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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 23:41

Le 2 mars 2015, les armées américaine et sud-coréenne ont entamé leurs exercices conjoints annuels "Key Resolve" et "Foal Eagle", prévus pour durer jusqu'à fin avril. Cinq autres pays participent à ces exercices militaires, dont la France. Malgré les espoirs soulevés par les appels au dialogue lancés par les dirigeants du Nord et du Sud en début d'année, ces manœuvres font replonger la Corée dans un nouveau cycle de tensions où le moindre incident peut avoir des conséquences incalculables.

L'exercice "Key Resolve", basé sur des simulations informatiques, se tient jusqu’au vendredi 13 mars 2015, avec la participation d’environ 10 000 soldats sud-coréens et 8 600 américains. Officiellement, "Key Resolve" vise à renforcer les capacités de combat des forces américano-sud-coréennes. L'exercice "Foal Eagle" se déroule, lui, jusqu’au 24 avril 2015 et mobilise 200 000 soldats sud-coréens et 3 700 américains pour des manœuvres sur terre, en mer et dans les airs.

 

L’USS Fort Worth, navire de combat littoral de 3 450 tonnes, capable d’approcher au plus près des côtes grâce à sa grande maniabilité, prendra part à ces exercices. On note aussi la participation de cinq autres pays : l'Australie, le Canada, le Danemark, la France et la Grande-Bretagne. En 2014, la France n'avait pas participé aux exercices "Key Resolve" et "Foal Eagle", selon le ministère français des Affaires étrangères interrogé à ce sujet.

le navire de combat littoral américain USS Fort Worth

le navire de combat littoral américain USS Fort Worth

A la veille du début de l'édition 2015 de "Key Resolve" et "Foal Eagle", l'état-major de l'Armée populaire de Corée (APC) a exposé dans un communiqué sa "position de principe" à l'égard de ces exercices récurrents vus comme le prélude à une attaque contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) :

"1. Nos forces armées révolutionnaires ne resteront pas témoins passifs de l’actuelle tension créée par suite des présents exercices de guerre d’agression aventuriers des Etats-Unis et des pays satellites contre notre République.
Les Etats-Unis durcissent sans cesse leur politique hostile à notre République. Obama et consorts redoublent leurs calomnies et diffamations, et intensifient sanctions et pression et élargissent l’envergure et la sphère de leurs exercices de guerre d’agression contre notre pays. Aussi, nous avons déclaré à la face du monde notre volonté de prendre des mesures de riposte beaucoup plus énergiques et redoutables que les leurs.
[...]
2. Nos forces armées révolutionnaires ne permettront pas la moindre violation de notre territoire, de notre espace aérien et de nos eaux territoriales par les Etats-Unis et les pays satellites.
Si ceux-ci provoquent une guerre conventionnelle contre nous, nous leur répondrons par une guerre conventionnelle à la coréenne. Si c’est une guerre nucléaire, nous lui opposerons une guerre nucléaire de notre invention. S’ils tentent de nous 'renverser' par la cyberguerre, nous leur infligerons une défaite totale en hâtant leur fin par une cyberguerre prompte et redoutable, proprement coréenne.
[...]
3. Les Etats-Unis et les pays à la remorque de ceux-là doivent se rendre clairement compte que leurs manœuvres d’agression forcenées et cyniques, affublées de paix, sont condamnées à l’échec car le monde entier chérit l’équité et la justice. En effectuant les exercices de guerre visant à 's’emparer' d'un seul coup de la capitale d’un pays souverain et à en 'éliminer' la direction suprême, les Etats-Unis osent les décrire cyniquement comme les exercices militaires de caractère 'défensif' et 'annuel'. 'Key Resolve', 'Foal Eagle' et d’autres mouvements militaires intenses des Etats-Unis dans la péninsule coréenne et à ses environs ne visent pas seulement notre République.
[...]
Les agresseurs US, les fantoches sud-coréens et les forces à la remorque des Américains auront à se repentir amèrement et à se lamenter douloureusement d’avoir effectué 'Key Resolve' et 'Foal Eagle' car ces exercices aventuriers ne leur apporteront que des conséquences désastreuses et irrémédiables."

 

De son côté, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a publié le 2 mars un communiqué soulignant que la RPDC avait proposé en début d'année de suspendre ses essais nucléaires si les Etats-Unis et leurs alliés renonçaient à leurs exercices militaires de grande ampleur. En réponse, rappelle le communiqué du ministère, le président américain Barack Obama avait décrété des sanctions supplémentaires contre la RPDC.

 

Pour la paix en Corée et dans le monde, il est plus que jamais urgent que toutes les parties en présence retrouvent la voie d'un dialogue sincère. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne n'aura de cesse d'appeler les autorités françaises à jouer un rôle positif dans cette partie du monde.

 

 

Sources :

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 22:54

Le 10 janvier 2015, l'Américaine Shin Eun-mi a été expulsée de la République de Corée (Corée du Sud) et interdite de séjour dans le pays pendant cinq ans, suite à une décision prise par le service sud-coréen de l'immigration, sur une requête du ministère de la Justice. Mme Shin, qui a voyagé trois fois en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en 2011 et 2012, est accusée d'avoir tenu, lors d'une conférence, des propos violant la loi de sécurité nationale (LSN). Le 7 janvier 2015, le ministère sud-coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme a exigé le retrait des librairies et autres lieux publics, d'ici la fin du mois, du livre de Shin Eun-mi faisant le récit de ses voyages en RPD de Corée. Cette mesure d'urgence a été prise dans le cadre d'une enquête en cours quant à la conformité à la LSN d'Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord. En 2013, ce livre avait pourtant bénéficié d'une large diffusion en République de Corée, avec l'appui des pouvoirs publics, après avoir été qualifié d' "excellent ouvrage de littérature" par la Fondation culturelle du livre. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) condamne cette nouvelle violation de la liberté d'expression qui a touché, cette fois, une citoyenne américaine, et soulevé des critiques publiques du département d'Etat américain, en dépit de l'alliance politico-militaire entre Washington et Séoul. L'AAFC exhorte les opinions publiques et l'ensemble des gouvernements occidentaux à ne plus se taire face aux atteintes de plus en plus graves aux libertés publiques qui sont commises en Corée du Sud depuis l'élection à la présidence de la République, en décembre 2012, de Mme Park Geun-hye.

Couverture de l'ouvrage de Shin Eun-mi, "Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord", naguère un ouvrage de référence en Corée du Sud, aujourd'hui mis à l'index par la censure

Couverture de l'ouvrage de Shin Eun-mi, "Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord", naguère un ouvrage de référence en Corée du Sud, aujourd'hui mis à l'index par la censure

L'expulsion et l'interdiction de séjour de Mme Shin Eun-mi signe une nouvelle page tragique dans l'histoire des libertés publiques en Corée du Sud.


