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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 14:51

Services_secrets.JPGEn Corée du Sud, le Service national de renseignement (National Intelligence Service, NIS) a cherché à influencer l'élection présidentielle du 19 décembre 2012, suscitant la colère des citoyens sud-coréens de plus en plus nombreux à manifester pour une réforme des services de renseignement et des excuses de la part de la présidente élue Park Geun-hye. En réaction, le NIS se contente de diversions grossières. Officiellement, le NIS a huit missions : les enquêtes de sécurité (ce qui inclut les enquêtes sur les personnes et organisations désignées comme pro-Corée du Nord), le renseignement sur la Corée du Nord, le contre-espionnage, la sécurité industrielle, le contre-terrorisme, la cyber-sécurité, la lutte contre le crime international, le renseignement à l'étranger. Il convient donc d'en ajouter une neuvième : l'ingérence dans la vie politique sud-coréenne, une vieille habitude des services secrets sud-coréens depuis les années 1960.

Créée le 19 juin 1961 à partir du Corps de contre-espionnage de l'armée, l'Agence centrale de renseignement de Corée (du Sud), alors plus connue sous le nom de KCIA (Korea Central Intelligence Agency), fut placée directement sous le contrôle du Conseil suprême pour la reconstruction nationale, dans le sillage du coup d'Etat militaire du 16 mai 1961 qui porta au pouvoir le général Park Chung-hee (père de l'actuelle Présidente Park Geun-hye). A l'origine, les missions de la KCIA étaient de « superviser et coordonner les activités de renseignement et d'enquête sur les crimes au niveau national et international de toutes les agences gouvernementales de renseignement, y compris militaires ». Par ses missions très étendues, la KCIA pouvait donc être vue comme un équivalent sud-coréen des CIA et FBI des Etats-Unis. La KCIA établit un réseau complexe de liens institutionnels avec presque tous les organes de décision sud-coréens, s'assurant le quasi-monopole des informations concernant la sécurité nationale et, plus important, usant de ses fonctions de supervision et de coordination pour exercer un droit de veto sur les autres agences.

Park Chung-hee pendant le coup d'Etat du 16 mai 1961

Park Chung-hee pendant le coup d'Etat du 16 mai 1961

Une anecdote témoigne de la toute-puissance de la KCIA : après l'élection présidentielle sud-coréenne de 1971, le candidat battu Kim Dae-jung (qui sera élu président 26 ans après) rencontra Lee Hu-rak, directeur de la KCIA, et lui dit : « Je n'ai pas perdu contre Park Chung-hee, j'ai perdu contre vous. » A l'époque, les fonctions de Lee Hu-rak en faisaient le responsable de la campagne électorale du général Park. La KCIA était même impliquée dans le comptage des bulletins de vote... Par la suite, les services de renseignement sud-coréens se mêleront de toutes les élections présidentielles, à de rares exceptions près, pour favoriser le candidat du camp conservateur. Une telle ingérence fut d'ailleurs reconnue en novembre 2006 par le directeur des services secrets lui-même, Kim Man-bok, devant l'Assemblée nationale sud-coréenne.

En Corée du Sud, la KCIA disposait d'un pouvoir presque illimité, supérieur à celui de la police, pour enquêter sur et détenir toute personne soupçonnée de « comportement anti-Etat », restreignant sévèrement le droit de critiquer le pouvoir en place. Les interrogatoires, détentions et poursuites de dissidents, de figures de l'opposition et de journalistes étaient fréquents, créant une atmosphère de répression politique, le régime du général Park justifiant les atteintes aux libertés civiques par la prétendue menace de la Corée du Nord.  

Entre 1961 et 1979, le gouvernement de Park Chung-hee fit à plusieurs reprises appel à l'armée ou à la loi martiale en réponse à l'agitation politique en Corée du Sud. Par exemple, le 15 octobre 1971, le gouvernement envoya la garnison pour réprimer des manifestations d'étudiants, menant à l'arrestation de près 2 000 d'entre eux. Un an plus tard, le 17 octobre 1972, Park proclama la loi martiale, dissout l'Assemblée nationale et fit arrêter de nombreux dirigeants de l'opposition. En novembre, la constitution dite Yusin (revitalisation), qui augmentait considérablement les pouvoirs du président, fut adoptée par référendum sous la loi martiale.

