Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:48

PaixenCoréeLe 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée et le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée ont lancé un appel aux organisations de solidarité et d'amitié dans la région Asie-Pacifique et dans le monde. Cet appel s'élève contre la présence des troupes américaines en Corée du Sud, et plaide pour la paix dans la péninsule. Relayant depuis deux ans une pétition de juristes progressistes sud-coréens pour le départ des soldats américains de Corée du Sud et l'établissement d'une paix durable dans cette région du monde, l'Association d'amitié franco-coréenne s'associe naturellement aux termes de cette déclaration.

Dans son appel en date du 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée déclare que "les Américains et les forces qui refusent la réunification en Corée du Sud et qui leur sont liées poursuivent de manière constante une politique hostile envers la République populaire démocratique de Corée (RPDC)", par des manoeuvres de guerre qui vont à l'encontre du désir du peuple coréen pour la réunification, la réconciliation nationale et l'unité.

Conjointement avec le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée, le Comité régional Asie-Pacifique appelle à l'organisation de manifestations et à la multiplication des initiatives pour l'établissement d'un traité de paix en Corée et le retrait des soldats américains du Sud de la péninsule, alors que le 27 juillet 2013 marquera le soixantième anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée. L'armistice a certes conduit à la cessation des affrontements armés, mais il n'a pas mis fin au conflit : techniquement, la Corée est toujours en état de guerre et les accrochages meurtriers, notamment dans les zones litigieuses de la mer de l'Ouest (mer Jaune), l'ont malheureusement rappelé à de trop nombreuses reprises.

Attachée à la paix et à la prospérité de l'Asie du Nord-Est qui correspondent au voeu de l'ensemble du peuple coréen, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle et signer et faire signer une pétition internationale tendant à l'établissement d'un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953, et dont les fondements seraient la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, ainsi que le retrait des quelque trente mille soldats américains toujours stationnés dans le Sud du pays. Plus généralement, il s'agit de refuser toute présence de troupes étrangères sur le sol coréen, comme c'est déjà le cas au Nord de la péninsule depuis plus d'un demi-siècle. Un traité de paix devra engager l'ensemble des parties impliquées, dont les deux gouvernements coréens et ceux de la Chine et des Etats-Unis, conformément à la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007.

Le projet de traité de paix en Corée a fait l'objet d'une proposition de résolution du député Jean-Jacques Candelier. La pétition relayée en France par l'AAFC a d'ores et déjà donné lieu au recueil de 220 signatures publiques par les militants de l'Association d'amitié franco-coréenne, à la date du 28 octobre 2012. Par ailleurs, une délégation de l'AAFC a été invitée à se rendre en RPD de Corée à l'occasion des cérémonies qui marqueront, à l'été 2013, le soixantième anniversaire de la fin du conflit.

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 17:15

MDA logoLe 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité entre les États-Unis et la République de Corée (du Sud), le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a promis que les États-Unis continueraient de fournir un parapluie nucléaire à la Corée du Sud tout en déclarant que les deux pays examineraient la possibilité d'un système régional de défense antimissile. Le 7 octobre 2012, la Corée du Sud avait annoncé avoir conclu un accord avec les États-Unis pour accroître la portée de ses missiles balistiques de 300 à 800 km, afin qu'ils puissent atteindre n'importe quel point de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pour la RPDC, cet accord n'est pas seulement dirigé contre elle, mais « motivé par l'objectif stratégique des États-Unis d'assiéger le continent asiatique et d'y perturber la paix et la stabilité afin d'établir leur domination sur la région de l'Asie et du Pacifique ».1 De fait, tout démontre que les moyens militaires déployés par les États-Unis en Corée et dans ses environs immédiats sont moins destinés à contrer la prétendue menace de la RPDC qu'à contenir la montée en puissance de la Chine identifiée comme le principal adversaire stratégique des États-Unis depuis le début des années 2000. Sous le gouvernement du président Lee Myung-bak, la Corée du Sud a été de plus en plus impliquée dans la « défense antimissile régionale » voulue par l'administration Obama, un concept qui a succédé, notamment pour des raisons de coût, à la « défense antimissile globale » prônée par l'administration Bush. Le concept d'un bouclier antimissile procurant l'invulnérabilité a vraiment fait surface au début des années 1980, à l'apogée de la Guerre froide, pour entrer dans une phase de réalisation concrète au début des années 2000 afin de protéger les États-Unis et leur alliés contre une prétendue menace venue de pays tels que la Corée du Nord. L'Association d'amitié franco-coréenne dresse ici un rapide historique du bouclier antimissile voulu par les États-Unis, un programme qui, en trois décennies, aura surtout fait la démonstration de son coût faramineux et du caractère fallacieux des prétextes avancés pour sa réalisation. 

L'idée de se protéger contre les missiles balistiques ennemis est née dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'utilisation par l'Allemagne nazie des fusées V1 et V2. Au cours de la Guerre froide, avec l'apparition de vecteurs plus puissants traversant l'espace extra-atmosphérique pour atteindre leur cible sur un autre continent en moins de 30 minutes, les premiers moyens antimissile (ABM) à la disposition des États-Unis et de l'Union soviétique étaient surtout considérés par les stratèges des deux camps comme un danger majeur pour la paix. Ce paradoxe d'un système a priori défensif constituant une menace pour la paix n'est qu'apparent, car la stabilité stratégique était alors fondée sur un « équilibre de la terreur », ni les États-Unis ni l'Union soviétique n'ayant avantage à lancer en premier une attaque à l'aide d'armes nucléaires car celle-ci aurait déclenché une seconde frappe en représailles, l'une et l'autre ayant des effets dévastateurs. La crainte d'une destruction mutuelle assurée a donc évité un affrontement direct entre les deux superpuissances de la Guerre froide, au prix de nombreux conflits conventionnels périphériques. Si un des deux acteurs déployait des moyens antimissile, un tel équilibre n'existait plus et la course aux armements était relancée dans l'espoir de saturer les défenses de l'ennemi.

Conscients de ce danger, les États-Unis et l’Union soviétique signèrent en mai 1972 un traité établissant un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs. Ce traité ABM visait à renforcer la stabilité mondiale et à limiter la course aux missiles intercontinentaux en maintenant une vulnérabilité mutuelle. De plus, le traité interdisait aux États-Unis et à l'Union soviétique de faire participer leurs alliés à leurs programmes antimissile et à placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales.

En mars 1983, parce qu’il trouvait immoral le concept de la destruction mutuelle assurée, le président des États-Unis Ronald Reagan lança l'Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée la « Guerre des étoiles », un bouclier spatial utilisant des satellites pour identifier et détruire les missiles venus de la haute atmosphère. Ce projet fut aussitôt critiqué aux États-Unis, par leurs alliés et, bien sûr, par l'Union soviétique.

Aux États-Unis, on considérait que l'IDS était extrêmement coûteuse sans offrir de défense totale.

Les alliés des Américains redoutaient que l'IDS, à supposer qu'elle fonctionne, transforme les États-Unis en une forteresse inviolable, incitant au repli et à l'isolationnisme.

Pour l'Union soviétique, l'IDS violait le traité ABM de 1972 et remettait en question l'équilibre de la terreur concrétisé depuis 1949 par sa possession de l'arme nucléaire.

En 1991, l'IDS a perdu sa raison d'être avec la disparition de l'Union soviétique avant d'être officiellement stoppée par le président Bill Clinton en 1993. En dix ans, l'Initiative de défense stratégique lancée par le président Reagan n'avait abouti à aucun système d’interception opérationnel. Rétrospectivement, l'annonce de l'IDS et des programmes de recherche associés ne pourrait avoir servi qu'à étouffer financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique détournant les crédits alloués à la course aux armements d'autres secteurs indispensables de l'économie soviétique.

Après la fin de la Guerre froide, il a été considéré que la stabilité stratégique devait être assurée dans un cadre multilatéral grâce aux régimes existants de non-prolifération, de contrôle des armements et de désarmement. Néanmoins, en 1999, saisissant le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée l'année précédente, le Congrès des États-Unis adopta la loi sur la défense antimissile nationale (National Missile Defense Act, NMD), indiquant qu'il entrait dans les intentions des États-Unis de construire un bouclier antimissile, limité, « aussitôt que la technologie le permettra ».

La NMD présentait deux différences majeures par rapport à l'Initiative de défense stratégique abandonnée quelques années auparavant : il fallait pouvoir défendre les États-Unis contre une offensive mineure, composée d'une vingtaine de missiles intercontinentaux et d'une centaine d'ogives nucléaires, chimiques ou biologiques, non contre une attaque massive, et les moyens antimissile (radars, intercepteurs) se trouvaient au sol, et non dans l'espace.

A côté de cette défense antimissile nationale destinée à protéger le territoire des Etats-Unis, l'administration Clinton envisageait une défense antimissile de théâtre (Theater Missile Defense, TMD) destinée aux unités militaires des Etats-Unis basées outre-mer, dont les forces américaines stationnées en Corée du Sud. Malgré les demandes américaines, le gouvernement sud-coréen du président Kim Dae-jung refusa de se joindre à la TMD car celle-ci ne correspondait pas à l'intérêt national de la Corée du Sud eu égard à son coût, à ses performances insuffisantes, aux relations inter-coréennes ou aux relations entre la Corée du Sud et ses voisins. La défense antimissile de théâtre voulue par l'administration Clinton préfigurait la défense antimissile régionale aujourd'hui prônée par l'administration Obama et à laquelle a choisi de s'associer le gouvernement sud-coréen du président Lee Myung-bak arrivé au pouvoir en 2008.

dick-cheney-angry.jpgLa défense antimissile nationale voulue par le président Clinton fut considérée comme trop timide par plusieurs politiciens néo-conservateurs qui occupèrent à partir de 2001 de hautes fonctions dans l'administration Bush, dont Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Pour ces néo-conservateurs, dans la période de l'après-Guerre froide, les États-Unis n’ayant à l’échelle mondiale aucun rival, « la grande stratégie de l’Amérique [se devait] de préserver et accroître cette position favorable pour une durée à venir aussi longue que possible ». Un bouclier antimissile intégrant des composantes terrestres, maritimes, aériennes et spatiales faisait partie de cette stratégie visant à maintenir « la prééminence militaire américaine qui est le corollaire de la stratégie de domination mondiale des États-Unis ». Pour les néo-conservateurs le régime de non-prolifération avait failli en permettant à des pays considérés comme hostiles aux États-Unis – Corée du Nord, Irak, Iran, Libye, Syrie – de se doter de capacités balistiques présentées comme « un grave défi pour la paix américaine et la puissance militaire qui la protège ».2

Arrivé au pouvoir en janvier 2001, le président George W. Bush annonça le 13 décembre de la même année que les États-Unis se retiraient du traité ABM de 1972. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, au nom de la « guerre contre le terrorisme », les États-Unis voulaient avoir le droit de déployer un système de défense antimissile sur tout le territoire américain et chez leurs alliés, et de placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales. Le 17 décembre 2002, le gouvernement américain annonça officiellement la relance de la défense antimissile nationale, rebaptisée défense antimissile (Missile Defense, MD) car elle se voulait désormais extra-territoriale et globale, sous le contrôle d'une Agence de la défense antimissile (Missile Defense Agency, MDA), dépendant du département de la Défense des États-Unis. Quand l'administration Bush quitta le pouvoir en 2009, le budget annuel de ce programme s'approchait des 10 milliards de dollars, le bouclier antimissile devant être opérationnel en 2013.

Grâce au bouclier antimissile voulu par l'administration Bush, un missile balistique intercontinental ennemi aurait dû être détruit au maximum 30 minutes après son lancement, selon la séquence suivante3:

1) Le missile ennemi est lancé.

2) Les satellites de surveillance détectent la menace.

3) L'état-major est alerté

4) Les navires équipés du système de combat Aegis4 détectent le missile avec leurs radars pour déterminer sa trajectoire et tentent de l'intercepter.

5) Un avion disposant d'un laser embarqué (Boeing YAL-1) tente de détruire le missile en vol.

6) Les intercepteurs sont lancés.

7) Si toutes ces mesures ont échoué, des radars et lanceurs mobiles traquent le missile.

8) En cas d'échec, les batteries de la défense antimissile terminale en haute altitude (Terminal High Altitude Area Defense, THAAD) font feu.

9) Toujours en cas d'échec, des batteries antimissile de théâtre Patriot entrent en action.

MD_Sequence.JPG

source : Missile Defense Agency

Dès la relance de la défense antimissile par l'administration Bush, des scientifiques contestèrent sa faisabilité, considérant que, si les techniques de détection et de guidage avaient fait des progrès, les systèmes d’interception faisaient défaut. En juillet 2003, une équipe rassemblant des physiciens et des ingénieurs exerçant dans des universités et des laboratoires aussi prestigieux que Los Alamos, le MIT ou Berkeley publia sous l’égide de l’American Physical Society (APS) un rapport démontrant l’inefficacité prévisible des systèmes de défense antimissile préconisés par la MDA.

