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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:00

Il aurait fallu près de trois mois pour que les Etats membres du Conseil de sécurité des Nations Unies (au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine) se mettent d'accord, le 30 novembre 2016, sur une nouvelle résolution renforçant les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite à l'essai nucléaire nord-coréen du 9 septembre 2016. L'Association d'amitié franco-coréenne déplore vivement une logique d'escalade des tensions, alors que les politiques de sanctions ont montré leur inefficacité quant à l'objectif de bloquer le développement des programmes nucléaire et balistique nord-coréens, mais frappent en revanche les populations les plus fragiles.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a encore renforcé les sanctions contre la Corée du Nord

Une fois encore, ce sont les sanctions économiques - sans lien avec les programmes militaires et balistiques - qui sont renforcées, dans l'objectif d'une asphyxie de la RPD de Corée et d'un effondrement du régime nord-coréen, conformément à l'idéologie néo-conservatrice : plafonnement des exportations de charbon nord-coréennes vers la Chine (soit une perte de revenus annuelle pour la RPDC estimée à 700 millions de dollars), interdiction d'exportation de plusieurs minerais (cuivre, zinc, nickel), des hélicoptères et des statues, ces dernières constituant l'un des domaines d'excellence de la RPDC.

La liste noire des personnes, administrations et entreprises (gel d’avoirs et interdiction de voyager), ciblées car en lien supposé avec les programmes nucléaire et balistique, comprend 21 nouveaux noms.

La liste des produits de luxe interdits d'exportation vers la Corée du Nord est complétée par les tapis et la vaisselle dite "de luxe", ainsi que par 18 produits ou technologie à usage dual (c'est-à-dire pouvant être utilisés à des fins civiles ou militaires).

Enfin, en méconnaissance du respect de la souveraineté diplomatique des Etats, la résolution jette la suspicion sur chaque diplomate nord-coréen, en entendant limiter la taille des représentations diplomatiques nord-coréennes à l'étranger et en interdisant aux diplomates de la RPD de Corée de détenir plus d'un compte bancaire.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:28

Chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, Konstantin Asmolov est un des meilleurs spécialistes de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et, plus largement, des questions coréennes, dont l'Association d'amitié franco-coréenne a déjà traduit certaines articles (notamment sur l'affaire des mines, qui avait provoqué un bras-de-fer intercoréen en août 2015). Nous publions ci-après la traduction en français d'un article de Konstantin Asmolov pour New Eastern Outlook, parue sur le site Internet Le Saker francophone. Nous remercions la traductrice Diane Gilliard, qui a signalé cet article sur la page Facebook de l'Association d'amitié franco-coréenne  pour qu'il soit reproduit sur le site Internet de l'AAFC : il analyse et met en perspective les démarches américaines faisant pression sur la République populaire de Chine pour que la RPD de Corée abandonne son programme nucléaire militaire, pourtant développé en réaction à la politique anti-RPDC de Washington. 

USA-Chine : qui est responsable du développement du programme des armes nucléaires de la Corée du Nord ?

par Konstantin Asmolov

New Eastern Outlook - 15 novembre 2016

 

Les annonces de la Corée du Nord sur l’achèvement de son programme de développement d’armes nucléaires ont fait exploser les discussions sur «qui est responsable». Plus précisément, cela concerne qui est prioritairement responsable de l’escalade de la situation au niveau actuel. Dans le contexte d’une opposition croissante entre les États-Unis et la Chine, c’est Beijing qui est maintenant accusé, les accusations allant de «n’a rien fait, alors qu’il le pouvait» à «a apporté une aide active».

Commençons par les déclarations de la candidate à la présidence des États-Unis, Hillary Clinton. Le 13 octobre 2016, lors d’une conférence devant des responsables de Goldman Sachs, Hillary Clinton a souligné que l’Armée de libération chinoise est le principal soutien de la Corée du Nord. C’est à ce moment qu’elle a déclaré sa position : si Beijing n’est pas en mesure d’empêcher la Corée du Nord de construire un missile balistique intercontinental capable de transporter des armes nucléaires, les États-Unis peuvent encercler la Chine avec des systèmes de défense antimissile et des bases navales.

