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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 09:22

rason_coree-du-nord.jpgDans une dépêche en date du 21 décembre 2012, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé l'arrestation d'un citoyen américain d'origine coréenne, Pae Jun-ho, à Rason (photo à gauche). Alors que les arrestations d'étrangers en RPDC sont rarissimes, les précédents montrent qu'elles ont parfois conduit à des négociations diplomatiques de haut niveau entre Washington et Pyongyang.

 

Le 21 décembre 2012, l'agence nord-coréenne KCNA a rendu compte de l'arrestation sur son territoire d'un citoyen américain, pour un délit de nature criminelle - qui n'a pas été précisé - reconnu par l'intéressé, en précisant que le dossier était suivi par l'ambassade de Suède en RPDC, laquelle est compétente pour la défense des intérêts des citoyens américains en Corée du Nord, en l'absence de représentation diplomatique des Etats-Unis à Pyongyang :

 

"Le citoyen américain Pae Jun-ho, qui était entré en RPDC dans la ville de Rason le 3 novembre dans le cadre d'un voyage touristique, a commis un crime contre la RPDC. Il a été placé en garde à vue par les organismes compétents. 

 

Les preuves du crime qu'il avait commis contre la RPDC ont été apportées lors de l'enquête. Il a reconnu son crime.

 

Les autorités consulaires de l'ambassade de Suède, compétentes pour les intérêts des Etats-Unis en RPDC, lui ont rendu visite vendredi [21 décembre].

 

Les actions légales ont été engagées contre M. Pae, conformément à la législation criminelle et à la procédure applicables en RPDC".

 

L'agence américaine Associated Press (AP), qui dispose d'un bureau permanent à Pyongyang, a confirmé point par point la dépêche de leurs confrères nord-coréens, tout en apportant des précisions : âgé de 44 ans et né en Corée du Sud avant d'être naturalisé américain, vivant dans l'Etat de Washington, Pae Jun-ho (dont le nom américain est Kenneth Bae, les patronymes "Pae" et "Bae" correspondent à deux translittérations différentes du même nom de famille coréen) dirige une agence de voyage spécialisée dans les visites de touristes et d'hommes d'affaires en Corée du Nord. Il accompagnait un groupe de cinq Européens lors de son arrestation à Rason.

 

Par ailleurs, les journalistes américains d'AP ont précisé que la ville de Rason, qui a le statut de zone économique spéciale, est située à la frontière sino-coréenne et à proximité de Yanji, en Chine, qui est une base arrière des groupes chrétiens engagés dans des filières de défection de Nord-Coréens de leur pays. AP n'a toutefois donné aucun élément permettant d'attester si Pae Jun-ho était, ou non, en contact avec ces groupes.

 

Les membres de la famille de M. Pae n'ont pas souhaité parler à la presse, pour ne pas compliquer sa libération. Nous formulons le voeu, à l'AAFC, que les médias respectent leur volonté, dans une situation extrêmement pénibles pour eux.

 

Sur la nature des délits commis, et qualifiés de crime dans la législation pénale de la RPDC, plusieurs explications ont été avancées, mais AP est très prudente faute manifestement de possibilité de recoupement des sources : d'après un quotidien sud-coréen, des officiels nord-coréens auraient découvert un disque dur en possession de M. Pae et contenant des informations sensibles sur la Corée du Nord ; selon des activistes sud-coréens anticommunistes, M. Pae aurait pris des photos d'orphelinat en vue d'une action humanitaire, qui auraient été considérées comme de la propagande anti-RPDC... Cette dernière explication présente toutefois une contradiction : si l'objectif avait été d'aider les orphelinats, en liaison donc avec les autorités nord-coréennes pour la distribution finale de l'aide comme le font les ONG présentes dans le pays, les photos auraient alors été prises au vu et au su des accompagnateurs nord-coréens du groupe, et jamais une telle situation ne conduit à l'arrestation d'un visiteur étranger en Corée du Nord (la sanction la plus lourde étant que les photos soient effacées, à la demande des Nord-Coréens). En revanche, si les photos ont été prises en cachette, elles avaient alors un autre objectif qu'une action à caractère humanitaire. Mais leur seule prise ne justifie ordinairement pas une mesure d'arrestation : la sanction encourue est une simple expulsion, après confiscation des photos et du matériel.

 

Lors des nombreux voyages de délégations de l'AAFC en Corée du Nord, il ne nous a jamais été rapporté un seul cas d'arrestation de visiteur étranger. Sur les milliers de personnes faisant partie des groupes étrangers lors des déplacements de l'AAFC, il nous a été rendu compte d'un seul cas, en 2005, de menace d'expulsion suite à ce que les Nord-Coréens considéraient comme des critiques répétées de leur système politique et de leurs dirigeants. Cette menace n'a d'ailleurs pas été mise à exécution. L'arrestation de Pae Jun-ho, qui a figuré parmi les premiers titres des nouvelles de l'agence KCNA dans son édition du 21 décembre, correspond bien à une situation rarissime. 

 

Quand les autorités nord-coréennes ont des doutes sur ce que pourrait faire une personne demandant à visiter leur pays, et quel qu'en soit le motif, elles ne délivrent pas de visa. Une telle hypothèse n'est pas rare, pour tous les Etats, à l'égard de visiteurs jugés indésirables : le formulaire d'entrée aux Etats-Unis ne comprend-il pas une longue liste de déclarations sur l'honneur dont il ressort, entre autres, que les militants communistes ne sont pas les bienvenus ? Alors que des situations d'expulsion - voire d'arrestation - entraînent des imbroglios juridiques, le refus d'un visa correspond en revanche à la mise en oeuvre du droit souverain d'un Etat, non susceptible de recours contentieux. En l'espèce et selon toute vraisemblance, M. Pae Jun-ho - dont les activités professionnelles pouvaient justifier une méfiance des officiels nord-coréens, un certain nombre d'espions  ayant comme couverture un travail dans une agence de voyage - a été arrêté en raison d'activités menées en RPD de Corée, à l'issue d'une enquête relativement longue, ayant duré un mois et demi, depuis son entrée à Rason le 3 novembre jusqu'à l'annonce de sa mise en examen le 21 décembre, dans l'attente d'un procès.



Un des meilleurs experts sud-coréens de la Corée du Nord, par ailleurs francophone et formé en France où il a publié aux éditions L'Harmattan le très documenté (mais désormais daté) Idéologie et système en Corée du Nord : de Kim Il-Sông à Kim Chông-il, Cheong Seong-chang a déclaré à l'agence AP que cette arrestation, peu banale, serait un "prétexte" des Nord-Coréens pour réouvrir le dialogue avec les Etats-Unis, suite au lancement de la fusée Unha-3, qui pourrait conduire à de nouvelles sanctions internationales contre la RPDC.



L'interprétation de M. Cheong, non remise en cause par les journalistes d'AP, est séduisante. Le problème est qu'elle ne coïncide pas avec les dates de l'arrestation de M. Pae, le 3 novembre, bien avant l'annonce du lancement de la fusée Unha-3, et dont M. Cheong se hasarde à considérer, à l'instar de son gouvernement, qu'elle conduira à de nouvelles sanctions qui requièrent l'accord de la Chine au sein du Conseil de sécurité. Par ailleurs, M. Cheong semble considérer comme acquis - en parlant de "prétexte" - une manoeuvre des Nord-Coréens, alors que nous avons montré qu'il existe de forts soupçons sur les actes qu'aurait commis M. Pae, et qu'il a par ailleurs admis. Précisons - ce que ne fait malheureusement pas AP - que Cheong Seong-chang travaille pour le ministère sud-coréen de la défense et qu'il est donc lié au milieu sud-coréen du renseignement (qui travaille étroitement avec la CIA sur la Corée du Nord) : il a le profil idéal pour induire, dans l'opinion publique occidentale, une thèse favorable aux intérêts des Etats-Unis, en accréditant l'idée d'une arrestation injuste pour que Washington négocie en meilleure position avec la RPDC. Car si le gouvernement américain avait été plus à l'aise sur le cas de M. Pae (et ils ont dû se renseigner, ne serait-ce que via les cinq Européens qui l'accompagnaient), il n'aurait pas attendu la publication de la dépêche nord-coréenne, en utilisant ses traditionnels relais d'opinion dans les médias américains ou sud-coréens.



En revanche, nous partageons pleinement l'analyse de M. Cheong Seong-chang lorsqu'il observe que les négociations de haut niveau pourraient reprendre, à cette occasion, entre Washington et Pyongyang. Il faut en effet rappeler le précédent de deux journalistes américaines d'origine asiatique, entrées illégalement en Corée du Nord pour un reportage sur les défecteurs nord-coréens. Elles avaient commis une erreur professionnelle majeure en s'en remettant à un passeur qui, semble-t-il, aurait renseigné les autorités nord-coréennes et permis leur arrestation en flagrant délit. Comme, à notre connaissance, tous les autres Américains arrêtés en Corée du Nord depuis la fin de la guerre, elles avaient finalement pu revenir aux Etats-Unis en bénéficiant de la clémence du dirigeant Kim Jong-il, à l'issue d'un procès où elles avaient plaidé coupable. Mais au-delà de leur sort personnel, un autre événement avait retenu l'attention des médias : l'ancien président américain Bill Clinton était venu personnellement à Pyongyang négocier leur libération avec le dirigeant Kim Jong-il, renouant les fils du dialogue diplomatique entre les Etats-Unis et la RPDC. Les faits avaient eu lieu au printemps et à l'été 2009 ; quelques mois plus tôt, un essai nucléaire nord-coréen était intervenu le 25 mai 2009.

 

Mais tous les citoyens américains arrêtés en Corée du Nord ne bénéficient pas d'une telle mobilisation de l'appareil d'Etat de leur pays : quelque dix ans plus tôt, un autre Coréen Américain, James Kim, avait été arrêté car soupçonné espionnage. Libéré après plusieurs semaines d'emprisonnement, quelques années plus tard il avait pu rencontrer le dirigeant Kim Jong-il, avant de fonder la première université privée en RPD de Corée, la Pyongyang University of Science and Technology (PUST). Toutefois, dans le cas de James Kim on peut raisonnablement parler d'une erreur du système judiciaire nord-coréen, et la RPDC n'a d'ailleurs donné aucun retentissement médiatique à cette affaire (contrairement au cas de Pae Jun-ho). Comme en Occident, il y a d'ailleurs bien eu une forme d'indemnistation de l'erreur judiciaire : la compensation pour James Kim a été de pouvoir réaliser son rêve de mener des projets de coopération avec la Corée du Nord, comme aucun autre Coréen Américain ne l'avait fait jusqu'alors.



Sources : AAFC, AP (citée par The Seattle Times), KCNA (dépêche du 21 décembre 2012).

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:45

Unha3_12dec2012.jpgSi l'Association d'amitié franco-coréenne  se démarque  presque toujours  très nettement des analyses de Sébastien Falletti du Figaro, elle partage les principales conclusions de ce dernier dans un article mis en ligne le 12 décembre 2012, après le succès de la mise sur orbite du satellite Kwangmyonsong-3 : dans "Le coup d'éclat spatial de Kim Jong-un", Sébastien Falletti, qui cite longuement l'universitaire sud-coréen Paek Woo-yil, montre que ce lancement ne constitue pas seulement un succès technologique la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais qu'il lui apporte également un nouvel atout dans son jeu diplomatique face aux Etats-Unis.

