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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 14:50

Dans un article publié le 24 décembre 2014 sur le site de L’Obs, intitulé « Et si ce n’était pas la Corée du Nord qui avait piraté Sony ? », Paul Laubacher souligne que « pour de nombreux experts en cybersécurité, les preuves avancées par le FBI contre Pyongyang ne tiennent pas la route ». Nous reprenons ci-après les principaux éléments de leur démonstration, tout en observant que les principaux médias occidentaux (y compris français) – notamment ceux dits « de référence » - n’ont pas (pas encore ?) jugé utile de faire état des contre-enquêtes menées par des spécialistes en cybersécurité en réponse aux accusations (mal étayées) contre Pyongyang du Président américain Barack Obama et des agents du FBI, qu’ils ont complaisamment diffusées le plus largement possible. Toute vérité ne serait-elle pas bonne à dire ? En fait, pour ces médias, démentir serait reconnaître auprès de leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs que leurs journalistes ont été manipulés ou se sont laissé manipuler, en d’autres termes qu’ils n’ont pas jugé utile de vérifier ou contre-expertiser les « informations » et autres « révélations » du FBI, ce qui constitue pourtant le b.a.-ba du métier. Le coût de la révélation du mensonge – en termes de réputation, d’audience et donc d’argent - serait-il donc à ce prix ?

L'entrée des studios de Sony Pictures

L'entrée des studios de Sony Pictures

Dans l’article de L’Obs, Paul Laubacher rappelle tout d’abord quelles sont les « preuves » du FBI :


« - une analyse technique du logiciel malveillant, qui provoque l'effacement de données utilisé dans ce piratage, "révèle des liens" avec un autre logiciel malveillant que "le FBI sait avoir été développé par des Nord-Coréens". Le FBI évoque des "similarités" dans des lignes de codage spécifiques, le cryptage d'algorithmes et les méthodes d'effacement de données".

- selon l'agence fédérale, il existe des "chevauchements importants" entre les infrastructures (les serveurs et les ordinateurs) du piratage de Sony et celles utilisées dans d'autres attaques directement attribuées par le gouvernement américain à Pyongyang. Exemple : le FBI a découvert que plusieurs adresses IP, le numéro d'identification d'un ordinateur qui se connecte à internet, sont associées à des infrastructures nord-coréennes connues et étaient inscrites dans les codes du logiciel qui a infiltré Sony.

- les outils mobilisés dans le piratage de Sony présentent des "similarités" avec une cyber-attaque menée en mars 2013 contre des banques et des médias de Corée du Sud, qui avait été attribuée à la Corée du Nord. »

Or, ainsi que l’observe le site américain Vox, « aucune de ces preuves ne permet de conclure que la Corée du Nord est derrière le piratage de Sony », du fait notamment, comme le souligne Paul Laubacher citant largement Vox, que le partage est un principe de base dans le milieu des hackers.


Pour reprendre chacun des éléments de « preuve » avancés par le FBI, s’agissant du logiciel malveillant qui aurait été utilisé par la Corée du Nord dans de précédentes attaques (ce qu’elle nie, au demeurant), selon Paul Laubacher, la Corée du Nord aurait ainsi « pu utiliser un logiciel malveillant qui avait déjà été utilisé ailleurs. Ce qui met à mal l'hypothèse de la paternité nord-coréenne du logiciel qui a touché Sony ».

En ce qui concerne les adresses IP, selon Vox les serveurs et ordinateurs qui leur sont associés pourraient constituer une « infrastructure partagée et utilisée par de nombreux hackers », avec laquelle la Corée du Nord pourrait éventuellement avoir été en relation, mais toujours selon Vox « pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le piratage de Sony ».

Le PDG d’Errata Security, Robert Graham, également cité par Paul Laubacher observe également que tout se partage dans le milieu des hackers et que, pour lui « il est invraisemblable que la Corée du Nord ait pu développer son propre logiciel malveillant à partir de rien ».

Le magazine américain Wired a aussi eu très tôt des doutes quant à l’origine de l’attaque, en observant qu’un hacker compétent – et l’attaque contre Sony était sophistiquée – ne laisse pas de traces et n’est identifié que s’il a commis des erreurs ou s’il est dénoncé. Au contraire, ils sèment de faux indices : la demande de retrait de The Interview aurait ainsi eu pour but d’attirer l’attention sur les Nord-Coréens, qui au demeurant ont déclaré que les pirates étaient sensibles à leurs préoccupations concernant The Interview… Des médias occidentaux en ont hâtivement conclu que, si ce n'était pas des hackers nord-coréens, il ne pouvait s’agir que de leurs agents. Mais les hackers ont manifestement agi pour des raisons financières, réclamant très rapidement de grosses sommes, en menaçant sinon de publier des données confidentielles, ce qu’ils ont effectivement fait ensuite. Or en termes d’argent, Sony Pictures a davantage les moyens de payer que la Corée du Nord de financer des mercenaires.

Il reste en effet à identifier (ou tenter d’identifier, tant les responsabilités peuvent être imbriquées) les vrais suspects, ainsi que leurs mobiles. Kurt Stammberger, PDG de l’entreprise Norse « qui suit les attaques informatiques en temps réel » comme le précise Paul Laubacher, le doute n’est pas permis : à l’issue de l’enquête qu’il a menée, et dont il a livré les résultats dans une interview donnée à CBS « Sony n'a pas juste été piraté. L’entreprise a été atomisée de l'intérieur ». Kurt Stammberger a identifié une certaine Lena, association au groupe des Gardiens de la paix qui se présentent comme les auteurs de l’attaque contre Sony. Lena est une ancienne employée de Sony pendant dix ans (jusqu’en mai 2014), qui aurait contacté plusieurs médias après le piratage du groupe américain. L’hypothèse est audacieuse, plus difficile à démontrer que la non-implication des Nord-Coréens, mais mérite d’être prise en considération.

Alors que certaines voix, aux Etats-Unis, ont réclamé que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) soit réinscrite sur la liste des Etats soutenant le terrorisme, le département d’Etat américain a refusé en déclarant que de telles sanctions ne seraient pas efficaces… mais le critère du manque d’efficacité n’a pas empêché Washington, par le passé, de toujours renforcer davantage un régime de sanctions aujourd’hui le plus draconien au monde. La vérité est ailleurs : la RPD de Corée n’a rien à voir avec le terrorisme, et le piratage d’une entreprise comme Sony ne relève d’ailleurs en aucun cas d’un acte qualifié de terroriste en droit international. Même Barack Obama a dû ensuite rétropédaler en déclarant que le piratage de Sony n’était pas un acte de guerre mais du vandalisme – si les mots ont un sens, il semble donc que le Président américain sache que le piratage de Sony est étranger à Pyongyang. Mais peut-il à présent reconnaître avoir menti, quand plusieurs de ses prédécesseurs ont dû laisser leur poste après être passé aux aveux ?

