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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 12:34

Alors qu'elles sont encore en discussion au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, les nouvelles sanctions envisagées contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) après l'essai nucléaire du 6 janvier 2016 et le lancement d'un satellite le 7 février 2016 font d'ores et déjà l'objet de débats quant à leur portée et à leur mise en oeuvre. A supposer que le texte ne soit pas substantiellement modifié, il existe en effet une marge d'interprétation. En outre, la Russie examine en détail un texte à l'élaboration duquel elle n'a pas été associée : dans une conversation téléphonique à son homologue américain John Kerry, le 27 février, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait part de sa préoccupation quant à la nécessité de ne pas créer de difficultés pour les coopérations économiques avec la RPDC dans le secteur privé, en relevant par ailleurs les problèmes humanitaires rencontrés par la Corée du Nord.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Jetée au port de Dandong, en Chine, par lequel transite une part importante du commerce sino - nord-coréen.

Les "faucons" américains s'étaient bruyamment félicités après être parvenus à un accord avec la Chine sur un nouveau train de sanctions - d'une ampleur sans précédent - contre la RPD de Corée. Et effectivement, si leurs désirs étaient appliqués à la lettre ils porteraient un coup particulièrement rude à l'économie nord-coréenne - que nous avions estimé à potentiellement 10 points de PIB - entraînant la mort de nombreux civils, notamment d'enfants : un schéma qui, même s'ils s'en défendent, est conforme à leur volonté de mettre à genoux la population nord-coréenne dans l'espoir d'un effondrement de la RPDC, que l'administration Obama cherche ainsi à provoquer à défaut, pour les administrations américaines successives, de la voir survenir depuis plus de vingt ans.

Un des points essentiels concerne les restrictions aux exportations nord-coréennes de minerais - dont nous soulignions déjà, dans notre édition du 23 février, qu'elles méritaient d'être précisées.

Lee Je-hun, du quotidien sud-coréen Hankyoreh, a apporté les précisions suivantes, au regard des informations apparues ultérieurement dans les médias : 

Citant la copie du projet de résolution qu'elle a obtenue, l'agence Reuters a rendu compte que l'or, le titanium et les terres rares seraient soumis à un embargo, alors que le charbon et le minerai de fer seraient exclus de la liste des sanctions dès lors qu'ils seraient utilisés à "des fins concernant les moyens d'existence" et que ces sommes ne seraient pas détournées vers le développement des programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

L'or, le titanium et les terres rares constituent des ressources importantes de la RPD de Corée qui, davantage exploitées (surtout en ce qui concerne les terres rares), pourraient offrir d'importantes perspectives de développement à la RPD de Corée. Il n'est d'ailleurs pas anodin que la Chine ait accepté d'inclure les terres rares dans cette liste de produits soumis à une interdiction d'exportation : au regard des réserves connues ou estimées, le principal concurrent de la Chine pour l'exploitation des terres rares est... la Corée du Nord.

Néanmoins, les principaux minerais exportés par la Corée du Nord sont aujourd'hui le charbon (plus de 1 milliard de dollars en 2015) et le fer, d'abord à destination de la Chine (on notera par ailleurs que d'autres exportations minières significatives, comme le cuivre et la magnésite, ne sont actuellement pas citées dans la presse : qu'en sera-t-il pour elles ?). Cette dernière n'a donc pas intérêt à perdre une source d'approvisionnements.

La question est de savoir comment s'assurer que le produit des exportations nord-coréennes va à l'amélioration des conditions de vie de la population, et non aux programmes nucléaires et balistiques ? Une telle "traçabilité" est en pratique quasi-impossible, sauf par une pratique douteuse d'amalgame entre entreprises relevant de secteurs d'activité totalement différents : les Etats-Unis sont peut-être prêts à franchir un tel pas, mais la Chine certainement pas... les médias chinois s'étant d'ailleurs empressés d'affirmer que les sanctions n'affecteraient pas les moyens d'existence des populations.

Il en va de même pour les restrictions aux livraisons de carburants pour les avions. Potentiellement, une telle mesure est de nature à asphyxier l'économie nord-coréenne. Mais la Chine, principal fournisseur de la RPDC en pétrole et en produits dérivés du pétrole, n'entend visiblement pas s'engager sur cette voie en étant soucieuse d'assurer le fonctionnnement normal de l'économie nord-coréenne, alors que les Etats-Unis avaient rêvé d'un embargo total sur les livraisons d'hydrocarbures à la RPDC.

Enfin, le projet de sanctions exclut l'aide humanitaire et, plus généralement, toute mesure de nature à porter atteinte au "bien-être" des populations. Les Etats-Unis et leur alliés iront peut-être plus loin, via des sanctions unilatérales, que les sanctions des Nations Unies dans leur logique d'affamer les populations nord-coréennes - ainsi, en Corée du Sud, même l'aide humanitaire à la RPDC est soumise à autorisation gouvernementale (!). Mais au regard de la faiblesse de leurs liens commerciaux, voire humanitaires, avec la RPD de Corée, leur marge de manoeuvre est limitée.

Prise de court par les initiatives nord-coréennes, la Chine revient au centre du jeu diplomatique. Tout en réaffirmant qu'elle appliquerait bien les sanctions (la semaine dernière, le blocage de livraisons de charbon nord-coréen par les douanes chinoises était apparu comme un signe avant-coureur des nouvelles sanctions), elle n'a aucune raison de privilégier une interprétation non conforme à la lettre du projet de résolution, quelles que soient les tentatives des Etats-Unis de chercher à imposer une lecture politique et non juridique... et alors que la Russie examine en détail le projet de résolution. Cette préoccupation est d'autant plus légitime que, par le passé, la Chine et la Russie se sont fait imposer des lectures non juridiques de résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies - par exemple, en ce qui a concerné les actions contre la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Mouammar Khadafi.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 13:15

Le 10 février 2016, en rétorsion contre le lancement d'un satellite par la RPDC trois jours plus tôt, les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) ont annoncé la "suspension" des activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, au Nord de la péninsule, où 124 entreprises du Sud emploient 54 000 ouvriers nord-coréens dans des activités manufacturières. Cette décision unilatérale est un mauvais coup porté aux relations intercoréennes, alors que les échanges intercoréens - 2 milliards de dollars par an - sont à présent presque exclusivement limités aux activités de la zone de Kaesong, après que les "mesures du 24 mai" (2010) eurent déjà pratiquement suspendu tous les autres courants d'échanges.