Le compliment mérite d'autant plus d'être cité qu'il vient d'un journaliste particulièrement critique à l'égard de la RPD de Corée : dans un article mis en ligne sur le site du quotidien Le Figaro, le soir même de la mise sur orbite réussie du satellite Kwangmyongsong-3, Sébastien Falletti observe : "Kim Jong-un a gagné ses galons. Moins d'un an après son accession au pouvoir suprême, le jeune leader de la Corée du Nord a remporté le premier grand succès de son règne. En plaçant en orbite un objet dans l'espace, comme l'a admis Washington, le Royaume ermite a rejoint de fait le club très fermé des puissances spatiales." Toujours selon ce dernier, il s'agit d' "un exploit technologique historique" pour la RPDC. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne ajoute qu'il apporte la preuve du peu d'efficacité de la politique de sanctions toujours accrues vis-à-vis de la RPDC suivie par les Etats-Unis et leurs alliés. Malgré un embargo sévère sur les technologies militaires et spatiales, la Corée du Nord est parvenue, sur la base de technologies qui lui sont propres, à devenir l'une des rares puissances spatiales de la planète - après avoir déjà accédé au rang de puissance militaire nucléaire en 2006. kwangmyongsong-3_lancement_12-12-2012_2.jpg

De même qu'en 1957 les Soviétiques avaient précédé les Américains dans le lancement du premier satellite artificiel terrestre, les Nord-Coréens ont devancé la Corée du Sud dans la course à l'espace ; pour Sébastien Falletti, il s'agit d' "une véritable gifle pour la riche Corée du Sud rivale, championne du high-tech mais dont la tentative de mise sur orbite d'un satellite a une nouvelle fois échoué le mois dernier" - alors même qu'elle n'est soumise à aucun embargo technologique occidental. Et tout comme les Américains craignaient dès 1957 la signification du Spoutnik en termes militaires et de possible atteinte du territoire des Etats-Unis, la nervosité est aujourd'hui perceptible à Washington : selon Sébastien Falletti, "le succès du tir complique la donne pour l'administration américaine puisqu'elle permet à Pyongyang de faire un grand bond en avant dans sa quête d'un missile intercontinental capable de menacer directement le territoire américain". La position diplomatique de la RPD de Corée vis-à-vis des Etats-Unis s'en trouve ainsi renforcée, en créant un nouvel équilibre des forces. Selon le Sud-Coréen Paek Woo-yil, de l'Université Sungkyunkwan, "la fusée a pour objectif de mettre d'entrée la pression sur le prochain secrétaire d'Etat américain. Et éventuellement de négocier en position de force" car "la réalité, c'est que les Etats-Unis ne peuvent rien faire. Ils ne vont pas bombarder Pyongyang ! Et la Chine ne punira pas son allié".

Réuni le jour même du lancement à l'initiative, notamment, des Etats-Unis, le Conseil de sécurité des Nations-Unies (CSNU) a certes condamné le lancement qu'il estime être une violation de ses résolutions 1718 et 1874, mais aucune mesure contraignante n'a été prise et les discussions se poursuivent sur ce sujet entre les membres permanents du CSNU - alors que la Chine appelle, comme à l'accoutumée, à un apaisement des tensions après avoir simplement exprimé ses regrets sur la situation actuelle.

Confrontés à l'impasse de la politique de sanctions, ne pouvant ni ne souhaitant s'engager dans un conflit ouvert avec une puissance militaire nord-coréenne autrement supérieure à celle de la Libye ou de la Syrie, les Etats-Unis vont-ils faire preuve de réalisme et retourner à la table des négociations ? C'est l'une des options sur la table, alors que par le passé leurs condamnations de ce qu'ils appelaient - déjà - des "provocations" nord-coréennes avaient pu les conduire, en coulisses, à reprendre langue avec Pyongyang. En effet, l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006 avait débouché sur l'accord de Pékin, en février 2007, relatif à la dénucléarisation de la péninsule, dans le cadre des pourparlers à six. Aujourd'hui, les sujets bilatéraux entre Pyongyang et Washington ne manquent pas, depuis la négociation d'un traité de paix qui mettrait fin à la guerre de Corée et remplacerait l'accord d'armistice de 1953, jusqu'à l'établissement de relations diplomatiques bilatérales, l'apport de garanties à la Corée du Nord quant à sa sécurité ou encore la reprise des livraisons d'énergie (fioul, ou nucléaire civil) ou de nourriture, interrompues depuis des années.

kwangmyongsong-3_lancement_12-12-2012_4.jpg

Sources : AAFC, KCNA (dont photos), Le Figaro.

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 14:24

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU et les grandes puissances occidentales (dont la France) poussent de grands cris d’orfraie après l'annonce du lancement d’un satellite par la République populaire et démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), accusé d’être un test de missile balistique déguisé, et dont la RPDC a déclaré le 8 décembre 2012 le possible report pour des raisons techniques, les Etats-Unis d’Amérique viennent de procéder eux-mêmes à un test atomique souterrain. Une fois de plus, on ne peut que constater avec regret que la superpuissance mondiale, historiquement le seul utilisateur de l’arme atomique contre des populations civiles, s’arroge le droit de faire la morale aux pays du Sud, tout en cultivant elle-même un climat de tensions et d’hostilité.

Mercredi 5 décembre 2012, dans l’indifférence médiatique générale, les Etats-Unis ont procédé à un test souterrain  dans l’Etat du Nevada. Il s'agissait d'un test sous-critique, sans explosion nucléaire. Ce test, dont l'utilité est d'autant plus discutable que les capacités nucléaires américaines sont connues de tous depuis les bombardements américains contre des populations civiles japonaises d’août 1945, ravive encore un peu plus les tensions avec les pays considérés comme faisant partie de « l’axe du mal » par les néoconservateurs américains, doctrine qui a malheureusement survécu aux changements d’administration depuis le mandat de G. W. Bush. En effet, s’ingérant une fois de plus dans les affaires d’Etats souverains, les Etats-Unis voient d’un très mauvais œil les programmes nucléaires iranien et nord-coréen qui remettent en question leur hégémonie militaire mondiale et leur capacité d’intervention militaire globale.

Faut-il le rappeler, l’Asie du Nord-Est est un centre stratégique majeur pour le département de la Défense américain, puisqu’à l’heure actuelle les troupes américaines sont stationnées dans trois des pays de la zone : le Japon, malgré les nombreuses protestations des gouvernements successifs et plusieurs scandales de mœurs impliquant des soldats américains, mais aussi la Corée du Sud (présence d’ailleurs croissante puisque l’installation d’une base américaine sur l’île sanctuaire de Jeju est à l’ordre du jour) et Taïwan. Cette occupation de territoires asiatiques est au cœur du repositionnement stratégique mondial des Américains sous l’administration Obama (s’effacer relativement du Moyen-Orient pour investir toujours plus l’Asie Orientale) qui vise principalement à contrer la très relative montée en puissance de la Chine, dont le budget militaire a certes augmenté de 18 % cette année mais n'atteint que le tiers de celui des Etats-Unis.

Suivant le principe « faites ce que je dis, pas ce que je fais », les Etats-Unis jugent opportun d’entretenir la psychose contre un ennemi nord-coréen improbable (ne serait-ce que par le déséquilibre des forces en présence, mais aussi par la nature même du régime de Pyongyang, beaucoup plus fondamentalement souverainiste et indépendant que menaçant et expansionniste), relayée au niveau culturel par des films comme le récent Red Dawn, alors qu’ils mènent dans le même temps des essais nucléaires lourds de conséquences pour les ennemis désignés comme tels par les Etats-Unis puisque la capacité de frappe américaine est mondiale. Par ailleurs, l’AAFC a systématiquement dénoncé la tenue et la participation des forces navales américaines à des exercices militaires sud-coréens, vécus comme une menace pour la RPDC.

Il est plus que temps de rappeler à l’Occident que les pays du Sud sont des pays indépendants qui ont le droit légitime de mener les politiques qu’ils veulent, et que les Etats-Unis et leurs alliés ne sont en rien légitimes pour critiquer le mode de développement choisi par des Etats souverains, même s’ils contrecarrent d’une façon ou d’une autre leurs plans d’hégémonie mondiale.

 

Principales sources : AAFC, Le Figaro.

 

 

Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2009

Israël et l'Afrique du Sud auraient effectué un essai en commun en 1979. (source : Wikipedia)

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 14:48

PaixenCoréeLe 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée et le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée ont lancé un appel aux organisations de solidarité et d'amitié dans la région Asie-Pacifique et dans le monde. Cet appel s'élève contre la présence des troupes américaines en Corée du Sud, et plaide pour la paix dans la péninsule. Relayant depuis deux ans une pétition de juristes progressistes sud-coréens pour le départ des soldats américains de Corée du Sud et l'établissement d'une paix durable dans cette région du monde, l'Association d'amitié franco-coréenne s'associe naturellement aux termes de cette déclaration.

Dans son appel en date du 23 octobre 2012, le Comité régional Asie-Pacifique pour le soutien à la réunification pacifique de la Corée déclare que "les Américains et les forces qui refusent la réunification en Corée du Sud et qui leur sont liées poursuivent de manière constante une politique hostile envers la République populaire démocratique de Corée (RPDC)", par des manoeuvres de guerre qui vont à l'encontre du désir du peuple coréen pour la réunification, la réconciliation nationale et l'unité.

Conjointement avec le Comité de solidarité philippin pour la paix et la réunification de la Corée, le Comité régional Asie-Pacifique appelle à l'organisation de manifestations et à la multiplication des initiatives pour l'établissement d'un traité de paix en Corée et le retrait des soldats américains du Sud de la péninsule, alors que le 27 juillet 2013 marquera le soixantième anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée. L'armistice a certes conduit à la cessation des affrontements armés, mais il n'a pas mis fin au conflit : techniquement, la Corée est toujours en état de guerre et les accrochages meurtriers, notamment dans les zones litigieuses de la mer de l'Ouest (mer Jaune), l'ont malheureusement rappelé à de trop nombreuses reprises.

Attachée à la paix et à la prospérité de l'Asie du Nord-Est qui correspondent au voeu de l'ensemble du peuple coréen, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle et signer et faire signer une pétition internationale tendant à l'établissement d'un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953, et dont les fondements seraient la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, ainsi que le retrait des quelque trente mille soldats américains toujours stationnés dans le Sud du pays. Plus généralement, il s'agit de refuser toute présence de troupes étrangères sur le sol coréen, comme c'est déjà le cas au Nord de la péninsule depuis plus d'un demi-siècle. Un traité de paix devra engager l'ensemble des parties impliquées, dont les deux gouvernements coréens et ceux de la Chine et des Etats-Unis, conformément à la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007.

Le projet de traité de paix en Corée a fait l'objet d'une proposition de résolution du député Jean-Jacques Candelier. La pétition relayée en France par l'AAFC a d'ores et déjà donné lieu au recueil de 220 signatures publiques par les militants de l'Association d'amitié franco-coréenne, à la date du 28 octobre 2012. Par ailleurs, une délégation de l'AAFC a été invitée à se rendre en RPD de Corée à l'occasion des cérémonies qui marqueront, à l'été 2013, le soixantième anniversaire de la fin du conflit.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 17:15

MDA logoLe 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité entre les États-Unis et la République de Corée (du Sud), le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a promis que les États-Unis continueraient de fournir un parapluie nucléaire à la Corée du Sud tout en déclarant que les deux pays examineraient la possibilité d'un système régional de défense antimissile. Le 7 octobre 2012, la Corée du Sud avait annoncé avoir conclu un accord avec les États-Unis pour accroître la portée de ses missiles balistiques de 300 à 800 km, afin qu'ils puissent atteindre n'importe quel point de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Pour la RPDC, cet accord n'est pas seulement dirigé contre elle, mais « motivé par l'objectif stratégique des États-Unis d'assiéger le continent asiatique et d'y perturber la paix et la stabilité afin d'établir leur domination sur la région de l'Asie et du Pacifique ».1 De fait, tout démontre que les moyens militaires déployés par les États-Unis en Corée et dans ses environs immédiats sont moins destinés à contrer la prétendue menace de la RPDC qu'à contenir la montée en puissance de la Chine identifiée comme le principal adversaire stratégique des États-Unis depuis le début des années 2000. Sous le gouvernement du président Lee Myung-bak, la Corée du Sud a été de plus en plus impliquée dans la « défense antimissile régionale » voulue par l'administration Obama, un concept qui a succédé, notamment pour des raisons de coût, à la « défense antimissile globale » prônée par l'administration Bush. Le concept d'un bouclier antimissile procurant l'invulnérabilité a vraiment fait surface au début des années 1980, à l'apogée de la Guerre froide, pour entrer dans une phase de réalisation concrète au début des années 2000 afin de protéger les États-Unis et leur alliés contre une prétendue menace venue de pays tels que la Corée du Nord. L'Association d'amitié franco-coréenne dresse ici un rapide historique du bouclier antimissile voulu par les États-Unis, un programme qui, en trois décennies, aura surtout fait la démonstration de son coût faramineux et du caractère fallacieux des prétextes avancés pour sa réalisation. 