Pendant ce temps, la machine médiatique s’emballe : les récentes coupures du réseau Internet de la Corée du Nord sont interprétées comme les mesures de rétorsion des tout-puissants Américains. Washington se tait. Mais outre que les hackers liés au Gouvernement américain agiraient sans doute de manière plus agressive qu’une simple interruption du réseau nord-coréen, celle-ci peut être le fait de groupes de hackers bien moins organisés, car ne nécessitant pas une grande sophistication. A cet égard, la Corée du Sud (pays le plus connecté au monde) ne manque pas d’activistes anti-Corée du Nord qui, à la nouvelle que le film The Interview avait été largement déprogrammé, ont pu décider de faire justice eux-mêmes, en toute impunité grâce à la protection dont ils bénéficient de la part des autorités sud-coréennes… Mais ce n’est qu’une hypothèse. En tout cas, la surréaction de Barack Obama a entraîné des réactions en chaîne, en encourageant les groupes de pirates du monde entier à frapper la Corée du Nord, traduisant une attitude irresponsable fustigée par Pyongyang, qui a d'ailleurs évoqué des représailles. Il n’y a ainsi pas que dans le domaine conventionnel que les Etats-Unis sont capables de déclencher des guerres.

Principale source :

« - une analyse technique du logiciel malveillant, qui provoque l'effacement de données utilisé dans ce piratage, "révèle des liens" avec un autre logiciel malveillant que "le FBI sait avoir été développé par des Nord-Coréens". Le FBI évoque des "similarités" dans des lignes de codage spécifiques, le cryptage d'algorithmes et les méthodes d'effacement de données". 

« - selon l'agence fédérale, il existe des "chevauchements importants" entre les infrastructures (les serveurs et les ordinateurs) du piratage de Sony et celles utilisées dans d'autres attaques directement attribuées par le gouvernement américain à Pyongyang. Exemple : le FBI a découvert que plusieurs adresses IP, le numéro d'identification d'un ordinateur qui se connecte à internet, sont associées à des infrastructures nord-coréennes connues et étaient inscrites dans les codes du logiciel qui a infiltré Sony.

« - les outils mobilisés dans le piratage de Sony présentent des "similarités" avec une cyber-attaque menée en mars 2013 contre des banques et des médias de Corée du Sud, qui avait été attribuée à la Corée du Nord ».
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 18:19

Après le piratage dont a été victime Sony Pictures, Barack Obama et le FBI ont cru bon de devoir accuser la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui a nié toute implication, tout en rejetant la proposition nord-coréenne de mener une enquête conjointe. Par ailleurs, les menaces de rétorsion américaines, qui auraient pu être conduites rapidement, ne semblent pas s'être (encore ?) concrétisées. Et pour cause : pour de nombreux experts, ainsi que pour la minorité de journalistes occidentaux ne se contentant pas de  reproduire les éléments de langage du gouvernement américain, la mise en accusation de la RPD de Corée n'est pas fondée. En outre, elle constitue un exutoire commode après les graves failles de la sécurité informatique de Sony Pictures qu'a révélées l'attaque informatique. En particulier, Guerric Poncet a titré un de ses articles publié par Le Point : "Sony : pourquoi la Corée du Nord n'est probablement pas responsable" - le "probablement" étant de mise, faute de pouvoir conclure définitivement en l'absence de preuves. Nous reproduisons et analysons ci-après les principales conclusions du chroniqueur du Point.

L'entrée des studios Sony Pictures Entertainment

L'entrée des studios Sony Pictures Entertainment

 

Guerric Poncet souligne d'emblée que la mise en accusation de la RPD de Corée constitue "une piste très fragile, voire peu crédible", car apparue a posteriori après de premières (et classiques) demandes de rançon par les pirates de Sony :

"La presse américaine a dévoilé que cinq dirigeants de Sony ont reçu une lettre de menaces demandant de l'argent, avant que les soupçons ne commencent à se porter sur la Corée du Nord. C'est alors que l'exigence de l'annulation de la sortie du film The Interview a émergé : ce décalage est pour le moins étrange."

En fait, les pirates informatiques ont toujours intérêt à suggérer l'interférence d'un Etat pour que les soupçons ne se portent pas sur eux. Pour le FBI, la Corée du Nord constituait "le coupable idéal" (pour reprendre l'expression de Guerric Poncet), dont les réfutations seraient naturellement rejetées par la grande majorité des médias occidentaux.  

Mais qui a alors pu piraté Sony Pictures ? Guerric Poncet évoque plusieurs pistes :

"La piste de l'ancien employé. La bonne connaissance des défenses de Sony par les hackers semble indiquer qu'au moins un ancien employé les a aidés. Il pourrait même s'agir de l'acte isolé d'un ancien collaborateur voulant se venger, après un licenciement par exemple.

La piste chinoise. Les armées de hackers chinois sont (comme les Américains !) spécialistes de l'usurpation d'identité et peuvent aisément faire transiter leurs attaques par la Corée du Nord. De manière générale, un cyberattaquant fera systématiquement croire que le piratage provient d'un autre pays. Mais le mobile reste dans ce cas un peu flou : pourquoi Sony ? Certains évoquent la haine historique entre la Chine et le Japon (patrie d'origine de Sony), et notamment des groupes de hackers voulant venger le massacre de Nankin en décembre 1937, il y a tout juste 77 ans.

La piste du concurrent. Les studios concurrents, s'ils peuvent être inquiets pour leur sécurité après les révélations, ne peuvent que se réjouir des mésaventures de Sony Pictures. Le mobile est évident, mais il est toutefois peu probable qu'une entreprise pour laquelle le marché américain est vital prenne le risque de commanditer un tel acte et de se faire prendre par le FBI. Ces trois pistes pourraient aussi n'en constituer qu'une seule : les synergies sont courantes dans le monde du hacking..."

Dans la mesure où les autorités américaines ont demandé une coopération à la Chine (qui en a accepté le principe), il semble que la piste chinoise soit prise au sérieux par le FBI. Mais elle n'est pas la seule. Après la désignation de principe du coupable idéal - pour satisfaire une partie de l'opinion publique - par un président américain minoritaire au Congrès (en effet, l'extrême droite américaine n'a pas apprécié le récent rapprochement avec Cuba), le FBI doit maintenant trouver les vrais responsables, alors que la divulgation d'autres données sensibles a été promise par les pirates.

Quant aux mesures de rétorsion contre la Corée du Nord, elles ne sont évidemment pas à l'ordre du jour. Leur annonce relevait d'une stratégie de communication, et les Etats-Unis n'ont d'ailleurs pas pris les moyens d'une action offensive. Comme le conclut Guerric Poncet :

"si l'opinion publique américaine réclame une vengeance, la décision de la Maison-Blanche de confier l'affaire au bureau fédéral d'investigation plutôt qu'au Commandement des opérations cybernétiques (Cyber Command) de l'armée montre qu'une action offensive ne semble pas à l'ordre du jour. Il y a d'ailleurs, là encore, une absurdité : si le FBI dispose de preuves aussi solides qu'il l'affirme contre Pyongyang, il est illogique qu'aucune riposte ne soit déclenchée. La doctrine cyber présentée par Hillary Clinton en 2010 prévoit une réplique immédiate aux cyberattaques... Il va falloir attendre que les pirates se manifestent de nouveau pour en savoir plus."

