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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 21:56

Alors que le président nord-coréen Kim Jong-un a achevé sa troisième visite en Chine en l'espace de trois mois, et que le président sud-coréen Moon Jae-in s'apprête à partir pour la Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine (et accessoirement assister au match de la coupe du monde du football entre la Corée du Sud et le Mexique), la recomposition diplomatique en cours s'accélère, après le sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Pour sa part, le président américain s'est concerté avec son allié sud-coréen pour ne pas mener en août prochain les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes - conformément à l'engagement qu'il avait pris de cesser les "exercices de guerre" "provocateurs" vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Analyse - avec en annexe un compte rendu de l'entretien donné par le président de l'AAFC à RT France le 19 juin 2018.

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Le chemin sera long sur la voie de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autant que la dénucléarisation de la péninsule coréenne devra avoir pour contrepartie des garanties de sécurité à l'égard de la Corée du Nord non seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi dans un cadre collectif amené à impliquer la Chine et la Russie. Dans ce contexte, il est logique que Pékin et Moscou souhaitent être étroitement associés au processus de recomposition diplomatique en cours. Si le troisième sommet entre Xi Jinping et Kim Jong-un a porté sur la dénucléarisation de la Corée, les relations bilatérales et l'amélioration des échanges économiques (en mettant notamment l'accent sur le renforcement des liaisons de transport, la présence du Premier ministre Pak Pong-ju aux côtés du dirigeant nord-coréen étant symptomatique de la priorité donnée au développement économique), une nouvelle fois le dirigeant nord-coréen a très certainement informé son allié chinois (en vertu du traité d'alliance de 1961, toujours valide) des résultats de sa rencontre avec le Président Trump - le numéro un chinois avait déjà rappelé, lors de sa première rencontre de 2018 avec le Président du Parti du travail de Corée, qu'il entendait réaffirmer l'alliance stratégique Pékin-Pyongyang, ce qui implique des échanges d'informations en ce domaine.

La Russie, d'une certaine manière en concurrence avec la Chine pour être un partenaire sinon privilégié du moins majeur de Pyongyang,  alors qu'elle n'est plus le principal partenaire politique et économique de la RPD de Corée depuis la disparition de l'URSS, a une diplomatie plus audacieuse : elle mentionne plus directement que la Chine a la nécessité de lever les sanctions économiques qui frappent la RPDC sans attendre la fin du processus de dénucléarisation qui, selon les experts, prendra des années. C'est en ce sens qu'il faut interpréter la visite d'Etat, au cours des prochains jours, de Moon Jae-in en Russie : alors que le dialogue direct qui s'est établi entre Washington et Pyongyang, avec Pékin en juge de paix, pourrait tendre à marginaliser Moscou et Séoul sur les questions de sécurité, ces deux capitales réaffirment leurs convergences de vue en ce domaine, dessinant une possible convergence qui permettrait à la Corée du Sud de s'affranchir (un peu) de la tutelle militaire américaine sans nécessairement devoir se coordonner avec la Chine (d'autant que le contentieux bilatéral sur le déploiement de THAAD n'est pas entièrement soldé). La Russie n'est peut-être plus un acteur économique majeur en Asie du Nord-Est, mais elle reste un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et a une courte frontière commune avec la Corée du Nord : alors que la relance du contentieux commercial entre Pékin et Washington ne fait pas nécessairement de la Chine le meilleur arbitre d'un différend potentiel entre la Corée du Nord et les Etats-Unis sur le rythme, les modalités et le contreparties du processus de dénucléarisation, la Russie pourra utilement apporter ses bons offices. Dans l'immédiat, il s'agit pour elle de ne pas être marginalisée dans le processus multilatéral en cours - si elle a été partie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la Corée, elle ne figurait pas (de même que le Japon) dans les pourparlers à quatre qui s'étaient mis en place lors de la première crise nucléaire, dans les années 1990.

Reste l'inconnue japonaise. Le très conservateur Premier ministre japonais Shinzo Abe a dû être réconforté que Donald Trump ne signe pas un accord global détaillé le 12 juin 2018 : Tokyo a le temps d'infléchir sa stratégie d'intransigeance à l'égard de Pyongyang, le temps de voir la rapidité - ou non - de la résolution des questions en suspens entre la RPD de Corée et les Etats-Unis d'Amérique. Dans tous les cas, fautes d'alliés de premier plan pour maintenir une pression maximale sur Pyongyang, le Japon doit déjà se préparer à une inflexion diplomatique, qui pourrait passer par une normalisation des relations diplomatiques, voire une visite de Shinzo Abe à Pyongyang - tout en continuant certainement à défendre des positions sceptiques tendant à parier sur l'échec des discussions américano - nord-coréennes.

Annexe : compte rendu de l'interview sur RT France le 19 juin 2018, au journal de 21h

Magali Forestier (MF), présentatrice du journal télévisé reçoit le président de l’AAFC, Benoit Quennedey (BQ).

-MF : Donald Trump suspend les prochains exercices de guerre, il respecte ses engagements, c’était une volonté de la Corée du nord qui les considérait comme une agression.

-BQ : Ces exercices de guerre sont les plus grandes manœuvres militaires en temps de paix, et elles n’ont cessé de gagner en ampleur depuis leur début dans les années 1970. C’est d’ailleurs Donald Trump lui-même qui utilise le terme "exercices de guerre" en remarquant qu’ils ont un caractère "provocateur". Ceux-ci s'inscrivent dans le cadre des dispositifs OPLAN qui ont pour but un changement de régime à Pyongyang. Cette suspension tant qu’il y a des négociations en cours et que la Corée du Nord arrête ses essais nucléaires et de tirs balistiques intercontinentaux revêt une importance considérable. En d"autres termes, on crée les conditions de la confiance pour engager le dialogue sur une bonne voie.

-MF : Aujourd’hui le leader nord-coréen est en Chine, quel est l’objet de cette visite ?

-BQ : C’est la troisième visite en trois mois. La Chine est le poumon économique de la Corée du Nord. Celle-ci est étranglée par des sanctions économiques. Donald Trump a dit que la levée des sanctions n’était pas à l’ordre du jour. Mais au-delà du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a une certaine marge de manœuvre dans leur application. Le premier objectif des Nord-Coréens est d’obtenir un soutien chinois en cas d’échec des négociations avec les Américains et déjà de subir une application moins stricte des sanctions. Deuxième objectif important : la Chine et la Corée du Nord restent liées par une alliance militaire datant de 1961, aux termes de laquelle les deux parties doivent se consulter sur les questions d’intérêt mutuel. On peut donc penser que les Nord-Coréens ont rendu compte de la rencontre avec le président Donald Trump, ce qui répond aussi à la volonté des Chinois d’être pleinement partie prenante du jeu diplomatique qui se met en place.

-MF : Cette cessation des manœuvres militaires fait extrêmement peur au Japon qui a toujours compté sur son allié américain pour protéger cette région. Donald Trump prend des décisions sans même consulter ses alliés historiques...

