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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 22:33

Dans A Most Enterprising Country, Justin V. Hastings développe une étude exhaustive et approfondie des modalités d'insertion de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans l'économie internationale, qu'il s'agisse de réseaux formels ou informels. Battant en brèche le stéréotype d'un pays isolé, Justin V. Hastings n'en reste pas moins proche du courant dominant d'analyses anglo-saxon – l'auteur reconnaissant d'ailleurs sa dette vis-à-vis des sources secondaires. Il considère en effet que l'économie «  grise  » représenterait le principal (sinon, l'unique) moteur de croissance économique et aurait constitué un facteur essentiel de développement des programmes nucléaires et balistiques. De même, bien que pondéré et prudent, il se montre pour le moins peu optimiste – non sans raisons – quant au climat des affaires pour les investisseurs étrangers. Ainsi, il accuse selon nous une certaine dépendance par rapport aux auteurs ayant cru – à tort – à l'effondrement prochain de la Corée du Nord, comme Stephan Haggard et Marcus Noland, sans toutefois reprendre toutes leurs conclusions, et ne questionne pas le manque de fiabilités d'informations provenant de sources militantes engagées anti-Corée du Nord, enclins à une certaine propagande (DailyNK, One Free Korea...), tout en ignorant a contrario les sources officielles nord-coréennes au motif que les discours officiels et la pratique divergent fortement, notamment en ce qui concerne le contrôle économique public. Dans ce contexte, les sources primaires – notamment dans le chapitre 4 – auprès d'investisseurs chinois en Corée du Nord sont d'autant plus intéressantes qu'elles nuancent un tableau globalement sombre (qu'illustrent les cas des pertes massives enregistrées par China Minmetals Corporation et Xiyang, couverts dans les médias occidentaux), en mettant également en avant des investissements étrangers en Corée du Nord qui apparaissent comme des succès, peu médiatisés, mais riches d'enseignements pour les potentiels investisseurs en Corée du Nord. Sans partager nécessairement les vues de l'auteur, nous traduisons ainsi de l'anglais, ci-après, l'exemple qu'il cite de la réparation automobile (p. 169-170), dans un paragraphe intitulé «  Le zen de la maintenance automobile  ».

Un exemple d'investissement étranger réussi en Corée du Nord : la réparation automobile

Un cas, celui d'un homme d'affaires chinois impliqué dans la réparation automobile en Corée du Nord, montre à quoi ressemble un investissement en Corée du Nord ayant eu un certain succès. L'investisseur chinois avait été alerté du marché potentiel de la réparation automobile par un ami qui lui avait mentionné l'état très dégradé des véhicules nord-coréens, et le fait que les Nord-Coréens manquaient de pièces de rechange. Après avoir fait lui-même un voyage exploratoire en Corée du Nord, l'investisseur avait conclu qu'il existait un marché pour la réparation des voitures des entreprises publiques et des représentants de l'administration civile, dans la mesure où ils disposaient de véhicules mais d'un faible accès aux moyens de réparation (peu adaptés) des militaires, et dépendaient ainsi de boutiques gérées par les Chinois. Finalement, il a créé des boutiques de réparation à Pyongyang et à Sinuiju.

 

Ce propriétaire d'une entreprise de réparation automobile a limité sa prise de risque en structurant son investissement de manière à limiter ses liens financiers et matériels avec la Corée du Nord. La nature du commerce de réparation automobile signifiait que les paiements immédiats étaient la norme, et qu'il n'avait donc pas à s'inquiéter du risque de non-paiement, à la différence des commerçants qui affrètent par bateau des biens pour les Nord-Coréens. Il n'a également employé que des travailleurs chinois, ce qui n'a pas rendu nécessaire de recourir à une main-d'oeuvre nord-coréenne et à l'appareil d'Etat qui la contrôle. Au final, l'investissement en capital nécessaire aux boutiques était faible  ; les pièces elles-mêmes étaient approvisionnées depuis la Chine, le besoin d'embauche ne s'élevait qu'à quatre ou cinq travailleurs chinois, et il n'y avait guère à s'approprier par les autorités nord-coréennes au cas où elles en arriveraient là. La nature de l'investissement immunisait ainsi largement l'investisseur contre les risques économiques et politiques.

 

A la différences d'autres investissements, celui dans les boutiques de réparation automobile a autorisé l'homme d'affaires à construire des réseaux sociaux qui auraient sinon nécessité de verser de l'argent et, à part les douanes, il affirme n'avoir pas eu besoin de payer qui que ce soit. A son arrivée, il a offert ses services à d'autres hommes d'affaires chinois travaillant en Corée du Nord, qui après six mois l'ont à leur tour présenté à des officiels nord-coréens, qui avaient tous besoin de services de réparation, et qui étaient en position de lui permettre de faciliter ses accords commerciaux dans le pays. Cette stratégie s'est avérée payante à certains égards. Aux douanes à Sinuiju, l'homme d'affaires avait d'abord dû verser de fortes sommes et remettre de grands quantités d'alcool, surtout à partir du moment où il a commencé à faire venir des travailleurs chinois, mais quand il a commencé à réparer les voitures des officiels des douanes, il a obtenu des contacts qui lui ont permis d'éviter les tracas douaniers, et le besoin de payer (au-delà de la simple fourniture de cigarettes) a diminué.

 

En même temps, les boutiques de réparation étaient souvent obligées d'accepter des paiements en nature (sous la forme par exemple de ginseng) des services rendus – ce qui a obligé l'homme d'affaires à faire des démarches supplémentaires en ramenant ses biens en Chine pour les vendre et réaliser ses gains – et des officiels gouvernementaux étaient autorisés à obtenir des réparations gratuites mensuelles dans une certaine limite en dollars. L'homme d'affaires a vu ces pertes dans ses entreprises comme un moyen d'établir des contacts avec les personnes appropriées, pour construire ses réseaux à l'intérieur du pays et recueillir des informations sur les conditions pour faire des affaires en Corée du Nord. Finalement, il a considéré les boutiques de réparation comme lui ayant ouvert la possibilité d'investissements plus importants et plus profitables dans le pays.