La RPDC et le film The Interview n'étaient que des prétextes, et le FBI le sait. L'affaire du piratage de Sony ne fait donc sans doute que commencer.

 

Source :

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 00:01

Après la vaste opération de piratage qui a touché l'entreprise Sony Pictures, et qui l'a conduite à déprogrammer la sortie en salles (prévue pour Noël) du film The Interview, racontant un complot de la CIA pour assassiner le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, les Etats-Unis, par la voix du Président Barack Obama, ont accusé le 19 décembre 2014 la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'être à l'origine d'un des piratages les plus spectaculaires de l'histoire américaine (le manque à gagner a été estimé à un demi-milliard de dollars par Sony), et qui  selon eux a mis en danger la sécurité nationale. Dès le lendemain, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a répondu que Pyongyang "sans aller jusqu'à recourir à la torture comme l'a fait la CIA américaine, a les moyens de prouver qu'il n'a rien à voir avec cet incident". Les autorités nord-coréennes ont ajouté que les Etats-Unis devaient apporter des preuves à l'appui de leurs graves accusations, et qu'elles étaient prêtes à participer à une enquête conjointe - ce qu'a immédiatement rejeté Washington - faute de quoi les Etats-Unis s'exposeraient à "de graves conséquences". L'"affaire Sony" illustre une nouvelle fois la puissance de l'antagonisme entre la RPD de Corée et les Etats-Unis, ces derniers ayant menacé de répliquer contre Pyongyang tout en précisant qu'ils ne dévoileraient pas les méthodes qu'ils emploieraient : pour la superpuissance américaine, dans la cyberguerre, tous les coups semblent bel et bien permis.

La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.

La Corée du Nord (à gauche, le Maréchal Kim Jong-un) dément. Les Etats-Unis (à droite, le Président Barack Obama) menacent de riposter. Dans le domaine de l'informatique militaire (et notamment du piratage), les deux pays figurent parmi les cinq acteurs les plus puissants au monde.

Mais que sait-on au juste des pirates (hackers) de Sony Pictures ? Se faisant appeler "les gardiens de la paix", s'exprimant dans un anglais qui n'est pas leur langue maternelle, ils dénoncent non seulement la menace que représente selon eux le film The Interview pour la paix régionale, mais aussi la cupidité du groupe américain qui avait bénéficié d'une exceptionnelle couverture médiatique - promesse de juteuses rentrées d'argent par la vente des places - grâce à la polémique née (et recherchée) autour du film. Dans d'autres messages, les pirates réclament une rançon... ce qui est le principe historique même de la piraterie. Ils sont en tout état de cause organisés et professionnels, et auraient pu opérer depuis un hôtel de luxe en Thaïlande ou encore depuis un serveur basé en Bolivie.

La piste nord-coréenne, selon le FBI, se fonde donc essentiellement sur le mobile des hackers, faute de preuves matérielles - les similitudes, selon Séoul, avec des attaques passées contre des entreprises et des institutions sud-coréennes restant à étayer. Au demeurant, la Corée du Nord avait elle aussi subi, notamment en 2013, des attaques informatiques sophistiquées de grande ampleur revendiquées par des groupes d'"Anonymous", où d'aucuns auraient pu aussi voir la main de Washington ou de Séoul... En matière de cyberguerre nul ne doit être naïf, et quand Barack Obama a promis des représailles dont il a refusé de préciser la forme, il s'est délibérement placé sur un terrain qui n'est en aucune façon juridique : se faire justice soi-même ne relève d'aucun système de droit accepté et reconnu.

Au demeurant, les Nord-Coréens ne sont pas les seuls à avoir des griefs contre le film The Interview. En Chine, le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste, a mis en cause ce qu'il a dénoncé comme l'arrogance culturelle américaine en estimant que les Etats-Unis avaient eu tort de mettre en scène la mort du dirigeant nord-coréen suite à un complot de  la CIA - prouvant ainsi, si besoin était, que ce serait une erreur de considérer que les normes culturelles occidentales seraient (forcément) universelles. La compréhension du monde actuel, pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent réellement avancer vers un ordre international plus juste et plus pacifique, exige de savoir sortir des ornières de l'occidentalo-centrisme.

Sources :  

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 22:08

Les trois Américains qui étaient détenus en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont désormais libres et de retour aux Etats-Unis : après Jeffrey Fowle, libéré il y a deux semaines, Kenneth Bae et Matthew Todd Miller - qui avaient, pour leur part, été condamnés à de lourdes peines - ne sont plus détenus en RPDC, ainsi que l'ont annoncé les médias occidentaux ce 9 novembre 2014. Il n'y a donc plus désormais de prisonniers américains en Corée du Nord. Le directeur du renseignement national (DNI) des Etats-Unis, James Clapper, placé sous l'autorité directe du Président Barack Obama, s'est rendu à Pyongyang, d'où il est revenu accompagné de  Kenneth Bae et Matthew Todd Miller, à l'issue de "discussions avec la RPDC" dont rien n'a filtré. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) se félicite de cet heureux dénouement, qui signifie un geste des autorités nord-coréennes à l'égard des trois Américains qu'elle détenait. Au-delà de leur sort, c'est aussi - et peut-être surtout - un nouveau signe d'ouverture de la RPD de Corée vis-à-vis des Etats-Unis : l'AAFC espère que pourra ainsi s'engager le retour au dialogue dans la péninsule coréenne pour régler les questions en suspens, et que Washington acceptera de serrer la main tendue par Pyongyang.

L'Américain d'origine coréenne Kenneth Bae, à son retour de RPDC où il avait été condamné

L'Américain d'origine coréenne Kenneth Bae, à son retour de RPDC où il avait été condamné

Le fait est à notre connaissance sans précédent dans les relations bilatérales entre les Etats-Unis et la RPD de Corée : la visite du principal responsable du renseignement des Etats-Unis pour obtenir la libération de citoyens américains emprisonnés, et un heureux dénouement salué par le Président Barack Obama en personne, à l'issue de tractations - qui semblent avoir été longues - entre les gouvernements américain et nord-coréen.

Ce genre d'événement ne donne pas lieu habituellement à de nombreux commentaires - à commencer par les éventuelles contreparties obtenues par la partie (ici, la RPDC) ayant fait un geste, et que nie (forcément) la partie qui les aurait accordées. Tout juste saura-t-on que James Clapper était porteur d'une lettre du Président Obama, dont rien n'a filtré sinon l'attachement des Etats-Unis aux droits de l'homme... mais croit-on sincèrement qu'un tel courrier ait pu se limiter à ce contenu ? En l'espèce, on ne sait pas non plus qui James Clapper a rencontré en Corée du Nord, ni a fortiori de quoi il a pu discuter.