L'idée de se protéger contre les missiles balistiques ennemis est née dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'utilisation par l'Allemagne nazie des fusées V1 et V2. Au cours de la Guerre froide, avec l'apparition de vecteurs plus puissants traversant l'espace extra-atmosphérique pour atteindre leur cible sur un autre continent en moins de 30 minutes, les premiers moyens antimissile (ABM) à la disposition des États-Unis et de l'Union soviétique étaient surtout considérés par les stratèges des deux camps comme un danger majeur pour la paix. Ce paradoxe d'un système a priori défensif constituant une menace pour la paix n'est qu'apparent, car la stabilité stratégique était alors fondée sur un « équilibre de la terreur », ni les États-Unis ni l'Union soviétique n'ayant avantage à lancer en premier une attaque à l'aide d'armes nucléaires car celle-ci aurait déclenché une seconde frappe en représailles, l'une et l'autre ayant des effets dévastateurs. La crainte d'une destruction mutuelle assurée a donc évité un affrontement direct entre les deux superpuissances de la Guerre froide, au prix de nombreux conflits conventionnels périphériques. Si un des deux acteurs déployait des moyens antimissile, un tel équilibre n'existait plus et la course aux armements était relancée dans l'espoir de saturer les défenses de l'ennemi.

Conscients de ce danger, les États-Unis et l’Union soviétique signèrent en mai 1972 un traité établissant un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs. Ce traité ABM visait à renforcer la stabilité mondiale et à limiter la course aux missiles intercontinentaux en maintenant une vulnérabilité mutuelle. De plus, le traité interdisait aux États-Unis et à l'Union soviétique de faire participer leurs alliés à leurs programmes antimissile et à placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales.

En mars 1983, parce qu’il trouvait immoral le concept de la destruction mutuelle assurée, le président des États-Unis Ronald Reagan lança l'Initiative de défense stratégique (IDS), surnommée la « Guerre des étoiles », un bouclier spatial utilisant des satellites pour identifier et détruire les missiles venus de la haute atmosphère. Ce projet fut aussitôt critiqué aux États-Unis, par leurs alliés et, bien sûr, par l'Union soviétique.

Aux États-Unis, on considérait que l'IDS était extrêmement coûteuse sans offrir de défense totale.

Les alliés des Américains redoutaient que l'IDS, à supposer qu'elle fonctionne, transforme les États-Unis en une forteresse inviolable, incitant au repli et à l'isolationnisme.

Pour l'Union soviétique, l'IDS violait le traité ABM de 1972 et remettait en question l'équilibre de la terreur concrétisé depuis 1949 par sa possession de l'arme nucléaire.

En 1991, l'IDS a perdu sa raison d'être avec la disparition de l'Union soviétique avant d'être officiellement stoppée par le président Bill Clinton en 1993. En dix ans, l'Initiative de défense stratégique lancée par le président Reagan n'avait abouti à aucun système d’interception opérationnel. Rétrospectivement, l'annonce de l'IDS et des programmes de recherche associés ne pourrait avoir servi qu'à étouffer financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique détournant les crédits alloués à la course aux armements d'autres secteurs indispensables de l'économie soviétique.

Après la fin de la Guerre froide, il a été considéré que la stabilité stratégique devait être assurée dans un cadre multilatéral grâce aux régimes existants de non-prolifération, de contrôle des armements et de désarmement. Néanmoins, en 1999, saisissant le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée l'année précédente, le Congrès des États-Unis adopta la loi sur la défense antimissile nationale (National Missile Defense Act, NMD), indiquant qu'il entrait dans les intentions des États-Unis de construire un bouclier antimissile, limité, « aussitôt que la technologie le permettra ».

La NMD présentait deux différences majeures par rapport à l'Initiative de défense stratégique abandonnée quelques années auparavant : il fallait pouvoir défendre les États-Unis contre une offensive mineure, composée d'une vingtaine de missiles intercontinentaux et d'une centaine d'ogives nucléaires, chimiques ou biologiques, non contre une attaque massive, et les moyens antimissile (radars, intercepteurs) se trouvaient au sol, et non dans l'espace.

A côté de cette défense antimissile nationale destinée à protéger le territoire des Etats-Unis, l'administration Clinton envisageait une défense antimissile de théâtre (Theater Missile Defense, TMD) destinée aux unités militaires des Etats-Unis basées outre-mer, dont les forces américaines stationnées en Corée du Sud. Malgré les demandes américaines, le gouvernement sud-coréen du président Kim Dae-jung refusa de se joindre à la TMD car celle-ci ne correspondait pas à l'intérêt national de la Corée du Sud eu égard à son coût, à ses performances insuffisantes, aux relations inter-coréennes ou aux relations entre la Corée du Sud et ses voisins. La défense antimissile de théâtre voulue par l'administration Clinton préfigurait la défense antimissile régionale aujourd'hui prônée par l'administration Obama et à laquelle a choisi de s'associer le gouvernement sud-coréen du président Lee Myung-bak arrivé au pouvoir en 2008.

dick-cheney-angry.jpgLa défense antimissile nationale voulue par le président Clinton fut considérée comme trop timide par plusieurs politiciens néo-conservateurs qui occupèrent à partir de 2001 de hautes fonctions dans l'administration Bush, dont Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Pour ces néo-conservateurs, dans la période de l'après-Guerre froide, les États-Unis n’ayant à l’échelle mondiale aucun rival, « la grande stratégie de l’Amérique [se devait] de préserver et accroître cette position favorable pour une durée à venir aussi longue que possible ». Un bouclier antimissile intégrant des composantes terrestres, maritimes, aériennes et spatiales faisait partie de cette stratégie visant à maintenir « la prééminence militaire américaine qui est le corollaire de la stratégie de domination mondiale des États-Unis ». Pour les néo-conservateurs le régime de non-prolifération avait failli en permettant à des pays considérés comme hostiles aux États-Unis – Corée du Nord, Irak, Iran, Libye, Syrie – de se doter de capacités balistiques présentées comme « un grave défi pour la paix américaine et la puissance militaire qui la protège ».2

Arrivé au pouvoir en janvier 2001, le président George W. Bush annonça le 13 décembre de la même année que les États-Unis se retiraient du traité ABM de 1972. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, au nom de la « guerre contre le terrorisme », les États-Unis voulaient avoir le droit de déployer un système de défense antimissile sur tout le territoire américain et chez leurs alliés, et de placer de tels systèmes sur des plates-formes aériennes, navales, ou spatiales. Le 17 décembre 2002, le gouvernement américain annonça officiellement la relance de la défense antimissile nationale, rebaptisée défense antimissile (Missile Defense, MD) car elle se voulait désormais extra-territoriale et globale, sous le contrôle d'une Agence de la défense antimissile (Missile Defense Agency, MDA), dépendant du département de la Défense des États-Unis. Quand l'administration Bush quitta le pouvoir en 2009, le budget annuel de ce programme s'approchait des 10 milliards de dollars, le bouclier antimissile devant être opérationnel en 2013.

Grâce au bouclier antimissile voulu par l'administration Bush, un missile balistique intercontinental ennemi aurait dû être détruit au maximum 30 minutes après son lancement, selon la séquence suivante3:

1) Le missile ennemi est lancé.

2) Les satellites de surveillance détectent la menace.

3) L'état-major est alerté

4) Les navires équipés du système de combat Aegis4 détectent le missile avec leurs radars pour déterminer sa trajectoire et tentent de l'intercepter.

5) Un avion disposant d'un laser embarqué (Boeing YAL-1) tente de détruire le missile en vol.

6) Les intercepteurs sont lancés.

7) Si toutes ces mesures ont échoué, des radars et lanceurs mobiles traquent le missile.

8) En cas d'échec, les batteries de la défense antimissile terminale en haute altitude (Terminal High Altitude Area Defense, THAAD) font feu.

9) Toujours en cas d'échec, des batteries antimissile de théâtre Patriot entrent en action.

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source : Missile Defense Agency

Dès la relance de la défense antimissile par l'administration Bush, des scientifiques contestèrent sa faisabilité, considérant que, si les techniques de détection et de guidage avaient fait des progrès, les systèmes d’interception faisaient défaut. En juillet 2003, une équipe rassemblant des physiciens et des ingénieurs exerçant dans des universités et des laboratoires aussi prestigieux que Los Alamos, le MIT ou Berkeley publia sous l’égide de l’American Physical Society (APS) un rapport démontrant l’inefficacité prévisible des systèmes de défense antimissile préconisés par la MDA.

Ces experts constataient que tous les systèmes d’interception alors en développement (en 2003) devaient détruire un missile intercontinental pendant sa phase de propulsion initiale. Or, selon eux, quel que soit le système de détection et d’interception choisi (missile embarqué sur un navire équipé d'Aegis, missile terrestre, rayon laser), aucun n’avait le temps d’atteindre sa cible dans les 2 à 4 minutes que dure cette phase de propulsion.

En fait, ces chercheurs estimaient que, si de gros progrès étaient faits, le système pouvait éventuellement détecter et détruire certains missiles propulsés grâce à des carburants liquides, dont la phase de propulsion initiale est plus longue. En revanche, le système restait incapable de détruire les missiles à carburant solide, qui ne peuvent être atteints que pendant les 95 secondes qui suivent leur lancement. L'étude de l'APS estimait que les pays contre lesquels le bouclier antimissile de l'administration Bush était conçu – Iran et Corée du Nord en tête - maîtriseraient probablement la technique des missiles à carburant solide d’« ici 10 à 15 ans » (soit entre 2013 et 2018), lorsque le bouclier serait en passe de devenir opérationnel.5

Le bouclier antimissile s'avérait donc être un projet coûteux (plus de 100 milliards de dollars avaient déjà été dépensés en vingt ans) et inutile. Dans ces conditions, le Congrès des États-Unis réduisit régulièrement le budget alloué à ces technologies antimissile aussi onéreuses qu'incertaines destinées à contrer un éventuel missile à longue portée.

Les réticences du Congrès s'expliquaient en particulier par les faibles performances du système terrestre d'interception de missile à mi-course (Ground-based Midcourse Defense, GMD). Comme le révèle un rapport du Congrès sur le budget de la Défense pour l'année fiscale 2009, la MDA n'avait pas réussi à mener au cours des années précédentes ne serait-ce qu'un test d'interception en vol par an, en moyenne, grâce au système GMD, en dépit du fait que le Congrès avait autorisé de consacrer annuellement 200 millions de dollars à la conduite de deux tests.

En 2007, le candidat à la présidence des États-Unis Barack Obama fit la promesse de « réduire les investissements dans les systèmes de défense antimissile n'ayant pas fait leurs preuves. » De son côté, Carl Levin, président de la commission des forces armées du Sénat américain, déclara en janvier 2009 qu'il aimerait voir des réductions dans le programme de défense antimissile. Quant à Ellen Tauscher, présidente de la sous-commission des forces stratégiques de la Chambre des représentants, elle estima en février 2009 que les États-Unis avaient trop investi dans le programme du système GMD.6

Alors que le budget des États-Unis menaçait d'enregistrer un déficit record pour 2008-20097, le Congrès gela le déploiement du système GMD (déjà déployé en Alaska et en Californie) et annula d'autres programmes plus expérimentaux : laser aéroporté, intercepteurs à énergie cinétique détruisant leur cible par impact, systèmes spatiaux de surveillance, « Multiple Kill Vehicle » permettant à un seul missile intercepteur d'engager plusieurs cibles, grâce à plusieurs projectiles guidés.

En revanche, le Congrès continua de soutenir le développement de systèmes de défense antimissile qui avaient fait leurs preuves : Aegis, Patriot, THAAD, missiles mer-air, tous systèmes destinés à contrer la menace « réaliste » des missiles à courte et moyenne portées.8

Ce sont de tels systèmes qui forment aujourd'hui la défense antimissile régionale soutenue par l'administration Obama.

Dans un contexte de réduction budgétaire, les milieux néo-conservateurs prirent prétexte du lancement de la fusée spatiale Unha-2 par la RPD de Corée, le 5 avril 2009, pour défendre leur bouclier antimissile.