L'investisseur chinois a reproduit nombre des caractéristiques des réseaux commerciaux qui ont fait le succès des Nord-Coréens pour vivre ou survivre dans le pays. Il a été entreprenant  : il a identifié un marché de niche qui avait souffert de la rupture de l'ancienne économie politique, mais difficile à satisfaire pour ceux qui n'ont pas accès aux chaînes d'approvisionnement extérieures à la Corée du Nord. Comme beaucoup de commerçants nord-coréens, il a tiré profit d'une opportunité  : il a considéré le commerce de la réparation automobile comme la pierre angulaire pour d'autres affaires plus lucratives. Le succès de son affaire a été basé sur un accès direct aux fournisseurs en Chine, et une certaine habilité à naviguer entre les écueils de la corruption aux points de passage entre la Chine et la Corée du Nord. Dès le début, il a compris que la réussite reposait sur les liens entretenus avec les bonnes personnes dans la chaîne alimentaire. Les seuls versements à certaines personnes ne suffisent pas pour garantir le succès d'un accord commercial en Corée du Nord  ; pour ce faire, l'entretien de réseaux de type patron-clients est nécessaire. Alors que l'investisseur chinois ne pouvait pas offrir de contreparties à des officiels hauts placés comme dans le cas de l'établissement d'entreprises hybrides pour les réseaux en Corée du Nord, il a réussi à mettre en place des relations durables en satisfaisant les besoins réguliers d'administrations et d'officiels au regard de l'état de leurs véhicules. En même temps, l'investisseur a réduit les risques économiques et politiques en limitant l'empreinte physique de ses opérations à l'intérieur de la Corée du Nord, pour se prévenir contre les risques d'expropriation et de retournements de situation politique. Même si tout son investissement était perdu, ses pertes ne seraient pas si importantes. Il a aussi minimisé son exposition au risque concernant la main-d'oeuvre nord-coréenne  ; en fait, il a investi en Corée du Nord sans vraiment y investir.

 

Source  : Justin V. Hastings, A Most Enterprising Country  : North Korea in the Global Economy, Cornell University Press, New York et Londres, 2016, p. 169-170.

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 20:54

Les échanges économiques intercoréens ont été réduits à néant pendant la décennie perdue (pour la réunification) des présidences conservatrices sud-coréennes (2008-2017) : dans un premier temps, les mesures du 24 mai [2010], suspendant tous les échanges économiques sauf ceux de la zone de Kaesong, ont été adoptées en représailles au naufrage de la corvette Cheonan, alors même que les "preuves" de l'implication nord-coréenne ne sont pas crédibles ; dans un second temps, en février 2016, les autorités de Séoul ont décidé de "suspendre" les activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, entraînant sa fermeture, alors que celle-ci avait été un symbole de la coopération Nord-Sud. Dans ce contexte, et alors que les sanctions internationales empêchent actuellement toute reprise des échanges économiques intercoréens, la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 envisage - en termes prudents - une telle perspective. 

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

Il faut lire en détail la déclaration de Panmunjom pour en apprécier la portée s'agissant de la relance des échanges économiques Nord-Sud : 

Le Nord et le Sud sont convenus, en vue d’un développement équilibré de l’économie nationale et d’une prospérité commune, de promouvoir activement les points convenus dans la Déclaration du 4 Octobre et, en premier lieu, de prendre des mesures pratiques visant à relier les réseaux ferroviaires et routiers des côtes est et ouest, à les moderniser et à les mettre en fonctionnement.

Cette prudence s'explique par le fait que les Etats-Unis prétendent ne pas vouloir, à ce stade, de levée des sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), même partielle, avant que le processus de dénucléarisation de la RPD de Corée ne soit mené à son terme. Si cette position maximaliste peut être appelée à évoluer (dans un processus de dialogue, il faut que chaque partie fasse simultanément des pas, ce qui n'est pas aujourd'hui le cas de Washington), les autorités sud-coréennes n'étaient pas en mesure, lors du sommet de Panmunjom, d'aller beaucoup plus loin.

Mais la réaffirmation des mesures définies dans la déclaration du 4 octobre 2007 permet de dessiner les contours d'une future reprise des échanges Nord-Sud, une fois les sanctions levées. 

Premier objectif - le seul explicitement réaffirmé le 27 avril 2018 : la modernisation et le rétablissement des réseaux ferroviaires et routiers, alors que l'obsolescence des réseaux nord-coréens est un obstacle majeur à la modernisation de l'économie de la RPD de Corée. Plus précisément, la déclaration du 4 octobre 2007 avait précisé quelles étaient les liaisons ferroviaires et routières prioritaires : 

Ils ont décidé de délibérer sur le problème du réaménagement et de la réparation de la ligne ferroviaire Kaesong-Sinuiju et de l'autoroute Kaesong-Pyongyang pour les utiliser en commun et d'accélérer ces travaux (...) d'entamer celle de la deuxième tranche, de commencer le trafic ferroviaire entre Munsan et Pongdong (...)

Au-delà de la péninsule, la République de Corée serait ainsi reliée à la Chine et à la Russie. En revanche, les liaisons dans le domaine du gaz - qui permettraient à la RPD de Corée d'obtenir des droits de transit - ne figuraient pas explicitement dans la déclaration du 4 octobre 2007.

La déclaration du 4 octobre 2007 prévoyait également des investissements conjoints, notamment pour l'exploitation du très riche potentiel minier nord-coréen (réévalué récemment à la hausse, les réserves en terres rares du pays ayant été considérées comme pouvant être les premières au monde) : 

Ils ont décidé d'encourager les investissements pour leur collaboration économique, de promouvoir vigoureusement la construction des infrastructures économiques et l'exploitation des ressources et d'y attribuer prioritairement diverses conditions de faveur et un traitement préférentiel en accord avec les particularités de la collaboration intercoréenne.

La même déclaration de 2007 envisageait également un partage des ressources halieutiques autour de Haeju, la mise en place d'une zone économique spéciale dans cette région et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin : 

Ils ont décidé d'établir une «zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest» englobant Haeju et ses environs maritimes et de promouvoir activement l'établissement d'un secteur de pêche commun et d'un secteur maritime de paix, la construction d'une zone économique spéciale, l'utilisation du port de Haeju, le passage direct des navires civils à ce port et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin.

La déclaration du 4 octobre 2007 envisageait également le développement de la zone industrielle de Kaesong, qui n'était pas montée en puissance comme initialement prévu avant même sa fermeture en février 2016 (moins de 60 000 ouvriers nord-coréens y travaillaient alors, contre un objectif de 730 000 travailleurs nord-coréens lors de l'achèvement de la construction du parc industriel) : 

Ils ont décidé de terminer dans les meilleurs délais la construction de la première tranche de la zone industrielle de Kaesong (...)

Enfin, la déclaration du 4 octobre 2007 envisageait  "diverses mesures d'assurance institutionnelle, y compris pour la circulation, la communication et le dédouanement", ainsi que des coopérations plus sectorielles (construction navale, en citant spécifiquement les sites d'Anbyon et Nampo, et sans plus de précisions : agriculture, santé, médecine, protection de l'environnement, cette liste n'étant pas limitative).

Incontestablement, si la reprise des échanges Nord-Sud devait se concrétiser à la faveur de la levée des sanctions internationales (et de celles additionnelles décidées par le gouvernement sud-coréen), les domaines sont nombreux pour la création de richesse économique favorable aux deux parties de la péninsule - ce qui permettrait aussi, à Séoul, de battre en brèche l'argument des conservateurs sur le prétendu fardeau économique d'un rapprochement avec le Nord. Dans l'immédiat, exploiter le potentiel minier nord-coréen, combiner le recours à la main-d'oeuvre qualifiée, disciplinée et bon marché du Nord et aux capitaux du Sud, et partager des ressources maritimes représenterait une opportunité économique exceptionnelle pour les économies tant nord-coréenne que sud-coréenne. La prospérité n'est peut-être pas encore au coin de la rue, comme l'affirmait le président américain Herbert Hoover, mais certainement au détour des futurs tracés des liaisons Nord-Sud.