Mais l'essentiel est sans doute ailleurs : un canal de dialogue entre les deux pays s'est ouvert, et c'est une excellente nouvelle pour tous ceux qui espèrent la reprise de discussions en vue de trouver des solutions diplomatiques aux tensions, toujours persistantes, autour de la péninsule coréenne. Mais les Etats-Unis voudront-ils continuer à discuter avec la RPDC, alors que de toute évidence le dialogue s'est engagé à l'initiative de la partie nord-coréenne ? Le récent succès des républicains aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis ne crée pas, à cet égard, de conditions particulièrement favorables.

Un point, enfin, mérite d'être souligné : à la différence de leur compatriote Jeffrey Fowle, libéré deux semaines plus tôt, Matthew Miller et Kenneth Bae avaient été condamnés, pour des faits qui touchent à l'espionnage. En particulier, Matthew Miller, pendant son procès, avait déclaré avoir déchiré son visa non pas en vue de demander l'asile politique (comme il l'avait alors déclaré, selon son témoignage diffusé par les autorités nord-coréennes), mais en réalité pour être condamné et témoigner sur les prisons nord-coréennes, afin de les dénoncer. Son séjour auparavant en Corée du Sud, ainsi que son intérêt pour la partie Nord de la péninsule, accréditent l'hypothèse de sa proximité avec les activistes anti-RPDC, eux-mêmes liés aux milieux du renseignement américain et sud-coréen. Dès lors, est-il si surprenant qu'un dirigeant du renseignement américain négocie et obtienne leur libération ? Les familles des deux intéressés s'étaient tenues à une grande discrétion pendant leur détention. Il y a maintenant fort à parier que Kenneth Bae et Matthew Miller se taisent, contrairement à Jeffrey Fowle qui a reconnu, après son retour, avoir délibérément fait du prosélytisme religieux en Corée du Nord. Sa libération plus précoce indique néanmoins que les faits qui lui étaient reprochés étaient moins lourds qu'en ce qui concerne ses deux compatriotes qui avaient été, quant à eux, condamnés à de lourdes peines.

Sources :

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 21:28

Le principal combat mené par l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) est la lutte pour la réunification de la péninsule coréenne. Elle contribue ainsi, à son niveau,  à favoriser le dialogue entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et la République de Corée (du Sud). Malheureusement, la péninsule ayant été divisée non pas par les Coréens eux-mêmes mais par les grandes puissances de la Guerre Froide, États-Unis en tête (ce sont d’ailleurs deux officiers américains qui ont tracé le 38e parallèle), la problématique de la réunification est encore soumise à la volonté de cette puissance tutélaire, toujours présente militairement en Corée du Sud et au Japon. Or, une fois de plus, l’administration Obama vient de témoigner du « régime spécial » qu’elle réserve à la péninsule coréenne, plus que jamais déterminée à diviser (par la force) le peuple coréen, en excluant la péninsule coréenne de leur engagement à ne pas recourir aux mines antipersonnel.

Sur cette carte, les Etats en bleu font partie de la convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelf

Sur cette carte, les Etats en bleu font partie de la convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelf

Les lecteurs du blog de l’AAFC le savent, la péninsule coréenne est divisée depuis 1948 entre, au Nord, la RPDC dont la capitale est Pyongyang, et, au Sud, la République de Corée dont la capitale est Séoul. Les deux pays, malgré des relations en dent de scie, se sont mutuellement reconnus en 1992 et poursuivent un idéal de réconciliation en dehors de toute ingérence étrangère. Ce principe a été mis au jour lors d’une réunion bilatérale de 1972, dont on peut retrouver les principaux points dans un court texte de Kim Il-sung (président de la République Populaire et Démocratique de Corée) daté de 1972, Des Trois Principes pour la Réunification de la Patrie.

Entre les deux Corées se situe une zone tampon de quatre kilomètres de large, la zone démilitarisée, qui, comme son nom ne l’indique pas, constitue la frontière la plus militarisée de la planète, et où l’armée américaine est stationnée en permanence. Outre un mur construit par les États-Unis et seulement visible du Nord, cette frontière constitue aussi le plus grand champ de mines du monde, ce qui permet d'empêcher physiquement tout contact entre les deux parties d’une même nation. Cette barrière, presque hermétique (certains militaires américains ont pu la traverser pour aller s’établir en Corée du Nord), fait régulièrement l’actualité : ainsi, l’année dernière, un Sud-Coréen voulant fuir au Nord a été tué de plusieurs dizaines de coups de feu tiré par les soldats sud-coréens alors qu’il tentait de traverser à la nage le fleuve faisant office de « frontière » intercoréenne.

Récemment, une offensive diplomatique de l’administration Obama a mis à nu le double discours des États-Unis sur la péninsule coréenne : en effet, trois mois après avoir annoncé la destruction d’une partie de son stock de mines antipersonnelles, la porte-parole du secrétariat d’État Jennifer Psaki a annoncé le 23 septembre 2014 un régime d’exception portant sur la péninsule coréenne. De fait, les États-Unis (premier producteur et exportateur d’armes au monde) luttent contre la prolifération des mines antipersonnelles, à l’exception de là où elles divisent les peuples, à savoir au beau milieu de la péninsule coréenne.

Ainsi se trahissent les contradictions de la diplomatie américaine : alors que Washington cherche à obtenir des concessions de Pyongyang sur ses programmes spatiaux et nucléaires via le plus vieil embargo de la planète, les autorités américaines entendent bien continuer de séparer par des champs de mines antipersonnelles la nation coréenne.


Il est plus qu’urgent de considérer le problème dans l’autre sens, à savoir diminuer la tension dans la péninsule coréenne en cessant les ingérences étrangères, et surtout, en abattant les frontières militaires, physiques ou légales dressées par les Grandes Puissances entre les deux parties du peuple coréen.

Sources :

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 11:01

L'agence américaine Associated Press (AP), qui dispose de bureaux à Pyongyang, a pu rencontrer et interroger, le 1er août 2014, deux citoyens des Etats-Unis détenus en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour "crimes contre l'Etat", dans l'attente imminente de leur procès : Jeffrey Edward Fowle (56 ans) et Matthew Todd Miller (24 ans). Selon AP, les deux hommes ont demandé l'aide du gouvernement américain, mais Jeffrey Fowle indique n'avoir reçu "aucune réponse". Les entretiens faisaient suite aux demandes répétées de l'agence AP, auxquelles les autorités nord-coréennes ont donc accepté de répondre positivement. Ce geste humanitaire vis-à-vis des deux détenus et de leurs familles indique également que la RPDC laisse la porte ouverte à des négociations avec le gouvernement américain, ce qui pourrait alors conduire à une mesure de clémence vis-à-vis de Jeffrey Fowle et Matthew Miller - comme ce fut le cas par le passé vis-à-vis des autres Américains arrêtés en RPDC depuis l'armistice de la fin de la guerre de Corée, la visite de Bill Clinton en 2009 ayant par exemple abouti à la libération des journalistes Laura Ling et Euna Lee qui étaient entrées illégalement en Corée du Nord.