Ces experts constataient que tous les systèmes d’interception alors en développement (en 2003) devaient détruire un missile intercontinental pendant sa phase de propulsion initiale. Or, selon eux, quel que soit le système de détection et d’interception choisi (missile embarqué sur un navire équipé d'Aegis, missile terrestre, rayon laser), aucun n’avait le temps d’atteindre sa cible dans les 2 à 4 minutes que dure cette phase de propulsion.

En fait, ces chercheurs estimaient que, si de gros progrès étaient faits, le système pouvait éventuellement détecter et détruire certains missiles propulsés grâce à des carburants liquides, dont la phase de propulsion initiale est plus longue. En revanche, le système restait incapable de détruire les missiles à carburant solide, qui ne peuvent être atteints que pendant les 95 secondes qui suivent leur lancement. L'étude de l'APS estimait que les pays contre lesquels le bouclier antimissile de l'administration Bush était conçu – Iran et Corée du Nord en tête - maîtriseraient probablement la technique des missiles à carburant solide d’« ici 10 à 15 ans » (soit entre 2013 et 2018), lorsque le bouclier serait en passe de devenir opérationnel.5

Le bouclier antimissile s'avérait donc être un projet coûteux (plus de 100 milliards de dollars avaient déjà été dépensés en vingt ans) et inutile. Dans ces conditions, le Congrès des États-Unis réduisit régulièrement le budget alloué à ces technologies antimissile aussi onéreuses qu'incertaines destinées à contrer un éventuel missile à longue portée.

Les réticences du Congrès s'expliquaient en particulier par les faibles performances du système terrestre d'interception de missile à mi-course (Ground-based Midcourse Defense, GMD). Comme le révèle un rapport du Congrès sur le budget de la Défense pour l'année fiscale 2009, la MDA n'avait pas réussi à mener au cours des années précédentes ne serait-ce qu'un test d'interception en vol par an, en moyenne, grâce au système GMD, en dépit du fait que le Congrès avait autorisé de consacrer annuellement 200 millions de dollars à la conduite de deux tests.

En 2007, le candidat à la présidence des États-Unis Barack Obama fit la promesse de « réduire les investissements dans les systèmes de défense antimissile n'ayant pas fait leurs preuves. » De son côté, Carl Levin, président de la commission des forces armées du Sénat américain, déclara en janvier 2009 qu'il aimerait voir des réductions dans le programme de défense antimissile. Quant à Ellen Tauscher, présidente de la sous-commission des forces stratégiques de la Chambre des représentants, elle estima en février 2009 que les États-Unis avaient trop investi dans le programme du système GMD.6

Alors que le budget des États-Unis menaçait d'enregistrer un déficit record pour 2008-20097, le Congrès gela le déploiement du système GMD (déjà déployé en Alaska et en Californie) et annula d'autres programmes plus expérimentaux : laser aéroporté, intercepteurs à énergie cinétique détruisant leur cible par impact, systèmes spatiaux de surveillance, « Multiple Kill Vehicle » permettant à un seul missile intercepteur d'engager plusieurs cibles, grâce à plusieurs projectiles guidés.

En revanche, le Congrès continua de soutenir le développement de systèmes de défense antimissile qui avaient fait leurs preuves : Aegis, Patriot, THAAD, missiles mer-air, tous systèmes destinés à contrer la menace « réaliste » des missiles à courte et moyenne portées.8

Ce sont de tels systèmes qui forment aujourd'hui la défense antimissile régionale soutenue par l'administration Obama.

Dans un contexte de réduction budgétaire, les milieux néo-conservateurs prirent prétexte du lancement de la fusée spatiale Unha-2 par la RPD de Corée, le 5 avril 2009, pour défendre leur bouclier antimissile.

David Blumenthal, chercheur à l'American Enterprise Institute (le centre de réflexion qui inventa le concept d’« axe du mal »), qualifia le programme de laser aéroporté de « méthode la plus prometteuse et immédiate pour intercepter un missile balistique dans la phase de propulsion initiale, peu après son lancement » et de « technologie qui pourrait s'avérer être un nouveau changement révolutionnaire dans la guerre, dû à l'ingéniosité américaine. »9

Pour Robert Joseph, ancien sous-secrétaire d'État pour le contrôle des armements et la sécurité internationale (l'homme qui, en 2006, voulait que les sanctions prises à l'encontre de la Corée du Nord « éteignent toutes les lumières de Pyongyang »), les États-Unis devaient aussi se défendre contre les missiles à longue portée, ce qui ne pouvait pas être fait avec les seuls systèmes Patriot, THAAD et Aegis. Pour affronter la Corée du Nord et l’Iran, Joseph plaidait pour le déploiement d'intercepteurs en Alaska, en Californie et en Europe. Face à une « menace en évolution », il préconisait également d’investir dans de nouvelles capacités, toute réduction des investissements de défense étant considérée comme « incroyablement en décalage avec le monde réel ».10

Le monde réel des scientifiques disait pourtant qu'un bouclier contre les missiles intercontinentaux ne fonctionnerait tout simplement pas ou, au mieux, serait périmé avant même d'entrer en service. La question est donc posée : les néo-conservateurs ont-il voulu refaire le « coup » de l'Initiative de défense stratégique qui avait si bien fonctionné à la fin des années 1980 ? Ont-ils envisagé d'épuiser leurs adversaires stratégiques potentiels à l'aide d'une nouvelle course aux armements, comme les États-Unis avaient étouffé financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique impossible?

Une chose est certaine : quand l'administration Bush est entrée en fonction, en 2001, elle a voulu ressusciter la doctrine de domination permanente énoncée dans les Directives pour le plan de défense (Defense Planning Guidance, DPG) pour les années 1994-1999, premier exposé formel des buts stratégiques des États-Unis dans l'après-Guerre froide. Les DPG exposaient que le premier objectif de la stratégie des Etats-Unis était d'empêcher l'apparition d'un futur concurrent pouvant défier l'écrasante supériorité militaire de l'Amérique.11

Bien sûr, un tel concurrent ne pouvait pas être la Corée du Nord ou l'Iran. En outre, pour un intercepteur basé au sol, l'interception ne peut avoir lieu que si sa vitesse est supérieure à celle du missile attaquant et si l'intercepteur est éloigné de la trajectoire du missile de 500 km au maximum pour un lanceur à carburant liquides et de 300 km pour un lanceur à carburant solide. Le succès de la défense antimissile dépend aussi des capacités à détecter le départ et à suivre la trajectoire d'un missile, ainsi qu'à guider son intercepteur. Plus tôt le tir est détecté, plus l'interception a de chances de réussir.12 Compte tenu des sites prévus pour l'implantation des radars et des intercepteurs du bouclier antimissile américain, deux pays autres que ceux spécifiquement désignés par les États-Unis se sont estimés visés par ce système : la République populaire de Chine et la Fédération de Russie.

Comme la Russie, la Chine est inquiète du retrait des États-Unis du traité ABM de 1972. Elle est aussi inquiète du déploiement d'intercepteurs dans le monde entier, en particulier au Japon, lesquels pourraient rendre inopérante la petite force de dissuasion stratégique chinoise. En outre, le projet de bouclier antimissile pourrait freiner la réduction des arsenaux nucléaires américain et russe et provoquer une reprise de la course aux armements et, plus généralement, porter un coup aux efforts contre la prolifération que sont le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Comprehensive Test Ban Treaty, CTBT) et le Traité d'interdiction de la production de matières fissiles (Fissile Material Cut-off Treaty, FMCT).13

Pour les analystes chinois, les États-Unis exagèrent le risque que les prétendus « États voyous » puissent se doter de missiles à longue portée équipés de têtes nucléaires. Consacrer du temps et des ressources à développer un système antimissile contre ces pays revient à « utiliser un canon pour tirer sur une mouche », alors que les capacités pour une réplique américaine suffisent largement à dissuader toute attaque. Pour les Chinois, les États-Unis développent et déploient leur système antimissile en insistant sur la menace d'« États voyous », mais leur objectif réel est bien de contenir la Chine.

La Chine pense que les États-Unis ont saisi le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée en 1998 pour convaincre le Japon, jusqu'ici réticent, de participer au bouclier antimissile américain.14

La Chine est particulièrement opposée au déploiement d'un système antimissile de théâtre au Japon, d'autant moins nécessaire qu'aucun système TMD n'a été déployé au Japon pendant la Guerre froide quand le danger d'une attaque était bien plus important. La Chine avance officiellement quatre arguments contre la coopération américano-japonaise dans le domaine d'un système TMD15 : un système antimissile de théâtre installé au Japon contribue au bouclier antimissile des Etats-Unis ; la coopération pour un système TMD change la nature de l'alliance entre les États-Unis et le Japon, la plaçant sur une base plus égale ; le Japon est déjà une puissance militaire importante et un Japon doté de fortes capacités offensives et défensives pourrait devenir plus agressif, renouant avec ses vieux démons ; le déploiement d'un système TMD au Japon avec l'aide des États-Unis aggrave la tension dans la péninsule coréenne et ne contribue pas à y régler par le dialogue les questions nucléaire et balistique.

Avec le Japon, la Corée du Sud est l'autre partenaire important des Etats-Unis dans le déploiement d'un système TMD en Asie du Nord-Est.

Dans un discours prononcé à Tokyo en septembre 2010, Frank Rose, sous-secrétaire d'État américain en charge de la vérification, du respect et de l'application des accords, a fait part de la forte volonté des États-Unis d'installer leur système de défense antimissile en Asie en allant au-delà de la coopération bilatérale entre les États-Unis et le Japon. Le sous-secrétaire d'États Rose a précisé que, « En Asie, le Japon et la Corée du Sud sont déjà des partenaires importants dans la défense antimissile ». Selon Frank Rose, avoir plusieurs partenaires, dont la Corée du Sud, dans le système de défense antimissile était souhaitable pour trois raisons : une raison « politique » parce que cela renforce l'aptitude à apporter une réponse commune à une menace ennemie ; une raison « opérationnelle » parce que la capacité du système MD est accrue, qu'il s'agisse du partage des données ou de l'interception d'engins balistiques ; et une raison « budgétaire » parce que cela réduit les investissements à consentir par les pays qui intègrent ce système de défense.

Quelques semaines auparavant, en juillet 2010, les marines des États-Unis et de Corée du Sud avaient mené un exercice d'interception de missile. Le croiseur sud-coréen Sejong-le-Grand, équipé du système Aegis, suivit ce qui était censé être un missile balistique ennemi et fournit à la marine américaine des informations sur sa position avant qu'un autre croiseur Aegis, américain, tire un missile SM-3 et l'abatte. En effet, alors que le Sejong-le-Grand peut détecter et suivre un missile balistique, il n'est pas équipé de SM-3 et le partage des informations et des moyens entre les armées sud-coréenne et américaine est donc nécessaire à la mise en œuvre d'une défense antimissile régionale en Asie du Nord-Est.

Si le déploiement à grande échelle en Corée du Sud de systèmes antimissile américains tels que des Patriot et des radars avait déjà commencé sous la présidence de Roh Moo-hyun (2002-2007), il s'est accéléré sous l'administration de Lee Myung-bak, intégrant davantage la Corée du Sud dans la défense antimissile des Etats-Unis.

Bell_KimTaeyoung.jpgLe 22 octobre 2010, Kim Tae-young, alors ministre de la Défense nationale de Corée du Sud, fut à l'origine d'une controverse à l'Assemblée nationale sud-coréenne quand, répondant à une question d'un député du Parti démocratique (opposition), il déclara que la Corée du Sud et les États-Unis examinaient « ensemble la question de la défense antimissile ».

Par la suite, le ministre Kim déclara que « l'élément à prendre un peu en compte est la raison pour laquelle notre peuple s'est opposé à la défense antimissile. C'est parce que les Etats-Unis ont créé la MD afin de protéger le territoire américain. Aujourd'hui, les choses ont évolué et la MD est envisagée au niveau régional. Les choses deviennent donc différentes et nous les considérons avec prudence. » Cette réponse suffit pour que le peuple sud-coréen soupçonne le gouvernement Lee Myung-bak d'accélérer le processus d'intégration à la défense antimissile voulue par les États-Unis.