-BQ : Lors de son annonce du 12 juin, ni le commandement américain, ni la Corée du Sud n’avaient manifestement été informés et ils ont réagi avec surprise. Le Japon est dans un situation de confrontation ancienne avec la Corée du Nord au point d’avoir participé aux récentes manœuvres militaires américano-Sud-Coréennes. Le Japon a poussé à la montée des tensions et est aujourd’hui dans une position jusqu'au-boutiste dans laquelle il s’est un peu marginalisé. Comme lors de l’établissement des relations entre les Etats-Unis et la Chine populaire en 1972 le Japon ne veut pas être marginalisé… On peut penser que le Japon vise un sommet avec la Corée du Nord. Dans le jeu diplomatique en cours c’est la dernière pièce du puzzle qui manque.

- MF : Donald Trump a tendance à annoncer les choses de façon rapide sans même consulter parfois ses conseillers à la défense. Il semble que certains membres du Pentagone aient été surpris.

BQ : Les membres du Pentagone sont extrêmement réticents vis-à-vis de la Corée du Nord qu’ils considèrent comme un pays retors et susceptible de ne pas tenir ses engagements, mais les Etats-Unis ont montré qu’ils ne tenaient pas non plus leurs engagements. On est dans un jeu de poker menteur. Il faut aussi voir que dans l’administration américaine il n’y pas un bloc homogène. Entre Mike Pompeo qui est devenu l’interlocuteur des Nord-Coréens et qui a rencontré plusieurs fois Kim Jong-un à Pyongyang, et John Bolton le faucon interventionniste qui justifie la guerre en Irak, hier, aujourd’hui et s'il le faut demain, les positions ne sont pas du tout les mêmes. Il est probable que, pour ne pas avoir de bâtons dans les roues, Donald Trump a choisi les interlocuteurs qu'il a mis dans la confidence.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 22:29

Dans une dépêche relatant que le Président Bachar el-Assad avait reçu les lettres de créances du nouvel ambassadeur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à Damas, S.E. Mun Jong-nam, l'agence nord-coréenne KCNA a annoncé que le président syrien allait se rendre à Pyongyang et rencontrer le Président Kim Jong-un. Si la nouvelle est confirmée par les Syriens, elle pourrait faire du Président Bachar el-Assad, qui se déplace rarement à l'étranger, le premier chef d'Etat étranger à visiter la RPD de Corée depuis l'accession du Maréchal Kim Jong-un aux plus hautes fonctions de l'Etat et du Parti. 

KCNA annonce la visite de Bachar el-Assad en Corée du Nord : un demi-siècle de solidarité coréano-syrienne

Ce n'aurait pu être que l'une des classiques dépêches d'agence nord-coréennes signalant que l'un des ambassadeurs de la RPD de Corée a reçu ses lettres de créance, et rappelant l'importance des liens bilatéraux avec Pyongyang, qui ne suscitent que très rarement l'intérêt des médias occidentaux. Mais le retentissement médiatique a été cette fois exceptionnel, et pour cause, avec l'annonce de la visite en RPD de Corée du Président Bachar el-Assad - ce qui est par ailleurs le signe que, dans l'offensive diplomatique en cours, Pyongyang n'oublie pas ses alliés les plus anciens et les plus fidèles. 

Selon l'agence KCNA, le Président Assad aurait loué les qualités du dirigeant nord-coréen pour les progrès réalisés sur la scène internationale :

Le monde salue les événements remarquables survenus récemment dans la péninsule de Corée grâce à l’envergure exceptionnelle et la sagesse du leadership de Kim Jong Un .

C'est à la fin des années 1960 que l'établissement de relations diplomatiques bilatérales s'est traduit par l'ouverture d'une ambassade nord-coréenne à Damas et d'une ambassade syrienne à Pyongyang. La RPD de Corée a ensuite apporté un soutien constant à la Syrie dans les conflits israélo-arabes. Ainsi, en 1973, des pilotes nord-coréens sont intervenus dans la guerre israélo-arabe - à la demande des autorités égyptiennes, comme le précise Pyongyang - et leur participation au conflit est ainsi saluée dans le chapitre 99 du volume Affaires militaires de la collection "Connaissances de la Corée", publié aux éditions en langues étrangères de Pyongyang en 2016 : 

En mars 1973, la RPDC, acquiesçant à la demande du gouvernement égyptien, a pris une mesure d'envoyer un grand nombre d'aviateurs et spécialistes militaires sur le front égyptien.

Les pilotes coréens en Egypte ont accompli avec brio leurs tâches antiaériennes dans les parages de la mer Rouge, le plus faible point du front de ce pays et, dès le début de la guerre, ont anéanti des avions ennemis orgueilleux par un courage incomparable et des techniques ingénieuses de combat aérien.

Tout le long de la guerre, les avions américains et israéliens n'ont pas osé apparaître aux environs de la mer Rouge.

D'autre part, le groupe de conseillers militaires coréens a élaboré un nouveau plan tactique consistant à attaquer à la fois de flanc, par derrière et de front et, sur cette base, a fait sortir une puissante aviation sur la Médterrannée pour qu'elle frappe par surprise l'armée israélienne par derrière, apportant ainsi une contribution remarquable à acculer celle-ci à l'impasse.

Il s'agit de l'une des rares mentions par la RPD de Corée de l'envoi de conseillers militaires et de sa participation à un conflit à l'extérieur de la Corée (également mis en valeur dans le Musée de la Victoire de la guerre de Corée, inauguré en 2013) - avec la mention de l'envoi d'une unité du génie (pour construire des galeries) et de pilotes au Vietnam pendant la guerre de libération du pays (Affaires militaires, op. cit., paragraphe 98). 

La RPD de Corée a apporté un soutien constant (politique, diplomatique, militaire) au gouvernement syrien pour faire "face à l'impérialisme" dès le début de la guerre civile, exprimé notamment lors de la réception par le Président Kim Jong-un d'une délégation du parti arabe socialiste Baath en juillet 2013, à Pyongyang, dans le cadre des cérémonies marquant le soixantième anniversaire de la fin de la fin de la guerre de Corée. 

Pour sa part, la Syrie a toujours soutenu la RPD de Corée - y compris au paroxysme des tensions diplomatico-militaires en 2017. Un jardin de 9 000 m2 a été inauguré à Damas en août 2015 et baptisé du nom du Président Kim Il-sung, fondateur de la RPD de Corée. Interrogé par l'AFP, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Moqdad avait souligné, lors de la cérémonie d'inauguration, qu'il convenait de rendre hommage à "un leader historique célèbre pour la lutte de libération" de son pays.  

Lire aussi, sur le blog de l'AAFC : 

Sources : 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 21:25

Moins d'un mois et demi après sa visite en République populaire de Chine, du 25 au 28 mars 2018, dans le cadre de son premier déplacement à l'étranger depuis 2011, le Président Kim Jong-un a rencontré une nouvelle fois le Président Xi Jinping, à Dalian cette fois, dans le nord-est de la Chine, les 7 et 8 mai 2018. Ces nouveaux échanges au sommet témoignent de la mise en place de mécanismes de consultation entre les deux parties au plus haut niveau, dans le cadre du dialogue stratégique manifestement instauré lors de la visite de mars 2018 - avant le sommet à venir entre Donald Trump et Kim Jong-un, et au lendemain du déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de Wang Yi, conseiller d'Etat et ministre des Affaires étrangères chinois. 