La zone économique intercoréenne de Kaesong

La zone économique intercoréenne de Kaesong

Dans le bras-de-fer entre les deux Corée, il est de bon ton, dans les médias occidentaux, de présenter le Nord comme un Etat provocateur ne respectant pas ses engagements, et le Sud comme responsable et ouvert au dialogue. Cette idée reçue est pourtant sans cesse contredite par les faits.

Depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en février 2008, ces derniers n'ont de cesse de saper un par un les fondements du dialogue intercoréen, patiemment mis en place par leurs prédécesseurs démocrates pendant la décennie de la "politique du rayon de soleil" (1998-2008). La zone économique intercoréenne de Kaesong avait jusqu'à présent résisté aux vicissitudes de l'évolution des relations Nord-Sud : tel n'est plus le cas avec la décision du gouvernement de Mme Park Geun-hye, ce 10 février 2016, de "suspendre" les activités de cette zone. Ce faisant, la fille du très auritaire général Park Chung-hee, qui avait gouverné la Corée du Sud d'une main de fer entre 1962 et 1979, fait un pas que même son prédécesseur, le Président Lee Myung-bak, n'avait osé franchir. En outre, elle trahit ouvertement l'engagement que son gouvernement avait pris le 14 août 2013 avec la RPDC - suite à une première suspension des activités de la zone de Kaesong pendant quatre mois en 2013 - de ne pas soumettre celles-ci aux aléas des relations géopolitiques. En effet, cet accord stipulait, en son point 1 :

 

Le Sud et le Nord tâchent de ne pas répéter une suspension du complexe par l’interdiction de son accès ou par le retrait des travailleurs et de garantir la normalité des activités, comme l’accès du personnel sud-coréen au complexe, le travail des ouvriers nord-coréens et la protection des biens des entreprises, quelle que soit la situation géopolitique.

Ce non-respect des engagements a été justifié par le fait que, selon le désormais bien mal-nommé ministère sud-coréen de la "Réunification", les 100 millions de dollars de devises que retirerait chaque année le Nord du fonctionnement du complexe industriel serviraient au développement des programmes militaires et spatiaux. Evidemment, une telle corrélation est des plus douteuses, car elle supposerait de tracer l'affectation de chaque dollar de la RPDC... mais ce faisant, Mme Park Geun-hye et ses ministres entonnent l'un des airs favoris des néoconservateurs américains et sud-coréens, selon lesquels il faut étrangler économiquement la RPDC, quelles que puissent être les conséquences catastrophiques - notamment humanitaires - produites, dans tous les pays du monde et à toutes les époques, par une politique d'embargo cynique, étrangère au bien-être des populations.

Accessoirement, les chefs d'entreprise sud-coréens présents à Kaesong vont être, une nouvelle fois, les victimes collatérales de la politique nord-coréenne des "faucons" sud-coréens, ce qu'ils ont immédiatement déploré. Séoul leur a promis une indemnisation, dont les modalités et le montant n'ont évidemment pas été précisés. 

Enfin, en choisissant de se retirer volontairement de la RPD de Corée, la Corée du Sud est amenée à disparaître économiquement du champ des échanges internationaux de la Corée du Nord, qui deviendrait ainsi encore un peu plus dépendante de ses relations avec la Chine. Avant sa disparition, l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung, à l'origine de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord, avait exprimé la crainte que la RPD de Corée ne soit absorbée économiquement par la Chine, contrariant ainsi toute perspective future de réunification. C'est ce scénario catastrophe qu'a décidé de réaliser, en pleine connaissance de cause, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye. Décidément, à Séoul, il n'y a pas que dans le domaine des droits politiques et sociaux que s'opère un retour vers le passé.

Sources :

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:29

Chaque année, le discours prononcé par le Maréchal Kim Jong-un à l'occasion du nouvel an est étudié et analysé en détail - non seulement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais aussi à l'étranger par les spécialistes des questions coréennes - pour les orientations qu'il donne sur la politique interne et externe de la RPD de Corée. Le discours du nouvel an 2016 prend cette année une importance particulière, à quelques mois du VIIe Congrès du Parti du travail de Corée - le premier depuis 1980. Comme les années précédentes, il met l'accent sur l'édification d'un pays puissant et prospère. Par ailleurs, en dépit des vives réticences qu'ont opposées en 2015 les conservateurs sud-coréens à l'approfondissement du dialogue Nord-Sud, le Maréchal Kim Jong-un réaffirme l'engagement de la RPD de Corée pour le dialogue, la paix et la réunification dans la péninsule.

Discours de nouvel an de Kim Jong-un : "notre Parti considère le bien-être du peuple comme la première de toutes les affaires nationales"

Saluant non seulement les militaires et les civils nord-coréens oeuvrant à l'édification de la patrie socialiste, mais s'adressant aussi "aux frères du Sud et aux Coréens de la diaspora qui luttent pour la réunification de la patrie, aspiration de la nation, de même qu’aux peuples progressistes et aux amis étrangers", le dirigeant suprême exprime d'emblée le voeu que "toutes les familles débordent de concorde et d’affection et que les rires de bonheur de nos chers enfants retentissent plus haut".