Mme Shin est accusée par le ministère sud-coréen de la Justice d'avoir fait "l'éloge" de la RPD de Corée lors d'une récente conférence-débat, dont l'une des co-organisatrices, Mme Hwang Seon, a par ailleurs été placée sous mandat d'arrêt, pour avoir loué, encouragé et aidé l'ennemi en contradiction avec la loi de sécurité nationale, au regard des propos qu'elle aurait tenus pendant la conférence. Le Parquet entend également interroger, dès son retour de l'étranger, Mme Lim Soo-kyung, députée du Parti progressiste unifié (PPU) récemment déchue de son mandat, suite à l'interdiction du PPU qui a soulevé une vague d'indignation parmi les organisations de défense des droits de l'homme. Mme Hwang Seon était porte-parole du PPU, ce qui inscrit cette nouvelle vague de répression dans le cadre en cours contre le PPU et ses dirigeants. 

Le retrait de l'ouvrage de Mme Shin sur ses voyages au Nord de la Corée, qui a perdu son label d'ouvrage recommandé par les autorités sud-coréennes, a soulevé la stupeur dans les milieux professionnels. Après avoir reçu l'ordre gouvernemental le 14 janvier 2015, l'employé d'une bibliothèque de Séoul, cité par le quotidien Hankyoreh, a déclaré : "Nous avons été gênés quand le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme nous a soudain demandé de leur renvoyer le livre." Un représentant du ministère a déclaré : "Nous avons décidé de rappeler le livre dès lors que sa désignation comme un excellent ouvrage de littérature avait été révoquée. Si les bibliothèques avaient continué de proposer cet ouvrage, cela aurait créé une confusion ou une incompréhension inutiles." Au-delà de la douteuse pratique d'interdire l'expression de certaines opinions, il semble donc ne plus avoir de demi-mesure entre un ouvrage recommandé et un ouvrage interdit : en d'autres termes, si les autorités sud-coréennes vont au bout de leur logique, elles s'arrogent le droit d'interdire tout livre qui n'a pas ou plus leur imprimatur, sans autre forme de procès. La liberté d'expression est tombée à son plus bas niveau en Corée du Sud depuis l'époque révolue du régime miltaire, il y a une génération.

Dans un article publié le 12 janvier 2015 sur le site Sino NK, Steven Denney a cité un entretien donné par Shin Eun-mi au site de jounalisme participatif Ohmynews, très populaire en Corée du Sud : il en ressort une vision optimiste de la Corée du Nord, considérant que les Coréens forment un seul peuple, engagée en faveur de la réunification. Cette appréciation peut être qualifiée de "naïve" selon Steven Denney mais, toujours d'après ce dernier, elle ne constitue en aucun cas une quelconque menace à la sécurité nationale sud-coréenne, alors que Shin Eun-mi peut estimer à juste titre avoir été trahie par les autorités sud-coréennes qui, jusqu'à présent, recommandaient le récit de ses voyages en Corée du Nord :

"[Cet entretien] suggère également qu'elle a le sentiment justifié que, d'une certaine manière, le gouvernement sud-coréen l'a trahie ; en d'autres termes, elle apparaît difficilement comme une vraie menace à la sécurité nationale."

 

Mais de quel crime Shin Eun-mi s'est-elle rendue coupable ? Alors que les médias publics et conservateurs sud-coréens se gardent de détailler le contenu des propos reprochés à Mme Shin durant une conférence publique à Séoul en novembre 2014, en se contentant ainsi de souligner les motifs infâmants de l'administration sud-coréenne selon laquelle elle aurait enfreint la loi de sécurité nationale en louant la RPD de Corée, l'agence américaine AP observe que Shin Eun-mi a fait état de la volonté de défecteurs nord-coréens de retourner au Nord (ce que, du reste, au moins des centaines d'entre eux ont déjà fait) et de leurs espoirs de changements après l'accession au pouvoir du Maréchal Kim Jong-un. Mme Shin a aussi loué le goût de la bière nord-coréenne et la propreté des fleuves en Corée du Nord.

Shin Eun-mi, en pleurs après son expulsion

Shin Eun-mi, en pleurs après son expulsion

Une expulsion assortie d'une interdiction du territoire sud-coréen suivant de tels motifs a soulevé, une fois n'est pas coutume, des critiques ouvertes du département d'Etat américain, malgré l'étroite relation alliance politico-militaire entre Washington et Séoul. Mme Jen Psaki, porte-parole du département d'Etat, a ainsi déclaré à la presse :

"Nous sommes préoccupés que la loi de sécurité nationale, telle qu'elle est interprétée et appliquée dans certains cas, limite la liberté d'expression et restreigne l'accès à Internet."

 

Signe de l'intolérance croissante en Corée du Sud, en décembre 2014 un jeune sud-coréen de 18 ans avait jeté une bombe artisanale lors d'une conférence de Mme Shin Eun-mi, blessant deux personnes.

 

Sumit Galhotra, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a souligné dans une étude approfondie que la mesure d'exception prise à l'encontre de Mme Shin s'inscrit dans un contexte de menaces croissantes vis-à-vis des journalistes de la part du pouvoir présidentiel, qui apparaît ainsi comme étant directement à l'origine des atteintes de plus en plus fortes à la liberté d'expression - ce qui soulève, de fait, des interrogations sur l'indépendance de la justice sud-coréenne. Après un article publié le 28 novembre 2014 dans le quotidien sud-coréen Segye Ilbo, des conseillers de la présidence mis en cause ont intenté une action en diffamation. En octobre 2014, des poursuites ont aussi été engagées à l'encontre de Tatsuya Kato, chef du bureau à Séoul du quotidien japonais Sankei Shimbun, au motif qu'il aurait propagé des rumeurs sur l'absence de la Présidente Park Geun-hye pendant sept heures après le dramatique naufrage du Sewol, en avril 2014, dont la gestion de crise a par ailleurs donné lieu à des mouvements de protestation diffamés par les autorités sud-coréennes. Le procès de M. Kato a commencé fin novembre, et son interdiction de voyager, prise en août 2014, a été prolongée depuis cette date.

Signe de l'intolérance croissante en Corée du Sud, en décembre 2014 un jeune sud-coréen de 18 ans avait jeté une bombe artisanale lors d'une conférence de Mme Shin Eun-mi, blessant deux personnes.

Sources :

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 22:45

Le 11 janvier 2015, les Etats-Unis ont rejeté la proposition faite par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de suspendre ses essais nucléaires si les Etats-Unis et leurs alliés (au premier rang desquels la République de Corée, Corée du Sud) renonçaient à leurs exercices militaires de grande ampleur autour de la RPDC, et dénoncés par Pyongyang comme des préparatifs de guerre. En fermant une nouvelle fois la porte du dialogue qu'avaient ouverte les Nord-Coréens, les Américains ont campé sur leur position de front de refus (ni dialogue, ni échanges et renforcement continu des sanctions - de nouvelles mesures ayant été prises au lendemain du piratage de Sony Pictures, dans lequel la RPD de Corée a pourtant nié toute implication et selon des accusations du FBI mises en doute par de nombreux experts occidentaux en sécurité informatique). Dans ce contexte, le rêve américain d'une coalition avec la République populaire de Chine sur la question nord-coréenne s'est avéré une nouvelle fois chimérique, un commentaire publié par l'agence de presse chinoise Xinhua, intitulé "La paix dans la péninsule coréenne requiert des actions réciproques" - dont nous reproduisons et commentons ci-après de larges extraits - montrant un élargissement du fossé entre Washington et Pékin, la Chine ayant soutenu de manière constante la résolution des différends dans la péninsule coréenne par la voie du dialogue.

