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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 14:48

L'escalade dans la péninsule coréenne a encore monté d'un cran avec les propos tenus par le chef d'état-major des armées sud-coréennes, le général Jung Seung-jo, qui a évoqué une possible "attaque préventive" contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) condamne avec la plus grande fermeté ces déclarations qui ne font qu'attiser les risques de guerre. Soucieuse de tout mettre en oeuvre pour empêcher que la situation ne dégénère en un conflit ouvert, l'AAFC a pris l'initiative de s'adresser à l'ambassadeur américain en France pour sauver les chances du dialogue et permettre l'établissement d'une paix durable : alors que les pays occidentaux sont prompts à faire pression sur la Chine pour qu'elle dissuade la RPDC de procéder à un nouvel essai nucléaire, les Etats-Unis et leurs alliés devraient s'appliquer les mêmes règles de conduite vis-à-vis de la Corée du Sud, dont les autorités conservatrices misent sur la tolérance des puissances occidentales à leur égard pour s'engager dans une surenchère avec Pyongyang.

 

Pour qu'il y ait escalade, il faut qu'à l'action d'une partie réponde une action de l'autre partie. C'est aujourd'hui ce qui se passe dans la péninsule coréenne, où la Corée du Sud multiplie les initiatives et les déclarations de nature à attiser les tensions, en exploitant au maximum le biais des médias occidentaux à emboîter le pas de leurs gouvernements dans la mise en cause exclusive de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

missile_sud-coreen.jpgLa Corée du Sud a tout d'abord déclaré qu'elle souhaitait accroître la portée de ses missiles balistiques, de façon à pouvoir atteindre non seulement tout point du territoire nord-coréen, mais aussi la Chine, la Russie et le Japon. Elle ne peut pas le faire aujourd'hui sans un accord de la puissance américaine, à laquelle son commandement reste subordonné en temps de guerre. 

 

Seule, ou presque, dans un paysage médiatique français qui ne veut pas voir la montée en puissance des faucons dans l'administration et l'armée sud-coréennes, l'AAFC avait alors pointé les risques d'escalade des tensions. De fait, la mise sur orbite réussie par la Corée du Nord du satellite Kwangmyonsong-3 quelques semaines plus tard, le 12 décembre 2012, signifiait également les progrès réalisés par la RPDC dans le domaine balistique. Quand la Corée du Sud veut pouvoir attaquer la Corée du Nord, cette dernière se dote de capacités au moins équivalentes pour dissuader tout risque d'attaque à son encontre.

 

Alors que les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ont dénoncé une "provocation" nord-coréenne après le le lancement du 12 décembre et adopté une nouvelle résolution élargissant les sanctions contre la RPDC, ils sont resté silencieux quand, le mois suivant, la Corée du Sud est parvenue à son tour à mettre en orbite un satellite artificiel.

 

Dénonçant une règle du "deux poids, deux mesures", la Corée du Nord, consciente de ne pouvoir compter que sur ses propres forces, a alors annoncé qu'elle renforcerait ses capacités de dissuasion, y compris nucléaire.

 

Par la voix de son chef d'état-major interarmées, la Corée du Sud a ensuite déclaré qu'elle n'hésiterait pas à mener une "attaque préventive" contre la Corée du Nord, vraisemblablement sur ses sites d'armes nucléaires. Faisant coïncider les paroles et les actes, l’amiral Choi Yun-hee, commandant en chef de la marine sud-coréenne, a annoncé le 7 février 2013 que les navires sud-coréens seraient dotés de missiles d'attaque terrestre. Au-delà de l'habillage des termes - aucune attaque n'est préventive par nature, car une partie ne peut jamais affirmer objectivement qu'elle détient la preuve d'une attaque imminente contre elle - une comparaison permet de mieux comprendre laquelle des deux Corée adopte la posture la plus agressive. Quand la France procédait à des essais nucléaires pour se doter d'une force de dissuasion, si un pays étranger avait détruit les sites français en violant le territoire aérien français, qui aurait été l'agresseur ? La France ou le pays étranger, qui aurait bien sûr parler d'attaque "préventive" pour justifier ce qui n'aurait été qu'une agression contraire à toutes les règles du droit international ?