Revenant ensuite sur l'année écoulée, marquée par le 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, il souligne en premier lieu les réalisations économiques - ainsi que les exploits sportifs obtenus - en associant constamment le peuple travailleur à ces succès :

On a vu s’ériger les centrales des Héros-Jeunes de Paektusan, les centrales en étages de Chongchongang, le Palais de la science et de la technique, la cité des scientifiques Mirae, la ferme coopérative de culture légumière de Jangchon et d’innombrables autres monuments et villages merveilleux dignes du socialisme, concrétisation des idées et de la politique du Parti, montrant le dynamisme de notre patrie qui avance en faisant en un an ce que les autres ne pourraient faire qu’en dix ans.

Après l'accord conclu avec le Sud en août 2015, il exprime sa conviction que la politique du Parti a permis d'éloigner le danger d'un nouveau conflit armé qui aurait ravagé la péninsule coréenne.

La jeunesse et l'éducation occupent une place primordiale dans le discours du Maréchal Kim Jong-un, conformément à la politique qu'il a menée depuis quatre ans (marquée notamment par l'allongement à douze ans, en 2012, de la durée de la scolarité obligatoire) : après la référence liminaire aux enfants des familles coréennes, il adresse à la jeunesse des félicitations particulièrement appuyées comme étant les "dignes continuateurs de la cause révolutionnaire Juche", et mentionne in fine la jeunesse comme l'une des composantes sociales (à côté de la classe ouvrière, mentionnée à plusieurs reprises en tant que telle, des intellectuels et des cadres) devant contribuer au développement de l'économie nationale.

Evoquant le congrès à venir du Parti du travail de Corée, il souligne l'objectif de renforcer l'économie nationale pour élever le niveau de vie de la population, développant ensuite les problèmes économiques actuels dont la résolution apparaît ainsi comme une priorité. Au premier rang figure le "problème de l’énergie électrique" - décrit également comme la "pénurie d’électricité" (suivant une formule peu habituelle s'agissant des difficultés rencontrées) - qui requiert non seulement l'accroissement des capacités de production de l'électricité sous ses différentes formes (y compris à partir du charbon) - en mentionnant tout particulièrement la construction de la centrale de Tanchchon - mais aussi, de manière nouvelle, les économies d'énergie. Sont également évoqués le transport ferroviaire (dont l'obsolescence est un handicap au développement économique) et la production métallurgique, encore loin du niveau maximum qu'elle a atteint en 1990, avant le recul économique de la "dure marche". Par ailleurs, la référence à la lutte contre "la pollution de l’atmosphère, des cours d’eau et des mers" s'inscrit dans le cadre des objectifs de développement durable, tels qu'ils ont été réaffirmés lors de la conférence de Paris sur le climat par le ministre des Affaires étrangères en décembre 2015.

Comme les années antérieures, des instructions spécifiques portent sur le potentiel de défense du pays. L'accent est mis sur la formation et la discipline, et non sur le développement des armes non conventionnelles - en ne mentionnant pas la force de dissuasion nucléaire - et sur les capacités balistiques. Depuis le troisième essai nucléaire nord-coréen survenu le 12 février 2013, les médias conservateurs américains et sud-coréens annoncent régulièrement la survenue imminente d'un quatrième essai nucléaire, ou d'un nouveau tir de missile à longue portée. Cette omission dans le discours du dirigeant nord-coréen doit donc être appréciée comme la poursuite, au contraire, par la RPD de Corée d'une politique de la main tendue, pour réduire les tensions dans la péninsule, en s'abstenant d'initiatives qui auraient entraîné un nouveau cycle de tensions et de sanctions.

Suivant un usage bien établi, la réunification de la Corée et les relations internationales occupent la fin du discours - et ont retenu plus particulièrement (sinon exclusivement) l'attention des commentateurs étrangers.

Concernant les rapports Nord-Sud, le Maréchal Kim Jong-un blâme ouvertement les autorités sud-coréennes pour avoir mené en 2015 une politique de confrontation, alors que l'anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, en 1945, aurait au contraire dû créer un contexte favorable :

L’année dernière marquée par le 70e anniversaire de la libération du pays, nous avons lancé un appel invitant à ouvrir une large voie à la réunification indépendante grâce à l’union des forces de toute la nation, et nous nous sommes attachés à le réaliser. Pourtant, les forces anti-réunification et hostiles à l’amélioration des rapports Nord-Sud se sont démenées pour des manœuvres belliqueuses, créant ainsi une situation critique au bord de la guerre et suscitant une grande inquiétude à l’intérieur comme à l’extérieur. Les autorités sud-coréennes, allant à l’encontre du dialogue Nord-Sud et de l’amélioration des rapports Nord-Sud, ont poursuivi ouvertement le « changement de régime » de notre part et, l’« unification des régimes », leur thèse unilatérale, aggravant ainsi la méfiance et l’affrontement entre le Nord et le Sud.

En dépit de ces difficultés, les autorités nord-coréennes réaffirment qu'elles sont prêtes à renouer le dialogue avec le Sud, en incitant les autorités sud-coréennes à appliquer avec sincérité les précédents accords Nord-Sud (notamment les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007) qui ont été signés au nom du Gouvernement sud-coréen, et non des démocrates qui étaient alors au pouvoir à Séoul. En effet, les conservateurs revenus à la présidence sud-coréenne en 2008 ont tourné le dos aux perspectives de rapprochement Nord-Sud qui avaient ainsi été ouvertes, l'opposition démocrate leur reprochant d'avoir joué un rôle essentiel dans la dégradation des relations intercoréennes.

Vis-à-vis des Etats-Unis, mentionnés explicitement cette année à de nombreuses reprises, les critiques nord-coréennes se fondent sur trois arguments : le refus opposé par Washington à la proposition de Pyongyang de signer un traité de paix en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953 ayant clos les combats de la guerre de Corée ; l'exploitation de l'argument des droits de l'homme ; les exercices militaires de grande ampleur que les Etats-Unis et leurs alliés ont poursuivis dans la péninsule coréenne l'an passé. En cas de guerre provoquée par les Etats-Unis, la RPD de Corée exprime clairement sa volonté de riposter.

