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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 23:27

barack-obama_park-geun-hye_7-mai_2013.jpgComme son prédécesseur conservateur Lee Myung-bak en 2008, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a choisi de se rendre aux Etats-Unis, du 6 au 10 mai 2013, pour le premier voyage à l'étranger de son mandat. En affichant une même fermeté vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) lors de leur rencontre au sommet le 7 mai, les deux dirigeants ont éloigné toute perspective à court terme de reprise du dialogue dans la péninsule coréenne, tout en entraînant une vive réaction de la RPDC qui a dénoncé la visite de Mme Park aux Etats-Unis comme un "prélude à la guerre".

 

Le ton se veut martial et intransigeant : lors de sa rencontre au sommet avec son homologue sud-coréenne Park Geun-hye le 7 mai 2013, le président américain Barack Obama a affirmé que "l'époque où la Corée du Nord pouvait créer une crise et arracher des concessions est révolue", tout en ajoutant que "l'engagement des Etats-Unis envers la sécurité de la Corée du Sud ne faiblira jamais".

 

Cette lecture très américaine des choses occulte bien sûr le rôle joué par Washington dans la montée des tensions, à commencer par la poursuite des exercices conjoints américano - sud-coréens au moment même de la visite aux Etats-Unis de la présidente Park Geun-hye, et dont Pyongyang a averti qu'ils conduiraient à des représailles immédiates si "un seul obus" tombait dans ses eaux territoriales. Mais ne doit-on pas aussi considérer les déclarations du numéro un américain comme relevant d'une escalade exclusivement verbale, à défaut de vouloir - ou pouvoir - entreprendre quelque action militaire concrète vis-à-vis de la RPD de Corée ?

 

En tout état de cause, les observateurs qui escomptaient un geste d'ouverture à l'occasion de la visite aux Etats-Unis de Mme Park Geun-hye en ont été pour leurs frais. Le 10 mai, le Comité (nord-coréen) pour la réunification de la patrie a déclaré, en réponse à une question de l'agence KCNA de la RPD de Corée, que cette visite marque "un prélude à la guerre", en accroissant les tensions et risques de conflit dans la région. Le porte-parole du comité a réitéré la position selon laquelle la RPD de Corée n'abandonnerait pas ses armes nucléaires, tout en précisant que Pyongyang continuait d'observer Mme Park Geun-hye, entrée en fonctions il y a deux mois et demi. Par comparaison, en 2008 son prédécesseur Lee Myung-bak avait été vivement mis en cause par la RPD de Corée à peine plus d'un mois seulement après son investiture.

 

Le temps ne semble toutefois pas jouer en faveur d'une reprise du dialogue. Les conditions mises par la RPD de Corée - à savoir une levée des sanctions - sont perçues comme inacceptables par Washington et son allié sud-coréen, car elles impliqueraient que le Conseil de sécurité se déjuge. Mais il n'est pas davantage crédible que la RPD de Corée se soumette aux injonctions américano - sud-coréennes de faire un premier geste : Pyongyang n'a jamais agi sous une pression extérieure sans obtenir de contreparties réelles. Plus que jamais, tout progrès sur la voie du dialogue ne peut qu'être subordonné à des concessions de chacune des parties. L'objectif immédiat, au moins pour les Sud et les Nord-Coréens, devrait être une reprise des échanges intercoréens dans la zone de Kaesong.

 

Dans ce contexte, une initiative pourrait-elle venir d'une tierce partie ? Le 7 mai, la Banque de Chine a annoncé suspendre ses échanges et fermer ses comptes avec la Banque du commerce extérieur de la RPD de Corée, isolant un peu plus la Corée du Nord des circuits financiers internationaux. Si la Banque de Chine est publique, les autorités chinoises ne se sont pas opposées à cette décision, intervenue par ailleurs après d'intenses négociations  diplomatiques entre la Chine, les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud). S'il n'est pas nouveau que la Chine s'oppose à la détention d'armes nucléaires par la RPD de Corée et que, comme après les deux premiers essais nucléaires nord-coréens, elle interrompe ses livraisons de pétrole et de nourriture à son voisin du Nord-Est, il est inhabituel que Pékin semble suivre la ligne d'isolement de la Corée du Nord préconisée par Washington. L'expérience montre pourtant que les politiques d'embargo et poliorcétiques, imposées par les Etats les plus puissants aux Etats moins puissants, n'ont jamais fait plier les seconds aux desiderata des premiers. Enfin, la Chine encourrait le risque d'entamer son crédit vis-à-vis de ses alliés dans le monde si elle apparaissait satisfaire les intérêts américains. Plus probable qu'un revirement diplomatique, un infléchissement des positions de Pékin ne pourra s'apprécier que sur le moyen terme, au regard des décisions que prendront à présent les autorités chinoises.

 

Sources : Hankyoreh, KCNA, Le Monde (dont photo), Yonhap.

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 23:13

kenneth-bae_pae-jun-ho_bae-jun-ho_photo.jpgDans notre édition du 22 décembre 2012, nous rendions compte de l'arrestation à Rason, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), d'un Américain d'origine coréenne, Pae Jun-ho (nom américain : Kenneth Bae), pour des faits qualifiés de crime dans la législation nord-coréenne, en soulignant la rareté de telles situations. La récente condamnation de Pae Jun-ho à 15 ans de prison a conduit à une mise au point du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, en réponse à l'agence nord-coréenne KCNA, le 5 mai 2013.

 

Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, Pae Jun-ho a été condamné à 15 ans de prison pour complot contre les institutions de la République populaire démocratique de Corée, en liaison avec des puissances étrangères, après être entré en RPD de Corée sous une fausse identité et avoir reconnu les faits qui lui sont reprochés. Des effets personnels, pris sur lui, ont été considérés comme ayant apporté des preuves supplémentaires. 

 

A l'annonce de l'arrestation de Pae Jun-ho, un expert sud-coréen lié au milieu du renseignement, Cheong Seong-chang, avait évoqué la possibilité d'une arrestation comme d'un "prétexte" qu'utiliserait Pyongyang pour engager des négociations avec Washington. Nous avions alors souligné que cette hypothèse était d'autant moins crédible que l'arrestation avait été bien antérieure à la montée des tensions en Asie du Nord-Est, à partir de décembre 2012. En réponse à l'agence KCNA le 5 mai 2013, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a rejeté comme "ridicule et fausse" l'hypothèse, avancée par certains médias occidentaux, notamment américains, selon laquelle cette arrestation serait une "monnaie d'échange". En faisant également référence à des visites d' "officiels de haut niveau" (en fait, celles des anciens présidents américains Bill Clinton en 2009, pour deux journalistes américaines, et Jimmy Carter en 2010, pour un activiste religieux, Aijalon Mahli Gomes) afin d'obtenir la libération d'autres citoyens américains ayant, par le passé, violé la législation nord-coréenne, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a souligné qu'il n'y aurait plus de  telles mesures de clémence, dans la mesure où n'avaient pas été tenues les promesses américaines de ne pas réitérer les actes à l'origine des arrestations de plusieurs de leurs concitoyens en RPDC. De fait, le secrétariat particulier de Jimmy Carter a jugé utile de démentir une possible visite de ce dernier en Corée du Nord ,en vue de la libération de Pae Jun-ho. Dans le cas des Américains graciés en 2009 et 2010, les sentences prononcées avaient été moins lourdes (respectivement, douze ans et huit ans de prison), mais il ne s'agissait pas d'agents de renseignement étrangers condamnés en tant que tels.

 

L'extrême discrétion avec laquelle les médias américains ont rendu compte de l'arrestation de Pae Jun-ho, qui a d'abord été médiatisée par les Nord-Coréens, est de nature à accréditer la thèse d'une opération d'espionnage en Corée du Nord ayant mal tourné, en utilisant comme agent une personnalité - Pae Jun-ho - visitant régulièrement la RPDC, et ayant donc une certaine confiance de ses interlocuteurs nord-coréens. Si cette hypothèse est exacte, Pae Jun-ho aurait agi sous la double couverture d'agent de voyage et de militant humanitaire. Les éléments révélés, certes a minima sur ce dossier sensible, par le ministère des Affaires étrangères nord-coréen - fausse identité, documents compromettants - corroborent cette thèse, avancée à mi-mots par les Nord-Coréens (ils n'emploient pas le terme d'espionnage, mais évoquent des actes hostiles à l'encontre de la RPDC) et que se gardent de réfuter les autorités américaines. Des indices convergents sont le lieu de l'arrestation (la ville de Rason, près de la frontière sino-coréenne, lieu de passage de nombreux trafics), et le profil de Pae Jun-ho, protestant chrétien lié aux réseaux évangéliques. Ces derniers sont en effet très actifs dans les actions tendant, d'une part, aux départs illégaux de Nord-Coréens à l'étranger, et d'autre part à un changement de régime en RPD de Corée.

