporte une aide alimentaire et énergétique significative à la Corée du Nord ; son commerce avec la Corée du Nord a fortement augmenté et le traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle avec la Corée du Nord de 1961 apporte les bases qui donnent à la Chine un clair pouvoir d'influence.

 

Les Etats-Unis ont un pouvoir considérable, dans la mesure où la Corée du Nord veut des garanties de sécurité et la normalisation de ses relations, ce qui ensuite permettrait à la Corée du Nord d'accéder aux institutions financières internationales et lui apporterait une légitimité internationale. Par conséquent, il est juste d'affirmer que la Chine et les Etats-Unis peuvent et devraient faire davantage, surtout maintenant, pour se réengager avec la Corée du Nord avant qu'une poursuite de l'escalade des tensions par Pyongyang ne rende inconcevable une reprise des discussions. 

La stratégie de l'insouciance n'a pas été un succès. L'engagement en ce moment avec la nouvelle direction à Pyongyang semble prudente, supposant que le jeune nouveau dirigeant nord-coréen s'abstienne de nouveaux lancements de missiles ou d'essais nucléaires et que, à l'instar de son père, il s'engage finalement sur la voie de la dénucléarisation, en conformité avec la déclaration conjointe du 19 septembre 2005. La Chine, en travaillant étroitement avec les Etats-Unis, peut engager ce processus en obtenant de Pyongyang un retour immédiat et inconditionnel aux pourparlers à six.

L'objectif devrait être que Kim Jong-un engage publiquement la Corée du Nord dans le sens de la déclaration conjointe du 19 septembre 2005, en déclarant que la Corée du Nord est prête à démanteler tous ses programmes nucléaires en contrepartie de garanties de sécurité, d'une aide économique et d'une normalisation in fine de ses relations avec les Etats-Unis. Il est maintenant temps d'agir.

Joseph R. DeTrani a été l'envoyé spécial [américain] aux pourparlers à six avec la Corée du Nord de 2003 à 2006, et le chef de la mission sur la Corée du Nord auprès du Directeur du renseignement national entre 2006 et 2010. Il a été le Directeur du Centre national de contre-prolifération jusqu'en janvier 2012. Les idées et les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et n'engagent pas le Gouvernement ni l'administration des Etats-Unis.

 

Sources : AAFC, USAToday. Tribune de Joseph R. DeTrani traduite de l'anglais par l'AAFC, publiée en anglais sur le site Asia Times online le 29 janvier 2013. Photo de l'ambassadeur Joseh DeTrani : source China Daily.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 21:32

kim-jong-un_barack-obama.jpgLe 24 janvier 2013, la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a fermement rejeté la résolution 2087 Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) ayant élargi les sanctions contre la RPDC après le lancement du satellite Kwangmyongsong-3 le 12 décembre 2012, résolution qu'elle regarde comme illégale et contraire au principe de respect de la souverainté des Etats, qui est la base du droit international public. Mettant en cause la politique hostile des Etats-Unis à l'origine de la nouvelle résolution, la déclaration de la Commission de la défense nationale de la RPDC a précisé : « nous ne cachons pas que divers satellites et fusées à longue portée seront lancés par la RPDC l'un après l'autre et qu'un essai nucléaire de plus grande puissance sera conduit » dans « une nouvelle phase du combat antiaméricain [...] ciblant les Etats-Unis, ennemi juré du peuple coréen ». Les analystes étrangers ont alors considéré qu'un nouvel essai nucléaire, qui pourrait être à base d'uranium enrichi, pourrait être conduit prochainement. Dans un article intitulé « Nous n'avons pas d'autre choix » publié par le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, dans son édition du 26 janvier 2013, le journal nord-coréen a estimé qu'un « essai nucléaire » plus puissant que les précédents était une « exigence du peuple ». Les tensions qui traversent actuellement la péninsule coréenne sont malheureusement trop courantes pour être dues à de simples brouilles diplomatiques conjoncturelles : ce sont encore et toujours les mêmes logiques à l’œuvre qui, si elles ne sont pas profondément remises en question, mèneront inéluctablement à une escalade, voire à une militarisation après l'échec d’un dialogue déjà rendu difficile. La politique de sanctions économiques, qui touche beaucoup plus les peuples que les gouvernements, usée jusqu'à la corde, fait partie de ces facteurs déstabilisants qui peuvent mener jusqu’aux situations que nous connaissons aujourd’hui.

 

La République populaire et démocratique de Corée a toujours fait preuve d’indépendance dans la conduite de ses politiques. Elle était indépendante du bloc socialiste pendant la Guerre froide puisqu’elle n’a jamais adhéré au CAEM (Conseil d’assistance économique mutuelle) et elle a développé sa propre doctrine politique adaptée au contexte coréen, le Juche. Indépendante, elle l’est aussi vis-à-vis de la Chine, grand pays ami et allié depuis la guerre de Corée, puisque si la Corée du Nord montre beaucoup d’attention pour le modèle chinois elle ne cherche pas nécessairement à évoluer de la même manière. Enfin, Pyongyang se montre encore et surtout indépendant de l’Occident, et tout particulièrement des Etats-Unis, vus de RPDC comme étant la cause d’un certains nombre de problèmes internes, via la politique de sanctions proférée à l’égard de la RPDC depuis plus de soixante ans : l’embargo états-unien sur la Corée du Nord (auquel s’associe en partie la France) est en effet le plus vieil embargo mondial.

 

Les effets de cette politique têtue de sanctions économiques font très souvent l’actualité mais l’embargo n’est que très rarement désigné comme étant la cause de ces escalades (le plus souvent verbales). La Corée du Nord ne souhaite après tout qu’une chose : poursuivre son développement économique selon ses propres principes de politique économique, mais cette volonté est contrariée par l’étranglement constant qui, comme toute politique d’embargo, est beaucoup plus dévastateur pour les peuples qu’il ne l’est pour les régimes. Les exemples internationaux ne manquent pas : Cuba, pays relativement pauvre annoncé comme le premier pays socialiste à s’écrouler après la Guerre froide vient de recevoir les félicitations de l’UNICEF pour ses politiques sociales vis-à-vis de la petite enfance. L’Iran, qui fut longtemps un pays sous la coupe américaine, est précipité dans une course à la bombe nucléaire car il considère que c’est le seul moyen de garder à bonne distance toute tentative d’ingérence dans ses affaires internes. On pourrait aussi penser aux effets dévastateurs des sanctions contre l’Irak, la Libye… la liste est longue.