Avec la constitution Yusin, le régime de Park Chung-hee devint de plus en plus autoritaire, gouvernant par décrets présidentiels d'urgence, pas moins de neuf décrets d'urgence étant signés entre janvier 1974 et mai 1975. La déjà draconienne Loi de sécurité nationale, interdisant depuis 1948 les activités jugées subversives, pro-communistes ou en faveur de la Corée du Nord qualifiée d'« organisation anti-Etat », fut aggravée par une loi anti-communiste encore plus sévère. En vertu de ces deux lois et de la mesure d'urgence n° 9, tout type d'activité anti-gouvernementale, y compris les discours et écrits critiques, pouvait être interprété comme un acte criminel de « sympathie avec le communisme ou les communistes » ou d'« assistance à des organisations anti-gouvernementales ». L'intimidation politique, les arrestations arbitraires, la détention préventive, et le traitement brutal des prisonniers étaient alors monnaie courante, quand certains opposants n'étaient pas purement et simplement assassinés, comme Chang Chun-a. 

Les difficultés économiques rencontrées par la Corée du Sud à partir de 1979 ne firent qu'accroître la répression des opposants. Divers conflits du travail durement réprimés par le gouvernement suscitèrent un large mécontentement populaire dont les manifestations les plus spectaculaires furent la démission collective des députés de l'opposition et des émeutes dans les villes de Busan, Masan et Changwon où le gouvernement décréta la loi martiale.

Dans cette atmosphère tendue et vraisemblablement peu satisfait de la gestion de la situation, le directeur de la KCIA Kim Jae-kyu assassina Park Chung-hee et le chef de la sécurité de la présidence Cha Ji-chol le 26 octobre 1979. La loi martiale fut immédiatement décrétée, donnant au lieutenant-général Chun Doo-hwan, commandant du Service du renseignement et de la sécurité militaires, une position politique et militaire considérable.

Suite à l'assassinat du Président Park par le chef de la KCIA, cette dernière fut purgée et perdit provisoirement une large partie de ses pouvoirs. Entre avril et juillet 1980, Chun Doo-hwan, devenu chef de la KCIA, profita de sa position pour étendre son pouvoir au-delà de l'armée.

Mais l'absence de réforme provoquait des troubles croissants en Corée du Sud. Début mai 1980, les étudiants manifestèrent pour diverses revendications sociales et politiques, y compris pour la levée de la loi martiale en vigueur depuis octobre 1979. Les manifestations étudiantes furent les plus massives entre le 13 et le 16 mai, quand les dirigeants du mouvement obtinrent du gouvernement du nouveau Président Choi Kyu-ha la promesse d'une accélération des réformes. Cumulant les fonctions de chef d'état-major des armées et de directeur de la KCIA, Chun Doo-hwan intervint alors pour forcer le Président Choi à démissionner (le 16 août), Chun accédant lui-même à la présidence en septembre. Les rassemblements politiques furent interdits et plusieurs responsables politiques arrêtés. Le symbole de la répression qui s'abattit en 1980 sur la Corée du Sud est la ville de Kwangju (sud-ouest) dans laquelle les manifestations contre la prolongation de la loi martiale et l'arrestation de l'opposant Kim Dae-jung tournèrent au soulèvement contre les forces spéciales envoyées pour mater la révolte. L'armée ne reprit le contrôle de la ville qu'après neuf jours, le 27 mai 1980, et près un massacre ayant causé officiellement 200 morts, mais jusqu'à plusieurs milliers selon d'autres sources.

Répression du soulèvement de Kwangju, mai 1980

Répression du soulèvement de Kwangju, mai 1980

Etait-ce pour effacer cette tâche sanglante sur son histoire ? En 1981, l'Agence centrale de renseignement de Corée fut rebaptisée Agence pour la planification de la sécurité nationale (Agency for National Security Planning, ANSP) et ses pouvoirs redéfinis. L'ANSP devenait la principale agence de collecte et de traitement du renseignement, en coordination avec d'autres organismes chargés d'obtenir l'information et de l'analyser. Comme la KCIA, l'ANSP n'avait de comptes à rendre qu'au Président.