Washington ferme la porte au dialogue avec Pyongyang : le refus américain est condamné par la Chine

Soulignant que l'offre de dialogue de Pyongyang avait non seulement été rejetée par Washington, mais dénoncée comme une "menace implicite", Xinhua regrette que le refus opposé au geste d'ouverture de Pyongyang ait éloigné la perspective d'une "solution pacifique" à la question coréenne, telle que la promeut la Chine dans le cadre, notamment, des pourparlers à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) sur la question nucléaire, dont les sessions se sont tenues à Pékin jusqu'à 2008. Pour la Chine, une solution pacifique aux différends en suspens implique tout particulièrement de créer un climat de confiance entre les différentes parties, que ne contribue pas à instaurer le rejet catégorique opposé par les Etats-Unis.

"En fait, l'offre, que les Etats-Unis considèrent comme une 'menace implicite', est en quelque sorte un acte de bonne volonté publié par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour une solution pacifique à la crise qui perdue depuis dix ans sur la péninsule coréenne.

La proposition est le dernier des efforts déployés ces derniers mois par l'administration Kim Jong Un pour apaiser les tensions et établir un dialogue basé sur la confiance ou un climat détendu avec les États-Unis et la Corée du Sud.

Malheureusement, cette proposition n'a pas été accueillie à bras ouverts."

 

La mention par Xinhua du changement d'administration à Pyongyang ("l'administration Kim Jong Un"), à un moment dont on peut observer qu'il marque la fin du deuil officiel de trois ans après la disparition du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, aurait pourtant dû favoriser un changement d'approche, selon l'agence de presse chinoise.

Soulignant implicitement (l'idée figure explicitement dans le titre de l'article) que des gestes doivent être accomplis de part et d'autre, le commentaire de Xinhua rappelle que la RPDC est "un pays isolé et sanctionné depuis des décennies" et que les préoccupations légitimes de Pyongyang quant à sa sécurité nationale conduisent logiquement à devoir lier la question nucléaire nord-coréenne et les exercices militaires américano-sud-coréens. Dissocier ces deux dossiers, comme veut le faire Washington, est un non-sens.  

"Les Etats-Unis n'ont pas remarqué, ou ont choisi d'ignorer, le changement positif potentiel à l'atmosphère intense entourant la péninsule coréenne qui pourrait être apporté si la proposition était mise en œuvre.

La sécurité nationale est la 'priorité des priorités' pour n'importe quel pays de la planète, et l'est encore plus pour une nation comme la RPDC qui est isolée et sanctionnée depuis des décennies.

Contrairement à ce qu'a dit Mme Psaki (porte-parole du département d'Etat américain), la possibilité d'essais nucléaires de Pyongyang et les exercices militaires américano-sud-coréens ne sont pas des dossiers distincts."

 

Soulignant que l' "arrogance aveugle" américaine n'a produit aucun résultat positif, ne faisant que renforcer l' "anxiété" et exacerber la "sensibilité" de la RPDC, le commentaire de Xinhua conclut en appelant les Etats-Unis à changer d'attitude et en soulignant que c'est à eux de prendre à présent les bonnes décisions, en répondant positivement aux "branches d'olivier" tendues par la Pyongyang : "la balle est maintenant dans le camp de Washington."

"Croyez-le ou non, la région et le monde en général ne bénéficiera en rien d'une RPDC acculée au mur et téméraire. L'arrogance aveugle et la négligence constante face aux branches d'olivier tendues par le pays pourraient s'avérer le coup de grâce pour la nation isolée.

Tout comme l'a exhorté la Chine à plusieurs reprises, un dialogue basé sur la confiance est la seule issue à l'impasse qui perdure depuis des décennies et pour la reprise des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule, et cela a été approuvé par la communauté internationale.

Il est vivement souhaité que les Etats-Unis saisissent l'opportunité et répondent à la dernière offre par la positive. Après tout, la paix sur la péninsule et le rapprochement entre les ennemis de longue date nécessitent des actions réciproques. La balle est maintenant dans le camp de Washington."

 

Source :

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 14:50

Dans un article publié le 24 décembre 2014 sur le site de L’Obs, intitulé « Et si ce n’était pas la Corée du Nord qui avait piraté Sony ? », Paul Laubacher souligne que « pour de nombreux experts en cybersécurité, les preuves avancées par le FBI contre Pyongyang ne tiennent pas la route ». Nous reprenons ci-après les principaux éléments de leur démonstration, tout en observant que les principaux médias occidentaux (y compris français) – notamment ceux dits « de référence » - n’ont pas (pas encore ?) jugé utile de faire état des contre-enquêtes menées par des spécialistes en cybersécurité en réponse aux accusations (mal étayées) contre Pyongyang du Président américain Barack Obama et des agents du FBI, qu’ils ont complaisamment diffusées le plus largement possible. Toute vérité ne serait-elle pas bonne à dire ? En fait, pour ces médias, démentir serait reconnaître auprès de leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs que leurs journalistes ont été manipulés ou se sont laissé manipuler, en d’autres termes qu’ils n’ont pas jugé utile de vérifier ou contre-expertiser les « informations » et autres « révélations » du FBI, ce qui constitue pourtant le b.a.-ba du métier. Le coût de la révélation du mensonge – en termes de réputation, d’audience et donc d’argent - serait-il donc à ce prix ?

L'entrée des studios de Sony Pictures

L'entrée des studios de Sony Pictures

Dans l’article de L’Obs, Paul Laubacher rappelle tout d’abord quelles sont les « preuves » du FBI :


« - une analyse technique du logiciel malveillant, qui provoque l'effacement de données utilisé dans ce piratage, "révèle des liens" avec un autre logiciel malveillant que "le FBI sait avoir été développé par des Nord-Coréens". Le FBI évoque des "similarités" dans des lignes de codage spécifiques, le cryptage d'algorithmes et les méthodes d'effacement de données".

- selon l'agence fédérale, il existe des "chevauchements importants" entre les infrastructures (les serveurs et les ordinateurs) du piratage de Sony et celles utilisées dans d'autres attaques directement attribuées par le gouvernement américain à Pyongyang. Exemple : le FBI a découvert que plusieurs adresses IP, le numéro d'identification d'un ordinateur qui se connecte à internet, sont associées à des infrastructures nord-coréennes connues et étaient inscrites dans les codes du logiciel qui a infiltré Sony.

- les outils mobilisés dans le piratage de Sony présentent des "similarités" avec une cyber-attaque menée en mars 2013 contre des banques et des médias de Corée du Sud, qui avait été attribuée à la Corée du Nord. »

Or, ainsi que l’observe le site américain Vox, « aucune de ces preuves ne permet de conclure que la Corée du Nord est derrière le piratage de Sony », du fait notamment, comme le souligne Paul Laubacher citant largement Vox, que le partage est un principe de base dans le milieu des hackers.