Envers le reste du monde (dont aucun pays n'est nommé, ni le traditionnel allié chinois, ni la Russie avec laquelle la RPDC a opéré un rapprochement depuis 2014), le discours de nouvel an du Maréchal Kim Jong-un réaffirme enfin la position traditionnelle de Pyongyang favorisant l'essor de relations d'échanges et de coopération :
 

Notre Parti et le gouvernement de notre République renforceront davantage la solidarité avec les peuples du monde entier s’opposant à l’agression, à la guerre, à la domination et à l’asservissement, élargiront et développeront les relations d’amitié et de coopération avec tous les pays qui respectent la souveraineté de notre pays et nous traitent amicalement.

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 22:39

Le 4 décembre 2015, le Musée panoramique d'Angkor, situé dans la Cité des temples Siem Reap, a été officiellement inauguré en présence de Sok An, vice-Premier ministre du Cambodge, et S.E. M. Hong Ki-chol, ambassadeur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au Cambodge. Le musée a été construit entre 2011 et 2015, pour un coût de 24 millions de dollars sur une superficie de 6 115 m2, par les artistes nord-coréens pluridisciplinaires du groupe Mansudae - à l'origine d'autres réalisations architecturales dans le Tiers Monde, comme le Monument de la renaissance africaine à Dakar (lire sur le site de l'AAFC http://www.amitiefrancecoree.org/article-le-monument-de-la-renaissance-africaine-une-demonstration-de-la-statuaire-nord-coreenne-au-senegal-45932647.html).

Vue d'ensemble du Musée panoramique d'Angkor

Vue d'ensemble du Musée panoramique d'Angkor

S'inspirant du style architectural khmer, le Musée panoramique d'Angkor apporte une vue d'ensemble de l'histoire de la civilisation khmère (y compris sa défense vis-à-vis de ses voisins) - en abritant des reproductions miniatures des temples et du parc d'Angkor (avec des détails sur l'histoire architecturale de la construction des temples), une salle de cinéma qui diffuse des films en 3D et une fresque longue de 120 mètres décrivant la vie quotidienne des anciens Khmers. La réalisation du bâtiment elle-même donne lieu à une section spécifique au sein du musée.

Pendant dix ans, le groupe de développement international Mansudae (Mansudae Overseas Project Group) de la RPD de Corée co-gèrera le musée avec le gouvernement cambodgien (Autorité Apsara), suivant un partage égal des bénéfices, avant son transfert à l'Autorité Apsara. La construction et la gestion du musée relèvent des accords build-cooperate-transfer (BCT, construire-coopérer-transférer) mis en place par le Cambodge. Le Musée panoramique d'Angkor traduit aussi la politique d'investissements à l'étranger de la RPD de Corée dans le secteur de la construction et du tourisme.

Inauguration du musée panoramique d'Angkor, construit par les artistes nord-coréens des ateliers Mansudae

Lors de l'inauguration officielle, Sok An, vice-Premier ministre du Cambodge cité par l'Agence Kampuchea Presse, a souligné la qualité des réalisations artistiques du musée, qui contribue à l'essor du tourisme international dans la région d'Angkor :

Les œuvres d’art au Musée panoramique d'Angkor ont été méticuleusement conçues et réalisées avec une grande créativité, reflétant de différents thèmes à travers des peintures et des films en 3D montrant l’évolution de l’Empire khmer, des scènes de guerre, la construction de temples, et la vie quotidienne des Cambodgiens à cette époque-là.

Pour sa part, Hong Ki-chol, ambassadeur de la RPD de Corée au Cambodge, a souligné que la réalisation du musée s'inscrivait dans le cadre des relations d'amitié entre les deux pays, marquées par la relation personnelle qu'avait nouée le Président Kim Il-sung de la RPD de Corée et le roi Norodom Sihanouk (lire sur le site de l'AAFC http://www.amitiefrancecoree.org/article-kim-il-sung-et-norodom-sihanouk-une-histoire-d-amitie-111381329.html).

Un restaurant nord-coréen de la chaîne Pyongyang est déjà implanté sur le site d'Angkor, qui constitue par ailleurs l'une des destinations privilégiées des touristes sud-coréens en Asie du Sud-Est.

Inauguration du musée panoramique d'Angkor, construit par les artistes nord-coréens des ateliers Mansudae

Sources :

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 20:52

Si le dialogue intergouvernemental entre la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est au point mort, les autres canaux d'échanges intercoréens sont maintenus - comme l'ont encore montré récemment la conclusion d'un accord salarial pour la zone économique spéciale (ZES) de Kaesong, au Nord de la péninsule, et la visite en RPDC, à caractère humanitaire, de Mme Lee Hee-ho, veuve de l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung (1998-2003). Le Président Kim Dae-jung avait initié la première rencontre au sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, à Pyongyang, en juin 2000, dans le cadre de la politique du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord - abandonnée par les administrations conservatrices revenues au pouvoir à Séoul en 2008.  

Mme Lee Hee-ho

Mme Lee Hee-ho

Lors de sa visite en RPD de Corée du 5 au 8 août 2015, à la tête d'une délégation composée, outre elle-même, de 18 personnes, Mme Lee Hee-ho, âgée de 93 ans, a visité un hôpital pour enfants, une maternité et un orphelinat à Pyongyang, confirmant le caractère d'abord (sinon exclusivement) humanitaire de son troisième déplacement en RPDC - après ceux de juin 2000, avec son mari le Président Kim Dae-jung, et de décembre 2011, à l'occasion des funérailles du dirigeant Kim Jong-il.

Lors de son départ à l'aéroport de Séoul, Mme Lee Hee-ho a exprimé son "espoir" que "ce voyage ouvre une fenêtre pour davantage de dialogue, d'échanges et de coopération" entre les deux Corée. Ce déplacement intervenait peu avant la célébration du 70e anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 1945, qui a malheureusement donné lieu à des célébrations séparées au Nord et au Sud de la péninsule.