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 21:22

Le 27 février 2018, la commission du travail et de l'environnement de la République de Corée (Corée du Sud) a réduit la durée maximale hebdomadaire de travail de 68 heures à 52 heures, dans le cadre d'un accord entre la majorité progressiste et l'opposition conservatrice. Les discussions ont notamment porté sur le taux de majoration des heures supplémentaires, alors que la durée annuelle de travail en Corée du Sud est l'une des plus élevée parmi les pays industrialisés membres de l'OCDE (en 2016, 2 069 heures par an, contre 1 763 heures en moyenne dans l'OCDE). 

La Corée du Sud réduit le temps de travail

L'accord trouvé au Parlement le 27 février 2018 permet au Président Moon Jae-in d'honorer l'une de ses promesses de campagne : réduire la durée du travail pour laisser plus de temps libre aux salariés, mais aussi engager un processus de partage du temps de travail en augmentant les embauches dans une économie en phase de ralentissement (selon certaines estimations, la mesure créerait entre 600 000 et 700 000 emplois). D'autres effets positifs sont escomptés - comme relancer le taux de natalité, l'un des plus bas au monde (en moyenne, 1,2 enfant par femme), mais en ce domaine d'autres mesures joueront un effet plus décisif (en particulier, la réduction des frais - très élevés - liés à l'éducation, et la mise en place d'un système de protection sociale plus ambitieux dans le cadre d'une politique nataliste). 

Dans le droit actuel, la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures, auxquelles peuvent s'ajouter 12 heures supplémentaires et 16 heures de travail le week-end, soit 68 heures. Désormais, les heures de week-end seront incluses dans le total des heures supplémentaires, soit une durée maximale de travail de 52 heures.

Par ailleurs, le jour de la Libération (le 15 août) et la fête nationale de l'Indépendance (le 1er mars) deviennent des jours fériés payés.

La nouvelle réglementation entrera progressivement en vigueur : à compter de juillet 2018 pour les entreprises comptant au moins 300 salariés, de janvier 2020 pour les entreprises de 50 à 299 salariés et de juillet 2021 pour les entreprises de moins de 50 salariés. Cinq secteurs (contre vingt-six auparavant) pourront déroger à la durée légale : les transports et la santé. 

La réforme a soulevé des critiques, tant à gauche qu'à droite. A gauche, les syndicats demandaient que la majoration des heures supplémentaires soit de 100 %, et non - comme voté - de 50 % pour les 8 premières heures et de 100 % pour les 4 heures suivantes. Le régime actuel de majorations étant plus favorable, il en résultera des baisses de salaires. A droite, il est mis en avant la corrélation de cette mesure avec l'augmentation du salaire minimum de 16,4 % intervenue le 1er janvier 2018 : la hausse du coût du travail et les conséquences de la baisse du temps de travail en termes d'embauche sont dénoncées comme des entraves à la compétitivité des entreprises.

Sources : 

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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 21:45

Réunis à Bruxelles le 23 janvier 2018, les ministres chargés des finances de l'Union européenne (UE) devraient retirer huit des dix-sept pays inscrits en décembre 2017 sur la liste noire des paradis fiscaux de l'UE, dont la République de Corée (Corée du Sud) - une liste noire hautement critiquable et critiquée puisqu'elle ne comporte aucun pays européen. L'Association d'amitié franco-coréenne se félicite de cette décision à venir - même si la République de Corée restera dans la liste dite grise. 

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Dès que la nouvelle rendue avait été publique selon laquelle la Corée du Sud constituait un paradis fiscal selon l'Union européenne, l'AAFC avait exprimé sa stupeur face à une décision disproportionnée et injuste au regard des exemptions fiscales, bien plus importantes, de pays tels que, par exemple, le Liechtenstein. Il n'en demeure pas moins qu'il existe des pratiques d'évasion fiscale vers des paradis fiscaux trop systématiques de la part de certains grands groupes sud-coréens, lesquelles relèvent toutefois autant - sinon davantage - du régime d'atteinte à la libre concurrence et d'une perte de ressources publiques extrêmement dommageable pour les administrations et les citoyens de la République de Corée. 

Le gouvernement sud-coréen avait déploré une décision qui porte atteinte à l'image du pays et annoncé qu'il travaillerait avec les autorités européennes pour retirer la Corée du Sud de la liste noire, ce qui va donc être le cas un mois et demi plus tard. Mais la Corée du Sud aurait-elle dû y figurer ? Nous estimons que non.

Sources : 

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12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 22:26

A l'occasion de la sortie de son ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue aux éditions Delga, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est intervenu à la librairie Tropiques, le 5 décembre 2017, sur le thème "L'économie de la Corée du Nord (est-elle socialiste ?)". Il avait déjà prononcé une première conférence à la librairie Tropiques, le 12 septembre 2017, sur le thème "De quoi la Corée du Nord est-elle le nom ?", autour de l'ouvrage de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC : Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?

Les études sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'intéressent traditionnellement peu à l'économie de ce pays. Au demeurant, ce sujet est difficile à traiter : les Nord-Coréens ne publient plus de statistiques économiques de manière régulière et ont par ailleurs tendance à occulter les "mesures économiques" (qu'ils considèrent non comme des réformes économiques, mais comme des mesures d'ajustement à un contexte économique spécifique après la disparition de l'Union soviétique et des démocraties populaires) ; quant aux Occidentaux, ils tendent à trop fortement s'appuyer sur des sources sud-coréennes en partie biaisées, ignorent largement les aspects micro-économiques et voient les mesures macro-économiques sous l'angle, selon eux, de la nécessaire restauration d'une économie capitaliste.

Il est trop souvent ignoré que la RPD de Corée a été, au moins jusque dans les années 1970, un modèle de développement économique, suscitant par exemple les commentaires élogieux d'Ellen Brun et Jacques Hersh dans leur ouvrage, basé sur le recueil de données sur place, Socialist Korea. A Case Study in the Strategy of Economic Development (Etats-Unis, 1976). Le principe a été celui de la recherche de l'autonomie (à distinguer de l'autarcie), selon les principes des idées du Juche, philosophie directrice de la RPD de Corée.