Fin 1981, la loi précisa les attributions de l'ANSP pour y inclure « la collecte, la compilation et la diffusion de l'information à l'intérieur et à l'étranger concernant la sécurité du public contre les communistes et les complots visant à renverser le gouvernement ». L'ANSP était aussi en charge des enquêtes sur les crimes punis par la Loi sur la protection des secrets militaires et la Loi de sécurité nationale : insurrection, agression extérieure, rébellion, aide et d'encouragement de l'ennemi, divulgation de secrets militaires.

Outre l'ANSP, les principaux services de sécurité du régime de Chun Doo-hwan étaient le Commandement de la sécurité militaire (DSC) et les forces de combat de la Police nationale, l'ANSP et la DSC étant plus particulièrement en charge du « renseignement politique ». Ce dispositif répressif permit au régime de contenir la colère populaire jusqu'en 1987. Les services de sécurité étaient fortement présents dans les centres urbains, près des campus universitaires, dans les bureaux du gouvernement et des partis politiques, dans les médias. Les étudiants et les jeunes étaient particulièrement sujets aux arrestations arbitraires. Aujourd'hui encore, le renseignement sud-coréen recrute des informateurs parmi les étudiants coréens, y compris à l'étranger. 

Contre les manifestations, le gouvernement sud-coréen envoyait habituellement les forces de combat de la police. S'ensuivaient des arrestations massives de manifestants et des poursuites à l'encontre des organisateurs. La loi prévoyait bien un mandat d'arrêt, mais celui-ci n'était pas toujours produit en cas d'arrestation pour des motifs politiques. La Loi relative aux rassemblements et aux manifestations fut l'outil privilégié pour contrôler la vie politique en Corée du Sud et limiter l'expression de l'opposition, sous le prétexte de « troubles » à l'ordre public. La violation de la loi pouvait alors entraîner une peine de sept ans d'emprisonnement. De 1980 à 1988, le régime de Chun Doo-hwan fut ainsi à l'origine de 84 % des 6 701 enquêtes diligentées dans le cadre de la législation sur les rassemblements et manifestations.

A partir de 1985, la Loi de sécurité nationale, instaurée en 1948, fut de plus en plus utilisée pour faire taire toute opposition en Corée du Sud. Mais la définition très large des délits punis par cette loi permit au régime de Chun d'y recourir plus qu'à toute autre loi d'ordre politique. Avec des lois telles que la Loi sur la sécurité de la société et la Loi relative aux crimes contre l'Etat, la Loi de sécurité nationale restreignait, voire supprimait la protection des prévenus dans des procédures concernant des affaires non politiques.

Au cours des interrogatoires, les services de sécurité usaient non seulement de la violence psychologique ou physique mais aussi de la torture. En janvier 1987, les tortures mortelles infligées à Park Jeong-cheol, un étudiant de l'Université nationale de Séoul interrogé sur une de ses camarades de classe, jouèrent un rôle décisif dans la mobilisation de l'opinion publique sud-coréenne contre les pratiques répressives du gouvernement, aboutissant au soulèvement de juin en faveur de la démocratie

Outre la violence des services de sécurité, la campagne pour l'élection présidentielle de décembre 1987 fut marquée par des manipulations de la part de l'ANSP, comme l'« affaire Suji Kim ». En janvier 1987, un homme nommé Yun Tae-sik avoua à l'ANSP avoir étranglé son épouse Suji Kim pendant une dispute dans leur appartement de Hong Kong. L'agence de renseignement organisa alors une conférence de presse au cours de laquelle Yun déclara que la Corée du Nord avait essayé de l'enlever avec la complicité de Suji Kim, espionne affiliée à l'Association générale des Coréens résidant au Japon. Avec cette affaire d'espionnage montée de toutes pièces, l'ANSP essayait de peser sur le résultat de l'élection présidentielle et de faire oublier les violences commises à l'encontre des étudiants en lutte pour la démocratie. La vérité sur l'« affaire Suji Kim » ne fut connue que 14 ans plus tard, en 2001, à l'issue d'une enquête criminelle. Le tribunal condamna Yun Tae-sik à 15 ans et demi de prison et ordonna au gouvernement de verser une indemnité de 4,2 milliards de wons (3,5 millions d'euros) à la famille de Suji Kim.