L'acquis le plus significatif de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" d'ouverture au Nord (1998-2008) reste le développement de la ZES de Kaesong, au Nord, où 124 PME sud-coréennes emploient 53 000 ouvriers nord-coréens, pour un volume d'échanges intercoréens ayant atteint 2,3 milliards de dollars en 2014.

Le 17 août, après six mois de blocage, un accord a été conclu entre la Commission (sud-coréenne) de gestion du district industriel de Kaesong (Kaesong Industrial District Management Committee, acronyme anglais : KIDMC) et le Bureau central (nord-coréen) d'orientation du développement spécial de la zone (Central Special Development Guidance Bureau, CSDGB) : le salaire minimum des ouvriers nord-coréens de la ZES a été porté à 73,873 dollars américains, avec effet rétroactif à partir de mars 2015, soit une hausse de 5 %. Par ailleurs, la protection sociale des travailleurs a été renforcée, entraînant une hausse du coût de la main d'oeuvre comprise entre 8 % et 10 % selon l'Association des entreprises du complexe industriel de Kaesong (Corporate Association of Kaesong Industrial Complex, CAGIC). Le coût global de la main d'oeuvre nord-coréenne à Kaesong - compris entre 120 et 200 dollars par mois - reste toutefois l'un des plus bas d'Asie, comparable à celui du Cambodge. Les prochaines négociations salariales pour la ZES de Kaesong sont prévues en mars 2016.

Par ailleurs, la partie nord-coréenne a déclaré qu'elle travaillerait à pouvoir fournir une main d'oeuvre suffisante pour répondre aux demandes des entreprises sud-coréennes. L'accord salarial du 17 août 2015 prévoit la poursuite des discussions en ce qui concerne les communications, les douanes et le transport.

Sources :

Usine textile dans la zone économique spéciale de Kaesong

Usine textile dans la zone économique spéciale de Kaesong

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 23:08

Dans une dépêche en date du 11 mars 2015, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé que l'année 2015 serait celle de l'amitié entre la Fédération de Russie et la RPD de Corée. Alors qu'une série de visites ont marqué un resserrement récent des liens entre les deux voisins, un développement des échanges est attendu dans les domaines politique, économique et culturel.

Année de l'amitié Russie-RPDC : quels projets concrets ?

La Fédération de Russie et la République populaire démocratique de Corée partagent une même conception des relations internationales basée sur le respect des souverainetés nationales et le refus de l'unilatéralisme. Dans un contexte historique marqué par la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale (célébrée en Russie comme la "Grande Guerre patriotique"), qui a signifié l'accession de la Corée à l'indépendance, mais aussi l'enclenchement du processus de division du pays, la décision conjointe de faire de 2015 l'année de l'amitié russo - nord-coréenne doit s'accompagner par un essor des visites croisées entre les deux pays dans les différents domaines - politique, économique et culturel. L'agence nord-coréenne KCNA n'a toutefois pas confirmé, à ce stade, si le Maréchal Kim Jong-un visiterait lui-même la Russie à l'occasion de la célébration de la victoire sur le nazisme.

Un accroissement des échanges est tout particulièrement attendu dans le domaine économique, après l'annulation en 2014 de la plus grande partie de la dette nord-coréenne vis-à-vis de la Russie et l'ouverture de perspectives nouvelles d'investissements internationaux en RPD de Corée pour les groupes russes, particulièrement dans le secteur minier. Le raccordement des réseaux ferroviaires et le prolongement des liaisons dans le domaine du gaz sont des projets définis de longue date, qui bénéficieraient par ailleurs à l'ensemble de la péninsule coréenne, et pourraient entrer dans une phase plus opérationnelle. Enfin, la Russie est intéressée par le développement de ses régions d'Extrême-Orient.

En février 2015, la Chambre de commerce russe a mis en place un Conseil pour la coopération avec la Corée du Nord, visant à doubler les échanges commerciaux pour les porter à 1 milliard de dollars par an d'ici 2020. Alors que tant la RPDC que la Russie sont soumises à des régimes de sanctions par les puissance occidentales, les entreprises des deux pays bénéficieraient d'un accès privilégié à l'économie de leur partenaire. Les Nord-Coréens pourraient ouvrir des comptes dans les banques russes, et les hommes d'affaires russes bénéficieraient d'un régime assoupli de visas ainsi que d'un accès élargi à Internet et à la téléphonie mobile.

Principales sources :

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 00:03

Si les mesures économiques mises en oeuvre en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) depuis 2002 ont notamment accru l'autonomie des entreprises, les autorités nord-coréennes soulignent la continuité des orientations économiques. A cet égard, le système de travail de Tae'an, défini en 1961 par le Président Kim Il-sung, met l'accent sur la prise de décision politique collégiale et définit un mode de gestion spécifique qui, à certains égards, annonce déjà les orientations suivies depuis 2002. Alors qu'il avait accordé la priorité au redressement de l'économie et à l'élévation du niveau de vie de la population après les graves difficultés des années 1990, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait rappelé le contenu du système de travail de Tae'an, dans une lettre adressée le 1er juillet 1991 au personnel enseignant et administratif et aux étudiants de l'Ecole supérieure d'économie, à l'occasion du 45e anniversaire de la fondation de cet établissement. Nous en reproduisons ci-après de larges extraits, au moment où la République populaire démocratique de Corée célèbre le 73e anniversaire de sa naissance.

Le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il, lors d'une visite de terrain sur un chantier de construction à Pyongyang

Le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il, lors d'une visite de terrain sur un chantier de construction à Pyongyang

Le système de travail de Tae'an est défini comme marquant le passage à "un système de gestion économique communiste" scientifique et rationnel, exercé sous la direction collégiale du Parti, conformément aux idées du Juche qui visent à l'exercice de leur souveraineté par les masses populaires :

Le système de travail de Tae'an (...) est une forme de gestion économique Juche qui consiste à gérer l'économie de façon rationnelle et scientifique, sous la direction collégiale du Parti en appliquant la ligne établie à l'égard des masses (...) Il s'agit vraiment d'un système de gestion scientifique et rationnel axé sur les masses populaires, car il en fait les véritables maîtres de la gestion économique ; c'est aussi un système de gestion communiste, car il matérialise magistralement le principe collectiviste : "Un pour tous, tous pour un !"