La controverse prenant de l'ampleur, le ministère sud-coréen de la Défense publia dès le 23 octobre 2010 le communiqué suivant : « Les autorités de la République de Corée et des États-Unis discuteront à l'avenir du partage des informations et des mesures opérationnelles destinées à protéger la péninsule coréenne de la menace des armes de destruction massive nord-coréennes au sein d'un 'Comité pour une politique de dissuasion étendue'. » Le ministère de la Défense affirmait aussi que « cela ne signifie pas que nous rejoignons le système régional de défense antimissile des États-Unis, mais que, tout en établissant une défense antiaérienne et antimissile coréenne, d'abord en tant que sous-système défensif, nous allons aussi renforcer notre coopération avec les Forces des États-Unis en Corée pour le partage des informations et des moyens opérationnels destinés à répondre de manière efficace à la menace des missiles balistiques de la Corée du Nord. » En résumé, le ministère sud-coréen de la Défense déclarait que la Corée du Sud renforce sa coopération avec les États-Unis dans la défense antimissile sans participer au système de défense antimissile voulu par les États-Unis...16

Le 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité, le ministère de la Défense a continué à nier toute implication dans le système de défense antimissile des États-Unis, le jugeant « fondamentalement différent » de celui de la Corée du Sud17, mais les signes d'une intégration croissante de la Corée du Sud dans ce système existent bien.

Pour les États-Unis, il y a urgence à installer les éléments d'un système antimissile en Asie du Nord-Est et la prétendue menace nord-coréenne constitue un prétexte fort commode.

En janvier 2007, dans un contexte d'opposition au bouclier antimissile, un événement inédit en deux décennies eut lieu : la Chine détruisit un de ses vieux satellites météorologiques à l'aide d'un intercepteur basé au sol et porteur d'une charge de type cinétique. Le vieux satellite chinois évoluait en orbite à environ 800 km de la Terre, soit l'altitude correspondant à la phase de vol libre d'un missile balistique, laquelle dure de 15 à 20 minutes.

Un tel acte fut vite interprété comme un avertissement lancé aux États-Unis. Outre la démonstration que les Chinois étaient capables de développer les éléments d'un bouclier antimissile que les Américains avaient eux-mêmes du mal à acquérir - le fameux système terrestre d'interception de missile à mi-course GMD « recalé » par le Congrès en 2009 -, les Chinois pouvaient désormais rendre « aveugles » les Américains et leurs alliés en détruisant les satellites d'observation évoluant en orbite basse (entre 200 et 2 000 km). Les Etats-Unis ne pouvaient que redouter une nouvelle course aux armements dans l'espace - qu'ils avaient eux-mêmes contribué à relancer – et, ne reculant devant aucune contradiction, le gouvernement américain déclara en réaction à la destruction du satellite chinois que le « développement et l'essai de telles armes est incompatible avec l'esprit de coopération à laquelle chaque pays aspire dans le domaine de l'espace civil. »18

standard missile 3En février 2008, un missile SM-3 fut tiré du croiseur américain USS Lake Erie stationné dans l'Océan Pacifique, à l'ouest des îles Hawaï. Quatre minutes après, un satellite était atteint et détruit à 247 km d’altitude. Selon la version donnée par l'armée américaine, le but de ce tir était de détruire le satellite militaire USA-193 lancé en décembre 2006 et devenu hors de contrôle, compte tenu du danger représenté par les 450 kg d’hydrazine contenus dans ses réservoirs et le risque d’intoxication pesant sur les populations. Cette version fut mise en doute par la Russie qui y vit plutôt une opération destinée à tester une arme antisatellite et le tir suscita la réprobation de la Chine.19 De fait, le succès de ce tir américain venait à point nommé pour justifier les énormes crédits accordés à la Missile Defense Agency et envoyait un signal sur la détermination des États-Unis à appliquer la doctrine de « domination spatiale » avalisée par l'administration Bush.

Les États-Unis ont identifié la République populaire de Chine comme leur principal adversaire stratégique depuis le début des années 2000, au moins, et le bouclier antimissile complète le dispositif d'endiguement mis en place autour de la Chine. Dans la mise en place de ce dispositif, la Corée du Sud constitue une pièce maîtresse et la Corée du Nord un alibi pour des initiatives américaines de plus en plus agressives à l'égard de la Chine. Ainsi, un bouclier antimissile n'est pas seulement un système de défense mais aussi, dans son principe même, une arme « de premier emploi » : un système antimissile fonctionnel informe ses objectifs potentiels qu'ils seront attaqués si les États-Unis le veulent et sans que les pays visés puissent répondre. On comprend mieux la signification de l'avertissement du secrétaire américain à la Défense Robert Gates (qui a servi au même poste sous les administrations Bush et Obama), servant de conclusion au rapport 2009 de la MDA : défier (et non attaquer) les États-Unis dans le domaine nucléaire – ou avec d'autres armes de destruction massive - exposera à une « réponse écrasante et catastrophique ».20

On peut tirer trois conclusions des péripéties du bouclier antimissile américain : premièrement, les pays tels que la République populaire démocratique de Corée ne sont qu'un prétexte ; deuxièmement, si le bouclier antimissile devient opérationnel, une guerre offensive devient possible, voire inévitable, contre les adversaires stratégiques désignés des États-Unis ; troisièmement, si le bouclier spatial n'est qu'une illusion entretenue à grands frais par les stratèges américains, les dizaines de milliards de dollars déjà dépensés profitent à des sociétés telles que Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Raytheon. L'avertissement du président américain Eisenhower dans son discours d'adieu du 17 janvier 1961 prend alors toute sa dimension :

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison, mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

 

 

Sources

1 KCNA, 8 novembre 2012

2 Thomas Donnelly, Donald Kagan, Gary Schmitt, Rebuilding America's Defenses : Strategy, Forces and Resources for a New Century, Project for the New American Century, septembre 2000 (traduction en français disponible ici)

4 Aegis (traduction anglaise de « égide », le bouclier du dieu grec Zeus) est un radar à haute puissance pouvant exécuter simultanément des fonctions de détection, recherche et poursuite de plus de 200 missiles, à plus de 370 km.

5 American Physical Society, "Missile defense strategy not feasible against potential threats", Washington D.C., 15 juillet 2003

6 Travis Sharp, "Recommendations for Action in 2009 : Reduce Funding for Unproven Missile Defense Programs", Center for Arms Control and Non-Proliferation, 26 février 2009

7 AFP,   11 mars 2009

9 David Blumenthal, "Coming to Asia's Defense", The Wall Street Journal, 16 avril 2009

10 Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine", National Review Online, 9 avril 2009

11 Michael T. Klare, "Target China: The Emerging US-China Conflict", Japan Focus, 19 avril 2006.

12 Iouri Zaïtsev, « La Défense antimissile américaine de A à Z », RIA Novosti, 2 mars 2007.

13 Evan S. Medeiros, 2nd US-China Conference on Arms Control, Disarmament and Nonproliferation: Missiles, Theater Missile Defense and Regional Stability, Monterey Institute of International Studies, Monterey, 1999. p. 11, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs", James Martin Center for Nonproliferation Studies

14 Les néo-conservateurs ayant servi dans l'administration Bush admettent ouvertement ce prétexte, à l'instar de Robert Joseph : « the U.S.-Japan relationship on missile defense — which grew out of North Korea’s first Taepodong launch in August 1998 — gave Japanese leaders both confidence that the U.S. stood with them and an option for protecting their territory from harm. » (Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine")

15 Luo Jie et Ye Bian, "US 'Missile Defense' Will Bring No End of Trouble for the Future - Sha Zukang on Topics Including International Disarmament Situation and TMD", Shijie Zhishi, 1er juillet 1999 in FBIS, "Arms Control Chief on US Missile Defense", 1er juillet 1999, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs"

16 Cheong Wooksik,  "Would South Korea fall down into a ‘swamp of MD’?", Peace Network, 25 octobre 2010 

17 Yonhap, 26 octobre 2012 

18 Déclaration de Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, le 18 janvier 2007, cité dans Marc Kaufman et Dafna Linzer, "China Criticized for Anti-Satellite Missile Test : Destruction of an Aging Satellite Illustrates Vulnerability of U.S. Space Assets", The Washington Post, 19 janvier 2007

19 BBC, 21 février 2008 

20 Extrait d'un discours prononcé par le secrétaire à la Défense Robert Gates devant la Fondation Carnegie pour la paix internationale, le 28 octobre 2008, cité dans Testing : Building Confidence, Missile Defense Agency, 2009

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:06

obama-romney-debate_north_korea.jpgAu moment où les Américains votent pour élire leur nouveau Président, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a d'ores et déjà rejeté dos à dos les deux principaux candidats. En effet, si le démocrate Barack Obama parle de "fermeté" en s'alignant sur les positions conservatrices de son homologue sud-coréen Lee Myung-bak, le républicain Mitt Romney pratique, quant à lui, la surenchère.

 

Pour Barack Obama, la ligne défendue sur la question coréenne n'a guère varié, avant comme pendant la campagne électorale : la RPD de Corée doit préalablement renoncer à ses armes nucléaires pour que s'engagent des négociations ; en confondant sciemment l'objet et le résultat des négociations, Washington formule une offre dont elle sait qu'elle est inacceptable pour l'autre partie, mais elle donne l'illusion de ne pas rejeter le dialogue. Pyongyang a d'autant plus de raisons de n'avoir pas confiance dans le Président Obama que ce dernier a répondu à toutes les demandes des faucons sud-coréens de multiplier les manoeuvres de guerre conjointes, jusqu'à accepter récemment d'accroître la portée des missiles balistiques sud-coréens, portant ainsi la lourde responsabilité d'une escalade dans l'une des régions les plus militarisées au monde. Par ailleurs, Barack Obama a également cédé aux demandes des nationalistes japonais de réarmer l'archipel, ce qui est contraire à la Constitution pacifiste japonaise, par le truchement d'une alliance tripartite entre Washington, Tokyo et Séoul.

 

Pour sa part, Mitt Romney a joué la carte de la surenchère : en septembre, il a appelé à renforcer les sanctions et l'embargo contre Pyongyang, décrivant le fait que la RPDC se soit dotée de l'arme nucléaire comme un exemple de l'échec de la diplomatie nord-coréenne de son rival Barack Obama, qui n'a pas jugé utile de répliquer sinon par un appel à faire preuve de "fermeté" face à Pyongyang. Ce faisant, Mitt Romney oubliait pourtant que la RPDC a procédé à son premier essai nucléaire en octobre 2006, sous le mandat de George W. Bush. Cette décision nord-coréenne avait été prise pour se doter d'une capacité d'auto-défense face à la menace américaine, dans le droit fil de la doctrine nucléaire française de "dissuasion du faible au fort", élaborée par le général de Gaulle. Depuis lors, la position de la RPDC n'a pas varié : elle ne renoncera à ses armes nucléaires qu'en contrepartie de garanties sérieuses quant à sa sécurité, alors que les précédents irakiens et libyens ont conforté l'administration nord-coréenne dans sa certitude que les Etats-Unis ne peuvent pas être considérés comme un partenaire fiable.

 

En octobre, Mitt Romney est allé plus loin encore en accusant, sans preuves, la RPDC d'exporter ses technologies nucléaires. L'administration américaine démocrate avait pourtant reconnu avoir alimenté la rumeur d'une coopération nucléaire entre la Corée du Nord et la Birmanie, avant de devoir la démentir elle-même.

 

Dans ce contexte, le principal quotidien de la RPD de Corée, le Rodong Sinmun, a écrit mi-septembre que les deux "partis réactionnaires" américains partagent les mêmes objectifs vis-à-vis de la RPDC, en les accusant de conduire à l'escalade des tensions en Asie du Nord-Est.

 

Pour l'Association d'amitié franco-coréenne, il est urgent d'abandonner l'impasse de la politique des sanctions, dont les populations sont les seules victimes, en agissant pour le paix et le désarmement nucléaire de toute la Corée. Tel est le sens de l'appel de l'AAFC à signer et faire signer la pétition en faveur d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, pour que plus jamais le bruit des armes ne retentisse sur le sol de la Corée, deux générations après un terrible conflit ayant causé des millions de victimes - dont 99 % étaient asiatiques, coréennes et chinoises.

 

Sources :

- AAFC ;

- KCNA (notamment dépêche du 17 septembre 2012 : "Hostile Policies of two US Political Parties toward DPRK under Fire") ;

- "Both Obama, Romney committed to tough action on N. Korea", dépêche de l'agence Yonhap du 5 mai 2012 citée par The Korea Times ;

- Yonhap, "Pour Romney, la Corée du Nord est un échec de la diplomatie d'Obama", dépêche publiée le 23 octobre 2012.

Photo Business Insider.

Partager cet article
Repost0
9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 12:41

Le 7 octobre 2012, la Corée du Sud a annoncé avoir conclu un accord avec les Etats-Unis pour étendre la portée de ses missiles balistiques, afin qu'ils puissent atteindre n'importe quel point de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Alors qu'un tel accord rappelle la subordination de la Corée du Sud aux Etats-Unis sur les questions de défense, ces déclarations doivent être resituées dans le contexte préélectoral de la Corée du Sud, où faire souffler "le vent du Nord" doit permettre de relancer la campagne de la droite et de sa principale candidate, Mme Park Geun-hye. La RPD de Corée a a vivement réagi par la voix du porte-parole de la Commission de la défense nationale, dans une déclaration rendue publique le 9 octobre, qui affirme notamment que face à la menace américaine le programme balistique nord-coréen lui permet d'atteindre le territoire des Etats-Unis.