David Blumenthal, chercheur à l'American Enterprise Institute (le centre de réflexion qui inventa le concept d’« axe du mal »), qualifia le programme de laser aéroporté de « méthode la plus prometteuse et immédiate pour intercepter un missile balistique dans la phase de propulsion initiale, peu après son lancement » et de « technologie qui pourrait s'avérer être un nouveau changement révolutionnaire dans la guerre, dû à l'ingéniosité américaine. »9

Pour Robert Joseph, ancien sous-secrétaire d'État pour le contrôle des armements et la sécurité internationale (l'homme qui, en 2006, voulait que les sanctions prises à l'encontre de la Corée du Nord « éteignent toutes les lumières de Pyongyang »), les États-Unis devaient aussi se défendre contre les missiles à longue portée, ce qui ne pouvait pas être fait avec les seuls systèmes Patriot, THAAD et Aegis. Pour affronter la Corée du Nord et l’Iran, Joseph plaidait pour le déploiement d'intercepteurs en Alaska, en Californie et en Europe. Face à une « menace en évolution », il préconisait également d’investir dans de nouvelles capacités, toute réduction des investissements de défense étant considérée comme « incroyablement en décalage avec le monde réel ».10

Le monde réel des scientifiques disait pourtant qu'un bouclier contre les missiles intercontinentaux ne fonctionnerait tout simplement pas ou, au mieux, serait périmé avant même d'entrer en service. La question est donc posée : les néo-conservateurs ont-il voulu refaire le « coup » de l'Initiative de défense stratégique qui avait si bien fonctionné à la fin des années 1980 ? Ont-ils envisagé d'épuiser leurs adversaires stratégiques potentiels à l'aide d'une nouvelle course aux armements, comme les États-Unis avaient étouffé financièrement l'Union soviétique en l'amenant sur le terrain d'une compétition militaro-économique impossible?

Une chose est certaine : quand l'administration Bush est entrée en fonction, en 2001, elle a voulu ressusciter la doctrine de domination permanente énoncée dans les Directives pour le plan de défense (Defense Planning Guidance, DPG) pour les années 1994-1999, premier exposé formel des buts stratégiques des États-Unis dans l'après-Guerre froide. Les DPG exposaient que le premier objectif de la stratégie des Etats-Unis était d'empêcher l'apparition d'un futur concurrent pouvant défier l'écrasante supériorité militaire de l'Amérique.11

Bien sûr, un tel concurrent ne pouvait pas être la Corée du Nord ou l'Iran. En outre, pour un intercepteur basé au sol, l'interception ne peut avoir lieu que si sa vitesse est supérieure à celle du missile attaquant et si l'intercepteur est éloigné de la trajectoire du missile de 500 km au maximum pour un lanceur à carburant liquides et de 300 km pour un lanceur à carburant solide. Le succès de la défense antimissile dépend aussi des capacités à détecter le départ et à suivre la trajectoire d'un missile, ainsi qu'à guider son intercepteur. Plus tôt le tir est détecté, plus l'interception a de chances de réussir.12 Compte tenu des sites prévus pour l'implantation des radars et des intercepteurs du bouclier antimissile américain, deux pays autres que ceux spécifiquement désignés par les États-Unis se sont estimés visés par ce système : la République populaire de Chine et la Fédération de Russie.

Comme la Russie, la Chine est inquiète du retrait des États-Unis du traité ABM de 1972. Elle est aussi inquiète du déploiement d'intercepteurs dans le monde entier, en particulier au Japon, lesquels pourraient rendre inopérante la petite force de dissuasion stratégique chinoise. En outre, le projet de bouclier antimissile pourrait freiner la réduction des arsenaux nucléaires américain et russe et provoquer une reprise de la course aux armements et, plus généralement, porter un coup aux efforts contre la prolifération que sont le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Comprehensive Test Ban Treaty, CTBT) et le Traité d'interdiction de la production de matières fissiles (Fissile Material Cut-off Treaty, FMCT).13

Pour les analystes chinois, les États-Unis exagèrent le risque que les prétendus « États voyous » puissent se doter de missiles à longue portée équipés de têtes nucléaires. Consacrer du temps et des ressources à développer un système antimissile contre ces pays revient à « utiliser un canon pour tirer sur une mouche », alors que les capacités pour une réplique américaine suffisent largement à dissuader toute attaque. Pour les Chinois, les États-Unis développent et déploient leur système antimissile en insistant sur la menace d'« États voyous », mais leur objectif réel est bien de contenir la Chine.

La Chine pense que les États-Unis ont saisi le prétexte du lancement d'une fusée par la RPD de Corée en 1998 pour convaincre le Japon, jusqu'ici réticent, de participer au bouclier antimissile américain.14

La Chine est particulièrement opposée au déploiement d'un système antimissile de théâtre au Japon, d'autant moins nécessaire qu'aucun système TMD n'a été déployé au Japon pendant la Guerre froide quand le danger d'une attaque était bien plus important. La Chine avance officiellement quatre arguments contre la coopération américano-japonaise dans le domaine d'un système TMD15 : un système antimissile de théâtre installé au Japon contribue au bouclier antimissile des Etats-Unis ; la coopération pour un système TMD change la nature de l'alliance entre les États-Unis et le Japon, la plaçant sur une base plus égale ; le Japon est déjà une puissance militaire importante et un Japon doté de fortes capacités offensives et défensives pourrait devenir plus agressif, renouant avec ses vieux démons ; le déploiement d'un système TMD au Japon avec l'aide des États-Unis aggrave la tension dans la péninsule coréenne et ne contribue pas à y régler par le dialogue les questions nucléaire et balistique.

Avec le Japon, la Corée du Sud est l'autre partenaire important des Etats-Unis dans le déploiement d'un système TMD en Asie du Nord-Est.

Dans un discours prononcé à Tokyo en septembre 2010, Frank Rose, sous-secrétaire d'État américain en charge de la vérification, du respect et de l'application des accords, a fait part de la forte volonté des États-Unis d'installer leur système de défense antimissile en Asie en allant au-delà de la coopération bilatérale entre les États-Unis et le Japon. Le sous-secrétaire d'États Rose a précisé que, « En Asie, le Japon et la Corée du Sud sont déjà des partenaires importants dans la défense antimissile ». Selon Frank Rose, avoir plusieurs partenaires, dont la Corée du Sud, dans le système de défense antimissile était souhaitable pour trois raisons : une raison « politique » parce que cela renforce l'aptitude à apporter une réponse commune à une menace ennemie ; une raison « opérationnelle » parce que la capacité du système MD est accrue, qu'il s'agisse du partage des données ou de l'interception d'engins balistiques ; et une raison « budgétaire » parce que cela réduit les investissements à consentir par les pays qui intègrent ce système de défense.

Quelques semaines auparavant, en juillet 2010, les marines des États-Unis et de Corée du Sud avaient mené un exercice d'interception de missile. Le croiseur sud-coréen Sejong-le-Grand, équipé du système Aegis, suivit ce qui était censé être un missile balistique ennemi et fournit à la marine américaine des informations sur sa position avant qu'un autre croiseur Aegis, américain, tire un missile SM-3 et l'abatte. En effet, alors que le Sejong-le-Grand peut détecter et suivre un missile balistique, il n'est pas équipé de SM-3 et le partage des informations et des moyens entre les armées sud-coréenne et américaine est donc nécessaire à la mise en œuvre d'une défense antimissile régionale en Asie du Nord-Est.

Si le déploiement à grande échelle en Corée du Sud de systèmes antimissile américains tels que des Patriot et des radars avait déjà commencé sous la présidence de Roh Moo-hyun (2002-2007), il s'est accéléré sous l'administration de Lee Myung-bak, intégrant davantage la Corée du Sud dans la défense antimissile des Etats-Unis.

Bell_KimTaeyoung.jpgLe 22 octobre 2010, Kim Tae-young, alors ministre de la Défense nationale de Corée du Sud, fut à l'origine d'une controverse à l'Assemblée nationale sud-coréenne quand, répondant à une question d'un député du Parti démocratique (opposition), il déclara que la Corée du Sud et les États-Unis examinaient « ensemble la question de la défense antimissile ».

Par la suite, le ministre Kim déclara que « l'élément à prendre un peu en compte est la raison pour laquelle notre peuple s'est opposé à la défense antimissile. C'est parce que les Etats-Unis ont créé la MD afin de protéger le territoire américain. Aujourd'hui, les choses ont évolué et la MD est envisagée au niveau régional. Les choses deviennent donc différentes et nous les considérons avec prudence. » Cette réponse suffit pour que le peuple sud-coréen soupçonne le gouvernement Lee Myung-bak d'accélérer le processus d'intégration à la défense antimissile voulue par les États-Unis.

La controverse prenant de l'ampleur, le ministère sud-coréen de la Défense publia dès le 23 octobre 2010 le communiqué suivant : « Les autorités de la République de Corée et des États-Unis discuteront à l'avenir du partage des informations et des mesures opérationnelles destinées à protéger la péninsule coréenne de la menace des armes de destruction massive nord-coréennes au sein d'un 'Comité pour une politique de dissuasion étendue'. » Le ministère de la Défense affirmait aussi que « cela ne signifie pas que nous rejoignons le système régional de défense antimissile des États-Unis, mais que, tout en établissant une défense antiaérienne et antimissile coréenne, d'abord en tant que sous-système défensif, nous allons aussi renforcer notre coopération avec les Forces des États-Unis en Corée pour le partage des informations et des moyens opérationnels destinés à répondre de manière efficace à la menace des missiles balistiques de la Corée du Nord. » En résumé, le ministère sud-coréen de la Défense déclarait que la Corée du Sud renforce sa coopération avec les États-Unis dans la défense antimissile sans participer au système de défense antimissile voulu par les États-Unis...16

Le 26 octobre 2012, à l'issue de la réunion de consultation annuelle sur la sécurité, le ministère de la Défense a continué à nier toute implication dans le système de défense antimissile des États-Unis, le jugeant « fondamentalement différent » de celui de la Corée du Sud17, mais les signes d'une intégration croissante de la Corée du Sud dans ce système existent bien.

Pour les États-Unis, il y a urgence à installer les éléments d'un système antimissile en Asie du Nord-Est et la prétendue menace nord-coréenne constitue un prétexte fort commode.

En janvier 2007, dans un contexte d'opposition au bouclier antimissile, un événement inédit en deux décennies eut lieu : la Chine détruisit un de ses vieux satellites météorologiques à l'aide d'un intercepteur basé au sol et porteur d'une charge de type cinétique. Le vieux satellite chinois évoluait en orbite à environ 800 km de la Terre, soit l'altitude correspondant à la phase de vol libre d'un missile balistique, laquelle dure de 15 à 20 minutes.

Un tel acte fut vite interprété comme un avertissement lancé aux États-Unis. Outre la démonstration que les Chinois étaient capables de développer les éléments d'un bouclier antimissile que les Américains avaient eux-mêmes du mal à acquérir - le fameux système terrestre d'interception de missile à mi-course GMD « recalé » par le Congrès en 2009 -, les Chinois pouvaient désormais rendre « aveugles » les Américains et leurs alliés en détruisant les satellites d'observation évoluant en orbite basse (entre 200 et 2 000 km). Les Etats-Unis ne pouvaient que redouter une nouvelle course aux armements dans l'espace - qu'ils avaient eux-mêmes contribué à relancer – et, ne reculant devant aucune contradiction, le gouvernement américain déclara en réaction à la destruction du satellite chinois que le « développement et l'essai de telles armes est incompatible avec l'esprit de coopération à laquelle chaque pays aspire dans le domaine de l'espace civil. »18

standard missile 3En février 2008, un missile SM-3 fut tiré du croiseur américain USS Lake Erie stationné dans l'Océan Pacifique, à l'ouest des îles Hawaï. Quatre minutes après, un satellite était atteint et détruit à 247 km d’altitude. Selon la version donnée par l'armée américaine, le but de ce tir était de détruire le satellite militaire USA-193 lancé en décembre 2006 et devenu hors de contrôle, compte tenu du danger représenté par les 450 kg d’hydrazine contenus dans ses réservoirs et le risque d’intoxication pesant sur les populations. Cette version fut mise en doute par la Russie qui y vit plutôt une opération destinée à tester une arme antisatellite et le tir suscita la réprobation de la Chine.19 De fait, le succès de ce tir américain venait à point nommé pour justifier les énormes crédits accordés à la Missile Defense Agency et envoyait un signal sur la détermination des États-Unis à appliquer la doctrine de « domination spatiale » avalisée par l'administration Bush.