 

Visant à guider les organismes d'administration, et non à ce que le Parti se substitue à eux, la primauté accordée à la direction politique des affaires économiques sous l'autorité du comité du Parti du travail, dans chaque unité d'activité, vise à la mobilisation et à l'épanouissement des capacités créatrices de la communauté de travail, à l'issue d'une discussion collective avec les travailleurs, les techniciens et les cadres :

La direction collégiale du comité du Parti est, par essence, une direction des affaires économiques recourant à la politique et aux moyens politiques. Elle diffère de la direction professionnelle et technique des organismes de l'administration et de l'économie, et de plus, propre aux organismes de direction politique, elle ne supplante en rien l'administration ni n'a recours aux méthodes administratives (...) [Elle] permet de décider collectivement, en synthétisant la volonté et les revendications de producteurs, de l'orientation et des moyens à adopter pour l'exécution des tâches économiques et d'exciter et canaliser l'ardeur révolutionnaire et l'enthousiasme créateur des producteurs pour une réalisation fructueuse des décisions prises (...)


Interprété dans un sens socialiste, ce mode de gestion vise ainsi à assurer la cohésion et l'unité de la communauté de travail - suivant une conception qui n'est par ailleurs pas éloignée du concept, très confucéen, d'harmonie et de primauté accordée au collectif par rapport à l'individu :

Cet ordre de travail permet aux travailleurs d'œuvrer loyalement, avec une conscience élevée et dans un but précis au nom de la société et de la collectivité, de raffermir l'unité et la cohésion et de procéder au mieux à la production complémentaire socialiste.

 

Le système de travail de Tae'an s'inscrit dans le cadre de la réalisation du plan, visant à prévenir le double écueil du "volontarisme des organismes de planification de l'Etat" et "l'égocentrisme des producteurs". Les objectifs du plan sont ainsi définis de bas en haut, dans une description assez précise de la façon dont la RPD de Corée établissait ses plans de développement de l'économie (l'exécution du dernier plan, entre 1987 et 1994, ayant été interrompue alors que l'économie subissait les contrecoups de la disparition de l'URSS et des démocraties populaires, et de catastrophes climatiques) :

Les services du plan des organismes économiques et des entreprises font office de cellules des organismes de planification de l'Etat ; le travail de planification s'effectue sous la direction unifiée du Comité national de la planification et les indices du plan sont définis et accordés selon une ligne allant de la base au sommet.


Alors que le dirigeant Kim Jong-il a joué un rôle clé dans l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication en RPD de Corée (le Centre informatique de Pyongyang ayant été fondé en 1986), il souligne, dans sa lettre aux professeurs, personnels administratifs et étudiants de l'Ecole supérieure d'économie, que le système de Tae'an assure la cohésion entre le développement de la production et les progrès scientifiques et techniques :

Le système de travail de Tae'an offre la possibilité de faire concorder le plan de développement de la production avec celui de la science et de la technique et de les promouvoir efficacement de manière à renforcer la direction scientifique et technique, à développer en priorité la science et la technique et à introduire leurs réalisations. Il permet par ailleurs de lier correctement la science et la technique à la production, car l'ingénieur en chef, le plus au courant de la technique dans chaque entreprise, tel un chef d'état-major, tient en main toutes les activités directement liées à la production et les dirige dans leur ensemble.

 

Sur la base du système de travail de Tae'an sont poursuivis plusieurs objectifs : la prise en compte d'objectifs non seulement quantitatifs mais aussi qualitatifs ; la recherche d'économies dans la consommation de matières premières (laquelle met en jeu les entreprises de matériaux, dans le cadre de contrats conclus "sous forme commerciale") ;  l'amélioration de la productivité ; la réalisation du principe d'autofinancement conduisant à une "certaine" indépendance et, défini comme suit :

[Le système de travail de Tae'an] encourage enfin l'autofinancement selon ce principe : chaque entreprise, relativement indépendante, mène avec initiative sa gestion sous la direction planifiée de l'Etat. De la sorte, l'autofinancement sert à mieux appliquer le principe collectiviste, à réaliser un développement planifié et équilibré de l'économie nationale et à accroître l'efficacité de la production et de la gestion.


On observera que les principes ainsi définis - comme l'existence de relations commerciales entre les entreprises - et les objectifs poursuivis (recherche d'une meilleure efficacité de la production, dans le cadre d'une certaine autonomie des entreprises) annoncent déjà certaines des mesures économiques du 1er juillet 2002, comme l'indépendance accrue de gestion des unités de production en RPD de Corée depuis cette date. Généralement interprétées comme une rupture dans l'organisation économique de la Corée du Nord, ou encore comme une conséquence de fait de l'effondrement de l'économie pendant la "dure marche", ces mesures s'inscrivent dans une logique déjà ancienne, au moins en principe.

Enfin, un dernier trait de gestion rattaché au système de Tae'an est "le bilan quotidien" - y compris financier - que doit faire l'ensemble du collectif de travail - et qui n'est d'ailleurs pas éloigné des réunions collectives d'entreprise, qu'on retrouve dans d'autres pays d'Asie, au grand étonnement des observateurs occidentaux peu habitués à la prééminence du collectif sur l'individu :

Le système de bilan quotidien de la production et des finances est un autre moyen efficace de régulariser la gestion économique, car il amène tous les membres de l'équipe de travail à se répartir, outre les tâches de production, celles de la gestion industrielle, telles que la technique, l'équipement, les matériaux, la main-d'œuvre et les finances, et à dresser chaque jour eux-mêmes le bilan d'exécution des objectifs de production en liaison étroite avec celui de l'administration financière.

 

Citations : Kim Jong-il, Oeuvres choisies, tome 11 (janvier-juillet 1991), éditions en langues étrangères, Pyongyang, RPD de Corée, 2003, p. 297-311.