Sankei Shimbun (un quotidien japonais) cite le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter: «La Chine est la première responsable des actions présentes de la Corée du Nord. Elle couvre le comportement dangereux de ce pays.» Il suggère aux lecteurs que Beijing est engagé dans un complot évident. Poussant jusqu’au bout la critique de Washington pour sa politique de grande puissance, il a décidé de répondre de cette manière. Comme preuve, le journal japonais se réfère à Chosun Ilbo [un quotidien sud-coréen, NdT], qui a rapporté que, selon un ancien employé de l’Agence de renseignement de la défense des États-Unis, Bruce Vector, dont l’opinion a été publiée le 1er septembre, la fusée nord-coréenne est une copie exacte du missile balistique à gaz propulseur à deux étages chinois Tszyuylan-1, conçu pour être placé sur des sous-marins.

Alors qu’il donnait une conférence à l’Université nationale de Séoul, le secrétaire adjoint au Département d’État américain, Tony Blinken, a aussi annoncé qu’on ne peut pas parler de l’économie nord-coréenne sans mentionner la Chine. Pyongyang dépend totalement de la coopération avec Beijing, donc la Chine est particulièrement responsable de la mise en place de sanctions contre la Corée du Nord.

Le but de ces accusations est de forcer la Chine à être «plus constructive». Pendant ce temps, les politiciens chinois déclarent constamment que le problème nucléaire dans la péninsule de Corée n’est pas provoquée par les actes de Beijing et que la Chine ne peut pas agiter une baguette magique et résoudre la situation. Les racines du problème émanent des conflits entre les États-Unis et la Corée du Nord, et c’est l’Amérique qui devrait faire preuve d’une approche constructive. Le 12 septembre 2016, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a noté que le cœur du problème nucléaire sur la péninsule de Corée, réside dans le conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord et que c’est l’Amérique qui devrait en assumer la responsabilité. «Nous appelons une fois encore toutes les parties à examiner la situation générale, à agir avec prudence afin d’éviter les provocations réciproques, ainsi qu’à promouvoir conjointement la dénucléarisation et à faire de réels efforts pour atteindre la paix et la stabilité dans la péninsule de Corée», a dit le diplomate chinois, notant que la situation actuelle témoigne de l’importance et de l’urgence véritables à revenir aux négociations à six, aussitôt que possible.

Le 14 septembre 2016, des suggestions américaines que la Chine devrait participer activement à l’isolement de la Corée du Nord ont été rejetées dans le Quotidien du peuple chinois (Renmin Ribao). Le journal déclare que la responsabilité principale de la situation actuelle ne peut pas être imputée à la Corée du Nord, mais aux États-Unis. Le 21 septembre, dans son discours aux Nations unies, le Premier ministre chinois, Li Keqiang, n’a pas non plus mentionné les sanctions.

Le 2 novembre 2016, Hua Chunying [la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, NdT] a annoncé une fois de plus qu’il n’est pas possible de parvenir à la solution fondamentale du problème nucléaire dans la péninsule de Corée, uniquement par des sanctions et des pressions. Commentant la récente réunion des chefs des délégations des États-Unis et de la République de Corée lors des négociations à six, pendant lesquelles il y a eu des appels répétés à renforcer les sanctions et à augmenter la pression contre la Corée du Nord dans l’espoir que la nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU introduirait des restrictions forcées des exportations de charbon nord-coréennes, Hua Chunying a dit que le Conseil de sécurité de l’ONU examinait et discutait du problème nucléaire nord-coréen. Cependant, une part importante de la résolution 2270 du Conseil de sécurité fait référence à la nécessité de reprendre les négociations à six et de chercher à réduire la tension en Asie du Nord-Est par des moyens politiques et diplomatiques. C’est ainsi qu’une solution sensée au problème nucléaire nord-coréen peut être trouvée.

Deux jours plus tard, le 4 novembre, elle a déclaré que le déploiement du système de défense antimissile américain sur la péninsule de Corée ruinerait l’équilibre stratégique des forces dans la région, et que Beijing se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires pour préserver sa propre sécurité. Les actes des États-Unis vont à l’encontre des efforts déployés pour assurer la paix et la stabilité sur la péninsule de Corée, a dit Hua Chunying, appelant les parties concernées à prendre en compte les préoccupations légitimes de la Chine.