 

Le scénario iranien est particulièrement intéressant car il montre en quoi ces politiques imposées par le fort au faible sont en vérité catastrophiques pour ceux qui soutiennent des logiques de paix : ce que les politistes appellent, avec beaucoup d’euphémisme, « diplomatie coercitive » ne porte jamais ses fruits en terme de sécurisation des processus d’apaisement ; en effet, mettre un Etat souverain aux abois ne le fera jamais s’assoir à la table des négociations, au contraire, cette politique risque fortement de l’en éloigner. Mais Les Etats-Unis veulent-ils vraiment négocier ? C’est une tactique diplomatique bien connue : mettre des conditions à la reprise du dialogue inacceptables par l’autre partie (en l’occurrence, diminuer ses capacités de défense alors même que plusieurs dizaines de milliers de soldats américains patrouillent la frontière intercoréenne) pour paraître ouvert au dialogue alors qu’on vient juste de claquer la porte aux compromis.

 

Cette tactique politique grossière se double par ailleurs d’une certaine hypocrisie : l’Occident est bien conscient que la Corée du Nord, dont la doctrine nucléaire est très proche de celle de la France (qui n'a d'ailleur adhéré au Traité de non-prolifération qu'en 1992, après plusieurs vagues d’essais à Mururoa), montre une absence d'intention de se servir effectivement de cette arme (principe de dissuasion) qu’elle considère comme une garantie d’indépendance dans un contexte politique très difficile. Rappelons-le, la RPDC est soumise à de multiples pressions : pression d’abord militaire, puisque des exercices navals américano-sud-coréens ont régulièrement lieu en mer Jaune (mer de l’Ouest), pression économique, de par la stratégie de sanctions et pressions politiques de toutes natures, comme en témoigne les nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU - ou d’autres instances - prises à l’encontre de la RPDC.

 

Les géopolitologues appellent ce phénomène le « paradoxe de la Reine Rouge » (en référence à Lewis Carrol et à Alice au pays des merveilles) : en effet sa doctrine, et a fortiori sa doctrine militaire, n’évolue jamais seule, mais procède par adaptation à son environnement : un environnement hostile aura très généralement tendance à pousser un Etat à augmenter ses capacités de défense. Il suffit de regarder la liste des pays détenteurs de l’arme atomique pour voir que peu d’entre eux s’inscrivent dans un tissu de relations internationales apaisé (Inde, Pakistan, Etats-Unis, Israël, Chine, etc).

 

Un renversement de perspectives permet de bien prendre conscience de cette politique du « deux poids, deux mesures » : les Etats-Unis ont-ils connu un déchaînement médiatique contre eux quand ils ont procédé à un test nucléaire le 5 décembre 2012 ? Y a-t-il eu une quelconque volonté de sanctions internationales onusiennes contre la première puissance mondiale ? Bien sûr que non. Cela montre bien que les politiques de sanctions économiques ne se situent pas sur le terrain du droit, mais dans les logiques militaires de la puissance.

 

L’association d’amitié franco-coréenne, qui soutient activement une politique de paix et de dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, appelle donc à ce que chacun « balaie devant sa porte » afin de parvenir à une situation apaisée et surtout acceptable par tous, en toute indépendance et dans le respect de la souveraineté des Etats.

 

 

Sources : AAFC, KCNA (notamment, déclaration de la Commission de la défense nationale du 24 janvier 2013  condamnant la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies), ShanghaiDaily, règlement du Conseil de l'Union européenne du 27 mars 2007 concernant des mesures restrictives à l'encontre de la RPDC.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 00:06

1050688-406033-jpg_911602_434x276.jpgDans une résolution adoptée le 22 janvier 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) a élargi la liste des sanctions déjà en vigueur contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite au lancement réussi du satellite Kwangmyongsong-3 le 12 décembre 2012, dont les membres du CSNU ont considéré qu'il était contraire aux précédentes résolutions du CSNU interdisant à la RPDC de procéder à des essais nucléaires ou à des tirs de missiles balistiques. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) condamne l'application d'une politique du "deux poids deux mesures" à l'encontre de la RPDC, en observant que les membres permanents du CSNU se sont eux-mêmes dotés de l'arme nucléaire et se sont engagés dans la conquête spatiale sans subir de sanctions internationales du CSNU. L'AAFC regrette l'adoption - tardive - d'une résolution qui comporte des risques d'escalade des tensions dans la péninsule coréenne, alors que la priorité devrait être à la recherche de la paix et du désarmement en Asie du Nord-Est, dans le cadre d'un mécanisme de sécurité collective, et non à la mise en place, à l'initiative des Etats-Unis, d'une organisation de type OTAN dans cette partie du monde.

Les négociations ont été longues, et manifestement difficiles, parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) : le 22 janvier 2013, près d'un mois et demi après la mise en orbite réussie du satellite artificiel nord-coréen Kwangmyongsong-3, une nouvelle résolution du CSNU a élargi la liste des sanctions applicables à l'encontre de la RPDC à six nouvelles entités - le Comité coréen pour la technologie spatiale, qui est l'agence spatiale de la RPD de Corée, et cinq banques ou entreprises commerciales nord-coréennes - et à quatre personnes physiques : deux responsables de l'agence spatiale et deux responsables de banques. Les sanctions comportent notamment un gel des avoirs et une interdiction de voyager.

Alors que les Etats-Unis souhaitaient la mise en place de nouvelles sanctions, la Chine aurait semble-t-il préféré une simple déclaration à portée non contraignante. Le compromis atteint étend la liste des sanctions applicables, mais sans en prévoir de nouvelles.