Quand en 1972 la Corée du Sud avait fait allégeance à la puissance militaire des Etats-Unis en se plaçant sous le "parapluie" américain, elle avait accepté de limiter la portée de ses missiles à 112 miles (soit 180 km), en contrepartie d'un accès à la technologie balistique des Etats-Unis. Mais les gouvernements sud-coréens successifs n'ont ensuite cessé de vouloir à la fois disposer des missiles américains, et aussi d'étendre la portée de leurs propres missiles balistiques : en 2001, les Etats-Unis ont autorisé la Corée du Sud à augmenter à 300 km la portée de ses missiles. Le 7 octobre 2012, le conseiller sud-coréen à la sécurité nationale Chun Yung-woo a annoncé qu'un nouvel accord avec les Etats-Unis permettait aux missiles sud-coréens d'avoir une portée jusqu'à 800 km (soit 497 miles), afin de pouvoir atteindre tout point du territoire nord-coréen.

Selon la Corée du Sud, il s'agit de renforcer les "capacités d'autodéfense" face à une hypothétique "attaque ou provocation" nord-coréenne. Selon Chun Yung-woo, "si la Corée du Nord nous attaque ou nous provoque, nous serons en mesure de neutraliser ses capacités balistiques et nucléaires dans un premier temps". Le message est clair :  il n'est que la reprise telle quelle d'un vieux fantasme des néoconservateurs américains de porter une attaque en premier contre la RPDC, et notamment sur ses sites nucléaires, laquelle déclencherait évidemment une riposte nord-coréenne et pourrait ainsi dégénérer en un conflit ouvert. C'est au regard de ces risques de guerre qu'une telle option a finalement été écartée par les anciens présidents américains, au plus fort du contentieux sur les armes nucléaires. Les faucons au pouvoir à Séoul sont d'ailleurs conscients qu'ils déclencheraient alors une guerre, lorsque le porte-parole M. Chun parle de "première étape" qui en appellerait donc d'autres. Et pour boucler le schéma d'une attaque sud-coréenne dans des circonstances qui ne dépendraient que du bon vouloir de Séoul, les termes employés sont délibérément flous : M. Chung parle de possible réaction à une "provocation" nord-coréenne en des termes vagues, sans chercher à les expliciter. Les accusations mutuelles de Séoul et de Pyongyang d'intrusion dans leurs eaux territoriales sont suffisamment fréquentes pour offrir le prétexte à une attaque qui, pour être lancée par Séoul, ne devrait pas moins en avoir l'aval des Etats-Unis (mais peut-être la Corée du Sud espère-t-elle forcer plus facilement la main d'un Mitt Romney aux accents plus guerriers que Barack Obama ?).

Mais augmenter la portée des missiles sud-coréens ne viserait pas que la RPD de Corée : avec des missiles pouvant atteindre une cible à 800 km, elle viserait également le Nord-Est de la Chine et l'Extrême-Orient russe. La mise en place de la base de Jeju est déjà justifiée, à demi mot, par une volonté de contenir la puissance militaire grandissante de la Chine. L'initiative sud-coréenne doit ainsi s'interpréter comme s'inscrivant dans un plan plus global, concerté avec les Etats-Unis, d'escalade militaire américaine contre la Chine et la Russie, que préparent les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens à répétition.

exercices-militaires_Etats-Unis_Coree-du-Sud_13-septembre-.jpg

Exercices militaires conjoints américano-sud-coréens le 13 septembre 2012 (source : CNN)

Première visée, la République populaire démocratique de Corée a réagi vivement par un communiqué de sa Commission de la défense nationale (CDN) en date du 9 octobre : "la déclaration sur la politique de missiles balistiques, que le régime [sud-coréen] qualifie de 'plus grande réalisation' qu'il a obtenu de son maître américain dans les années récentes est le produit d'une [...] conspiration du maître et de son esclave pour porter la situation dans la péninsule coréenne à un point extrême de tension et déclencher une guerre contre la RPDC à tout moment." Pour la CDN, cette déclaration sud-coréenne est la preuve du manque de sincérité des Etats-Unis dans leurs propos apaisants. Le communiqué nord-coréen déclare que la RPDC est prête à "annihiler les impérialistes américains, ennemi juré du peuple coréen", et que l'Armée populaire de Corée dispose de missiles balistiques capables d'atteindre non seulement le "territoire sacré" sud-coréen, mais aussi la Japon, Guam et les Etats-Unis.

kim-jong-un_unite-318.jpg

Kim Jong-un visitant l'unité 318 de l'Armée populaire de Corée en août 2012 (source : KCNA)

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a toujours fait du combat pour la paix en Corée l'une de ses lignes directrices, en soutenant l'initiative internationale d'une pétition pour la conclusion d'un traité de paix en Corée, en lieu et place de l'accord d'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée en 1953. Dans ce contexte, elle condamne vivement les déclarations sud-coréennes du 7 octobre 2012 comme génératrices d'une escalade militaire et de tensions non seulement dans la péninsule coréenne, mais plus largement en Asie du Nord-Est. Au moment où elle-même célébrait le cinquième anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007, elle plaide pour le retour au dialogue intercoréen, sur la voie de la paix et de la réunification de la péninsule.

 

Sources : AAFC, CNN, KCNA

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 17:40

En 2010, sur la base notamment de documents publiés par Wikileaks, les médias du monde entier l'affirmaient : la Birmanie (Myanmar) chercherait à se doter de l'arme nucléaire, et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) l'y aiderait. Deux ans plus tard, dans son rapport annuel sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement, le département d'Etat américain livre une autre analyse : les inquiétudes sur une coopération nucléaire entre la Birmanie et la RPDC se sont "apaisées", et le gouvernement birman ne chercherait plus à acquérir l'arme nucléaire... Ce revirement ne manque pas d'intérêt : si les campagnes de désinformation menées par la CIA sont un instrument traditionnel de la diplomatie américaine, il est moins fréquent qu'elles fassent l'objet d'un démenti par les autorités américaines elles-mêmes. Mais, en l'espèce, le rapprochement entre Washington et Rangoon exigeait de stopper une campagne de presse qui n'était plus conforme aux intérêts américains.

 

Quand les rumeurs d'une coopération nucléaire entre la RPD de Corée et la Birmanie ont commencé à grossir, fin 2010, la presse internationale n'a guère jugé utile de relever quelques faits d'évidence : le coût et la durée d'un programme nucléaire militaire rendaient assez improbable que le Myanmar s'engage dans un telle voie ; par ailleurs, la Corée du Nord a toujours affirmé qu'elle développait un programme nucléaire militaire à des fins d'autodéfense nationale, et démenti fermement toute accusation de prolifération des armes nucléaires.

 

Certes, de tels soupçons étaient étayés par des documents publiés par Wikileaks. Mais des soupçons, pour devenir des certitudes, ont besoin de s'appuyer sur des preuves qui, en l'espèce, n'ont jamais pu être produites. En outre, les auteurs des fuites de "Wikileaks" ont choisi eux-mêmes les télégrammes diplomatiques (TD) qui se sont retrouvés dans la presse, selon des critères relevant de leurs objectifs personnels et non de la qualité de l'information disponible aux diplomates américains. En l'espèce, d'autres TD de Wikileaks ont montré l'ignorance des services de renseignement américains s'agissant de la Corée du Nord, ce qui ne peut que les conduire - comme aux plus belles heures de la guerre froide - à mener des campagnes de désinformation pour décrébiliser leurs adversaires, tout en essayant d'obtenir des éléments qu'ils sont incapables de se fournir par les voies plus ordinaires du renseignement.

 

Deux ans plus tard, la Birmanie est le seul Etat, parmi les pays placés à l'index par les Etats-Unis, avec lequel l'administration Obama a effectivement cherché à améliorer ses relations bilatérales durant le mandat du président américain sortant. Dès lors, continuer à propager la rumeur que les autorités birmanes cherchaient à acquérir l'arme nucléaire, en possible coopération avec la RPD de Corée, est devenu non seulement inutile, mais aussi contre-productif. Pour que les choses soient claires, la nouvelle doxa est venue du département d'Etat américain, dans le rapport annuel sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement : "Les inquiétudes exprimées par les Etats-Unis dans le rapport de l'an passé sur l'intérêt de la Birmanie à poursuivre un programme nucléaire, y compris une possible coopération avec la Corée du Nord, ont été partiellement apaisées à la fin de la période" couverte par le présent rapport. Certes, le mot "partiellement" permet de sauver la face et de préserver l'avenir, alors que la Birmanie est loin d'être devenue un allié des Etats-Unis. Mais le fait est que le parole du gouvernement birman, affirmant qu'il ne poursuit pas de programme nucléaire militaire, balistique ou de production d'autres armes de destruction massive, autrefois jugée dépourvue d'intérêt, suffit maintenant à réévaluer l'appréciation du "risque nucléaire" birman par le gouvernement américain. Mieux encore : selon Washington, il n'y aurait désormais plus de raisons de croire que la Birmanie enfreindrait les résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la RPDC. Est-ce à dire que les accusations jadis portées par Washington contre Pyongyang et Rangoon étaient sans fondement ? Décidément, la raison d'Etat emprunte souvent des chemins que la rationalité humaine ne saurait comprendre. 

 

Source : rapport annuel 2012 du département d'Etat américain sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement (en anglais).

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 00:18

Nucléaire RPDC-USALe 31 août 2012, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a publié un mémorandum retraçant l'histoire des relations entre la RPD de Corée et les Etats-Unis. Le ministère y démontre que l'hostilité de la politique américaine à l'égard de la RPDC constitue le principal obstacle à la résolution de la question nucléaire dans la péninsule coréenne, et insiste sur la nécessité d'une normalisation des relations entre les deux pays. Ce mémorandum complète une déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC en date du 20 juillet 2012, selon laquelle « la situation contraint la RPDC à réexaminer totalement la question nucléaire. » La déclaration du 20 juillet faisait suite à l'arrestation d'un transfuge d'origine nord-coréenne soupçonné de vouloir commettre des attentats sur le territoire de la RPDC à l'instigation des services de renseignement américains et sud-coréens. L'Association d'amitié franco-coréenne propose ici une traduction en français du texte du mémorandum du 31 août, d'après la version anglaise publiée par l'agence de presse KCNA.

 

Le 20 juillet dernier, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a annoncé qu'elle a atteint le point où elle doit complètement réexaminer la question nucléaire en raison de la poursuite de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC.

La politique hostile des Etats-Unis est la cause profonde qui a fait de la péninsule coréenne le point chaud le plus dangereux du monde et constitue aussi le principal obstacle à une paix et une stabilité durables.

La question nucléaire dans la péninsule coréenne n'est rien d'autre que le résultat de la politique hostile des Etats-Unis et, en conséquence, ce n'est que lorsque les Etats-Unis renonceront à leur politique hostile qu'il deviendra possible de résoudre la question.

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC publie le mémorandum suivant afin de mettre en évidence le contraste existant entre les déclarations des Etats-Unis selon lesquelles ils n'ont pas d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC et leur attitude réelle.

1- Les idées hostiles bloquant le règlement de la question nucléaire

Un accord important a été annoncé le 29 février 2012 à l'issue des discussions de haut niveau entre la RPDC et les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont réaffirmé ne plus avoir plus d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC et être prêts à prendre les mesures visant à améliorer les relations bilatérales dans l'esprit d'un respect mutuel de la souveraineté et de l'égalité, avoir convenu de fournir une aide alimentaire substantielle à la RPDC. La RPDC, eu égard aux inquiétudes des Etats-Unis, était d'accord pour un moratoire sur les essais nucléaires, les lancements de missiles à longue portée et l'activité d'enrichissement de l'uranium tant que ce dialogue productif continue.

Cependant, quand la RPDC a lancé le Kwangmyongsong-3, satellite artificiel destiné à un usage pacifique, le 13 avril dernier, les Etats-Unis s'y sont opposés, arguant que le lancement spatial était basé sur la même technologie que le lancement d'un missile à longue portée, et ont continué en abrogeant unilatéralement l'accord du 29 février et en renforçant les sanctions contre la RPDC.

Il est exact qu'une fusée transportant un satellite et un missile équipé d'une tête nucléaire utilisent une technologie similaire. Toutefois, quand d'autres pays procèdent au lancement d'un satellite, les Etats-Unis ne s'y opposent jamais en le qualifiant de lancement de missile, ni ne prennent des mesures telles que l'imposition de sanctions. Les Etats-Unis ont vu notre fusée transportant un satellite comme un missile à longue portée pouvant un jour atteindre les Etats-Unis parce qu'ils considèrent la RPDC comme une ennemie.

C'est la raison pour laquelle le tout premier accord auquel sont parvenus la RPDC et les Etats-Unis depuis l'entrée en fonction de l'administration Obama s'est avéré être un échec comme les précédents accords entre la RPDC et les Etats-Unis.