Nouvelle rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping en Chine

C'est dans le cadre bucolique de Dalian qu'ont eu lieu les échanges entre les deux hommes d'Etat, dont l'agence chinoise Xinhua a rappelé non seulement les fonctions dans l'appareil d'Etat, mais aussi (et d'abord, car mentionnées en premier) celles au sein du Parti : 

Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et président chinois, a rencontré Kim Jong Un, président du Parti du travail de Corée (PTC) et président de la Commission des Affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), à Dalian, dans la province chinoise du Liaoning (nord-est), les 7 et 8 mai.

La rencontre a ainsi été replacée dans le cadre de la traditionnelle solidarité entre pays socialistes, en soulignant les liens d'amitié noués entre la RPD de Corée et la Chine et le développement des relations bilatérales, alors que Pékin a apporté son soutien à la priorité donnée par la RPD de Corée au développement de son économie. Selon l'agence Xinhua, 

M. Kim a observé qu'il était venu en Chine à nouveau pour rencontrer le secrétaire général et l'informer de la situation, espérant renforcer la communication stratégique et la coopération avec la Chine, approfondir l'amitié entre la RPDC et la Chine, et promouvoir la paix et la stabilité régionales.

Le communiqué chinois souligne à plusieurs reprises la convergence de vues des deux pays pour contribuer "à la paix et à la stabilité de la région". A cet égard, le Président Kim Jong-un a souligné que son engagement pour la dénucléarisation était conditionné à l'abandon par les Etats-Unis de leur politique hostile à l'égard de la RPD de Corée et à la levée des "menaces sécuritaires" à son encontre : 

La RPDC a adopté une position constante et claire pour réaliser la dénucléarisation de la péninsule coréenne, a fait savoir M. Kim. Tant que les parties concernées renoncent à leurs politiques hostiles et lèvent les menaces sécuritaires contre la RPDC, la RPDC n'a pas besoin d'être un état nucléaire et la dénucléarisation peut être réalisée, a-t-il indiqué.

Ce point crucial - qui souligne le rôle que devrait être amenée à jouer la Chine comme garant d'un accord apportant à Pyongyang les garanties de sécurité qu'elle attend - a d'ailleurs été souligné par Xi Jinping, dans l'entretien qu'il a ensuite eu avec Donald Trump. Selon une dépêche AFP citant les médias chinois : 

Quelques heures plus tard, le président chinois a, lors d'une conversation téléphonique avec Donald Trump, demandé à ce dernier de prendre en compte les "préoccupations de sécurité raisonnables" de Pyongyang.

Pour sa part, la Maison Blanche a préféré insister sur le fait que les Etats-Unis et la Chine ont convenu de "poursuivre l'application des sanctions" jusqu'au démantèlement du programme nucléaire nord-coréen : 

Selon un communiqué de la Maison Blanche, les deux dirigeants "sont tombés d'accord sur l'importance de la poursuite de l'application des sanctions contre la Corée du Nord jusqu'au démantèlement permanent de ses programmes nucléaire et balistique".

L'agence Xinhua a cependant cité le dirigeant nord-coréen en précisant que selon lui il serait nécessaire de bâtir des relations de confiance mutuelle, et que donc des mesures devraient être prises simultanément par les Etats-Unis - sans attendre par conséquent le démantèlement du programme nucléaire nord-coréen : 

M. Kim a espéré que la RPDC et les Etats-Unis bâtiraient la confiance mutuelle à travers le dialogue et que les parties concernées prendraient des mesures progressives et synchronisées de manière responsable, afin de faire avancer globalement le règlement politique de la question de la péninsule coréenne et d'atteindre finalement la dénucléarisation et une paix durable sur la péninsule.

Si le président américain a lui aussi parlé de l'instauration de relations de confiance, il n'a toutefois pas encore formulé de premières contreparties pour instaurer le processus qui permettra d'atteindre l'objectif ultime de dénucléarisation de la RPD de Corée. Comme l'avait tweeté Donald Trump avant son entretien téléphonique avec le Président Xi Jinping : 

Je parlerai avec mon ami le président chinois Xi à 8 h 30 ce matin. Les sujets principaux seront le commerce, sur lequel de bonnes choses vont se produire, et la Corée du Nord, où des liens et la confiance sont en train d’être bâtis.

Il reste donc manifestement des ajustements à opérer pour accorder les positions de Pyongyang et Washington. Et c'est en ce domaine que, sans attendre l'accord final de dénucléarisation, la Chine peut d'ores et déjà jouer un rôle important, par une mission de bons offices consistant à rapprocher les points de vue. A cet égard, il n'est pas anodin que le Président Kim Jong-un ait salué - lui aussi - le rôle de facilitateur joué par la Chine, souligné par le Président Xi Jinping qui a déclaré, selon Xinhua : 

La Chine est prête à continuer à travailler avec toutes les parties concernées et à jouer un rôle actif pour faire avancer de manière complète le processus de résolution pacifique du dossier péninsulaire par le dialogue, et réaliser la paix et la stabilité à long terme dans cette région.

Le processus en cours est donc bien multipartite, équilibré entre chacune des parties impliquées (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine), ce qui accroît les chances de parvenir à un accord satisfaisant les intérêts de tous les acteurs.

Nouvelle rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping en Chine

Sources : 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 19:55

La dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) devrait être le principal thème du sommet entre les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump, prévu en mai ou juin. A cet égard, entre les positions de la déclaration de Panmunjom adoptée lors du sommet intercoréen du 27 avril 2018 et les attentes américaines, un certain nombre de questions restent en suspens - comme le rappelle le fait que les termes de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" (correspondant à la position de Washington) ne figureront pas dans le communiqué devant être publié ce 9 mai 2018, à l'issue du sommet entre la République de Corée (Corée du Sud), la République populaire de Chine et le Japon. 

Le site nucléaire du village (ri) de Punggye, en Corée du Nord

Le site nucléaire du village (ri) de Punggye, en Corée du Nord

Affirmée à trois reprises au paragraphe 4 de la déclaration de Panmunjom, la "dénucléarisation complète" de la péninsule coréenne est présentée comme un "objectif" à atteindre : 

Le Nord et le Sud ont confirmé l’objectif commun d’aboutir à une péninsule coréenne sans armes nucléaire grâce à une dénucléarisation complète.

On notera que, corollairement à la dénucléarisation à terme (il s'agit d'un "objectif") de la RPDC, le but poursuivi est que toute la péninsule coréenne - donc y compris le Sud, aujourd'hui sous le "parapluie" nucléaire américain - devienne une zone exempte d'armes nucléaires.

De leur côté, les autorités américaines précisent que la dénucléarisation doit non seulement être "complète", mais également "vérifiable" et "irréversible". 

Actuellement, et en amont du sommet intercoréen, la RPD de Corée a suspendu ses essais nucléaires (après en avoir mené six, entre octobre 2006 et septembre 2017), mais n'a pas (encore) pris l'engagement de ne plus en mener - alors que la fin des essais nucléaires nord-coréens devrait aller de pair avec son adhésion au Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN), dont les inspecteurs seraient ainsi en mesure de vérifier les engagements de Pyongyang. En particulier, dans le cadre du TICEN sont mis en place des détecteurs sismiques et acoustiques d'essais nucléaires.

La fin des essais ne signifie pas non plus la fin des programmes nucléaires. Enfin, la dénucléarisation ne deviendra effective qu'à l'issue d'une troisième étape : après la fin des essais nucléaires puis des programmes nucléaires, le démantèlement de l'arsenal nucléaire (le nombre d'ogives nucléaires détenues par la RPD de Corée étant par ailleurs inconnu).