Jeffrey Fowle

Jeffrey Fowle

Matthew Miller

Matthew Miller

La rencontre entre l'agence AP et Jeffrey Fowle et Matthew Miller, arrêtés l'un et l'autre depuis plus de trois mois, avait été autorisée à condition de ne pas rendre public le lieu où s'est déroulé l'entretien. Les journalistes américains ont pu leur poser des questions et ont diffusé une vidéo d'eux. Jeffrey Fowle a montré une lettre qu'il avait écrite en RPDC.

Les deux hommes, qui n'étaient pas en costume de prisonnier, ont déclaré être en bonne santé et bien traités, et autorisés à faire des sorties quotidiennes. Mais ces conditions pourraient changer après l'ouverture de leur procès, a indiqué Jeffrey Fowle.

Matthew Miller est entré en RPDC le 10 avril 2014. Selon l'agence de presse nord-coréenne KCNA, il a déchiré son visa à son arrivée en Corée et crié qu'il demandait l'asile politique. Ayant vécu en Corée du Sud il y a quatre ans, après avoir rendu visite à son frère qui y servait dans l'armée de l'air, il avait enseigné l'anglais et appris le coréen au Sud de la péninsule, comme l'a précisé une de ses voisines, Carol Stewart, dans un entretien donné le 1er juillet. Carol Stewart n'a ensuite plus parlé aux médias, sur la demande de la famille de Matthew Miller.

Entré en RPDC le 29 avril 2014, Jeffrey Fowle a déclaré qu'il avait été arrêté après avoir laissé une bible dans un lieu public (une discothèque) qu'il visitait avec son groupe à Chongjin. Selon sa famille, Jeffrey Fowle n'était pas en mission pour son église. Marié et père de trois enfants, il a ajouté : "Les perspectives sont plutôt sombres en ce qui me concerne. Je ne sais pas quel pourrait être le pire scénario, mais j'ai besoin d'aide pour me sortir de cette situation. Je demande donc au Gouvernement de m'aider". Il a précisé n'avoir reçu aucune réponse des autorités américaines.

La même remarque sur une demande d'aide et son absence de réponse a été formulée par Matthew Miller, dans l'attente d'un procès devrait avoir lieu prochainement (peut-être d'ici un mois selon Jeffrey Fowle) et conduire à des condamnations à de longues peines de prison pour "crimes contre l'Etat". Les actes hostiles qu'ils ont commis méconnaissaient leur statut de touristes, selon les autorités nord-coréennes, qui n'ont pas encore annoncé publiquement la date des procès.

Un troisième Américain est détenu en Corée du Nord : Pae Jun-ho (Kenneth Bae) a été arrêté en novembre 2012 et condamné en mai 2013 à quinze ans de travaux forcés, pour prosélytisme religieux et espionnage. Le cas de Kenneth Bae est plus complexe, non pas tant en raison de ses origines coréennes que du fait qu'il s'était déjà rendu à plusieurs reprises en RPDC et que les faits incriminés apparaissaient plus lourds que pour Jeffrey Fowle et Matthew Miller. Selon toutes apparences plus soucieuses du cas de Kenneth Bae que de ceux de Jeffrey Fowle et Matthew Miller, les autorités américaines ont demandé à plusieurs reprises la libération de Kenneth Bae, en arguant notamment de son état de santé. Sa mère avait été autorisée à lui rendre visite en octobre 2013. Dans un entretien qu'il a récemment donné aux Nord-Coréens du Japon, il a déclaré se sentir "abandonné" par le gouvernement américain.

Sur la base des observations de l'agence RIA Novosti citant une ONG américaine, le Centre d'information sur la peine de mort, les remarques du gouvernement américain concernant les conditions de détention de ses deux ressortissants en attente de jugement ne peuvent pas être considérées comme valables par Pyongyang au regard des propres pratiques de la justice américaine et ne font ainsi que diminuer les chances des trois Américains d'être libérés. Selon Ria Novosti, "les Etats-Unis sont connus pour mener une politique étonnamment similaire (NdA : à celle de la Corée du Nord) concernant les détenus étrangers" en ce qui concerne les motifs des arrestations et les condamnations. Trente étrangers ont même été arrêtés et exécutés aux Etats-Unis depuis 1979 sans avoir eu accès aux autorités consulaires de leur pays, en méconnaissance des dispositions de l'article 36 de la convention de Vienne sur les relations consulaires.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 15:44

En juillet 2014, la République populaire démocratique (RPDC, Corée du Nord) a accueilli 38 fonctionnaires et représentants du monde économique sud-coréens pour une visite d’une semaine dans le port de Rajin, formant avec Sonbong la zone économique spéciale (ZES) de Rason, près de la frontière avec la Fédération de Russie. Ceux-ci se sont déclarés favorables au projet, malgré les appels pressants des Etats-Unis à rejoindre un front commun de sanctions contre la Russie suite aux événements d'Ukraine. Le choix de la Corée du Sud de soutenir le projet russo-nord-coréen de relier le Transsibérien à la péninsule coréenne permettrait de dynamiser la ZES de Rason et ferait bénéficier la Corée du Sud d’un approvisionnement en charbon russe. Il ferait aussi progresser les relations intercoréennes

Une participation sud-coréenne au projet de « rail eurasien » pour dynamiser la zone économique spéciale de Rason?

Située sur la rive ouest de la rivière Tumen, la zone économique spéciale de Rajin-Sonbong, d'une superficie de 746 km², a été fondée en 1991 sous la juridiction du Comité de la coopération économique extérieure de la République populaire démocratique de Corée afin d’accueillir des investisseurs étrangers intéressés par le potentiel économique et géographique de la Corée du Nord. Renommée Rason en 2000, cette zone économique spéciale - inspirée des modèles de Hong Kong et de Macao - constitue la première ouverture de la RPDC sur l’économie mondiale, bénéficiant d'une juridiction spéciale. Cette zone intègre un centre de transit de cargos, une plate-forme de correspondance (hub) pour les exportations de la RPDC mais aussi une zone touristique avec plusieurs parcours guidés. En 1996, la ZES abritait déjà 51 entreprises étrangères pour un total de 37 millions de dollars investis et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO) estimait alors que l’investissement total se porterait à 150 millions de dollars. Son statut a été modifié en 2010 pour lui accorder une plus grande autonomie. En 2012, la ZES a accueilli sa première foire internationale consacrée au commerce.