La mobilisation des citoyens contre la violence du gouvernement commença à payer en 1989 quand la loi limita l'utilisation des gaz dans la répression des manifestations (pour la seule année 1987, on estime que 260 000 projectiles lacrymogènes furent utilisés par la police sud-coréenne). Même si le gouvernement continuait d'interdire les manifestations organisées par des opposants accusés de chercher à « troubler l'ordre social », la mobilisation allait croissante : selon les statistiques officielles sud-coréennes, 1,7 million de personnes participèrent à 6 552 manifestations en 1988, et 2,2 millions de personnes participèrent à 6 791 manifestations en 1989.

Jusqu'en 1988, l'ANSP disposait d'agents dans les instances des pouvoirs judiciaire et législatif, jusqu'à la Cour criminelle de Séoul, la Cour suprême de Corée du Sud, et l'Assemblée nationale. Le budget de l'ANSP ne restait ni public ni vérifiable par les députés. Mais, en juillet 1989, sous la pression de l'opposition et de l'opinion, l'ANSP fut soumise à un audit de l'Assemblée. En contrepartie, la structure organisationnelle de l'ANSP, alors connue du public, fut classifiée en 1990.

En dépit des changements politiques et sociaux survenus en 1987 en Corée du Sud, l'ANSP semblait toujours considérer que le soutien au camp conservateur au pouvoir faisait partie de ses missions prioritaires. Par exemple, en avril 1990, Kim Young-sam, responsable du Parti libéral démocrate (PLD), se plaignit d'être l'objet, avec plusieurs autres membres du PLD, de « manœuvres politiques des services de renseignement », comprenant écoutes, surveillance et enquêtes financières.

L'ANSP restait donc très impliquée dans la politique intérieure sud-coréenne, empêchant toujours l'expression d'idées considérées comme « extrémistes », même si elles n'avaient aucun lien avec la Corée du Nord. Malgré l'accord conclu en septembre 1989 par les principaux responsables des partis au pouvoir et de l'opposition pour retirer à l'ANSP le pouvoir d'enquêter sur les activités pro-Corée du Nord (un crime selon la Loi de sécurité nationale), l'agence de renseignement continua de le faire plutôt que de se limiter à la lutte contre les tentatives intérieures et extérieures visant à renverser le gouvernement.

En 1992, à la veille de l'élection présidentielle opposant Kim Dae-jung à Kim Young-sam, l'ANSP annonça avoir découvert une tentative de la Corée du Nord visant à créer une branche sud-coréenne du Parti du travail. Soixante-deux personnes furent arrêtées pour avoir enfreint la Loi de sécurité nationale. Bénéficiant du soutien du Président sortant Roh Tae-woo, Kim Youg-sam prétendit que des hommes politiques étaient impliqués, mettant aussi en cause l'idéologie de son rival Kim Dae-jung. Quand Kim Young-sam fut élu, l'affaire se dégonfla. En 2006, le Service national de renseignement, successeur de l'ANSP, dut reconnaître que cette dernière « avait exagéré l'incident et essayé de l'exploiter pour favoriser le parti au pouvoir ». L'ANSP avait inventé un « Parti du travail de Corée du Sud » en amalgamant trois organisations clandestines qui n'avaient pas de relations entre elles…

En 1994, la loi réglementant l'ANSP fut révisée suivant un accord entre le parti au pouvoir et l'opposition, instaurant une « commission d'information » au sein de l'Assemblée nationale sud-coréenne pour garantir la neutralité politique de l'agence. Une autre mesure visant à empêcher les services secrets sud-coréens de faire du « renseignement politique » fut la dissolution du Comité de coordination de l'information de l'ANSP en raison de l'influence indûment exercée par cet organisme sur des institutions telles que le Bureau du Procureur général. En outre, en réponse aux nombreuses critiques et allégations de violations des droits de l'homme, l'ANSP mit en place un « bureau de vigilance » afin de surveiller les enquêtes menées à l'intérieur du pays et d'empêcher les agents d'abuser de leurs pouvoirs pendant les interrogatoires.