 

 A l'époque de la guerre froide, les arrestations réciproques d'espions à l'Est et à l'Ouest ne donnaient pas lieu à des mesures de clémence, mais à des échanges de personnes. S'il n'y a pas aujourd'hui d'espions nord-coréens - ou considérés comme tels - qui soient aujourd'hui détenus aux Etats-Unis à notre connaissance, en revanche de nombreux prisonniers politiques, accusés de sympathies communistes, restent emprisonnés en Corée du Sud. Toutefois, il participe de la crédibilité, par des mesures de soutien au moral de ses agents, de tout service de renseignement d'obtenir la libération d'un des siens arrêté en opération, y compris en versant des fonds secrets. Les Etats-Unis ne voulant pas aujourd'hui parler d'espionnage (les médias américains parlent seulement de photos d'orphelins, donnant ainsi à la couverture humanitaire de Kenneth Bae sa seule motivation), et encore moins donner de la publicité à une affaire embarrassante, il n'est pas certain qu'ils souhaitent la médiatisation qu'entraînerait la visite d'une personnalité de haut rang, dans le seul but d'obtenir la libération d'un de leurs concitoyens emprisonnés. Mais au regard du précédent du navire espion américain Pueblo, capturé par les Nord-Coréens le 23 janvier 1968, il serait cependant possible que ces derniers poussent leur avantage : si les Américains arrêtés avaient finalement été libérés à l'issue d'un long feuilleton politico-diplomatique en contrepartie d'une humiliante lettre d'excuses, le Pueblo n'en reste pas moins le seul bâtiment de guerre américain aujourd'hui capturé à l'étranger.

 

Sources : AAFC, KCNA (dépêche du 5 mai 2013) et Voice of America (dont photo).

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 18:48

Depuis quelques jours, les Etats-Unis prétendent jouer la carte de l'apaisement en Corée : report d'un tir de missile balistique qui aurait officiellement été programmé, ainsi que d'une réunion militaire conjointe avec la Corée du Sud au plus haut niveau, dont il est avancé qu'elle aurait dû se tenir le 16 avril 2013 ; plus significatif (car ne s'appuyant que sur des faits qui auraient pu avoir lieu... selon le renseignement américain parlant du Pentagone !), le "ballet diplomatique" a repris avec des contacts officiels et de haut niveau entre les Etats-Unis et les autres parties aux pourparlers à six, à l'exception notable - et regrettable - de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), comme l'ont déploré de nombreuses voix en Corée du Sud et aux Etats-Unis, à commencer par le président du Parti démocrate (centre-gauche), principal parti d'opposition à Séoul. Pourquoi ce revirement ? Car la tactique américaine de l'épreuve de force a échoué : comme l'a révélé le Wall Street Journal dans son édition en ligne du 3 avril 2013, l'escalade des tensions a en effet été sciemment orchestrée par les Etats-Unis dans le cadre du plan "Playbook"... mais la réaction de la RPDC a dépassé ce que prévoyaient les stratèges du Pentagone, désormais affolés à l'idée d'une riposte nord-coréenne. Si bien qu'après avoir eux-mêmes allumé le feu dans la région Asie-Pacifique, les Américains veulent jouer le rôle des pompiers, mais arriveront-ils à éteindre l'incendie qu'ils ont provoqué, et dont la première onde de choc est la suspension des activités de la zone intercoréenne de Kaesong, qui avait jusqu'à présent surmonté toutes les précédentes crises ? Mis en oeuvre par l'administration Obama sur une idée des hauts gradés du Pentagone avec l'aval du secrétaire d'Etat à la défense Chuck Hagel, le plan "Playbook" apparaît comme un fiasco. Espérons à présent que le secrétaire d'Etat John Kerry, plus réaliste que les faucons de l'armée US, saura recoller les morceaux. Révélant de manière inédite en France les dessous du plan "Playbook", et tout en ne partageant pas tous les points de vue exprimés par les auteurs, l'AAFC reproduit ci-après et à titre de document et d'analyse, traduit de l'anglais par nos soins, un article publié le 3 avril 2013 par le Wall Street Journal de Adam Entous et Julian Barnes, intitulé "Les Etats-Unis font marche arrière sur leur démonstration de force en Corée". Cet article éclaire les erreurs d'analyse - une fois encore - et les tendances jusqu'au-boutistes du renseignement américain sur la Corée du Nord, dont on sait qu'il est excessivement influencé par les services sud-coréens, ainsi que la volonté du Pentagone de complaire aux nouvelles autorités conservatrices de Séoul - tout en gardant, et eux seuls, la maîtrise d'un agenda militaire qui n'est partagé qu'en apparence avec l'armée sud-coréenne.

 

Playback_plan_coree-du-nord_1.jpgAprès un déploiement de force militaire des plus visibles destiné à dissuader des provocations nord-coréennes, selon des officiels américains la Maison Blanche revient sur sa posture agressive de peur qu'elle puisse déclencher par inadvertance une crise encore plus grave.

Les Etats-Unis marquent une pause dans ce que plusieurs officiels ont décrit comme un plan graduel approuvé par l'administration Obama en début d'année, baptisé "Playbook", qui a conçu les séquences et le plan de communication pour les démonstrations de force américaines au cours des exercices de guerre annuels avec la Corée du Sud. "Playbook" comporte des vols, hautement médiatisés ces dernières semaines, à proximité de la Corée du Nord des bombardiers nucléaires B-52 et furtifs B-2, ainsi que des avions militaires sophistiqués F-22.

Cette semaine, les Etats-Unis ont reculé par rapport à leurs plans initiaux, alors que des officiels américains ont commencé à s'inquiéter que la Corée du Nord, qui dispose d'un petit arsenal nucléaire et d'un nouveau dirigeant imprévisible, pourrait être encore davantage provoquée que ne le souhaitaient les Américains, selon ces officiels. 

Selon un officiel de haut rang, "Notre inquiétude est que nous renforcions les possibilités de mésinterprétation de la part des Nord-Coréens, ce qui pourrait conduire à des erreurs de calcul".

Ces officiels ont affirmé que les Etats-Unis ne croyaient pas que la Corée du Nord ait des plans pour engager des actions militaires en réponse aux exercices. Le changement de position reflète plutôt les inquiétudes au sein de l'administration que la Corée du Nord, prise au dépourvu, ait une action irréfléchie, contrairement aux affirmations des services de renseignement selon lesquelles une réponse militaire à la démonstration de force américaine est improbable. 

Ce changement est aussi intervenu après que la Navy a confirmé lundi que les Etats-Unis avaient envoyé deux destroyers lanceurs de missiles dans les eaux sud-coréennes - un déploiement que, selon les officiels, la Maison Blanche et le Pentagone n'avaient pas l'intention de rendre public et qui ne faisait pas partie de "Playbook".

Les officiels disaient que rendre publique la présence des destroyers risquaient d'augmenter les tensions avec la Corée du Nord au-delà de ce que souhaitait la Maison Blanche. De même, selon eux, les officiels de la Maison Blanche ont été déçus que cette révélation ne corresponde pas au déroulé bien orchestré d'une information qu'ils entendaient contrôler. 

La Maison Blanche a suspendu les étapes suivantes de "Playbook" quand elle a évalué la réaction du Nord, selon ces officiels, bien que l'administration n'ait pas exclu de futures démonstrations de force. Mardi, l'attaché de presse du Pentagone George Little a déclaré que les Etats-Unis voulaient faire baisser la "température" sur la péninsule.

Mercredi [3 avril 2013], le secrétaire à la Défense Chuck Hagel - un des principaux soutiens de "Playbook" - a déclaré publiquement que les Etats-Unis et les autres puissances de la région ne voulaient pas aggraver encore une "situation compliquée, explosive". Il a appelé la Corée du Nord à adoucir son langage, dressant la perspective d'un "chemin vers la paix".

Les officiels du Pentagone ont déclaré que la décision de mercredi de positionner un système sophistiqué de batteries anti-missiles sur l'île de Guam, dans le Pacifique, était défensive et non offensive, tout comme les vols de B-2, et correspondait aux précédents mouvements des Etats-Unis pour prévenir une attaque nord-coréenne contre les Etats-Unis et leurs alliés avec des missiles à moyenne et longue portée.

Le commandement américain du Pacifique a commencé à imaginer le plan "Playbook" après une série de provocations du Nord, dont le lancement d'une fusée de longue portée en décembre [NdT : il s'agissait en réalité d'un satellite artificiel], alors qu'il préparait les exercices militaires annuels avec le Sud.

La politique de relations publiques avait comme objectif non seulement d'adresser un message à la Corée du Nord, mais aussi d'assurer au nouveau gouvernement faucon de Corée du Sud qu'il avait le plein soutien des Etats-Unis et qu'il ne lui était pas nécessaire de répondre militairement aux provocations du Nord.

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Les agences de renseignement américaines avaient évalué les risques associés à "Playbook" et conclu que la probabilité d'une réponse militaire nord-coréenne était faible, car la priorité du régime était sa propre préservation. Les officiels américains estiment que le Corée du Nord comprend qu'entreprendre une action militaire entraînerait une contre-attaque foudroyante des Etats-Unis et de la Corée du Sud qui déstabiliserait le régime.

"Tout le monde est inquiet d'une possible erreur de raisonnement et du déclenchement d'une guerre. Mais l'idée au sein du gouvernement américain est que les Nord-Coréens n'iront pas à une guerre totale", selon un haut fonctionnaire de l'administration Obama. "Ils sont d'abord et avant tout intéressés par la survie du régime."

Au cours des discussions, les soutiens [au plan "Playbook"] ont déclaré qu'il était préférable que les Etats-Unis contrôlent les étapes de l'escalade, pour s'assurer qu'ils ne perdent pas le contrôle de la situation. Toujours selon ces officiels, le plan était aussi et pour une part destiné à ce que le nouveau gouvernement sud-coréen ne se sente pas obligé de répondre aux menaces nord-coréennes, qui apparaissent souvent au moment des exercices, alors que la Corée du Nord tient sa session parlementaire annuelle.  