Pour reprendre chacun des éléments de « preuve » avancés par le FBI, s’agissant du logiciel malveillant qui aurait été utilisé par la Corée du Nord dans de précédentes attaques (ce qu’elle nie, au demeurant), selon Paul Laubacher, la Corée du Nord aurait ainsi « pu utiliser un logiciel malveillant qui avait déjà été utilisé ailleurs. Ce qui met à mal l'hypothèse de la paternité nord-coréenne du logiciel qui a touché Sony ».

En ce qui concerne les adresses IP, selon Vox les serveurs et ordinateurs qui leur sont associés pourraient constituer une « infrastructure partagée et utilisée par de nombreux hackers », avec laquelle la Corée du Nord pourrait éventuellement avoir été en relation, mais toujours selon Vox « pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le piratage de Sony ».

Le PDG d’Errata Security, Robert Graham, également cité par Paul Laubacher observe également que tout se partage dans le milieu des hackers et que, pour lui « il est invraisemblable que la Corée du Nord ait pu développer son propre logiciel malveillant à partir de rien ».

Le magazine américain Wired a aussi eu très tôt des doutes quant à l’origine de l’attaque, en observant qu’un hacker compétent – et l’attaque contre Sony était sophistiquée – ne laisse pas de traces et n’est identifié que s’il a commis des erreurs ou s’il est dénoncé. Au contraire, ils sèment de faux indices : la demande de retrait de The Interview aurait ainsi eu pour but d’attirer l’attention sur les Nord-Coréens, qui au demeurant ont déclaré que les pirates étaient sensibles à leurs préoccupations concernant The Interview… Des médias occidentaux en ont hâtivement conclu que, si ce n'était pas des hackers nord-coréens, il ne pouvait s’agir que de leurs agents. Mais les hackers ont manifestement agi pour des raisons financières, réclamant très rapidement de grosses sommes, en menaçant sinon de publier des données confidentielles, ce qu’ils ont effectivement fait ensuite. Or en termes d’argent, Sony Pictures a davantage les moyens de payer que la Corée du Nord de financer des mercenaires.

Il reste en effet à identifier (ou tenter d’identifier, tant les responsabilités peuvent être imbriquées) les vrais suspects, ainsi que leurs mobiles. Kurt Stammberger, PDG de l’entreprise Norse « qui suit les attaques informatiques en temps réel » comme le précise Paul Laubacher, le doute n’est pas permis : à l’issue de l’enquête qu’il a menée, et dont il a livré les résultats dans une interview donnée à CBS « Sony n'a pas juste été piraté. L’entreprise a été atomisée de l'intérieur ». Kurt Stammberger a identifié une certaine Lena, association au groupe des Gardiens de la paix qui se présentent comme les auteurs de l’attaque contre Sony. Lena est une ancienne employée de Sony pendant dix ans (jusqu’en mai 2014), qui aurait contacté plusieurs médias après le piratage du groupe américain. L’hypothèse est audacieuse, plus difficile à démontrer que la non-implication des Nord-Coréens, mais mérite d’être prise en considération.

Alors que certaines voix, aux Etats-Unis, ont réclamé que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) soit réinscrite sur la liste des Etats soutenant le terrorisme, le département d’Etat américain a refusé en déclarant que de telles sanctions ne seraient pas efficaces… mais le critère du manque d’efficacité n’a pas empêché Washington, par le passé, de toujours renforcer davantage un régime de sanctions aujourd’hui le plus draconien au monde. La vérité est ailleurs : la RPD de Corée n’a rien à voir avec le terrorisme, et le piratage d’une entreprise comme Sony ne relève d’ailleurs en aucun cas d’un acte qualifié de terroriste en droit international. Même Barack Obama a dû ensuite rétropédaler en déclarant que le piratage de Sony n’était pas un acte de guerre mais du vandalisme – si les mots ont un sens, il semble donc que le Président américain sache que le piratage de Sony est étranger à Pyongyang. Mais peut-il à présent reconnaître avoir menti, quand plusieurs de ses prédécesseurs ont dû laisser leur poste après être passé aux aveux ?

Pendant ce temps, la machine médiatique s’emballe : les récentes coupures du réseau Internet de la Corée du Nord sont interprétées comme les mesures de rétorsion des tout-puissants Américains. Washington se tait. Mais outre que les hackers liés au Gouvernement américain agiraient sans doute de manière plus agressive qu’une simple interruption du réseau nord-coréen, celle-ci peut être le fait de groupes de hackers bien moins organisés, car ne nécessitant pas une grande sophistication. A cet égard, la Corée du Sud (pays le plus connecté au monde) ne manque pas d’activistes anti-Corée du Nord qui, à la nouvelle que le film The Interview avait été largement déprogrammé, ont pu décider de faire justice eux-mêmes, en toute impunité grâce à la protection dont ils bénéficient de la part des autorités sud-coréennes… Mais ce n’est qu’une hypothèse. En tout cas, la surréaction de Barack Obama a entraîné des réactions en chaîne, en encourageant les groupes de pirates du monde entier à frapper la Corée du Nord, traduisant une attitude irresponsable fustigée par Pyongyang, qui a d'ailleurs évoqué des représailles. Il n’y a ainsi pas que dans le domaine conventionnel que les Etats-Unis sont capables de déclencher des guerres.

Principale source :

« - une analyse technique du logiciel malveillant, qui provoque l'effacement de données utilisé dans ce piratage, "révèle des liens" avec un autre logiciel malveillant que "le FBI sait avoir été développé par des Nord-Coréens". Le FBI évoque des "similarités" dans des lignes de codage spécifiques, le cryptage d'algorithmes et les méthodes d'effacement de données". 

« - selon l'agence fédérale, il existe des "chevauchements importants" entre les infrastructures (les serveurs et les ordinateurs) du piratage de Sony et celles utilisées dans d'autres attaques directement attribuées par le gouvernement américain à Pyongyang. Exemple : le FBI a découvert que plusieurs adresses IP, le numéro d'identification d'un ordinateur qui se connecte à internet, sont associées à des infrastructures nord-coréennes connues et étaient inscrites dans les codes du logiciel qui a infiltré Sony.

« - les outils mobilisés dans le piratage de Sony présentent des "similarités" avec une cyber-attaque menée en mars 2013 contre des banques et des médias de Corée du Sud, qui avait été attribuée à la Corée du Nord ».
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 18:19

Après le piratage dont a été victime Sony Pictures, Barack Obama et le FBI ont cru bon de devoir accuser la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui a nié toute implication, tout en rejetant la proposition nord-coréenne de mener une enquête conjointe. Par ailleurs, les menaces de rétorsion américaines, qui auraient pu être conduites rapidement, ne semblent pas s'être (encore ?) concrétisées. Et pour cause : pour de nombreux experts, ainsi que pour la minorité de journalistes occidentaux ne se contentant pas de  reproduire les éléments de langage du gouvernement américain, la mise en accusation de la RPD de Corée n'est pas fondée. En outre, elle constitue un exutoire commode après les graves failles de la sécurité informatique de Sony Pictures qu'a révélées l'attaque informatique. En particulier, Guerric Poncet a titré un de ses articles publié par Le Point : "Sony : pourquoi la Corée du Nord n'est probablement pas responsable" - le "probablement" étant de mise, faute de pouvoir conclure définitivement en l'absence de preuves. Nous reproduisons et analysons ci-après les principales conclusions du chroniqueur du Point.

