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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 17:58

Le scandale du bacille actif de la maladie du charbon envoyé par un laboratoire de l'armée américaine dans divers endroits du monde s'étend puisque ce sont désormais quatre pays étrangers (l'Australie, le Canada, la Corée du Sud et la Grande-Bretagne), et non trois comme annoncé initialement, et 19 Etats américains, et non 17, qui ont reçu « par erreur » des échantillons de cet agent pathogène extrêmement dangereux au cours du mois de mai 2015. Le 5 juin, le représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) auprès de l'Organisation des Nations Unies a adressé une lettre au secrétaire général des Nations Unies et au président de son Conseil de sécurité, demandant que ce dernier se saisisse de cette affaire. La requête nord-coréenne s'inscrit dans le cadre du point 103 de l'ordre du jour de la 69session de l'Assemblée générale des Nations Unies, portant sur la Convention sur l'interdiction de la mise au point de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxine et sur leur destruction L'Association d'amitié franco-coréenne présente ci-après la traduction française officielle de cette lettre, telle qu'elle figure sur le site des Nations Unies. 

Conseil de sécurité des Nations Unies, 29 mai 2015 (photo : ONU)

Conseil de sécurité des Nations Unies, 29 mai 2015 (photo : ONU)

Voici le texte des lettres, datées du 4 juin 2015, adressées en des termes identiques au secrétaire général et au président du Conseil du sécurité des Nations Unies par le Représentant permanent de la RPD de Corée auprès des Nations Unies :

J’ai l’honneur de vous faire tenir ci-joint une déclaration faite le 3 juin 2015 par un porte-parole de la Commission de défense nationale de la République populaire démocratique de Corée au sujet du péril que représentent les projets de guerre biologique contre le pays échafaudés par les États-Unis d’Amérique (voir annexe).
Il a été révélé récemment que des bacilles mortels actifs de la maladie du charbon avaient été expédiés clandestinement depuis une installation militaire située à Dugway (Utah), placée sous le contrôle du Département de la défense des États-Unis, aux bases militaires américaines situées en Corée du Sud et dans d’autres pays.
Cela montre clairement que non seulement les États-Unis possèdent des armes de destruction massive meurtrières qui sont formellement interdites en vertu de la Convention sur les armes biologiques, mais également qu’ils tentent de les utiliser à des fins guerrières contre la République populaire démocratique de Corée sur le territoire de la péninsule coréenne.
La République populaire démocratique de Corée condamne dans les termes les plus énergiques les États-Unis pour leurs actes génocidaires contre l’humanité, et prie instamment le Conseil de sécurité de se pencher sur la question de l’envoi de bacilles du charbon, en vue de mener une enquête approfondie sur les projets de guerre biologique des États-Unis.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer au plus vite le texte de la présente lettre et de son annexe comme document de l’Assemblée générale, au titre du point 103 de l’ordre du jour, et du Conseil de sécurité.

L’Ambassadeur,
Représentant permanent
(Signé) Ja Song Nam

En annexe des lettres adressées au secrétaire général et au président du Conseil du sécurité des Nations Unies par le Représentant permanent de la RPD de Corée auprès des Nations Unies, figure une déclaration faite le 3 juin 2015 par un porte parole de la Commission de la défense nationale de la RPDC, telle que rapportée par l'agence officielle nord-coréenne KCNA :

 

Pyongyang, le 3 juin – Un porte-parole de la Commission de défense nationale de la République populaire démocratique de Corée a publié aujourd’hui une déclaration dévoilant au grand jour le sinistre dessein des impérialistes américains, qui cherchent à plonger la nation coréenne dans une terrible guerre biologique.
Dans cette déclaration, il est indiqué que la récente révélation de l’introduction de bacilles du charbon en Corée du Sud par les États-Unis prouve que ces derniers ne sont qu’une bande d’escrocs menaçant l’existence de l’humanité, des barbares qui s’abaissent à toutes les infamies pour faire de la Corée du Sud un enfer et un terrain d’essais pour armes biochimiques, et de cruels meurtriers qui défient jusqu’au droit international.
Compte tenu de la situation actuelle, cette déclaration est venue préciser la position de principe de la République populaire démocratique de Corée, qui est la suivante :
1. Les États-Unis doivent avouer le crime trois fois maudit qu’ils ont commis à l’encontre de la nation coréenne et du monde, et se retirer sans délai de la Corée du Sud, en emportant avec eux tout l’arsenal nucléaire et biologique qu’ils y ont dissimulé, y compris dans leur base aérienne située à Osan.
La moitié sud de la Corée n’est pas une terre où les assassins américains peuvent régner en maîtres, en ourdissant leur complot visant à déclencher une horrible guerre nucléaire et biologique ayant pour but d’exterminer la nation coréenne par tous les moyens.
2. Les Sud-Coréens de toutes les sphères de la société devraient s’allier à l’échelle nationale pour déjouer les plans de guerre nucléaire et biologique des impérialistes américains.
Ils devraient défendre leur terre et leur avenir en menant des efforts concertés au sein de la nation coréenne en vue de lutter contre les sophismes dont usent les États-Unis, ce démon meurtrier sans égal contre lequel la nation doit mener un combat acharné, et en s’attaquant sans merci à Park Geun–Hye, qui s’aplatit devant lui.
3. Le monde devrait reconnaître le projet des États-Unis, qui refusent même d’admettre qu’ils préparent une guerre biologique, pourtant strictement interdite au niveau international, pour ce qu’il est, à savoir la plus grande menace qui soit pour la paix et un crime odieux au caractère génocidaire, et le punir sans pitié.
La Cour pénale internationale doit traduire en justice le Président des États-Unis, son Secrétaire d’État à la défense et le chef des forces de l’agresseur impérialiste présentes en Corée du Sud, qui sont les instigateurs de ce crime, ainsi que les autorités fantoches de la Corée du Sud et leurs complices, afin que tous soient sévèrement punis aux yeux du monde entier.
Il était souligné dans la déclaration que le sinistre dessein de l’empire des démons de faire de la péninsule coréenne une terre désolée et le théâtre d’une guerre biologique, en plus de l’exposer aux dangers de la radioactivité, ne devait jamais devenir réalité.

Il y a néanmoins peu de chance que le Conseil de sécurité condamne, même timidement, les pratiques d'un de ses membres permanents en matière de manipulation d'armes de destruction massive hors de ses frontières. En effet, le département d'Etat américain a jugé que les demandes nord-coréennes sont « ridicules » et « ne méritent pas de réponses ». Compte tenu du passif des Etats-Unis en Corée, on n'espérait pas davantage de la part de l'administration américaine.

 

 

Sources :

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 22:57

Suite à l'envoi « par erreur » de bacilles actifs de la maladie du charbon par le département de la Défense des Etats-Unis à plus de 50 laboratoires situés dans 17 Etats américains et trois pays étrangers - l'Australie, le Canada et la Corée du Sud -, le personnel de l'armée américaine stationné en Corée du Sud a été exposé entre le 21 et le 27 mai 2015 à cet agent pathogène extrêmement dangereux. Cet incident, qui aurait pu tourner à la catastrophe pour les soldats américains et, surtout, pour la population coréenne, relance le débat sur l'Accord sur le statut des forces accordant aux forces américaines stationnées en Corée du Sud des privilèges exorbitants au mépris de la souveraineté de la Corée du Sud et de la sécurité de sa population.

Bacille du charbon (bacillus anthracis)

Bacille du charbon (bacillus anthracis)

D'après un rapport du commandement des Forces américaines en Corée du Sud (United States Forces Korea, USFK), rendu public le 28 mai 2015, un échantillon de bacille du charbon utilisé pour un test sur la base aérienne d’Osan (35 km au sud de Séoul), s'est avéré être actif, provoquant l'intervention du personnel d'urgence et la destruction de l'échantillon incriminé le 27 mai.

Le bacille du charbon (bacillus anthracis) est une bactérie à l'origine d'une maladie infectieuse aiguë appelée maladie du charbon (en anglais : anthrax), fatale dans 95 % des cas. Le bacille du charbon est utilisable comme arme bactériologique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la dispersion de 100 kg de cet agent pathogène à basse altitude au-dessus d'une grande ville pourrait tuer de un à trois millions de personnes.

Le commandement de l'USFK a déclaré que l'examen des 22 personnes ayant participé au test n'a révélé aucun signe d'infection, que le public n'a été exposé à aucune menace et que le gouvernement sud-coréen a été informé dès le 27 mai du caractère actif de l'échantillon de bacille du charbon manipulé sur la base d'Osan. Mais l'USFK n'a pas précisé si les autorités sud-coréennes avaient été informées au préalable de cette expérience bactériologique et de l'entrée d'un échantillon de bacille du charbon sur le territoire sud-coréen.

A la suite de la révélation de l'incident de la base d'Osan, la presse et la société civile sud-coréennes s'interrogent sur les conséquences de possibles accidents provoqués par la manipulation d'armes biologiques ou chimiques par l'armée américaine sur le territoire sud-coréen. Les Etats-Unis stationnent toujours 28 500 soldats en Corée du Sud et conservent le contrôle opérationnel (OPCON) de l'armée sud-coréenne en temps de guerre.

Dès l'incident du 27 mai connu, l'organisation civique sud-coréenne Solidarité populaire pour une démocratie participative (fondée en 1994), déjà mobilisée en 2008 contre les importations de viande bovine des Etats-Unis présentant une menace pour la santé publique en Corée du Sud, a interpelé le gouvernement :

Il s'agit d'une question ayant un impact direct sur la vie des gens et le gouvernement sud-coréen doit dire publiquement s'il était informé de l'entrée de bacille du charbon dans le pays, si de telles armes de destruction massive biologiques et chimiques ont été introduites dans le passé, et si les mesures gouvernementales de quarantaine et de contrôle ont été suffisantes au cours du processus d'importation.

Au cours d'une réunion sur la sécurité en Asie tenue à Singapour le 30 mai, soit deux jours après l'annonce de l'incident du 27 mai, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a présenté au ministre sud-coréen de la Défense Han min-koo des excuses pour l'introduction en Corée du Sud de bacille du charbon actif par l'armée américaine et a promis de prendre les mesures pour empêcher qu'un tel incident se reproduise.

A l'origine, les Etats-Unis n'avaient pas prévu d'aborder l'affaire du bacille du charbon au cours de la réunion de Singapour. Ce n'est qu'après que la partie sud-coréenne a fait part de la colère du public suite à l'annonce de l'incident du 27 mai que la partie américaine a décidé d'ajouter cette question à l'ordre du jour et d'exprimer ses regrets. En fait, l'administration américaine paraît surtout s'inquiéter que cet incident provoque un conflit avec l'allié sud-coréen et que se réveille en Corée du Sud un sentiment anti-américain latent, comme en 2002 lorsque deux écolières sud-coréennes furent écrasées par un blindé de l'armée américaine au cours de manœuvres.

L'administration américaine n'a pas expliqué pourquoi et comment l'incident du 27 mai a pu arriver, ce qui, outre leurs excuses tardives, peut faire douter de la sincérité des autorités américaines et de leur volonté de donner davantage d'informations, comme l'a relevé le quotidien sud-coréen Hankyoreh. Des citoyens et organisations sud-coréens exigent que les Etats-Unis exposent tous les détails du processus qui a permis à du matériel biologique dangereux d'être expédié jusqu'en Corée du Sud.

Il est d'autant plus urgent d'évaluer le niveau des renseignements partagés entre les gouvernements américain et sud-coréen au sujet des armes biologiques et chimiques détenues par les forces des Etats-Unis stationnées en Corée du Sud que, selon le quotidien Hankyoreh, un responsable du gouvernement sud-coréen a déclaré le 31 mai que les armées américaine et sud-coréenne ne s'informent pas de leurs exercices militaires respectifs, suggérant que les forces des Etats-Unis en Corée du Sud n'ont pas prévenu les autorités sud-coréennes de leurs expériences sur le bacille du charbon.

Pour empêcher la répétition d'un tel incident, il apparaît nécessaire de réviser l'Accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement, SOFA) signé par la Corée du Sud et les Etats-Unis. En effet, un bon moyen d'empêcher l'armée américaine d'introduire du matériel dangereux en Corée du Sud et d'y développer des armes biologiques serait que les douanes sud-coréennes puissent inspecter les chargements destinés aux forces américaines stationnées dans le pays, ce qu'interdit l'article 9 du SOFA.

Sur les trois pays comptant le plus de soldats américains sur leur territoire – la Corée du Sud, le Japon et l'Allemagne -, la Corée du Sud est même le seul pays où les Etats-Unis n'ont pas à informer ou discuter avec les autorités locales d'un changement dans leurs systèmes d'armes ou dans le niveau de leurs troupes ou de l'importation d'armes dangereuses. 