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 00:50

Dans une dépêche publiée le 9 février 2015, l'agence KCNA de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé l'ouverture d'une nouvelle exposition, consacrée aux matériaux de construction, dans le hall consacré à l'industrie lourde du Pavillon des Trois Révolutions, à Pyongyang. Alors que les autorités nord-coréennes ont mis l'accent sur l'architecture et l'urbanisme pour élever le niveau de vie de la population, cette exposition offre un aperçu des matériaux les plus récemment utilisés pour la construction tant de logements que de bâtiments publics.

L'usine de tuiles de Pyongyang (source : KCNA).

L'usine de tuiles de Pyongyang (source : KCNA).

Les matériaux exposés au Pavillon des Trois Révolutions proviennent notamment de l'usine de tuiles de Pyongyang, qu'avait visitée une délégation de l'AAFC lors de son séjour en RPD de Corée en juillet-août 2013, et de l'usine de matériaux de construction de Pyongyang.

Les échantillons présentés sont représentatifs des différents matériaux de construction (pierre, bois, tuile, métal, plastique), ainsi que des peintures et liquides utilisés dans les constructions récentes à usage tant public que privé (appartements des professeurs de l'Université Kim Il-sung et de l'Université polytechnique Kim Chaek, station de ski Masikryong, Stade du Premier Mai, rue des Scientifiques Unha - du nom du programme spatial nord-coréen). On retrouve également les ampoules LED qui éclairent les bâtiments du centre de la capitale, et ont contribué à en métamorphoser l'apparence la nuit.

Selon le curateur du hall de l'industrie lourde, M. Kim Hyon-chol, il s'agit d'offrir un aperçu sur les évolutions les plus récentes du pays en matière d'architecture et de construction.
 

Source :

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 15:44

En juillet 2014, la République populaire démocratique (RPDC, Corée du Nord) a accueilli 38 fonctionnaires et représentants du monde économique sud-coréens pour une visite d’une semaine dans le port de Rajin, formant avec Sonbong la zone économique spéciale (ZES) de Rason, près de la frontière avec la Fédération de Russie. Ceux-ci se sont déclarés favorables au projet, malgré les appels pressants des Etats-Unis à rejoindre un front commun de sanctions contre la Russie suite aux événements d'Ukraine. Le choix de la Corée du Sud de soutenir le projet russo-nord-coréen de relier le Transsibérien à la péninsule coréenne permettrait de dynamiser la ZES de Rason et ferait bénéficier la Corée du Sud d’un approvisionnement en charbon russe. Il ferait aussi progresser les relations intercoréennes

Une participation sud-coréenne au projet de « rail eurasien » pour dynamiser la zone économique spéciale de Rason?

Située sur la rive ouest de la rivière Tumen, la zone économique spéciale de Rajin-Sonbong, d'une superficie de 746 km², a été fondée en 1991 sous la juridiction du Comité de la coopération économique extérieure de la République populaire démocratique de Corée afin d’accueillir des investisseurs étrangers intéressés par le potentiel économique et géographique de la Corée du Nord. Renommée Rason en 2000, cette zone économique spéciale - inspirée des modèles de Hong Kong et de Macao - constitue la première ouverture de la RPDC sur l’économie mondiale, bénéficiant d'une juridiction spéciale. Cette zone intègre un centre de transit de cargos, une plate-forme de correspondance (hub) pour les exportations de la RPDC mais aussi une zone touristique avec plusieurs parcours guidés. En 1996, la ZES abritait déjà 51 entreprises étrangères pour un total de 37 millions de dollars investis et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO) estimait alors que l’investissement total se porterait à 150 millions de dollars. Son statut a été modifié en 2010 pour lui accorder une plus grande autonomie. En 2012, la ZES a accueilli sa première foire internationale consacrée au commerce.

 

Rason s’appuie notamment sur un complexe de trois ports qui en font sa force majeure : Rajin, Sonbong et Chongjin, dont les capacités cumulées atteignent 14 millions de tonnes. La localisation du site de la ZES, à l’embouchure du fleuve Tumen, a d’abord attiré l’attention du gouvernement et d’investisseurs chinois qui percevaient Rason comme une manière de désenclaver économiquement les trois provinces du nord-est de la Chine (Liaoning, Jilin et Heilongjiang). Depuis, la République populaire de Chine est le premier investisseur de la zone et opère deux jetées dans le port, une pour l’exportation de charbon et l’autre pour les containers. L’Université de Yanbian a conclu le 7 juin dernier un partenariat avec la ZES de Rason pour offrir formation et soutien juridique à celle-ci. La Russie s’est également très tôt intéressée aux possibilités offerte par cette zone économique spéciale située juste à sa frontière : elle suit la Chine en termes d’investissements et opère une jetée utilisée pour le charbon. Les connections terrestres avec la Chine ont été rénovées en 2010 et depuis un accord de 2008 entre le dirigeant de la RPD de Corée Kim Jong-il et le président russe Vladimir Poutine, la RPDC et la Russie ont achevé de restaurer en septembre 2013 une liaison ferroviaire de 54 kilomètres entre la ville russe de Khasan et Rason.

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

Inauguration de la ligne Rajin-Khasan le 22 septembre 2013

C’est dans ce contexte de projet ferroviaire qu’est intervenue, en juillet 2014, la visite d’une semaine de 38 fonctionnaires et représentants économiques sud-coréens appartenant à la compagnie ferroviaire KORAIL, à l’aciériste POSCO et à la compagnie maritime Hyundai Merchant Marine Co, à l'invitation du gouvernement de la RPDC. Cette visite avait pour but de décider de la faisabilité d’une participation sud-coréenne au projet russo-nord-coréen de connecter le Transsibérien via Khasan à la ville de Rajin. Les représentants de ce consortium trilatéral ainsi que les envoyés gouvernementaux se sont déclarés intéressés par les possibilités offertes par ce projet. Les trois entreprises envisagent donc de réaliser un transport-test de charbon russe par voie ferrée jusque Rajin puis de l’expédier par mer vers le port sud-coréen de Pohang. Si cette participation devait se concrétiser, il semble que le consortium sud-coréen achèterait la moitié des parts de la Russie dans la nouvelle jetée construite à Rajin, capable de recevoir 4 millions de tonnes de charbon. Un tel projet dynamiserait indubitablement la ZES de Rason en la transformant en plaque tournante pour le transport international.