L'entrée des studios Sony Pictures Entertainment

L'entrée des studios Sony Pictures Entertainment

 

Guerric Poncet souligne d'emblée que la mise en accusation de la RPD de Corée constitue "une piste très fragile, voire peu crédible", car apparue a posteriori après de premières (et classiques) demandes de rançon par les pirates de Sony :

"La presse américaine a dévoilé que cinq dirigeants de Sony ont reçu une lettre de menaces demandant de l'argent, avant que les soupçons ne commencent à se porter sur la Corée du Nord. C'est alors que l'exigence de l'annulation de la sortie du film The Interview a émergé : ce décalage est pour le moins étrange."

En fait, les pirates informatiques ont toujours intérêt à suggérer l'interférence d'un Etat pour que les soupçons ne se portent pas sur eux. Pour le FBI, la Corée du Nord constituait "le coupable idéal" (pour reprendre l'expression de Guerric Poncet), dont les réfutations seraient naturellement rejetées par la grande majorité des médias occidentaux.  

Mais qui a alors pu piraté Sony Pictures ? Guerric Poncet évoque plusieurs pistes :

"La piste de l'ancien employé. La bonne connaissance des défenses de Sony par les hackers semble indiquer qu'au moins un ancien employé les a aidés. Il pourrait même s'agir de l'acte isolé d'un ancien collaborateur voulant se venger, après un licenciement par exemple.

La piste chinoise. Les armées de hackers chinois sont (comme les Américains !) spécialistes de l'usurpation d'identité et peuvent aisément faire transiter leurs attaques par la Corée du Nord. De manière générale, un cyberattaquant fera systématiquement croire que le piratage provient d'un autre pays. Mais le mobile reste dans ce cas un peu flou : pourquoi Sony ? Certains évoquent la haine historique entre la Chine et le Japon (patrie d'origine de Sony), et notamment des groupes de hackers voulant venger le massacre de Nankin en décembre 1937, il y a tout juste 77 ans.

La piste du concurrent. Les studios concurrents, s'ils peuvent être inquiets pour leur sécurité après les révélations, ne peuvent que se réjouir des mésaventures de Sony Pictures. Le mobile est évident, mais il est toutefois peu probable qu'une entreprise pour laquelle le marché américain est vital prenne le risque de commanditer un tel acte et de se faire prendre par le FBI. Ces trois pistes pourraient aussi n'en constituer qu'une seule : les synergies sont courantes dans le monde du hacking..."

Dans la mesure où les autorités américaines ont demandé une coopération à la Chine (qui en a accepté le principe), il semble que la piste chinoise soit prise au sérieux par le FBI. Mais elle n'est pas la seule. Après la désignation de principe du coupable idéal - pour satisfaire une partie de l'opinion publique - par un président américain minoritaire au Congrès (en effet, l'extrême droite américaine n'a pas apprécié le récent rapprochement avec Cuba), le FBI doit maintenant trouver les vrais responsables, alors que la divulgation d'autres données sensibles a été promise par les pirates.

Quant aux mesures de rétorsion contre la Corée du Nord, elles ne sont évidemment pas à l'ordre du jour. Leur annonce relevait d'une stratégie de communication, et les Etats-Unis n'ont d'ailleurs pas pris les moyens d'une action offensive. Comme le conclut Guerric Poncet :

"si l'opinion publique américaine réclame une vengeance, la décision de la Maison-Blanche de confier l'affaire au bureau fédéral d'investigation plutôt qu'au Commandement des opérations cybernétiques (Cyber Command) de l'armée montre qu'une action offensive ne semble pas à l'ordre du jour. Il y a d'ailleurs, là encore, une absurdité : si le FBI dispose de preuves aussi solides qu'il l'affirme contre Pyongyang, il est illogique qu'aucune riposte ne soit déclenchée. La doctrine cyber présentée par Hillary Clinton en 2010 prévoit une réplique immédiate aux cyberattaques... Il va falloir attendre que les pirates se manifestent de nouveau pour en savoir plus."

La RPDC et le film The Interview n'étaient que des prétextes, et le FBI le sait. L'affaire du piratage de Sony ne fait donc sans doute que commencer.

 

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 00:01

Après la vaste opération de piratage qui a touché l'entreprise Sony Pictures, et qui l'a conduite à déprogrammer la sortie en salles (prévue pour Noël) du film The Interview, racontant un complot de la CIA pour assassiner le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, les Etats-Unis, par la voix du Président Barack Obama, ont accusé le 19 décembre 2014 la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'être à l'origine d'un des piratages les plus spectaculaires de l'histoire américaine (le manque à gagner a été estimé à un demi-milliard de dollars par Sony), et qui  selon eux a mis en danger la sécurité nationale. Dès le lendemain, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a répondu que Pyongyang "sans aller jusqu'à recourir à la torture comme l'a fait la CIA américaine, a les moyens de prouver qu'il n'a rien à voir avec cet incident". Les autorités nord-coréennes ont ajouté que les Etats-Unis devaient apporter des preuves à l'appui de leurs graves accusations, et qu'elles étaient prêtes à participer à une enquête conjointe - ce qu'a immédiatement rejeté Washington - faute de quoi les Etats-Unis s'exposeraient à "de graves conséquences". L'"affaire Sony" illustre une nouvelle fois la puissance de l'antagonisme entre la RPD de Corée et les Etats-Unis, ces derniers ayant menacé de répliquer contre Pyongyang tout en précisant qu'ils ne dévoileraient pas les méthodes qu'ils emploieraient : pour la superpuissance américaine, dans la cyberguerre, tous les coups semblent bel et bien permis.

La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.

La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.

Mais que sait-on au juste des pirates (hackers) de Sony Pictures ? Se faisant appeler "les gardiens de la paix", s'exprimant dans un anglais qui n'est pas leur langue maternelle, ils dénoncent non seulement la menace que représente selon eux le film The Interview pour la paix régionale, mais aussi la cupidité du groupe américain qui avait bénéficié d'une exceptionnelle couverture médiatique - promesse de juteuses rentrées d'argent par la vente des places - grâce à la polémique née (et recherchée) autour du film. Dans d'autres messages, les pirates réclament une rançon... ce qui est le principe historique même de la piraterie. Ils sont en tout état de cause organisés et professionnels, et auraient pu opérer depuis un hôtel de luxe en Thaïlande ou encore depuis un serveur basé en Bolivie.