Pour apprécier où en est aujourd'hui l'économie nord-coréenne, avant d'examiner si elle est socialiste (au sens où on l'entend dans les démocraties populaires, suivant une grille de lecture marxiste : propriété collective des moyens de production, planification, gratuité de l'éducation et de la santé, coût modique du logement, des transports et de certains loisirs) et la direction qu'elle prend (évolue-t-on vers un "socialisme de marché" à la chinoise ou à la vietnamienne ?), il est utile de donner quelques repères économiques, de caractériser le secteur public (y compris sous l'impact des mesures économiques adoptées en Corée du Nord) et d'apprécier la restauration partielle d'une économie capitaliste, par le développement du secteur privé, la mise en place de zones économiques spéciales, et  l'introduction de nouveaux mécanismes de redistribution. 

Quelques repères économiques

Structure de la production
Si l'agriculture emploie environ 36 % de la population active, elle ne forme que 20 % du PIB. L'industrie (34 % de la population active, 40 % du PIB) et les services (25 % de la population active, 30 % du PIB) dominent, alors que le secteur minier est particulièrement développé (5 % de la population active, 10 % du PIB). Les ressources minières du pays ont ainsi été évaluées à 6 400 milliards de dollars, alors que le PIB (aux taux de change courants) est estimé par les Occidentaux à 40 milliards de dollars.

Principales productions
Agriculture : riz et maïs, légumes et fruits frais, pommes de terre, patates douces. Un sixième seulement de la surface du pays est cultivable. L'élevage est relativement peu développé, contrairement à la pêche.
Mines et énergie : charbon, fer, cuivre. Pétrole offshore non exploité. Deuxièmes ressources mondiales en terres rares. Troisième rang mondial pour la magnésite. 
Industrie et construction : métallurgie, textile, industrie agro-alimentaire.
Services : fort potentiel éducatif. Essor du commerce international et du tourisme depuis 2000.

Niveau de développement
Si le PIB exprimé en parité de pouvoir d'achat est généralement estimé à environ 2000 dollars par habitant, d'autres indicateurs font ressortir un niveau de production trois à quatre fois supérieurs : la production d'électricité par habitant est supérieure à celle de la Moldavie, proche de celle de Cuba et de la Tunisie.
Espérance de vie à la naissance : 70 ans (supérieur au niveau russe).
Mortalité infantile : 18 pour 1000 (moyenne mondiale : 40 pour 1000).
Taux d'alphabétisation : 100 %.


Taux de croissance économique annuels
Les taux de croissance économique ont été à deux chiffres de la fin de la guerre de Corée (1953) jusqu'au moins dans les années 1970. Après un important recul entre 1990 et 1998, l'économie se développe à nouveau depuis 1999, malgré l'embargo international, traduisant une capacité d'innovation et d'adaptation fondée sur un haut niveau d'éducation et de formation. 
L'obsolescence de l'appareil productif et des réseaux (transports, énergie) constitue un frein important au développement économique.

La prédominance d'un secteur public en mutation

Les aspects traditionnels de l'économie nord-coréenne, tels que décrits par Ellen Brun et Jacques Hersh (op. cit.), font apparaître celle-ci comme socialiste au sens marxiste du terme (suivant son acceptation dans les démocraties populaires) :
- la propriété collective des moyens de production a été généralisée, à l'exception des marchés paysans (mis en place en 1953 pour les surplus de l'économie agricole par rapport aux objectifs du plan) et des lopins individuels, de surface toutefois réduite (4 % de la superficie agricole au début des années 1970) ; l'impôt privé a été aboli il y a plus de 40 ans ; 
- les activités économiques sont orientées suivant un plan pour satisfaire les besoins de la population à court terme et à moyen terme ; le parti joue un rôle fondamental pour la définition des objectifs du plan, tandis qu'une décentralisation du processus décisionnel a été mise en place dans les provinces, les villes et les villages ; 
- la volonté de développer les forces productives, tout en élevant le niveau de conscience idéologique, a pris la forme de batailles pour la production, jusqu'à la période actuelle, et est allée de pair avec un souci d'éviter tout gaspillage des ressources (les céréales sont ainsi cultivées sur les plus petites parcelles pour atteindre l'objectif d'autosuffisance alimentaire) ;
- de nouvelles formes d'organisation économique et sociale (ou "transformations structurelles") visent à mettre en place un nouveau système de valeurs, dans le cadre de la construction du socialisme : les visites de terrain des dirigeants jouent un rôle fondamental en RPD de Corée, où le rôle des gestionnaires est combiné avec une association des représentants des différentes catégories sociales au sein du comité d'entreprise dans le processus décisionnel (suivant le système dit de Daean) ; le principe d'entraide est érigé en valeur fondamentale (tous les Nord-Coréens participent ainsi aux campagnes de repiquage du riz), tandis que les travailleurs les plus méritants et les équipes les plus performantes sont mis à l'honneur suivant un système de récompenses qui n'ont pas toutes un caractère pécuniaire ; enfin, la créativité et l'innovation sont fortement encouragées, avec un accent porté sur la mécanisation (dans le cadre du système CNC au début des années 2010, après un développement précoce de l'industrie informatique).

Ces choix économiques se sont traduits par un degré de monétarisation parmi les plus faibles au monde dans une économie industrialisée : les rémunérations sont complétées par un système public de distribution étendu, qui fournit les produits de base (dont le logement et l'alimentation), une éducation et une santé gratuites. Chacun a le droit au travail et le devoir de travailler, le principe d'entraide étant généralisé dans la communauté éducative (les élèves les plus doués doivent aider les camarades plus en difficulté, et les résultats s'apprécient à l'échelle de toute la classe) comme dans la communauté de travail.

Les mesures économiques, introduites à la suite des graves difficultés économiques des années 1990 (la "dure marche", pendant laquelle la fin du commerce de troc avec les démocraties populaires et de graves catastrophes climatiques ont entraîné une surmortalité de centaines de milliers de personnes, au bas mot), ont toutefois altéré ce modèle d'organisation économique et sociale.

Dès 1998, la Constitution est révisée afin d'autoriser les profits privés, à condition qu'ils résultent d'activités légales.

Les mesures économiques du 1er juillet 2002 ont été poursuivies depuis cette date, mais de manière non uniforme :

- le système public de distribution a été recentré sur les produits alimentaires de base, et est de fait aujourd'hui géré au niveau des administrations et des entreprises ;
- le principe a été introduit de l'autonomie de gestion des entreprises, avec la possibilité de redistribuer les bénéfices aux salariés suivant des mesures incitatives à la production ;
- la libéralisation des prix et des salaires a conduit à la mise en place de dispositifs de contrôle des prix.

Parallèlement, après l'interruption du plan couvrant la période 1987-1994, la planification a reculé, avant d'être ouvertement réintroduite dans la période récente (le dernier congrès du Parti du travail de Corée, en 2016, évoque les objectifs de la planification pour la période 2016-2020).

Un des aspects les plus marquants des réformes a été l'organisation des coopératives agricoles autour d'unités de production de plus petite taille regroupant, depuis les mesures du 28 juin 2012, de trois à quatre familles.

Enfin, les mesures économiques ont contribué à accroître le secteur privé, jusqu'alors marginal. 