Dans une manifestation supplémentaire de bonne volonté, les autorités nord-coréennes ont également annoncé la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye - qui, contrairement à des informations erronées diffusées dans plusieurs médias - est dans un état qui le rend aujourd'hui parfaitement utilisable, comme l'ont montré les experts du site 38 North, aujourd'hui le site public le mieux informé sur les questions militaires liées à la Corée du Nord. Toujours sur le site 38 North, pour passer d'abord de la phase de la suspension à celle de l'arrêt des essais nucléaires, Jon Wolfsthal souligne l'utilité de combiner les engagements de dénucléarisation de la RPDC avec son adhésion au TICEN, ainsi que la nécessité que la fermeture du site de Punggye fasse l'objectif de vérifications par les équipes d'inspection du TICEN, qui devront également pouvoir accéder à d'autres sites.

Le chemin sera donc long vers la dénucléarisation "complète, vérifiable et irréversible" de la Corée du Nord, dont il est difficile d'envisager qu'elle avance sur cette voie sans bénéficier de contreparties tout au long du processus (conformément au principe "action pour action", qui a rendu possible les précédentes phases de négociations sur le nucléaire nord-coréen). Si officiellement l'administration américaine - notamment par la voix du "faucon" John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du Président Donald Trump - exclut tout geste des Etats-Unis avant la phase de démantèlement des armes nucléaires, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui a rencontré le Président Kim Jong-un, évite ostensiblement d'adopter publiquement une position aussi maximaliste, conscient qu'aucun pays au monde n'a jamais désarmé de son plein gré, unilatéralement et sans contreparties. Tôt ou tard, les préoccupations légitimes de sécurité de la RPD de Corée et un calendrier de levée des sanctions devront être mis sur la table des négociations, si l'on veut que celles-ci aboutissent.

Sources : 

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 12:39

A une semaine du troisième sommet intercoréen prévu le 27 avril 2018, Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a lié ce sommet et la rencontre entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un, envisagée (dans une date et en un lieu encore à confirmer) fin mai ou début juin 2018. La perspective est celle d'un accord global autour de la péninsule coréenne, qui lierait la dénucléarisation de la péninsule et la conclusion d'un traité de paix - alors que la guerre de Corée s'est terminée par un simple accord d'armistice.

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Si les hypothèses vont bon train sur les enjeux et les conclusions à attendre des deux sommets à venir (Corée du Nord-Corée du Sud et Corée du Nord-Etats-Unis), un intense cycle de négociations diplomatiques a commencé - les délais étant rapprochés - comme en a d'ailleurs témoigné la visite à Pyongyang, du 30 mars au 1er avril, de Mike Pompeo, directeur de la CIA récemment nommé secrétaire d'Etat par le Président Donald Trump, où il a eu un échange avec le Président Kim Jong-un. Son déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a confirmé du même coup que les discussions sont menées par le canal des services de renseignement (et non par la voie diplomatique), ce qui est habituel s'agissant des relations intercoréennes, moins classique pour la diplomatie américaine, y compris en ce qui concerne la péninsule coréenne.

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée à la Maison Bleue à une semaine du troisième sommet intercoréen, le Président Moon Jae-in a clairement observé que cette rencontre s'inscrivait dans un cycle plus global, dont les résultats devraient être appréciés à l'issue du sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump :

Nous ne parlerons de dialogue fructueux que lorsque le tout premier sommet nord-coréano-américain aura eu lieu, et pas seulement le sommet Sud-Nord (...) Nous aurons besoin d'idées audacieuses et de solutions créatives pour réussir les deux sommets et ne pas répéter les erreurs du passé.

Quand il évoque la nécessité selon lui de "ne pas répéter les erreurs du passé", le Président Moon Jae-in parle manifestement du besoin qu'il n'y ait pas deux lignes diplomatiques parallèles, conduites par Séoul et Washington. Ainsi, les objectifs attendus des deux sommets sont imbriqués, et ils lient dénucléarisation de la péninsule, conclusion d'un accord de paix, relance des relations intercoréennes et (il est important de souligner que ces questions sont présentées comme une conséquence des trois premières) levée des sanctions contre la RPD de Corée et normalisation des relations entre Pyongyang et Washington d'une part, Pyongyang et Tokyo d'autre part , dessinant ainsi la perspective d'un accord global :

Si la dénucléarisation est conclue lors des sommets Sud-Nord et Corée du Nord-Etats-Unis, il ne sera pas très difficile de se mettre d’accord en principe sur un cadre large comme l'établissement d'un régime de paix, la normalisation des relations Corée du Nord-Etats-Unis et une aide internationale pour le développement économique du Nord (...) Les relations Sud-Nord pourront se développer lorsque la question nucléaire nord-coréenne sera résolue et que les sanctions internationales seront levées. Nous sommes dans une situation où nous ne pouvons pas améliorer les relations Séoul-Pyongyang uniquement sur la base d'un dialogue réussi entre le Sud et le Nord. Les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis doivent également être améliorées et celles Pyongyang-Tokyo aussi. Les rapports Sud-Nord pourront s’améliorer quand tous ces problèmes seront réglés.

Donald Trump ne semble pas être sur une autre ligne, qui a confirmé la rencontre entre Mike Pompeo et le Président Kim Jong-un, a rappelé que cinq lieux étaient à l'étude pour le sommet avec Kim Jong-un (dont probablement Pyongyang, Washington et la zone démilitarisée) et a aussi observé l'importance, lui aussi, de conclure un traité de paix :

Mike Pompeo a rencontré Kim Jong-un en Corée du Nord la semaine dernière. La rencontre s’est bien déroulée et une bonne relation s’est établie. Les détails du sommet sont à l’étude (...) Nous envisageons cinq lieux (...) Je crois vraiment qu’il y a beaucoup de bonne volonté. Nous verrons ce qu’il advient, comme je dis toujours. Car à la fin, c’est le résultat qui compte. (...) La Corée du Sud a des projets de rencontre avec la Corée du Nord pour voir s’ils peuvent mettre fin à la guerre. Et ils ont ma bénédiction à ce sujet (...) les gens n’ont pas conscience que la guerre de Corée ne s’est pas terminée.

Toutefois, la partie américaine a été prudente quant aux modalités de concrétisation des engagements de la République populaire démocratique de Corée sur sa dénucléarisation, laissant clairement entendre que le sommet Etats-Unis - Corée du Nord devrait conduite à l'adoption d'une feuille de route en posant des principes, dont les détails (cruciaux) devraient ensuite être précisés. Dans ce contexte, il faudra donc que chacun fasse des avancées simultanément, conformément au principe "action contre action" qui a toujours prévalu dans les échanges diplomatiques sur la question coréenne, notamment lors des pourparlers à quatre (les deux Corée, les Etats-Unis et la Chine) puis à six parties (les mêmes, plus la Russie et le Japon).