 

Rason s’appuie notamment sur un complexe de trois ports qui en font sa force majeure : Rajin, Sonbong et Chongjin, dont les capacités cumulées atteignent 14 millions de tonnes. La localisation du site de la ZES, à l’embouchure du fleuve Tumen, a d’abord attiré l’attention du gouvernement et d’investisseurs chinois qui percevaient Rason comme une manière de désenclaver économiquement les trois provinces du nord-est de la Chine (Liaoning, Jilin et Heilongjiang). Depuis, la République populaire de Chine est le premier investisseur de la zone et opère deux jetées dans le port, une pour l’exportation de charbon et l’autre pour les containers. L’Université de Yanbian a conclu le 7 juin dernier un partenariat avec la ZES de Rason pour offrir formation et soutien juridique à celle-ci. La Russie s’est également très tôt intéressée aux possibilités offerte par cette zone économique spéciale située juste à sa frontière : elle suit la Chine en termes d’investissements et opère une jetée utilisée pour le charbon. Les connections terrestres avec la Chine ont été rénovées en 2010 et depuis un accord de 2008 entre le dirigeant de la RPD de Corée Kim Jong-il et le président russe Vladimir Poutine, la RPDC et la Russie ont achevé de restaurer en septembre 2013 une liaison ferroviaire de 54 kilomètres entre la ville russe de Khasan et Rason.

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

C’est dans ce contexte de projet ferroviaire qu’est intervenue, en juillet 2014, la visite d’une semaine de 38 fonctionnaires et représentants économiques sud-coréens appartenant à la compagnie ferroviaire KORAIL, à l’aciériste POSCO et à la compagnie maritime Hyundai Merchant Marine Co, à l'invitation du gouvernement de la RPDC. Cette visite avait pour but de décider de la faisabilité d’une participation sud-coréenne au projet russo-nord-coréen de connecter le Transsibérien via Khasan à la ville de Rajin. Les représentants de ce consortium trilatéral ainsi que les envoyés gouvernementaux se sont déclarés intéressés par les possibilités offertes par ce projet. Les trois entreprises envisagent donc de réaliser un transport-test de charbon russe par voie ferrée jusque Rajin puis de l’expédier par mer vers le port sud-coréen de Pohang. Si cette participation devait se concrétiser, il semble que le consortium sud-coréen achèterait la moitié des parts de la Russie dans la nouvelle jetée construite à Rajin, capable de recevoir 4 millions de tonnes de charbon. Un tel projet dynamiserait indubitablement la ZES de Rason en la transformant en plaque tournante pour le transport international.

 

Cette initiative économique bénéficie d’un soutien ferme des autorités sud-coréennes et russes : la présidente sud-coréenne Park Geun-hye et le président russe Vladimir Poutine sont tombés d’accord lors d’une rencontre en novembre 2013 à Séoul sur le soutien à apporter à l’implantation des firmes sud-coréennes dans ce projet. De plus, Park Geun-hye met en avant comme vision politique de son mandat une « initiative eurasienne », appelant à la construction de plus d’infrastructures de transport et à la libération du commerce entre toutes les nations eurasiennes pour créer un marché commun géant rivalisant avec l’Union Européenne. Le gouvernement nord-coréen est très favorable à cette participation sud-coréenne dans ce projet et espère qu’il constituera un terreau fertile pour faire avancer les relations intercoréennes.

 

En revanche, le choix opéré par la Corée du Sud, qui la rapprocherait de la Fédération de Russie, s'oppose frontalement aux récents appels lancés par les Etats-Unis. Suite à une réunion le 28 juillet 2014 avec des représentants français, allemands, britanniques et italiens pour décider des sanctions à appliquer contre la Russie, le secrétaire assistant adjoint au Counter Threat Finance and Sanctions (TFS) du département d’Etat américain, Peter Harrell, en visite à Séoul, s’est rendu au ministère des Affaires étrangères pour demander la coopération sud-coréenne dans ce front commun de sanctions. Le gouvernement sud-coréen a répondu via un communiqué que l’annexion de la Crimée par la Russie n’était pas acceptable. Il n'a cependant annoncé aucune sanction à l’encontre de la Fédération de Russie, afin de ne pas détériorer les relations bilatérales avec un potentiel partenaire majeur dans un projet intéressant toute l'Asie orientale.

 

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 22:19

Après la conclusion à Stockholm, le 29 mai 2014, d'un accord entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Pyongyang a mis en place au plus haut niveau un comité chargé de réouvrir la question des personnes disparues, et qui auraient ainsi pu être enlevées par les Nord-Coréens selon les autorités japonaises  ; en contrepartie et comme convenu, le gouvernement japonais a levé, le 3 juillet, certaines des sanctions sur les échanges économiques et de personnes avec la Corée du Nord, tandis que par ailleurs la procédure de vente du bâtiment de l'Association générale des résidents (nord-)coréens au Japon a été interrompue. Dans ce contexte qui ouvre des perspectives nouvelles d'amélioration des relations bilatérales, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a repris la vieille politique américaine du "big stick" ("gros bâton") en indiquant, lors d'un entretien téléphonique le 7 juillet 2014 avec son homologue japonais Fumio Kishida, que Washington verrait d'un mauvais oeil une visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en RPD de Corée et que, plus généralement, les Etats-Unis voulaient des "discussions" (et pas seulement une information préalable) si une telle visite devait se concrétiser. De fait, le dialogue nippo - nord-coréen fissure le front du refus qu'ont mis en place les Américains vis-à-vis de la Corée du Nord (pas de dialogue, pas d'échanges avant que Pyongyang n'ait accepté préalablement et sans contreparties de renoncer à ses armes nucléaires et à son programme balistique) : sous couvert de prétendue "coopération" avec Séoul et Tokyo sur la question nucléaire nord-coréenne, les Etats-Unis veulent conduire la politique nord-coréenne du gouvernement japonais - alors qu'eux-mêmes se sont bien gardés d'associer Tokyo aux contacts informels qu'ils ont eu avec les Nord-Coréens. Sous des dehors de remise au pas, l'avertissement américain vis-à-vis du Japon apparaît comme un aveu de faiblesse : n'ayant à aucun moment trouvé à redire à la diplomatie nationaliste du gouvernement Abe, les Etats-Unis paient aujourd'hui le prix de la liberté qu'ils ont laissée à leur allié japonais pour réaffirmer sa volonté de puissance et mener une politique étrangère indépendante - au grand dam de ses voisins sud-coréen et chinois, qui peuvent ainsi apprécier le peu de considération des Etats-Unis pour leurs propres revendications nationales. 

Comment le Japon est devenu le maillon faible du front du refus américain du dialogue avec Pyongyang

Jusqu'à présent, le nationalisme du gouvernement japonais de Shinzo Abe n'avait guère suscité de réactions des autorités américaines - de fait, n'avaient-elles pas tout lieu de se féliciter de pouvoir compter sur la remilitarisation de leur allié japonais, qui a renié de façon incroyable, par une simple déclaration, le pacifisme résultant des dispositions de l'article 9 de sa Constitution - en affirmant que le Japon pourrait désormais intervenir non plus seulement pour assurer sa propre sécurité, mais aussi sur des théâtres d'opérations extérieures dans le cadre de ses alliances militaires ?