Mais au sein de l'administration, certains se sont inquiétés des conséquences imprévisibles en provoquant la Corée du Nord. Plusieurs se sont posés la question de la crédibilité qu'accorde la Maison Blanche et le Pentagone aux agences de renseignement, qui ont un bilan mitigé s'agissant des prévisions sur le comportement nord-coréen.

Les brèches du renseignement sont particulièrement béantes s'agissant d'apprécier le nouveau dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui reste une personnalité méconnue et quelqu'un que les agences de renseignement elles-mêmes décrivent comme plus imprévisible que son père. 

Toutefois, peu d'objections ont été soulevées au plus haut niveau au cours des rencontres, selon les participants - à la différence d'autres décisions de l'administration Obama sur le recours à la force militaire à l'étranger, y compris en Libye, en Afrique du Nord-Ouest et en Syrie, où les débats s'étaient prolongés. Le Président Barack Obama a donné le feu vert pour engager "Playbook", selon ces personnes.

La première démonstration de force a eu lieu le 8 mars, pendant l'exercice américano-sud-coréen connu sous le nom de Foal Eagle, quand des bombardiers à longue distance B-52 ont conduit des manoeuvres à basse altitude. Quelques semaines plus tard, en plein jour deux bombardiers furtifs B-2 partis d'une base aérienne du Missouri ont largué des bombes factices sur un champ de tir sud-coréen.

Comme prévu, les agences de renseignement américaines ont analysé les réponses de la Corée du Nord. Après ces vols, la Corée du Nord a répondu comme le Pentagone et les agences de renseignement l'avaient prévu, dans un discours de colère et de menaces d'attaque contre le Sud et les Etats-Unis.

Le dimanche, les Etats-Unis ont envoyé deux avions sophistiqués F-22 vers la Corée du Sud, ce qui a entraîné une autre réaction de mécontentement du Nord.

Au cours du week-end, alors que le Nord renforçait ses menaces d'attaque du Sud et des Etats-Unis, deux destroyers lanceurs de missiles - l'USS John S. McCain et l'USS Decatur - furent envoyés par le Pentagone vers des destinations dans le Pacifique Sud, ce que certains militaires décrivirent comme un renforcement "prudent" afin de garder un oeil sur la Corée du Nord dans l'hypothèse du lancement d'une fusée.

Le Pentagone n'avait pas annoncé les déploiements du McCain et du Decatur au cours du week-end et ils ne faisaient pas partie des mouvements de "Playbook", selon des fonctionnaires. Certains officiels craignaient que l'introduction de ces vaisseaux soit vue par la Corée du Nord comme une escalade et voulaient la taire.

Mais quand des médias annoncèrent que les navires se dirigeaient vers la Corée du Sud, des officiels de la Navy confirmèrent ces missions.

Bien que défensif par nature (sic), ce mouvement accrut la perception d'une menace qui conduisit, d'après un officiel, à tirer la sonnette d'alarme à la Maison Blanche.

D'après cet officiel, "la composante navale a fait basculer l'équilibre des inquiétudes".

Les officiels affirment que les agences de renseignement ont déclaré aux décideurs politiques qu'ils pourraient probablement pousser la Corée du Nord plus loin qu'ils ne le prévoyaient sans entraîner de réponse militaire sérieuse. Tel est l'avis d'officiels recevant les rapports du renseignement.

Au sein de la communauté du renseignement, les responsables doutent toujours d'une action militaire de la Corée du Nord. Cette semaine, des officiels du renseignement ont défendu leurs analyses : selon l'un d'eux, "à ce stade, tout ce qu'on continue de voir de la Corée du Nord, ce sont des mots". "Rien n'indique quelque action de la part de Corée du Nord, ce qui semble conforter les analyses du renseignement."

Mais la prudence va grandissante dans certains cercles de l'administration.

Selon un officiel de haut rang, "En quelque sorte, nous avons tellement réussi, nous avons eu un tel succès [dans l'envoi d'un message à la Corée du Nord] qu'on réfléchit d'une certaine manière à revenir en arrière tout en continuant à apporter des garanties à la Corée du Sud".

 

Source : Wall Street Journal (y compris photos ; en haut : missile THAAD lancé de la base Kauai dans le Pacifique en 2008 ; les Américains ont annoncé le déploiement de missiles THAAD sur l'île de Guam). Traduction AAFC.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:36

Dans un communiqué publié le 4 avril 2013 par l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le commandement militaire de l'Armée populaire de Corée a déclaré avoir reçu l'approbation de mener des frappes, y compris nucléaires, contre les Etats-Unis. Ces déclarations ont immédiatement été interprétées par les médias occidentaux comme le signe que la RPDC préparerait une attaque. Mais cette interprétation est erronée : la RPD de Corée se place clairement dans une posture de riposte en cas d'agression américaine 

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un inspectant les installations militaires côtières (source : KCNA)

Sur la page d'accueil en anglais du site Internet de l'agence KCNA, consulté le jeudi 4 avril 2013 à 21h30, la même dépêche figurait en une et dans la rubrique "La RPDC dans une action totale contre ses ennemis" : cette dépêche est intitulée "La commission [nord-]coréenne pour la paix nationale appelle les bellicistes américains et sud-coréens à cesser leurs actions irréfléchies". Du point de vue nord-coréen, ce sont les Etats-Unis qui ont poussé la situation en Corée "au bord de la guerre", par l'envoi des moyens militaires les plus modernes et les plus sophistiqués au large de la Corée, et les forces armées nord-coréennes se déclarent être prêtes à riposter à ces menaces d'agression par tous les moyens, y compris des frappes nucléaires.

Mais dans la presse occidentale, le point de vue est tout autre : l'agresseur ne serait plus les Etats-Unis mais la RPDC, et les Américains montreraient au contraire leur détermination à répondre à toute attaque nord-coréenne, en renforçant leurs capacités de défense antimissile.

Dans toute escalade militaire, et a fortiori dans tout conflit, on peut discuter à l'infini des responsabilités de chaque partie. Mais la vérité est qu'aucun des acteurs en présence n'agit de façon irrationnelle. N'en déplaise à Alain Frachon qui, dans un article du Monde, se plaît à imaginer que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ne serait pas "accessible" à l'idée unanimement admise que l'arme nucléaire n'est pas une arme d'attaque, la RPDC a bel et bien développé une doctrine de dissuasion nucléaire, très proche de la doctrine française développée par le général de Gaulle de dissuasion du faible au fort. Cette doctrine a encore été rappelée par S.E. Yun Yong-il, délégué général de la RPDC en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, dans un entretien accordé le 3 avril 2013 au bureau de l'AAFC.

L'AAFC appelle donc à garder la tête froide et à ne pas céder à un esprit de panique qui, en accréditant la thèse d'une dangerosité incontrôlable de la Corée du Nord, ne sert qu'à accréditer l'idée d'une possible intervention américaine. Car aujourd'hui, en Occident, la guerre doit d'abord avoir été rendue légitime aux yeux de l'opinion publique : indépendamment de l'opinion que tout un chacun peut avoir sur la Corée du Nord, ne pas écouter et ne pas lire ce que disent et écrivent les Nord-Coréens conduit à glisser vers l'idée que les Etats-Unis auraient le droit, sinon le devoir, d'intervenir militairement en RPD de Corée. Mais rien, dans le droit international public, ne saurait rendre une guerre juste. Rien ne saurait justifier l'agression d'un Etat souverain par un autre Etat souverain.

Cependant, les risques de dérapage existent et la situation est clairement préoccupante : il est ainsi du devoir de tous les citoyens attachés à la paix de tout mettre en oeuvre pour empêcher qu'une nouvelle guerre de Corée éclate, une guerre qui mettrait aux prises des puissances dotées de l'arme nucléaire et serait un drame non seulement pour des millions de Coréens, mais pour l'humanité tout entière. Il est de notre devoir à nous, Association d'amitié franco-coréenne, de tout faire pour qu'un véritable dialogue s'engage dans la péninsule coréenne et que cessent les bruits de bottes. Il est de notre devoir de permettre que, enfin, le peuple coréen - tout le peuple coréen - accède à son rêve de paix, d'unité et de prospérité.