Une autre question est de savoir si les Etats-Unis ont violé la loi internationale en expédiant dans un autre pays du matériel biologique dangereux utilisable à des fins militaires. Selon Jeong Uk-sik, président de l'organisation sud-coréenne Peace Network, cité par le Hankyoreh : « Il est possible que le seul fait que les Etats-Unis ont déplacé du bacille du charbon, lequel est utilisé comme arme biologique, vers un autre pays puisse enfreindre la Convention sur les armes biologiques. »

Manifestation d'organisations civiques sud-coréennes devant l'ambassade américaine à Séoul le 29 mai 2015

Manifestation d'organisations civiques sud-coréennes devant l'ambassade américaine à Séoul le 29 mai 2015

Face à l'inquiétude de la population et aux questions restées sans réponse (Quelle quantité de bacille du charbon est en cause dans l'incident de mai 2015? Le bacille du charbon a-t-il déjà introduit en Corée du Sud et, si oui, combien de fois?), l'USFK a tenté de restaurer le calme en déclarant le 29 mai qu'une telle expérience impliquant des agents biologiques ou chimiques avait eu lieu « pour la première fois » en mai 2015. Mais apparaissent aussi des preuves que les forces américaines en Corée du Sud y ont installé un laboratoire pour l'étude du bacille du charbon depuis au moins 1998, ce qui fait légitiment craindre que des incidents comparables soient déjà arrivés.

D'après le ministère sud-coréen de la Santé et du Bien-être, qui a publié le 29 mai les résultats de son enquête sur l'incident, l'échantillon de bacille du charbon a été livré à la base aérienne d'Osan quatre semaines plus tôt, soit dès début mai, par la société FedEx. L'échantillon comprenait des spores contenus dans 1 ml de liquide congelé et protégé par une triple paroi. Il a été décongelé le 21 mai en vue d'être utilisé dans de nouveaux équipements destinés à l'analyse de l'ADN par réaction en chaîne par polymérase dans le cadre d'un « programme intégré d'évaluation des menaces » mené par l'armée américaine en Corée du Sud.

Ce n'est que le 27 mai que l'USFK a été informé par le département de la Défense des Etats-Unis de la possibilité que l'échantillon de bacille du charbon livré soit actif. C'est à ce moment qu'une équipe d'intervention d'urgence est entrée en action et que l'échantillon a été détruit.

Or, selon la chaîne de télévision américaine ABC, le laboratoire sur les armes biologiques et chimiques de Dugway, dans l'Utah, à l'origine de l'envoi de l'échantillon de bacille du charbon à la base d'Osan, a expédié un autre échantillon à un laboratoire privé américain situé le Maryland, lequel a découvert dès le 22 mai que le bacille du charbon contenu dans cet échantillon était actif et a immédiatement averti le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies des Etats-Unis.

Les organisations civiques sud-coréennes posent donc la question : Pourquoi le département de la Défense des Etats-Unis n'a pas immédiatement averti les forces américaines stationnées en Corée du Sud du caractère éminemment dangereux de l'échantillon reçu début mai et a attendu cinq jours pour le faire ?

Elles accusent également le gouvernement sud-coréen et le parti au pouvoir de faiblesse dans une affaire qui a mis en péril la vie des citoyens sud-coréens.

Le 1er juin 2015, le gouvernement sud-coréen et le Parti Saenuri au pouvoir ont déclaré vouloir tenir en juillet une réunion conjointe du comité sur l'Accord sur le statut des forces avec les Etats-Unis. Cette annonce a eu lieu après une réunion tenue à l'Assemblée nationale sud-coréenne, consacrée aux contre-mesures à prendre face au syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Middle East Respiratory Syndrome, MERS) qui a déjà fait plusieurs victimes en Corée du Sud.

Après la réunion, le vice-ministre de la Défense Baek Seung-joo a livré un rapport sur l'incident du bacille du charbon aux députés du principal parti d'opposition, la Nouvelle alliance politique pour la démocratie (NAPD). Au cours de la réunion, le dirigeant de la NAPD Moon Jae-in a appelé à une action rapide de la part de l'administration :

Ils doivent prendre des mesures tout de suite en créant une commission conjointe conformément au SOFA et en permettant à une équipe conjointe entre la Corée du Sud et les Etats-Unis de commencer une enquête. Nous devons aussi envisager une révision des termes du SOFA afin que notre administration dispose d'assez d'informations à l'avance.

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis introduisent ou utilisent des armes de destruction massive sur le territoire coréen.

Les Etats-Unis sont soupçonnés d'avoir utilisé des armes biologiques contre des populations civiles pendant la Guerre de Corée (1950-1953), grâce notamment au « recyclage » de criminels de guerre japonais.

Toujours pendant la Guerre de Corée, la supériorité technologique des Etats-Unis, combinée à la peur de basculer dans une guerre mondiale où seraient intervenus les Soviétiques et les Chinois, a failli avoir comme conséquence l'utilisation par les Américains de l'arme atomique, après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki en 1945.

Des documents américains déclassifiés indiquent que, de 1958 à 1991, les Etats-Unis ont déployé des centaines de têtes nucléaires dans le sud de la péninsule coréenne - un maximum ayant été atteint en 1967, date à laquelle on comptait 950 têtes nucléaires. Si, depuis 1991, l'armée américaine affirme avoir retiré toutes ses armes nucléaires du sol coréen, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) exige toujours une réciprocité américaine, vérifiable, dans le cadre des accords de dénucléarisation de la péninsule coréenne - alors que les inspections de l'Agence internationales de l'énergie atomique visent le seul programme nord-coréen qui porte sur un nombre d'armes très inférieur à celui des armes déployées par l'armée américaine pendant plus de trois décennies.

En 1997, il fut aussi révélé que les troupes américaines stationnées en Corée du Sud étaient équipées de munitions à l'uranium appauvri, des armes qui avaient provoqué une contamination à la radioactivité en Irak où elles avaient été utilisées pendant la guerre du Golfe. A l'époque, l'USFK avait commencé par nier être en possession de telles munitions avant d'admettre en disposer mais sans les avoir jamais utilisées en Corée.

Les militaires américains en Corée du Sud, grands possesseurs - voire utilisateurs - d'armes de destruction massive, au mépris de la souveraineté du pays qui les accueille et de la sécurité de ses citoyens ? Certainement. Mais le plus inquiétant dans cette affaire réside peut-être dans l'apparente inaction des autorités sud-coréennes actuelles.

 

Sources :

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 12:10

Le 9 mai 2015, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que la RPDC avait procédé au succès au lancement d'un nouveau missile mer-sol balistique stratégique (MSBS, acronyme anglais SLBM) baptisé Polaris (Etoile polaire), sur l'initiative personnelle du Maréchal Kim Jong-un, commandant suprême de l'Armée populaire de Corée (APC), qui a assisté à l'opération. Cité par KCNA, le dirigeant suprême nord-coréen a souligné que la RPDC disposait désormais d' "une arme stratégique de niveau mondial capable de frapper et d'annihiler dans toutes les eaux les forces hostiles empiétant sur la souveraineté et la dignité (de la RPDC) ainsi que de mener des opérations sous-marines". Comme le souligne un article de The Diplomat (intitulé : "Première : la Corée du Nord a testé un MSBS Polaris 1", chapeau : "Pour la première fois, la Corée du Nord  a testé ses MSBS, soulevant des inquiétudes régionales"), que nous avons traduit de l'anglais ci-après, et dont les analyses n'engagent que The Diplomat. Selon l'auteur de l'article, Ankit Panda, la RPD de Corée progresserait vers la constitution d'une composante navale de sa force de dissuasion nucléaire, et confirme son avance sur la République de Corée (Corée du Sud) dans le domaine balistique. Si les néo-conservateurs ont dénoncé une violation des sanctions des Nations Unies prohibant les activités nucléaires militaires et balistiques de la RPDC, les Etats-Unis ont réagi avec prudence, au moins dans un premier temps, appelant Pyongyang à s'abstenir d'initiatives de nature à entraîner une aggravation des sanctions. Plutôt que d'enclencher un nouveau cycle de sanctions qui ont prouvé leur inefficacité pour enrayer les progrès militaires de la RPDC, Washington pourrait reconsidérer son approche de la question coréenne, alors que les médias américains ont évoqué le fait, après le lancement du missile Polaris, que les Etats-Unis auraient envisagé une reprise du dialogue.

La Corée du Nord a lancé avec succès un nouveau missile balistique sous-marin "Polaris 1"

Kim Jong-un ne pouvait pas se rendre à Moscou pour célébrer le Jour de la Victoire de la Russie dans la Seconde guerre mondiale et il a fait ce qu'il pouvait faire sinon de mieux (NdT : la Russie espérait la visite du Maréchal Kim Jong-un pour les célébrations, le 9 mai, de la fin de la Seconde guerre mondiale, mais le ministère des Affaires étrangères de la RPDC a finalement indiqué que le Premier secrétaire du Parti du travail de Corée était retenu en Corée pour des motifs internes au pays ; c'est le Président du Praesidium de l'Assemblée populaire suprême, Kim Yong-nam, qui a représenté la RPDC aux cérémonies) : superviser le premier essai d'un missile mer-sol balistique stratégique (MSBS). La voix officielle du régime, l'Agence centrale de presse coréenne (Korean Central News Agency, KCNA), a observé que Kim Jong-un avait regardé le MSBS nord-coréen Bukkeukseong-1 (“Polaris-1”) "s'élancer vers le ciel".

Comme le montrent les quelques images précises publiées par KCNA, l'apparence du missile rappelle les MSBS russe R-27 et serbe SS-N-6, et il serait constitué d'un seul étage, pour permettre le stockage du combustible liquide. En première analyse, les images de KCNA apparaissent authentiques et n'avoir été trafiquées d'aucune manière.

Ni KCNA, ni les sources secondaires n'ont vérifié la localisation de la base de lancement du missile. KCNA a souligné que le lancement avait été effectué loin des terres. Dans les images diffusées par l'agence, Kim Jong-un apparaît suivre le lancement depuis le pont d'un bateau. L'agence de presse sud-coréenne Yonhap émet l'hypothèse que le lancement aurait eu lieu vendredi (NdT : 8 mai) au large des chantiers navales situés au Sud du port nord-coréen de Sinpo, installés sur la côte Est du pays (d'après l'analyse des images satellitaires, Sinpo est largement considérée comme le site de recherche et de développement des MSBS de la Corée du Nord). 

La tir marque une étape décisive dans le programme engagé par la Corée du Nord pour moderniser et développer ses capacités offensives, en apportant la preuve des nets progrès réalisés par le régime vers la mise en place d'une capacité de frappe navale difficile à détecter. Selon Yonhap, si la Corée du Nord peut rendre opérationnels ses MSBS en termes de fiabilité et de précision, elle sera "en avance d'au moins une décennie sur le Sud". La marine sud-coréenne prévoit de déployer des MSBS d'ici 2030, sur six sous-marins de 3 000 tonnes.


Fondamentalement, si la Corée du Nord parvient à combiner ses MSBS avec des engins nucléaires,  elle pourrait former une composante navale de sa force de dissuasion nucléaire. D'après ce que l'on sait du programme d'armes nucléaires de la Corée du Nord, Pyongyang a miniaturisé avec succès des armes nucléaires.

Pour l'instant, les officiels sud-coréens regardent l'essai de vendredi comme concentré d'abord sur l'expulsion d'un MSBS. Un tel essai signifierait que l'efficacité du missile en termes de portée et de précision n'était pas son objectif premier. Les militaires nord-coréens étaient probablement plus intéressés par la capacité du Polaris-1 à franchir la surface de l'eau avec une poussée appropriée. Les officiels sud-coréens estiment que le missile a volé sur environ seulement 100 mètres au-dessus de la surface de l'eau.

Le Bukkeukseong-1 confirme les rapports antérieurs d'officiels américains, notamment de l'Amiral Cecil D. Haney qui dirige le commandement stratégique américain, que la RPDC a effectué des progrès concrets vers son premier MSBS. En fin d'année dernière, le Général Curtis Scaparrotti, commandant des forces américaines en Corée, a dit être convaincu que la Corée du Nord disposait de "la technologie nécessaire pour pouvoir effectivement affirmer qu'ils ont ce qu'ils disent avoir".  L'essai de vendredi ajoute foi à l'un et l'autre de ces affirmations. 