Sources :

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 16:25

Le 29 mars 2018, l'association Droit Solidarité (membre de l'Association internationale des juristes démocrates) a organisé à la Bourse du travail de Paris une conférence intitulée "La Corée entre intox et vérité", en partenariat avec le Mouvement de la Paix, l'Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre (ARAC), l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et l'Association coréenne pour une constituante populaire. Dans un contexte marqué par les menaces continues de guerre dans la péninsule coréenne en 2017, avant que l'évolution récente de la situation internationale n'impose aux Etats-Unis de devoir prendre en compte la volonté des Coréens (du Nord, du Sud et de la diaspora) d'être maîtres de leur destin, les participants ont adopté un appel soulignant la nécessité de rendre sa souveraineté au peuple coréen, dans le respect des principes du droit international public et de la Charte des Nations unies. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

En ouverture des débats, l'avocat Roland Weyl, président de Droit Solidarité - a souligné que la solidarité avec le peuple coréen ne devait pas être humanitaire ni morale, mais s'exprimer en termes juridiques. Condamnant le traitement médiatique déplorable de la Corée - et singulièrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - il a souligné que les Etats-Unis d'Amérique n'avaient aucune légitimité à intervenir dans la péninsule coréenne où ils ont pourtant installé au pouvoir Syngman Rhee, pas plus que dans le Pacifique Sud. Ce qui est connu comme la guerre de Corée n'est qu'une opération de police menée au nom des Nations unies, sous commandement américain :  l'absence du représentant soviétique au Conseil de sécurité des Nations unies, lorsque les Américains y ont soulevé la question coréenne en 1950, a été traitée fallacieusement par la Cour internationale de justice, saisie par les Etats-Unis, comme un vote non négatif, ce qui a créé le principe du "droit de veto", alors qu'il était prévu une prise de décision au sein du Conseil de sécurité par consensus. L'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, le 27 juillet 1953, aurait ensuite dû être suivi d'une conférence internationale sur la réunification de la Corée. Aujourd'hui, il est possible et souhaitable, en accord avec le droit international public fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de restituer au peuple coréen (du Nord, du Sud et de la diaspora) sa souveraineté en décidant de son destin, dans le cadre de négociations entre les deux gouvernements coréens, d'une assemblée constituante ou du choix d'une constitution par référendum. L'organisation des Nations unies peut y contribuer, sur la base notamment du Chapitre VI de la Charte qui permet au Conseil de sécurité d'exercer une mission de bons offices. 

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

S'exprimant ensuite au nom du Mouvement de la Paix, Yves-Jean Gallas a rappelé que la guerre de Corée était inscrite dans l'ADN du Mouvement de la Paix : le refus d'utilisation des armes nucléaires au cours du conflit, comme menaçait de le faire le général MacArthur, avait été à l'origine de l'appel de Stockholm - alors que moins de dix ans plus tôt les Coréens résidant au Japon avaient payé un lourd tribut aux bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki. Ayant rappelé le dossier consacré par le Mouvement de la paix à la question nucléaire coréenne dans le numéro de novembre 2017 de Planète Paix, Yves-Jean Gallas a souligné que la mise en place d'un régime de sécurité collective en Asie du Nord-Est pourrait se fonder sur les principes d'Helsinki - et non l'OSCE, devenu l'outil de l'OTAN, ne respectant pas les principes d'Helsinki dont il se réclame. 

Puis Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC, a souligné que les tensions autour de la Corée étaient fondamentalement liées à la situation géopolitique de la péninsule coréenne, entre la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis, et concentrant un nombre impressionnant de bases américaines dans la région Asie-Pacifique, reconnue comme prioritaire pour les intérêts américains. La conférence de Genève en 1954 n'a pas réglé, comme elle aurait dû, la question coréenne, à l'issue d'un conflit ayant causé quelque trois millions de morts et où les forces des Nations unies sous commandement américain ont recouru aux armes chimiques et bactériologiques. La communauté internationale a la responsabilité d'empêcher que ne survienne un nouveau conflit, en diminuant les tensions et en combattant les obsessions belliqueuses des néo-conservateurs américains. 

Lors de la discussion qui a suivi ont été évoquées les conséquences de la chute du mur de Berlin, de la fin des démocraties populaires d'Europe de l'Est et de la disparition de l'URSS sur la situation en Corée du Nord - qui a alors traversé une grave famine. Il faut ainsi appréhender la Corée au-delà des clichés véhiculés par les médias, comme le fait Patrick Maurus dans son ouvrage Les trois Corée (en n'oubliant pas la troisième Corée, chinoise), récemment publié aux éditions Hémisphères. 

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

La dernière prise de parole est revenue au représentant de l'Association coréenne pour une constituante populaire : alors que l'histoire de la Corée a été marquée par les questions de la paix et de la réunification, et de la démocratie en Corée du Sud, rendre sa souveraineté au peuple coréen, en respectant son droit à l'autodétermination, impose de rejeter toute intervention étrangère - et d'abord américaine - dans les affaires intérieures de la Corée. La Corée du Nord a développé des armes nucléaires pour faire face à la menace américaine et discuter d'égal à égal avec les Etats-Unis : l'objectif est de parvenir à un système de paix régional en faisant de la péninsule coréenne une zone exempte d'armes nucléaires. Le sommet à venir entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un marquera le début (et non l'aboutissement) d'un processus tendant à garantir la paix et la sécurité collective. 

Animateur des débats qui ont suivi les exposés liminaires, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a souligné la nécessité de maintenir une action coordonnée entre tous les participants à la conférence, afin de pouvoir réagir rapidement et efficacement en cas de nouvelle détérioration de la situation internationale, et pouvoir ainsi peser le plus fortement possible sur l'opinion publique et les gouvernements, en France et en Occident. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

A l'issue de leurs travaux, les participants à la conférence ont adopté, à l'unanimité des participants, un appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même, dans le respect du droit international. Ils soumettent ce texte à l'approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachés à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes. 

Appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même,
dans le respect du droit international

Face à une campagne falsificatrice qui prétend que les Etats-Unis ont imposé une négociation à la Corée du Nord, il est nécessaire de rappeler que :
- Les Etats-Unis n'ont aucun titre ni aucune qualité pour négocier quoi que ce soit dans l'Ouest Pacifique où leur présence militaire est aussi contraire au droit international que le serait celle de la Chine au large de la Californie.
- La Corée du Nord doit certes renoncer à l'arme nucléaire, comme devraient y renoncer tous les Etats qui la possèdent.
Mais il est non moins impératif de rendre au peuple coréen la plénitude de ses droits tels que proclamés par le droit international édicté par la Charte des Nations Unies, à savoir le droit de disposer de lui-même dans une participation à part entière à la communauté des peuples du monde, représentés par l'Etat qu'ils se donnent librement, sans intervention étrangère, dans leur respect mutuel et l'égalité des nations grandes et petites.
Le peuple coréen a toujours été unique sur un seul territoire, y compris après s'être libéré de l'occupation japonaise, et n'a été coupé en deux que par le jeu des grandes puissances à la suite de la conférence de Potsdam.
Cette restitution au peuple coréen de sa libre disposition dans son unité peut se faire par divers moyens qui peuvent se combiner, entre les négociations entre les deux gouvernements, la convocation d'une Assemblée Constituante et / ou le choix d'une constitution par référendum, et le Chapitre VI de la Charte donne au Conseil de Sécurité le pouvoir d'y aider en en proposant les moyens et offrant ses bons offices.
Nous estimons de notre devoir d'y aider, à la fois en combattant toutes les campagnes trompeuses, en alertant et informant au maximum notre opinion publique et en oeuvrant à ce que la France y conforme sa politique en la matière. Cela suppose d'abord que dans un premier temps elle mette fin à une discrimination qui dénie aux Coréens du Nord une représentation diplomatique égale, mais doit aussi se traduire par une action aux Nations Unies conforme à sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité et plus généralement dans tous les domaines et instruments des rapports internationaux.