Au début des discussions bilatérales entre la RPDC et les Etats-Unis sous l'administration Clinton, les Etats-Unis ont promis des « garanties contre la menace et l'usage de la force, y compris les armes nucléaires ». (déclaration commune RPDC-Etats-Unis du 11 juin 1993).

A l'étape finale des discussions bilatérales, les Etats-Unis ont convenu d'« avancer vers la normalisation complète des relations politiques et économiques » avec la RPDC. (accord-cadre RPDC-Etats-Unis du 21 octobre 1994)

Les Etats-Unis ont aussi déclaré qu'ils n'auraient pas d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC. (communiqué conjoint RPDC-Etats-Unis du 12 octobre 2000)

Pourtant, tous ces engagements n'ont pas été honorés et ont été rompus en une nuit avec chaque changement d'administration aux Etats-Unis.

L'administration Bush a rejeté tous les accords signés par la RPDC et les Etats-Unis sous l'administration Clinton, a inclus la RPDC dans un « axe du mal » et l'a distinguée comme cible pour une frappe nucléaire préventive. (discours sur l'état de l'Union du 30 janvier 2002 et Revue de la posture nucléaire de mars 2002)

La politique hostile extrêmement dangereuse poursuivie par l'administration Bush a contraint la RPDC à se retirer complètement du Traité de non-prolifération et à orienter son industrie nucléaire pacifique pour la production d'électricité vers le renforcement d'une force nucléaire de dissuasion à des fins d'auto-défense.

Lors des pourparlers à six, les Etats-Unis ont affirmé qu'ils n'ont « pas l'intention d'attaquer ou d'envahir la RPDC avec des armes nucléaires ou conventionnelles ». (déclaration conjointe des Pourparlers à six du 19 septembre 2005)

Pour la mise en application de la déclaration conjointe du 19 septembre, les Etats-Unis ont fait des promesses selon lesquelles ils amélioreraient les relations avec la RPDC et avanceraient vers l'établissement de relations diplomatiques complètes. (accords des Pourparlers à six des 13 février et 3 octobre 2007)

Cependant, quatre ans sont passés depuis la dernière session des pourparlers à six, lesquels se sont tenus en décembre 2008 et n'ont toujours pas repris. Pendant ce temps, le niveau d'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC n'a pas baissé et a augmenté davantage.

La première mesure prise par l'administration Obama à l'égard de la RPDC a été de s'opposer au lancement du satellite pacifique de la RPDC Kwangmyongsong-2.

La politique extrêmement hostile des Etats-Unis destinée à priver la RPDC de son droit souverain à l'utilisation pacifique de l'espace, droit reconnu par la loi internationale, a exigé une réaction de la RPDC pour sa propre défense, à savoir un nouvel essai nucléaire. Cela a encore abouti à la répétition du cercle vicieux de la méfiance et de la confrontation; les Etats-Unis ont imposé des sanctions plus sévères à la RPDC et la RPDC a réagi en commençant à construire par elle-même un réacteur à eau légère (LWR) et à produire de l'uranium enrichi pour répondre aux besoins en combustible du LWR.

La réalité démontre que si les Etats-Unis ne renoncent pas totalement à leurs idées hostiles de longue date à l'égard de la RPDC, rien ne peut être résolu alors que la confrontation et le risque d'un conflit pourraient encore s'accroître.

Au début des discussions entre la RPDC et les Etats-Unis, la RPDC soutenait que les Etats-Unis devraient renoncer en premier à leur politique hostile pour résoudre la question nucléaire, tandis que les Etats-Unis insistaient sur le fait que la RPDC devrait d'abord abandonner son programme nucléaire afin de normaliser les relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Au cours du processus, grâce à la sincérité et à la générosité de la RPDC, le principe d'actions simultanées, connu sous les termes « mot pour mot » et « action pour action », a été retenu et a servi de base au dialogue.

L'histoire longue de vingt ans des discussions entre la RPDC et les Etats-Unis montre que même le principe d'actions simultanées ne fonctionne pas si les Etats-Unis n'abandonnent pas leurs conceptions hostiles à l'égard de la RPDC.

2- Les origines de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC

La politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC a des racines historiques profondes.

La génération d'après-guerre aux Etats-Unis et dans d'autres pays n'a pas une bonne compréhension des racines historiques de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC;

Ils ignorent que la question nucléaire dans la péninsule coréenne découle de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC et comprennent mal aussi que les Etats-Unis sont hostiles à la RPDC en raison de la question nucléaire.

Le fait est que l'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC ne se fonde pas sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne. La RPDC n'a pas eu d'autre choix que de développer des armes nucléaires, en raison de la politique hostile et de la menace nucléaire croissante des Etats-Unis, lesquels sont la plus grande puissance nucléaire du monde.

Depuis le tout début, les Etats-Unis ont défini la RPDC comme une ennemie et ont refusé de reconnaître sa souveraineté. Les Etats-Unis ont continué d'accroître leurs actions hostiles à l'égard de la RPDC, avec l'objectif ultime de renverser le système politique choisi par notre peuple.

Le mécanisme instutionnel et juridique contre la RPDC a été mis en place bien avant l'émergence de la question nucléaire. Des attaques militaires et des menaces nucléaires visant à éliminer notre idéologie et notre système ont été ouvertement entreprises, alors que les sanctions économiques et la pression internationale destinées à isoler et étouffer la RPDC ont persisté.

La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué le début de la Guerre froide entre l'Est et l'Ouest.

Les Etats-Unis avaient besoin d'une tête de pont pour contenir l'« expansion vers le sud » de l'Union soviétique de l'époque et pour faire une avancée sur le continent eurasiatique. Ce fut suivant cette exigence que les Etats-Unis tracèrent en toute hâte une ligne le long du 38ème parallèle avant la reddition du Japon afin de sécuriser cette tête de pont. Cela a mené à la tragique division de la nation coréenne et de son territoire.

Pour les Etats-Unis engagés dans la Guerre froide, la zone située au sud du 38ème parallèle était leur alliée et celle située au nord était leur ennemie.

La pratique générale internationale des Etats est d'établir des relations diplomatiques avec un nouvel Etat indépendant. L'établissement de relations diplomatiques entre les pays ne signifie pas nécessairement un sentiment spécialement favorable ou une amitié proche; c'est un signe d'une attitude politique par laquelle chacun considère l'autre comme un membre à part égale de la communauté internationale.

Malgré les différences de système et d'idéologie politiques, les Etats-Unis ont établi des relations diplomatiques avec l'ex-Union soviétique comme avec d'autres pays socialistes d'Europe de l'est. Pourtant, les Etats-Unis ont refusé de même appeler la RPDC par son nom officiel, sans parler de l'établissement de relations diplomatiques.

Les Nations Unies ont reconnu la souveraineté de la RPDC quand elle les a rejoint en 1991. La RPDC maintient actuellement des relations diplomatiques avec 166 pays représentant 86 % des membres des Nations Unies. Les Etats-Unis, toutefois, refusent de reconnaître la RPDC comme un Etat indépendant avec lequel ils pourraient coexister dans la communauté internationale.

Sur les 193 membres des Nations Unies, seule la RPDC, avec l'Iran et Cuba, n'a pas de relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Cela montre clairement que les Etats-Unis poursuivent une politique extrêmement hostile à l'égard de ces pays - un cas sans précédent dans l'histoire des relations internationales contemporaines.

La politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC trouve sa plus plus claire expression dans le domaine militaire.

La RPDC et les Etats-Unis sont techniquement en guerre l'un contre l'autre depuis plus de soixante ans même après la fin de la guerre; aucun exemple comparable ne peut être trouvé dans l'histoire moderne.

L'Accord d'armistice en Corée conclu le 27 juillet 1953 n'est en aucun cas un accord qui met officiellement fin à la guerre. Ce n'est pas non plus un traité pour une paix durable. L'Accord d'armistice en Corée était la mesure transitoire destinée à retirer toutes les troupes étrangères de la péninsule coréenne et à garantir une paix permanente.

Cependant, les Etats-Unis ont délibérément choisi de prolonger le statut de l'armistice.

En novembre 1953, les Etats-Unis ont défini comme leur objectif ultime dans la péninsule coréenne de maintenir le régime de cessez-le-feu, de faire de la Corée du Sud leur « allié militaire » et d'empêcher que le communisme se répande dans toute la péninsule coréenne jusqu'à ce que soit atteinte une « unification pro-Etats-Unis ». (résolution n°170 du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis)

En conséquence, les Etats-Unis ont intentionnellement mis fin à la conférence de Genève sur la résolution pacifique de la question coréenne en juin 1954 et ont méthodiquement enfreint et invalidé les dispositions principales de l'Accord d'armistice en Corée en introduisant des équipements militaires modernes, y compris des armes nucléaires, en Corée du Sud et en intensifiant les exercices militaires agressifs.

Les Etats-Unis ont repoussé plusieurs propositions et initiatives de paix avancées par le Gouvernement de la RPDC, telles que la proposition de conclusion d'un traité de paix entre la RPDC et les Etats-Unis (dans les années 1970), la proposition de pourparlers tripartites afin d'inclure la Corée du Sud dans les pourparlers entre la RPDC et les Etats-Unis (dans les années 1980), la proposition d'établissement d'un nouveau mécanisme de paix (dans les années 1990).

La RPDC, la Chine, les Etats-Unis et la Corée du Sud se sont réunis pour des pourparlers à quatre à la fin des années 1990 afin d'instaurer un régime de paix durable dans la péninsule coréenne. Cependant, les pourparlers n'ont produit aucun résultat en raison de l'absence de sincérité du côté des Etats-Unis.

Au commencement du nouveau siècle, la RPDC a proposé que les signataires de l'Accord d'armistice en Corée se réunissent pour discuter d'une déclaration de fin de la guerre et que les pourparlers aient lieu pour remplacer l'Accord d'armistice par un traité de paix à l'occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la Guerre de Corée. (Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité du 4 octobre 2007 et déclaration du ministère des Affaires étrangères de la RPDC du 11 janvier 2010) Pourtant, les Etats-Unis ont fermé les yeux sur toutes ces propositions.

Les Etats-Unis gardent inchangée leur position obstinée face aux propositions de paix de la RPDC; la position des Etats-Unis est que la conclusion d'un traité de paix est prématurée et que le régime de cessez-le-feu doit être maintenu. Cela signifie que les Etats-Unis continueront à considérer la RPDC comme leur ennemie et une belligérante.

Les Etats-Unis disposent d'une gamme de différentes catégories de plans et de scénarios de guerre visant la RPDC, tels que « OPLAN 5029 », « OPLAN 5030 », « OPLAN 5012 », etc... Tous ces plans prévoient l'invasion armée de la RPDC et l'instauration de leur domination militaire.

C'est en application de ces plans de guerre que les Etats-Unis continuent de mener diverses sortes d'exercices militaires conjoints, tels que « Focus Retina », « Freedom Bolt », « Team Spirit », « RSOI », « Key Resolve », « Foal Eagle », « Ulji Freedom Guardian », etc... Tous ces exercices cherchent à parvenir au même objectif même s'ils sont menés sous différents noms.

Les sanctions économiques des Etats-Unis contre la RPDC constituent un outil important dans la poursuite de leur politique hostile de longue date à l'égard de la RPDC.

Les Etats-Unis restreignent le commerce avec la RPDC et imposent toutes sortes de sanctions économiques en s'appuyant sur des accusations selon lesquelles la RPDC menace la stabilité régionale, ne coopère pas avec les Etats-Unis dans leurs efforts contre le terrorisme, est engagée dans la prolifération des armes de destruction massive, et selon lesquelles la RPDC est un Etat communiste, n'est pas une économie de marché, etc... (rapport du Service de recherche du Congrès des Etats-Unis du 25 avril 2011)

En particulier, les sanctions économiques imposées à la RPDC avant l'émergence de la question nucléaire n'ont rien à voir avec la question nucléaire et reflètent seulement les idées hostiles des Etats-Unis à l'égard de la RPDC.

Ayant défini la RPDC comme un « Etat marxiste-léniniste avec un gouvernement communiste », les Etats-Unis maintiennent depuis longtemps des sanctions contre la RPDC. (loi sur la Banque d'import-export de 1945, amendée, et loi sur l'aide à l'étranger de 1961)

Les Etats-Unis ont commencé à appliquer la loi sur le commerce avec l'ennemi à la RPDC à partir de décembre 1950. Quelques jours plus tard, le département du Trésor des Etats-Unis a publié des règles de contrôle des avoirs étrangers afin d'interdire toute transaction financière impliquant, ou pour le compte de, la RPDC.