Etat déjà le plus sanctionné au monde, la Corée du Nord n'en a pas moins réussi à accéder au club fermé des puissances spatiales, ayant mis sur obite un satellite par des technologies qui lui sont propres, et est reconnue comme telle par les autres pays les plus avancés dans la conquête de l'espace. Pour sa part, la RPDC souligne le caractère pacifique de son programme spatial, conduit à des fins de développement économique.

Il est sans équivalent qu'un pays souverain soit sanctionné au titre de sa politique spatiale, et l'AAFC déplore l'application d'une règle du "deux poids deux mesures" en ce qu'elle constitue une entrave à la reprise du dialogue et des pourparlers multilatéraux en Asie du Nord-Est, au moment où le discours de nouvel an du Président Kim Jong-un a ouvert de nouvelles perspectives de paix.

Le ministère des Affaires étrangères nord-coréen a réagi en demandant des excuses au CSNU pour avoir méconnu les droits d'Etat souverain de la RPDC (voir déclaration reproduite ci-dessous). La Corée du Nord a annoncé considérer que, dans ce contexte, les pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne n'avaient plus lieu d'être, mais qu'il pourrait y avoir des discussions sur un traité de paix en Corée et la sécurité en Asie du Nord-Est - ce qui signifie que les armes nucléaires nord-coréennes, relevant d'une stratégie de dissuasion du faible au fort analogue à la doctrine nucléaire française, ne sont plus négociables. Enfin, Pyongyang a fait savoir que, face à la politique hostile des Etats-Unis à son encontre, elle poursuivrait ses programmes d'autodéfense, y compris sur le plan nucléaire. La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies a ainsi ouvert la voie - malheureusement - à une nouvelle escalade des tensions et à un possible troisième essai nucléaire nord-coréen.


Principales sources : AAFC, AFP, KCNA

 


Déclaration du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée au sujet de la résolution 2087 du Conseil de sécurité, 23 janvier 2013

 

Le lancement du satellite Kwangmyongsong 3-2 en décembre 2012 a démontré la maîtrise scientifique et technologique et la puissance de la République populaire démocratique de Corée. C’est un état de fait que le monde approuve et que même les forces hostiles, notamment les États-Unis, reconnaissent. 

Après avoir tenté désespérément de faire échec à l’avancée triomphale de la République populaire démocratique de Corée, les États-Unis et leurs partisans ont forgé mardi une résolution du Conseil de sécurité, violant sans scrupules la souveraineté inviolable de la République populaire démocratique de Corée. 

La résolution présentée par les États-Unis énonce d’un bout à l’autre des mesures hostiles visant à interdire à la République populaire démocratique de Corée d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques et à durcir les sanctions contre elle afin de bloquer son développement économique et de l’empêcher de développer son économie et de renforcer ses moyens de défense. 

Les pays susmentionnés soutiennent que  le tir de satellite effectué par la République populaire démocratique de Corée est dangereux et qu’il fait intervenir la technologie des missiles balistiques, tout en sachant mieux que quiconque que cette technologie est indispensable pour tout tir de satellite, eux qui en effectuent plus que quiconque. C’est faire preuve d’aveuglement et de double morale. 

Il ne s’agit au fond que de la logique malhonnête des États-Unis, qui considèrent que les tirs de satellite effectués à des fins pacifiques par un pays auquel ils sont hostiles ne devraient pas être autorisés parce que tout lanceur peut être transformé en missile balistique à longue portée dirigé contre eux. 

Le Conseil de sécurité est une marionnette aux mains des États-Unis. Les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité sur les tirs de satellite effectués par la République populaire démocratique de Corée découlent de son approbation aveugle de la politique d’hostilité des États-Unis, qui vise à désarmer la République populaire démocratique de Corée et à causer l’effondrement de son système social, en violation des règles de droit international universellement reconnues. Reproduire des actes répréhensibles sans avoir le courage ou la responsabilité de les rectifier est le comportement vil des lâches qui se leurrent et leurrent autrui. Ils mettent en grand danger la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et de la région. 

La situation actuelle prouve clairement que la République populaire démocratique de Corée doit répondre à la  politique des États-Unis par la force, et non par des paroles, et que la politique d’indépendance et de Songun suivie par la République populaire démocratique de Corée est entièrement justifiée.

Compte tenu de la situation actuelle, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée déclare ce qui suit. 

Premièrement, la République populaire démocratique de Corée rejette purement et simplement les résolutions injustes du Conseil de sécurité, qui visent à porter atteinte à sa souveraineté et à la priver du droit d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques.

Les forces hostiles se trompent lourdement si elles croient pouvoir faire plier la République populaire démocratique de Corée par des sanctions et des pressions. Ces tentatives ne les mèneront qu’à de honteuses défaites. 

Le Conseil de sécurité devrait présenter des excuses pour avoir attenté gravement à l’indépendance d’un État souverain en suivant la politique d’hostilité pratiquée par les États-Unis envers la République populaire démocratique de Corée au mépris des règles de droit international universellement reconnues, et annuler immédiatement toutes les résolutions injustifiées. 

Deuxièmement, la République populaire  démocratique de Corée continuera d’exercer en toute indépendance son droit légitime d’effectuer des tirs de satellite à des fins pacifiques dans le respect des règles de droit international universellement reconnues sur l’utilisation pacifique de l’espace. 

Les chercheurs et techniciens de la République populaire démocratique de Corée mettront au point et lanceront bien d’autres satellites d’application, notamment des satellites de communication, et des lanceurs plus puissants qui sont indispensables au développement d’un géant économique, dans le même esprit et la même fougue que ceux qui ont fait le succès du lancement du satellite Kwangmyongsong 3-2. 

La République populaire démocratique de Corée effectuera régulièrement des tirs de satellite à des fins pacifiques afin  de conquérir l’espace et de devenir une puissance spatiale mondiale. 

Troisièmement, la République populaire démocratique de Corée est arrivée à la conclusion que la dénucléarisation de la péninsule coréenne est impossible à moins que le monde entier ne soit dénucléarisé, car il est clair à présent que les États-Unis ne changent pas leur politique d’hostilité à l’égard de la République populaire démocratique de Corée. 