Source : traduction de l'anglais (AAFC-SB) de

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 17:42

Le 2 mai 2015, les médias de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont rendu compte de l'arrestation d'un étudiant sud-coréen de 21 ans, ayant le statut de résident permanent aux Etats-Unis (où sa famille s'est installée en 2001), Joo Won-moon (ou Won-moon Joo, si l'on suit l'usage américain de placer le nom de famille coréen, monosyllabique, après le prénom). Joo Won-moon est entré illégalement en RPD de Corée le 22 avril. Le 5 mai, Will Ripley, un journaliste américain de CNN, a interviewé Joo dans une vidéo filmée : l'étudiant a déclaré, par son geste, avoir voulu contribuer à l'amélioration des relations intercoréennes. Mais comment et pourquoi ?

Pourquoi l'étudiant sud-coréen Joo Won-moon est-il entré illégalement en Corée du Nord ?

Si des Sud-Coréens ou des Coréens américains ont déjà été arrêtés en RPD de Corée, c'est en général pour des motifs considérés comme portant atteinte à la sécurité publique - espionnage ou prosélytisme religieux. Une équipe de CNN actuellement en Corée du Nord a d'ailleurs rencontré deux autres Coréens arrêtés par les autorités nord-coréennes et accusés d'espionnage, Kim Kuk-gi et Choe Chun-gil. Les journalistes de CNN ont aussi demandé un entretien avec Jon Won-moon, que Will Ripley a pu interviewer à l'hôtel Koryo, à Pyongyang, en décrivant un jeune homme détendu et souriant. Ses conditions d'entrée et d'arrestation en RPDC apparaissent plus singulières.

Etudiant en commerce à l'Université de New York, Joo Won-moon est entré illégalement en RPDC le 22 avril en traversant à la nage le fleuve Yalu qui sépare la Chine et la Corée, après avoir franchi deux rangées de fil barbelé. Il a poursuivi son chemin à travers champs avant d'être arrêté par des soldats nord-coréens. Contrairement à d'autres Coréens ayant pénétré sans autorisation sur le territoire nord-coréen, il ne semble pas avoir cherché à se cacher ni à rencontrer d'autres Nord-Coréens. Il a d'ailleurs déclaré à CNN qu'il était prêt à se faire arrêter, conscient d'avoir gravement enfreint non seulement la loi nord-coréenne, mais plus généralement les règles de droit international.

Quand le journaliste Will Ripley lui a demandé les raisons pour lesquelles il était entré en Corée du Nord, Joo Won-moon a déclaré qu'il était conscient d'avoir commis un délit, mais qu'il espérait que cet incident créerait les conditions d'une amélioration des relations intercoréennes :

J'espérais que mon entrée, illégalement je le reconnais, pourrait entraîner quelque grand événement, avec l'espoir que cela aurait un effet positif sur les relations entre le Nord et le Sud [de la Corée] [...] Evidemment, je n'en suis pas encore totalement sûr, mais j'espère que je pourrai dire au monde comment un simple étudiant d'université a pu entrer illégalement en RPDC [...] et rentrer chez lui en sécurité grâce au traitement généreux de la RPDC.

Plusieurs éléments doivent être pris en considération pour apprécier cette réponse en évitant un jugement européo-centré : tout d'abord, l'impossibilité pour un Sud-Coréen d'avoir le moindre contact avec les Nord-Coréens en application de la loi de sécurité nationale. Dès lors, la curiosité qui a animé Joo Won-moon est celle de bien des Sud-Coréens, et sa volonté de voir puis de témoigner (alors qu'il n'est qu'un "simple étudiant") est compréhensible... dès lors qu'il sera libéré, ce dont il exprime ouvertement le souhait, ce qui ne fait d'ailleurs guère de doutes au regard des précédents et du caractère relativement limité de l'infraction commise par rapport à d'autres actes qualifiés de crimes dans le droit nord-coréen.

Mais plus fondamentale est l'idée, avancée par Joo Won-hoon, de créer un incident et d'amener ainsi à des discussions intercoréennes (à noter qu'à aucun moment ne sont évoquées les relations entre la RPDC et les Etats-Unis, bien que Joo ait le statut de résident permanent aux Etats-Unis). Le raisonnement est loin d'être absurde : à plusieurs reprises, les Etats-Unis ont dépêché à Pyongyang des émissaires de haut niveau - comme l'ancien Président Bill Clinton - pour obtenir la libération de leurs ressortissants, souvent coréens, arrêtés en RPDC (dans le cas de Bill Clinton, les journalistes Laura Ling et Euna Lee, elles aussi entrées illégalement en Corée du Nord). Et de fait, un canal de dialogue s'était ainsi instauré. Que cet exemple ait pu marquer Joo Won-hoon, qui vit aux Etats-Unis depuis quatorze ans, est probable, le jeune homme exprimant par ailleurs des marques de respect pour la République populaire démocratique de Corée (qu'il désigne toujours de son nom officiel).

Mais ce qui a valu pour les relations américano-nord-coréennes peut-il être transposé aux relations intercoréennes ? Il est permis d'en douter, tant les suspicions sont fortes de part et d'autre. Le gouvernement sud-coréen, en appelant à la libération immédiate de Joo Won-hoon, a dénoncé selon lui une pratique de Pyongyang contraire aux droits de l'homme, en n'ayant pas informé immédiatement de l'arrestation de Joo Won-hoon. Cette critique apparaît pourtant déplacée si l'on considère que les soldats sud-coréens, eux, n'ont pas hésité encore récemment à tuer certains de leurs compatriotes qui tentaient de gagner le Nord en fuyant le Sud.

Le New York Post a vu dans le geste de Joo un plaidoyer pour la paix ; certainement, mais plus basiquement l'étudiant a manifestement souhaité voir les deux gouvernements coréens discuter directement, le désir de réunification de leur pays animant les Coréens.

Interrogé enfin par Will Ripley sur ce le message qu'il souhaitait faire passer, Joo Won-hoon a eu un mot pour ses parents et ses proches, en soulignant qu'il était bien nourri, qu'il avait bien dormi et qu'il voulait s'excuser pour l'inquiétude qu'il leur donnait. Les autres étrangers arrêtés en Corée du Nord sont, de fait, bien traités. Ce qui nous semble toutefois le plus intéressant dans cette réponse est son caractère profondément coréen, dans  le respect des aînés et des parents. Si l'on veut comprendre Joo Won-hoon, il faut le considérer d'un point de vue coréen, et formuler avec lui le voeu que son geste, qui apparaît teinté d'idéalisme, puisse effectivement avoir un effet bénéfique sur les relations Nord-Sud.



Sources :

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 22:12

Le 29 avril 2015, le Premier ministre japonais Shinzo Abe s'est exprimé devant les deux chambres du Congrès américain. S'il a exprimé ses "condoléances" aux familles des soldats américains morts pendant la Seconde guerre mondiale, il ne s'est pas départi du nationalisme japonais le plus conservateur en évitant soigneusement toute expression d'excuses envers les victimes coréennes de la politique menée par l'impérialisme nippon - une position d'autant plus choquante qu'avait pris place, dans la tribune, Mme Lee Yong-soo, ancienne "femme de réconfort" - c'est-à-dire esclave sexuelle de l'armée japonaise. Alors que le Président américain Barack Obama a offert un dîner d'Etat à Shinzo Abe, ces égards protocolaires témoignent de l'attention privilégiée qu'accordent les Etats-Unis au Japon dans la région Asie-Pacifique. Ils ont aussi infligé un camouflet aux conservateurs sud-coréens qui prônent une alliance toujours plus étroite avec "l'allié" américain en faisant croire qu'ils pourraient ainsi obtenir un appui de Washington pour la reconnaissance des souffrances subies par le peuple coréen : les rapports américano - sud-coréens relèvent bien d'une relation de subordination , et non d'une alliance d'égal à égal.

Shinzo Abe devant le Congrès américain : un discours pas à la hauteur des attentes

Si les nationalistes japonais tendent à respecter l'adversaire américain qui les a vaincus lors de la Seconde guerre mondiale, ils n'ont pas les mêmes attentions à l'égard des pays qu'ils ont envahis et colonisés pendant le conflit, à commencer par la Corée, soumise au jour japonais dès 1905. Dans son discours devant le Congrès, Shinzo Abe s'est contenté de formules très générales ; pis, en réaffirmant qu'il s'en tenait aux positions traditionnelles du Gouvernement japonais, il a exprimé de la manière la plus claire possible qu'il n'entendait pas apporter le moindre infléchissement à une position fondée sur le déni, notamment en ce qui concerne le drame subi par les "femmes de réconfort", coréennes, chinoises et d'autres pays :

Après la guerre, nous nous sommes engagés sur un chemin, forts de sentiments de profonds remords à l’égard de la guerre. Nos actes ont fait souffrir les peuples des pays asiatiques (...) Je maintiendrai les positions exprimées par les anciens Premiers ministres à cet égard.

Ces propos ont suscité une levée de boucliers, notamment en Chine et en Corée.

Le ministère des Affaires étrangères de la République de Corée (Corée du Sud) a jugé ce discours "très regrettable", en soulignant qu'il contredisait les déclarations de principe du Japon sur la paix mondiale et le besoin d'établir des relations de confiance et d'harmonie entre les nations, comme l'a précisé le porte-parole du ministère Noh Kwang-il :

Le Gouvernement considère très regrettable le discours d'Abe au Congrès américain, qui aurait pu être un tournant pour la réconciliation et la coopération véritables avec les pays voisins avec une vision correcte de l'histoire et qui n’a pas manifesté une telle conscience ou présenté d’excuses sincères (...) Le Japon a déclaré dans le discours, afin de contribuer à la paix mondiale, qu’il faut établir des relations de confiance et d'harmonie avec la communauté internationale à travers la reconnaissance et la réflexion sincères sur l'histoire, mais son comportement va dans le sens contraire (...) Le Japon doit faire face à des faits liés à l'histoire de la colonisation et de l'invasion, à la violation cruelle des droits humains des victimes de l'esclavage sexuel, en ayant une vision historique correcte, et doit prendre le chemin de la réconciliation et de la coopération avec les pays voisins.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a tenu des propos encore plus acerbes, en estimant que l'absence d'excuses était une insulte faite aux victimes de l'esclavage sexuel de l'armée japonaise, et inscrivant cette prise de position dans l'alliance des autorités nippones avec les groupes révisionnistes japonais :

Ce ne peut être que l'œuvre de hooligans dépourvus de moralité et de conscience humaine, et de psychopathes dénués du sens commun le plus élémentaire.

Alors que des négociations avaient repris en 2014 entre le Japon et la RPD de Corée pour améliorer les relations bilatérales, les propos du Premier ministre Shinzo Abe enterrent toute perspective de progrès à court et moyen termes. Enfin, elles affectent négativement les relations nippo - sud-coréennes, que Washington cherche par ailleurs à renforcer pour étendre son influence et sa présence dans la région Asie-Pacifique.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 21:02

Le 25 avril est célébré en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme le jour de la fondation de l'Armée populaire de Corée (APC) : le 25 avril 1932, sous l'impulsion du futur Président Kim Il-sung, était ainsi créée l'Armée de guérilla populaire antijaponaise (AGPA) dans la lutte pour la libération de la Corée. Les commémorations du 83e anniversaire de la création de l'APC, en 2015, interviennent dans un contexte marqué par la durée et l'importance des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes en ce début d'année, d'une part, et des annonces (extérieures à la RPDC) quant au renforcement des capacités militaires nord-coréennes, d'autre part. Pour enrayer l'escalade, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) considère qu'il est plus que jamais urgent que les Etats-Unis et leurs alliés se réengagent dans une démarche de négociations, afin de désarmorcer les risques de conflit dans l'une des régions au monde où le spectre d'une nouvelle guère n'a jamais disparu - depuis la signature de l'accord d'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, le 27 juillet 1953, sans qu'aucun traité de paix n'ait été signé à ce jour.

Le Maréchal Kim Jong-un au sommet du Mont Paektu, lieu mythique de la guérilla antijaponaise, le 18 avril 2015

Le Maréchal Kim Jong-un au sommet du Mont Paektu, lieu mythique de la guérilla antijaponaise, le 18 avril 2015

Le 24 avril 2015, un rassemblement a eu lieu devant le Musée de la victoire dans la guerre de libération de la Patrie (qui désigne en RPDC la guerre de Corée), à l'occasion du 83e anniversaire de la fondation de l'Armée populaire de Corée. Le chef d'état-major Ri Yong-gil a rappelé le rôle du Président Kim Il-sung dans la lutte antijaponaise et la défaite qu'il avait imposée à l'impérialisme américain. Il a loué le rôle joué par le Dirigeant Kim Jong-il dans la conduite de la politique de Songun (donnant la priorité aux affaires militaires), ayant permis à la RPDC de devenir "une puissance militaire de rang mondial" et un Etat doté d'armes nucléaires.