Les États-Unis ont identifié la République populaire de Chine comme leur principal adversaire stratégique depuis le début des années 2000, au moins, et le bouclier antimissile complète le dispositif d'endiguement mis en place autour de la Chine. Dans la mise en place de ce dispositif, la Corée du Sud constitue une pièce maîtresse et la Corée du Nord un alibi pour des initiatives américaines de plus en plus agressives à l'égard de la Chine. Ainsi, un bouclier antimissile n'est pas seulement un système de défense mais aussi, dans son principe même, une arme « de premier emploi » : un système antimissile fonctionnel informe ses objectifs potentiels qu'ils seront attaqués si les États-Unis le veulent et sans que les pays visés puissent répondre. On comprend mieux la signification de l'avertissement du secrétaire américain à la Défense Robert Gates (qui a servi au même poste sous les administrations Bush et Obama), servant de conclusion au rapport 2009 de la MDA : défier (et non attaquer) les États-Unis dans le domaine nucléaire – ou avec d'autres armes de destruction massive - exposera à une « réponse écrasante et catastrophique ».20

On peut tirer trois conclusions des péripéties du bouclier antimissile américain : premièrement, les pays tels que la République populaire démocratique de Corée ne sont qu'un prétexte ; deuxièmement, si le bouclier antimissile devient opérationnel, une guerre offensive devient possible, voire inévitable, contre les adversaires stratégiques désignés des États-Unis ; troisièmement, si le bouclier spatial n'est qu'une illusion entretenue à grands frais par les stratèges américains, les dizaines de milliards de dollars déjà dépensés profitent à des sociétés telles que Lockheed Martin, Northrop Grumman ou Raytheon. L'avertissement du président américain Eisenhower dans son discours d'adieu du 17 janvier 1961 prend alors toute sa dimension :

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison, mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

 

 

Sources

1 KCNA, 8 novembre 2012

2 Thomas Donnelly, Donald Kagan, Gary Schmitt, Rebuilding America's Defenses : Strategy, Forces and Resources for a New Century, Project for the New American Century, septembre 2000 (traduction en français disponible ici)

4 Aegis (traduction anglaise de « égide », le bouclier du dieu grec Zeus) est un radar à haute puissance pouvant exécuter simultanément des fonctions de détection, recherche et poursuite de plus de 200 missiles, à plus de 370 km.

5 American Physical Society, "Missile defense strategy not feasible against potential threats", Washington D.C., 15 juillet 2003

6 Travis Sharp, "Recommendations for Action in 2009 : Reduce Funding for Unproven Missile Defense Programs", Center for Arms Control and Non-Proliferation, 26 février 2009

7 AFP,   11 mars 2009

9 David Blumenthal, "Coming to Asia's Defense", The Wall Street Journal, 16 avril 2009

10 Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine", National Review Online, 9 avril 2009

11 Michael T. Klare, "Target China: The Emerging US-China Conflict", Japan Focus, 19 avril 2006.

12 Iouri Zaïtsev, « La Défense antimissile américaine de A à Z », RIA Novosti, 2 mars 2007.

13 Evan S. Medeiros, 2nd US-China Conference on Arms Control, Disarmament and Nonproliferation: Missiles, Theater Missile Defense and Regional Stability, Monterey Institute of International Studies, Monterey, 1999. p. 11, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs", James Martin Center for Nonproliferation Studies

14 Les néo-conservateurs ayant servi dans l'administration Bush admettent ouvertement ce prétexte, à l'instar de Robert Joseph : « the U.S.-Japan relationship on missile defense — which grew out of North Korea’s first Taepodong launch in August 1998 — gave Japanese leaders both confidence that the U.S. stood with them and an option for protecting their territory from harm. » (Robert Joseph, "North Korea's Nuclear Routine")

15 Luo Jie et Ye Bian, "US 'Missile Defense' Will Bring No End of Trouble for the Future - Sha Zukang on Topics Including International Disarmament Situation and TMD", Shijie Zhishi, 1er juillet 1999 in FBIS, "Arms Control Chief on US Missile Defense", 1er juillet 1999, cité dans "China's Opposition to US Missile Defense Programs"

16 Cheong Wooksik,  "Would South Korea fall down into a ‘swamp of MD’?", Peace Network, 25 octobre 2010 

17 Yonhap, 26 octobre 2012 

18 Déclaration de Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, le 18 janvier 2007, cité dans Marc Kaufman et Dafna Linzer, "China Criticized for Anti-Satellite Missile Test : Destruction of an Aging Satellite Illustrates Vulnerability of U.S. Space Assets", The Washington Post, 19 janvier 2007

19 BBC, 21 février 2008 

20 Extrait d'un discours prononcé par le secrétaire à la Défense Robert Gates devant la Fondation Carnegie pour la paix internationale, le 28 octobre 2008, cité dans Testing : Building Confidence, Missile Defense Agency, 2009

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 22:06

obama-romney-debate_north_korea.jpgAu moment où les Américains votent pour élire leur nouveau Président, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a d'ores et déjà rejeté dos à dos les deux principaux candidats. En effet, si le démocrate Barack Obama parle de "fermeté" en s'alignant sur les positions conservatrices de son homologue sud-coréen Lee Myung-bak, le républicain Mitt Romney pratique, quant à lui, la surenchère.

 

Pour Barack Obama, la ligne défendue sur la question coréenne n'a guère varié, avant comme pendant la campagne électorale : la RPD de Corée doit préalablement renoncer à ses armes nucléaires pour que s'engagent des négociations ; en confondant sciemment l'objet et le résultat des négociations, Washington formule une offre dont elle sait qu'elle est inacceptable pour l'autre partie, mais elle donne l'illusion de ne pas rejeter le dialogue. Pyongyang a d'autant plus de raisons de n'avoir pas confiance dans le Président Obama que ce dernier a répondu à toutes les demandes des faucons sud-coréens de multiplier les manoeuvres de guerre conjointes, jusqu'à accepter récemment d'accroître la portée des missiles balistiques sud-coréens, portant ainsi la lourde responsabilité d'une escalade dans l'une des régions les plus militarisées au monde. Par ailleurs, Barack Obama a également cédé aux demandes des nationalistes japonais de réarmer l'archipel, ce qui est contraire à la Constitution pacifiste japonaise, par le truchement d'une alliance tripartite entre Washington, Tokyo et Séoul.

 

Pour sa part, Mitt Romney a joué la carte de la surenchère : en septembre, il a appelé à renforcer les sanctions et l'embargo contre Pyongyang, décrivant le fait que la RPDC se soit dotée de l'arme nucléaire comme un exemple de l'échec de la diplomatie nord-coréenne de son rival Barack Obama, qui n'a pas jugé utile de répliquer sinon par un appel à faire preuve de "fermeté" face à Pyongyang. Ce faisant, Mitt Romney oubliait pourtant que la RPDC a procédé à son premier essai nucléaire en octobre 2006, sous le mandat de George W. Bush. Cette décision nord-coréenne avait été prise pour se doter d'une capacité d'auto-défense face à la menace américaine, dans le droit fil de la doctrine nucléaire française de "dissuasion du faible au fort", élaborée par le général de Gaulle. Depuis lors, la position de la RPDC n'a pas varié : elle ne renoncera à ses armes nucléaires qu'en contrepartie de garanties sérieuses quant à sa sécurité, alors que les précédents irakiens et libyens ont conforté l'administration nord-coréenne dans sa certitude que les Etats-Unis ne peuvent pas être considérés comme un partenaire fiable.

 

En octobre, Mitt Romney est allé plus loin encore en accusant, sans preuves, la RPDC d'exporter ses technologies nucléaires. L'administration américaine démocrate avait pourtant reconnu avoir alimenté la rumeur d'une coopération nucléaire entre la Corée du Nord et la Birmanie, avant de devoir la démentir elle-même.

 

Dans ce contexte, le principal quotidien de la RPD de Corée, le Rodong Sinmun, a écrit mi-septembre que les deux "partis réactionnaires" américains partagent les mêmes objectifs vis-à-vis de la RPDC, en les accusant de conduire à l'escalade des tensions en Asie du Nord-Est.

 

Pour l'Association d'amitié franco-coréenne, il est urgent d'abandonner l'impasse de la politique des sanctions, dont les populations sont les seules victimes, en agissant pour le paix et le désarmement nucléaire de toute la Corée. Tel est le sens de l'appel de l'AAFC à signer et faire signer la pétition en faveur d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, pour que plus jamais le bruit des armes ne retentisse sur le sol de la Corée, deux générations après un terrible conflit ayant causé des millions de victimes - dont 99 % étaient asiatiques, coréennes et chinoises.

 

Sources :

- AAFC ;

- KCNA (notamment dépêche du 17 septembre 2012 : "Hostile Policies of two US Political Parties toward DPRK under Fire") ;

- "Both Obama, Romney committed to tough action on N. Korea", dépêche de l'agence Yonhap du 5 mai 2012 citée par The Korea Times ;

- Yonhap, "Pour Romney, la Corée du Nord est un échec de la diplomatie d'Obama", dépêche publiée le 23 octobre 2012.

Photo Business Insider.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 12:41

Le 7 octobre 2012, la Corée du Sud a annoncé avoir conclu un accord avec les Etats-Unis pour étendre la portée de ses missiles balistiques, afin qu'ils puissent atteindre n'importe quel point de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Alors qu'un tel accord rappelle la subordination de la Corée du Sud aux Etats-Unis sur les questions de défense, ces déclarations doivent être resituées dans le contexte préélectoral de la Corée du Sud, où faire souffler "le vent du Nord" doit permettre de relancer la campagne de la droite et de sa principale candidate, Mme Park Geun-hye. La RPD de Corée a a vivement réagi par la voix du porte-parole de la Commission de la défense nationale, dans une déclaration rendue publique le 9 octobre, qui affirme notamment que face à la menace américaine le programme balistique nord-coréen lui permet d'atteindre le territoire des Etats-Unis.

Quand en 1972 la Corée du Sud avait fait allégeance à la puissance militaire des Etats-Unis en se plaçant sous le "parapluie" américain, elle avait accepté de limiter la portée de ses missiles à 112 miles (soit 180 km), en contrepartie d'un accès à la technologie balistique des Etats-Unis. Mais les gouvernements sud-coréens successifs n'ont ensuite cessé de vouloir à la fois disposer des missiles américains, et aussi d'étendre la portée de leurs propres missiles balistiques : en 2001, les Etats-Unis ont autorisé la Corée du Sud à augmenter à 300 km la portée de ses missiles. Le 7 octobre 2012, le conseiller sud-coréen à la sécurité nationale Chun Yung-woo a annoncé qu'un nouvel accord avec les Etats-Unis permettait aux missiles sud-coréens d'avoir une portée jusqu'à 800 km (soit 497 miles), afin de pouvoir atteindre tout point du territoire nord-coréen.

Selon la Corée du Sud, il s'agit de renforcer les "capacités d'autodéfense" face à une hypothétique "attaque ou provocation" nord-coréenne. Selon Chun Yung-woo, "si la Corée du Nord nous attaque ou nous provoque, nous serons en mesure de neutraliser ses capacités balistiques et nucléaires dans un premier temps". Le message est clair :  il n'est que la reprise telle quelle d'un vieux fantasme des néoconservateurs américains de porter une attaque en premier contre la RPDC, et notamment sur ses sites nucléaires, laquelle déclencherait évidemment une riposte nord-coréenne et pourrait ainsi dégénérer en un conflit ouvert. C'est au regard de ces risques de guerre qu'une telle option a finalement été écartée par les anciens présidents américains, au plus fort du contentieux sur les armes nucléaires. Les faucons au pouvoir à Séoul sont d'ailleurs conscients qu'ils déclencheraient alors une guerre, lorsque le porte-parole M. Chun parle de "première étape" qui en appellerait donc d'autres. Et pour boucler le schéma d'une attaque sud-coréenne dans des circonstances qui ne dépendraient que du bon vouloir de Séoul, les termes employés sont délibérément flous : M. Chung parle de possible réaction à une "provocation" nord-coréenne en des termes vagues, sans chercher à les expliciter. Les accusations mutuelles de Séoul et de Pyongyang d'intrusion dans leurs eaux territoriales sont suffisamment fréquentes pour offrir le prétexte à une attaque qui, pour être lancée par Séoul, ne devrait pas moins en avoir l'aval des Etats-Unis (mais peut-être la Corée du Sud espère-t-elle forcer plus facilement la main d'un Mitt Romney aux accents plus guerriers que Barack Obama ?).

Mais augmenter la portée des missiles sud-coréens ne viserait pas que la RPD de Corée : avec des missiles pouvant atteindre une cible à 800 km, elle viserait également le Nord-Est de la Chine et l'Extrême-Orient russe. La mise en place de la base de Jeju est déjà justifiée, à demi mot, par une volonté de contenir la puissance militaire grandissante de la Chine. L'initiative sud-coréenne doit ainsi s'interpréter comme s'inscrivant dans un plan plus global, concerté avec les Etats-Unis, d'escalade militaire américaine contre la Chine et la Russie, que préparent les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens à répétition.