La piste nord-coréenne, selon le FBI, se fonde donc essentiellement sur le mobile des hackers, faute de preuves matérielles - les similitudes, selon Séoul, avec des attaques passées contre des entreprises et des institutions sud-coréennes restant à étayer. Au demeurant, la Corée du Nord avait elle aussi subi, notamment en 2013, des attaques informatiques sophistiquées de grande ampleur revendiquées par des groupes d'"Anonymous", où d'aucuns auraient pu aussi voir la main de Washington ou de Séoul... En matière de cyberguerre nul ne doit être naïf, et quand Barack Obama a promis des représailles dont il a refusé de préciser la forme, il s'est délibérement placé sur un terrain qui n'est en aucune façon juridique : se faire justice soi-même ne relève d'aucun système de droit accepté et reconnu.

Au demeurant, les Nord-Coréens ne sont pas les seuls à avoir des griefs contre le film The Interview. En Chine, le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste, a mis en cause ce qu'il a dénoncé comme l'arrogance culturelle américaine en estimant que les Etats-Unis avaient eu tort de mettre en scène la mort du dirigeant nord-coréen suite à un complot de  la CIA - prouvant ainsi, si besoin était, que ce serait une erreur de considérer que les normes culturelles occidentales seraient (forcément) universelles. La compréhension du monde actuel, pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent réellement avancer vers un ordre international plus juste et plus pacifique, exige de savoir sortir des ornières de l'occidentalo-centrisme.

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 22:08

Les trois Américains qui étaient détenus en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont désormais libres et de retour aux Etats-Unis : après Jeffrey Fowle, libéré il y a deux semaines, Kenneth Bae et Matthew Todd Miller - qui avaient, pour leur part, été condamnés à de lourdes peines - ne sont plus détenus en RPDC, ainsi que l'ont annoncé les médias occidentaux ce 9 novembre 2014. Il n'y a donc plus désormais de prisonniers américains en Corée du Nord. Le directeur du renseignement national (DNI) des Etats-Unis, James Clapper, placé sous l'autorité directe du Président Barack Obama, s'est rendu à Pyongyang, d'où il est revenu accompagné de  Kenneth Bae et Matthew Todd Miller, à l'issue de "discussions avec la RPDC" dont rien n'a filtré. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) se félicite de cet heureux dénouement, qui signifie un geste des autorités nord-coréennes à l'égard des trois Américains qu'elle détenait. Au-delà de leur sort, c'est aussi - et peut-être surtout - un nouveau signe d'ouverture de la RPD de Corée vis-à-vis des Etats-Unis : l'AAFC espère que pourra ainsi s'engager le retour au dialogue dans la péninsule coréenne pour régler les questions en suspens, et que Washington acceptera de serrer la main tendue par Pyongyang.

L'Américain d'origine coréenne Kenneth Bae, à son retour de RPDC où il avait été condamné

L'Américain d'origine coréenne Kenneth Bae, à son retour de RPDC où il avait été condamné

Le fait est à notre connaissance sans précédent dans les relations bilatérales entre les Etats-Unis et la RPD de Corée : la visite du principal responsable du renseignement des Etats-Unis pour obtenir la libération de citoyens américains emprisonnés, et un heureux dénouement salué par le Président Barack Obama en personne, à l'issue de tractations - qui semblent avoir été longues - entre les gouvernements américain et nord-coréen.

Ce genre d'événement ne donne pas lieu habituellement à de nombreux commentaires - à commencer par les éventuelles contreparties obtenues par la partie (ici, la RPDC) ayant fait un geste, et que nie (forcément) la partie qui les aurait accordées. Tout juste saura-t-on que James Clapper était porteur d'une lettre du Président Obama, dont rien n'a filtré sinon l'attachement des Etats-Unis aux droits de l'homme... mais croit-on sincèrement qu'un tel courrier ait pu se limiter à ce contenu ? En l'espèce, on ne sait pas non plus qui James Clapper a rencontré en Corée du Nord, ni a fortiori de quoi il a pu discuter.

Mais l'essentiel est sans doute ailleurs : un canal de dialogue entre les deux pays s'est ouvert, et c'est une excellente nouvelle pour tous ceux qui espèrent la reprise de discussions en vue de trouver des solutions diplomatiques aux tensions, toujours persistantes, autour de la péninsule coréenne. Mais les Etats-Unis voudront-ils continuer à discuter avec la RPDC, alors que de toute évidence le dialogue s'est engagé à l'initiative de la partie nord-coréenne ? Le récent succès des républicains aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis ne crée pas, à cet égard, de conditions particulièrement favorables.

Un point, enfin, mérite d'être souligné : à la différence de leur compatriote Jeffrey Fowle, libéré deux semaines plus tôt, Matthew Miller et Kenneth Bae avaient été condamnés, pour des faits qui touchent à l'espionnage. En particulier, Matthew Miller, pendant son procès, avait déclaré avoir déchiré son visa non pas en vue de demander l'asile politique (comme il l'avait alors déclaré, selon son témoignage diffusé par les autorités nord-coréennes), mais en réalité pour être condamné et témoigner sur les prisons nord-coréennes, afin de les dénoncer. Son séjour auparavant en Corée du Sud, ainsi que son intérêt pour la partie Nord de la péninsule, accréditent l'hypothèse de sa proximité avec les activistes anti-RPDC, eux-mêmes liés aux milieux du renseignement américain et sud-coréen. Dès lors, est-il si surprenant qu'un dirigeant du renseignement américain négocie et obtienne leur libération ? Les familles des deux intéressés s'étaient tenues à une grande discrétion pendant leur détention. Il y a maintenant fort à parier que Kenneth Bae et Matthew Miller se taisent, contrairement à Jeffrey Fowle qui a reconnu, après son retour, avoir délibérément fait du prosélytisme religieux en Corée du Nord. Sa libération plus précoce indique néanmoins que les faits qui lui étaient reprochés étaient moins lourds qu'en ce qui concerne ses deux compatriotes qui avaient été, quant à eux, condamnés à de lourdes peines.

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 21:28

Le principal combat mené par l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) est la lutte pour la réunification de la péninsule coréenne. Elle contribue ainsi, à son niveau,  à favoriser le dialogue entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et la République de Corée (du Sud). Malheureusement, la péninsule ayant été divisée non pas par les Coréens eux-mêmes mais par les grandes puissances de la Guerre Froide, États-Unis en tête (ce sont d’ailleurs deux officiers américains qui ont tracé le 38e parallèle), la problématique de la réunification est encore soumise à la volonté de cette puissance tutélaire, toujours présente militairement en Corée du Sud et au Japon. Or, une fois de plus, l’administration Obama vient de témoigner du « régime spécial » qu’elle réserve à la péninsule coréenne, plus que jamais déterminée à diviser (par la force) le peuple coréen, en excluant la péninsule coréenne de leur engagement à ne pas recourir aux mines antipersonnel.

Sur cette carte, les Etats en bleu font partie de la convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelf

Sur cette carte, les Etats en bleu font partie de la convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelf

Les lecteurs du blog de l’AAFC le savent, la péninsule coréenne est divisée depuis 1948 entre, au Nord, la RPDC dont la capitale est Pyongyang, et, au Sud, la République de Corée dont la capitale est Séoul. Les deux pays, malgré des relations en dent de scie, se sont mutuellement reconnus en 1992 et poursuivent un idéal de réconciliation en dehors de toute ingérence étrangère. Ce principe a été mis au jour lors d’une réunion bilatérale de 1972, dont on peut retrouver les principaux points dans un court texte de Kim Il-sung (président de la République Populaire et Démocratique de Corée) daté de 1972, Des Trois Principes pour la Réunification de la Patrie.