Une délégation du Parti et de l'Etat, conduite par le Premier ministre Pak Pong-ju, s'est rendue au Palais mémorial du Soleil Kumsusan, où reposent le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il. Des délégations de civils et d'élus ont visité les unités militaires et pratiqué ensemble des sports et des jeux. Des hommages ont été rendus aux soldats tombés pendant la lutte antijaponaise et la guerre de Corée. Le 25 avril, des soirées dansantes ont été organisées à Pyongyang et dans les principales villes du pays.

Ces commémorations sont intervenues dans un contexte de renforcement des capacités militaires de la RPD de Corée. Selon le Wall Street Journal, des experts chinois auraient réévalué à la hausse l'arsenal nucléaire de la RPD de Corée, composé aujourd'hui de 20 têtes (contre 10 à 16 selon les estimations occidentales) et qui pourrait doubler d'ici fin 2016 par le développement de son programme d'uranium enrichi. Par ailleurs, lors d'une conférence de presse le 7 avril, l'amiral William E. Gortney, qui dirige le commandement de défense aérospatiale nord-américain (North American Aerospace Defense Command, NORAD), a déclaré que la RPDC avait la capacité d'installer une tête nucléaire sur ses missiles balistiques intercontinentaux KN-08.

Si ces déclarations, qui émanent de milieux proches des néo-conservateurs, visent évidemment à renforcer le pivot américain en Asie-Pacifique au moment où une pression est exercée sur Séoul pour qu'elle rejoigne le dispositif THAAD, elles traduisent aussi une prise de conscience de l'inefficacité de la politique de sanctions pour stopper les progrès des programmes balistiques et nucléaires nord-coréens. Au point que même le très atlantiste site Atlantico s'interroge sur la nécessité d'engager des négociations non plus sur le programme nucléaire nord-coréen, mais pour normaliser les relations de la RPDC :

Certains experts pensent que les efforts internationaux ne devraient pas tant se concentrer sur l'arrêt de l'enrichissement de l'uranium en Corée du Nord, mais devraient plutôt convaincre Pyongyang de normaliser les relations avec ses voisins.

http://www.atlantico.fr/pepites/arsenal-nucleaire-coree-nord-certainement-ete-estime-2110144.html

Peu importe qu'Atlantico sous-entende, contre l'évidence, que ce seraient les autorités nord-coréennes qui refuseraient de normaliser leurs relations diplomatiques. L'essentiel est que, derrière les formules de langage, transparaisse une évidence, soulignée de longue date par l'AAFC : l'objectif premier doit être de maintenir la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est, ce qui implique l'établissement de relations diplomatiques complètes entre, d'une part, la RPDC, et, d'autre part, les Etats-Unis, le Japon... et la France, seul pays de l'Union européenne, avec l'Estonie, à ne pas avoir entièrement normalisé ses relations avec Pyongyang. Du gel par la RPDC de ses programmes balistiques et nucléaires (comme elle l'a proposé à plusieurs reprises) aux discussions visant à la conclusion d'un traité de paix remplaçant l'accord d'armistice de 1953, en passant par l'instauration de mécanismes de sécurité collective, des engagements de non-prolifération, la levée progressive des sanctions contre la RPDC et des mesures mutuelles de désarmement, le champ des négociations est largement ouvert pour mettre fin à l'escalade militaire en cours et engager un cycle vertueux de discussions, qui jette ainsi les bases de la restauration d'un climat de confiance entre les différentes parties.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 21:20

THAAD, acronyme de Terminal High Altitude Area Defense, désigne un système de missiles antibalistiques américain en service depuis 2008, consistant à détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire en phase finale d'approche  en s'écrasant contre eux (hit-to-kill). Aujourd'hui, les Etats-Unis envisagent clairement le déploiement de THAAD dans la péninsule coréenne, officiellement pour contrer la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en réalité pour s'opposer à la Chine et à la Russie. Si ce projet venait à se concrétiser il entraînerait une course aux armements dont les Coréens feraient les frais les premiers. C'est pourquoi, attachée à la paix et à la sécurité dans une zone où un traité de paix n'a jamais clos les combats de la guerre de Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne s'oppose fermement à toute perspective de déployer THAAD dans la péninsule coréenne.

Schéma d'un missile du système THAAD

Schéma d'un missile du système THAAD

Y aura-t-il bientôt des missiles THAAD en Corée du Sud ? A la veille de sa visite en Asie, Ashton Carter, secrétaire américain à la Défense, est intervenu devant un parterre républicain où il n'a pas fait mystère de ses "préoccupations" vis-à-vis de la Chine, même si officiellement son discours parlait également d'améliorer la "compréhension" mutuelle entre Washington et Pékin, en déclarant ainsi à propos de la Chine :

"L'opacité de son budget de défense, ses agissements dans le cyber-espace, et son comportement [dans les conflits territoriaux en mer de Chine] soulèvent une série de questions sérieuses. [...] Mais il y a des opportunités [pour] améliorer la compréhension [et] réduire le risque."


Mais si "risque" il y a, c'est bien celui d'une course aux armements et d'une escalade que souhaitent ardemment les faucons démocrates comme M. Ashton Carter. Ainsi que l'a souligné l'agence de presse chinoise Xinhua, "M. Carter, qui a pris ses fonctions en tant que secrétaire américain à la Défense en février, est connu pour être un fervent défenseur de la défense anti-missile" THAAD.

Le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), cité par l'agence nord-coréenne KCNA, a souligné que, face au risque que faisait courir le déploiement des missiles américains dans la péninsule dans un contexte déjà lourd de menaces au moment de la conduite des exercices militaires américano-sud-coréens, l'Armée populaire de Corée n'avait d'autre choix que de renforcer ses capacités de défense, ce qui a ainsi pour effer d'éloigner toute perspective de règlement du contentieux nucléaire en Corée :
 

"Plus les Etats-Unis et leurs fantoches en Corée du Sud recourent fébrilement aux exercices militaires et accumulent les armements visant la République populaire démocratique de Corée, plus cette dernière consolidera ses forces d'endiguement afin de leur faire face. [...] En déployant le système (THAAD), les Etats-Unis veulent parachever leurs préparatifs pour faire une frappe préventive sur la Corée du Nord et créer des conditions favorables pour supprimer la Chine et la Russie, leurs adversaires stratégiques."


Toujours lors de sa récente conférence devant l'Institut universitaire John McCain, Ashton Carter a exprimé en termes très clairs la concentration de la puissance militaire américaine dans la région Asie-Pacifique : "contribue(r) à créer les bonnes incitations et conditions pour encourager la Chine à respecter les règles de l'ordre international." Il s'agit bien d'exercer une pression militaire sur la Chine, accusée de perturber l'ordre mondial sous domination américaine.

Face aux déclarations menaçantes d'un secrétaire américain à la Défense autant en phase avec les faucons néo-conservateurs, Alexandre Timonin, ambassadeur russe en Corée du Sud, a exprimé ouvertement ses inquiétudes dans un entretien donné à l'agence de presse sud-coréenne Yonhap :

"La volonté des Etats-Unis de déployer le système THAAD sur le sol sud-coréen pose des menaces à la sécurité non seulement de la Russie mais aussi de toute la région."


Face aux appétits guerriers de l'administration Obama, les autorités sud-coréennes temporisent en déclarant qu'aucune décision n'a été prise concernant le déploiement de missiles THAAD dans la péninsule. Mais ces propos reflètent-ils sincèrement des interrogations au sein du camp conservateur ? Ne faut-il pas plutôt y voir un double langage destiné à abuser la Chine et la Russie ? Car les députés du parti Saenuri (au pouvoir), plaident déjà, quant à eux, pour le déploiement de THAAD, en s'opposant ainsi aux démocrates qui ne veulent pas faire de la Corée une nouvelle fois le champ de bataille des rivalités entre grandes puissances.

En janvier dernier, le Président Obama se révélait partisan des choix néo-conservateurs d'une stratégie inspirée de la poliorcétique pour abattre la RPD de Corée. Les conservateurs sud-coréens, en ayant fait de la subordination aux Etats-Unis leur ligne de conduite diplomatique et militaire, se retrouvent entraînés dans les choix bellicistes de la puissance américaine à laquelle ils ont aliéné leur sécurité, quels que puissent être les intérêts propres des Sud-Coréens. 


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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 23:03

Le 26 mars 2010, le Cheonan, corvette de la marine sud-coréenne, sombrait au large de l'île de Baegnyeong, à l'ouest de la péninsule coréenne, entraînant la mort de 46 marins. Suite à ce naufrage, sur la base d'une enquête controversée attribuant à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) la responsabilité du drame du 26 mars, le gouvernement sud-coréen a pris des sanctions à l'encontre de la RPDC, malgré les dénégations de cette dernière. Ces sanctions ont porté le coup le plus sévère au dialogue intercoréen après l'arrivée au pouvoir des conservateurs en 2008 en Corée du Sud. Cinq ans après le naufrage du Cheonan, il apparaît plus urgent que jamais de rouvrir l'enquête pour établir de manière incontestable les causes réelles du naufrage du Cheonan. La thèse dite de la torpille nord-coréenne est en effet de plus en plus contestée, et pas seulement par la Corée du Nord.

Emplacement du naufrage du "Cheonan" le 26 mars 2010

Emplacement du naufrage du "Cheonan" le 26 mars 2010

Pour élucider les causes du naufrage de la corvette Cheonan, le 26 mars 2010, le gouvernement sud-coréen a mis en place un groupe d'enquête principalement composé d'experts civils et militaires de Corée du Sud et des Etats-Unis auxquels se sont joints ceux de deux pays alliés (l'Australie et le Royaume-Uni) et d'un pays neutre (la Suède). Dès le 20 mai 2010, le rapport intermédiaire du groupe d'enquête (confirmé le 13 septembre suivant) a imputé le naufrage du 26 mars à une torpille nord-coréenne, des accusations aussitôt rejetées par la RPD de Corée.

Sur la base des conclusions du rapport d'enquête intermédiaire, le gouvernement sud-coréen a pris le 24 mai 2010 des mesures de rétorsion contre la RPDC : reprise de la diffusion de messages de propagande par tracts et par haut-parleurs à la frontière avec le Nord, manœuvres sous-marines conjointes avec les Etats-Unis en mer de l'Ouest, fermeture du détroit de Jeju (extrême sud de la péninsule coréenne) aux navires nord-coréens, suspension des relations commerciales avec la RPDC, arrêt de tout investissement en RPDC, et restriction des contacts entre Coréens du Sud et du Nord. Ce sont ces mesures qui ont porté le coup le plus grave aux déclarations Nord-Sud pourtant signées au plus haut niveau des deux Etats coréens le 15 juin 2000 et le 4 octobre 2007.

A la veille du cinquième anniversaire du naufrage du Cheonan, le département politique de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée a tenu à exposer, le 24 mars 2015, ce qui reste la position de principe de la RPDC à l'égard des "mesures du 24 mai" consécutives à un naufrage "qui ne la concerne en rien":

 

"[...] Premièrement, nous ne modifierons pas notre position selon laquelle le Sud doit immédiatement lever les sinistres 'mesures' qu'il a concoctées sous le prétexte absurde de l'affaire du naufrage du navire de guerre Cheonan, sans perdre de temps. Ces 'mesures' s'appuient sur la fiction d'une 'implication du Nord dans le naufrage'.

L'absence de fondements justes rend ces mesures déraisonnables.

Deuxièmement, le Sud devrait clairement comprendre qu'exiger des 'excuses' et une 'expression de regrets' comme préalable à la levée des 'mesures' est un sophisme qui ne pourra jamais fonctionner.

Si quelqu'un demande au Nord de 's'excuser' pour lever les 'mesures', cela sera considéré comme une intolérable moquerie à l'égard de la RPDC et une déclaration de confrontation avec elle.

Si les autorités sud-coréennes souhaitent réellement une amélioration des relations Nord-Sud, elles doivent garder à l'esprit que la première chose à faire est de lever les 'mesures'.

Troisièmement, la RPDC maintient sa position selon laquelle l'enquête doit, si nécessaire, être immédiatement rouverte pour établir de manière scientifique la vérité sur ce naufrage qui a abouti à ces sinistres 'mesures', même si cela arrive tardivement.

Si les autorités sud-coréennes souhaitent réellement le règlement de cette question, elles doivent avoir le courage de prendre la décision d'accepter toutes les propositions faites par la RPDC pour régler l'affaire concernant le naufrage.