 

Sources : Le Figaro, Le Monde, KCNA

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 12:20

Nucléaire RPDC-USAC'est la loi du genre dans le domaine des médias : les réactions à chaud mettent en avant l'information inédite ou sensationnelle (le "scoop") pour "créer l'événement", le terme même de "créer" étant en lui-même significatif puisqu'il ne s'agit pas seulement de relayer une information, mais de l'interpréter et de la mettre en contexte afin d'amener l'opinion publique, sinon les décideurs politiques eux-mêmes, à agir et réagir. En ce sens, mise à part une minorité de lecteurs, d'auditeurs ou de téléspectateurs avertis, l'opinion peut facilement être orientée dans un sens donné. Pour notre part, au sein de l'Association d'amitié franco-coréenne, nous avons toujours préféré l'analyse, laquelle s'inscrit dans la durée et exige un recoupement des sources, aux réactions à vif. C'est le sens des articles que nous écrivons depuis des mois sur la montée actuelle des tensions dans la péninsule coréenne, où nous montrons que l'escalade ne peut pas, par nature, être le fait d'une seule des parties - alors que les opinions occidentales sont préparées à l'idée d'une réaction ferme des Etats-Unis aux "provocations" de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), selon la terminologie utilisée par les armées américaines et sud-coréennes. Les communicants de ces deux armées, en investissant largement le champ des médias, parviennent ainsi à influencer l'opinion dans un sens favorable aux intérêts de Washington et de Séoul. Dans ce contexte, une nouvelle a défrayé la chronique des médias le samedi 30 mars 2013 : la RPDC serait en état de guerre, et aurait donc déclaré la guerre à la Corée du Sud et aux Etats-Unis. Une telle nouvelle a été accueillie comme pain bénit par les faucons américains et sud-coréens dans leur entreprise de diabolisation de la Corée du Nord. Las, le tuyau était percé : non seulement l'agence officielle nord-coréenne n'a jamais parlé de déclaration de guerre, mais une erreur de traduction serait intervenue... Explication de texte et mise au point.

La nouvelle est tombée ce samedi 30 mars 2013 par une dépêche de l'agence russe Ria Novosti, une des meilleures sources d'informations sur la Corée du Nord qui soit indépendante des gouvernements des pays occidentaux et de la Corée du Sud : "la déclaration faite samedi par Pyongyang selon laquelle la Corée du Nord était en 'état de guerre' avec le Sud résulte d'une erreur de traduction, ont affirmé les autorités nord-coréennes, précisant qu'il s'agissait seulement de la volonté de Pyongyang de réagir ''selon les lois applicables en temps de guerre' à toute agression étrangère."

Il n'y a donc pas d' "état de guerre", ni a fortiori de "déclaration de guerre", comme l'ont interprété un peu hâtivement plusieurs médias. Au demeurant, d'un point de vue juridique, si des actes engageant les Etats comme les déclarations de guerre obéissent à des procédures formelles (en France, une déclaration de guerre requiert une autorisation du Parlement), dans la pratique les déclarations de guerre sont tombées en désuétude, l'exécutif décidant seul des actions militaires, entreprises dans des délais jugés incompatibles avec ceux, plus lents, des travaux parlementaires. Aujourd'hui, on constate seulement des situations, pouvant être qualifiée de "tensions", de "guerre" ou encore d' "opérations", selon une terminologie choisie à dessein par l'émetteur d'informations afin d'influencer l'opinion. Pour reprendre l'exemple de la France, l'engagement actuel des forces militaires au Mali a été suivi d'un débat dans les deux chambres du Parlement, mais il n'y a pas eu de délibération préalable, ni de déclaration de guerre.

Dans l'escalade actuelle autour de la péninsule, les autorités nord-coréennes s'étaient de même déjà placées dans une position de constat d'une situation donnée, en observant que l'accord d'armistice avait de facto pris fin au regard des actions engagées par les Etats-Unis. De ce point de vue, il ne pouvait donc pas s'agir d'une rupture unilatérale de l'accord d'armistice de 1953, comme le leur avait reproché le gouvernement américain.

Dans la nuit du 29 mars, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait déjà donné l'ordre de placer les missiles de la RPDC en position de combat afin de pouvoir frapper, en cas de provocations américaines, les bases des Etats-Unis situées sur le continent américain, dans le Pacifique et en Corée du Sud. Une semaine plus tôt, le commandement des troupes américaines en Corée du Sud et le chef d'état-major sud-coréen avaient rendu publique l'existence d'un nouvel accord militaire avec la Corée du Sud comportant un plan d'attaque contre la Corée du Nord, en évoquant l'hypothèse, bien sûr inverse à celle des Nord-Coréens, de provocations de la Corée du Nord... Mais dans ce conflit d'interprétations et de points de vue, les faits sont têtus : ce sont aujourd'hui les Américains qui manoeuvrent à proximité immédiate de la Corée du Nord, et pas l'inverse.

US attack NK map SPARK

Scénario d'attaque contre la Corée du Nord (source : Solidarity for Peace and Reunification of Korea)

En tout état de cause, la RPDC s'estime gravement menacée. Publiée par l'agence officielle nord-coréenne KCNA le 30 mars 2013 (voir ci-dessous), la déclaration conjointe "du Gouvernement, des partis politiques et des organisations de la RPDC" a adopté un ton martial - même si l'on retire les propos liminaires et le titre de la dépêche d'agence selon lesquels les relations intercoréennes sont dans un "état de guerre", puisqu'il s'agit d'une erreur de traduction, comme l'a indiqué Ria Novosti :

- le premier point, qui a fait coulé le plus d'encre, concerne les conséquences de la situation actuelle sur les relations intercoréennes : alors que l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée a entraîné une situation ambiguë (ni guerre, ni paix), la RPDC estime que les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens ont rendu caduc l'accord d'armistice et que, à présent, "les relations entre le Nord et le Sud seront régies selon les lois du temps de guerre. [...] En conséquence, la RPDC punira immédiatement la moindre provocation blessant sa dignité et sa souveraineté par des actions résolues et sans merci sans avertissement préalable" ; il s'agit, dans un style propre à la RPD de Corée, de dispositions analogues à celles annoncées il y a une semaine par les Etats-Unis dans le nouvel accord de défense avec la Corée du Sud ;

- le deuxième point précise le champ de la mise en garde au regard des potentielles provocations américaines (de ce point de vue, la RPDC est plus transparente que les Etats-Unis puisqu'elle définit la nature de ce qu'elle considère être une provocation, alors que les Etats-Unis entretiennent le flou sur ce que serait selon eux, a contrario, une provocation nord-coréenne qui légitimerait une action de leur part) : "si les Etats-Unis et le groupe fantoche sud-coréen commettent une provocation militaire pour déclencher une guerre contre la RPDC en tout lieu y compris les cinq îles de la mer de Corée occidentale ou le long de la ligne militaire de démarcation, le conflit ne serait pas limité, mais conduirait à une guerre totale et une guerre nucléaire" ; ce point vise à prévenir toute violation du territoire nord-coréen en mettant en garde contre les risques, dans cette hypothèse, d'un conflit généralisé ; ce n'est pas la première fois que la RPDC déclare qu'elle n'acceptera pas le moindre empiètement sur son territoire national, mais il est intéressant de noter que cette déclaration intervient au lendemain du survol de la Corée par des bombardiers américains furtifs B-2, qui a laissé planer la menace de frappes aériennes ; par ailleurs, contrairement à ce que veulent faire accroire les communicants de l'armée américaine et leurs relais dans les médias, la Corée du Nord ne se place pas en position d'agresseur, mais dans la situation d'un Etat exerçant son droit de légitime défense et qui riposterait à une agression extérieure ; c'est dans cette seule hypothèse que la RPDC précise qu'une agression impliquerait une riposte nord-coréenne contre n'importe quelle base des Etats-Unis, qu'elle soit située sur le territoire américain, dans le Pacifique ou en Corée du Sud ;

- dans le troisième et dernier point, la RPD de Corée précise qu'elle serait alors engagée "dans une grande guerre pour la réunification nationale", et qu'elle ne laisserait pas échapper une "occasion en or de remporter la victoire finale" ; la déclaration décrit alors le scénario d'une "guerre éclair", dans les faits très proche de l'offensive nord-coréenne qui l'avait conduit, dans les premiers jours de la guerre de Corée en 1950, à occuper presque toute la péninsule, avant la contre-offensive des troupes des Nations Unies sous commandement américain, menée jusqu'à la frontière chinoise, suivie d'une intervention de la Chine dans le conflit puis du reflux des Américains et de leurs alliés avant, in fine, la stabilisation du front autour de l'actuelle zone démilitarisée séparant les deux Corée.

Alors que cette déclaration est généralement interprétée par les médias occidentaux comme une simple escalade verbale, il serait erroné de sous-estimer le sentiment d'insécurité réel des Nord-Coréens et la volonté d'affermir l'unité nationale autour du Parti et des dirigeants. Par ailleurs, vis-à-vis du monde extérieur, la détermination des Nord-Coréens est de nature à dissuader les Etats-Unis de toute aventure militaire et, finalement, prévenir des risques de dérapage vers un nouveau conflit. Selon l'adage romain, "Si vis pacem, para bellum", "Si tu veux la paix, prépare la guerre".

Sources : AAFC, KCNA, Ria Novosti

 

Texte en anglais de la dépêche du 30 mars 2013, tel que publié sur le site de l'agence KCNA

North-South Relations Have Been Put at State of War : Special Statement of DPRK

Pyongyang, March 30 (KCNA) -- The government, political parties and organizations of the DPRK released the following special statement on Saturday:

The moves of the U.S. imperialists to violate the sovereignty of the DPRK and encroach upon its supreme interests have entered an extremely grave phase. Under this situation, the dear respected Marshal Kim Jong Un, brilliant commander of Mt. Paektu, convened an urgent operation meeting on the performance of duty of the Strategic Rocket Force of the Korean People's Army for firepower strike and finally examined and ratified a plan for firepower strike.

The important decision made by him is the declaration of a do-or-die battle to provide an epochal occasion for putting an end to the history of the long-standing showdown with the U.S. and opening a new era. It is also a last warning of justice served to the U.S., south Korean puppet group and other anti-reunification hostile forces. The decision reflects the strong will of the army and people of the DPRK to annihilate the enemies.