Appel approuvé à l’unanimité des participants à l’issue de la conférence sur la Corée à la Bourse du Travail de Paris, le 29 mars 2018, et soumis à l’approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachées à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes.

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 20:40

Le 15 mars 2018, Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), est arrivé en Suède pour une visite d'une durée initialement prévue de deux jours, prolongée jusqu'au samedi 17 mars. En janvier 2018, Han Song-ryol, vice-ministre des Affaires étrangères, s'était déjà rendu à Stockholm. Si les deux parties n'ont évoqué publiquement, à ce stade, que les thèmes abordés en termes généraux (sans que les médias ne publient de photos des rencontres), l'intérêt pour cette visite est renforcé tant par le contexte international (un sommet a été annoncé entre les dirigeants américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong-un, à une date et en un lieu qui restent à déterminer) que par la position spécifique de la Suède, qui a été l'un des premiers pays ouest-européens à établir des relations diplomatiques avec la RPDC et qui représente en Corée du Nord les intérêts consulaires de plusieurs pays occidentaux (dont les Etats-Unis, le Canada et l'Australie, comme l'ont rappelé les autorités suédoises à l'occasion de la visite de mars 2018, en citant ces trois Etats). 

Ri Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot WallströmRi Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot Wallström

Ri Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot Wallström

Si l'agence officielle nord-coréenne KCNA n'a pas (encore) fait état du sommet prévu entre les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump - attendant vraisemblablement des éléments plus précis (lieu, date) pour en faire l'annonce - elle a en revanche rendu compte, le 16 mars 2018, du départ la veille d'une délégation conduite par Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de la RPDC, pour le royaume de Suède : KCNA a annoncé que la délégation nord-coréenne rencontrerait Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, "pour des échanges de vues sur les relations bilatérales et des questions d'intérêt commun". Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, la délégation de la RPDC comprend également Choe Kang-il, directeur général adjoint du département Amérique du Nord du ministère des Affaires étrangères.  

A titre plus anecdotique, Ri Yong-ho connaît déjà la Suède pour y avoir été en poste diplomatique entre 1985 et 1988.

De fait, le 16 mars au soir il n'y avait déjà pas eu une, mais deux rencontres avec Margot Wallström : le jour de l'arrivée de la délégation, dans le cadre d'un dîner, puis lors d'une rencontre de plusieurs heures le lendemain 16 mars. Ri Yong-ho a aussi rencontré
 plus brièvement le Premier ministre suédois Stefan Löfven dans la matinée du 16 mars.  

Revenant sur ces premiers échanges, dont elle s'est félicitée du caractère constructif, Margot Wallström a mis en avant le fait que la Suède représente les intérêts d'autres pays occidentaux en Corée du Nord, ainsi que la situation internationale - Stockholm jouant volontiers un rôle de bons offices pour faciliter les échanges et le dialogue, sans s'immiscer dans les relations bilatérales des autres pays : 

Nous honorons notre mandat de puissance protectrice (...) Le dialogue est nécessaire (...) mais nous ne sommes pas naïfs au point de croire que nous pouvons régler tous les problèmes de la planète. Il revient aux parties de décider du chemin à suivre.

Le premier point (les intérêts consulaires que défend la Suède en RPDC) est sans doute fondamental dans les échanges en cours entre les Etats-Unis et la RPDC. En effet, trois citoyens américains (tous Coréens américains, Kim Dong-chul, Tony Kim et Kim Hak-song) sont actuellement détenus en Corée du Nord pour des activités considérées comme criminelles,  et leur libération pourrait ainsi faire partie d'un accord plus global entre Washington et Pyongyang. Lors de la libération par Pyongyang d'un quatrième Américain, Otto Warmbier, tragiquement disparu six jours après son retour aux Etats-Unis (ce qui a été à l'origine d'un contentieux bilatéral, plusieurs fois rappelé par Donald Trump lui-même), les autorités américaines avaient salué le rôle positif joué par la Suède. 

S'agissant de la situation internationale,  alors que la Suède est actuellement l'un des membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (dont les résolutions visent à la dénucléarisation de la RPD de Corée), la ministre Margot Wallström a rappelé que son pays était désireux d'apporter sa contribution pour diminuer durablement les tensions dans la péninsule en favorisant le dialogue entre Pyongyang et Washington.

Cette visite en Suède s'inscrit dans le cadre de relations bilatérales anciennes : les deux Etats ont établi des relations diplomatiques le 7 avril 1970 ; en 1974 une ambassade nord-coréenne a ouvert ses portes à Stockholm ; en 1975 la Suède a inauguré la première représentation diplomatique occidentale à Pyongyang (le premier ambassadeur suédois en RPDC, Erik Cornell, a rendu compte de son séjour dans le pays dans son ouvrage Report of an Envoy to Paradise, qui apporte un témoignage teinté d'ironie et non dépourvu d'intérêt sur plusieurs sujets, comme la première représentation diplomatique australienne en Corée du Nord). 

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), la Suède, pays neutre, avait envoyé du personnel médical dans la péninsule. Après l'accord d'armistice, elle a fait partie de la Commission de supervision des nations neutres - dont elle est toujours membre, même si cet organisme ne joue pas (ou plus) un rôle primordial.


En 2001, alors que la Suède présidait l'Union européenne, le Premier ministre suédois Göran Persson, à la tête d'une délégation de l'Union européenne comprenant également Chris Patten, Commissaire européen aux relations extérieures, et Javier Solana, Haut représentant aux Affaires étrangères, avait rencontré à Pyongyang le Dirigeant Kim Jong-il. A la suite de cette visite, des relations bilatérales avaient été établies entre la République populaire démocratique de Corée et l'Union européenne. 

La RPD de Corée a par ailleurs noué une dette bilatérale à l'égard de la Suède, suite au non-paiement de plusieurs opérations (comme l'achat de voitures Volvo dans les années 1970, la Corée du Nord ayant été en cessation de paiement à la fin de la décennie). Le commerce entre les deux pays est actuellement très faible (en-deçà de 1 million d'euros par an). La Suède est par ailleurs un des principaux pourvoyeurs européens d'aide publique au développement à la RPD de Corée (à hauteur de 2,3 millions d'euros en 2017).

Sources : 

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 11:45

Selon un rapport des Nations unies réalisé en 2017 mais non publié à ce jour, ayant fuité dans les médias (le New York Times a publié un article à ce sujet le 27 février 2018, et des extraits ont aussi pu être lus par des membres de l'agence américaine Associated Press), la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aurait coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, dans le cadre de 40 livraisons par voie maritime entre la RPDC et la Syrie entre 2012 et 2017, via des sociétés-écrans. Ces échanges porteraient plus précisément sur des composants potentiels d'armes balistiques et chimiques : le rapport évoque "le transfert en Syrie de valves de résistances spéciales et de thermomètres connus pour être utilisés dans des programmes d'armements chimiques", ainsi que de céramiques résistant à l'acide et supposées avoir été utilisées pour des usines d'armes chimiques. Ces opérations auraient échappé aux services de renseignement américains. Elles ont été dénoncés comme une violation de l'embargo sur les armes à destination de la Syrie.