Le cœur de la politique chinoise est à la fois la question THAAD [Terminal High Altitude Area Defense, système de missiles antibalistiques américain, NdT] (vue par la Chine comme visant à contenir ses capacités en missiles) et la perception plus large que les préparatifs militaires étasuniens contre la Corée du Nord sont en fait dirigés contre la Chine. Résultat, en dépit d’un grand nombre de différences importantes entre les pays, les relations entre Beijing et Pyongyang sont fondées sur le principe «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Il est plus facile de soutenir la Corée du Nord, que de risquer davantage de conséquences graves qui pourraient se produire si elle était trop durement mise sous pression. La volonté de la Chine d’enquêter sur les liens illégaux entre un grand nombre d’entreprises chinoises et la Corée du Nord montre que «la fenêtre n’est pas totalement close» et peut être vue comme une tentative d’affaiblir les efforts des États-Unis d’imposer des sanctions contre les sociétés chinoises qui font des affaires légales avec la Corée du Nord.

La Chine et la Corée du Nord étendent en même temps leur coopération économique, malgré les effets des sanctions internationales. Selon le journal Rodong Sinmun, la troisième rencontre de la Commission intergouvernementale de Corée du Nord et de Chine, où les questions frontalières ont été discutées, s’est tenue à Pyongyang le 25 octobre. La partie chinoise était dirigée par Liu Zhenmin, et la nord-coréenne par le vice-ministre des Affaires étrangères Pak Myong-guk. La discussion a porté sur l’organisation d’un nouveau passage de la frontière, puisqu’un pont entre la ville de Sinuiju (en Corée du Nord) et la ville de Junchun (en Chine) a été construit en septembre. En outre, un pont sera ouvert entre Sinuiju et Dandong (en Chine) dans un proche avenir.

Par ailleurs, le chiffre d’affaires entre la Corée du Nord et la Chine, au troisième trimestre de cette année, a augmenté de 3,4% par rapport à la même période de l’an dernier. Les Chinois construisent de nouveaux entrepôts et des bureaux dans la zone économique spéciale de Rason, ce qui signifie un afflux d’investissements. L’importation en Chine de voitures en provenance de Corée du Nord a fortement augmenté.

L’importation de riz chinois a également augmenté. Selon l’administration chinoise des douanes, en septembre 2016, 18 477 tonnes de céréales ont été livrées par la Chine à la Corée du Nord. C’est 2,7 fois plus qu’en août et six fois plus qu’en septembre dernier. Ce mois-là, 16 000 tonnes de riz ont été importées (2 000 tonnes de plus qu’en janvier et août). Bien que les experts sud-coréens expliquent ce fait par la décision du gouvernement de Corée du Nord de stabiliser les prix du riz, puisque les stocks ont baissé l’an dernier, tout fait lié à la Corée du Nord a été considéré exclusivement comme le signe d’une famine imminente et d’un effondrement en cours depuis un certain temps.

De manière générale, tandis qu’une partie accuse l’autre et fourbit ses armes, l’autre cherche des manières de résoudre le problème, ce qui montre clairement qui pourrait encourager le dialogue, mais ne veut pas le faire.

 

Konstantin Asmolov, docteur en Histoire, premier chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Nadine pour le Saker francophone

 

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 16:22

Le 25 novembre 2016, Raul Castro, Premier secrétaire du Parti communiste cubain (PCC), Président du Conseil d'Etat et Président du Conseil des ministres de Cuba, a annoncé la disparition de Fidel Castro, disparu à l'âge de 90 ans. Kim Jong-un, Président du Parti du travail de Corée (PTC) et Président du Conseil des affaires de l'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a salué la mémoire du leader de la révolution cubaine, qui a été un compagnon d'armes de la RPD de Corée dans le combat anti-impérialiste et pour la réunification de la péninsule.

Fidel Castro et Kim Il-sung

Fidel Castro et Kim Il-sung

Alors que l'idéologie directrice de la RPD de Corée est les idées du Juche qui visent à rendre l'homme maître de toutes choses, le message de condoléances du Président Kim Jong-un au Président Raul Castro, cité par l'agence nord-coréenne KCNA, souligne que, avec le camarade Fidel Castro, Cuba a été le premier pays de l'hémisphère Ouest où les masses populaires sont devenues maîtresses de leur destin :

Le Camarade Fidel Castro Ruz a été le dirigeant exceptionnel du peuple cubain et un militant politique de premier plan qui a hautement contribué à réaliser la cause de l'indépendance contre l'impérialisme, la cause du socialisme et de la justice, de même qu'il a défendu avec honneur la souveraineté et la dignité de son pays, et a établi un système socialiste dans lequel le peuple a été le vrai maître [de son destin] pour la première fois dans l'hémisphère occidental.

Kim Jong-un a souligné que le dirigeant cubain a été "un ami proche et un camarade du peuple coréen", qu'il a soutenu dans son combat pour la réunification.