Une restauration partielle du capitalisme ?

Le secteur privé domestique est marqué, outre les évolutions internes aux coopératives paysannes, par l'émergence des marchés généraux de biens et de services, apparus pendant les difficultés économiques de la "dure marche" et légalisés en juin 2003 : il s'agit d'une transformation des anciens marchés paysans, dont la spécialisation en produits agricoles a été supprimée en 2004. Seuls certains intervenants - des femmes, ayant un âge minimum - peuvent participer aux marchés généraux de biens et de services, en contrepartie d'un droit de place et suivant des règles fixées par l'Etat.

Il a résulté de l'essor de ce commerce privé un double système de taux de change (légal, et de fait sur les marchés généraux) et une prédominance des devises étrangères dans les échanges internationaux. 

Néanmoins, il n'existe toujours pas d'accumulation de capital privé pour créer des entreprises en Corée du Nord, ni a fortiori de bourse des valeurs. Les gestionnaires d'entreprise ne sont pas propriétaires des moyens de production, et peuvent être révoqués.

Le secteur privé international prend plusieurs formes :

- les entreprises à capitaux mixtes (coréens et étrangers, avec en principe une majorité du capital coréenne), depuis une modification législative introduite en 1984 ;
- les zones économiques spéciales (ZES), qui rappellent celles chinoises, et où les investisseurs étrangers bénéficient d'exemptions fiscales ; la principale ZES, à Kaesong, a cependant fermé en février 2016, dans un contexte de regain des tensions intercoréennes ;
- la création, en 2013, de 19 centres régionaux spécialisés pour accueillir les investissements étrangers.
Pour sa part, la Corée du Nord a développé des investissements à l'étranger (notamment une chaîne de restaurants) et emploie des dizaines de milliers de travailleurs étrangers, en Europe et dans le monde arabe notamment.

Le commerce international (qui a dépassé 8 milliards de dollars par an au milieu des années 2010) est aujourd'hui dominé par la Chine, qui concentre également désormais 90% des investissements étrangers en Corée du Nord (en particulier, dans les secteurs des mines et de l'industrie).

Mais cette ouverture au capital étranger (et le déploiement des facteurs travail et capital de la RPDC dans le monde) ont été remis en cause par les récentes résolutions 2371 et 2375 du conseil de sécurité des Nations unies, adoptées en août et septembre 2017, qui ont interdit la plus grande partie des échanges internationaux du pays, réduisant d'autant la part du secteur privé : le secteur public tend ainsi à redevenir largement prédominant en Corée du Nord. 

Concernant la redistribution, les mesures économiques ont introduit des disparités importantes de revenus : de fait, l'éducation et la santé ne sont plus totalement gratuites, les cours privés ayant fait leur apparition et de nombreux patients devant fournir les médicaments en cas d'hospitalisation. Le système de protection sociale reste cependant complet, atténuant les inégalités entre classes sociales et entre régions.

Au final, les mesures économiques marquent-elles un repli tactique (comme l'avait été la NEP en Union Soviétique) ou correspondent-elles à une restauration partielle du capitalisme ? Si les Nord-Coréens ne font plus officiellement référence au marxisme-léninisme, leur économie reste cependant la plus socialisée parmi les Etats se réclamant toujours du socialisme, et la réfutation même de la notion de "réformes" économiques tend à faire des mesures économiques des adaptations jugées temporaires et transitoires, pour garantir la poursuite de la construction d'une économie socialiste puissante et disposer de capitaux étrangers nécessaires à la modernisation de l'outil productif, dans un contexte marqué par un renforcement sans précédent des sanctions internationales.

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 23:39

Malgré des sanctions sans précédent, l'économie nord-coréenne apparaît aujourd'hui résiliente, après un taux de croissance estimé à près de 4 % en 2016 par les autorités sud-coréennes elles-mêmes. Un universitaire chinois, Jin Jingyi, en rend compte après deux voyages dans le pays (mai et novembre 2017), dans un article du quotidien sud-coréen (progressiste) Hankyoreh, traduit de l'anglais par YB - en s'interrogeant toutefois jusqu'à quand la République populaire démocratique de Corée pourrait ainsi résister aux sanctions internationales.

Les militaires se rassemblent pour un spectacle de feu d'artifice sur les rives du fleuve Taedong à Pyongyang le 1er décembre pour célébrer le lancement réussi du missile Hwasong-15.

Les militaires se rassemblent pour un spectacle de feu d'artifice sur les rives du fleuve Taedong à Pyongyang le 1er décembre pour célébrer le lancement réussi du missile Hwasong-15.

L'économie nord-coréenne florissante semble démentir l'efficacité des sanctions

Quand j'ai visité la Corée du Nord fin mai dernier [NdT : 2017], ma plus grande question était de savoir combien de temps le Nord pourrait résister aux sanctions de la communauté internationale. Mais cette question a été rendue sans intérêt pratique du fait des changements étrangement positifs visibles dans ce pays. Le pays débordait tellement d'énergie que je me suis demandé si « les sanctions sans précédent » existaient vraiment. Les universitaires disaient que l'économie nord-coréenne était florissante et de telles remarques prenaient partout leur sens.

Au début du mois dernier [novembre 2017], je suis allé en Corée du Nord encore une fois. C'était au début de l'hiver, mais le temps à Pyongyang m’a semblé exceptionnellement froid, comme s’il reflétait les dures sanctions mises en oeuvre. Cela m'a rappelé une nouvelle fois la question de savoir pendant combien de temps le Nord pourrait endurer des sanctions d'une telle dureté. Après que la Corée du Nord a réalisé son sixième essai nucléaire le 3 septembre [2017], les sanctions de la communauté internationale ont mis le Nord sous une pression cruelle.

Pendant ma visite, j’ai eu la chance de voir une réunion de 5 000 scientifiques des sciences sociales venus de tout le pays pour la troisième convention des sciences sociales de Corée du Nord, qui avait lieu pour la première fois en 45 ans. Quand j'ai entendu les applaudissements assourdissants, les acclamations et les slogans criés avec passion, je suis arrivé à la conclusion que plus la pression et les sanctions étaient fortes, plus elles renforçaient le régime en exacerbant l'animosité envers la communauté internationale.

Mais ce que j'ai trouvé de plus mystérieux encore était que la convention ait duré un jour et demi et que soient à peine mentionnés les mots "nucléaire", "missile" ou "sanctions" dans les remarques formulées par un des membres nouvellement élus du Bureau Politique du Parti du travail de Corée, par ailleurs Vice-Président du parti. Le mot "sanctions" est à peine apparu pendant les conversations avec les scientifiques nord-coréens au sujet de l’économie de leur pays. Comment cela est-il possible ? En dépit de la vive assurance répandue dans le monde extérieur que la Corée du Nord ne pourra pas tenir encore longtemps et qu’elle s'effondrera bientôt, les Nord-Coréens semblent accepter cette situation avec une sérénité remarquable.