Toujours selon le rapport non publié auquel ont eu accès les médias américains précités, des techniciens nord-coréens travailleraient également sur des sites d'armes chimiques et de pièces pour missiles. Le gouvernement syrien a démenti, en déclarant qu'il n'y avait pas sur son territoire de telles sociétés nord-coréennes et que les seuls Nord-Coréens présents travaillaient dans le domaine de la coopération sportive, pour l'entraînement d'athlètes et de gymnastes.

Le gouvernement russe a mis en cause les méthodes selon lui insuffisamment rigoureuses des équipes des Nations unies en charge de ce dossier.

La nouvelle est intervenue à un moment critique, deux jours après de nouvelles accusations d'utilisation d'armes chimiques par les forces syriennes dans la Ghouta orientale. En outre, l'information conforte la politique nord-coréenne de Washington, alors que les Etats-Unis entendent renforcer les sanctions contre la Corée du Nord (ils ont d'ailleurs adopté des sanctions unilatérales qualifiées de "sans précédent", visant également d'autres pays, dont la Chine), en dépit de la trêve olympique (qui n'est d'ailleurs pas achevée, les Jeux paralympiques commençant dans quelques jours). Cette trêve a donné lieu à un spectaculaire rapprochement intercoréen, vécu à contre-coeur par l'administration Trump.

La question des armes chimiques en Syrie est particulièrement sensible : la Syrie, qui a rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013, a toujours nié avoir utilisé des armes chimiques (malgré des accusations d'utilisation dans la Ghouta orientale, avant que la Syrie ne rejoigne la Convention sur l'interdiction des armes chimiques). En janvier 2016 l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a déclaré que le stock syrien d'armes chimiques avait été supprimé. Cependant, des accusations continuent d'être portées contre Damas sur l'utilisation d'armes chimiques, qui se serait poursuivie après 2013. Le 14 février 2018, le président français Emmanuel Macron avait affirmé que toute utilisation d'armes chimiques entraînerait une riposte contre le gouvernement syrien, mais qu'il fallait des preuves incontestables sur l'utilisation avérée d'armes chimiques prohibées contre les populations civiles. Les Etats-Unis avaient, quant à eux, décidé dès avril 2017 le lancement de 59 missiles de croisière contre la base syrienne à l'origine de l'attaque de Khan Cheikhoun, qui avait selon eux impliqué l'utilisation d'armes chimiques par les forces gouvernementales syriennes. 

Le 1er mars 2018, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a publié un démenti sur la coopération avec Damas en matière d'armes chimiques émanant du directeur de la presse de l'Institut pour les études américaines du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée. Dans cette déclaration, Pyongyang a affirmé être opposé non seulement à la production et à la détention d'armes chimiques, mais à leur principe même - tout en dénonçant les Etats-Unis, principal producteur d'armes dans le monde (et ayant utilisé des armes chimiques - dont le napalm - et bactériologiques à grande échelle pendant la guerre de Corée), pour avoir monté de toutes pièces un dossier d'accusation servant leur politique belliciste à l'égard de la Corée du Nord. La RPDC est signataire de l'accord de Genève qui interdit l'utilisation d'armes chimiques en cas de guerre. En revanche, à l'instar de l'Egypte, du Soudan du Sud et d'Israël (qui a signé le traité mais ne l'a pas ratifié), la RPDC n'a pas rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, qui vise à interdire les armes chimiques et à détruire les arsenaux existants, dans le cadre de vérifications menées sous l'égide de l'OIAC.

Nous publions ci-après une dépêche de l'agence Reuters, que nous avons traduite de l'anglais, qui resitue les lourds enjeux que comporte cette question : production ou non d'armes chimiques tendant à corroborer la thèse de leur utilisation, pouvant servir de justification à une intervention américaine, éventuellement dans le cadre d'une coalition ; rôle ou pas de la Corée du Nord permettant d'accroître les sanctions contre elle, comme le souhaite Washington qui ferait ainsi d'une pierre deux coups, en visant à la fois Damas et Pyongyang.

Médias d'Etat : la Corée du Nord nie un lien avec la Syrie pour la production d'armes chimiques"

Séoul (Reuters) - Selon des comptes rendus des médias d'Etat de jeudi dernier, la Corée du Nord a rejeté les rapports selon lesquels elle a coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, les rejetant comme une fabrication des Etats-Unis pour accroître la pression sur elle.

L'agence publique KCNA a cité un porte-parole de l'institut de recherches sur les études américaines du ministère des Affaires étrangères : selon lui, l'argument des Etats-Unis selon lequel la RPDC a aidé la Syrie à produire des armes chimiques "n'a pas de sens".

Selon le porte-parole cité par KCNA, "comme nous l'avons clairement dit à plusieurs reprises, notre République ne développe, ne produit ni ne stocke des armes chimiques et est opposée aux armes chimiques elles-mêmes."

Robert Wood, ambassadeur américain à la Conférence du désarmement, a déclaré mercredi qu'il y avait historiquement une relation entre les deux pays en matière de missiles et de composants d'armes chimiques.

Deux cargaisons nord-coréennes à une agence gouvernementale syrienne en charge du programme d'armes chimiques du pays ont été interceptées ces six derniers mois, selon un rapport confidentiel des Nations unies sur les violations des sanctions contre la Corée du Nord.

La Corée du Nord est placée sous un régime de sanctions des Nations unies depuis 2006 à propos de ses programmes balistiques et nucléaires, et le Conseil de sécurité a accru les mesures en réponse à six essais nucléaires et à plusieurs lancements de missiles de longue portée.

Selon des sources diplomatiques ayant informé Reuters, le groupe de surveillance mondial des armes chimiques basé à La Haye a ouvert une enquête dimanche sur les attaques dans la région de Ghouta orientale, tenue par les rebelles et assiégée, pour déterminer si des armes interdites ont été utilisées.

La Syrie a signé la convention internationale d'interdiction des armes chimiques en 2014, comme partie d'un accord négocié par Moscou pour éviter les attaques américaines aériennes, intervenues comme mesure de rétorsion à une attaque utilisant un gaz neurotoxique ayant tué des centaines de personnes, pour laquelle Washington a accusé Damas. Dans les années qui ont suivi, les réserves déclarées de gaz mortels interdits de la Syrie ont été détruites suivant une surveillance internationale.

Reportage de Ju-min Park, publication par Alistair Bell

Reuters

La Corée du Nord nie coopérer avec la Syrie pour la production d'armes chimiques
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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 23:54

Le 23 février 2018, les autorités américaines ont annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - décrites comme "sans précédent" - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'encontre de sociétés de transport maritimes ou de navires qui, selon Washington, aideraient Pyongyang à contourner les sanctions. Parmi les entreprises sanctionnées figurent des sociétés chinoises, ce qui a entraîné une vive réaction de Pékin. Mais dans quelle mesure la Chine va-t-elle effectivement changer sa coopération avec les Etats-Unis sur le dossier coréen ? 

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Par un communiqué publié dès le 24 février 2018, les autorités chinoises ont vivement réagi à cette initiative américaine prise de manière unilatérale, menaçant qu'elle pourrait avoir des conséquences sur la relation bilatérale avec Washington pour le traitement du dossier coréen : 

La Chine est fermement opposée (...) à ce que les Etats-Unis se basent sur leur droit national pour imposer des sanctions unilatérales contre des entités et des individus chinois (...).