Now the heroic service personnel and all other people of the DPRK are full of surging anger at the U.S. imperialists' reckless war provocation moves, and the strong will to turn out as one in the death-defying battle with the enemies and achieve a final victory of the great war for national reunification, true to the important decision made by Kim Jong Un.

The Supreme Command of the KPA in its recent statement solemnly declared at home and abroad the will of the army and people of the DPRK to take decisive military counteraction to defend the sovereignty of the country and the dignity of its supreme leadership, as regards the war moves of the U.S. and south Korean puppets that have reached the most extreme phase.

Not content with letting B-52 make sorties into the sky over south Korea in succession despite the repeated warnings of the DPRK, the U.S. made B-2A stealth strategic bomber and other ultra-modern strategic strike means fly from the U.S. mainland to south Korea to stage a bombing drill targeting the DPRK. This is an unpardonable and heinous provocation and an open challenge.

By taking advantage of the U.S. reckless campaign for a nuclear war against the DPRK, the south Korean puppets vociferated about "preemptive attack" and "strong counteraction" and even "strike at the commanding forces", openly revealing the attempt to destroy monuments symbolic of the dignity of the DPRK's supreme leadership.

This clearly shows that the U.S. brigandish ambition for aggression and the puppets' attempt to invade the DPRK have gone beyond the limit and their threats have entered the reckless phase of an actual war from the phase of threat and blackmail.

The prevailing grim situation more clearly proves that the Supreme Command of the KPA was just when it made the judgment and decision to decisively settle accounts with the U.S. imperialists and south Korean puppets by dint of the arms of Songun, because time when words could work has passed.

Now they are openly claiming that the B-2A stealth strategic bombers' drill of dropping nuclear bombs was "not to irritate the north" but for "defense". The U.S. also says the drill is "to defend the interests of its ally". However, it is nothing but a lame pretext to cover up its aggressive nature, evade the denunciation at home and abroad and escape from the DPRK's retaliatory blows.

The era when the U.S. resorted to the policy of strength by brandishing nuclear weapons has gone.

It is the resolute answer of the DPRK and its steadfast stand to counter the nuclear blackmail of the U.S. imperialists with merciless nuclear attack and their war of aggression with just all-out war.

They should clearly know that in the era of Marshal Kim Jong Un, the greatest-ever commander, all things are different from what they used to be in the past.

The hostile forces will clearly realize the iron will, matchless grit and extraordinary mettle of the brilliant commander of Mt. Paektu to the effect that the earth cannot exist without Songun Korea.

Time has come to stage a do-or-die final battle.

The government, political parties and organizations of the DPRK solemnly declare as follows reflecting the final decision made by Kim Jong Un at the operation meeting of the KPA Supreme Command and the unanimous will of all service personnel and people of the DPRK who are waiting for a final order from him.

1. From this moment, the north-south relations will be put at the state of war and all the issues arousing between the north and the south will be dealt with according to the wartime regulations.

The state of neither peace nor war has ended on the Korean Peninsula.

Now that the revolutionary armed forces of the DPRK have entered into an actual military action, the inter-Korean relations have naturally entered the state of war. Accordingly, the DPRK will immediately punish any slightest provocation hurting its dignity and sovereignty with resolute and merciless physical actions without any prior notice.

2. If the U.S. and the south Korean puppet group perpetrate a military provocation for igniting a war against the DPRK in any area including the five islands in the West Sea of Korea or in the area along the Military Demarcation Line, it will not be limited to a local war, but develop into an all-out war, a nuclear war.

It is evident that any military conflict on the Korean Peninsula is bound to lead to an all-out war, a nuclear war now that even U.S. nuclear strategic bombers in its military bases in the Pacific including Hawaii and Guam and in its mainland are flying into the sky above south Korea to participate in the madcap DPRK-targeted nuclear war moves.

The first strike of the revolutionary armed forces of the DPRK will blow up the U.S. mainland and its bases for aggression in the Pacific operational theatres including Hawaii and Guam and reduce not only its military bases in south Korea but the puppets' ruling institutions including Chongwadae and military bases to ashes at once, to say nothing of the aggressors and the provokers.

3. The DPRK will never miss the golden chance to win a final victory in a great war for national reunification.

This war will not be a three-day-war but it will be a blitz war through which the KPA will occupy all areas of south Korea including Jeju Island at one strike, not giving the U.S. and the south Korean warmongers time to come to their senses, and a three-dimensional war to be fought in the air, land and seas and on the front line and in the rear.

This sacred war of justice will be a nation-wide, all-people resistance involving all Koreans in the north and the south and overseas in which the traitors to the nation including heinous confrontation maniacs, warmongers and human scum will be mercilessly swept away.

No force on earth can break the will of the service personnel and people of the DPRK all out in the just great war for national reunification and of all other Koreans and overpower their might.

Holding in high esteem the peerlessly great men of Mt. Paektu, the Korean people will give vent to the pent-up grudge and realize their cherished desire and thus bring a bright day of national reunification and build the best power on this land without fail.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:07

Oeil pour oeil, dent pour dent : dans l'escalade actuelle des tensions autour de la péninsule coréenne, avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), d'une part, les Etats-Unis et leurs alliés (Corée du Sud, Japon), d'autre part, aucune des deux parties ne veut laisser à l'autre le sentiment qu'elle pourrait baisser la garde. Le budget militaire de la RPDC représente moins de 1% de celui des Etats-Unis, d'où son choix de recours à des armes non conventionnelles, comme l'arme nucléaire, dans une logique de dissuasion "du faible au fort". Mais si la moindre puissance de la RPDC est de nature à expliquer les propos musclés de ses forces de commandement, qui ne sont pas inhabituels en période de crise, les Etats-Unis, pour leur part, n'avaient pas habitué l'opinion internationale à de telles réactions : après la présentation publique de ce qui constitue fondamentalement un plan d'attaque conjoint contre la Corée du Nord, le survol de la péninsule coréenne par deux bombardiers furtifs américains B-2, le 28 mars 2013, est une menace directe contre la RPD de Corée. Ce type d'initiative, d'une utilité discutable au regard de l'écrasante supériorité militaire américaine, apparaît comme de nature à jeter de l'huile sur le feu dans une situation déjà suffisamment tendue.

bombardier-b2-northrop.jpg

Il y a deux façons d'interpréter l'escalade en cours des tensions autour de la péninsule coréenne : du point de vue nord-coréen, qui considère que, face aux menaces des Etats-Unis, il faut réaffirmer le droit de chaque Etat à exercer sa souveraineté, tout en rejetant les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies comme autant d'ingérences dans les affaires intérieures d'un pays et l'expression d'une règle du "deux poids, deux mesures" ; du point de vue américain, largement relayé dans les médias occidentaux, selon lequel la Corée du Nord procède à des provocations qui justifieraient le déploiement de forces en cours, dans le cadre des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve et Foal Eagle et de la mise en place, avec la Corée du Sud, d'un "plan opérationnel conjoint anti-provocations".

Mais du point de vue de l'intérêt du peuple coréen, ce qui compte aujourd'hui est de prévenir tout nouveau risque de conflit qui, au regard de la concentration des forces militaires en présence, conduirait à un carnage qui se chiffrerait en centaines de milliers ou en millions de morts. Une nouvelle guerre de Corée serait ainsi d'une toute autre ampleur que les affrontements localisés en cours en Syrie et en Afghanistan, en engageant pour la première fois de manière directe et globale deux puissances nucléaires, les Etats-Unis et la Corée du Nord. La paix dans le monde, enjeu fondamental, se joue bien, ici et maintenant, en Corée.

Dans le cadre de leurs manoeuvres militaires actuellement en cours, menées conjointement avec les forces militaires de la Corée du Sud, les Etats-Unis ont choisi d'impliquer deux bombardiers furtifs B-2 Spirit, en plus des bombardiers B-52. Le 28 mars 2013, les deux appareils, dotés de la technologie la plus récente, ont parcouru plus de 10 000 kilomètres depuis leur base de Whiteman dans le Missouri jusqu'en Corée, avant de retourner aux Etats-Unis : ils ont largué des munitions factices au-dessus d'un champ de tir dans le sud de la péninsule. Réputés indétectables, les bombardiers B-2 peuvent emporter jusqu'à 18 tonnes d'armement conventionnel ou nucléaire, dont seize bombes de 900 kilos guidées par satellite ou huit GBU-37 antibunker. Pour le commandement américain, cela "démontre la capacité des Etats-Unis à réaliser sans délai et sans restriction des frappes de précision à longue distance".

Clairement, la guerre nucléaire est aux portes de la Corée, et ce ne sont pas les bombardiers ou les missiles balistiques nord-coréens qui viendraient narguer les Etats-Unis, même si la RPDC a annoncé deux jours plus tôt que les bases américaines, notamment celles du Pacifique, étaient à portée de ses missiles balistiques si elle était provoquée, en réaction à l'engagement de bombardiers B-52 au-dessus de la Corée. Ce sont bien les bombardiers américains qui s'approchent dangereusement de la RPD de Corée, délivrant un signal qui pourra être qualifié d'avertissement ou de provocation selon le point de vue duquel on se situe.