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Exercices militaires conjoints américano-sud-coréens le 13 septembre 2012 (source : CNN)

Première visée, la République populaire démocratique de Corée a réagi vivement par un communiqué de sa Commission de la défense nationale (CDN) en date du 9 octobre : "la déclaration sur la politique de missiles balistiques, que le régime [sud-coréen] qualifie de 'plus grande réalisation' qu'il a obtenu de son maître américain dans les années récentes est le produit d'une [...] conspiration du maître et de son esclave pour porter la situation dans la péninsule coréenne à un point extrême de tension et déclencher une guerre contre la RPDC à tout moment." Pour la CDN, cette déclaration sud-coréenne est la preuve du manque de sincérité des Etats-Unis dans leurs propos apaisants. Le communiqué nord-coréen déclare que la RPDC est prête à "annihiler les impérialistes américains, ennemi juré du peuple coréen", et que l'Armée populaire de Corée dispose de missiles balistiques capables d'atteindre non seulement le "territoire sacré" sud-coréen, mais aussi la Japon, Guam et les Etats-Unis.

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Kim Jong-un visitant l'unité 318 de l'Armée populaire de Corée en août 2012 (source : KCNA)

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a toujours fait du combat pour la paix en Corée l'une de ses lignes directrices, en soutenant l'initiative internationale d'une pétition pour la conclusion d'un traité de paix en Corée, en lieu et place de l'accord d'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée en 1953. Dans ce contexte, elle condamne vivement les déclarations sud-coréennes du 7 octobre 2012 comme génératrices d'une escalade militaire et de tensions non seulement dans la péninsule coréenne, mais plus largement en Asie du Nord-Est. Au moment où elle-même célébrait le cinquième anniversaire de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007, elle plaide pour le retour au dialogue intercoréen, sur la voie de la paix et de la réunification de la péninsule.

 

Sources : AAFC, CNN, KCNA

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 17:40

En 2010, sur la base notamment de documents publiés par Wikileaks, les médias du monde entier l'affirmaient : la Birmanie (Myanmar) chercherait à se doter de l'arme nucléaire, et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) l'y aiderait. Deux ans plus tard, dans son rapport annuel sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement, le département d'Etat américain livre une autre analyse : les inquiétudes sur une coopération nucléaire entre la Birmanie et la RPDC se sont "apaisées", et le gouvernement birman ne chercherait plus à acquérir l'arme nucléaire... Ce revirement ne manque pas d'intérêt : si les campagnes de désinformation menées par la CIA sont un instrument traditionnel de la diplomatie américaine, il est moins fréquent qu'elles fassent l'objet d'un démenti par les autorités américaines elles-mêmes. Mais, en l'espèce, le rapprochement entre Washington et Rangoon exigeait de stopper une campagne de presse qui n'était plus conforme aux intérêts américains.

 

Quand les rumeurs d'une coopération nucléaire entre la RPD de Corée et la Birmanie ont commencé à grossir, fin 2010, la presse internationale n'a guère jugé utile de relever quelques faits d'évidence : le coût et la durée d'un programme nucléaire militaire rendaient assez improbable que le Myanmar s'engage dans un telle voie ; par ailleurs, la Corée du Nord a toujours affirmé qu'elle développait un programme nucléaire militaire à des fins d'autodéfense nationale, et démenti fermement toute accusation de prolifération des armes nucléaires.

 

Certes, de tels soupçons étaient étayés par des documents publiés par Wikileaks. Mais des soupçons, pour devenir des certitudes, ont besoin de s'appuyer sur des preuves qui, en l'espèce, n'ont jamais pu être produites. En outre, les auteurs des fuites de "Wikileaks" ont choisi eux-mêmes les télégrammes diplomatiques (TD) qui se sont retrouvés dans la presse, selon des critères relevant de leurs objectifs personnels et non de la qualité de l'information disponible aux diplomates américains. En l'espèce, d'autres TD de Wikileaks ont montré l'ignorance des services de renseignement américains s'agissant de la Corée du Nord, ce qui ne peut que les conduire - comme aux plus belles heures de la guerre froide - à mener des campagnes de désinformation pour décrébiliser leurs adversaires, tout en essayant d'obtenir des éléments qu'ils sont incapables de se fournir par les voies plus ordinaires du renseignement.

 

Deux ans plus tard, la Birmanie est le seul Etat, parmi les pays placés à l'index par les Etats-Unis, avec lequel l'administration Obama a effectivement cherché à améliorer ses relations bilatérales durant le mandat du président américain sortant. Dès lors, continuer à propager la rumeur que les autorités birmanes cherchaient à acquérir l'arme nucléaire, en possible coopération avec la RPD de Corée, est devenu non seulement inutile, mais aussi contre-productif. Pour que les choses soient claires, la nouvelle doxa est venue du département d'Etat américain, dans le rapport annuel sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement : "Les inquiétudes exprimées par les Etats-Unis dans le rapport de l'an passé sur l'intérêt de la Birmanie à poursuivre un programme nucléaire, y compris une possible coopération avec la Corée du Nord, ont été partiellement apaisées à la fin de la période" couverte par le présent rapport. Certes, le mot "partiellement" permet de sauver la face et de préserver l'avenir, alors que la Birmanie est loin d'être devenue un allié des Etats-Unis. Mais le fait est que le parole du gouvernement birman, affirmant qu'il ne poursuit pas de programme nucléaire militaire, balistique ou de production d'autres armes de destruction massive, autrefois jugée dépourvue d'intérêt, suffit maintenant à réévaluer l'appréciation du "risque nucléaire" birman par le gouvernement américain. Mieux encore : selon Washington, il n'y aurait désormais plus de raisons de croire que la Birmanie enfreindrait les résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la RPDC. Est-ce à dire que les accusations jadis portées par Washington contre Pyongyang et Rangoon étaient sans fondement ? Décidément, la raison d'Etat emprunte souvent des chemins que la rationalité humaine ne saurait comprendre. 

 

Source : rapport annuel 2012 du département d'Etat américain sur les accords et engagements internationaux sur le contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement (en anglais).

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 00:18

Nucléaire RPDC-USALe 31 août 2012, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a publié un mémorandum retraçant l'histoire des relations entre la RPD de Corée et les Etats-Unis. Le ministère y démontre que l'hostilité de la politique américaine à l'égard de la RPDC constitue le principal obstacle à la résolution de la question nucléaire dans la péninsule coréenne, et insiste sur la nécessité d'une normalisation des relations entre les deux pays. Ce mémorandum complète une déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC en date du 20 juillet 2012, selon laquelle « la situation contraint la RPDC à réexaminer totalement la question nucléaire. » La déclaration du 20 juillet faisait suite à l'arrestation d'un transfuge d'origine nord-coréenne soupçonné de vouloir commettre des attentats sur le territoire de la RPDC à l'instigation des services de renseignement américains et sud-coréens. L'Association d'amitié franco-coréenne propose ici une traduction en français du texte du mémorandum du 31 août, d'après la version anglaise publiée par l'agence de presse KCNA.

 

Le 20 juillet dernier, le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a annoncé qu'elle a atteint le point où elle doit complètement réexaminer la question nucléaire en raison de la poursuite de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC.

La politique hostile des Etats-Unis est la cause profonde qui a fait de la péninsule coréenne le point chaud le plus dangereux du monde et constitue aussi le principal obstacle à une paix et une stabilité durables.

La question nucléaire dans la péninsule coréenne n'est rien d'autre que le résultat de la politique hostile des Etats-Unis et, en conséquence, ce n'est que lorsque les Etats-Unis renonceront à leur politique hostile qu'il deviendra possible de résoudre la question.

Le ministère des Affaires étrangères de la RPDC publie le mémorandum suivant afin de mettre en évidence le contraste existant entre les déclarations des Etats-Unis selon lesquelles ils n'ont pas d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC et leur attitude réelle.

1- Les idées hostiles bloquant le règlement de la question nucléaire

Un accord important a été annoncé le 29 février 2012 à l'issue des discussions de haut niveau entre la RPDC et les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont réaffirmé ne plus avoir plus d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC et être prêts à prendre les mesures visant à améliorer les relations bilatérales dans l'esprit d'un respect mutuel de la souveraineté et de l'égalité, avoir convenu de fournir une aide alimentaire substantielle à la RPDC. La RPDC, eu égard aux inquiétudes des Etats-Unis, était d'accord pour un moratoire sur les essais nucléaires, les lancements de missiles à longue portée et l'activité d'enrichissement de l'uranium tant que ce dialogue productif continue.

Cependant, quand la RPDC a lancé le Kwangmyongsong-3, satellite artificiel destiné à un usage pacifique, le 13 avril dernier, les Etats-Unis s'y sont opposés, arguant que le lancement spatial était basé sur la même technologie que le lancement d'un missile à longue portée, et ont continué en abrogeant unilatéralement l'accord du 29 février et en renforçant les sanctions contre la RPDC.

Il est exact qu'une fusée transportant un satellite et un missile équipé d'une tête nucléaire utilisent une technologie similaire. Toutefois, quand d'autres pays procèdent au lancement d'un satellite, les Etats-Unis ne s'y opposent jamais en le qualifiant de lancement de missile, ni ne prennent des mesures telles que l'imposition de sanctions. Les Etats-Unis ont vu notre fusée transportant un satellite comme un missile à longue portée pouvant un jour atteindre les Etats-Unis parce qu'ils considèrent la RPDC comme une ennemie.

C'est la raison pour laquelle le tout premier accord auquel sont parvenus la RPDC et les Etats-Unis depuis l'entrée en fonction de l'administration Obama s'est avéré être un échec comme les précédents accords entre la RPDC et les Etats-Unis.

Au début des discussions bilatérales entre la RPDC et les Etats-Unis sous l'administration Clinton, les Etats-Unis ont promis des « garanties contre la menace et l'usage de la force, y compris les armes nucléaires ». (déclaration commune RPDC-Etats-Unis du 11 juin 1993).

A l'étape finale des discussions bilatérales, les Etats-Unis ont convenu d'« avancer vers la normalisation complète des relations politiques et économiques » avec la RPDC. (accord-cadre RPDC-Etats-Unis du 21 octobre 1994)

Les Etats-Unis ont aussi déclaré qu'ils n'auraient pas d'intentions hostiles à l'égard de la RPDC. (communiqué conjoint RPDC-Etats-Unis du 12 octobre 2000)

Pourtant, tous ces engagements n'ont pas été honorés et ont été rompus en une nuit avec chaque changement d'administration aux Etats-Unis.

L'administration Bush a rejeté tous les accords signés par la RPDC et les Etats-Unis sous l'administration Clinton, a inclus la RPDC dans un « axe du mal » et l'a distinguée comme cible pour une frappe nucléaire préventive. (discours sur l'état de l'Union du 30 janvier 2002 et Revue de la posture nucléaire de mars 2002)

La politique hostile extrêmement dangereuse poursuivie par l'administration Bush a contraint la RPDC à se retirer complètement du Traité de non-prolifération et à orienter son industrie nucléaire pacifique pour la production d'électricité vers le renforcement d'une force nucléaire de dissuasion à des fins d'auto-défense.

Lors des pourparlers à six, les Etats-Unis ont affirmé qu'ils n'ont « pas l'intention d'attaquer ou d'envahir la RPDC avec des armes nucléaires ou conventionnelles ». (déclaration conjointe des Pourparlers à six du 19 septembre 2005)

Pour la mise en application de la déclaration conjointe du 19 septembre, les Etats-Unis ont fait des promesses selon lesquelles ils amélioreraient les relations avec la RPDC et avanceraient vers l'établissement de relations diplomatiques complètes. (accords des Pourparlers à six des 13 février et 3 octobre 2007)

Cependant, quatre ans sont passés depuis la dernière session des pourparlers à six, lesquels se sont tenus en décembre 2008 et n'ont toujours pas repris. Pendant ce temps, le niveau d'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC n'a pas baissé et a augmenté davantage.

La première mesure prise par l'administration Obama à l'égard de la RPDC a été de s'opposer au lancement du satellite pacifique de la RPDC Kwangmyongsong-2.