Le 26 juin 2008, plus d'un demi-siècle plus tard, le Président des Etats-Unis de l'époque Bush a pris des mesures pour lever l'application de la loi sur le commerce avec l'ennemi à la RPDC, suivant l'accord conclu aux pourparlers à six. Cependant, le même jour, Bush a déclaré l'état d'urgence, affirmant que les matériaux fissiles à usage militaire en possession de la RPDC constituaient une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis et que d'autres clauses des sanctions à l'égard de la RPDC devraient être maintenues en vigueur selon les conditions de la loi sur les pouvoirs économiques en cas d'urgence internationale et de la loi sur les situations d'urgence nationale. Cela signifiait que tous les biens et intérêts de la RPDC bloqués à partir du 16 juin 2000 resteraient bloqués et que les nationaux des Etats-Unis ne seraient pas autorisés à enregistrer, posséder, louer, exploiter ou assurer un navire battant pavillon de la RPDC.

L'efficacité de ces mesures a été renforcée et étendue chaque année par Obama qui a signé deux ordres exécutifs - n°13551 (août 2010) et n°13570 (avril 2011). Cela signifie que la loi sur le commerce avec l'ennemi – qui théoriquement ne s'applique plus à la RPDC – continue en réalité à rester en vigueur sous un nom différent.

La loi sur l'extension des accords commerciaux des Etats-Unis exige la suspension du statut commercial de nation la plus favorisée pour tous les pays communistes. Cependant, cette loi a été appliquée à la RPDC dès le 1er septembre 1951 – bien avant l'établissement du système socialiste en RPDC. En conséquence, la RPDC a été empêchée d'avoir des relations commerciales normales avec les Etats-Unis.

La RPDC figure en haut de la liste des pays auxquels les Etats-Unis appliquent les droits de douane les plus élevés. Cela signifie que la RPDC doit payer le tarif le plus élevé si elle souhaite exporter ses produits aux Etats-Unis. La RPDC et Cuba sont les seuls pays auxquels les Etats-Unis appliquent cette règle. La loi sur le commerce de 1974 a défini la RPDC comme un Etat communiste. Pour cette raison, la RPDC se voit refuser un traitement mutuellement préférentiel dans les relations commerciales avec les Etats-Unis.

L'étendue de l'obsession accompagnant les idées hostiles à l'égard de la RPDC de la part des Etats-Unis trouve une expression claire dans les termes et dispositions de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée à l'instigation des Etats-Unis après le premier essai nucléaire de la RPDC. Les Etats-Unis ont glissé une disposition interdisant l'exportation et l'importation de biens de luxe s'agissant de la RPDC – une disposition qui n'a aucun rapport avec la question nucléaire – dans la résolution et l'ont adoptée en vitesse. C'était un moyen et un complot stupide visant à saper la réputation de notre direction suprême et à enfoncer un coin entre la direction et notre peuple.

Bien que les Etats-Unis ont théoriquement retiré la RPDC de la liste des Etats soutenant le terrorisme le 11 octobre 2008, conformément à l'accord conclu pendant les pourparlers à six, aucune sanction contre la RPDC n'a été vraiment allégée ou levée parce que ces sanctions sont prévues par les différentes lois nationales des Etats-Unis sous divers prétextes.

Les sanctions listées ci-dessus ne sont que l'extrémité de l'iceberg des sanctions économiques que les Etats-Unis appliquent à la RPDC.

Selon les statistiques pour 2006 publiées par le Service de recherche du Congrès des Etats-Unis, les Etats-Unis imposent quelque quarante différentes sortes de sanctions à la RPDC; pourtant, seulement un quart environ de ces sanctions ont pour base la différence de système politique.

Les trois quarts des sanctions restants – des sanctions qui ont pour prétextes « menace pour la sécurité des Etats-Unis », « prolifération d'armes de destruction massive », « soutien au terrorisme », « droits de l'homme », « liberté religieuse », « blanchiment d'argent », « trafic d'êtres humains », etc... beaucoup desquels se basent sur des allégations absurdes – sont appliqués à la discrétion du Président des Etats-Unis ou des départements concernés de l'administration américaine.

Cela souligne la contradiction injustifiable entre les paroles et les actes de l'administration américaine qui prétend n'avoir « aucune intention hostile ».

Puisque les racines demeurent ici, il faut plus que des mots pour extirper ces idées hostiles.

3- Renoncer à la politique hostile est un prérequis pour le règlement de la question nucléaire

La politique hostile poursuivie par les Etats-Unis rend la perspective d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne d'autant plus sombre.

Au stade actuel, il n'existe pas de possibilité que les Etats-Unis abandonnent leur politique hostile à l'égard de la RPDC. Les actions des Etats-Unis à l'encontre de la RPDC deviennent plus hostiles jour après jour, malgré les déclarations des autorités américaines selon lesquelles elle n'ont « aucune intention hostile » à l'égard de la RPDC.

En avril de cette année, elles ont violé de manière flagrante la souveraineté de la RPDC en contestant notre lancement d'un satellite pacifique. Par la suite, un incident sans précédent est survenu : l'armée des Etats-Unis stationnée en Corée du Sud a tiré à balles réelles sur le drapeau national de la RPDC, le prenant pour cible.

Cela a été suivi par l'action extrêmement provocatrice des services de renseignement des Etats-Unis, lesquels ont manipulé l'agence comploteuse sud-coréenne de renseignement afin de mettre sur pied le plan visant à démolir les statues des grands personnages sans égal du Mont Paektu [NdT : le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il]. En même temps, les exercices militaires d'agression à deux ou trois s'élargissent entre les Etats-Unis et leurs partisans dans la péninsule coréenne et aux alentours alors que leur nature offensive et leur ampleur augmentent et se renforcent constamment.

Tous les faits démontrent que l'intensité de l'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC est en escalade.

Cela est en connexion avec la nouvelle stratégie de défense des Etats-Unis rendue publique par l'administration Obama le 5 janvier 2012.

Cette stratégie envisage de porter les forces armées des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique au niveau de 60 % de tous leurs militaires stationnés à l'étranger en réduisant de 10 % leurs forces armées stationnées en Europe d'ici 2020.

En général, le renforcement militaire a besoin de la justification de l'« existence ou de la menace de l'ennemi ». Le seul pays que les Etats-Unis peuvent considérer comme leur ennemi en Asie du Nord-Est est la RPDC. Parmi les grands pays, aucun ne décrirait normalement l'autre comme un ennemi. Cela signifie que les Etats-Unis considéreront la RPDC comme leur ennemie dans le but d'accroître leurs forces armées aussi longtemps qu'il le faudra pour réaliser leur nouvelle stratégie de défense.

De plus, la nouvelle stratégie de défense ne garantit pas que les Etats-Unis n'occuperont pas l'ensemble de la péninsule coréenne au moyen d'une invasion armée directe, dans le but d'encercler militairement les grands pays de l'Eurasie.

La situation qui prévaut presse la RPDC d'empêcher la répétition d'une guerre dans la péninsule coréenne par tous les moyens et de se préparer minutieusement pour mener une guerre en vue de la réunification nationale, dans le cas où la guerre nous serait inévitablement imposée.

Il s'agit de la motivation et de la toile de fond qui nous contraignent à réexaminer totalement la question nucléaire.

Les Etats-Unis ont deux options.

Une option est d'accomplir des changements audacieux et fondamentaux dans leur mentalité de guerre froide et de renoncer à leur politique anachronique à l'égard de la RPDC, et ainsi de contribuer à la paix et à la sécurité dans la péninsule coréenne et d'ouvrir la voie à la garantie de leur propre sécurité.

Si les Etats-Unis montrent un tel courage dans l'action, nous serons prêts à y répondre.

Le grand dirigeant, le camarade Kim Jong-il a déclaré le 4 août 1997 que nous n'avions pas l'intention de regarder les Etats-Unis comme l'ennemi juré mais désirions la normalisation des relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Le respecté maréchal Kim Jong-un veut ouvrir un nouveau chapitre dans le développement des relations avec les pays amicaux envers nous, quel que soit le passé.

Une autre option est que les Etats-Unis poursuivent leur politique hostile comme aujourd'hui, aboutissant à encore accroître et renforcer l'arsenal nucléaire de la RPDC.

Si les Etats-Unis cherchent à satisfaire des intérêts supplémentaires au prix du sacrifice des intérêts de la RPDC, cela se heurtera inévitablement à une forte réponse de la RPDC.

La RPDC est déjà devenue un Etat nucléaire à part entière, et l'époque où les Etats-Unis menaçaient la RPDC avec la bombe atomique est révolue. Nous ne resterons pas passifs en regardant les mouvements hostiles croissants des Etats-Unis mais ferons tous les efforts afin de défendre le destin du pays et de la nation.

Ce sera une grande erreur de considérer notre ferme position comme une sorte de tactique.

Nous avons choisi de développer une force nucléaire de dissuasion, non parce que nous voulions l'échanger contre quelque chose mais parce que nous avions à riposter aux actions des Etats-Unis, la plus grande puissance nucléaire du monde, visant à éliminer la RPDC.

Notre force nucléaire de dissuasion à des fins d'auto-défense est une épée précieuse qui empêche la guerre et garantit la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne.

Si les Etats-Unis ne font pas le bon choix, la RPDC continuera inévitablement à posséder l'arme nucléaire, en modernisant et en étendant ses capacités nucléaires de dissuasion au-delà de ce que peuvent imaginer les Etats-Unis.

Pyongyang, le 31 août 2012 

 

 

Source : KCNA (traduction : AAFC - liens ajoutés par l'AAFC)


Partager cet article
Repost0
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:17

UFG2011 1Du 20 au 31 août 2012 se tiendront les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens "Ulji Freedom Guardian", auxquels participeront des "observateurs" de sept autres pays : l'Australie, le Canada, le Danemark, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Si ces exercices, qui se tiennent tous les ans, sont présentés comme "défensifs" par les Etats-Unis et la Corée du Sud, leur ampleur est telle que le chef de la mission de l'Armée populaire de Corée à Panmunjom a dénoncé des préparatifs de guerre contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dans un contexte de fortes tensions autour de la péninsule coréenne, l'Association d'amitié franco-coréenne condamne fermement ces exercices  préjudiciables à la paix et à la stabilité dans la région. Elle renouvelle son appel pour un traité de paix dans la péninsule coréenne, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953. 

 

L'édition 2012 des exercices "Ulji Freedom Guardian" (UFG) doit réunir, du 20 au 31 août, 56.000 soldats sud-coréens et au moins 30.000 soldats américains, outre des soldats (qualifiés d' "observateurs") de sept autres pays alliés des Etats-Unis. Les troupes américaines incluent des hommes des différentes armes, y compris des garde-côtes, provenant de troupes stationnées en Corée, dans le Pacifique et aux Etats-Unis. Le nombre de soldats impliqués est aussi élevé qu'en 2011.

 

Les exercices UFG déploient également d'importants moyens matériels, à l'instar du navire de la septième flotte USS Blue Ridge (ci-dessous, lors de son arrivée au port de Pusan pour l'exercice 2012, source).

 

 

uss_blue_ridge_ulchi_freedom_guardian_2012.jpg

 

Conduits pour la première fois en 1976, ces exercices - qui tirent leur nom actuel de celui d'un commandant en chef de l'ère Koguryo, Eulji Mundeok - sont aussi la plus vaste opération militaire au monde conduite avec un système de commandement et de mise en oeuvre informatisé. Compte tenu de l'asymétrie des forces avec celles de la RPD de Corée, pays soumis au plus vieil embargo technologique au monde, il est donc difficile de n'y voir qu'un exercice routinier de défense, comme voudrait le faire croire le commandement combiné des forces en Corée du Sud, dirigé par le général américain James Thurman. Mais de tels arguments font partie de la rhétorique invariablement utilisée par l'armée américaine pour tous les exercices militaires effectués dans le cadre d'un commandement intégré.

 

Les exercices militaires UFG se fondent sur le traité d'assistance mutuelle signé le 1er octobre 1953 entre les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud). Il vise notamment à accroître l'interopérabilité des forces américaines et sud-coréennes et à renforcer leur aptitude au combat. Le commandement américain en Corée souligne la participation d'observateurs de la commission de supervision des nations neutres [de l'armistice de 1953].

 

Le commandement américain en Corée du Sud ayant pris l'habitude de notifier préalablement l'organisation des exercices UFG, une réponse de protestation officielle a été envoyée par le général Pak Rim-su, chef de la mission de l'Armée populaire de Corée à Panmunjom, où il dénonce la nature "offensive et agressive" des "exercices conjoints de guerre Ulji Freedom Guardian", en qualifiant de "plaisanterie" l'envoi d'une information préalable "prétendument basée sur la confiance et la transparence". Témoignant de la nature hostile de la politique américaine à l'égard de la RPDC, les exercices UFG sont fustigés comme s'inscrivant dans une escalade de guerre contre la RPD de Corée.