De même, quand le Président Barack Obama, lors de sa récente tournée est-asiatique, a soutenu les positions vietnamiennes dans leurs revendications territoriales contre la Chine en mer du Sud, il s'est bien gardé de prendre en revanche position sur les différends territoriaux entre le Japon et la Corée du Sud d'une part, le Japon et la Chine d'autre part. La Chine a compris le message qu'elle était bien devenue le rival stratégique des Etats-Unis, et la République de Corée (Corée du Sud) qu'elle n'avait rien à attendre d'un quelconque soutien américain dans ses différends avec le Japon. Dès lors, les Chinois et les Sud-Coréens se sont rapprochés face à la résurgence du nationalisme japonais, en condamnant à la fois le refus par Tokyo de reconnaître les crimes commis pendant la Seconde guerre mondiale à l'encontre des "femmes de réconfort", et la réinterprétation unilatérale, lourde de menaces pour la paix, de l'article 9 de la Constitution japonaise.

Constatant l'inertie américaine, le gouvernement japonais a pour sa part pleinement pu avancer ses pions pour développer une diplomatie indépendante, alors que la détérioration de ses relations avec Pékin et Séoul l'avait isolé sur la scène extrême-orientale.

Ainsi isolé, Shinzo Abe a cherché, à l'instar de son prédécesseur Junichiro Koizumi et après l'échec sur le même sujet de la précédente administration démocrate, à marquer des points sur le dossier, extrêmement sensible pour l'opinion publique, des Japonais en Corée du Nord, enlevés contre leur gré selon les autorités nippones, et dont le sort a été au coeur de l'accord conclu à Stockholm, le 29 mai 2014, entre Pyongyang et Tokyo. Un mois après, cet accord a commencé à porter ses premiers fruits selon la méthode, dont le succès a été éprouvé, du dialogue par étapes, action par action, chacune des parties s'engageant selon les progrès accomplis par l'autre partie.

A la différence des Etats-Unis et (depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul) de la Corée du Sud, le Japon ne met pas la question nucléaire nord-coréenne au centre de ses relations avec la RPD de Corée. Dès lors, face au front de refus du dialogue que lui opposent Washington et Séoul, Pyongyang a disposé d'un levier de négociation avec Tokyo sur une question distincte de celle du nucléaire.

Tout en se félicitant officiellement des progrès sur la question des citoyens japonais "portés disparus", les Etats-Unis et la Corée du Sud ont observé avec inquiétude la rapidité des avancées du dialogue nippo-nord-coréen, d'autant plus inattendues pour leurs chancelleries que les échanges étaient depuis longtemps bloqués. L'exigence américaine, exprimée par le secrétaire d'Etat John Kerry le 7 juillet dans un entretien téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères japonais, d'être désormais partie prenante de tout nouveau pas en avant dans les relations bilatérales entre Tokyo et Pyongyang sonne comme un aveu que les Etats-Unis ont été mis devant le fait accompli, et qu'en tant que puissance dominante du Japon ils veulent désormais reprendre la main. Il n'est cependant pas certain que ces propos peu diplomatiques soient du goût des nationalistes japonais au pouvoir à Tokyo... Par comparaison, les récents échanges diplomatiques entre Séoul et Tokyo - à l'issue desquels le Japon a réaffirmé sa solidarité avec les Etats-Unis et la Corée du Sud dans leur front du refus sur le nucléaire nord-coréen - ont été plus habilement menés.

Mais quel est l'objet du soudain affolement américain et sud-coréen ? Le 3 juin 2014, Fumio Kishida, ministre des Affaires étrangères japonais, avait déclaré, devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Chambre des conseillers, qu'une des options sur la table était une visite à Pyongyang. Dès lors, l'hypothèse d'un déplacement en RPD de Corée du Premier ministre Shinzo Abe, à l'instar de son prédécesseur Junichiro Koizumi, était clairement évoquée - la date de septembre ayant été avancée par les médias.

Après le coup de téléphone américain, Fumio Kishida a dû rétropédaler et déclarer qu'un tel déplacement n'était - certes - pas à l'ordre du jour des discussions avec Pyongyang. Pour les Etats-Unis, le scénario catastrophe où le Japon briserait le front du refus du dialogue avec la RPDC a ainsi pu être évité. Mais si Washington continue de pratiquer la politique de l'esquive et de la reconnaissance du fait accompli par Tokyo, il n'y a aucune raison objective que le Japon se conforme davantage aux desiderata états-uniens.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:48

122 anciennes « femmes de réconfort » ont porté plainte le mercredi 25 juin 2014 auprès de la chambre du district central de Séoul contre le gouvernement sud-coréen pour avoir été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats américains dans des « zones spéciales » mises en place et gérées par le Gouvernement dans les années 1950-1960. Ces pratiques gouvernementales violant les droits des femmes font écho aux pratiques d’esclavage sexuel pratiquées par les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, pour lesquelles les victimes demandent une reconnaissance de ces crimes par les autorités japonaises ainsi qu'une compensation.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

L’histoire contemporaine de la Corée est marquée à ses origines par une série de drames majeurs pour la péninsule jusqu’alors sous suzeraineté chinoise. En premier lieu, l’annexion par le Japon en 1910 ouvre la voie à 35 ans de colonisation brutale et d’exploitation des ressources comme des habitants pour alimenter l’empire et la machine de guerre nippons. Si les hommes sont réquisitionnés pour le travail forcé ou le service militaire, les femmes subissent également le joug de l’occupant qui cherche des distractions « sécurisées » pour ses troupes et ses travailleurs. Plusieurs centaines de milliers de jeunes femmes de toute l’Asie de l’Est ont été prostituées à disposition des soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, et c’est la péninsule coréenne qui a le plus souffert de cet esclavage.


La reddition du Japon en août 1945 voit les armées soviétique et américaine avancer jusqu’au 38ème parallèle, contribuant ainsi à diviser durablement la Corée jusqu’à la guerre civile de 1950 à 1953 qui entérine cette séparation. Dans les années 1950 – 1960, la jeune République de Corée (du Sud) cherche à divertir les troupes américaines et onusiennes pendant la guerre puis de garder les G.I.s sur son territoire pour sa protection avec le problème majeur d’occuper des soldats inactifs. Pendant la guerre de Corée, l'armée sud-coréenne met en place de manière structurée des bordels militaires à destination de l’armée américaine en enrôlant, souvent de manière trompeuse, de jeunes femmes. Même après la fin des hostilités, près de 60% des prostituées travaillent encore à proximité des camps américains. En 1960, deux membres de l’Assemblée nationale sud-coréenne font même une demande officielle auprès du Gouvernement pour la constitution d’un approvisionnement en prostituées aux troupes alliées afin d’empêcher celles-ci d’aller dépenser leur argent au Japon.