Si elles considèrent qu'il est difficile de répondre aux propositions de la RPDC, elles peuvent juste apporter à Panmunjom [dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée], ou à tout autre endroit convenu, les matériaux et preuves liés au naufrage pour seulement laisser la RPDC livrer ouvertement au monde la vérité au sujet de cette affaire. […]"

 

Les "mesures du 24 mai" n'ont jamais été remises en question par les autorités de Séoul après 2010, malgré les doutes croissants sur la version américano-sud-coréenne d'une implication de la Corée du Nord dans le naufrage du Cheonan, doutes exprimés, dès la publication des résultats de l'enquête officielle, par, entre autres, les experts de la marine russe qui ont eu accès aux "preuves" avancées pour accuser la RPDC, par des scientifiques indépendants et même par un ancien membre du groupe officiel d'enquête.

A la suite de l'exposé du 24 mars 2015 de la "position de principe" de la Commission de la défense nationale, la mission de l'Armée populaire de Corée (du Nord) à Panmunjom a accusé les Etats-Unis d'avoir "monté l'affaire du naufrage du navire de guerre Cheonan et d'en avoir abusé pour intensifier leur politique hostile à l'égard de la RPDC":

"[… Le naufrage du Cheonan] a été orchestré par les Etats-Unis avec la sinistre intention de garder le contrôle de la Corée du Sud et du Japon, de les utiliser comme une brigade de choc dans la réalisation de leur ambition de domination mondiale et d'intensifier les actions visant à isoler et étouffer la RPDC après avoir trouvé des justifications pour un renforcement militaire dans la région. [...]"

 

La mission de l'Armée populaire de Corée cite notamment des experts de la marine russe selon lesquels le Cheonan pourrait avoir été coulé par un "tir ami", à savoir une torpille lancée depuis un sous-marin à propulsion nucléaire américain. La possibilité de la présence d'un sous-marin de grande taille à proximité du Cheonan le 26 mars 2010 a été évoquée à plusieurs autres reprises, notamment en novembre 2014 dans une étude scientifique publiée dans la revue Advances in Acoustics and Vibration.

De fait, le naufrage du Cheonan a constitué pour les Etats-Unis un événement tombant de manière très opportune pour justifier un renforcement de leur présence militaire dans la zone Asie-Pacifique, conformément à la stratégie dite du pivot asiatique, dans le cadre d'une politique d'encerclement de la Chine identifiée depuis le début des années 2000 comme le principal adversaire stratégique.

 

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 22:18

Depuis un quart de siècle des auteurs très savants ont prédit la fin imminente de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite à la disparition de l'URSS et des démocraties populaires d'Europe de l'Est. Depuis un quart de siècle les faits ont démenti leurs pronostics. Malgré leur persistance dans l'erreur leur influence est grande, puisqu'ils exercent une influence notable dans les politiques occidentales vis-à-vis de la RPD de Corée : la conclusion d'un accord sur le nucléaire nord-coréen après 1994 n'avait-elle pas été motivée, côté américain, par la croyance qu'il ne serait jamais appliqué, la RPD de Corée étant alors vue comme vouée à une mort non moins imminente que certaine ? Alors que le réalisme conduirait à prendre en compte la situation actuelle et les opportunités d'un dialogue avec Pyongyang pour sortir de la crise internationale sur la question coréenne, le renforcement continu des sanctions internationales ne vise-t-elle pas principalement, sinon exclusivement, à créer les conditions d'un effondrement, tant désiré par les partisans du plus vieil embargo au monde - alors même que cette politique n'a pas atteint l'objectif qu'elle prétend poursuivre, à savoir endiguer les progrès des programmes nucléaires et balistiques de la RPD de Corée ? Comme l'a montré Aidan Foster-Carter dans un article publié sur le site 38 North, une interview donnée par le Président Obama pour Youtube a été d'une clarté sans précédent quant à la politique nord-coréenne de l'administration américaine : Barack Obama s'est révélé être un adepte de la théorie de l'effondrement (collapsism) de la Corée du Nord, et il aussi avoué que sa politique de "patience stratégique" visait bien, en réalité, à préparer un changement de régime - par d'autres moyens qu'une intervention militaire. Mais, comme il ne le précise pas, cette dernière option est exclue principalement par les capacités militaires, notamment dans le domaine nucléaire, de la Corée du Nord : si Pyongyang acceptait le désarmement unilatéral que veulent lui imposer les Etats-Unis et leurs alliés, elle n'en serait que plus affaiblie face à l'objectif américain constant de provoquer un changement de régime, suivant la politique suivie en Irak, en Libye ou en Ukraine.

Barack Obama se révèle un adepte de la théorie de l'effondrement de la Corée du Nord

Aidan Foster-Carter cite des extraits très éclairants de l'interview donnée par le Président Obama, qui a toujours accordé une grande importance à Internet comme média et qui, de même, considère que c'est d'Internet - notamment - que viendra le changement de régime à Pyongyang qu'il appelle de ses voeux. Tout d'abord, il définit la République populaire démocratique de Corée comme

"[...] la nation la plus isolée, la plus sanctionnée, la plus coupée du reste du monde… La forme d'autoritarisme qui existe là-bas, vous ne pouvez la reproduire nulle part ailleurs. Elle est brutale et oppressive, et par conséquent le pays ne peut même pas nourrir sa propre population [...] Avec le temps vous verrez un régime comme celui-là s'effondrer."


Peu importe que le lien établi par le Président Obama soit pour le moins douteux entre un régime politique, quel qu'il soit, et la situation alimentaire du pays gouverné - faisant par ailleurs l'objet d'une appréciation erronée, révélant l'ignorance de son auteur, puisque la RPD de Corée a pratiquement retrouvé l'autosuffisance alimentaire en 2014. Peu importe également l'appréciation sur la soi disant exceptionnalité du régime nord-coréen (est-il fondamentalement si différent, dans sa structure, de la Chine de la période Mao Zedong ?). Ce qui compte, c'est l'aveu que la Corée du Nord est le pays le plus sanctionné au monde, car c'est bien tout l'objectif de l'actuelle politique nord-coréenne des Etats-Unis. Avec une idée qui relève de la croyance et explique tout : la Corée du Nord doit s'effondrer, affirme péremptoirement Barack Obama.

Mais continuons d'écouter le chef d'Etat américain :

"Nous continuerons d'augmenter la pression, mais une part de ce qu'il arrive est que [...] Internet, avec le temps, commence à pénétrer le pays [...] Et il est très difficile de maintenir cette forme de régime autoritaire dans le monde moderne. Les informations finissent par filtrer avec le temps et entraîner des changements, et c'est quelque chose que nous cherchons à accélérer de manière constante. "


Les politiques de subversion sont également une des constantes des stratégies américaines de changement de régime. Mais là encore Barack Obama pèche par croyance : d'une part, l'Intranet nord-coréen occupe l'essentiel de la place dévolue à Internet ; d'autre part, les informations extérieures n'ont jamais été aussi nombreuses en RPD de Corée, sans que ce flux de nouvelles n'ait produit les changements désirés par l'administration américaine. C'est aussi dans ce contexte qu'il faut comprendre ce que révèle le film The Interview, qui a été salué par le gouvernement américain - ainsi que l'a révélé le piratage de Sony - comme une superbe entreprise de propagande. Mais ce film, dont le ressort prétendument humoristique est du niveau de la pétomanie et de la blague anale, a davantage suscité une vague de consternation parmi les réfugiés nord-coréens à l'étranger - si bien que sa diffusion par ballon au Nord de la péninsule ne peut qu'entraîner les mêmes réactions de rejet des Nord-Coréens qui le verraient. Mais qu'importe : la bonne conscience américaine et occidentale aura été satisfaite.

En quelques phrases, le Président Barack Obama a multiplié les erreurs diplomatiques : il a reconnu la mauvaise foi des appels au dialogue avec la RPDC lancés par sa propre administration, à commencer par lui-même lorsqu'il feignait d'exhorter la RPDC à changer de cap et à "s'ouvrir" ; il a justifié implicitement les volontés de contrôle du réseau Internet par les autorités nord-coréennes ; enfin, il a placé dans l'embarras ceux qui, dans l'administration sud-coréenne, cherchent encore à empêcher que ne s'envenime une situation dont les Coréens, et pas les Américains, feraient les premiers les frais en cas de conflit.

Naguère, George W. Bush, après avoir classé la Corée du Nord parmi les pays de l'Axe du mal, avait fait machine arrière et renoué avec une politique de dialogue vis-à-vis de la RPDC. C'est une constante des administrations américaines successives de changer de pied à l'égard de la Corée du Nord après avoir établi le constat de l'échec de la seule approche du bâton. Mais concernant l'administration Obama, après six ans d'exercice du pouvoir les croyances sur le dossier nord-coréen apparaissent si profondément ancrées que l'on peut douter qu'une démarche plus rationnelle puisse un jour prévaloir.

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 22:06

Le 5 mars 2015, à Séoul, l'ambassadeur américain en Corée du Sud a été attaqué au couteau par un assaillant présenté comme le chef d'un groupe progressiste, Woori Madang, déjà condamné en 2010 à une peine de prison de deux ans (avec sursis) pour avoir lancé une pierre en direction de l'ambassadeur du Japon. Si cette attaque reste un geste isolé, elle vient rappeler le contentieux existant entre une large frange de l'opinion sud-coréenne et les États-Unis qui stationnent toujours près de 30 000 soldats dans le pays. Le 5 mars, ce contentieux a donc dégénéré de manière violente, au lendemain du début des exercices militaires américano-sud-coréens et de déclarations de la sous-secrétaire d'État américaine pour les affaires politiques, complaisantes à l'égard du révisionnisme historique des autorités japonaises actuelles. Les passions anti-américaines risquent encore de croître à l'approche du 70e anniversaire de la libération de la Corée et du début de sa division à l'initiative des États-Unis. La méfiance - pour ne pas dire plus - d'une partie des citoyens sud-coréens vis-à-vis des grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, est un phénomène suffisamment important et profond pour que le colonel Jiyul Kim, directeur des études asiatiques à l’US Army War College, y consacre, en 2005, un article dont l'Association d'amitié franco-coréenne propose ici une traduction. Si l'AAFC ne partage pas toutes les idées exprimées par le colonel Kim, elle souscrit pleinement à l'avertissement lancé il y a dix ans par cet officier de l'armée américaine : « Les Américains devraient se soucier de la ferveur émotionnelle qui accompagne aujourd’hui le débat public sur le passé en Corée du Sud notamment, mais pas seulement, au sujet de la période du colonialisme japonais et du rôle des États-Unis dans l’histoire de la Corée moderne, pendant la Guerre de Corée et la période de la dictature allant des années 60 au milieu des années 80. »

Manifestation le 9 mars 2009 à Seongnam, Corée du Sud, contre les manoeuvres américano-sud-coréennes "Key Resolve"/"Foal Eagle"

Manifestation le 9 mars 2009 à Seongnam, Corée du Sud, contre les manoeuvres américano-sud-coréennes "Key Resolve"/"Foal Eagle"

Le nationalisme pan-coréen, l’opposition aux grandes puissances et les relations entre les États-Unis et la Corée du Sud

Jiyul Kim*

Japan Focus - 13 décembre 2005

 

L’attention accordée généralement à la question nucléaire nord-coréenne semble avoir empêché un examen minutieux de la relation entre les États-Unis et la Corée du Sud alors que celle-ci entre dans une période de transition profonde.1 Les tendances et dynamiques actuelles de la politique sud-coréenne exigeront de reconsidérer les fondements de cette relation. On peut prévoir une mutation majeure des caractéristiques de cette alliance, spécialement de ses aspects miliaires. Cependant, une telle transformation ne doit pas être vue comme nuisant aux États-Unis.

Nouvelles idéologies de l’identité coréenne

Deux tendances idéologiques majeures sont en train de gagner du terrain en Corée du Sud, le nationalisme pan-coréen et l’opposition aux grandes puissances, ce qui amènera un changement significatif dans la position et les intérêts du pouvoir politique. Ces tendances ne sont pas nouvelles, mais ce qui les rend particulièrement fortes aujourd’hui est l’impact du changement de génération et du phénomène de « rupture historique », selon l’expression de Sheila Miyoshi Jager et Rana Mitter, résultat de la fin de la Guerre froide et de la démocratisation survenues toutes les deux presque simultanément en Corée du Sud à la fin des années 80.2

Le nationalisme pan-coréen et l’opposition aux grandes puissances sont étroitement associés à des notions d’identité et de nationalisme en pleine évolution. Ce sont des courants idéologiques soumis à des facteurs culturels comme le symbolisme de l’expérience historique ou, plus précisément, la mémoire de cette histoire. Ce qui arrive de nos jours dans la politique sud-coréenne est un combat qui tient autant au passé qu’à l’avenir.