 

Cette initiative économique bénéficie d’un soutien ferme des autorités sud-coréennes et russes : la présidente sud-coréenne Park Geun-hye et le président russe Vladimir Poutine sont tombés d’accord lors d’une rencontre en novembre 2013 à Séoul sur le soutien à apporter à l’implantation des firmes sud-coréennes dans ce projet. De plus, Park Geun-hye met en avant comme vision politique de son mandat une « initiative eurasienne », appelant à la construction de plus d’infrastructures de transport et à la libération du commerce entre toutes les nations eurasiennes pour créer un marché commun géant rivalisant avec l’Union Européenne. Le gouvernement nord-coréen est très favorable à cette participation sud-coréenne dans ce projet et espère qu’il constituera un terreau fertile pour faire avancer les relations intercoréennes.

 

En revanche, le choix opéré par la Corée du Sud, qui la rapprocherait de la Fédération de Russie, s'oppose frontalement aux récents appels lancés par les Etats-Unis. Suite à une réunion le 28 juillet 2014 avec des représentants français, allemands, britanniques et italiens pour décider des sanctions à appliquer contre la Russie, le secrétaire assistant adjoint au Counter Threat Finance and Sanctions (TFS) du département d’Etat américain, Peter Harrell, en visite à Séoul, s’est rendu au ministère des Affaires étrangères pour demander la coopération sud-coréenne dans ce front commun de sanctions. Le gouvernement sud-coréen a répondu via un communiqué que l’annexion de la Crimée par la Russie n’était pas acceptable. Il n'a cependant annoncé aucune sanction à l’encontre de la Fédération de Russie, afin de ne pas détériorer les relations bilatérales avec un potentiel partenaire majeur dans un projet intéressant toute l'Asie orientale.

 

Sources :

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 15:43

En déboursant 350 millions de dollars (360 milliards de won) pour être sponsor de l'édition 2014 de la coupe du monde de football au Brésil, le conglomérat sud-coréen Hyundai n'avait sans doute pas anticipé qu'il serait une des cibles privilégiées des opposants brésiliens à l'organisation de la manifestation - dont ils dénoncent le coût prohibitif (11,5 milliards de dollars de dépenses publiques) au détriment de politiques sociales (santé, logement, éducation), ainsi que la répression des forces de l'ordre soucieuses de faire disparaître les traces d'une pauvreté endémique dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde. Au total, près de deux cinquièmes des Brésiliens s'opposeraient à la coupe du monde. Dans ce contexte, avant les premiers matchs officiels, des actes de vandalisme ont été commis à l'encontre de Hyundai et le site Internet du groupe a été attaqué.

Manifestations, grèves et, pour les opposants les plus déterminés, des violences de rue et des affrontements avec la police anti-émeutes : les images qui nous proviennent du Brésil, au moment de l'ouverture du Mondial, sont celles d'un pays en révolte. Non seulement la politique spectacle du football comme sport professionnel - expression d'une économie capitaliste du divertissement - est mise en cause, mais de plus en plus de voix s'élèvent contre les conséquences sociales des lourds investissements publics ainsi engagés dans un pays profondément inégalitaire. Des groupes sociaux, comme le Mouvement des travailleurs sans terre, se sont pleinement engagés dans la contestation de la coupe du monde. La contestation a gagné plus de cinquante villes au Brésil.

La police anti-émeutes repousse les manifestants et les journalistes à Sao Paulo, à la veille du premier match

La police anti-émeutes repousse les manifestants et les journalistes à Sao Paulo, à la veille du premier match

Dans ce contexte, Hyundai - en tant que sponsor officiel de la quinzième coupe du monde - a été une des cibles de choix des opposants. Des images ont circulé montrant une voiture de la marque vandalisée à Sao Paulo, tandis que la boutique d'un concessionnaire du groupe Hyundai-Kia a été attaquée.

Les opposants à la coupe du monde ciblent le sponsor Hyundai

Par ailleurs, le site Internet de Hyundai a été attaqué par des hackers se revendiquant des Anonymous - à l'instar des sites d'autres institutions liées à l'organisation du Mondial, ainsi que des services de renseignement brésiliens - il y a quelque ironie du sort pour le conglomérat sud-coréen d'être en si bonne compagnie comme cible officielle des Anonymous, quand on sait que les services secrets sud-coréens sont largement derrière les attaques régulières de sites officiels nord-coréens, un temps conduites sous le masque des Anonymous. Le 11 juin 2014 a été déclaré journée de solidarité contre la coupe du monde par les Anonymous.

Les opposants à la coupe du monde ciblent le sponsor Hyundai

Au sein du groupe H, les Sud-Coréens affronteront la Russie le 17 juin, à 18h heure locale, au stade Arena Pantabal, à Cuiaba. Le précédent match (amical) contre la Russie, le 19 novembre 2013, s'était soldé par une victoire des Russes (2-1). Les Coréens seront ensuite opposés à l'Algérie, le 22 juin à 16 heures à Porto Alegre, puis à la Belgique le 26 juin à 17 heures à Sao Paulo. Les matchs de préparation ont été très décevants pour les hommes de Hong Myung-bo - qui avait conduit la Corée du Sud à décrocher une médaille de bronze aux Jeux de Londres en 2012 - défaits par la Tunisie (0-1) le 28 mai, puis par le Ghana (0-4) le 4 juin. Si les Sud-Coréens avaient dominé les deux matchs, ils avaient en effet commis de lourdes erreurs.

Sources :

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