La déclaration conjointe adoptée le 19 septembre aux pourparlers à six sur le principe du respect de la souveraineté et de l’égalité n’a plus d’effet, et les perspectives de dénucléarisation de la péninsule coréenne sont devenues d’autant plus incertaines que la politique d’hostilité des États-Unis envers la République populaire démocratique de Corée s’est plus que jamais durcie. 

Il y aura peut-être d’autres pourparlers sur la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans la région, mais il n’y aura plus de pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule. 

Quatrièmement, la République populaire démocratique de Corée prendra des mesures concrètes pour renforcer ses moyens militaires d’autodéfense, y compris de dissuasion nucléaire, en qualité aussi bien qu’en quantité, afin de faire face aux tentatives ouvertes des États-Unis d’appliquer des sanctions et des pressions à son encontre. 

Les forces armées révolutionnaires de la République populaire démocratique de Corée défendront sans faillir la sécurité et la souveraineté du pays et préserveront la paix et la stabilité régionales dans l’esprit de  Songun. Elles ont la volonté inébranlable de neutraliser la source des provocations qui continuent d’être dirigées contre la République populaire démocratique de Corée.

Aucune force sur terre ne peut enrayer l’avancée d’un grand peuple fier de son indépendance, puissant grâce à la politique de  Songun et fortement uni par un sentiment de vérité.

 

Source : Nations Unies

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 19:38

La Guerre de Corée s'est terminée par un simple cessez-le-feu le 27 juillet 1953, date de signature de l'Accord d'armistice. La guerre n'a donc jamais pris fin officiellement, aucun traité de paix n'ayant été signé. Dans un mémorandum rendu public le 14 janvier 2013, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a appelé à la dissolution du Commandement des Nations Unies en Corée et à la signature d'un traité de paix pour remplacer l'Accord d'armistice de 1953. Rappelons que le Commandement des Nations Unies a été constitué en Corée du Sud avec des militaires des 15 pays intervenus dans la guerre aux côtés des États-Unis, en application d'une décision du Conseil de sécurité du 7 juillet 1950. Ces 15 pays ont retiré leurs corps expéditionnaires de Corée entre 1953 et 1957, laissant les militaires américains seuls au sein du Commandement des Nations Unies. Quant à l'Accord d'armistice, il a été violé presque dès sa signature par les États-Unis, lesquels, à partir de 1955, ont introduit des armes, y compris nucléaires, en Corée, malgré les dispositions explicitement contraires de l'Accord, notamment le paragraphe 13 (d) de son article II. Selon le mémorandum du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, l'opposition des États-Unis au remplacement de l'Accord d'armistice par un traité de paix permanent en Corée et leur souhait de redonner de la vigueur au Commandement des Nations Unies sont le signe de la volonté de Washington de maintenir sa politique hostile à l'égard de la RPDC. En conséquence, la RPDC maintiendra et renforcera ses capacités de dissuasion jusqu'à ce que les États-Unis décident de faire le « bon choix ». L'Association d'amitié franco-coréenne, qui milite depuis longtemps pour la signature d'un véritable traité de paix en Corée, propose ci-après une traduction du texte intégral du mémorandum nord-coréen du 14 janvier 2013 afin de nourrir la réflexion à ce sujet (liens ajoutés par l'AAFC).

Salle_armistice_Coree.JPG

salle de la signature de l'armistice de la Guerre de Corée (photo : AAFC)


Cette année marque le soixantième anniversaire de la signature de l'Accord d'armistice en Corée.

Cela fait maintenant soixante ans que les canons de la guerre ont cessé de rugir, mais la guerre n'est pas légalement terminée. Demeure le fragile statut d'un cessez-le-feu qui n'est ni la paix ni la guerre dans la péninsule coréenne, laquelle doit encore développer un mécanisme destiné à garantir la paix.

Les États-Unis se sont opposés au gouvernement de la RPDC dans son attitude et ses efforts constants visant à remplacer l'Accord d'armistice par un traité de paix et tentent de maintenir le statut de cessez-le-feu. Dissimulé en arrière-plan se trouve le fantôme de la Guerre froide, à savoir le « Commandement des Nations Unies ».

Ce fantôme, marchant au pas de la récente stratégie de défense des États-Unis, ressuscite en tant qu'instrument pour une guerre d'agression qui enflammerait violemment la région Asie-Pacifique, le point le plus chaud du monde.

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC reconnaît le besoin d'attirer l'attention de la communauté internationale sur ces agissements des États-Unis susceptibles de mener à une situation extrêmement dangereuse et publie le mémorandum suivant.

1.

Les États-Unis, selon leur nouvelle stratégie de défense, essaient de transformer le « Commandement des Nations Unies » en un « commandement des forces multinationales » qui servirait de matrice à une version asiatique de l'OTAN.

L'arrière-pensée de la nouvelle stratégie de défense des États-Unis, rendue publique pour la première fois en janvier 2012, est d'encercler et d'exercer une pression militaire sur les autres grandes puissances d'Asie afin d'empêcher celles-ci de croître suffisamment pour leur résister. Dans ce but, les États-Unis envisagent de concentrer 60% de leurs forces déployées outre-mer dans la région Asie-Pacifique au cours des dix prochaines années. En même temps, les États-Unis accélèrent leurs préparatifs pour rassembler progressivement leurs alliés de la région au sein d'une alliance militaire multilatérale telle que l'OTAN, évoluant sous un système de commandement unifié.

C'est un fait bien connu que les États-Unis visent depuis longtemps à former une alliance militaire tripartite en combinant les alliances militaires conclues entre les États-Unis et le Japon et entre les États-Unis et la Corée du Sud.

Les États-Unis ont tiré leur « expérience » de l'endiguement et de l'effondrement de l'ex-Union soviétique et des pays d'Europe de l'Est en s'appuyant sur l'OTAN pendant la Guerre froide. En se basant là-dessus, ils essaient de mettre sur pied une organisation militaire collective d'une plus grande échelle, laquelle leur permettrait d'encercler aussi bien leurs ennemis potentiels de la région Asie-Pacifique.