 

Depuis l'annonce des dates des exercices UFG, le commandant suprême de l'Armée populaire de Corée (APC) Kim Jong-un a effectué plusieurs nouvelles visites d'unités militaires, notamment sur la ligne de front maritime aux îlots Jangjae et Mu le 18 août (photo ci-dessous, source KCNA). Il a souligné leur rôle essentiel pour la défense de la République populaire démocratique de Corée face aux "provocations" que constituent les exercices de guerre menés conjointement par les Etats-Unis et la Corée du Sud. 

 

kim_jong_un_18_aout_2011.jpg

 

Comme tous les ans, de grandes manifestations sont organisées en Corée du Sud pour dénoncer les exercices Ulji Freedom Guardian. Elles atteignent leur point culminant la veille et le jour des manoeuvres militaires (ci-dessous, photos de rassemblements à Séoul le 15 août 2010 et à Songnam le 16 août 2011). Un rassemblement demandant l'annulation des exercices Ulji Freedom Guardian s'est tenu le 10 août 2012 à l'appel, notamment, des associations Solidarité pour le progrès, Solidarité pour la démocratie, la vie du peuple, la réunification pacifique et la souveraineté et la Fédération des étudiants du 21ème siècle.

 

ulji_freedom_guardian_rassemblement_seoul_15_aout_2010.jpg

 

ulchi_freedom_guardian_manifestation_songnam_16_aout_2011.jpg

 

Principales sources :

- AAFC ;

- KCNA, "Chief of Panmunjom mission sends protest notice to US", dépêche publiée le 6 août 2012 ;

- site des forces armées américaines en Corée du Sud.

Partager cet article
Repost0
12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 22:38

Le 13 juin 2002, en Corée du Sud, deux collégiennes décédaient sous les roues d'un blindé de l'armée américaine. La gestion des suites de ce drame par les Etats-Unis et l'incapacité des autorités sud-coréennes à traduire en justice les soldats américains responsables allaient entrainer une immense vague de protestation en Corée du Sud. Au-delà de la tragédie personnelle, la mort de ces deux jeunes filles mettait une nouvelle fois en évidence l'atteinte à la souveraineté coréenne et la véritable injustice que constituent les conditions du stationnement des troupes américaines en Corée du Sud. Dix ans après, malgré l'espoir soulevé à l'époque par les manifestations des citoyens sud-coréens, rien n'a changé.

Hyosun_Miseon.jpg

Le matin du jeudi 13 juin 2002, dans le village de Hyochon, à une trentaine de kilomètres au nord de Séoul, deux collégiennes de 14 ans, Shin Hyo-sun et Shim Mi-seonse rendaient à une fête d'anniversaire quand elle furent heurtées par un véhicule blindé de l'armée américaine, circulant sur cette route trop étroite pour lui. Elles furent tuées sur le coup. 

Aux commandes du véhicule de 50 tonnes se trouvaient les sergents Mark Walker et Fernando Nino, de la 2ème Division d'infanterie de la 8ème Armée des Etats-Unis. Le véhicule faisait partie d'un convoi se rendant dans une zone d'entraînement des environs pour participer à des exercices militaires. Selon les premiers résultats de l'enquête conjointe américano-sud-coréenne, la mort des deux collégiennes n'était ni préméditée, ni délibérée mais le résultat d'un « tragique accident ». Pour les familles des victimes, le blindé avait fait un écart pour éviter de heurter un autre véhicule arrivant en sens inverse, sans considération pour la vie des deux adolescentes.

Certes, les deux soldats devaient passer en jugement afin de déterminer leur responsabilité ainsi que les circonstances précises de l'accident, mais en vertu de l'Accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement, SOFA), l'accord bilatéral américano-sud-coréen fixant depuis 1966 les conditions de la présence des  forces armées américaines en Corée du Sud (USFK), les militaires américains auteurs de crimes ou délits dans l'exercice de leurs fonctions sont d'abord tributaires de la justice militaire américaine. Pour que la justice sud-coréenne se saisisse de cette affaire, il fallait que le gouvernement sud-coréen demande, dans les trois semaines suivant l'incident, au gouvernement des Etats-Unis de renoncer à sa propre juridiction, le gouvernement américain étant parfaitement en droit de refuser.

Après la mort de Hyo-sun et Mi-seon, un comité composé de citoyens et d'associations civiques s'organisa rapidement pour tenter de faire toute la lumière sur cette affaire. Face à l'absence d'explication satisfaisante de la part de l'armée américaine et devant la réaction frileuse du gouvernement sud-coréen, apparemment réticent à se saisir d'une affaire impliquant des soldats américains, le comité lança le 26 juin 2002 une première « campagne nationale » en manifestant devant Camp Red Cloud, la base militaire située sur le territoire de la ville de Uijeongbu abritant la 2ème Division d'infanterie américaine. Alors que les principaux journaux, conservateurs et pro-américains, s'efforçaient de minimiser le drame du 13 juin, les manifestants – en majeure partie des lycéens et des étudiants – avaient, dans un premier temps, six revendications essentiellement d'ordre local :

1) des excuses publiques de la part du commandant de la base, du commandant des forces américaines en Corée du Sud, et de l'ambassadeur des Etats-Unis,

2) la participation de l'armée américaine au comité d'enquête lancé par les familles des victimes et les associations civiques coréennes,

3) un transfert à la justice sud-coréenne de la compétence sur cette affaire,

4) des compensations rapides pour les familles,

5) l'installation d'un monument à la mémoire des victimes,

6) l'interdiction des exercices militaires passant par la route de l'accident, afin de prévenir sa répétition, et la fermeture du terrain d'entraînement.

Malgré une deuxième campagne nationale lancée le 29 juin 2002, les principaux partis sud-coréens restaient silencieux sur l'affaire. Quant à la plupart des Coréens du Sud, ils semblaient alors plus intéressés par la Coupe du monde de football se jouant dans leur pays. Cependant, au 7 juillet 2002, date de la quatrième campagne du comité à Uijeongbu, mobilisant alors plus de 1 500 citoyens, il ne s'agissait plus d'une simple affaire locale : plusieurs manifestations avaient déjà été organisées un peu partout en Corée du Sud pour exiger des excuses officielles de la part du président américain George W. Bush et, surtout, que le gouvernement sud-coréen se saisisse de l'affaire.

Devant l'émotion ressentie dans tout le pays, le 10 juillet 2002, et cela pour la première fois, le ministère de la Justice sud-coréen demanda à l'armée américaine de renoncer à son droit de juger ses deux soldats impliqués dans le drame du 13 juin. Le 27 juillet, l'ambassade américaine à Séoul publia un communiqué critiquant les médias sud-coréens pour avoir déformé la position des Etats-Unis sur cette affaire et rappelant que les Etats-Unis avaient exprimé leur peine et leurs regrets pour ce « tragique accident ». Le communiqué américain ajoutait que le statut des forces américaines en Corée n'était pas exorbitant, l'armée sud-coréenne disposant aussi de l'entière juridiction sur ses soldats postés à l'étranger. Le 7 août 2002, la demande sud-coréenne fut donc rejetée par l'USFK.

Entre le 10 juillet et le 7 août 2002, des associations civiques et des organisations politiques sud-coréennes de toutes sortes — organisations lycéennes et étudiantes, associations d'enseignants, d'artistes, de femmes, dirigeants religieux de différentes confessions — participèrent à diverses manifestations en mémoire de Shin Hyo-sun et Shim Mi-seon. De leur côté, des sites internet sud-coréens tels que OhmyNews donnaient des informations pratiques contribuant un peu plus au succès de la mobilisation.

Quand les images de ces manifestations furent diffusées à la télévision, de nombreux citoyens sud-coréens éprouvèrent de profonds remords face à l'indifférence suscitée jusqu'à présent par la mort des deux collégiennes. En plus d'être les malheureuses victimes d'un « tragique accident », Hyo-sun et Mi-seon commencèrent à être considérées comme les symboles de la faiblesse et de la souffrance du peuple coréen. L'origine de cette faiblesse et de cette souffrance était parfaitement connue : les Etats-Unis, et les règles régissant la présence des 37 000 soldats américains répartis sur 90 bases en Corée du Sud. Ainsi, le 19 août 2002, à la messe des funérailles de Shin Hyo-sun et Shim Mi-seon, le père Moon Jung-hyon parla en ces termes de la présence des troupes américaines en Corée : « L'armée américaine en Corée porte atteinte à notre souveraineté nationale et y commet nombre de crimes, mais nous ne pouvons rien faire sinon contempler l'accord injuste qu'est le SOFA. »

Dans les jours suivants, le ressentiment à l'égard de l'armée des Etats-Unis en Corée augmenta encore avec l'électrocution d'un ouvrier sud-coréen travaillant sur une base américaine et par la publication, le 3 septembre 2002, d'un rapport de l'Organisation internationale des migrations indiquant que, depuis le milieu des années 1990, au moins 5 000 ressortissantes philippines et de l'ex-URSS étaient entrées en Corée du Sud pour travailler dans l'industrie du sexe au service des soldats américains.

En novembre 2002, le sergent Nino et le sergent Walker furent acquittés à quelques jours d'intervalle par la justice militaire américaine qui les lava des charges d'homicide par négligence (passibles de six ans de prison). Quand le gouvernement sud-coréen déclara respecter ce jugement, ce ne furent plus seulement les excuses officielles du président Bush qui furent en jeu, mais aussi la souveraineté de la Corée du Sud ! Cela conduisit à une demande de révision de l'Accord sur le statut des forces de 1966. Vingt-quatre députés de l'Assemblée nationale sud-coréenne signèrent une déclaration commune exigeant un nouveau procès, des excuses officielles du président Bush et la révision de l'Accord sur le statut des forces. L'élection à la présidence de la République de Corée du Sud devant avoir lieu un mois plus tard, chaque candidat fut tenu de clarifier son point de vue sur la question et de préciser s'il comptait réviser cet accord une fois élu.

Dès l'énoncé du verdict de la cour militaire américaine, plus de 1 000 lycéens et autres jeunes gens se rassemblèrent devant la base de Yongsan, à Séoul, pour demander le retrait total de l'armée américaine de la péninsule coréenne. Des cocktails Molotov furent même lancés sur des installations de l'armée américaine, comme dans le quartier de Daebang, à Séoul, ou à Chuncheon, capitale de la province du Kangwon (est). A Camp Red Cloud, là où tout avait commencé, 53 étudiants pénètrent dans la base après avoir coupé une ligne de barbelés en lançant des slogans anti-américains. Ils exigeaient que les soldats acquittés soient à nouveau jugés par une cour sud-coréenne. De leur côté, plusieurs magasins, cafés et restaurants de Séoul exprimaient leur colère en refusant de servir les clients américains.

L'hostilité vis-à-vis des troupes américaines stationnées en Corée était telle que, le 27 novembre 2002, le général Leon LaPorte, commandant de l'USFK, annonça lors d'une conférence de presse que les forces américaines prendraient des mesures afin d'assurer la sécurité de leurs personnels et de leurs familles contre les manifestations violentes. Cette conférence de presse, à laquelle participait aussi l'ambassadeur américain en Corée du Sud, Thomas Hubbard, était aussi destinée à transmettre un message d'excuses du président George W Bush, soit plus de cinq mois après qu’un blindé de l’armée américaine eut tué deux collégiennes se rendant à un anniversaire...

Le 28 novembre 2002 marqua un tournant dans la mobilisation des citoyens sud-coréens. Ce jour-là, un internaute connu sous le peudonyme de Angma posta sur plusieurs forums un appel à organiser une veillée aux chandelles sur la place Gwanghwamun de Séoul, non loin de l'ambassade américaine, là où quelques mois plus tôt des millions de Coréens se rassemblaient à l'occasion de la Coupe du monde de football :

« On dit que les âmes des défunts deviennent des lucioles. Couvrons Gwanghwamun avec nos âmes et celles  de Mi-seon et Hyo-sun. Soyons des milliers de lucioles samedi et dimanche prochains. Abandonnons la chaleur et la tranquilité de nos foyers. S'il vous plaît, allumez une bougie chez vous. Si quelqu'un vous le demande, répondez "je sors en mémoire de mes soeurs décédées". En portant ces bougies et en nous habillant de noir, nous célébrerons leur mémoire. Marchons sur Gwanghwamun avec des bougies allumées. Rappelons-nous des vies de Mi-seon et Hyo-sun, oubliées dans la joie de juin dernier [...] Une seule personne suffirait. Je serai heureux de la saluer et de parler de l'avenir de notre pays dans lequel Mi-seon et Hyo-sun pourront trouver le repos. Je serai là cette semaine, la semaine suivante, et encore la semaine d'après. Couvrons Gwanghwamun avec la lumière de nos bougies. Opposons notre pacifisme à la violence des Américains. »

Cet appel déclencha une véritable ferveur en Corée du Sud. Dès le 30 novembre, plus 15 000 personnes avec des bougies manifestèrent pour affirmer solennellement leur appartenance à la nation coréenne et protester contre toutes les formes de violence et d'oppression.