Entre les deux Corées se situe une zone tampon de quatre kilomètres de large, la zone démilitarisée, qui, comme son nom ne l’indique pas, constitue la frontière la plus militarisée de la planète, et où l’armée américaine est stationnée en permanence. Outre un mur construit par les États-Unis et seulement visible du Nord, cette frontière constitue aussi le plus grand champ de mines du monde, ce qui permet d'empêcher physiquement tout contact entre les deux parties d’une même nation. Cette barrière, presque hermétique (certains militaires américains ont pu la traverser pour aller s’établir en Corée du Nord), fait régulièrement l’actualité : ainsi, l’année dernière, un Sud-Coréen voulant fuir au Nord a été tué de plusieurs dizaines de coups de feu tiré par les soldats sud-coréens alors qu’il tentait de traverser à la nage le fleuve faisant office de « frontière » intercoréenne.

Récemment, une offensive diplomatique de l’administration Obama a mis à nu le double discours des États-Unis sur la péninsule coréenne : en effet, trois mois après avoir annoncé la destruction d’une partie de son stock de mines antipersonnelles, la porte-parole du secrétariat d’État Jennifer Psaki a annoncé le 23 septembre 2014 un régime d’exception portant sur la péninsule coréenne. De fait, les États-Unis (premier producteur et exportateur d’armes au monde) luttent contre la prolifération des mines antipersonnelles, à l’exception de là où elles divisent les peuples, à savoir au beau milieu de la péninsule coréenne.

Ainsi se trahissent les contradictions de la diplomatie américaine : alors que Washington cherche à obtenir des concessions de Pyongyang sur ses programmes spatiaux et nucléaires via le plus vieil embargo de la planète, les autorités américaines entendent bien continuer de séparer par des champs de mines antipersonnelles la nation coréenne.


Il est plus qu’urgent de considérer le problème dans l’autre sens, à savoir diminuer la tension dans la péninsule coréenne en cessant les ingérences étrangères, et surtout, en abattant les frontières militaires, physiques ou légales dressées par les Grandes Puissances entre les deux parties du peuple coréen.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 11:01

L'agence américaine Associated Press (AP), qui dispose de bureaux à Pyongyang, a pu rencontrer et interroger, le 1er août 2014, deux citoyens des Etats-Unis détenus en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour "crimes contre l'Etat", dans l'attente imminente de leur procès : Jeffrey Edward Fowle (56 ans) et Matthew Todd Miller (24 ans). Selon AP, les deux hommes ont demandé l'aide du gouvernement américain, mais Jeffrey Fowle indique n'avoir reçu "aucune réponse". Les entretiens faisaient suite aux demandes répétées de l'agence AP, auxquelles les autorités nord-coréennes ont donc accepté de répondre positivement. Ce geste humanitaire vis-à-vis des deux détenus et de leurs familles indique également que la RPDC laisse la porte ouverte à des négociations avec le gouvernement américain, ce qui pourrait alors conduire à une mesure de clémence vis-à-vis de Jeffrey Fowle et Matthew Miller - comme ce fut le cas par le passé vis-à-vis des autres Américains arrêtés en RPDC depuis l'armistice de la fin de la guerre de Corée, la visite de Bill Clinton en 2009 ayant par exemple abouti à la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee qui étaient entrées illégalement en Corée du Nord.

Jeffrey Fowle

Jeffrey Fowle

Matthew Miller

Matthew Miller

La rencontre entre l'agence AP et Jeffrey Fowle et Matthew Miller, arrêtés l'un et l'autre depuis plus de trois mois, avait été autorisée à condition de ne pas rendre public le lieu où s'est déroulé l'entretien. Les journalistes américains ont pu leur poser des questions et ont diffusé une vidéo d'eux. Jeffrey Fowle a montré une lettre qu'il avait écrite en RPDC.

Les deux hommes, qui n'étaient pas en costume de prisonnier, ont déclaré être en bonne santé et bien traités, et autorisés à faire des sorties quotidiennes. Mais ces conditions pourraient changer après l'ouverture de leur procès, a indiqué Jeffrey Fowle.

Matthew Miller est entré en RPDC le 10 avril 2014. Selon l'agence de presse nord-coréenne KCNA, il a déchiré son visa à son arrivée en Corée et crié qu'il demandait l'asile politique. Ayant vécu en Corée du Sud il y a quatre ans, après avoir rendu visite à son frère qui y servait dans l'armée de l'air, il avait enseigné l'anglais et appris le coréen au Sud de la péninsule, comme l'a précisé une de ses voisines, Carol Stewart, dans un entretien donné le 1er juillet. Carol Stewart n'a ensuite plus parlé aux médias, sur la demande de la famille de Matthew Miller.

Entré en RPDC le 29 avril 2014, Jeffrey Fowle a déclaré qu'il avait été arrêté après avoir laissé une bible dans un lieu public (une discothèque) qu'il visitait avec son groupe à Chongjin. Selon sa famille, Jeffrey Fowle n'était pas en mission pour son église. Marié et père de trois enfants, il a ajouté : "Les perspectives sont plutôt sombres en ce qui me concerne. Je ne sais pas quel pourrait être le pire scénario, mais j'ai besoin d'aide pour me sortir de cette situation. Je demande donc au Gouvernement de m'aider". Il a précisé n'avoir reçu aucune réponse des autorités américaines.

La même remarque sur une demande d'aide et son absence de réponse a été formulée par Matthew Miller, dans l'attente d'un procès devrait avoir lieu prochainement (peut-être d'ici un mois selon Jeffrey Fowle) et conduire à des condamnations à de longues peines de prison pour "crimes contre l'Etat". Les actes hostiles qu'ils ont commis méconnaissaient leur statut de touristes, selon les autorités nord-coréennes, qui n'ont pas encore annoncé publiquement la date des procès.

Un troisième Américain est détenu en Corée du Nord : Pae Jun-ho (Kenneth Bae) a été arrêté en novembre 2012 et condamné en mai 2013 à quinze ans de travaux forcés, pour prosélytisme religieux et espionnage. Le cas de Kenneth Bae est plus complexe, non pas tant en raison de ses origines coréennes que du fait qu'il s'était déjà rendu à plusieurs reprises en RPDC et que les faits incriminés apparaissaient plus lourds que pour Jeffrey Fowle et Matthew Miller. Selon toutes apparences plus soucieuses du cas de Kenneth Bae que de ceux de Jeffrey Fowle et Matthew Miller, les autorités américaines ont demandé à plusieurs reprises la libération de Kenneth Bae, en arguant notamment de son état de santé. Sa mère avait été autorisée à lui rendre visite en octobre 2013. Dans un entretien qu'il a récemment donné aux Nord-Coréens du Japon, il a déclaré se sentir "abandonné" par le gouvernement américain.