Les États-Unis, afin de surmonter la résistance acharnée des pays concernés, tentent de combiner les forces existantes, plutôt que de former une nouvelle force, en rusant pour ranimer les fonctions du « Commandement des Nations Unies », lequel n'en porte que le nom.

Foncièrement parlant, le « Commandement des Nations Unies » est un instrument de guerre créé par les États-Unis dans le but de déployer leurs forces satellites et d'exercer leur contrôle sur elles pendant la Guerre de Corée. Après le cessez-le-feu, les États-Unis sont restés accrochés à leur commandement opérationnel et ont continué à exercer ce droit en Corée du Sud au travers du « Commandement des Nations Unies ». Mais, alors que la pression se faisait plus forte chez eux et à l'étranger au cours des années 1970 pour que soit démantelé le « Commandement des Nations Unies » et que soient retirées leurs forces de Corée du Sud, les États-Unis n'avaient pas d'autre alternative que la création d'un « Commandement des forces combinées » des États-Unis et de la Corée du Sud et le transfert du commandement opérationnel vers celui-ci en 1978. Grâce à cela, ils tentaient de légaliser et de perpétuer leur occupation de la Corée du Sud en modifiant la nature des troupes des États-Unis en Corée du Sud qui, de « forces des Nations Unies », deviendraient des forces déployées en vertu du « Traité de défense mutuelle » Corée du Sud-États-Unis.

Depuis, le « Commandement des Nations Unies » est devenu symbolique et n'en porte plus que le nom.

Derrière les récentes tentatives des États-Unis pour ressusciter les fonctions du « Commandement des Nations Unies », réside leur propre intérêt stratégique de faire de la Corée du Sud une base avancée pour la domination de la région Asie-Pacifique et de la chair à canon pour une guerre d'agression dans une situation qui a évolué.

Alors que l'idée d'indépendance à l'égard des États-Unis prenait de l'ampleur et que la pression était mise pour reprendre le pouvoir de commandement des États-Unis en Corée du Sud, les États-Unis n'ont pas eu d'autre choix que de redonner à la partie sud-coréenne le commandement opérationnel en temps de paix en 1994. En outre, ils devraient céder le commandement en temps de guerre d'ici 2015. En conséquence, le « Commandement des forces combinées » des États-Unis et de la Corée du Sud servant d'instrument à l'exercice du commandement opérationnel des États-Unis en Corée du Sud devrait être démantelé.

Cela ne signifie pas que les États-Unis sont sur le point d'abandonner facilement leur droit à commander militairement à la Corée du Sud, une position privilégiée dans leur stratégie à l'égard de la région Asie-Pacifique.

Ce n'est autre qu'à la résurrection du « Commandement des Nations Unies » que les États-Unis ont travaillé comme « alternative » pour s'emparer du commandement et avoir le contrôle réel des forces armées sud-coréennes.

La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), poussée par les États-Unis en vue de son adoption dans les années 1950, dispose que toutes les forces fournies à la Corée du Sud devraient être sous le contrôle du « Commandement des Nations Unies » dirigé par les États-Unis. Avec cela, les États-Unis sont allés plus loin dans la privation des autorités sud-coréennes de leur droit au commandement opérationnel au nom du « Commandement des Nations Unies » en application de l' « Accord de Taejon » de juillet 1950. Tel étant le cas, si le « Commandement des Nations Unies » retrouve aujourd'hui ses fonctions, autant rétablir la mainmise des États-Unis sur une armée sud-coréenne fantoche.

En mars 2006, quand les États-Unis ont commencé à discuter avec la Corée du Sud de la question d'une restitution du commandement opérationnel en temps de guerre, le commandant américain en Corée du Sud, lors d'une audition du Comité des forces armées du Sénat des États-Unis, a déclaré que le « Commandement des Nations Unies » devrait étendre son rôle et devenir un « commandement des forces multinationales » au sein duquel les pays membres du « Commandement des Nations Unies » pourraient participer au détail des activités, sans parler du fait qu'ils seraient impliqués dans l'élaboration des plans opérationnels en temps de guerre.

Suite à cela, les États-Unis ont agi graduellement pour accroître l'échelle et la fréquence des exercices militaires conjoints en Corée du Sud et dans ses alentours, et ont veillé à ce que les acteurs opérationnels membres du « Commandement des Nations Unies » soient engagés dans de tels exercices, en les adaptant aux aptitudes opérationnelles requises par les exercices militaires conjoints menés par les États-Unis.

En octobre 2012, les États-Unis et la Corée du Sud ont tenu à Washington leur quarante-quatrième réunion annuelle sur la sécurité et ont publié une déclaration conjointe qui « réaffirme que le 'Commandement des Nations Unies' est indispensable au maintien de la paix et de la stabilité de la péninsule coréenne ».

Cela montre que les États-Unis ont déjà forcé les autorités sud-coréennes à accepter leur schéma de relance du « Commandement des Nations Unies ».

C'est également sur une base méthodique que des préparatifs sont en cours pour étendre la sphère opérationnelle du « Commandement des Nations Unies » à l'ensemble de la région Asie-Pacifique.

Les troupes des États-Unis en Corée du Sud, pilier du « Commandement des Nations Unies », sont déjà dotées des moyens d'une « flexibilité stratégique » telle qu'elles pourraient venir en soutien en cas d'urgences dans d'autres parties d'Asie orientale. Ces derniers temps, est activement étudié sur une nouvelle base le plan de déploiement des forces des marines des États-Unis vers les Philippines et la Corée du Sud grâce à leur présence en Australie.

Si on autorise le moindre mouvement en faveur de l'instauration d'un bloc militaire collectif dans la région Asie-Pacifique, cela entraînera inévitablement une force contraire à partir des autres pays visés par ce bloc. Si c'est le cas, il est dans l'ordre des choses que cette région devienne un théâtre opposant deux camps comme en Europe, avec la relance de la Guerre froide et le danger accru d'une guerre thermonucléaire au-delà de toute mesure. Dans ce scénario du pire, ce n'est autre que la Corée du Sud qui souffrirait le plus.

2.

Le « Commandement des Nations Unies » est d'abord un instrument injuste qui n'a fait qu'abuser du nom des Nations Unies. Il ne fait en aucun cas l'unanimité des pays membres des Nations Unies.