J'ai demandé directement aux experts nord-coréens combien de temps ils pourraient endurer les nouvelles et dures sanctions de la communauté internationale. En réponse, ils m'ont indiqué qu'ils avaient toujours été sous le coup des sanctions. Après des décennies de sanctions ils avaient appris comment s'en accommoder. Ils ont soutenu qu'ils n'étaient pas sous le coup de sanctions parce qu'ils développaient des armes nucléaires, mais que c'est parce qu'ils développaient des armes nucléaires que les Etats-Unis menaçaient leur sécurité avec ces sanctions. Cela suffisait à faire de Kim Jong-un un "héros légendaire" luttant hardiment contre les Etats-Unis, le plus fort pays au monde, avec ses armes nucléaires et ses missiles. Finalement, il est possible de conclure que les sanctions renforcées ont donné une légitimité accrue au gouvernement de Kim Jong-un et l'ont conduit à réaliser des accomplissements comparables à ceux de ses grand-père et père, Kim Il-sung et Kim Jong-il.

À part le fait que le temps était exceptionnellement froid pour un début d'hiver, il n’y avait pas beaucoup de changement à Pyongyang depuis la fin mai. Pendant les cinq premières années de la direction de Kim Jong-un, les sanctions ont diminué de moitié l'approvisionnement du pays en pétrole brut. Il en a résulté un doublement du prix de l'essence, qui se vendait maintenant à environ 10 renminbi (1.51 $ américain) par litre. Mais le prix des bus et des taxis, fonctionnant à l’essence, n’a pas monté du tout. Le prix du riz est aussi resté stable. Il n'y avait toujours aucune indication que l'économie chancellerait. Même les experts nord-coréens s'en étonnaient.

Comme les Nord-Coréens ne sont pas des surhommes, ils seront sûrement affectés par les dures sanctions mises en oeuvre sur le long terme. La question, cependant, est que le Nord a depuis longtemps pris des mesures pour se préparer aux sanctions. Dans le cas où les réserves de pétrole brut seraient complètement coupées, le Nord consacrerait ses efforts à extraire du pétrole brut du charbon et à ses propres réserves de pétrole [NdT : pétrole offshore, aujourd'hui non exploité]. Pour conserver le pétrole lourd, il a développé une méthode d'ignition sans fuel dans ses centrales fonctionnant au charbon.
 

La Corée du Nord a aussi affecté de grandes quantités du charbon, désormais interdit à l’exportation, à la consommation énergétique intérieure et augmenté la part des usines fonctionnant au charbon dans son mix énergétique. Elle transfère la technologie avancée de son industrie d'armement vers l'industrie légère et augmente fortement la part des produits de l'industrie légère réalisés dans le pays. Les leaders nord-coréens affirment qu'ils remédieront au manque d'énergie et résoudront complètement l'approvisionnement alimentaire d'ici à 2020. Combien de temps la Corée du Nord peut-elle tenir avec de telles méthodes ? Si la direction nationale continue à épuiser ses moyens avec de dures sanctions dures empêchant un dynamisme nouveau, il y a peu de chance que l'économie grandisse. Mais les expressions imperturbables qu'on peut lire sur les visages des Nord-Coréens suggèrent clairement qu'ils ont la force de continuer à endurer.

Le jour précédant mon départ il y a eu des fortes chutes de neige à Pyongyang. C'était le signe qu'une autre malédiction glaciale s’annonçait. Mais ce jour-là, au moins, il faisait anormalement chaud pour la saison.

Par Jin Jingyi , professeur du Centre de Langues étrangères de l’université de Beijing.

Traduit par YB de l’édition anglaise du journal Sud-Coréen Hankyoreh du 4 décembre 2017.

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9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 23:39

Alors que la catastrophe de Fukushima en 2011 et plusieurs scandales autour des pièces détachées de réacteurs ont rendu l'énergie nucléaire impopulaire en République de Corée (Corée du Sud), le Président Moon Jae-in s'était engagé, pendant sa campagne, à ce que son pays renonce au nucléaire civil - il a par ailleurs confirmé fin octobre 2017 que la Corée du Sud ne s'engagerait pas sur la voie de la détention de l'arme nucléaire. Le Président Moon Jae-in a confirmé la sortie du nucléaire en 2060, en détaillant son calendrier. 

Le réacteur nucléaire Wolsong-1

Le réacteur nucléaire Wolsong-1

Le 20 octobre 2017, à la suite d'un débat public, le Président Moon Jae-in annonçait la relance des travaux de construction de deux réacteurs nucléaires - mais tout en réaffirmant la sortie du nucléaire civil en 2060.

Après son élection, le chef de l'Etat avait déjà indiqué que la construction de six nouveaux réacteurs ne serait pas engagée, tandis qu'il ne serait pas accordé de prolongation d'activité aux 24 réacteurs actuellement en activité dans quatre centrales. Le nombre de réacteurs devrait ainsi baisser à 14 en 2038. Après la fermeture du plus vieux réacteur du pays (Kori-1) en mai 2017, la fermeture du réacteur Wolsong-1 a été anticipée.

Alors que l'économie sud-coréenne est fortement dépendante de l'électricité nucléaire, Séoul fixe pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 20 % en 2030. 

Par ailleurs, si la construction de cinq nouvelles centrales à charbon a été autorisée, le gouvernement a fait savoir qu'il n'accorderait plus de nouvelles licences - entendant favoriser la conversion des centrales à charbon en stations de gaz naturel liquéfié.

Sources :
 

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24 octobre 2017 2 24 /10 /octobre /2017 06:47

Dans un article publié le 18 septembre 2017, nous observions que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) mettait l'accent sur l'innovation pour poursuivre son développement économique et s'adapter à des sanctions internationales toujours plus lourdes, qui mettent aujourd'hui en péril la vie même des populations. Un nouvel exemple semble devoir être apporté par le développement dans le pays de la production d'algues, comme le souligne le toujours très bien informe site 38 North, qui montre l'essor des capacités de production à partir de photos satellite. 

Photos (Google Earth) du Complexe chimique de la Jeunesse de Namhung, en 2010, 2014 et 2016

Photos (Google Earth) du Complexe chimique de la Jeunesse de Namhung, en 2010, 2014 et 2016

Certaines algues, en raison de leur contenu à forte valeur protéine, sont recommandées et utilisées pour lutter contre la malnutrition dans le Tiers monde. Le programme spatial MELiSSA de l'Agence spatiale européenne vise aussi à recourir à la spiruline pour permettre l'alimentation des cosmonautes. Par ailleurs, les algues peuvent servir comme source d'énergie - or la RPD de Corée n'exploite aucune ressource pétrolière.