En RPD de Corée, le climat est à la mobilisation de tous, civils et militaires, contre tout risque d'attaque américaine : le Dirigeant Kim Jong-un a multiplié les inspections d'unités militaires et participé à des exercices menés en réplique aux manoeuvres conjointes américano-sud-coréennes, lesquelles s'étalent cette année sur deux mois (mars et avril). Les troupes nord-coréennes ont été placées en position de pouvoir répondre immédiatement à toute menace ennemie. Le 26 mars, après l'interruption du téléphone rouge entre les deux Corée, l'agence nord-coréenne KCNA a annoncé que toutes les communications militaires intercoréennes étaient coupées "dans une situation où une guerre peut éclater à tout moment" et "aussi longtemps que dureront les actes hostiles et anachroniques du Sud".

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Un expert américain interrogé par CNN a souligné que les Nord-Coréens conduiraient des combats acharnés en cas de guerre, à l'instar des Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, balayant le scénario d'une hypothétique avancée militaire rapide, comme en Irak : "Ils ne sont pas l'armée de Saddam [Hussein], ils devraient se battre comme les Japonais dans le Pacifique.

Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme son engagement pour la paix, maintenant.

 

Sources : CNN, KCNA, Le Figaro

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 12:15

Le 24 mars 2013, le commandant des forces américaines en Corée et le chef d'état-major sud-coréen ont signé et rendu public un "plan combiné contre les provocations" nord-coréennes entrant en vigueur immédiatement, ce qui signifie notamment l'absence de contrôle parlementaire sur cet accord prévoyant des opérations militaires que pourraient lancer conjointement les Etats-Unis et la Corée du Sud en cas (et le terme est flou, à dessein) de "provocation" nord-coréenne. Document secret n'ayant de public que le nom, comportant d'inquiétantes zones d'ombre quant aux mesures effectivement prévues, il s'inscrit également dans un plan de communication pour accréditer l'idée que les troupes sud-coréennes auraient leur mot à dire dans l'hypothèse d'une action militaire menée sous commandement américain. Le "plan combiné contre les provocations" a des antécédents, dans le droit de fil de mesures d'exception malheureusement trop connues, attentatoires aux libertés publiques et autorisant aujourd'hui les guerres américaines de par le monde sous les prétextes les moins avouables : celles-ci sont mises en oeuvre au nom de la lutte contre le "terrorisme" - concept tout aussi vague et laissé à la seule appréciation du commandement américain que celui de "provocation".

L'armée américaine stationnée en Corée du Sud et, au-delà, dans la région Asie-Pacifique, voulait depuis longtemps agir comme elle veut et quand elle veut - sans donc en référer nécessairement au pouvoir politique - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ce voeu semble maintenant exaucé avec la signature, le 24 mars 2013, d'un "plan combiné contre les provocations" nord-coréennes par le chef d'état-major sud-coréen, le général Jung Seung-jo, et le général James Thurman, commandant des forces américaines stationnées en Corée du Sud, lesquelles comptent toujours 28 500 hommes et dirigeraient les opérations menées conjointement avec le Sud en cas de conflit.

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Aux termes d'une déclaration conjointe du commandement américain et des forces armées sud-coréennes, il s'agirait d'"améliorer la capacité combinée pour nous permettre de répondre immédiatement et de manière décisive à toute provocation nord-coréenne". Tout cela est bien vague : qu'est-ce qu'une provocation nord-coréenne? Quelle serait la réponse engagée? S'agit-il vraiment d'engager les troupes américaines, épaulées par leurs alliés sud-coréens, sur un nouveau théâtre d'opérations extérieures, alors que le budget militaire des Etats-Unis subit des coupes et que les opérations menées en Afghanistan sont loin d'être couronnées de succès ?

Ce plan est présenté comme le résultat de plusieurs années de négociations bilatérales depuis deux graves incidents survenus en 2010 : le dramatique naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan ayant conduit à la mort de 46 marins, et les affrontements autour de l'île Yeonpyeong (4 morts côté sud-coréen, pas de bilan officiel côté nord-coréen). Mais aucune preuve valable n'a été apportée d'une implication nord-coréenne, comme les Etats-Unis et la Corée du Sud le prétendent, dans le naufrage du Cheonan, ce point étant suffisamment admis par les ministères des Affaires étrangères des grandes puissances pour que cet incident, officiellement attribué à la Corée du Nord par les Etats-Unis et leurs alliés, soit en réalité le seul à n'avoir pas entraîné de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies. S'agissant de l'incident de l'île Yeonpyeong, si une riposte nord-coréenne a bien eu lieu, les Etats-Unis n'ont pas pu démentir les accusations de la RPD de Corée selon laquelle son territoire aurait été touché par les exercices militaires alors en cours. En particulier, l'imagerie satellitaire américaine aurait pu apporter toutes les preuves matérielles que les tirs d'obus ayant déclenché la réaction nord-coréenne seraient restés au sud de la ligne de démarcation Nord (NLL), frontière maritime de fait entre les deux Corée depuis 1953, comme les Etats-Unis le soutiennent.

Si le "plan opérationnel conjoint" rendu public le 24 mars 2013 présente comme une nouveauté l'action combinée des troupes américaines et sud-coréennes face à de biens vagues "provocations" nord-coréennes (et non plus dans la seule hypothèse d'une guerre), même ce point reste entouré de nombreuses zones d'ombre. Selon les déclarations américaines, il serait désormais acquis que les forces des Etats-Unis stationnées dans la zone Asie-Pacifique pourraient également être mobilisées. Mais d'après des sources militaires citées dans la presse sud-coréenne, il existe des conditions, non rendues publiques, pour que les Etats-Unis répondent favorablement à une demande d'intervention sud-coréenne, et les moyens alors engagés par les Etats-Unis ne seraient pas précisés dans le "plan opérationnel conjoint". Visiblement, il s'agit de faire croire à l'opinion sud-coréenne que les Etats-Unis soutiendraient la Corée du Sud à sa demande, alors que le commandement des troupes sud-coréennes en cas de conflit restera américain au moins jusqu'en 2015. En réalité, les Etats-Unis restent les seuls maîtres militaires au sud de la péninsule coréenne.

L'aveu du contenu réel de ce plan - pouvoir attaquer la Corée du Nord en tout point sous le prétexte vague d'une "provocation" nord-coréenne - est venu d'indiscrétions, diffusées volontairement ou non, de sources proches du dossier. Sous couvert d'anonymat, dans un entretien au quotidien sud-coréen de langue anglaise The Korea Times, un responsable sud-coréen du ministère de la Défense a déclaré : "Le plan opérationnel de l'armée sud-coréene prévoit maintenant de frapper l'origine de la provocation de l'ennemi et ses forces de commandement et de soutien. [...] Suivant le type de provocations et les circonstances opérationnelles, les Etats-Unis avec leurs armes peuvent frapper les territoires nord-coréens." Il s'agit donc bien de "frappes" militaires essentiellement (sinon exclusivement) américaines, contre "l'origine de la provocation", sans exceptions, ce qui peut donc inclure le QG nord-coréen et le commandement militaire nord-coréen, aujourd'hui sous l'autorité du Dirigeant Kim Jong-un. Même si ces déclarations peuvent apparaître comme des rodomontades, elles ne doivent pas être prises à la légère : pour ne citer que deux exemples, la CIA a une longue expérience de tentatives d'assassinat contre des dirigeants étrangers, une de ses principales cibles ayant longtemps été le dirigeant cubain Fidel Castro, et l'hypothèse d'attaques aériennes ciblées - en l'occurrence contre les sites nucléaires nord-coréens - avait déjà été envisagée par les faucons américains il y a vingt ans, avant d'être heureusement abandonnée. En effet, la présidence des Etats-Unis avait alors compris que, mise en oeuvre, cette menace entraînerait de graves risques de guerre. Il s'en était suivi le premier accord international, en 1994, sur le nucléaire nord-coréen.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ne peut accepter que demain, les populations coréennes, soient à nouveau les victimes des appétits militaires de ses puissants voisins. Elle ne peut accepter que la péninsule coréenne puisse redevenir, soixante ans après l'armistice de la guerre de Corée, un nouveau champ de batailles meurtrier au profit des intérêts américains. Fondamentalement attachée à la paix, refusant toute nouvelle escalade des tensions dans la péninsule coréenne, l'AAFC appelle au retrait du "plan combiné contre les provocations". L'AAFC appelle également à ce que l'ensemble des dispositions de ce plan militaire secret soient rendues publiques. L'AAFC appelle, enfin, à l'ouverture d'un débat public sur les meilleurs moyens de résoudre, par le dialogue, la question coréenne, en impliquant pleinement le pouvoir politique sur des questions trop importantes pour la paix du monde pour être laissées à la seule appréciation des faucons militaires américains et de leurs acolytes sud-coréens. Une telle exigence de transparence et de débat passe par des discussions publiques au Parlement et l'ouverture sans exclusive de discussions avec toutes les parties impliquées et l'ensemble des acteurs concernés.

Tel est le sens de la lettre qu'avait adressée en ce début d'année André Aubry, président de l'AAFC, à l'ambassadeur américain en France (voir ci-dessous). Ce courrier est resté sans réponse : manifestement, le représentant du gouvernement américain en France juge la diplomatie secrète plus conforme aux intérêts de son pays que d'avoir le courage de nous répondre. Mais l'AAFC poursuivra son chemin suivant la seule ligne qu'elle a fixée lors de sa création il y a plus de quarante ans, pour la paix et la réunification de la Corée.