Selon l'article 27 de la Charte des Nations Unies, les décisions importantes du CSNU devraient être prises par un vote affirmatif de plus de sept pays membres (à l'époque) dont les voix des cinq pays membres permanents. Cela signifie que même si les États-Unis raclaient les fonds de tiroir et réunissaient sept pays satellites, il était impossible de prendre la moindre décision contre la RPDC tant qu'un pays membre permanent n'était pas d'accord.

La situation était que l'ex-Union soviétique, qui disposait d'un siège au CSNU, ne participait pas aux réunion du Conseil depuis le 13 janvier 1950 pour protester contre la représentation des autorités taïwanaises aux Nations Unies à la place de la République populaire de Chine.

Les États-Unis se sont jetés sur cette occasion comme sur un tremplin pour inciter le traître Syngman Rhee à lancer préventivement une invasion armée générale de la RPDC le 25 juin 1950. Le même jour, les États-Unis n'ont pas perdu de temps pour convoquer la réunion du CSNU au cours de laquelle a été adoptée la résolution présentant la RPDC comme l' « agresseur ». [résolution du CSNU 82 (1950)]

Le gouvernement de l'Union soviétique a réagi par l'envoi de télégrammes au CSNU les 29 juin et 6 juillet 1950. Dans ces messages, il insistait sur le caractère non applicable de ces résolutions adoptées par des pays membres permanents en contravention de la Charte des Nations Unies sans consentement de l'Union soviétique et de la République populaire de Chine, autres membres permanents du CSNU.

Malgré cela, les États-Unis ont convoqué la réunion du 7 juillet, encore en l'absence de l'Union soviétique. Lors de cette réunion, ils ont mis sur pied une résolution autorisant les pays membres des Nations Unies à envoyer des forces combattre en Corée et à placer ces forces sous le contrôle d'un «  commandement unifié sous l'autorité des États-Unis d'Amérique », et donnant à ce commandement la liberté d' « utiliser le drapeau des Nations Unies ». [résolution du CSNU 84 (1950)]

Les États-Unis ont soumis le 25 juillet 1950 au CSNU un rapport de ce commandement dans lequel ils avaient librement changé le nom du « Commandement unifié » en « Commandement des Nations Unies ».

Ce n'est que le 31 janvier 1951, après que l'ex-Union soviétique, membre permanent du Conseil, participe à nouveau à ses réunions, que le Conseil a présenté un ordre du jour et adopté la résolution 90 (1951) demandant le retrait de la question intitulée « Plainte pour agression contre la République de Corée » de la liste des questions à traiter. Cette plainte avait été déposée par les États-Unis au déclenchement de la Guerre de Corée le 25 juin 1950. Par la suite, la question coréenne n'a plus été discutée.

Le CSNU a adopté une telle résolution au beau milieu de la guerre. En soi, c'était admettre que les Nations Unies avait fait une erreur depuis le début en permettant à un commandement unifié de s'engager et d'être utilisé abusivement dans la Guerre de Corée. Même les secrétaires généraux des Nations Unies successifs ont officiellement admis que le « Commandement des Nations Unies » n'est pas un organe subsidiaire des Nations Unies, mais un instrument totalement au service des États-Unis pour la guerre.

En juin 1994, le Secrétaire général des Nations Unies de l'époque Boutros Boutros-Ghali a reconnu que « le CSNU n'a pas créé en tant qu'organe subsidiaire contrôlé par lui le 'commandement unifié' qui a été placé sous l'autorité des États-Unis ». (lettre du Secrétaire général des Nations Unies au Président du Présidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC, le 21 décembre 1998)

Le 27 juillet 2004 et le 6 mars 2006, le porte-parole des Nations Unies a confirmé que « le 'Commandement des Nations Unies', malgré son nom, n'est pas l'armée des Nations Unies, mais une force dirigée par les États-Unis ».

Ce ne sont pas les Nations Unies mais les États-Unis qui ont le pouvoir de désigner le « commandant des forces des Nations Unies ». Ce n'est pas l'administration des Nations Unies mais l'administration des États-Unis qui a le pouvoir absolu de décider la réduction ou l'augmentation des troupes américaines portant le casque des « forces des Nations Unies » en Corée du Sud.

La composition des Nations Unies a évolué avec le temps. Cela fait d'autant plus du « Commandement des Nations Unies » un organe subsidiaire des États-Unis n'ayant rien à voir avec les Nations Unies.

Aujourd'hui, les Nations Unies ne sont plus le forum des années 1950 quand les États-Unis avaient organisé le « Commandement des Nations Unies » comme ils le souhaitaient.

Plus de vingt ans ont passé depuis que la RPDC a rejoint les Nations Unies pour en devenir un membre légitime. La Chine et la RPDC se sont assises face aux « forces des Nations Unies » pour signer conjointement l'Accord d'armistice en Corée. Quarante ans ont passé depuis que la Chine est venue à exercer son droit de représentant membre permanent du CSNU.

Malgré cette longue période, le drapeau des Nations Unies flotte toujours à Panmunjom où il est mis en avant. Ce résultat anachronique est simplement une honte pour les Nations Unies.

Le « Commandement des Nations Unies » devrait être démantelé sans délai si les Nations Unies veulent réellement regagner leur autorité et impartialité perdues.

3.

Le « Commandement des Nations Unies » est le rebut d'une époque, dont la dissolution a déjà été exigée par l'Assemblée générale des Nations Unies.

La trentième session de l'Assemblée générale des Nations Unis qui s'est tenue en novembre 1975 a adopté deux résolutions sur la dissolution du « Commandement des Nations Unies ». La résolution 3390 (xxx) B, à l'initiative de pays progressistes membres des Nations Unies, a appelé à une dissolution immédiate et inconditionnelle du « Commandement des Nations Unies ». La résolution 3390 (xxx) A soutenue par les États-Unis a exposé que le « Commandement des Nations Unies » pourrait être dissout le 1er janvier 1976 si de « nouveaux arrangements » pour le maintien de l'Accord d'armistice étaient élaborés. Voila comment les États-Unis en sont venus à émettre l'hypothèse d'un démantèlement du « Commandement des Nations Unies » sous condition. Il ne s'agit que d'une défense désespérée destinée à contrer l'appel d'une grande partie de la communauté internationale à une dissolution immédiate et sans condition du « Commandement des Nations Unies ». Tout cela montre que les États-Unis eux-mêmes ne peuvent nier l'essence illégale et anachronique du « Commandement des Nations Unies ».