Dans ce contexte, Brandon Jacobs, pour le site 38 North, fait l'hypothèse, calculs à l'appui, que le développement manifestement de la production d'algues - qui constituent une ressource abondante pour le pays - sur neuf sites nord-coréens pourrait non seulement apporter un complément alimentaire, mais aussi se substituer en partie aux importations de pétrole en Corée du Nord donnant aujourd'hui lieu à des restrictions internationales de plus en plus sévères. 

Si cette hypothèse mérite encore d'être étayée par d'autres informations, elle est vraisemblable au regard non seulement de la volonté de la RPDC de conduire un développement autonome, mais aussi de protéger un environnement fragilisé par la surutilisation d'engrais chimiques et la déforestation consécutive à la fin des livraisons de pétrole soviétique à des tarifs préférentiels il y a une trentaine d'années.

Source : 

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 08:50

Le 13 octobre 2017, l'annonce de profits records (et supérieurs aux prévisions) de Samsung Electronics a coïncidé avec la démission surprise de son dirigeant Kwon Oh-hyun, entraînant un recul du titre de la société de 0,5 % sur la Bourse de Séoul. Alors que les analystes se perdent en conjectures sur l'origine du départ de "Mr Chip", l'un des artisans du succès de la branche phare du chaebol, un rapprochement est effectué avec la condamnation en août dernier, à cinq ans de prison, de l'héritier et dirigeant de fait de Samsung Lee Jae-yong, pour corruption, abus de biens sociaux et parjure. Le petit-fils du fondateur du groupe familial, réputé autant pour son succès économique éclatant (il pèse 23 % du PIB sud-coréen) que pour son autoritarisme et ses atteintes aux libertés syndicales et à la santé des salariés, avait été inculpé en février 2017 dans le cadre de l'affaire Choi Soon-sil - du nom de la gourou de l'ancienne Présidente Park Geun-hye, destituée puis emprisonnée à la suite du plus retentissant scandale de corruption politico-financier de l'histoire de la Corée du Sud. Ainsi, des millions de Coréens avaient battu le pavé pendant des mois pour exiger non seulement son départ du pouvoir, mais aussi le jugement des responsables politiques et financiers impliqués dans l'affaire Choi Soon-sil. 

Kwon Oh-hyun

Kwon Oh-hyun

L'annonce, le 13 octobre 2017, des excellents résultats trimestriels de Samsung Electronics aurait dû avoir un impact très positif sur sa valeur boursière : de juillet à septembre 2017, selon les premières estimations de l'entreprise, le bénéfice d'exploitation se serait élevé à 14 500 milliards de won (soit 11 milliards d'euros) pour un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros, soit un triplement par rapport aux résultats obtenus un an plus tôt - dans un contexte alors marqué par les graves défaillances du Galaxy Note 7 - de trop nombreux smartphones ayant pris feu. Samsung Electronics  est une filiale à 100 % du groupe Samsung, et son chiffre d'affaires en fait actuellement le numéro 1 mondial de l'électronique grand public, devant Apple. 

Or le titre a perdu 0,5 % en une journée sur la Bourse de Séoul. En effet, ce même vendredi 13 octobre 2017, le dirigeant Kwon Oh-hyun, âgé de 64 ans et qui avait rejoint le groupe en 1985 comme chercheur, annonçait, dans une lettre aux salariés du groupe, qu'il quitterait ses fonctions à la tête de Samsung Electronics (et également comme PDG de Samsung Display) en mars 2018, invoquant un nécessaire changement générationnel dans un contexte de "crise sans précédent" : 

Maintenant plus que jamais, l'entreprise a besoin d'un nouveau leader et il est temps pour moi de passer au prochain chapitre de ma vie (...) Alors que nous [Samsung ; NDLR] sommes confrontés à une crise sans précédent, je crois que le temps est venu pour l'entreprise de travailler avec un nouvel esprit et un leadership plus jeune afin de mieux répondre aux challenges liés aux changements rapides de l'industrie de l'électronique.

Comme le souligne Yann Rousseau des Echos, l'impact de cette décision doit être mesuré au regard de l'effet d'entraînement de la division des puces mémoires pour la dynamique de Samsung Electronics et, ce faisant, pour tout le groupe Samsung, alors que les pré-commandes du Galaxy Note 8 auraint été les plus importantes jamais enregistrées pour cette gamme de téléphones de Samsung (selon le dirigeant de la branche smartphones, D.J. Koh) :  

Samsung Electronics cherche à identifier les moteurs de croissance qui lui permettront, à moyen terme, de maintenir son niveau exceptionnel de profits, jusqu'ici porté par sa domination du marché mondial des composants. Sur le troisième trimestre, la division du groupe en charge de la conception, de la production et de la vente des puces mémoires NAND et DRAM a, encore une fois, été la plus dynamique et la plus profitable tant le groupe domine ce marché. Son unité en charge des dalles de type OLED («organic light-emitting diode») bat aussi des records, grâce aux commandes d'écrans des marques de smartphones premium qui ne peuvent se tourner vers aucun fournisseur alternatif.

Ces branches de Samsung ont d'ailleurs, ces derniers mois, profité des bonnes ventes de la nouvelle génération d'iPhone , auxquels elles fournissent des mémoires ou des écrans. Selon les dernières projections de Counterpoint Technology Market Research, chaque vente d'iPhone X d'Apple à 1.000 dollars rapportera 110 dollars à Samsung Electronics.

Même si Kwon Oh-hyun n'en dit pas un mot, tous les observateurs ont en tête un possible lien avec la récente condamnation à cinq ans de prison de Lee Jae-yong, 49 ans, petit-fils du fondateur du groupe Samsung, Lee Byung-chul, et dirigeant de facto de celui-ci, en raison de l'état de santé du dirigeant de droit, Lee Kun-hee, père de Lee Jae-yong. La crise à laquelle fait allusion Kwon Oh-hyun semble en effet "exclusivement d'ordre politique" (pour reprendre les termes utilisés par Johann Breton dans un article des Numériques), liée à la situation judiciaire de Lee Jae-yeong.

