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Association d'amitié franco-coréenne |
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Le 5 août 2009, l'ancien président américain Bill Clinton est revenu de République populaire
démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) avec les deux journalistes américaines Laura Ling et Euna Lee. Ling et Lee avaient été condamnées à douze ans de travaux forcés après avoir franchi
illégalement la frontière sino-coréenne le 17 mars, et
pour "dénigrement" de la RPDC. Les deux journalistes faisaient un reportage pour la chaîne CurrentTV fondée par Al Gore, vice-président sous la présidence
Clinton. A l'issue d'une rencontre avec Bill Clinton, Kim Jong-il, président de la Commission de la Défense nationale de RPDC,
a gracié les deux femmes dans un évident signe d'ouverture et de paix à l'égard des Etats-Unis. Si l'AAFC se félicite de ce geste humanitaire, elle souhaite revenir sur certains à-côtés -
médiatiques notamment - de cet événement.
De fait, si la visite expresse de l'ancien président américain,
époux de l'actuelle responsable de la diplomatie américaine, a eu un résultat immédiat - la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee, graciées par le dirigeant Kim Jong-il - un certain
nombre d'incertitudes peuvent d'ores et déjà être partiellement levées.
La compassion des médias pour les deux jeunes femmes, dès leur arrestation, a entraîné plusieurs valses-hésitations journalistiques dès lors qu'il s'agit de couvrir la Corée du
Nord :
- dans un premier temps, il a été avancé que Laura Ling et Euna Lee auraient été arrêtées en Chine... mais on comprend mal, dans ces conditions, pourquoi les Nord-Coréens seraient intervenus en
territoire chinois. Cette thèse, de nature à susciter la plus grande compassion (elle suggérait fortement l'enlèvement et la prise d'otages), devait être rapidement
abandonnée, tandis que les autorités américaines ordonnaient de se taire aux autres personnes qui accompagnaient les deux journalistes et qui, elles, avaient pu s'enfuir après avoir pénétré
illégalement en territoire nord-coréen... et que les médias ont opportunément oubliées. On pense notamment à Mitch Koss, le cameraman des deux journalistes, très, très discret depuis le 17 mars
;
- alors que le journaliste Donald Kirk, fort de son expérience
de "plus de 30 ans" dans la couverture des affaires de l'Asie du Nord-Est, annonçait quelques jours plus tôt, sur le site Asia Times
Online, la purge (et la mort ?) de Kim
Kye-gwan, vice-ministre des Affaires étrangères et ancien négociateur nord-coréen des pourparlers à six, le site de l'agence officielle nord-coréenne KCNA annonçait que ce même Kim
Kye-gwan (deuxième en partant de la gauche) avait accueilli Bill Clinton à son arrivée à l'aéroport, avec Yang Hyong-sop, vice-président du praesidium de l'Assemblée populaire
suprême ;
- enfin, alors qu'après la condamnation des deux journalistes, les médias s'inquiétaient du traitement qu'elles subiraient dans les "camps" nord-coréens, celles-ci sont finalement
restées dans des résidences pour étrangers et ont été traitées avec égards, ce qui a amené le commentaire suivant d'un lecteur du grand quotidien canadien The Toronto Star :
"C'est vraiment bien que deux journalistes
américaines se soient vu épargner des années dans un camp de travail nord-coréen. Elles ont admis être entrées dans le pays illégalement, mais la Corée du Nord les a laissées partir, après les
avoir retenues pendant des mois au cours desquels elles ont vu régulièrement un docteur, ont été autorisées à appeler les membres de leur famille... et ont mangé du riz qui contenait des
cailloux.
Quel contraste avec Guantanamo Bay, où les Américains détiennent des centaines de personnes depuis des années sans qu'aucune charge ne soit retenue ou d'éléments de preuve présentés, ignorant
leurs propres violations massives des lois internationales et soumettant les détenus à des traitements au regard desquels ce serait vraiment un très, très bon jour que celui où l'on aurait
des cailloux dans son riz.
J'espère que les Américains vont suivre l'exemple nord-coréen. Allez-y, les
gars. Oui, vous pouvez le faire".