Si on considère la composition du « Commandement des Nations Unies » de l'époque, il n'y avait plus de forces multinationales en Corée du Sud et seul le Commandement des États-Unis y stationnait des troupes.

Les États-Unis ont affirmé que la dissolution du « Commandement des Nations Unies » ne serait possible que si un autre mécanisme pour maintenir l'armistice était mis en place. Mais l'état actuel de cessez-le-feu n'est pas maintenu par le « Commandement des Nations Unies » en pratique.

En mars 1991, les États-Unis ont pris de manière inopinée la décision de remplacer le chef de la délégation des « forces des Nations Unies » auprès de la Commission militaire d'armistice par un général de l'armée sud-coréenne, un poste jusqu'ici occupé par un général de l'armée américaine. Les États-Unis n'ont pas cherché à consulter au préalable la RPDC pour remplacer le chef de la délégation des « forces des Nations Unies » par ce général de l'armée de Corée du Sud, laquelle n'est pas partie à l'Accord d'armistice. Il s'agissait clairement d'une provocation violant le paragraphe 61 de l'article V de l'Accord d'armistice, lequel dispose que les modifications et compléments de cet Accord d'armistice doivent être convenus par les commandants des parties opposées.

Comme les « forces des Nations Unies » perdaient leur pouvoir de représentation, la Commission militaire d'armistice était pratiquement paralysée. Finalement, la délégation des Volontaires du peuple chinois, membre de la partie coréano-chinoise de la Commission militaire d'armistice, s'est retirée en décembre 1994 et la RPDC a créé la Mission de Panmunjom de l'Armée populaire de Corée (APC) afin de maintenir le cessez-le-feu au nom de la RPDC et la Chine.

Au fil du temps, les membres de la Commission de supervision des nations neutres (CSNN) n'ont pas réussi à maintenir les positions de neutralité qu'ils avaient au moment de la signature de l'Accord d'armistice. De ce fait, la CSNN ne pouvait plus exercer ses fonctions.

Cela a conduit à la chute complète du mécanisme d'armistice précédent et le « Commandement des Nations Unies » a été réduit à un épouvantail dépourvu d'interlocuteur.

Depuis, toutes les questions relatives au bon fonctionnement de l'état de cessez-le-feu sont discutées et font l'objet de dispositions entre l'APC et les autorités militaires américaines plutôt qu'entre la RPDC et la Chine d'un côté et les « forces des Nations Unies » de l'autre.

La RPDC et les États-Unis ont exercé un contrôle efficace de l'état de ce cessez-le feu depuis des décennies et cette réalité démontre qu'il n'y a plus aucune raison de refuser de dissoudre le « Commandement des Nations Unies ».

Même pour ce qui concerne le remplacement de l'Accord d'armistice par un traité de paix, le « Commandement des Nations Unies » maintient l'héritage de la Guerre froide qui ne peut apporter aucun bien et qu'être dommageable.

Selon l'Accord d'armistice, la question d'assurer une paix durable doit être négociée lors d'une conférence politique à un niveau plus élevé que celui des commandants militaires. Le véritable supérieur hiérarchique politique du « Commandement des Nations Unies », signataire de l'Accord d'armistice, n'est pas l'Organisation des Nations Unies mais l'administration américaine.

Le gouvernement de la RPDC a proposé d'établir un nouveau mécanisme de paix dans la péninsule coréenne en avril 1994. (déclaration du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, 28 avril 1994)

Après cela, la RPDC a encore proposé de conclure un accord provisoire entre la RPDC et les États-Unis qui pourrait remplacer l'Accord d'armistice actuel afin de prévenir les conflits armés, écarter le danger de guerre et maintenir l'état de cessez-le-feu jusqu'à la signature d'un traité de paix complet dans la péninsule coréenne. (déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC, 22 février 1996)

La RPDC et les États-Unis ont tenu plusieurs séries de pourparlers au niveau des généraux à Panmunjom au sujet de la mise en place d'un nouveau mécanisme d'armistice dans la péninsule coréenne.

La question de l'établissement d'un régime de paix permanent dans la péninsule coréenne a également été discutée lors des pourparlers quadripartites entre la RPDC et les États-Unis, avec aussi la participation de la Chine et de la Corée du Sud. La RPDC et les États-Unis ont eu des entretiens à Washington en octobre 2000, au cours desquels les deux parties ont confirmé qu'il y avait plusieurs façons, y compris les pourparlers quadripartites, pour mettre officiellement fin à la Guerre de Corée par l'apaisement des tensions et le remplacement de l'Accord d'armistice par un régime de paix durable dans la péninsule coréenne. (communiqué conjoint RPDC-États-Unis du 12 octobre 2000)

Un accord a été conclu lors du sommet Nord-Sud d'octobre 2007 pour parvenir à la déclaration de la fin de la guerre par les dirigeants des trois ou quatre parties directement intéressées par la question coréenne. (Déclaration du 4 octobre 2007 pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité)

Comme les faits le démontrent, il y a eu beaucoup de discussions et d'accords entre les parties concernées au sujet de la transformation de l'état de cessez-le feu en une paix durable dans la péninsule coréenne, où nous ne pouvons trouver aucune mention d'une méthode présupposant l'existence du « Commandement des Nations Unies ».

Malgré cela, le « Commandement des Nations Unies » existe encore aujourd'hui et, pour couronner le tout, tente de se relancer comme instrument de guerre destiné à être utilisé par des forces multinationales. C'est une question qui ne peut en aucun cas être négligée dans la perspective de garantir la sécurité dans la région Asie-Pacifique, y compris dans la péninsule coréenne.