L'élection présidentielle de 1997 fut néanmoins l'occasion de nouvelles manipulations de l'ANSP en vue d'influencer le scrutin. La victoire écrasante du Grand Parti national (GPN, conservateur) au pouvoir aux élections générales de 1996 avait été attribuée à des incidents survenus à la frontière inter-coréenne, et l'ANSP voulut donc faire souffler le « vent du Nord » sur l'élection présidentielle. Ainsi, en août 1997, l'agence annonça avoir intercepté des conversations entre Oh Ik-jae, ancien dirigeant du Cheondogyo (« religion de la voie céleste »), et Kim Dae-jung, candidat à l'élection présidentielle, avant que Oh se rende secrètement en Corée du Nord. En décembre, quelques jours seulement avant l'élection, l'ANSP demanda à la police d'émettre un mandat d'arrêt contre Kim Dae-jung, alléguant que Oh lui avait envoyé une lettre montrant que la Corée du Nord le soutenait. Puis un Américain d'origine coréenne nommé Yun Hong-jun déclara lors d'une conférence de presse que « Kim Dae-jung avait des relations avec des officiels nord-coréens de haut rang ».

Mais l'ANSP ne réussit pas à instiller la peur et l'opposant de longue date Kim Dae-jung fut élu, ouvrant la voie à dix ans de politique « du rayon de soleil », favorisant le rapprochement entre les deux Corée. Après l'élection, la justice arrêta six responsables de l'ANSP, dont le directeur de l'agence Gwon Yeong-hae. Pour le procureur, « la position de Gwon était que Kim Dae-jung ne devait pas être Président et il rendit publique la lettre de Oh pour effectivement faire souffler le 'vent du Nord' ». Le procureur révéla également que l'ANSP avait versé de l'argent à Yun pour sa conférence de presse.

En 1999, les services de renseignement furent à nouveau débaptisés pour devenir le Service national de renseignement (National Intelligence Service, NIS).

N'étant plus au pouvoir, le camp conservateur se dit à son tour victime des agissements des services secrets. En novembre 2002, un mois avant l'élection présidentielle, Kim Yeong-il, alors secrétaire général du Grand Parti national, tint une conférence de presse au cours de laquelle il déclara avoir obtenu un document concernant des écoutes téléphoniques ordonnées par des hauts responsables du NIS, et rendit public les noms de 39 éminentes personnalités dont 24 parlementaires, deux présidents de médias, huit journalistes ainsi que le contenu de leurs conversations. Le NIS nia ces allégations, affirmant que le document venait de milieux financiers cherchant à manipuler le cours des actions, et que les téléphones cellulaires ne pouvaient pas être mis sur écoute.

En septembre et octobre 2002, soit avant l'incident, le député du GPN Jeong Hyeong-geun avait présenté d'autres documents censés être des rapports d'écoutes du NIS, dont la transcription d'une conversation entre Yosida Dakesi, homme d'affaires japonais jouant un rôle d'intermédiaire avec la Corée du Nord, et Park Ji-won, alors chef de cabinet du Président Kim Dae-jung. Le NIS qualifia ces éléments de « totalement fabriqués ».

En 2005, la justice sud-coréenne confirma que les documents présentés par Jeong venaient bien du NIS : au début des années 1990, sous la présidence de Kim Young-sam, l'ANSP constitua une équipe clandestine baptisée « Mirim » pour écouter les conversations de personnalités sud-coréennes influentes de la politique et des affaires. Quand le NIS démantela l'équipe « Mirim » en 1998, après l'arrivée au pouvoir du Président Kim Dae-jung, l'ancien chef de « Mirim » conserva 274 enregistrements qu'il ne remit au NIS qu'en 1999, sans être sanctionné. Une telle indulgence entraîna des soupçons quant à une possible utilisation desdits enregistrements par le NIS à des fins de chantage.

Mais la petite manipulation de 2002 attribuée au NIS, susceptible de nuire à la majorité comme à l'opposition, était sans commune mesure avec celle de 2012.

L'ingérence du NIS dans l'élection présidentielle de décembre 2012 a été la conséquence directe des cinq ans de la chasse aux éléments classés « pro-Corée du Nord » menée sous l'administration du Président Lee Myung-bak (2007-2012). Car la manipulation du scrutin de 2012 n'a pas seulement consisté en des messages postés sur Internet, diffamatoires pour le candidat de l'opposition Moon Jae-in : avant l'élection, le NIS a délibérément falsifié la transcription du sommet d'octobre 2007 entre le président sud-coréen Roh Moo-hyun et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, puis a provoqué une fuite de ladite transcription afin de faire passer le candidat de l'opposition, ancien chef de cabinet du Président Roh, pour un sympathisant pro-Nord, toujours un crime en Corée du Sud en vertu de la Loi de sécurité nationale. Dans le document falsifié, le Président Roh offrait de redéfinir le tracé de la ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) qui, depuis 1953, sert de frontière de facto entre les deux Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune). 