La politique extrêmement hostile des Etats-Unis destinée à priver la RPDC de son droit souverain à l'utilisation pacifique de l'espace, droit reconnu par la loi internationale, a exigé une réaction de la RPDC pour sa propre défense, à savoir un nouvel essai nucléaire. Cela a encore abouti à la répétition du cercle vicieux de la méfiance et de la confrontation; les Etats-Unis ont imposé des sanctions plus sévères à la RPDC et la RPDC a réagi en commençant à construire par elle-même un réacteur à eau légère (LWR) et à produire de l'uranium enrichi pour répondre aux besoins en combustible du LWR.

La réalité démontre que si les Etats-Unis ne renoncent pas totalement à leurs idées hostiles de longue date à l'égard de la RPDC, rien ne peut être résolu alors que la confrontation et le risque d'un conflit pourraient encore s'accroître.

Au début des discussions entre la RPDC et les Etats-Unis, la RPDC soutenait que les Etats-Unis devraient renoncer en premier à leur politique hostile pour résoudre la question nucléaire, tandis que les Etats-Unis insistaient sur le fait que la RPDC devrait d'abord abandonner son programme nucléaire afin de normaliser les relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Au cours du processus, grâce à la sincérité et à la générosité de la RPDC, le principe d'actions simultanées, connu sous les termes « mot pour mot » et « action pour action », a été retenu et a servi de base au dialogue.

L'histoire longue de vingt ans des discussions entre la RPDC et les Etats-Unis montre que même le principe d'actions simultanées ne fonctionne pas si les Etats-Unis n'abandonnent pas leurs conceptions hostiles à l'égard de la RPDC.

2- Les origines de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC

La politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC a des racines historiques profondes.

La génération d'après-guerre aux Etats-Unis et dans d'autres pays n'a pas une bonne compréhension des racines historiques de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC;

Ils ignorent que la question nucléaire dans la péninsule coréenne découle de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC et comprennent mal aussi que les Etats-Unis sont hostiles à la RPDC en raison de la question nucléaire.

Le fait est que l'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC ne se fonde pas sur la question nucléaire dans la péninsule coréenne. La RPDC n'a pas eu d'autre choix que de développer des armes nucléaires, en raison de la politique hostile et de la menace nucléaire croissante des Etats-Unis, lesquels sont la plus grande puissance nucléaire du monde.

Depuis le tout début, les Etats-Unis ont défini la RPDC comme une ennemie et ont refusé de reconnaître sa souveraineté. Les Etats-Unis ont continué d'accroître leurs actions hostiles à l'égard de la RPDC, avec l'objectif ultime de renverser le système politique choisi par notre peuple.

Le mécanisme instutionnel et juridique contre la RPDC a été mis en place bien avant l'émergence de la question nucléaire. Des attaques militaires et des menaces nucléaires visant à éliminer notre idéologie et notre système ont été ouvertement entreprises, alors que les sanctions économiques et la pression internationale destinées à isoler et étouffer la RPDC ont persisté.

La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué le début de la Guerre froide entre l'Est et l'Ouest.

Les Etats-Unis avaient besoin d'une tête de pont pour contenir l'« expansion vers le sud » de l'Union soviétique de l'époque et pour faire une avancée sur le continent eurasiatique. Ce fut suivant cette exigence que les Etats-Unis tracèrent en toute hâte une ligne le long du 38ème parallèle avant la reddition du Japon afin de sécuriser cette tête de pont. Cela a mené à la tragique division de la nation coréenne et de son territoire.

Pour les Etats-Unis engagés dans la Guerre froide, la zone située au sud du 38ème parallèle était leur alliée et celle située au nord était leur ennemie.

La pratique générale internationale des Etats est d'établir des relations diplomatiques avec un nouvel Etat indépendant. L'établissement de relations diplomatiques entre les pays ne signifie pas nécessairement un sentiment spécialement favorable ou une amitié proche; c'est un signe d'une attitude politique par laquelle chacun considère l'autre comme un membre à part égale de la communauté internationale.

Malgré les différences de système et d'idéologie politiques, les Etats-Unis ont établi des relations diplomatiques avec l'ex-Union soviétique comme avec d'autres pays socialistes d'Europe de l'est. Pourtant, les Etats-Unis ont refusé de même appeler la RPDC par son nom officiel, sans parler de l'établissement de relations diplomatiques.

Les Nations Unies ont reconnu la souveraineté de la RPDC quand elle les a rejoint en 1991. La RPDC maintient actuellement des relations diplomatiques avec 166 pays représentant 86 % des membres des Nations Unies. Les Etats-Unis, toutefois, refusent de reconnaître la RPDC comme un Etat indépendant avec lequel ils pourraient coexister dans la communauté internationale.

Sur les 193 membres des Nations Unies, seule la RPDC, avec l'Iran et Cuba, n'a pas de relations diplomatiques avec les Etats-Unis. Cela montre clairement que les Etats-Unis poursuivent une politique extrêmement hostile à l'égard de ces pays - un cas sans précédent dans l'histoire des relations internationales contemporaines.

La politique hostile des Etats-Unis à l'égard de la RPDC trouve sa plus plus claire expression dans le domaine militaire.

La RPDC et les Etats-Unis sont techniquement en guerre l'un contre l'autre depuis plus de soixante ans même après la fin de la guerre; aucun exemple comparable ne peut être trouvé dans l'histoire moderne.

L'Accord d'armistice en Corée conclu le 27 juillet 1953 n'est en aucun cas un accord qui met officiellement fin à la guerre. Ce n'est pas non plus un traité pour une paix durable. L'Accord d'armistice en Corée était la mesure transitoire destinée à retirer toutes les troupes étrangères de la péninsule coréenne et à garantir une paix permanente.

Cependant, les Etats-Unis ont délibérément choisi de prolonger le statut de l'armistice.

En novembre 1953, les Etats-Unis ont défini comme leur objectif ultime dans la péninsule coréenne de maintenir le régime de cessez-le-feu, de faire de la Corée du Sud leur « allié militaire » et d'empêcher que le communisme se répande dans toute la péninsule coréenne jusqu'à ce que soit atteinte une « unification pro-Etats-Unis ». (résolution n°170 du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis)

En conséquence, les Etats-Unis ont intentionnellement mis fin à la conférence de Genève sur la résolution pacifique de la question coréenne en juin 1954 et ont méthodiquement enfreint et invalidé les dispositions principales de l'Accord d'armistice en Corée en introduisant des équipements militaires modernes, y compris des armes nucléaires, en Corée du Sud et en intensifiant les exercices militaires agressifs.

Les Etats-Unis ont repoussé plusieurs propositions et initiatives de paix avancées par le Gouvernement de la RPDC, telles que la proposition de conclusion d'un traité de paix entre la RPDC et les Etats-Unis (dans les années 1970), la proposition de pourparlers tripartites afin d'inclure la Corée du Sud dans les pourparlers entre la RPDC et les Etats-Unis (dans les années 1980), la proposition d'établissement d'un nouveau mécanisme de paix (dans les années 1990).

La RPDC, la Chine, les Etats-Unis et la Corée du Sud se sont réunis pour des pourparlers à quatre à la fin des années 1990 afin d'instaurer un régime de paix durable dans la péninsule coréenne. Cependant, les pourparlers n'ont produit aucun résultat en raison de l'absence de sincérité du côté des Etats-Unis.

Au commencement du nouveau siècle, la RPDC a proposé que les signataires de l'Accord d'armistice en Corée se réunissent pour discuter d'une déclaration de fin de la guerre et que les pourparlers aient lieu pour remplacer l'Accord d'armistice par un traité de paix à l'occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la Guerre de Corée. (Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité du 4 octobre 2007 et déclaration du ministère des Affaires étrangères de la RPDC du 11 janvier 2010) Pourtant, les Etats-Unis ont fermé les yeux sur toutes ces propositions.

Les Etats-Unis gardent inchangée leur position obstinée face aux propositions de paix de la RPDC; la position des Etats-Unis est que la conclusion d'un traité de paix est prématurée et que le régime de cessez-le-feu doit être maintenu. Cela signifie que les Etats-Unis continueront à considérer la RPDC comme leur ennemie et une belligérante.

Les Etats-Unis disposent d'une gamme de différentes catégories de plans et de scénarios de guerre visant la RPDC, tels que « OPLAN 5029 », « OPLAN 5030 », « OPLAN 5012 », etc... Tous ces plans prévoient l'invasion armée de la RPDC et l'instauration de leur domination militaire.

C'est en application de ces plans de guerre que les Etats-Unis continuent de mener diverses sortes d'exercices militaires conjoints, tels que « Focus Retina », « Freedom Bolt », « Team Spirit », « RSOI », « Key Resolve », « Foal Eagle », « Ulji Freedom Guardian », etc... Tous ces exercices cherchent à parvenir au même objectif même s'ils sont menés sous différents noms.

Les sanctions économiques des Etats-Unis contre la RPDC constituent un outil important dans la poursuite de leur politique hostile de longue date à l'égard de la RPDC.

Les Etats-Unis restreignent le commerce avec la RPDC et imposent toutes sortes de sanctions économiques en s'appuyant sur des accusations selon lesquelles la RPDC menace la stabilité régionale, ne coopère pas avec les Etats-Unis dans leurs efforts contre le terrorisme, est engagée dans la prolifération des armes de destruction massive, et selon lesquelles la RPDC est un Etat communiste, n'est pas une économie de marché, etc... (rapport du Service de recherche du Congrès des Etats-Unis du 25 avril 2011)

En particulier, les sanctions économiques imposées à la RPDC avant l'émergence de la question nucléaire n'ont rien à voir avec la question nucléaire et reflètent seulement les idées hostiles des Etats-Unis à l'égard de la RPDC.

Ayant défini la RPDC comme un « Etat marxiste-léniniste avec un gouvernement communiste », les Etats-Unis maintiennent depuis longtemps des sanctions contre la RPDC. (loi sur la Banque d'import-export de 1945, amendée, et loi sur l'aide à l'étranger de 1961)

Les Etats-Unis ont commencé à appliquer la loi sur le commerce avec l'ennemi à la RPDC à partir de décembre 1950. Quelques jours plus tard, le département du Trésor des Etats-Unis a publié des règles de contrôle des avoirs étrangers afin d'interdire toute transaction financière impliquant, ou pour le compte de, la RPDC.

Le 26 juin 2008, plus d'un demi-siècle plus tard, le Président des Etats-Unis de l'époque Bush a pris des mesures pour lever l'application de la loi sur le commerce avec l'ennemi à la RPDC, suivant l'accord conclu aux pourparlers à six. Cependant, le même jour, Bush a déclaré l'état d'urgence, affirmant que les matériaux fissiles à usage militaire en possession de la RPDC constituaient une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis et que d'autres clauses des sanctions à l'égard de la RPDC devraient être maintenues en vigueur selon les conditions de la loi sur les pouvoirs économiques en cas d'urgence internationale et de la loi sur les situations d'urgence nationale. Cela signifiait que tous les biens et intérêts de la RPDC bloqués à partir du 16 juin 2000 resteraient bloqués et que les nationaux des Etats-Unis ne seraient pas autorisés à enregistrer, posséder, louer, exploiter ou assurer un navire battant pavillon de la RPDC.

L'efficacité de ces mesures a été renforcée et étendue chaque année par Obama qui a signé deux ordres exécutifs - n°13551 (août 2010) et n°13570 (avril 2011). Cela signifie que la loi sur le commerce avec l'ennemi – qui théoriquement ne s'applique plus à la RPDC – continue en réalité à rester en vigueur sous un nom différent.

La loi sur l'extension des accords commerciaux des Etats-Unis exige la suspension du statut commercial de nation la plus favorisée pour tous les pays communistes. Cependant, cette loi a été appliquée à la RPDC dès le 1er septembre 1951 – bien avant l'établissement du système socialiste en RPDC. En conséquence, la RPDC a été empêchée d'avoir des relations commerciales normales avec les Etats-Unis.

La RPDC figure en haut de la liste des pays auxquels les Etats-Unis appliquent les droits de douane les plus élevés. Cela signifie que la RPDC doit payer le tarif le plus élevé si elle souhaite exporter ses produits aux Etats-Unis. La RPDC et Cuba sont les seuls pays auxquels les Etats-Unis appliquent cette règle. La loi sur le commerce de 1974 a défini la RPDC comme un Etat communiste. Pour cette raison, la RPDC se voit refuser un traitement mutuellement préférentiel dans les relations commerciales avec les Etats-Unis.