Le 25 juin 2014, 122 femmes ayant travaillé dans ces bordels militaires pour soldats américains - mis en place par l’administration Syngman Rhee pendant la guerre de Corée (1950 – 1953) - ont porté plainte collectivement contre le Gouvernement auprès de chambre du district central de Séoul pour esclavage sexuel et viol des droits de l’homme. Elles ont été forcées par les autorités à fournir des services sexuels dans des conditions dégradantes aux militaires dans les « zones spéciales » situées près des camps américains dès 1957. Toutes décrivent un système très organisé avec des visites médicales obligatoires et clament l’existence de camps géré par l’Etat destinés à accueillir celles d’entre-elles atteintes par des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les plaignantes demandent  10 millions de won (9850$ / 7280€) à titre de compensation, une enquête publique pour dévoiler la vérité sur cet esclavage sexuel ainsi que des excuses officielles de la part du Gouvernement. Elles estiment avoir été sacrifiées pour permettre le décollage économique post-guerre de la Corée du Sud, alors que selon certaines estimations les activités générées par les camps américains - y compris la prostitution - auraient représenté jusqu'à 25 % du PIB sud-coréen dans les années 1960.


Si, depuis 2008, des ONG locales et régionales s’emploient à rassembler les témoignages de ces femmes abusées par les autorités qui prétendaient à l’époque recruter des « patriotes » et des « diplomates civiles », il s’agit cependant de la toute première plainte officielle en Corée du Sud concernant les bordels militaires à destination des alliés. Une situation extrêmement délicate pour les autorités sud-coréennes qui considèrent cette question des « femmes de réconfort » comme de la responsabilité unique du Japon de la Deuxième guerre mondiale et font des compensations ainsi que de la reconnaissance de ces crimes contre l’humanité un sujet primordial du dialogue bilatéral.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement les démarches des victimes des soldats américains, qui ont dû se prostituer dans un cadre mis en place avec et par les autorités sud-coréennes, en considérant que rien ne saurait justifier de telles atteintes aux droits fondamentaux des personnes.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:08

A partir du 16 juillet 2014, les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud) engageront de nouveaux exercices militaires conjoints, qui associeront par ailleurs les troupes japonaises les 21 et 22 juillet au large de l'île de Jeju, où la construction d'une base navale rencontre une vive opposition de ses habitants. Le maintien de ces exercices de guerre apparaît comme une fin de non-recevoir aux offres répétées de dialogue formulées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) depuis plusieurs semaines. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) déplore que Washington et Séoul se soient sciemment engagés une nouvelle fois sur la voie de l'escalade des tensions dans la péninsule coréenne, en rejetant les propositions de Pyongyang qui auraient permis de faire avancer la cause de la paix dans l'une des régions les plus militarisées de la planète. Dans ce contexte, les tirs balistiques et de roquettes nord-coréens de ces derniers jours apparaissent comme la réponse du berger à la bergère.

Préparatifs des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens.

Préparatifs des exercices militaires conjoints américano - sud-coréens.

A écouter certains médias occidentaux, les nouveaux tirs de missiles balistiques à courte portée auxquels a procédé la RPD de Corée dans la nuit du 12 au 13 juillet 2014 - qui constitueraient les 14e tirs de roquettes et le 5e tirs de missiles depuis le début de l'année - seraient une nouvelle preuve des intentions belliqueuses des autorités nord-coréennes. Mais les exercices de guerre américano - sud-coréens, qui seront engagés du 16 au 21 juillet (puis étendus au Japon les 21 et 22 juillet), sont pourtant d'une toute autre ampleur que les exercices de routine nord-coréens. Par ailleurs, la distorsion des faits consistant à omettre les vraies causes de l'escalade actuelle nécessite de rappeler certains éléments de contexte.

Le 30 juin, la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée appelait - déjà - les autorités sud-coréennes à arrêter les hostilités militaires, notamment en suspendant les exercices militaires prévus en juillet. Malgré le refus des conservateurs au pouvoir à Séoul d'engager toute discussion, Pyongyang réitérait son offre de dialogue en proposant, le 7 juillet, d'envoyer une équipe de supporters nord-coréens lors des Jeux asiatiques qui auront lieu à Incheon (au Sud de la péninsule) du 19 septembre au 4 octobre prochains, de mettre fin aux exercices militaires américano-sud-coréens conjoints que la RPDC dénonce comme des préparatifs d'invasion de la péninsule coréenne, de s'engager dans la mise en oeuvre des déclarations intercoréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 et, enfin, d'arrêter les coopérations avec d'autres pays sur le programme nucléaire nord-coréen - dont Pyongyang considère qu'il relève d'une question de sécurité distincte des relations Nord-Sud. Les autorités sud-coréennes ont seulement accepté le premier point - l'accueil de supporters nord-coréens, ce qui constitue en soi un événement (des supporters nord-coréens ne s'étaient plus rendus au Sud pour un événement sportif depuis 2005, pour les championnats asiatiques d'athlétisme d'Incheon, à l'époque de la politique du "rayon de soleil").

Non seulement le Sud a fait la sourde oreille aux propositions du Nord, mais les préparatifs des exercices militaires conjoints se poursuivent sans changement notable, alors même qu'ils s'ajoutent à deux séries annuelles d'exercices conjoints. Le 11 juillet, le porte-avions de 97.000 tonnes USS George Washington est ainsi entré dans le port sud-coréen de Pusan. C'est dans ce contexte que l'Armée populaire de Corée a procédé à de nouveaux tirs de courte portée et que la commission de la défense nationale (CDN) de la RPD de Corée a déclaré que "les exercices à venir défiaient les récents appels répétés de Pyongyang pour mettre fin à la confrontation politique et militaire et améliorer les relations Nord-Sud". Toujours selon la CDN, les exercices militaires s'inscrivent en porte-à-faux par rapport aux "efforts sincères de l'armée et du peuple de la RPD de Corée de faire diminuer les tensions dans la péninsule coréenne et de créer une atmosphère pacifique".

Il n'y a pourtant pas de fatalité à la montée des tensions dans la péninsule coréenne, ni à ce que la voix de la raison ne puisse enfin se faire entendre. Mais une réponse envisageant le long terme nécessite que les Etats-Unis acceptent de voir la réalité en face : ne pouvant pas ou ne souhaitant pas s'engager dans un conflit armé en Corée, ils n'ont pas d'autre choix que de revenir à la table des négociations, comme le proposent les Nord-Coréens. Mais les intérêts des industriels de l'armement - premiers bénéficiaires des exercices militaires à répétition autour de la péninsule coréenne - et la pression des néoconservateurs pèsent manifestement d'un tout autre poids dans les prises de décision de l'administration Obama.

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