 

Aujourd'hui, la Corée du Nord entend procéder à un nouvel essai pour, selon sa doctrine nucléaire analogue à celle de la France, disposer d'une force de dissuasion. Quand la Corée du Sud parle d'attaquer la Corée du Nord, elle est pleinement consciente qu'elle attise les risques d'une nouvelle guerre dans la péninsule, soixante ans après un premier conflit ayant causé trois millions de morts et endeuillé toute la nation coréenne. Le chef d'état-major interarmées sud-coréen a ainsi déclaré clairement la nécessité selon lui d' "élimininer" l'arme nucléaire nord-coréenne et de "faire la guerre, plutôt que d'être attaqué". Mais pas plus que la France de de Gaulle ne concevait l'arme nucléaire à des fins d'agression - un seul pays a utilisé à ce jour la bombe nucléaire, les Etats-Unis ,contre le Japon en 1945 - la Corée du Nord n'entend déployer les armes nucléaires sur un champ de bataille à l'encontre de la Corée du Sud. La  prétendue menace nucléaire nord-coréenne sert de prétexte à l'armée sud-coréenne pour justifier (préventivement ?) une éventuelle attaque du territoire nord-coréen. 

 

Après ces déclarations, la Corée du Nord a évidemment réagi en déclarant qu'elle était prête à une mener une "guerre réelle" contre la Corée du Sud, dont elle a dénoncé les propos "bellicistes".

 

Enfin, pourquoi la Corée du Sud devrait-elle considérer qu'une Corée du Nord, dotée de l'arme nucléaire, serait davantage une menace pour sa sécurité qu'elle ne l'est aujourd'hui ? La RPDC a déjà procédé à deux essais nucléaires, en 2006 et en 2009, sans qu'aucun pays étranger ne bombarde pourtant les sites nucléaires nord-coréens, comme la Corée du Sud menace aujourd'hui de le faire, avec les graves risques d'escalade qu'emporterait une agression contre le territoire souverain d'un autre Etat.

 

En réalité, les faucons sud-coréens se sentent aujourd'hui enhardis par la faiblesse apparemment de l'administration Obama qui ne veut pas désavouer son allié sud-coréen, après des fortunes diverses lors de ses interventions sur les théâtres d'opérations extérieures, en Irak ou en Afghanistan. Le silence assourdissant des gouvernements et des médias occidentaux après la demande de la Corée du Sud d'accroître la portée de ses missiles balistiques, puis le tir de fusée auquel Séoul a décidé de procéder en pleine montée des tensions après le lancement du satellite nord-coréen Kwangmyongsong-3, ont convaincu les faucons sud-coréens qu'ils disposaient d'une marge de manoeuvre pour imposer leurs propres vues, ce qu'ils n'avaient pu faire ni en 2006, ni en 2009.

 

Il n'est pas non plus anodin que les déclarations quant à une "attaque préventive" viennent du chef d'état-major interarmées à Séoul, au moment où l'opinion sud-coréenne se focalise sur la nomination d'un nouveau Premier ministre à Séoul, l'ancien procureur Chung Hong-won, avant l'entrée en fonctions de la nouvelle présidente conservatrice Mme Park Geun-hye. L'administration sortante du Président Lee Myung-bak peut ainsi chercher à pousser au maximum son avantage actuel, alors que Mme Park a fait savoir qu'elle entendait mettre fin à la ligne intransigeante vis-à-vis du Nord suivie par le Président Lee. Mais dans la société sud-coréenne où les militaires ont occupé le pouvoir politique pendant des décennies, il est inquiétant que les positions nationales sur les questions de défense, vitales pour l'Etat, soient exprimées par l'état-major, et non par le pouvoir politique ; le système politique nord-coréen, certes très différent, garantit au moins la prééminence des civils - via le Parti du travail de Corée - sur les militaires.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) n'a toujours eu qu'une seule ligne : pour la paix en Corée et contre tout nouvel affrontement entre le Nord et le Sud. Tel est le sens de notre campagne de pétition pour la signature d'un traité de paix en Corée, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953, afin d'empêcher que les tensions récurrentes depuis soixante ans ne dégénèrent en un nouveau conflit armé. L'AAFC est pour la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne. Réaliste, elle sait toutefois qu'un tel objectif ne peut être atteint par un désarmement unilatéral de la Corée du Nord. C'est la raison pour laquelle elle est favorable à toutes les initiatives tendant à renouer le dialogue entre l'ensemble des parties concernées, pour un règlement pacifique des différends encore en suspens. Un mécanisme de sécurité collective, sur le modèle de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), nous semble la réponse la plus adaptée à l'atteinte de ce but ultime : la paix et la prospérité dans cette partie du monde.

