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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 00:21

Comment expliquer que, malgré l'impopularité record du président sortant Lee Myung-bak (27 % d'opinions favorables), la candidate du parti au pouvoir, Mme Park Geun-hye, reste créditée d'une avance moyenne de 5 à 6 points sur son principal concurrent Moon Jae-in, à un peu plus de deux semaines de l'élection présidentielle du 19 décembre 2012 ? C'est qu'en Corée du Sud les conservateurs bénéficient de puissants relais d'opinion, non seulement au sein des Eglises protestantes et de l'armée, mais aussi dans une presse quotidienne très nettement orientée à droite. Par leurs tirages très supérieurs à ceux des pays occidentaux, les quotidiens pèsent fortement sur un électorat âgé et vieillissant, qui se mobilise davantage pour les élections. Par ailleurs, les personnes âgées de plus de 65 ans n'utilisent encore guère les nouveaux médias sur Internet qui ont fait, a contrario, le succès des mobilisations populaires contre le président Lee Myung-bak. Dans ce contexte, si l'opposition démocrate a pu remporter les élections présidentielles de 1997 et 2002, c'était à l'arraché, face à une droite qui dispose d'un socle électoral plus large et de soutiens médiatiques puissants et influents. L'AAFC présente ci-après les principaux titres de la presse quotidienne nationale d'information politique et générale payante (à l'exclusion notamment des journaux économiques, des titres régionaux et des quotidiens gratuits).

 

La trilogie conservatrice et le Chojoongdong

 

Trois quotidiens de droite, qui ont été hostiles à la politique du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord qu'avaient conduite les présidents démocrates Kim Dae-jung (1998-2003) et Roh Moo-hyun (2003-2008), dominent encore et toujours le paysage de la presse quotidienne sud-coréenne. Chacun d'entre eux a un tirage quotidien de l'ordre de 2 millions d'exemplaires, soit sept fois celui des titres français les plus lus de la presse quotidienne nationale et environ 60 % du tirage global de la presse quotidienne.

 

800px-ChosunIlbo_-January1-1940-.jpgLe Chosun Ilbo (littéralement, le Quotidien de la Corée) se hisse sur la plus haute marche du podium. Son nom fait référence à celui de la Corée (Chosun) avant l'occupation japonaise, et repris aujourd'hui par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), alors que la République de Corée (du Sud) traduit le nom de la Corée par HangukLe Chosun Ilbo est né de la résistance à l'occupation japonaise en 1920, au lendemain du soulèvement pour l'indépendance du 1er mars 1919. Si le journal s'enorgueillit d'avoir été victime de la censure pendant l'occupation japonaise - le titre a alors été suspendu quatre fois et ses exemplaires confisqués à 471 reprises - (à gauche, l'exemplaire publié le 1er janvier 1940), puis d'avoir prôné la liberté de la presse pendant le régime de Park Chung-hee, son anticommunisme l'a de plus en plus aligné sur les positions de la droite conservatrice, y compris pendant le régime militaire du général Chun Doo-hwan (1979-1988). Le Choson est friand de rumeurs, souvent alimentées par les services secrets sud-coréens, sur la vie privée réelle ou supposée des dirigeants nord-coréens. Ces articles doivent être considérés avec la plus extrême précaution en l'absence, le plus souvent, d'autres sources moins orientées.

 

Le Dong-a Ilbo (le Quotidien d'Asie orientale) a également été fondé pendant la colonisation japonaise en 1920. Sa ligne éditoriale conservatrice est proche de celle du Choson. Il a également subi des démêlés avec le pouvoir de Park Chung-hee pour avoir critiqué les atteintes à la liberté de la presse, avant de s'aligner de plus en plus nettement sur la droite après 1980. Il a toutefois joué un rôle important dans le soulèvement démocratique de juin 1987, en révélant la mort sous la torture de l'étudiant Park Jong-chol. Son tirage le place aujourd'hui après le JoongAng.

  

Le JoongAng Ilbo (le Quotidien du centre) a été créé en 1965 par Lee Byung-chul, fondateur du groupe Samsung, qui est devenu la première fortune de Corée grâce au soutien que lui apporté le régime militaire du général Park. Le JoongAng reste lié aux conglomérats sud-coréens (les chaebols). Il cherche aujourd'hui à se positionner sur un créneau moins droitier que ses deux concurrents directs, le Chosun Ilbo et le Dong-a Ilbo, en accordant une certaine couverture aux mouvements sociaux et en diversifiant ses sujets, au-delà des thèmes sensibles à son lectorat âgé et conservateur.