Les États-Unis allèguent que les efforts de la RPDC pour renforcer sa puissance défensive nationale provoquent des tensions dans la région. Ce n'est rien d'autre qu'une ruse imprudente pour dissimuler le caractère agressif de leur stratégie en Asie-Pacifique.

Que les États-Unis démantèlent immédiatement le « Commandement des Nations Unies » ou non servira d'indicateur de la volonté des États-Unis de maintenir ou non leur politique hostile contre la RPDC, et de leur souhait de voir la paix et la stabilité ou la reprise de la Guerre froide dans la région Asie-Pacifique.

La RPDC continuera de renforcer sa dissuasion contre toutes les formes de guerre, ce qui contribue activement à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne et dans le reste de l'Asie jusqu'à ce que les États-Unis fassent un bon choix.

 

Sources :

"DPRK Foreign Ministry Issues Memorandum", KCNA, 14, mars 2013

Accord d'armistice de la Guerre de Corée, 27 juillet 1953 (en anglais)

Robert Charvin et Guillaume Dujardin, La Corée vers la réunification, L'Harmattan, 2010, pp. 156-159 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:22

john_kerry.jpgSi la nomination du sénateur du Massachusetts John Kerry au poste de secrétaire d'Etat doit encore être confirmée par le Sénat, le choix de l'actuel président de la commission des Affaires étrangères de la Haute Assemblée des Etats-Unis signifierait le probable retour à une politique américaine d'engagement vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Sous la première présidence Obama, la désignation d'Hillary Clinton - qui avait la faveur des néoconservateurs - comme secrétaire d'Etat avait en effet, dès l'origine, fortement compromis la possibilité sinon d'un changement de cap, tout au moins d'un infléchissement par rapport à l'administration George W. Bush sur la question coréenne. A l'inverse, John Kerry est un pragmatique qui prône le dialogue direct avec Pyongyang, après avoir pris acte de l'échec de la ligne diplomatique de la première présidence Obama.

Sanctionner - mais sans toutefois aller jusqu'au conflit ouvert - et poser des préalables aux offres répétées de dialogue de Pyongyang, telle a été, pendant quatre ans, la ligne de la diplomatie américaine vis-à-vis de la RPDC, largement influencée par la politique intransigeante du Président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak. Le 12 décembre 2012, la réussite de la mise sur orbite du satellite utilitaire Kwangmyongsong-3 par la Corée du Nord a toutefois montré que la politique américano - sud-coréenne n'avait pas empêché les progrès technologiques de la RPDC, contrairement à ce qu'escomptaient les stratèges américains du Pentagone. La Corée du Nord est aujourd'hui l'une des huit puissances nucléaires militaires et l'un des dix Etat capables de mettre sur orbite un satellite artificiel par des technologies qui lui sont propres.

Dans ce contexte, le choix de John Kerry, un pragmatique favorable à plus de réalisme dans les relations internationales, comme futur secrétaire d'Etat américain, ouvre la voie à une possible reprise du dialogue direct entre Pyongyang et Washington - au moment où le Président sud-coréen Lee Myung-bak quittera le pouvoir en février prochain, après avoir été un des principaux obstacles à la relance du dialogue en Asie du Nord-Est. Même si d'autres dossiers seront davantage prioritaires pour l'ancien candidat démocrate à l'élection présidentielle de 2004, vétéran de la guerre du Vietnam aujourd'hui âgé de 69 ans, à commencer par la question syrienne et le nucléaire iranien, John Delury, professeur associé à l'Université sud-coréenne Yonsei, observe que John Kerry est déjà familier de la question coréenne : "Je dois dire qu'il représente un grand choix pour la Corée car il s'est engagé sur cette question au Sénat et il n'est pas un idéologue, mais un pragmatique. Il semble se soucier du sujet et de la recherche de solutions à long terme".

De fait, en 2011, après l'accrochage intercoréen meurtrier sur l'île Yeonpyeong quelques mois plus tôt, John Kerry, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, avait jugé "inadéquate" la politique américaine dite de "patience stratégique" avec Pyongyang, et il avait prôné un dialogue direct avec la RPDC. Toujours en 2011, lors d'une cérémonie à Los Angeles dans le cadre du soixantième anniversaire de la guerre de Corée, John Kerry avait plaidé pour ne pas seulement prendre en compte les 33.000 victimes américaines du conflit, mais aussi les deux millions de Coréens ayant perdu la vie dans ce qui fut une guerre civile internationalisée. En fixant alors l' "objectif de construire une paix durable", John Kerry rejoignait l'une des préoccupations majeures de l'AAFC : à l'approche des soixante ans de la fin des combats de la guerre de Corée, il est temps de remplacer l'accord d'armistice par un traité de paix dans la péninsule, qui apporterait la paix et la stabilité dans cette région du monde et offrirait des contreparties aux demandes de garanties de sécurité de la RPDC, échaudée par les précédents des interventions américaines en Irak et en Libye. John Kerry souhaite aussi reprendre le dialogue avec Pyongyang sur le rapatriement des corps des soldats américains morts en Corée, interrompu dans un contexte de tensions entretenues par les surenchères du Président Lee Myung-bak qui a poussé à la multiplication et à l'intensification des exercices de guerre conjoints entre Washington et Séoul.

De la décision finale américaine suite à la mise sur orbite du satellite Kwangmyongsong-3, qui incite la représentation américaine aux Nations Unies à de nouvelles sanctions internationales contre la RPDC, à la récente arrestation d'un citoyen américain en Corée du Nord et à la demande sud-coréenne d'augmenter la portée de ses missiles balistiques, les sujets actuels de friction ne manquent toutefois pas entre Washington et Pyongyang. Mais dans un contexte où les dirigeants nord-coréens adoptent pour l'heure une position d'attente prudente vis-à-vis de la nouvelle présidente sud-coréenne Park Geun-hye, il existe une fenêtre pour la reprise du dialogue bilatéral entre les Etats-Unis et la RPD de Corée. John Kerry saura-t-il - et pourra-t-il - saisir cette opportunité, en convainquant le Président Obama ?

Sources : AAFC, The Korea Times (dont photo).

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