Source principale : The Korea Times (deux articles datés du 24 mars 2013 : "S. Korea, US sign combined operational plan against N. Korea" ; "US to fight limited NK provocation", dont photo).

 

 

Lettre_ambassadeur-US_28janv2013.JPG

Texte de la lettre adressée le 28 janvier 2013 par André Aubry, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, à S.E. Charles H. Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis d'amérique en République française :

Monsieur l’Ambassadeur,

Œuvrant depuis 1969 au renforcement des liens d'amitié et de coopération entre les peuples français et coréen, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) s'inquiète de la montée des tensions en Corée. À la veille du soixantième anniversaire de la signature de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, les conséquences de l'absence de traité de paix dans la péninsule coréenne se font une nouvelle fois cruellement sentir.

Les sanctions prises à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) suite au lancement d'un satellite artificiel le 12 décembre 2012, lesquelles s'ajoutent à une liste déjà longue, compromettent gravement les chances d'une reprise du dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord. Or, un tel dialogue est nécessaire à la conclusion d'un véritable traité de paix qui augurerait d'une nouvelle ère de prospérité en Corée, en Asie et dans le monde.

En outre, la menace militaire permanente qui pèse sur la RPDC ne peut qu'inciter ce pays à se doter des moyens d'une dissuasion destinée à préserver les intérêts qu'il considère comme vitaux, selon des principes qui ne sont pas sans évoquer ceux suivis par le général de Gaulle pour la force de dissuasion française.

Pour sa part, l'AAFC considère qu'une paix durable est le préalable à une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible dans la péninsule coréenne. Dans cette perspective, l'AAFC participe activement aux campagnes pour un traité de paix en Corée.

Nous espérons que vous vous ferez l'interprète de ces préoccupations auprès des autorités de votre pays et nous nous tenons à votre disposition pour évoquer ces questions avec vous-même, vos collaborateurs ou vos services.

Veuillez agréer, Monsieur l’Ambassadeur, les assurances de notre très haute considération.

 

André Aubry, ancien sénateur-maire, président de l'Association d'amitié franco-coréenne

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 13:48

"Les jeux de guerre déclenchent une tension nucléaire" ("War games trigger nuclear tension") : c'est sous ce titre que le Belfast Telegraph, dans son édition du 11 mars 2013, rend compte du lancement des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve et Foal Eagle, après un regroupement des forces militaires participant à ces opérations dans les jours et les semaines qui ont précédé leur déclenchement. Ceux-ci interviennent dans un contexte particulièrement tendu qui fait craindre un risque de guerre entre deux puissances nucléaires : les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La RPD de Corée a suspendu le "téléphone rouge" avec la Corée du Sud, mis en place en 1971 comme ligne de communication d'urgence pour éviter, notamment, qu'un incident ne dégénère en conflit armé.

Autour de la péninsule coréenne, aucune des parties n'entend céder de terrain dans l'escalade actuelle des tensions. Malgré les manifestations pacifistes en Corée du Sud, notamment devant l'ambassade américaine, les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve ont démarré le 11 mars 2013, prévus pour durer jusqu'au 21 mars. Présentés par Washington et Séoul comme purement défensifs, ces jeux de guerre - en grande partie simulés sur ordinateur - utilisent des moyens ultra-modernes et engagent d'importants effectifs : 10.000 soldats sud-coréens et 3.500 soldats américains y participent. Ils viennent s'ajouter aux exercices Foal Eagle lancés le 1er mars 2013 et mobilisant 200.000 soldats sud-coréens et 10.000 soldats américains  jusqu'au 30 avril. Outre ces troupes, les exercices Foal Eagle engagent, côté américain, le porte-avions à propulsion nucléaire américain USS George Washington (97.000 tonnes) et 18 autres bâtiments de guerre, des bombardiers stratégiques B-52 et des avions de chasse furtifs F-22 Raptor.

Du propre aveu des autorités militaires sud-coréennes, le déploiement des bombardiers américains B-52, venus de l'île de Guam, est inhabituel. Développé dans les années 1950, le B-52 a un rayon d’action de 16.000 kilomètres et peut emporter quatre bombes thermonucléaires.

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Troupes sud-coréennes en manoeuvre (photo : AP/Le Monde)

Ayant vigoureusement protesté contre ces exercices qu'elle a dénoncés comme les préparatifs d'une guerre d'invasion, la RPD de Corée avait annoncé suspendre le "téléphone rouge" qui relie Pyongyang et Séoul depuis 1971. De fait, les deux appels des Sud-Coréens sur cette ligne après le début des exercices n'ont reçu aucune réponse. Cette ligne est habituellement utilisée deux fois par jour. Elle a été suspendue à cinq reprises - la dernière fois en mai 2010.

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Manifestation le 7 mars 2013 sur place Kim Il-sung de Pyongyang. 

La pancarte indique : "si vous osez nous envahir, seule la mort vous attend !" (Photo : AP/Hankyoreh)

La Corée du Nord a également considérés comme nuls et non avenus l'ensemble des accords de non-agression intercoréens. Après une visite de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée, sur la ligne de front près de la frontière maritime contestée par Pyongyang, les casernes situées dans cette partie de la péninsule ont été placées en état d'alerte par la Corée du Nord, qui a annoncé qu'elle réagirait fermement à toute violation de son territoire.

Le cycle actuel de tensions est alimenté par les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, après l'essai nucléaire nord-coréen du 12 février 2013, lui-même effectué en réaction à de précédentes sanctions onusiennes suite au lancement d'un satellite artificiel par la Corée du Nord le 12 décembre 2012.

Le ministre sud-coréen de la Défense choisi par la nouvelle présidente Mme Park Geun-hye a jeté de l'huile sur le feu en déclarant, vendredi 8 mars, que la RPD de Corée "disparaîtrait de la surface de la terre", en cas de frappe nucléaire "préventive" que la Corée du Nord lancerait contre tout risque de "guerre atomique" que déclencheraient les Etats-Unis. Auparavant, la Corée du Sud avait elle-même évoqué la possibilité qu'elle procède à une frappe préventive contre la Corée du Nord.

Les démonstrations de force sont habituelles autour de la péninsule coréenne, des exercices militaires nord-coréens de grande ampleur étant à présent attendus par la plupart des observateurs. Il existe cependant aujourd'hui des risques d'escalade qui conduiraient à des affrontements armés. Pour les prévenir, l'Association d'amitié franco-coréenne plaide pour le dialogue entre toutes les parties et pour qu'un véritable traité de paix, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953 ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, prévienne tout nouveau conflit meurtrier pour les Coréens. Il y a soixante ans, la guerre de Corée avait causé des millions de morts, et les Coréens avaient payé le plus lourd tribut à cet affrontement indirect entre les grandes puissances de la Guerre froide.

 

Sources : AAFC, Belfast Telegraph, Le Monde, Yonhap

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 00:16

A ceux qui lui reprochent son séjour en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la star du basket américain Dennis Rodman souligne qu'il répond à l'appel de ses fans partout dans le monde, et surtout que le sport peut rapprocher les hommes et les nations. La "diplomatie du ping-pong" avait aidé à la normalisation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis d'Amérique et la République populaire de Chine dans les années 1970. Pourquoi le basket, aussi populaire aux Etats-Unis qu'en RPDC, ne contribuerait-il pas, demain, à l'avènement d'une ère de paix et de dialogue en Asie du Nord-Est ?  Conscient d'avoir réalisé quelque chose d'historique, l'ancienne star des Chicago Bulls, qui était accompagné de trois membres des Harlem Globetrotters, Bull Bullard, Buckets Blakes et Moose Weekes, a promis de retourner en Corée du Nord.

 "Il [Kim Jong-un] aime le basketball... J'ai dit que Obama aimait le basketball. Commençons par là." A l'issue de sa visite en Corée du Nord, Dennis Rodman, que sa passion commune de ce sport a rapproché du dirigeant nord-coréen qu'il a qualifié d' "ami pour la vie", ne pouvait être plus explicite sur son souhait de voir émerger une diplomatie du basket entre les deux Etats, toujours virtuellement en état de guerre faute d'avoir signé un traité de paix à l'issue des combats de la guerre de Corée en 1953.

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Dennis Rodman a poursuivi en observant également, à propos de Kim Jong-un : "Il m'a demandé de dire une chose à Obama et de faire une chose. Il n'attend d'Obama qu'une chose : un appel." Toujours dans son entretien avec la chaîne ABC News, il a ajouté que le dirigeant nord-coréen, avec qui il a passé deux jours à l'occasion de cet échange sportif organisé par le magazine Vice, "ne veut pas la guerre" avec les Etats-Unis.

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Comme pour la visite de Bill Richardson en janvier dernier, le département d'Etat américain a réagi en déclarant qu'il disposait d'autres canaux d'échanges avec la RPD de Corée et que Dennis Rodman n'était pas un ambassadeur des Etats-Unis, allant jusqu'à déclarer un peu crânement qu'il n'y aurait pas de "debriefing" avec l'ancien basketteur. Au regard du peu de connaissance qu'a en réalité l'administration américaine du pouvoir nord-coréen, il serait pour le moins insolite qu'elle se contente d'écouter les déclarations de Dennis Rodman dans les médias. Toutefois, dans le bras-de-fer où elle est engagée avec Pyongyang, la nouvelle administration Obama ne peut guère avouer publiquement qu'elle ne dispose pas d'autres sources d'information fiables que celles provenant de ceux qui, comme Bill Richardson en début d'année et Dennis Rodman dernièrement, sont invités officiellement par la RPDC. Si ce ne sont eux directement, ce sont les personnes qui les accompagnent qui ont vocation à être soumises aux questions de la CIA et du département d'Etat. En attendant, la Corée du Nord de Kim Jong-un a réussi de jolies opérations de communication en choisissant des personnalités américaines connues et reconnues pour faire savoir sa volonté de dialogue et de paix.