 

Mais ces nuances doivent être relativisées : les trois titres ont tous défendu la politique du Président conservateur Lee Myung-bak, en particulier sur le controversé accord de libre-échange avec les Etats-Unis et dans sa remise en cause du dialogue intercoréen. Lors du naufrage du Cheonan, ils avaient accusé la Corée du Nord avant même la publication de l'enquête officielle. Les progressistes leur ont également reproché de passer sous silence les révélations de Wikileaks défavorables au pouvoir conservateur du chef de l'Etat sortant, dans une critique de ce qui a été appelé le Chojoongdong (néologisme désignant la même ligne éditoriale des trois quotidiens, d'après la première syllabe du nom de ces titres).

 

La prédominance des titres de la "trilogie conservatrice" a favorisé l'émergence en Corée du Sud du journalisme participatif, selon un modèle qui permet à chaque citoyen d'écrire des articles publiés sur Internet après avoir été soumis à relecture, vérification et validation par des journalistes professionnels, et dont le titre le plus populaire est Ohmynews, fondé en 2000.

 

 

La presse progressiste

 

the-hankyoreh-epaper.jpgAvec un tirage approchant les 500.000 exemplaires, le Hankyoreh Shinmun a été de tous les combats menés par les démocrates et les progressistes, ayant été fondé en 1988 par des journalistes dissidents du Chosun et du Dong-a : contre le régime militaire et la censure alors exercée par le gouvernement et la presse de droite, puis pour le dialogue avec le Nord, sans toutefois passer sous silence les critiques vis-à-vis de la RPDC exprimées notamment par la droite sud-coréenne. Cette démarche, qui tranche avec celle des titres de la "trilogie conservatrice", vaut au Hankyoreh Shinmun d'être considéré comme le plus fiable des quotidiens sud-coréens par l'opinion publique. L'indépendance éditoriale est garantie par la répartition du capital entre plus de 60.000 petits actionnaires et des journalistes, dont aucun ne détient plus de 1 % du capital.

 



Le recentrage du Hankyoreh Shinmun a favorisé l'émergence d'un autre titre de centre-gauche qui s'est récemment doté d'une version en anglais sur Internet. Fondé en 1946 par l'Eglise catholique, le Kyunghyang Shinmun (les Nouvelles quotidiennes urbi et orbi) a été la propriété du chaebol Hanwha jusqu'à la crise financière asiatique de 1997. Son tirage actuel atteint 350.000 exemplaires.

 

Les deux principaux journaux progressistes ont été à la pointe du combat pour révéler les incohérences et les contradictions de l'enquête officielle lors du naufrage du Cheonan.



Le Naeil Shinmun est également classé parmi la presse quotidienne nationale de sensibilité plutôt progressiste.



Les autres titres

 

Le Hankook Ilbo (Quotidien de la Corée), dont le tirage approche le million d'exemplaires, appartient à l'Etat. Comme l'agence de presse Yonhap ou la chaîne de radio et de télévision KBS, il relaie donc plutôt aujourd'hui les positions du pouvoir conservateur, même si sa ligne est traditionnellement plus centriste que celle des titres de la "trilogie conservatrice". Sur le naufrage du Cheonan, si ces médias publics ont été moins virulents à l'égard de la RPDC que le Chojoongdong, ils se sont alignés de manière inconditionnelle sur la position officielle du Gouvernement dès que celle-ci a été rendue publique. A côté de KBS, l'autre grande chaîne de radio et de télévision (MBC) est également publique, mais ses journalistes sont plus marqués à gauche, alors que ceux de KBS sont réputés être davantage conservateurs. Les équipes de MBC ont engagé une des plus longues grèves de l'histoire des médias sud-coréens pour protester contre la tentative de reprise en main par le gouvernement du Président Lee Myung-bak, après que ce dernier eut choisi une équipe de direction acquise à ses vues conservatrices.

 

 Le Seoul Shinmun a un tirage dépassant les 700.000 exemplaires. L'Eglise universelle pour l'unification (dite "secte Moon") dispose de son propre quotidien, le Segye Ilbo.

 

Il faut enfin signaler plusieurs titres en anglais, dont la lectorat est par définition plus réduit, et qui se positionnent plutôt au centre-droit : The Korea Herald et The Korea Times sont les plus influents. The Korea Times cherche à se démarquer en abordant des thèmes originaux par rapport aux autres quotidiens.

 



Sources : AAFC, Bibliomonde, wikipédia.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)