Nous avons déposé des protestations officielles auprès des autorités américaines, et exigé que les Etats-Unis mettent fin à leurs pratiques erronées, afin d'éviter de porter atteinte à notre coopération bilatérale sur le dossier [nord-coréen].

Comme l'a observé l'analyste James Dobbin, de la Rand corporation souvent décrite comme d'inspiration néo-conservatrice, la Chine est d'autant plus sensible à une telle interférence relevant du principe d'extraterritorialité (c'est-à-dire, empiétant sur sa souveraineté) qu'elle coopère à la mise en oeuvre du régime international de sanctions contre la Corée du Nord : 

La Chine est parmi les pays les moins susceptibles de se soumettre à une interférence extraterritoriale sur ses arrangements commerciaux. Néanmoins, la Chine a soutenu l'augmentation continue des sanctions internationales contre la Corée du Nord imposée par le Conseil de sécurité des Nations unies, alors qu'elle apprécie encore moins une Corée du Nord dotée d'armes nucléaires.

Ce point de vue fait le pari que la Chine, au fond, ne serait pas hostile aux sanctions contre la RPD de Corée - certains auteurs, comme Samuel Ramani, émettant l'hypothèse que les sanctions offrent un levier à Pékin pour "rétablir son hégémonie" sur la Corée du Nord. 

La fin de la coopération sino-américaine sur la question coréenne est enfin d'autant moins probable que la Chine protestait déjà, en 2014, contre les sanctions unilatérales américaines frappant des sociétés chinoises commerçant avec la Corée du Nord. Mais elle n'a alors pas abandonné le levier des sanctions, inscrivant de fait ses pas dans ceux de la diplomatie américaine.

Si l'administration Trump pratique volontiers une diplomatie tendant à aller jusqu'au point de rupture avec Pékin,  elle sait que ses dernières initiatives ne lui font pas courir un très grand danger, mais qu'elles pourraient relever davantage d'un "grand marchandage" entre Pékin et Washington (comme l'imagine James Dobbin) : le suivisme chinois dans l'adoption des sanctions internationales contre Pyongyang, et l'absence de contre-mesures aux initiatives unilatérales des Etats-Unis, a fait perdre beaucoup de leur crédibilité aux critiques chinoises émises ce 24 février. Pour redevenir un acteur majeur sur le dossier nord-coréen, où les autorités sud-coréennes sont revenues en force à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, la Chine ne devra pas de contenter de protestations verbales face à l'unilatéralisme américain, ou de déclarations de principe quant à la nécessité d'un dialogue direct entre Pyongyang et Washington - dont Séoul avait déjà dit quelques jours plus tôt, à l'issue de discussions intercoréennes lors de la clôture des Jeux olympiques, que la RPDC y était disposée.

Sources : 

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 22:25

Le 23 février 2018, le comité jeunes et étudiants de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique dans les locaux de l'UL-CGT du 16e arrondissement de Paris pour discuter de la question de la paix dans la péninsule coréenne, en présence de participants sud-coréens (qui constituaient la moitié de l'assistance), ce qui a permis un large échange entre Français et Coréens. Au moment où les Jeux olympiques de Pyeongchang ont favorisé un spectaculaire rapprochement intercoréen, tous les participants ont convenu de la nécessité de promouvoir la paix et la dialogue, en repoussant les manoeuvres à contre-courant des néo-conservateurs américains qui exacerbent les tensions dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Les tentatives pour ruiner la paix et le dialogue sont à la mesure des espoirs soulevés par le rapprochement intercoréen en cours, lors des Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, comme en atteste la dénonciation par les néoconservateurs américains et sud-coréens (complaisamment relayés par la presse occidentale) du général Kim Yong-chol, qui dirigera la délégation nord-coréenne lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques : alors qu'en raison des fonctions qu'il occupe pour les relations Nord-Sud il a vocation à diriger la délégation nord-coréenne lors de cette cérémonie, les quelque 70 députés sud-coréens de droite qui protestent contre sa venue font deux raccourcis généralement omis par les médias occidentaux. D'une part, incriminer la RPDC dans le dramatique naufrage de la corvette "Cheonan" qui a causé la mort de 46 marins sud-coréens au printemps 2010, c'est faire fi de toutes les lacunes de l'enquête officielle, ce qui a conduit à ce que les conclusions de l'enquête officielle américano-sud-coréenne soient remises en question, entre autres, par un ancien membre du groupe d'enquête (le 26 mai 2010), par des chercheurs indépendants d'universités américaines (le 12 juillet 2010), et par les experts de la marine russe (juillet 2010) invités par Séoul à examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord. D'autre part, l'implication du général Kim Yong-chol est plus que douteuse, comme l'a rappelé le gouvernement sud-coréen.

Et dans le même temps, ne faut-il pas rappeler aux députés conservateurs sud-coréens qui manifestent contre la venue du général Kim Yong-chol que l'homme à l'origine de la mort de plus de 300 Sud-Coréens dans le naufrage d'un autre navire, le "Sewol", était notoirement proche d'eux, et que le gouvernement qu'ils dirigeaient alors a été incapable de sauver des centaines de vies humaines ? Comment oublier que les conservateurs, eux, étaient aussi au pouvoir lorsqu'a été tué le manifestant paysan Baek Nam-gi, un parti politique interdit à l'issue d'un procès truqué par les services de renseignement et qu'ont été commises des atteintes systématiques aux libertés publiques et aux droits de l'homme ? Les participants à la conférence ont alors témoigné des emprisonnements d'opposants (le dirigeant syndical Han Sang-gyun étant toujours derrière les barreaux) et de la pratique des "listes noires" visant à empêcher que les artistes et intellectuels jugés proches de l'opposition bénéficient de subventions et de commandes publiques. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Lors des débats animés par Loïc Ramirez, président du comité jeunes de l'AAFC, les participants ont souligné la nécessité de permettre le dialogue entre Coréens du Nord et du Sud, pour que la réunification de la Corée s'opère sans ingérence extérieure - à commencer par celle des Etats-Unis, le vice-président américain Mike Pence ayant cherché, à Pyeongchang, à torpiller tous les efforts de dialogue qui permettent aujourd'hui de sortir du cycle des tensions qui ont atteint un point paroxysmique fin 2017 - et qui servent les intérêts américains : l'annonce ce même 23 février de nouvelles sanctions américaines à l'encontre de 27 entreprises, 28 navires et 1 personnes physique, basés ou enregistrés en Corée du Nord ou dans d'autres pays (Chine, Singapour, Taïwan, Hong Kong, îles Marshall, Tanzanie, Panama, Comores), s'inscrit bien dans une politique d'asphyxie économique de la Corée du Nord, pour contrecarrer les appels au dialogue et à la paix qui constituent des perspectives inacceptables pour les Etats-Unis de Donald Trump. Des comparaisons ont été faites avec l'attitude de l'administration américaine dans d'autres régions du monde - notamment la Syrie et le Venezuela, alors que la reprise annoncée des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes constitue un mauvais signal pour le dialogue. 

Le comité jeunes de l'AAFC a appelé à le rejoindre toutes celles et tous ceux qui sont attachés au combat pour la paix et les libertés publiques dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
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