Le nationalisme pan-coréen est le terme que j’utilise pour décrire le sentiment national coréen englobant le nord et le sud en Corée du Sud. L’opposition aux grandes puissances se réfère au désir des Coréens d’échapper à l’exploitation et la persécution, réelles ou perçues, de la part des grandes puissances, dont la péninsule coréenne a fait l’expérience depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Ces deux idées sont étroitement liées, mais la façon d’envisager ce lien et de l’exprimer en politique, basée sur la manière avec laquelle l’histoire est rappelée et devrait être rectifiée, a provoqué une profonde division entre jeunes et vieux. Le principal fossé entre générations s’est ouvert entre ceux qui se souviennent de la Guerre de Corée et les autres.

La jeunesse tend à imaginer et comprendre la situation de la péninsule après la Guerre de Corée en fonction du statu quo de l’après-Guerre froide dans lequel la Corée du Nord n’est plus l’agresseur malfaisant, mais tout aussi victime de la politique des grandes puissances. Cela a forgé une nouvelle terminologie, « conflit sud-sud » (nam-nam kaltung) décrivant la profonde division et désunion qui existe maintenant entre les jeunes, dont beaucoup embrasseraient et aideraient le Nord, et les vieux, qui adhèrent à la ligne anti-communiste et anti-Corée du Nord remontant à la Guerre de Corée. Il existe bien sûr des exceptions, par exemple l’apparition récente de la Nouvelle Droite qui rassemble des jeunes Coréens du Sud rejetant aussi bien la gauche jugée anti-démocratique et anti-capitaliste, que la droite traditionnelle jugée corrompue. Mais de telles exceptions ont encore peu de poids politique et restent relativement marginales.3

La Corée du Sud est donc dans une période de transition. La génération qui a suivi la Guerre de Corée a mûri et est prête à assumer la direction politique. L’élection de Roh Moo-hyun au poste de président en 2002 était dans une grande mesure le premier pas de cette transition. Ils rejettent par dessus tout le paradigme politique qui avait fonctionné auparavant sous l’égide de la Guerre froide et était fondé sur des liens intimes avec les États-Unis. Ils cherchent à réaliser le vieux rêve de parvenir à l’autodétermination, une Corée maîtresse de son sort et de sa destinée, une destinée prometteuse de grandeur. A leurs yeux, une telle destinée peut seulement s’affirmer grâce à une réunification pacifique.

Le nationalisme pan-coréen

La fin de la Guerre froide a excité des forces qui ont abouti à l’apparition de formes profondément modifiées de nationalismes dans toute l’Asie de l’Est. Chez les principaux protagonistes asiatiques de la Guerre froide, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Vietnam et Taïwan, la résurgence et la redécouverte de mémoires et de lectures du passé réprimées par les politiques de Guerre froide leur ont permis de retrouver une image plus libre et peut-être plus puissante d’eux-mêmes en tant que peuples et nations. Ce nouveau nationalisme a aussi lourdement pesé sur les relations non seulement entre eux, mais surtout avec les États-Unis, en raison du rôle prépondérant de ces derniers dans la défaite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale puis tout au long de la Guerre froide. Peu, si ce n’est aucun, des décideurs et intellectuels américains ne comprennent l’intensité et l’ampleur de cette mutation qui aura indubitablement de profonds impacts sur les relations des États-Unis avec l’Asie de l’Est. Tout comme l’année 1945 interrompit le cours précédent de l’histoire et fit entrer dans un nouvel ordre mondial, la fin de la Guerre froide a provoqué une rupture historique fondamentale qui génère maintenant une nouvelle logique de l’identité nationale et de nouvelles relations internationales.4 La globalisation contribue certainement à la nouvelle équation, mais la nouvelle forme du nationalisme est-asiatique a peut être une place tout aussi grande. Le monde de l’après-Guerre froide est paradoxal car il est davantage interconnecté grâce à la globalisation, mais a stimulé en même temps les particularismes et les nationalismes tournés vers l’intérieur fondés sur l’ethnie, la religion et d’autres bases culturelles.

Ce qui est remarquable en Asie de l’Est c’est que, sur le chemin de l’édification du nouvel ordre mondial, ce combat est autant un combat pour la résolution de l’histoire que pour l’avenir. La démocratisation de pays comme la Corée du Sud et Taïwan a rendu possible l’ouverture à la discussion et au débat public d’une histoire refoulée et réprimée durant la Guerre froide. Les Américains devraient se soucier de la ferveur émotionnelle qui accompagne aujourd’hui le débat public sur le passé en Corée du Sud notamment, mais pas seulement, au sujet de la période du colonialisme japonais et du rôle des États-Unis dans l’histoire de la Corée moderne, pendant la Guerre de Corée et la période de la dictature allant des années 60 au milieu des années 80. Il n’est pas fortuit que le Président Roh Moo-hyun ait pris pour thème principal de ses allocutions du Jour de la Libération d’août 2004 et 2005 le « nettoyage de l’histoire ».5 Pour Roh et beaucoup de ses collègues, l’histoire de la rivalité entre les grandes puissances et du conflit autour de la Corée est la cause principale des malheurs de la Corée que sont la colonisation, la division, la guerre, une modernité et un développement tortueux, et, peut-être plus que tout, d'être privée du pouvoir de choisir sa voie et sa destinée. Le résultat, tel que communément perçu, fut une souffrance incommensurable du peuple coréen victime de la colonisation, des guerres et des crimes des troupes d’occupation, et versant son sang au Vietnam en y en envoyant des soldats en échange de gains matériels.

Les premiers agents des tourments passés et contemporains de la Corée sont ainsi vus comme étrangers plutôt que nationaux, externes plutôt qu’internes. Le siècle d‘oppression et de soumission du peuple coréen pris à la fin du XIXe siècle dans le jeu des grandes puissances suivi par quarante années de colonisation japonaise, puis enfermé dans les polémiques et conflits de la Guerre froide par des dirigeants autoritaires et dictatoriaux, a créé une pression immense pour chercher à résoudre l’exploitation, l‘injustice et un sort de victime de l’histoire. Comprendre les conséquences politiques de ce mouvement est crucial pour comprendre l’avenir de la Corée du Sud, l’avenir de la péninsule coréenne et celui des relations entre les États-Unis et la Corée du Sud.

Le 15 septembre de cette année [2005], 55e anniversaire du débarquement d’Incheon qui a inversé le cours de la Guerre de Corée, une dispute couvant autour d’une statue relativement inoffensive du Général MacArthur à Incheon a éclaté en une confrontation violente opposant 4 000 Coréens du Sud voulant déboulonner la statue et 4 000 policiers anti-émeutes soutenus par un millier de citoyens partisans de la statue. Le mouvement pour déboulonner la statue de MacArthur qui avait débuté ce printemps par une petite campagne de citoyens s’est intensifié pour devenir une bataille symbolique entre les nouvelles et anciennes générations. Le mouvement anti-MacArthur est une branche d’un mouvement anti-américain plus large qui a identifié la statue comme symbole d’une des plus grandes trahisons américaines vis-à-vis de la Corée. Un dirigeant du mouvement expliquait ainsi le raisonnement : « Il est temps de réévaluer le rôle de MacArthur dans l’histoire. Si elle n‘était pas là pour lui, notre pays n’aurait pas été colonisé et divisé comme il l’a été. » En fait certains membres du groupe anti-MacArthur seraient prêt à croire que l’unification par la Corée du Nord aurait été une bonne chose et qu’elle a été tragiquement contrecarrée par l’intervention des États-Unis.6 Une telle position est aussi, bien sûr, un défi fondamental pour la légitimité de l’État sud-coréen que ces critiques voient essentiellement comme une colonie de l’Empire américain issu de la Guerre froide. Bien que cette opinion soit encore minoritaire, la position ambiguë du parti Uri au pouvoir indique qu’il est enclin à soutenir cette position révisionniste. C’est seulement la dernière manifestation publique d’un anti-américanisme croissant jugé si perturbant par le Congrès des États-Unis qu’il a adressé une lettre de protestation au Président Roh en lui offrant de déplacer la statue vers une place d’honneur à Washington.7

L’opposition aux grandes puissances

La conscience anti-américaine en Corée du Sud va grandissante. Bien qu’il ait existé dans les années de Guerre froide, ce sentiment, spécialement parmi les plus jeunes génération de l’après-Guerre de Corée, a fait brutalement irruption sur la place publique avec les révélations sur les accusations de massacres délibérés de civils perpétrés par les troupes américaines à Nogun-ri et dans beaucoup d’autres lieux pendant la Guerre de Corée. En 2002 la mort de deux jeunes filles renversées et tuées par un véhicule blindé américain pendant un exercice a provoqué des démonstrations de masse au cours desquelles des drapeaux américains furent brûlés. Dans le sillage de démonstrations si crues perçues par le Congrès des États-Unis comme une marque d’ingratitude de la part du peuple coréen, le Congrès ignorait en 2003 une résolution marquant le 50e anniversaire du Traité de sécurité mutuelle entre les États-Unis et la Corée du Sud tandis qu’il adoptait des résolutions pour reconnaître le 150e anniversaire des relations diplomatiques établies en 1853 entre les États-Unis et le Japon et le 25e anniversaire de l’Acte de relation avec Taïwan de 1979. Cette rebuffade du Congrès ne reçut que peu d’attention en Corée du Sud.8

L’anti-américanisme n’est qu’une partie d’un mouvement culturel plus large qui pourrait être qualifié d’opposition aux grandes puissances et dont les racines remontent au milieu du XIXe siècle si ce n’est avant. Peu après la Guerre de l’opium, la Corée faisait partie du jeu des grandes puissances en Asie de l’Est. Dans l’historiographie coréenne et dans la mémoire populaire c’est là l’origine de plus d’un siècle de victimisation coréenne par les grandes puissances. Dans ce récit, le Japon occupe une grande place non seulement parce qu’il fut le premier à obliger la Corée à s’ouvrir en 1876, par l’affermage de deux nouveaux ports dont il proclame l’extraterritorialité grâce à la diplomatie de la canonnière, mais plus sûrement à cause du legs de quatre décennies de colonialisme. En grande partie réprimé pendant la Guerre froide, l’anti-japonisme a fleuri avec la rupture historique marquant la fin de la Guerre froide à mesure que le débat public et de nombreuses affaires judiciaires s’intéressaient aux questions de l’oppression des « femmes de réconfort » pour l’armée et de la main-d’œuvre esclave coréenne.

Quand l’ambassadeur du Japon déclara en février 2005 que l’île de Tokdo/Takeshima dans la mer de l’Est/du Japon était un territoire sous souveraineté japonaise, il suscita une vague massive et générale d’activisme anti-japonais chez les citoyens qui tourna en ridicule la déclaration bilatérale officielle faisant de 2005 l’année de l’Amitié nippo-coréenne.9 Un récent sondage effectué entre fin août et début septembre [2005] par le quotidien national JoongAng Ibo révélait de façon étonnante que 62 % des Coréens haïssaient le Japon. Le pourcentage était de 9 % pour la Corée du Nord et de 14 % pour les États-Unis. Un sondage pour le quotidien national Hanguk Ilbo et le quotidien japonais Yomiuri montrait en mai [2005] que 57,2 % des Coréens voyaient le Japon comme une menace militaire tandis que seulement 6,2 % des Japonais éprouvaient la même chose au sujet de la Corée du Sud. Le compte-rendu du Yomiuri sur le même sondage soulignait des chiffres encore plus dérangeants. Un chiffre record de 90 % des Coréens du Sud disaient se méfier du Japon et 89 % pensaient que les relations bilatérales étaient négatives. Par contraste 59 % des Japonais disaient faire confiance à la Corée du Sud et 60 % pensaient que les relations bilatérales étaient positives. Quand ils furent interrogés sur les facteurs qui contribuaient à une relation négative, 94 % des Coréens du Sud et 65 % des Japonais citèrent l’affaire Tokdo/Takeshima.10

L’ironie presque tragique de cette situation est que l’énorme vague de culture populaire sud-coréenne déferlant au Japon, surtout les films, les pièces de théâtre et les chanteurs, a fait des Japonais les touristes les plus nombreux en Corée du Sud. Les rues de Séoul et d’autres destinations touristiques essentielles se spécialisent ainsi dans la satisfaction des visiteurs japonais à un moment d’hostilité croissante des Coréens à l’égard du Japon. L’anti-japonisme ne s’est heureusement pas traduit par des actions violentes, mais les sentiments sont profonds, forts et animés par la persistance des questions autour de la compensation pour le colonialisme, surtout le travail forcé, les « femmes de réconfort » et les victimes de la bombe atomique11, autour de la protection, des positions privilégiées et de la promotion des collaborateurs, autour du débat interminable sur les textes des livres d’histoire japonais, autour de la controverse suscitée par la visite du Premier ministre japonais au sanctuaire Yasukuni, et plus récemment, autour de l‘affaire de la souveraineté de l’île de Tokdo/Takeshima.