En octobre 2000, Bill Clinton avait reçu à la Maison Blanche
le vice-maréchal Cho Myong-rok, premier vice-président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC. Quelques jours plus tard, la secrétaire d'Etat Madeleine Albright rencontrait le
dirigeant Kim Jong-il à Pyongyang. Un déplacement du président Clinton en RPDC avait alors été envisagé avant d'être annulé, compte tenu de la proximité des élections présidentielles américaines.
Près de neuf ans après ce rendez-vous manqué - qui aurait pu sceller un accord historique américano-nord-coréen -, la visite de Bill Clinton n'est évidemment pas du goût des néo-conservateurs
américains qui ont tout fait pour torpiller les chances du dialogue entre Washington et Pyongyang sous les deux mandats de George W. Bush.
Ancien sous-secrétaire d'Etat chargé des questions de désarmement et ancien ambassadeur américain aux Nations-Unies sous l'administration Bush, John Bolton n'a ainsi pas hésité à parler
d'une victoire de la "propagande nord-coréenne" dans le Washington Post, affirmant que les Etats-Unis seraient maintenant plus exposés au danger des prises d'otages et des enlèvements. Bolton
oublie seulement que les deux journalistes ont pénétré d'elles-mêmes en Corée du Nord. Mais ce qui inquiète le plus ce chantre du "désarmement par la guerre" est, bien sûr, la
possibilité que des négociations puissent reprendre avec la Corée du Nord. Que ce soit au département d'Etat où il fut l'"inventeur" de l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive, aux Nations-Unies où il réclama toujours plus de sanctions contre la Corée du Nord, ou au sein de l'American Enterprise
Institute, le think tank néo-conservateur où il continue de sévir, Bolton n'a qu'une obsession : étrangler la RPDC. Bolton ne
cracherait pas non plus sur une guerre contre la Corée du Nord. A condition toutefois d'y envoyer les autres. Bolton le va-t-en-guerre, l'ancien supporter de la guerre du Vietnam, a
ainsi déclaré en 2005 (dans un moment de lucidité?) avoir évité de servir dans une unité combattante à la fin des années 1960 car
il n'avait "aucune envie de mourir dans une rizière en Asie du Sud-Est..."
Qu'a dit exactement Bill Clinton en Corée? Selon l'agence nord-coréenne KCNA, L'ancien président américain a remis un message verbal du président Barack Obama
évoquant "les moyens d'améliorer les relations bilatérales entre les deux pays", et présenté des "excuses pour le comportement des deux journalistes". Ces deux points ont donné
lieu à des démentis du gouvernement américain, qui a précisé que le dossier nucléaire nord-coréen était traité de manière distincte.
Ce dernier point est sans doute exact, au moins
formellement : le dossier nucléaire n'était pas l'objet principal de la visite de Bill Clinton. Mais de quoi ce dernier a-t-il alors parlé pendant sa rencontre de plus de trois heures
avec Kim Jong-il ? Si l'expert de la Corée du Nord Scott Snyder estime que des informations ont été "glanées" par Bill Clinton, celles-ci ont naturellement un coût, à savoir
des éléments sur des positions de négociation par Washington. Par ailleurs, qui peut penser que l'ancien président américain, dépêché par les familles des deux journalistes et
son ancien vice-président Al Gore, n'ait pas présenté d'excuses, quand les deux journalistes avaient elles-mêmes reconnu avoir commis une faute ?
Plus fondamentalement, qui peut sérieusement croire que la venue d'un ancien président américain, mari de l'actuelle secrétaire d'Etat Hillary Clinton, soit une initiative dépourvue de toute
portée politique? Bill Clinton était accompagné de surcroît de deux représentants du département d'Etat. Et pourquoi alors Bill Clinton devrait-il rendre compte de son déplacement à la
Maison Blanche ?
Que le gouvernement américain veuille se réserver des marges de discussion en jouant sur le caractère privé et humanitaire de la visite de Bill Clinton est compréhensible. En revanche, la
duplicité de certains médias occidentaux, reprenant sans discussion cette version officielle, est plus regrettable.
Sources principales : AAFC, AFP, Le
Monde
Photos : Associated Press, Reuters