Les veillées aux chandelles organisées au niveau national atteignirent leur apogée le 14 décembre 2002, comme pour faire écho à la demande de révision de l'Accord sur le statut des forces déposée par des survivants de la lutte anti-japonaise pour l'indépendance. Plus de 100 000 personnes se réunirent à Gwanghwamun pour proclamer un « Jour de la seconde indépendance » se voulant une indépendance vis-à-vis de l'hyperpuissance des Etats-Unis mais aussi une nouvelle affirmation de l'appartenance à la nation coréenne.

Malgré les espoirs soulevés alors, l'Accord sur le statut des forces n'a pas été révisé et près de 30 000 soldats américains stationnent encore en Corée du Sud, élément clé dans le dispositif des Etats-Unis visant à encercler la Chine. Le tragique destin de Shin Hyo-sun et Shim Mi-seon vient rappeler que l'occupation américaine est une violence faite au peuple coréen tout entier, pour des enjeux qui le dépassent largement. Cette violence ne prendra fin qu'avec la signature d'un traité de paix en Corée, prévoyant, entre autres, le retrait des forces américaines, une perspective que refusent toujours les Etats-Unis.

 

Sources :

Accord relatif aux zones et installations et au statut des forces armées des États-Unis en République de Corée conclu entre la République de Corée et les États-Unis d'Amérique conformément à l'article IV du Traité de défense mutuelle (Accord sur le statut des forces)

Ambassade des Etats-Unis en Corée du Sud, "USFK Statement on the Highway 56 Accident", communiqué de presse, Séoul, 27 juillet 2002

Kim Sung-moon, A post confucian civil society : liberal collectivism and participatory politics in South Korea, mémoire de doctorat, Faculty of the Graduate School of the University of Maryland, College Park, 2007

Agence d'information des Missions étrangères de Paris, « Après la mort accidentelle de deux jeunes filles sud-coréennes au cours d'un exercice de l'armée américaine, des catholiques demandent justice », bulletin n°359, 16 septembre 2002

Base21, "Acquittal of two U.S. soldiers leads to massive protests, Bush apology", novembre 2002

Base21, "U.S. soldiers arrested as protests increase", juillet 2002

AFP, "Molotov cocktails thrown at US military base in South Korea", 28 novembre 2002

Ronda Hauben, "Online Grassroots Journalism and Participatory Democracy in South Korea", in Korea Yearbook 2007, sous la direction de Rudiger Frank, Brill Academic Publishers, 2007.

Partager cet article
Repost0
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 14:39

USS George WashingtonDans un communiqué en date du 25 février 2012, le porte-parole de la Commision de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a vivement critiqué les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens Key Resolve et Foal Eagle, qui doivent se dérouler cette année du 27 février au 30 avril, en soulignant que la  «  patience  »  de la RPD de Corée avait atteint ses limites et que, à présent,  «  notre armée et notre peuple écraseront par une guerre sainte de notre style les actes de provocation d’une nouvelle guerre de la bande des traîtres à la nation et des maniaques de guerre du Sud et de l’extérieur  ». Le 2 mars, le porte-parole du Commandement suprême de l’Armée populaire de Corée (APC) a publié, à son tour, une déclaration intitulée  «  Tous ceux qui oseront porter la moindre atteinte à notre dignité suprême ne trouveront pas de place à survivre sur ce sol, sous ce ciel  » , et dont nous reproduisons ci-après la version française, publiée sur le site Naenara. 


« A propos du crime de trahison odieux à jamais impardonnable commis une fois de plus par la bande du traître Ri Myong Bak(*), le porte-parole du Commandement suprême de l’Armée populaire de Corée (APC) a publié le 2 mars une déclaration.

 

 Notant que la bande du traître Ri Myong Bak, non contente d’avoir poussé la situation au bord de la guerre, entraîne des unités de l’armée fantoche sud-coréenne à des excès de diffamation et d’outrage ouverts à la dignité de notre République, la déclaration poursuit :

 

Récemment, l’équipe d’affaires internes de l’unité de l’armée fantoche sud-coréenne en garnison dans la ville d’Inchon a perpétré des actes iniques : elle a accroché à sa fantaisie des portraits des grandes figures du mont Paektu sur des murs et portes, avec des mots impudiques à prononcer écrits au-dessus et en bas.

 

Ce qui est grave encore c’est que ce sont le traître Ri Myong Bak qui en a eu l’idée et le ministre fantoche Kim Kwan Jin de la Défense nationale, le président Jong Sung Jo du comité des états-majors des armées et autres maniaques de guerre qui en ont fait une "tâche politique nationale" et se trouvent en tête des houligans militaires.

 

Le Commandement suprême de l’APC proclame solennellement encore une fois au monde entier, en traduisant l’indignation terrible et le désir de vengeance de toute l’armée et de tout le peuple et l’opinion de tous les milieux de Corée du Sud, qu’il allait déclencher sans pitié, comme il l’avait déjà fait savoir à l’intérieur et à l’extérieur, une guerre sainte de notre style pour balayer de cette terre la bande des traîtres.

 

Cette guerre sainte de notre style constituée essentiellement de coups physiques sera menée sans discontinuer jusqu’à ce que tous les actes d’outrage à notre dignité suprême soient mis fin une fois pour toutes, que le traître Ri Myong Bak, les maniaques de guerre de l’armée et autres criminels principaux soient exécutés au nom de la nation et s’excusent de leurs crimes de trahison devant la nation.

 

Les armes entre les mains de notre armée et de notre peuple bouillant de se venger nettoieront jusqu’au dernier les traîtres de la bande de Ri Myong Bak pour qu’ils ne puissent plus offenser notre dignité suprême et porter atteinte à notre système de haute valeur. »

 

Pour sa part, l'AAFC estime que les manœuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Corée du Sud ne servent pas la cause sacrée de la paix dans la péninsule coréenne, et qu'elles portent en elles-mêmes le danger de graves tensions. Le naufrage du Cheonan montre les risques que font encourir de tels exercices de guerre, puisque ce terrible accident a été, de toute évidence, le résultat de manœuvres ayant mal tourné lors de la conduite, en 2010, des exercices Key Resolve et Foal Eagle. En outre, cette année ces exercicessont de nature à hypothéquer les chances que prospère le dialogue récemment renoué entre Washington et Pyongyang, moins de cent jours après la disparition du dirigeant de la RPD de Corée Kim Jong-il.

 

 (*) Suivant la translittération en usage au Nord de la péninsule (Lee Myung-bak au Sud).

 

Source principale : Naenara.

Partager cet article
Repost0
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 00:53

Le 29 février 2012, les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont fait état d'une avancée diplomatique, à l'issue des troisièmes discussions bilatérales engagées les 23 et 24 février 2012 à Pékin, après deux premières séries de pourparlers en juillet et octobre 2011. Ces avancées pourraient préluder d'une reprise des pourparlers à six (réunissant les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. L'Association d'amitié franco-coréenne salue cet accord bilatéral, le plus important depuis plusieurs années, qui prévoit notamment un moratoire de ses essais nucléaires par la RPD de Corée, tandis que les Etats-Unis ont annoncé, en retour, des livraisons de produits alimentaires à hauteur de 240.000 tonnes. Un développement des éhanges bilatéraux est également prévue, ainsi qu'un allègement des sanctions prises contre Pyongyang, parallèlement à la reprise des pourparlers à six et pour autant que les discussions continuent.

 

Yongbyon_5MWe_Magnox_reactor.jpgSuivant une annonce simultanée du Département d'Etat américain et du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC cité par l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le 29 février 2012, une percée a été opérée dans les relations bilatérales entre Pyongyang et Washington, suite à des discussions à Pékin entre les délégations américaine et nord-coréenne conduites, respectivement, par Kim Kye-gwan, premier vice-ministre des Affaires étrangères, et Glyn Davies, représentant spécial du Département d'Etat pour la politique sur la RPDC.


Selon Pyongyang, la RPD de Corée, sur la demande des Etats-Unis et en vue de maintenir une atmosphère positive pour les discussions de haut niveau avec les Etats-Unis, a accepté un moratoire de ses essais nucléaires, de ses tests de missiles de longue portée et de ses activités d'enrichissement d'uranium sur le site de Yongbyon, tout en autorisant l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à surveiller le moratoire sur les activités d'enrichissement.

Selon le porte-parole de la Maison Blanche Jan Carney, "il s'agit de mesures concrètes que nous considérons comme un premier pas positif vers la dénucléarisation complète et vérifiable de la péninsule coréenne de manière pacifique". Le Département d'Etat américain a annoncé que, en retour, il était prêt à procéder à des livraisons alimentaires de 240.000 tonnes (à raison de 20.000 tonnes par mois pendant un an), ce volume pouvant être augmenté en fonction des besoins. Les populations vulnérables, comme les jeunes enfants et les femmes enceintes, seront les premières bénéficiaires d'une aide consistant, notamment, en la livraison de céréales, d'huiles végétales et de compléments thérapeutiques.

 

Les Etats-Unis ont également accepté de prendre des mesures pour accroître les échanges entre personnes, notamment dans les domaines de la culture, de l'éducation et du sport.

 

L'AIEA, dont les inspecteurs ont quitté la Corée du Nord en 2009, a salué l'accord sur un moratoire comme "un important pas en avant".

Toujours selon KCNA, dès que les pourparlers à six auront repris, la priorité sera donnée aux discussions sur un allègement des sanctions à l'encontre de la RPD de Corée et l'approvisionnement en réacteurs à eau légère.

L'AAFC espère que, à la différence des accords multilatéraux de septembre 2005 et février 2007 sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, un climat de confiance mutuelle entre les différentes parties permettra la pleine mise en oeuvre de cet accord bilatéral.

 

Sources : KCNA, Reuters.

 

 

Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de RPDC

à l'agence KCNA le 29 février 2012

 

Les délégations de la République populaire démocratique de Corée et des Etats-Unis d'Amérique se sont rencontrées à Pékin, Chine, les 23 et 24 février 2012 pour le troisième tour des discussions de haut niveau entre la RPDC et les Etats-Unis.

Participaient à ces discussions la délégation de la RPDC conduite par Kim Kye-gwan, premier vice-ministre des Affaires étrangères, et la délégation des Etats-Unis conduite par Glyn Davies, représentant spécial du département d'Etat pour la RPDC.

Ces discussions, dans la continuité des deux précédentes rencontres de haut niveau entre la RPDC et les Etats-Unis de juillet et octobre 2011, ont permis un échange sincère et en profondeur sur les questions concernant les mesures destinées à bâtir la confiance pour l'amélioration des relations entre la RPDC et les Etats-Unis, ainsi que sur les questions relatives à la préservation de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne et à la reprise des pourparlers à six.

La RPDC et les Etats-Unis ont réaffirmé leur attachement à la Déclaration conjointe du 19 septembre 2005 et reconnu que l'Accord d'armistice de 1953 constitue la pierre angulaire pour la paix et la stabilité de la péninsule coréenne jusqu'à la conclusion d'un traité de paix.

La RPDC et les Etats-Unis ont convenu d'accomplir une série d'actions simultanées destinées à bâtir la confiance dans le cadre des efforts visant à améliorer les relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont réaffirmé ne plus avoir d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC et être prêts à prendre des mesures visant à améliorer les relations bilatérales dans un esprit de respect mutuel de la souveraineté et d'égalité.

Les Etats-Unis ont aussi convenu de prendre des mesures pour accroître les échanges de personnes, y compris dans les domaines de la culture, de l'éducation et des sports.

Les Etats-Unis ont promis d'offrir une assistance nutritionnelle de 240 000 tonnes, avec la perspective d'une assistance alimentaire supplémentaire, pour laquelle la RPDC et les Etats-Unis finaliseront les détails administratifs dans un futur proche.

Les Etats-Unis ont dit clairement que les sanctions à l'encontre de la RPDC ne visent pas le secteur civil, y compris les moyens de subsistance de la population.

Quand les pourparlers à six auront repris, priorité sera donnée à la discussion des questions concernant la levée des sanctions à l'encontre de la RPDC et la fourniture de réacteurs à eau légère.

La RPDC et les Etats-Unis ont affirmé qu'il est dans leur intérêt mutuel d'assurer la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne, d'améliorer les relations entre la RPDC et les Etats-Unis et d'avancer vers la dénucléarisation au moyen du dialogue et des négociations.

Les deux parties ont convenu de poursuivre leurs discussions.

A la demande des Etats-Unis et afin de maintenir une atmosphère positive pour les discussions de haut niveau entre la RPDC et les Etats-Unis, la RPDC a décidé d'un moratoire sur ses essais nucléaires, lancements de missiles à longue portée et activités d'enrichissement de l'uranium à Yongbyon et autorise l'Agence internationale de l'énergie atomique à contrôler le moratoire sur l'enrichissement de l'uranium tout en poursuivant un dialogue productif.

 

Source : KCNA (traduction : AAFC)



Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir la paix en Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?