Sur la base des observations de l'agence RIA Novosti citant une ONG américaine, le Centre d'information sur la peine de mort, les remarques du gouvernement américain concernant les conditions de détention de ses deux ressortissants en attente de jugement ne peuvent pas être considérées comme valables par Pyongyang au regard des propres pratiques de la justice américaine et ne font ainsi que diminuer les chances des trois Américains d'être libérés. Selon Ria Novosti, "les Etats-Unis sont connus pour mener une politique étonnamment similaire (NdA : à celle de la Corée du Nord) concernant les détenus étrangers" en ce qui concerne les motifs des arrestations et les condamnations. Trente étrangers ont même été arrêtés et exécutés aux Etats-Unis depuis 1979 sans avoir eu accès aux autorités consulaires de leur pays, en méconnaissance des dispositions de l'article 36 de la convention de Vienne sur les relations consulaires.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 15:44

En juillet 2014, la République populaire démocratique (RPDC, Corée du Nord) a accueilli 38 fonctionnaires et représentants du monde économique sud-coréens pour une visite d’une semaine dans le port de Rajin, formant avec Sonbong la zone économique spéciale (ZES) de Rason, près de la frontière avec la Fédération de Russie. Ceux-ci se sont déclarés favorables au projet, malgré les appels pressants des Etats-Unis à rejoindre un front commun de sanctions contre la Russie suite aux événements d'Ukraine. Le choix de la Corée du Sud de soutenir le projet russo-nord-coréen de relier le Transsibérien à la péninsule coréenne permettrait de dynamiser la ZES de Rason et ferait bénéficier la Corée du Sud d’un approvisionnement en charbon russe. Il ferait aussi progresser les relations intercoréennes

Une participation sud-coréenne au projet de « rail eurasien » pour dynamiser la zone économique spéciale de Rason?

Située sur la rive ouest de la rivière Tumen, la zone économique spéciale de Rajin-Sonbong, d'une superficie de 746 km², a été fondée en 1991 sous la juridiction du Comité de la coopération économique extérieure de la République populaire démocratique de Corée afin d’accueillir des investisseurs étrangers intéressés par le potentiel économique et géographique de la Corée du Nord. Renommée Rason en 2000, cette zone économique spéciale - inspirée des modèles de Hong Kong et de Macao - constitue la première ouverture de la RPDC sur l’économie mondiale, bénéficiant d'une juridiction spéciale. Cette zone intègre un centre de transit de cargos, une plate-forme de correspondance (hub) pour les exportations de la RPDC mais aussi une zone touristique avec plusieurs parcours guidés. En 1996, la ZES abritait déjà 51 entreprises étrangères pour un total de 37 millions de dollars investis et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO) estimait alors que l’investissement total se porterait à 150 millions de dollars. Son statut a été modifié en 2010 pour lui accorder une plus grande autonomie. En 2012, la ZES a accueilli sa première foire internationale consacrée au commerce.

 

Rason s’appuie notamment sur un complexe de trois ports qui en font sa force majeure : Rajin, Sonbong et Chongjin, dont les capacités cumulées atteignent 14 millions de tonnes. La localisation du site de la ZES, à l’embouchure du fleuve Tumen, a d’abord attiré l’attention du gouvernement et d’investisseurs chinois qui percevaient Rason comme une manière de désenclaver économiquement les trois provinces du nord-est de la Chine (Liaoning, Jilin et Heilongjiang). Depuis, la République populaire de Chine est le premier investisseur de la zone et opère deux jetées dans le port, une pour l’exportation de charbon et l’autre pour les containers. L’Université de Yanbian a conclu le 7 juin dernier un partenariat avec la ZES de Rason pour offrir formation et soutien juridique à celle-ci. La Russie s’est également très tôt intéressée aux possibilités offerte par cette zone économique spéciale située juste à sa frontière : elle suit la Chine en termes d’investissements et opère une jetée utilisée pour le charbon. Les connections terrestres avec la Chine ont été rénovées en 2010 et depuis un accord de 2008 entre le dirigeant de la RPD de Corée Kim Jong-il et le président russe Vladimir Poutine, la RPDC et la Russie ont achevé de restaurer en septembre 2013 une liaison ferroviaire de 54 kilomètres entre la ville russe de Khasan et Rason.

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

C’est dans ce contexte de projet ferroviaire qu’est intervenue, en juillet 2014, la visite d’une semaine de 38 fonctionnaires et représentants économiques sud-coréens appartenant à la compagnie ferroviaire KORAIL, à l’aciériste POSCO et à la compagnie maritime Hyundai Merchant Marine Co, à l'invitation du gouvernement de la RPDC. Cette visite avait pour but de décider de la faisabilité d’une participation sud-coréenne au projet russo-nord-coréen de connecter le Transsibérien via Khasan à la ville de Rajin. Les représentants de ce consortium trilatéral ainsi que les envoyés gouvernementaux se sont déclarés intéressés par les possibilités offertes par ce projet. Les trois entreprises envisagent donc de réaliser un transport-test de charbon russe par voie ferrée jusque Rajin puis de l’expédier par mer vers le port sud-coréen de Pohang. Si cette participation devait se concrétiser, il semble que le consortium sud-coréen achèterait la moitié des parts de la Russie dans la nouvelle jetée construite à Rajin, capable de recevoir 4 millions de tonnes de charbon. Un tel projet dynamiserait indubitablement la ZES de Rason en la transformant en plaque tournante pour le transport international.

 

Cette initiative économique bénéficie d’un soutien ferme des autorités sud-coréennes et russes : la présidente sud-coréenne Park Geun-hye et le président russe Vladimir Poutine sont tombés d’accord lors d’une rencontre en novembre 2013 à Séoul sur le soutien à apporter à l’implantation des firmes sud-coréennes dans ce projet. De plus, Park Geun-hye met en avant comme vision politique de son mandat une « initiative eurasienne », appelant à la construction de plus d’infrastructures de transport et à la libération du commerce entre toutes les nations eurasiennes pour créer un marché commun géant rivalisant avec l’Union Européenne. Le gouvernement nord-coréen est très favorable à cette participation sud-coréenne dans ce projet et espère qu’il constituera un terreau fertile pour faire avancer les relations intercoréennes.

 

En revanche, le choix opéré par la Corée du Sud, qui la rapprocherait de la Fédération de Russie, s'oppose frontalement aux récents appels lancés par les Etats-Unis. Suite à une réunion le 28 juillet 2014 avec des représentants français, allemands, britanniques et italiens pour décider des sanctions à appliquer contre la Russie, le secrétaire assistant adjoint au Counter Threat Finance and Sanctions (TFS) du département d’Etat américain, Peter Harrell, en visite à Séoul, s’est rendu au ministère des Affaires étrangères pour demander la coopération sud-coréenne dans ce front commun de sanctions. Le gouvernement sud-coréen a répondu via un communiqué que l’annexion de la Crimée par la Russie n’était pas acceptable. Il n'a cependant annoncé aucune sanction à l’encontre de la Fédération de Russie, afin de ne pas détériorer les relations bilatérales avec un potentiel partenaire majeur dans un projet intéressant toute l'Asie orientale.

 

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