Les efforts du NIS n'ont pas été vains puisque la campagne pour l'élection présidentielle de 2012 se transforma en débat pour savoir si la NLL avait été abandonnée ou non, et sur qui était un sympathisant de la Corée du Nord et qui ne l'était pas. Un tel débat avantageait naturellement le Parti Saenuri (successeur du Grand Parti national) au pouvoir. La manipulation n'aurait pas si bien fonctionné sans l'aide des médias conservateurs, à la loyauté inconditionnelle envers la droite, et sans l'absence de vision du Parti démocrate d'opposition qui entra dans le débat sur les allégations d'abandon de la NLL par le Président Roh, en oubliant les problèmes posés par l'ingérence du NIS dans l'élection présidentielle et la divulgation d'archives présidentielles. Mobilisés dès le début de l'affaire, les membres de la société civile, en particulier les professeurs et les étudiants, finirent par convaincre le Parti démocrate d'ôter ses œillères et de faire son travail d'opposant. Trop tard. 

Des messages diffamatoires postés sur Internet constituent une ingérence relativement mineure des services secrets dans la vie politique, moins grave que la publication d'une transcription falsifiée d'une rencontre officielle. Il s'avère pourtant que la fuite provoquée de la transcription du sommet d'octobre 2007 était un plan monté par l'équipe de la candidate du parti au pouvoir Park Geun-hye afin de détourner l'attention du public du scandale des messages hostiles à Moon Jae-in. Ainsi, deux jours avant l'élection du 19 décembre 2012, dans la ville de Busan, un député du Parti Saenuri, Kim Moo-seong, tenait une réunion en faveur de la candidate Park Geun-hye, au cours de laquelle il lut une partie de la transcription du sommet de 2007. La nouvelle se propagea vite et Moon Jae-in devint pour une partie de l'opinion l'« ancien chef de cabinet du Président qui voulait abandonner la NLL ».

Ce n'est qu'une fois Park Geun-hye élue que la justice sud-coréenne s'empara de l'affaire. Une destruction des preuves par les services secrets et la police fut mise en évidence, ce qui entraîna la mise en examen du directeur du NIS Won Sei-hoon et du chef de la police régionale de Séoul Kim Yong-panLes révélations sur la manipulation de l'élection présidentielle et les tentatives de couvrir ces pratiques ont en outre porté un coup sérieux à la légitimité de la Présidente Park Geun-hye, même si cette dernière essaie de faire bonne figure en affirmant que le résultat de l'élection aurait été le même dans tous les cas et en demandant au NIS de « se réformer lui-même ».  

Won Sei-hoon et Kim Yong-pan

Won Sei-hoon et Kim Yong-pan

1961-2013… De la KCIA au NIS, en passant par l'ANSP, les services sud-coréens n'ont jamais ménagé leurs efforts pour soutenir le camp le plus conservateur, passant de la répression la plus brutale à cette autre forme de violence, insidieuse, qu'est la manipulation. Ce qui choque le plus les citoyens sud-coréens, de plus en plus mobilisés contre ces pratiques, est l'impunité dont semblent bénéficier les principaux responsables. Comme l'écrit un éditorialiste du quotidien sud-coréen Hankyoreh au sujet du scandale de l'élection de 2012 :

« Le père a pris le pouvoir par un coup d'Etat réussi. La fille a pris le pouvoir 52 ans plus tard à l'issue d'une élection. Elle a été aidée par une tentative réussie de manipulation de l'élection.

Il y a neuf ans, le Grand Parti national (prédécesseur du Parti Saenuri aujourd'hui) a mené la destitution du Président Roh Moo-hyun, car, selon eux, il avait échoué à maintenir sa neutralité politique dans une élection.

Que faire maintenant ? Vont-ils dire qu'une manipulation couronnée de succès dans une élection présidentielle ne peut pas être plus poursuivie qu'un coup d'Etat réussi? »

 

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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