Même la mémoire de Park Chung-hee, le président à poigne de fer de la plus grande partie des années 60 et 70 largement considéré comme le principal responsable de la transformation économique de la Corée du Sud, est entachée par son passé d’instituteur et d’officier au service du Japon impérial. Le mouvement anti-Park a réussi quelques actions absurdes mais hautement symboliques comme la décision de retirer le panneau avec sa calligraphie à Gwanghwamun, le cœur politico-culturel de Séoul, et de le remplacer par un ensemble de caractères dessinés par un roi de la dynastie Choson dont les références nationalistes sont sans doute moins contestées.12

Les exemples de la colère dirigée contre les États-Unis jalonnent le long XXe siècle, mais c’est seulement dans l’ère de l’après-Guerre froide que ces affaires sont passées au premier plan. Ici, aussi, c’est une longue suite de griefs. Un des résultats de la médiation de Théodore Roosevelt pendant la guerre russo-japonaise en 1905 fut l’accord secret Taft-Katsura par lequel les États-Unis et le Japon reconnaissaient mutuellement la primauté des intérêts de l’autre en Corée et aux Philippines. Cela autorisa le Traité de protectorat qui fit de la Corée une colonie japonaise en 1905. Beaucoup se souviennent aujourd’hui de la libération survenue en 1945, avec la défaite du Japon, comme de la répression par les États-Unis des mouvements nationalistes de gauche en zone américaine et de l’instauration d’une division permanente de facto de la péninsule.

Il faudrait noter qu’après avoir refusé pendant des décennies de reconnaître les nationalistes de gauche comme des combattants pour l’indépendance, la Corée du Sud a décidé cette année [2005] de les reconnaître et de les honorer, bien qu’une proposition d’y inclure Kim Il-sung ait été rejetée.13 La Guerre de Corée, la plus grande tragédie de l’histoire de la Corée moderne, est maintenant largement vue comme une guerre par procuration entre les États-Unis d’un côté, et l’Union Soviétique et la Chine de l’autre. Dans cette perspective, les Coréens, au nord et au sud, furent seulement les pions et les victimes d’une guerre désastreuse. L’implication américaine est relevée même avant la Guerre de Corée dans la répression sanglante du soulèvement de Jeju au printemps de 1948. La trahison a continué à être perçue pendant la Guerre froide avec la tolérance, l’acceptation et le soutien des États-Unis pour les régimes autoritaires et dictatoriaux successifs. Le coup d’État de Park Chung-hee qui renversa en 1961 un régime démocratique de moins d’un an, s’il inquiéta d’abord les Américains, reçut rapidement leur soutien.

Le soutien à grande échelle apporté par la Corée du Sud pendant la Guerre du Vietnam, avec le maintien d’une force de 50 000 hommes, de loin la force non américaine la plus importante engagée dans la guerre, est maintenant vu par beaucoup comme un pacte avec le diable visant à échanger du sang contre de l’argent et du matériel. En 1965, le traité de normalisation avec le Japon, une mesure de plus en plus considérée comme un contrat humiliant pour que le peuple renonce à son droit de demander les justes réparations et dédommagements pour les souffrances du colonialisme, fut signé grâce à la pression exercée par les Américains sur les Japonais et les Coréens. Quand le Président Nixon visita la Chine continentale en 1972, le choc et le sentiment de trahison en Corée du Sud (tout comme au Japon) frôlèrent l’accablement. Presque toute une nuit, un allié résolu des États-Unis et du monde libre dans la Guerre froide, Taïwan, fut écarté, tandis que le Japon et la Corée furent informés de ce grand revirement stratégique seulement après l’événement. En Asie, le sentiment d’une trahison de ses alliés par l’Amérique fut encore renforcé par la perception de la trahison du Vietnam du Sud forcé d’accepter, fin 1972, les Accords de paix de Paris, et par la décision de Nixon de retirer de Corée du Sud presque la moitié des forces américaines terrestres sensiblement au même moment, en vertu de la doctrine de Guam nouvellement proclamée. La visite du Président Chun Doo-hwan, premier chef d’État à rencontrer la nouvelle administration Reagan en 1981, moins d’un an après sa répression sanglante du soulèvement démocratique de la population de Kwangju en mai 1980, un épisode glaçant où certains voient la complicité et le soutien des États-Unis, et après le coup d’État de Chun de décembre 1980, est considéré par beaucoup comme une preuve de la politique cynique des États-Unis démentant la rhétorique de promotion de la liberté et de la démocratie.

Dans cette série de trahisons américaines perçues par le peuple coréen, la dernière, et le début de la vague actuelle d’activisme anti-américain, a pour point de départ le changement abrupt de politique vis-à-vis de la Corée du Nord en 2001 quand George Bush est entré à la Maison Blanche. L’an 2000 avait été une année exceptionnelle pour la concrétisation des espoirs d’unification. Le Président Kim Dae-Jung, propulsé par sa populaire politique du rayon de soleil, fit en juin une visite triomphale à Pyongyang. La secrétaire d’État Albright suivit à l’automne et il y eut des rumeurs crédibles quant à une visite du Président Clinton en Corée du Nord.

Cette promesse et ce rêve furent, dans l’esprit du peuple coréen, brisés par l’administration Bush qui suspendit immédiatement pour six mois la politique envers la Corée du Nord avant de démontrer clairement qu’elle traiterait la Corée du Nord avec suspicion, méfiance et même hostilité, la qualifiant de membre de l'« axe du mal », visant donc ainsi à renverser son régime. La fin de la Guerre froide et la politique du rayon de soleil de Kim Dae-Jung avaient inscrit dans le cœur des Coréens du Sud la possibilité de s’imaginer et même de vivre dans l’époque de l’après-Guerre de Corée. L’après-Guerre de Corée peut être vue comme emblématique d’une opinion ne considérant plus le Nord comme un ennemi, responsable de la Guerre de Corée, mais comme un frère qu’il faut prendre dans ses bras et aider. La fin de la Guerre froide, une confiance née de l’accession de la Corée du Sud au rang de puissance régionale qui contrastait de manière spectaculaire avec l’effacement de la Corée du Nord tout comme l’amélioration de la situation politique sous les administrations Clinton et Kim Dae-Jung, firent de l’idée d’une Corée unifiée et de la notion de nationalisme pan-coréen quelque chose de réalisable et de tangible.

La raison pour laquelle l’année 2005 a revêtu une telle charge symbolique est qu’elle vit coïncider les anniversaires de trois événements essentiels : le 100e anniversaire du traité de protectorat japonais, le 60e anniversaire de la libération et de la division de la Corée et le 40e anniversaire du traité de normalisation avec le Japon.

Ces événements éclairent la mémoire historique dominante et les forces qui déterminent les nouvelles tendances politiques et lignes de fracture : l’anti-japonisme, l’anti-américanisme et le nationalisme pan-coréen. Il est à mettre au crédit de la maturité de la démocratie sud-coréenne, peut-être la démocratie la plus vivante en Asie de l’Est, que le débat et discours sur ces sujets controversés soit porté dans l’arène publique, ce qui aboutit parfois à une confrontation physique.

Suivant l’appel du Président Roh Moo-hyun à « nettoyer l’histoire » dans son allocution d’août 2004, l’Assemblée nationale a voté une série de lois établissant un grand nombre de commissions pour la vérité afin d’examiner beaucoup de questions historiques essentielles de la période coloniale comme de l’ère du pouvoir militaire entre 1961 et la fin des années 80.14 Il est ainsi frappant de voir que les points les plus controversés du débat portent davantage sur le Japon que sur les États-Unis, spécialement sur le sujet des travailleurs forcés et des « femmes de réconfort ».

Sur le plan intérieur on se focalise sur les collaborateurs de l’ère coloniale et les droits de l'homme sous le régime militaire. Les deux sujets sont intimement liés surtout en la personne de Park Chung-hee, qui jette un pont conceptuel direct entre la collaboration et les violations des droits de l'homme par le régime militaire. Cela a des implications politiques depuis que la propre fille de Park, le député Park Geun-hye, dirige le Grand Parti national conservateur et figure en tête des candidats pour l'élection présidentielle de 2007. [NdT : le candidat conservateur sera finalement Lee Myung-bak] Ainsi, Park Geun-hye ne se bat pas seulement pour sa vision de l’avenir de la Corée du Sud, mais aussi pour la mémoire historique de son père, symbole de la subordination au conquérant japonais pour certains, père du développement coréen pour d’autres.

Certains ont fait le lien entre les commissions pour la vérité, qui ont réouvert d’anciennes et cruelles blessures dans la psyché coréenne, et le processus pour la vérité et la réconciliation en Afrique du Sud. Peut-être cela aboutira-t-il finalement à enterrer le passé, mais une telle issue est douteuse. L’Institut privé pour la recherche sur les activités collaborationnistes (minjok munje yonguso) s’est engagé à publier une liste complète des collaborateurs d’ici la fin de 2007.15

Son but n’est pas seulement de discréditer les collaborateurs, parmi lesquels plusieurs jouèrent un rôle éminent surtout comme politiciens, hommes d’affaires et chefs militaires dans le développement de la Corée du Sud, mais aussi d’ôter à leurs descendants l’opportunité de profiter de ce qui est vu comme les profits matériels mal acquis de cette collaboration tels que la richesse et la terre accumulées grâce à leurs affaires et positions dans le gouvernement colonial. Plusieurs de ces personnes ont acquis une telle place dans l’histoire et la société que plane la menace d’un grand tremblement de terre faisant bouger les lignes de fracture politiques. Plusieurs Coréens du Sud ont à l’esprit les premières purges de « collaborateurs » en Corée du Nord dans les années précédant la Guerre de Corée. Dans cette optique, la Corée du Sud est donc vue par les partisans du nettoyage comme accusant un retard de près de 60 ans dans une entreprise vitale destinée à retrouver une pure identité coréenne.

La transformation des relations entre les États-Unis et la Corée du Sud

Quelles sont les conséquences de cette période tumultueuse pour l’avenir des relations entre les États-Unis et la Corée du Sud et de l’alliance? Consécutivement à la Seconde Guerre mondiale, l’entrée des États-Unis en Corée, la décision de diviser la péninsule, l’intervention américaine pendant la Guerre de Corée et le stationnement des troupes américaines qui se poursuit six décennies après l’« indépendance » sont des produits de la Guerre froide. La question est : quel est le rôle des États-Unis dans une Corée de l’après-Guerre froide?

Il y a presque un siècle, le Président Wilson a enthousiasmé les peuples soumis dans le monde avec sa vision idéaliste de la liberté et de l’autodétermination de tous les peuples. Un nombre croissant de Coréens du Sud croient aujourd’hui qu’ils peuvent parvenir à cette autodétermination avant de créer une Corée unifiée qui peut tracer son propre chemin. L’opinion est de plus en plus répandue que le temps est venu pour la Corée du Sud de transcender le passé colonial et celui de la Guerre froide pour entrer dans l’époque de l’après-Guerre de Corée et réaliser le rêve si longtemps chéri d’une Corée unie qui n’est plus la victime des grandes puissances. L’idéologie sous-jacente est la notion de Restauration nationale (minjok chunghung), concept et expression qui trouve ses racines dans la période coloniale et en particulier chez Park Chung-hee au début des années 1960.16

La stratégie actuelle des États-Unis pour leur sécurité nationale obéit à trois intérêts nationaux principaux : la défense du pays, la prospérité économique et la promotion de la démocratie. Aucun de ces trois intérêts ne requiert un traité bilatéral de sécurité mutuelle entre les États-Unis et la Corée et une alliance militaire s’appuyant sur la présence de soldats américains en Corée du Sud. La nécessité stratégique pour les États-Unis d’établir à travers le monde les bases de corps expéditionnaires pour parer de manière flexible à toute éventualité ne sera pas mise en péril si les forces militaires des États-Unis ne stationnent pas en Corée du Sud puisque l’armée américaine restera sûrement ancrée au Japon, à Guam et partout dans le Pacifique. En effet, la déclaration du Président Roh Moo-hyun indiquant plus tôt cette année [2005] que la Corée du Sud n’appuierait pas le déploiement en Corée de forces américaines destinées à être engagées dans des conflits régionaux, montre qu’il peut être désavantageux de chercher à maintenir une large présence militaire en Corée du Sud. Même si l’éventualité d’un retrait militaire américain de Corée du Sud est presque impensable pour beaucoup d’analystes, une telle action doit être mise en parallèle avec la fin de l’alliance et les très importantes relations économiques. Les sondages les plus récents révèlent que le nombre de Coréens du Sud favorables à un retrait des forces américaines a régulièrement augmenté ces dernières années au point de sembler constituer une majorité.17 Dans ces circonstances, on peut dire qu’ôter cette épine des relations entre les États-Unis et la Corée contribuerait à consolider les bases de leurs relations économiques et stratégiques.