 

Pour y parvenir, l'AAFC ne peut que prendre acte de ses divergences avec la diplomatie française. Lors de la remise de ses lettres de créances au Président Lee Myung-bak, le nouvel ambassadeur français en Corée du Sud, Jérôme Pasquier (photo ci-dessous), a reitéré dans un entretien à l'agence sud-coréenne Yonhap la position française traditionnelle, selon laquelle "les autorités nord-coréennes doivent s’abstenir de toute nouvelle violation de la légalité internationale et notamment de tout nouvel essai nucléaire". L'attitude sud-coréenne tendant à une escalade des tensions n'a fait l'objet d'aucune observation de sa part, Jérôme Pasquier rejetant de fait l'actuelle dégradation de la situation entièrement sur la RPDC. Cette présentation des événements et leur interprétation nous apparaissent déséquilibrées.

 

jerome-pasquier_ambassadeur_de_France_en_Coree-du-Sud.jpg

 

Aujourd'hui, nous estimons, à l'AAFC, qu'un apaisement des tensions en Corée exige un dialogue direct entre Pyongyang et Washington. Tel est le sens d'un courrier que le président de l'AAFC, André Aubry, a pris l'initiative d'adresser à l'ambassadeur des Etats-Unis en France, où nous faisons part de notre attachement au dialogue et à la paix dans la péninsule coréenne en sollicitant un rendez-vous avec lui-même ou l'un de ses représentants. En effet, les autorités américaines ont une attitude plus pondérée que la Corée du Sud : Victoria Nuland, porte-parole du département d'Etat américain, a certes déclaré que Washington n'écartait aucune option, mais elle a indiqué que les Américains privilégiaient la voie du dialogue, dans une politique constante mêlant la carotte (des échanges accrus) et le bâton (de nouvelles sanctions). La recherche d'un consensus - notamment avec la Chine - exclut le principe d' "attaques préventives" évoquées, sinon souhaitées, par le haut commandement sud-coréen. Comme à l'époque de Kim Jong-il, il y a donc fort à parier que les Etats-Unis chercheront à freiner les ardeurs des éléments les plus bellicistes de leur coalition, en particulier dans l'administration sud-coréenne. Les Etats-Unis ont aussi fait observer au nouveau gouvernement japonais, ultra-nationaliste, que les activités nucléaires nord-coréennes n'avaient rien à voir avec la liste des Etats terroristes, où Tokyo voudrait à nouveau voir figurer Pyongyang. Mais les Américains se donneront-ils les moyens de leur politique, alors que la première présidence Obama n'a pas exercé de pressions suffisantes sur Séoul pour engager sérieusement l'administration Lee Myung-bak sur la voie du du dialogue intercoréen ? Au-delà de l'escalade actuelle, il faut envisager l'après-crise : seul un scénario crédible, conforme aux intérêts de toutes les parties en présence, permettra de sortir de l'impasse actuelle : la RPDC demande des garanties de sécurité, que seuls les Etats-Unis peuvent apporter. La préservation de la paix est à ce prix.

 

Principales sources : AAFC, RT.com (dont photo de missile sud-coréen) et Yonhap.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations internationales de la Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)