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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 23:57

383px-Geun_Hye_Park.jpgA l'issue de l'élection présidentielle du 19 décembre 2012, Mme Park Geun-hye (Parti Saenuri, conservateur) a été élue présidente de la République de Corée (du Sud) avec 51,55 % des voix, contre 48,02 % à son plus proche adversaire, le démocrate Moon Jae-in. Une majorité de Sud-Coréens a donc choisi la fille du général Park Chung-hee, qui a gouverné la Corée du Sud d'une poigne de fer entre 1961 et 1979, ainsi que la continuité avec le président sortant Lee Myung-bak, également membre du Parti Saenuri (conservateur). 

Le résultat est net : à l'issue d'un scrutin marqué par une participation plutôt élevée (75,8 %, en hausse de 13 points par rapport au précédent scrutin de 2007), la droite sud-coréenne a conservé le pouvoir à Séoul avec un score de 51,55 % pour Mme Park Geun-hye, qui devient ainsi la première femme à accéder à la magistrature suprême dans la péninsule.

Son principal adversaire, Moon Jae-in, du Parti démocratique unifié (centre-gauche), a recueilli 48,02 % des voix. Dans la province du Cheolla qui a fortement souffert du régime de la junte militaire, son résultat atteint près de 90 %, mais dans le reste du pays il n'est majoritaire qu'à Séoul (51,42 % contre 48,18 % à Park Geun-hye). Même l'île de Jeju a choisi Park Geun-hye (50,46 % contre 48,95 % à Moon Jae-in).

Dans ce scrutin uninominal à un tour, les autres candidats n'ont recueilli que de très faibles scores : 0,17 % pour le très droitier Kang Ji-won ; 0,15 % pour Kim Soon-ja (issue des rangs du Nouveau parti progressiste) ; 0,05 % pour la syndicaliste Kim So-yeon ; 0,04 % pour l'indépendant de droite Park Jong-sun.

La première pensée de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) va évidemment aux victimes du régime militaire de Park Chung-hee et à leurs familles, qui ne peuvent voir sans inquiétude la fille de ce dernier accéder à la magistrature suprême. L'AAFC sera extrêmement vigilante quant au respect des libertés publiques en Corée du Sud, alors que l'intervention des services secrets, particulièrement marquée dans les derniers jours de la campagne, a fait peser un climat malsain pour la démocratie. Aux libéraux et à la gauche, nous leur disons de rester unis et confiants : les victoires politiques de demain se gagnent par un combat constant, mené au quotidien. L'heure doit d'autant moins être à la résignation que l'écart entre la droite et le centre-gauche, qui atteignait 22,6 % en 2007, n'est plus que de 3,5 % : ce doit être un signe de confiance et d'espoir pour les prochaines batailles électorales que mèneront les progressistes, qui ont toujours pu compter sur le soutien de l'AAFC depuis les heures difficiles des luttes héroïques contre la junte militaire jusqu'aux combats récents pour la diminution des frais de scolarité, le refus de dénaturer l'île de Jeju en y implantant une base militaire ou encore pour le rejet des traités de libre-échange signés avec l'Union européenne et les Etats-Unis. Le combat des victimes pour la démocratie en Corée du Sud n'a pas été vain : il est aujourd'hui, plus que jamais, le plus sûr rempart du respect des libertés.

Après avoir recentré le programme du Parti Saenuri et pris ses distances avec le très impopulaire président sortant Lee Myung-bak dont elle avait cependant le soutien, Mme Park Geun-hye a mené une campagne ambiguë, qu'il s'agisse des relations intercoréennes, du pouvoir des conglomérats (chaebols) préjudiciable au redémarrage de l'économie ou de la nécessaire mise en place d'un système plus complet de protection sociale. Ces incertitudes reflètent le caractère hétéroclite de la coalition qui la soutient, du centre jusqu'à l'extrême-droite nostalgique de l'ère Park Chung-hee. Il appartient maintenant à la Présidente Park Geun-hye, qui entrera en fonctions en février, de clarifier ses positions : reconnaîtra-t-elle que le coup d'Etat de son père, en 1961, était un drame pour la démocratie sud-coréenne ? Choisira-t-elle un Premier ministre ouvert sur la société et le monde, ou fera-t-elle revenir aux commandes les héritiers du régime militaire, dont elle est elle-même la figure la plus emblématique en ayant servi comme première dame entre 1974 et 1979 ? Mettra-t-elle en application son discours consistant à renouer le dialogue avec Pyongyang, en commençant par inviter des représentants nord-coréens à son investiture, comme c'était le cas pendant la période de la politique du "rayon de soleil" ? Reconnaîtra-t-elle enfin que les déclarations communes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 engagent les deux gouvernements coréens, au-delà des changements de majorité politique ? S'affranchira-t-elle du pouvoir des conglomérats qui ont financé sa campagne ? Libèrera-t-elle les prisonniers politiques, dont le seul crime est d'être des patriotes coréens favorables à la réunification ? Mettra-t-elle fin à l'utilisation de la loi de sécurité nationale pour réprimer l'opposition ? Réouvrira-t-elle les travaux de la commission historique chargée de rétablir la vérité sur les effroyables assassinats de masse, pratiqués par l'armée sud-coréenne et les GIs américains, dans les premiers mois de la guerre de Corée ? 

Le proverbe dit que c'est au pied du mur qu'on reconnaît le maçon. A Mme Park Geun-hye de faire maintenant la démonstration de ses qualités de dirigeante d'une nation qui regarderait enfin son passé en face, et se projetterait vers l'avenir avec d'autres schémas mentaux que ceux, surannés, d'une guerre froide qui n'a jamais pris fin dans la péninsule coréenne.

 

Principale source pour les résultats : wikipédia.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)