Dans la culture confucéenne propre à l'ensemble de la péninsule coréenne, marquée par le respect des anciens et le culte des fondateurs, il est habituel que les fonctions de direction économique, politique ou encore religieuse se transmettent de génération en génération (par exemple, la présidente sud-coréenne, récemment chassée du pouvoir par la rue, Mme Park Geun-hye, avait construit sa carrière politique et bâti ses réseaux sur l'image de son père le général Park Chung-hee, ayant mis en place le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud, à l'origine de milliers de morts, mais dont la présidence avait coïncidé avec le développement économique spectaculaire du pays). Il n'est donc pas si surprenant, pour les Sud-Coréens, que Lee Jae-yong (qui aime se faire appeler Jay Y. Lee, suivant une forme américanisée de son nom) continue de diriger son empire familial depuis sa prison, l'allégeance au leader étant vue comme une vertu cardinale - et c'est d'ailleurs bien en termes de besoins d'un nouveau leader que s'est exprimé Kwon Oh-hyun, de quinze ans l'aîné de Lee Jae-yong. Ne faut-il donc pas voir dans le retrait de Kwon Oh-hyun l'effet d'une disgrâce et d'une décision prise pour Lee Jae-yong pour réaffirmer son pouvoir total sur le groupe alors que sa condamnation (dont il a fait appel, et pour laquelle il plaide non coupable) pourrait être de nature à favoriser la contestation de sa position - tandis d'autres membres de sa famille occupent des fonctions économiques importantes (la soeur de Lee Jae-yong, Lee Boo-jin, est la femme la plus riche de Corée du Sud et dirige la chaîne d'hôtels Shilla) ? En effet, Kwon Oh-hyun était vu comme le numéro trois de l'empire Samsung, après Lee Kun-hee (empêché pour raisons de santé) et Lee Jae-yong (emprisonné). Compte tenu du peu de transparence qui entoure les décisions internes à Samsung (une entreprise capitaliste n'ayant pas vocation à avoir un fonctionnement démocratique), rien à notre connaissance ne permet à ce stade d'étayer cette hypothèse, dans un pays où les fortunes économiques se sont le plus souvent bâties à l'ombre du colonisateur japonais puis avec les protections des régimes autoritaires qui ont tenu le haut du pavé à Séoul pendant quatre des sept décennies ayant suivi la fondation de la République de Corée en 1948. 

Sources :

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45

Un paradoxe semble caractériser l'économie de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : malgré des sanctions internationales toujours accrues, non seulement le pays ne s'effondre pas, mais il connaît même une croissance économique non négligeable. Pour expliquer ce paradoxe, les partisans de la théorie de l'effondrement de la RPD de Corée ont recours à diverses explications qui contournent l'échec de leur modèle théorique : contournement des sanctions, comportement non coopératif de certains Etats (au premier rang desquels ils placent bien sûr la Chine, principal partenaire économique) ou de certaines entités non étatiques (facteur selon eux seul à même d'expliquer la poursuite avec succès des programmes nucléaire et balistique...). Ce faisant, ils ignorent un aspect pourtant largement développé par les auteurs ayant analysé l'effondrement des civilisations (comme le géographe Jared Diamond, auteur de Effondrement) : la capacité (ou non) des sociétés à innover économiquement et à s'adapter. Celle-ci est pourtant très présente dans la société nord-coréenne, comme nous allons l'illustrer par divers exemples. 

Ri Sung-gi (1905-1996), inventeur du vinalon, lauréat du prix Lénine en 1962.

Ri Sung-gi (1905-1996), inventeur du vinalon, lauréat du prix Lénine en 1962.

Inventeurs et découvreurs occupent une place particulière dans les créations artistiques nord-coréennes - l'héroïne du Journal d'une jeune Nord-Coréenne ne se voit-elle pas reprocher que son père soit un savant qui ne découvre rien, avant que ce dernier ne fasse (enfin) une découverte majeure et qu'elle décide d'embrasser à son tour une carrière scientifique ?  

L'innovation et l'adaptation sont hautement valorisées, et les Nord-Coréens sont très fiers de découvertes nationales dont les applications ont permis de pallier certaines carences (ou au contraire les atouts) en ressources premières. Le vinalon et le fer Juche apportent des illustrations ainsi décrites dans le fascicule "Economie" de la série Connaissances sur la Corée (éditions en langues étrangères de Pyongyang, 2016, citations extraites p. 26-27 et 31-32), qui soulignent le processus continu d'innovation et l'utilisation économique faite de ces découvertes : 

37. Fer Juche

Il s'agit du fer produit par un procédé de production n'utilisant pas de coke.
La RPDC, où ce combustible manque, s'est investie depuis longtemps dans la mise au point d'une méthode de production de fer recourant à ses propres ressources et techniques.
Le complexe d'aciérage de Songjin a perfectionné un système de production de fer Juche en reliant directement le four rotatif et le four de fusion à oxygène, une véritable révolution dans l'industrie sidérurgique du pays.
Cette méthode de production de l'acier intégrant le processus de fonte et celui d'aciérage est originale, car elle permet de produire l'acier en maintenant bouillante la fonte jusqu'à son aciérage, innovant ainsi la production de l'acier.

42. Vinalon

Le vinalon, fibre d'alcool issue d'alcool polyvinylique, est une fibre chimique mise au point par le savant coréen Ri Sung Gi (1905-1996) dans les années 1930.
Il suffit de carbure de calcium pour produire du vinalon. Or, la RPDC abonde en gisements de calcaire et d'anthracite, matières premières pour le carbure de calcium.
Le tissu de vinalon, fibre blanche et luisante, est dur et doux, et il absorbe l'humidité mieux que les autres tissus de fibres synthétiques. Il résiste d'ailleurs à l'acide et à l'alcali, et ne s'altère presque guère sous l'action des microbes, dont la moisissure.
Le complexe de vinalon 8-Février sort, outre la fibre de vinalon de qualité, des produits chimiques inorganiques, organiques, macromoléculaires et fines organiques. Il produit encore à partir d'un produit intermédiaire de vinalon plus de 400 sortes de produits chimiques, dont la soude caustique, le chlorure de vinyle, le vinylacétate, l'acide chlorhydrique, des catalyseurs. On y compte aussi des produits phytosanitaires comme herbicide et pesticide efficaces ainsi que des colorants.

Certains aspects de l'économie nationale, souvent interprétés comme des défaillances, traduisent autant des adaptations à un environnement sous contrainte. Si la vitesse des trains est réduite il faut aussi y voir une réponse à la pénurie d'énergie, qui n'a rien d'exceptionnel ni de propre à la Corée : après 2008, les compagnies de navires-cargo ont réduit la vitesse de leurs navires tout en en accroissant le nombre pour compenser l'augmentation des coûts de pétrole. Après 2012, les façades des immeubles nouvellement construits à Pyongyang se sont couvertes d'éclairage led, plus faiblement consommateur d'énergie. 

Dans le contexte des sanctions économiques et d'une fermeture subie aux circuits financiers internationaux, la résilience de la Corée du Nord s'éprouve à sa capacité à faire face : à l'embargo partiel sur le pétrole nouvellement imposé répond ainsi une rationalisation de la consommation d'hydrocarbures et, peut-on supposer, la recherche de sources d'énergie alternatives - la RPD de Corée a multiplié les panneaux solaires, et pourrait demain s'engager sur l'exploitation du gaz de schiste. Peut-être verra-t-on à Pyongyang les prémisses d'une société pionnière dans l'économie post-pétrolière. Innover et s'adapter n'est pas propre à la RPDC, mais à toute société humaine - alors qu'a contrario les civilisations humaines qui se sont effondrées ont souffert d'une pluralité de facteurs, non seulement une dégradation de leur environnement, mais aussi (entre autres) l'action de forces extérieures hostiles, comme l'a montré Jared Diamond. 

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