L'étendue de l'obsession accompagnant les idées hostiles à l'égard de la RPDC de la part des Etats-Unis trouve une expression claire dans les termes et dispositions de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée à l'instigation des Etats-Unis après le premier essai nucléaire de la RPDC. Les Etats-Unis ont glissé une disposition interdisant l'exportation et l'importation de biens de luxe s'agissant de la RPDC – une disposition qui n'a aucun rapport avec la question nucléaire – dans la résolution et l'ont adoptée en vitesse. C'était un moyen et un complot stupide visant à saper la réputation de notre direction suprême et à enfoncer un coin entre la direction et notre peuple.

Bien que les Etats-Unis ont théoriquement retiré la RPDC de la liste des Etats soutenant le terrorisme le 11 octobre 2008, conformément à l'accord conclu pendant les pourparlers à six, aucune sanction contre la RPDC n'a été vraiment allégée ou levée parce que ces sanctions sont prévues par les différentes lois nationales des Etats-Unis sous divers prétextes.

Les sanctions listées ci-dessus ne sont que l'extrémité de l'iceberg des sanctions économiques que les Etats-Unis appliquent à la RPDC.

Selon les statistiques pour 2006 publiées par le Service de recherche du Congrès des Etats-Unis, les Etats-Unis imposent quelque quarante différentes sortes de sanctions à la RPDC; pourtant, seulement un quart environ de ces sanctions ont pour base la différence de système politique.

Les trois quarts des sanctions restants – des sanctions qui ont pour prétextes « menace pour la sécurité des Etats-Unis », « prolifération d'armes de destruction massive », « soutien au terrorisme », « droits de l'homme », « liberté religieuse », « blanchiment d'argent », « trafic d'êtres humains », etc... beaucoup desquels se basent sur des allégations absurdes – sont appliqués à la discrétion du Président des Etats-Unis ou des départements concernés de l'administration américaine.

Cela souligne la contradiction injustifiable entre les paroles et les actes de l'administration américaine qui prétend n'avoir « aucune intention hostile ».

Puisque les racines demeurent ici, il faut plus que des mots pour extirper ces idées hostiles.

3- Renoncer à la politique hostile est un prérequis pour le règlement de la question nucléaire

La politique hostile poursuivie par les Etats-Unis rend la perspective d'une dénucléarisation de la péninsule coréenne d'autant plus sombre.

Au stade actuel, il n'existe pas de possibilité que les Etats-Unis abandonnent leur politique hostile à l'égard de la RPDC. Les actions des Etats-Unis à l'encontre de la RPDC deviennent plus hostiles jour après jour, malgré les déclarations des autorités américaines selon lesquelles elle n'ont « aucune intention hostile » à l'égard de la RPDC.

En avril de cette année, elles ont violé de manière flagrante la souveraineté de la RPDC en contestant notre lancement d'un satellite pacifique. Par la suite, un incident sans précédent est survenu : l'armée des Etats-Unis stationnée en Corée du Sud a tiré à balles réelles sur le drapeau national de la RPDC, le prenant pour cible.

Cela a été suivi par l'action extrêmement provocatrice des services de renseignement des Etats-Unis, lesquels ont manipulé l'agence comploteuse sud-coréenne de renseignement afin de mettre sur pied le plan visant à démolir les statues des grands personnages sans égal du Mont Paektu [NdT : le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il]. En même temps, les exercices militaires d'agression à deux ou trois s'élargissent entre les Etats-Unis et leurs partisans dans la péninsule coréenne et aux alentours alors que leur nature offensive et leur ampleur augmentent et se renforcent constamment.

Tous les faits démontrent que l'intensité de l'hostilité des Etats-Unis à l'égard de la RPDC est en escalade.

Cela est en connexion avec la nouvelle stratégie de défense des Etats-Unis rendue publique par l'administration Obama le 5 janvier 2012.

Cette stratégie envisage de porter les forces armées des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique au niveau de 60 % de tous leurs militaires stationnés à l'étranger en réduisant de 10 % leurs forces armées stationnées en Europe d'ici 2020.

En général, le renforcement militaire a besoin de la justification de l'« existence ou de la menace de l'ennemi ». Le seul pays que les Etats-Unis peuvent considérer comme leur ennemi en Asie du Nord-Est est la RPDC. Parmi les grands pays, aucun ne décrirait normalement l'autre comme un ennemi. Cela signifie que les Etats-Unis considéreront la RPDC comme leur ennemie dans le but d'accroître leurs forces armées aussi longtemps qu'il le faudra pour réaliser leur nouvelle stratégie de défense.

De plus, la nouvelle stratégie de défense ne garantit pas que les Etats-Unis n'occuperont pas l'ensemble de la péninsule coréenne au moyen d'une invasion armée directe, dans le but d'encercler militairement les grands pays de l'Eurasie.

La situation qui prévaut presse la RPDC d'empêcher la répétition d'une guerre dans la péninsule coréenne par tous les moyens et de se préparer minutieusement pour mener une guerre en vue de la réunification nationale, dans le cas où la guerre nous serait inévitablement imposée.

Il s'agit de la motivation et de la toile de fond qui nous contraignent à réexaminer totalement la question nucléaire.

Les Etats-Unis ont deux options.

Une option est d'accomplir des changements audacieux et fondamentaux dans leur mentalité de guerre froide et de renoncer à leur politique anachronique à l'égard de la RPDC, et ainsi de contribuer à la paix et à la sécurité dans la péninsule coréenne et d'ouvrir la voie à la garantie de leur propre sécurité.

Si les Etats-Unis montrent un tel courage dans l'action, nous serons prêts à y répondre.

Le grand dirigeant, le camarade Kim Jong-il a déclaré le 4 août 1997 que nous n'avions pas l'intention de regarder les Etats-Unis comme l'ennemi juré mais désirions la normalisation des relations entre la RPDC et les Etats-Unis.

Le respecté maréchal Kim Jong-un veut ouvrir un nouveau chapitre dans le développement des relations avec les pays amicaux envers nous, quel que soit le passé.

Une autre option est que les Etats-Unis poursuivent leur politique hostile comme aujourd'hui, aboutissant à encore accroître et renforcer l'arsenal nucléaire de la RPDC.

Si les Etats-Unis cherchent à satisfaire des intérêts supplémentaires au prix du sacrifice des intérêts de la RPDC, cela se heurtera inévitablement à une forte réponse de la RPDC.

La RPDC est déjà devenue un Etat nucléaire à part entière, et l'époque où les Etats-Unis menaçaient la RPDC avec la bombe atomique est révolue. Nous ne resterons pas passifs en regardant les mouvements hostiles croissants des Etats-Unis mais ferons tous les efforts afin de défendre le destin du pays et de la nation.

Ce sera une grande erreur de considérer notre ferme position comme une sorte de tactique.

Nous avons choisi de développer une force nucléaire de dissuasion, non parce que nous voulions l'échanger contre quelque chose mais parce que nous avions à riposter aux actions des Etats-Unis, la plus grande puissance nucléaire du monde, visant à éliminer la RPDC.

Notre force nucléaire de dissuasion à des fins d'auto-défense est une épée précieuse qui empêche la guerre et garantit la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne.

Si les Etats-Unis ne font pas le bon choix, la RPDC continuera inévitablement à posséder l'arme nucléaire, en modernisant et en étendant ses capacités nucléaires de dissuasion au-delà de ce que peuvent imaginer les Etats-Unis.

Pyongyang, le 31 août 2012 

 

 

Source : KCNA (traduction : AAFC - liens ajoutés par l'AAFC)


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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:17

UFG2011 1Du 20 au 31 août 2012 se tiendront les exercices militaires conjoints américano - sud-coréens "Ulji Freedom Guardian", auxquels participeront des "observateurs" de sept autres pays : l'Australie, le Canada, le Danemark, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Si ces exercices, qui se tiennent tous les ans, sont présentés comme "défensifs" par les Etats-Unis et la Corée du Sud, leur ampleur est telle que le chef de la mission de l'Armée populaire de Corée à Panmunjom a dénoncé des préparatifs de guerre contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Dans un contexte de fortes tensions autour de la péninsule coréenne, l'Association d'amitié franco-coréenne condamne fermement ces exercices  préjudiciables à la paix et à la stabilité dans la région. Elle renouvelle son appel pour un traité de paix dans la péninsule coréenne, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953. 

 

L'édition 2012 des exercices "Ulji Freedom Guardian" (UFG) doit réunir, du 20 au 31 août, 56.000 soldats sud-coréens et au moins 30.000 soldats américains, outre des soldats (qualifiés d' "observateurs") de sept autres pays alliés des Etats-Unis. Les troupes américaines incluent des hommes des différentes armes, y compris des garde-côtes, provenant de troupes stationnées en Corée, dans le Pacifique et aux Etats-Unis. Le nombre de soldats impliqués est aussi élevé qu'en 2011.

 

Les exercices UFG déploient également d'importants moyens matériels, à l'instar du navire de la septième flotte USS Blue Ridge (ci-dessous, lors de son arrivée au port de Pusan pour l'exercice 2012, source).

 

 

uss_blue_ridge_ulchi_freedom_guardian_2012.jpg

 

Conduits pour la première fois en 1976, ces exercices - qui tirent leur nom actuel de celui d'un commandant en chef de l'ère Koguryo, Eulji Mundeok - sont aussi la plus vaste opération militaire au monde conduite avec un système de commandement et de mise en oeuvre informatisé. Compte tenu de l'asymétrie des forces avec celles de la RPD de Corée, pays soumis au plus vieil embargo technologique au monde, il est donc difficile de n'y voir qu'un exercice routinier de défense, comme voudrait le faire croire le commandement combiné des forces en Corée du Sud, dirigé par le général américain James Thurman. Mais de tels arguments font partie de la rhétorique invariablement utilisée par l'armée américaine pour tous les exercices militaires effectués dans le cadre d'un commandement intégré.

 

Les exercices militaires UFG se fondent sur le traité d'assistance mutuelle signé le 1er octobre 1953 entre les Etats-Unis et la République de Corée (du Sud). Il vise notamment à accroître l'interopérabilité des forces américaines et sud-coréennes et à renforcer leur aptitude au combat. Le commandement américain en Corée souligne la participation d'observateurs de la commission de supervision des nations neutres [de l'armistice de 1953].

 

Le commandement américain en Corée du Sud ayant pris l'habitude de notifier préalablement l'organisation des exercices UFG, une réponse de protestation officielle a été envoyée par le général Pak Rim-su, chef de la mission de l'Armée populaire de Corée à Panmunjom, où il dénonce la nature "offensive et agressive" des "exercices conjoints de guerre Ulji Freedom Guardian", en qualifiant de "plaisanterie" l'envoi d'une information préalable "prétendument basée sur la confiance et la transparence". Témoignant de la nature hostile de la politique américaine à l'égard de la RPDC, les exercices UFG sont fustigés comme s'inscrivant dans une escalade de guerre contre la RPD de Corée.

 

Depuis l'annonce des dates des exercices UFG, le commandant suprême de l'Armée populaire de Corée (APC) Kim Jong-un a effectué plusieurs nouvelles visites d'unités militaires, notamment sur la ligne de front maritime aux îlots Jangjae et Mu le 18 août (photo ci-dessous, source KCNA). Il a souligné leur rôle essentiel pour la défense de la République populaire démocratique de Corée face aux "provocations" que constituent les exercices de guerre menés conjointement par les Etats-Unis et la Corée du Sud. 

 

kim_jong_un_18_aout_2011.jpg

 

Comme tous les ans, de grandes manifestations sont organisées en Corée du Sud pour dénoncer les exercices Ulji Freedom Guardian. Elles atteignent leur point culminant la veille et le jour des manoeuvres militaires (ci-dessous, photos de rassemblements à Séoul le 15 août 2010 et à Songnam le 16 août 2011). Un rassemblement demandant l'annulation des exercices Ulji Freedom Guardian s'est tenu le 10 août 2012 à l'appel, notamment, des associations Solidarité pour le progrès, Solidarité pour la démocratie, la vie du peuple, la réunification pacifique et la souveraineté et la Fédération des étudiants du 21ème siècle.

 

ulji_freedom_guardian_rassemblement_seoul_15_aout_2010.jpg

 

ulchi_freedom_guardian_manifestation_songnam_16_aout_2011.jpg

 

Principales sources :

- AAFC ;

- KCNA, "Chief of Panmunjom mission sends protest notice to US", dépêche publiée le 6 août 2012 ;

- site des forces armées américaines en Corée du Sud.

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