La Corée du Nord a aussi déclaré à plusieurs reprises, par la bouche même de son dirigeant, qu'elle était prête à un dialogue direct avec les Etats-Unis. Dès que seront terminés les exercices militaires conjoints une nouvelle fois engagés avec la Corée du Sud, l'Amérique n'a guère d'autre choix que de s'asseoir à la table des négociations. La question n'est pas tant de savoir si elle le fera, mais quand elle s'y résoudra, dût son amour-propre en souffrir. En attendant, le refus de la main tendue ne peut qu'encourager la RPDC à poursuivre sur la voie de l'escalade avec les Etats-Unis, en renforçant ses capacités d'autodéfense nucléaire et dans le domaine balistique.

 

Sources : AAFC, SportingNews

Photos : KCNA

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 23:17

Nucléaire RPDC-USAAu lendemain du troisième essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 12 février 2013, la condamnation le même jour par les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, avant l'adoption annoncée et attendue de nouvelles sanctions, a entraîné une vive réaction de la RPDC qui a déclaré - via un communiqué de l'agence nord-coréenne KCNA en date du 13 février 2013 - qu'elle défendrait "sa sécurité et sa souveraineté nationale" face à la "politique hostile des Etats-Unis" et à leurs "pratiques arbitraires" en renforçant ses capacités de dissuasion. Mais si le Président Barack Obama a déclaré que les "provocations", selon lui, de la RPDC ne lui permettraient pas de discuter dans de meilleures conditions, seule une issue négociée peut raisonnablement permettre d'apaiser les tensions dans la péninsule coréenne. Au-delà des formules diplomatiques et des condamnations de principe, le réalisme politique implique effectivement de rechercher les termes d'un accord, ce qui apparaît tout à la fait à la portée des diplomates occidentaux pour peu qu'ils envisagent les tenants et aboutissants d'une solution mutuellement avantageuse pour l'ensemble des parties.

Au regard du caractère contraignant que présentent ou devraient présenter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU), les membres permanents  du CSNU - Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni - ne pouvaient pas réagir autrement qu'en condamnant l'essai nucléaire nord-coréen du 12 février 2013. Dans le même temps, il est patent que les sanctions prises à l'encontre de la RPDC n'ont pas bloqué ses progrès dans les domaines balistique et du nucléaire militaire, ce qui implique donc à présent que toutes les options possibles soient examinées, y compris la reprise à moyen terme du dialogue bilatéral et multilatéral avec Pyongyang. Si ces débats ne peuvent pas aujourd'hui être portés sur la place publique, et n'auront vraisemblablement de traduction qu'après l'adoption d'une nouvelle résolution du CSNU renforçant les sanctions contre la RPDC, il est évident que l'essai nucléaire du 12 février 2013 les a relancés, tout du moins entre les Etats-Unis et leurs alliés, d'une part, ces mêmes pays et la Chine et la Russie, d'autre part, avant d'éventuelles discussions entre les Occidentaux et la RPDC dans un second temps.

Sur le fond, rien ne justifie la différence de traitement qui a été instituée par le CSNU entre la RPDC et les autres Etats qui se sont d'ores et déjà dotés de l'arme nucléaire sans faire partie du "club nucléaire" lors de la signature du traité de non-prolifération - l'Inde, Israël et le Pakistan. De même, rien ne justifie que la RPDC soit le seul pays au monde dont le programme spatial donne lieu à des sanctions internationales. C'est pourquoi l'argumentaire diplomatique de la RPDC repose fondamentalement sur ce refus du "deux poids, deux mesures".

La RPD de Corée a modifié sa Constitution pour y inscrire son statut d'Etat doté de l'arme nucléaire. Il est donc totalement inenvisageable qu'elle renonce unilatéralement et sans contreparties à ses armes nucléaires, comme affirment vouloir l'y contraindre les Etats-Unis et leurs alliés dans les résolutions successives du CSNU en parlant de dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. La dénucléarisation de la RPDC ne peut être que l'aboutissement d'un processus de négociations, et non son point de départ. Auparavant, il faudra recréer les conditions du dialogue et restaurer une confiance qui n'existe plus entre les différentes parties, les uns et les autres s'accusant mutuellement de ne pas avoir respecté leurs engagements lors des précédentes sessions de discussions.

Les attentes de la RPD de Corée sont connues : obtenir des garanties de sécurité ; permettre sa pleine insertion dans l'économie internationale en levant notamment les interdictions qui empêchent son adhésion aux institutions financières internationales ; assurer des flux réguliers en énergie, en produits alimentaires, voire en investissements étrangers. Si la Chine est aujourd'hui potentiellement en position de négocier avec la RPDC, c'est d'abord parce qu'elle est liée à cette dernière par un traité bilatéral signé en 1961, et également parce qu'elle est  son principal partenaire économique. En cherchant à isoler économiquement et financièrement la RPDC, les Etats-Unis ont pratiquement cessé tous les échanges économiques avec la RPDC, se privant eux-mêmes d'une carte dans de futures négociations. Ils peuvent, en revanche, peser sur l'adhésion de la RPDC aux institutions financières internationales.

Sur le plan militaire, les Etats-Unis ont des attentes vis-à-vis de la RPDC : empêcher la prolifération nucléaire et balistique, y compris vis-à-vis d'entités non étatiques - comme Al Qaïda - en lutte contre eux, et à propos desquels il n'existe aucune preuve d'une possible coopération avec la Corée du Nord, qui se défend de toute volonté de prolifération. Si les Américains veulent des garanties de Pyongyang dans ces domaines, leur intérêt est de négocier ouvertement avec la RPDC. Jusqu'à présent, ils négociaient la suspension, pour une durée plus ou moins indéfinie, des programmes balistiques et militaires nucléaires de la RPDC - mais la rupture des discussions depuis 2009, assortie de nouvelles sanctions du CSNU - a montré leur impuissance à empêcher les progrès militaires de la RPDC. Si la voie de la contrainte par les sanctions a échoué, l'alternative est de reprendre les négociations, en vue d'atteindre des objectifs réalistes à court terme : suspendre les tirs balistiques et les essais nucléaires nord-coréens, formaliser un principe de non-prolifération, et en contrepartie pour la RPDC négocier des garanties de sécurité dans le cadre, notamment, d'un futur traité de paix (comme le propose Pyongyang), ce sont autant de sujets qui méritent d'être mis sur la table des négociations.

Quand les Etats-Unis et l'URSS s'étaient engagés sur la voie d'une dialogue à l'époque de la guerre froide, ils avaient mis en place des liaisons (le fameux "téléphone rouge") pour prévenir notamment des risques d'escalade en cas de tension. Aujourd'hui, les canaux du dialogue informel sont tenus - la visite de Bill Richardson, début janvier, en tant que chef de la délégation dont faisait également partie Eric Schmidt, PDG de Google, a été condamnée par le département d'Etat américain. Formaliser un cadre de discussions témoignerait ainsi de la volonté des différentes parties de s'engager ouvertement sur la voie d'une résolution négociée des questions encore en suspens. Les pourparlers à six pouvaient être interprétés en ce sens, mais ils ont vécu et une nouvelle formule mérite d'être imaginée. Celle-ci pourrait s'inspirer de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dans laquelle à chaque proposition d'une des des parties correspondrait une contre-proposition des autres parties. Qu'il s'agisse des exercices militaires à répétition américano - sud-coréens, de la levée des ambiguïtés sur la présence ou non d'armes nucléaires dans le Sud de la péninsule ou des incertitudes sur la délimitation de la frontière maritime entre les deux Corée, les domaines dans lesquels les Etats-Unis pourraient s'engager par un geste fort ne manquent pas.

Aujourd'hui, le principal obstacle à une reprise des négociations à Washington, est certainement que les Etats-Unis considèrent qu'ils n'ont pas à négocier avec un Etat comme la RPDC qui, à la différence de l'URSS, n'a pas un potentiel militaire équivalent au leur. Sans doute sont-ils aussi bloqués par l'idée de donner l'impression de céder face à un Etat remettant en cause l'hégémonie américaine. Mais la diplomatie est précisément l'art d'inventer des possibles. Après, tout n'est que communication : qui, dans l'opinion publique mondiale, blâmerait un accord où les Etats-Unis d'une part, la RPDC d'autre part, s'engageraient simultanément dans la résolution d'un conflit vieux de deux générations, en faisant avancer la cause de la paix ? Un succès constituerait un cas d'école dans d'autres régions du monde et montrerait que les Etats-Unis peuvent résoudre des différends internationaux par d'autres voies que celles de l'escalade militaire ou du blocus économique, avec les résultats - pour le moins discutables - observés hier en Somalie et en Irak, et aujourd'hui en Afghanistan.

Aujourd'hui, négocier avec la Corée du Nord constitue une option non seulement possible, mais souhaitable.

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