Si la Corée du Sud souhaite la réduction et même la disparition de la présence militaire américaine, il nous revient de superviser le repositionnement de ces forces à nos conditions et sous notre contrôle. L’accord récent à l’initiative des États-Unis ramenant de 37 000 à 25 000 les forces américaines en Corée pour les concentrer sur les bases au sud de la rivière Han pourrait être le préliminaire à une redéfinition des relations sécuritaires, même si certains Coréens du Sud interprètent la décision comme une ruse américaine visant à lancer une attaque préventive sur le Nord.18 Nous ne devrions pas être inquiets de la réussite du processus si c’est ce que veut le peuple sud-coréen. Il est même possible d’imaginer que le retrait américain facilitant l’unification des deux Corées pourra contribuer à surmonter l’énigme nord-coréenne en tant que défi sécuritaire permanent pour la région. Il faut pour cela un changement de perception en Chine pour laquelle une Corée unifiée sans la présence militaire américaine, une Corée unifiée férocement indépendante, pourrait constituer un meilleur État-tampon que la Corée du Nord. La Chine détient la carte d’atout de l’unification par le simple fait qu’elle assure seule l’existence de la Corée du Nord. Elle apprécie aussi les bonnes relations avec la Corée du Sud. La possibilité d’avoir une Asie du Nord-Est plus stable fondée sur l’équilibre d’un bloc continental composé de la Chine et d’une Corée unie pro-chinoise d’un côté, et d’un bloc maritime arrimé à l’alliance formée par les États-Unis et le Japon de l’autre, est peut-être une issue favorable.19

En conclusion, la politique sud-coréenne est dans une profonde période de transition due à un changement de génération, à la fin de la Guerre froide, à la démocratisation et à une confiance en soi croissante. Parmi les forces politiques émergentes, celles qui sont en train de dessiner les lignes de fracture politiques majeures sont les idéologies du nationalisme pan-coréen et de l’opposition aux grandes puissances. Ces tendances pourraient bien signifier la fin de l’alliance telle que nous la connaissions entre les États-Unis et la Corée du Sud. Plus important, un tel résultat, qui pourrait finalement aboutir à un retrait militaire complet des États-Unis, n’a pas besoin de signifier l’arrêt d’une relation étroite entre les deux pays. En effet, il pourrait très bien résoudre certaines des questions sécuritaires les plus épineuses pour la région. Surtout, nous pouvons être rassurés de savoir qu’une telle échéance pour la Corée du Sud et la péninsule coréenne satisferait le vieil idéal wilsonien d’un monde organisé selon le principe de l’autodétermination, mais encouragerait aussi l’extension de la démocratie et de la liberté en accord avec la réalisation de ce principe. C’est un résultat à souhaiter et non à redouter.

 

* Le colonel Jiyul Kim est le directeur des études asiatiques à l’US Army War College. Cet article ne reflète ni les positions, ni la politique du gouvernement des États-Unis, du département de la Défense ou de l’armée des États-Unis. 

 

Notes :

1 Je remercie Sheila Miyoshi Jager de l’Oberlin College, qui a été ma principale partenaire intellectuelle et une conseillère écoutée depuis plus d’une décennie spécialement pour les questions traitant de la Corée. Beaucoup des points soulevés dans le présent article proviennent directement de notre effort commun et, comme tels, sont autant son œuvre que la mienne. On peut se reporter aux articles suivants de Japan Focus sur les questions évoquées : "Korean Collaborators : South Korea’s Truth Committees and the Forging of a New Pan-Korean Nationalism" ; "Rewriting the Past / Re-Claiming the Future : Nationalism and the Politics of Anti-Americanism in South Korea".

2 Sheila Miyoshi Jager et Rana Mitter, Ruptured Histories : War, Memory and the Post-Cold War in Asia, Harvard University Press, 2007

3 La Nouvelle Droite semble être un mouvement politique en plein essor bien qu’il puisse transformer le paysage politique sud-coréen en créant une troisième alternative par la création d’un nouveau courant politique alliant des conservateurs modérés de gauche et des réformateurs modérés de droite. Pour le contexte, se reporter à l’article de Kim So Young , "Korea : New Conservative Groups Band Against Roh, Uri Party", The Korea Herald, 30 novembre 2004

4 Le présent développement s’appuie largement sur l’ouvrage de Jager et Mitter mentionné précédemment, Ruptured Histories

5  Une version en anglais de l’allocution de 2005 est disponible sur le site du Nautilus Institute.

6 Donald Kirk, "Korea’s Generational Clash : A Statue of Gen. MacArthur Has Drawn Fire from Leftists and Support from War Vets", The Christian Science Monitor, 8 août 2005. Barbara Demick, "MacArthur Is Back in the Heat of Battle", Los Angeles Times, 15 septembre 2005. "What Is the Ruling Party’s Position on the Incheon Landing?", Digital Chosun, 12 septembre 2005

7 Lettre de la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants à Roh Moo Hyun, 15 septembre 2005

8 Résolution marquant le 150e anniversaire des relations diplomatiques entre les États-Unis et le Japon, H.CON.RES.418, adoptée par la Chambre le 22 juillet 2004 ; résolution marquant le 25e anniversaire de l’Acte de relation avec Taïwan, H.CON.RES.462, adoptée par la Chambre le 15 juillet 2004 ; résolutions marquant le 50e anniversaire du Traité de défense mutuelle entre les États-Unis et la République de Corée, H.RES.385, présentée le 1er octobre 2003, et S.RES.256, présentée le 31 octobre 2003 au 108e Congrès. Seul compte-rendu coréen de cette affaire : "U.S. Congress Killed Korea Resolution", Digital Chosun, 25 mars 2005.

9 Kim Hyun, "Seoul Frowns at Tokyo Approach over Occupied Islets", Yonhap News, 24 février 2005. Voir aussi les publications suivantes de Japan Focus présentant les points de vue sud-coréen et japonais sur l’affaire Tokdo/Takeshima pour un aperçu des facteurs historiques et techniques qui en ont fait une question symbolique affectant et déformant les perceptions japonaise et sud-coréenne à l'égard de l’autre : "Takeshima/Tokdo and the Roots of Japan-Korea Conflict", 28 mars 2005 ; Kosuke Takahashi, "Japan-South Korea Ties on the Rocks", 28 mars 2005 ; Wada Haruki, "A Plea to Resolve a Worsening Dispute", 28 mars 2005 ; Lee Sang-tae, "Dokdo is Korean Territory", 28 juillet 2005.

10 Le sondage du JoongAng Ibo faisait partie d’un sondage national sur des questions variées destiné à marquer le 40e anniversaire du journal et a été effectué entre le 24 août et le 10 septembre 2005. Les résultats ont été publiés le 22 septembre 2005. Un résumé en anglais des principaux résultats du sondage est disponible sous le titre "Majority Opposes U.S. Troop Presence" du 22 septembre 2005. Le sondage du Hanguk Ilbo et du Yomiuri, destiné à marquer le 51e anniversaire du Hanguk Ilbo, a été effectué simultanément en Corée et au Japon pour évaluer la perception et l’opinion que chaque pays avait de l’autre ainsi que d’un certain nombre de sujets politiques clefs pour la région. L’analyse coréenne des résultats a été publiée le 11 juin 2005 par le Hanguk Ilbo. L’article du Yomiuri consacré au sondage a été repris par Japan Focus sous le titre "South Korean Mistrust of Japan : Poll", le 10 juin 2005.

11  Selon certaines évaluations 20 à 30 000 des tués ou 10 à 20 % du total des décès immédiatement dus au largage de la bombe atomique sur Hiroshima étaient Coréens. Il y avait environ 50 000 Coréens à Hiroshima. Voir Lisa Yoneyama, "Memory Matters : Hiroshima’s Korean Atom Bomb Memorial and the Politics of Ethnicity", Public Culture 7.3, printemps 1995, p. 502. Le mémorial des victimes coréennes d’Hiroshima indique que 20 000 des 200 000 tués furent des Coréens. A Nagasaki on estime que 10 000 Coréens vivaient parmi la population quand la bombe fut lancée. Je n’ai pas pu trouver d’estimation précise des Coréens morts, mais un article récent évoque « des milliers ». Voir Kathleen E. McLaughlin, "Foreign A-Bomb Victims are all but Forgotten", San Francisco Chronicles, 10 août 2005. Cependant, la bonne question ne concerne pas tant ceux qui furent tuées que les compensations du gouvernement japonais pour les survivants. Voir Andreas Hippin, "The End of Silence : Korea’s Hiroshima, Korean A-Bomb Victims Seek Redress", The Japan Times, 2 août 2005. Cet article cite une estimation coréenne de 50 000 tués et 80 à 120 000 « victimes  » de la seconde génération qui devraient recevoir des compensations.

12 Le 24 janvier 2005, le quotidien national Hangyoreh a été le premier à rapporter l’histoire du panneau de Gwanghwamun sous le titre « Trace de la dictature militaire, le panneau de Gwanghwamun est à changer » (kunsa tokje ui olluk, Kwanghwamun hyon’pan pakkwinda). La nouvelle calligraphie du panneau repose sur un décalque de caractères tracés par le roi Jeongjo (1776-1800).

13 Dans deux articles du Korea Times, Seo Dong-shin dresse un bon tableau d’ensemble de l’initiative destinée à reconnaître les nationalistes de gauche et des actions entreprises pour reconnaître 214 personnes de gauche à l’occasion du 60e anniversaire de la libération le 15 août 2005 : "Independence Activists to Get Posthumous Honors", The Korea Times, 1er février 2005, et "Leftist Independence Activists to Get Honors", The Korea Times, 3 août 2005. La contrepartie de l’action en reconnaissance des nationalistes de gauche est le mouvement civique réclamant l’enlèvement des tombes de « collaborateurs » des cimetières nationaux où ils sont honorés comme des patriotes. Voir par exemple Yang Hui-sun, « Qui sont les combattants pour l’indépendance dans l’histoire? » (Nuga yoksa ui toknip t’usainga?), OhmyNews.com, 2 mars 2005. La controverse « Kim Il-sung, combattant pour l’indépendance » a surgi quand Kang Man-gil, historien éminent et président du Comité national pour la célébration du 60e anniversaire de la libération de la Corée, déclara à des journalistes qu’il voyait les actions de la guérilla anti-japonaise de Kim Il-sung comme faisant partie du mouvement pour l’indépendance. Le professeur Han Hong-gu de l’université de Sungkonghoe et membre de la commission pour la vérité historique mandatée par le gouvernement avait écrit en 2004 que Kim Il-sung était un « nationaliste du XXe siècle ». Voir "Kim Il-sung a Freedom Fighter, Committee Chair Says", Digital Chosun, 11 avril 2005, et Seo Dong-shin, "Kim Il-sung Legacy Controversial in S. Korea", The Korea Times, 8 juillet 2005.

14 Norimitsu Onishi, "Korea’s tricky task : digging up past treachery", The New York Times, 5 janvier 2005. "S. Korea’s Spy Agency Picks 7 Cases for Reinvestigation", Yonhap, 3 février 2005.

15 Le site internet de l’Institut apporte un regard complet sur le mouvement et les efforts pour débusquer les collaborateurs en Corée du Sud (www.minjok.or.kr). Entamée en 2001, la liste des collaborateurs doit être achevée et publiée en décembre 2007 [NdT : une liste de 5 207 noms a finalement été publiée en novembre 2009]. Les détails sur le projet, tels que son contexte, ses objectifs, sa chronologie et ses membres peuvent être trouvés sous l'onglet « Répertoire des collaborateurs » (ch’inil inmyong sajon).

16 Je remercie Bruce Cumings d’avoir précisé les origines coloniales de cette expression.

17 Les résultats les plus récents sont ceux du sondage effectué pour le JoongAng Ibo en août et septembre 2005, référencés dans la note 10. Il a révélé que 54 % des sondés voulaient voir partir les forces des États-Unis tandis que 30 % souhaitaient les voir rester « pendant longtemps » et seulement 16 % étaient favorables à une présence permanente.

18 C’est bien sûr absurde.

19 La présente conception d’un équilibre régional bipolaire fut suggérée en premier par Robert Ross ("The Geography of the Peace : East Asia in the Twenty-first Century", International Security, Vol. 23, No. 4, printemps 1999, 81-118). J’ai développé davantage cette notion dans mon étude des conséquences de certains facteurs et tendances clefs pour la sécurité à long terme en Asie du Nord-Est ("Continuity and Transformation in Northeast Asia and the End of American Exceptionalism : a Long-Range Outlook and US Policy Implications" , The Korean Journal of Defense Analysis, Vol. 13, No. 1, automne 2001, 229-261).

 

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