Observateur avisé et écouté de l'histoire contemporaine et des relations internationales, Fidel Castro s'était exprimé sur la guerre de Corée et la division de la péninsule, ainsi que sur le dramatique naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan.

L'union coréano-cubaine dans le combat anti-impérialiste s'est illustrée notamment par des échanges réguliers de délégations de haut niveau. Lors d'un déplacement à Pyongyang lors de l'hiver 1964-1965, Che Guevara avait affirmé que la RPD de Corée était un modèle dont Cuba devait s'inspirer.


Dressant une liste, en mai 2014, des réponses du Maréchal Kim Jong-un aux messages de félicitations qu'il avait reçus de dirigeants étrangers, l'agence KCNA citait en deuxième, immédiatement après le Président chinois, le Cubain Raul Castro Ruz, témoignant de la place qu'occupe l'île caraïbe dans la hiérarchie protocolaire nord-coréenne.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:48

Après l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 2 mars 2016, de la résolution 2270 ayant significativement accru les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au regard de la poursuite de ses programmes nucléaires, spatiaux et balistiques, les gouvernements occidentaux, sud-coréen et japonais poussent la République populaire de Chine à fortement diminuer ses échanges économiques avec la RPDC, dans le but de provoquer une asphyxie de l'économie nord-coréenne et un changement de régime à Pyongyang. Dans ce contexte, les données commerciales chinoises (en l'absence de séries statistiques comparables publiées par la RPD de Corée) sont scrutées avec attention, tout particulièrement dans les milieux néoconservateurs. Pékin est ainsi régulièrement condamnée de ne pas appliquer les sanctions contre la RPD de Corée en l'absence d'effondrement du commerce bilatéral Chine-Corée du Nord. Une analyse factuelle dépassant le procès d'intention montre pourtant que cette accusation reste à démontrer. 

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

La ville de Dandong, à la frontière sino-coréenne, est l'un des principaux points de passage des échanges entre la Chine et la RPD de Corée.

Selon les données statistiques douanières chinoises, les échanges bilatéraux avec la RPD de Corée ont atteint 17,7 milliards de yuans (soit 2,2 milliards d'euros) au premier semestre 2016, en baisse de 5,6 % par rapport aux six premiers mois de l'année 2015, les importations nord-coréennes ayant diminué encore plus fortement (de 8,7 %). Un rebond a cependant été constaté en août 2016 (+ 30 % par rapport à août 2015, se répartissant entre + 41,6 % pour les exportations chinoises et + 18,7 % pour les importations chinoises), après un repli en juillet 2016 (- 15,7 % par rapport à juillet 2015), n'effaçant pas une tendance globale au ralentissement. Les importations chinoises de minerai de fer ont fortement augmenté en août 2016 ; en revanche, la Chine importe moins de charbon nord-coréen, dans un contexte de saturation du marché chinois. Si l'on complète ces données par des observations de visu des échanges à la ville frontalière chinoise de Dandong, les échanges par voie ferroviaire et terrestre se poursuivent à un rythme comparable avec la période antérieure à l'adoption de la résolution 2270.

Le fait que les exportations nord-coréennes, dominées par les produits miniers, aient plus fortement baissé que les importations de la RPD de Corée, est cohérent avec le fait qu'elles sont ciblées par la résolution 2270. Cette évolution doit cependant aussi tenir compte de l'évolution de la production nord-coréenne et des besoins chinois.

On ne constate donc pas l'effondrement attendu (espéré ?) par les faucons néo-conservateurs, à Washington, Séoul, Tokyo ou Paris. Mais de là à affirmer que la Chine n'applique pas les sanctions commerciales contre Pyongyang, il y a un pas que ces partisans de la guerre et du chaos n'ont pas hésité à franchir.

Il y a en effet tout lieu de croire la Chine quand, opposée au programme nucléaire militaire nord-coréen, elle affirme mettre en oeuvre les résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle a ainsi publié plus rapidement que d'ordinaire les textes réglementaires régissant son application des sanctions. Par ailleurs, le texte de la résolution 2270 reposait sur une ambiguïté - à savoir que les restrictions aux principales exportations de minerais (notamment charbon et minerai de fer) par la Corée du Nord seraient exclues du champ d'application de la résolution dès lors qu'elles seraient utilisées à "des fins concernant les moyens d'existence" de la population nord-coréenne. Cette précision a dû été acceptée par les Etats-Unis et leurs alliés, pour obtenir l'aval de la Chine dans l'adoption de la résolution : comment reprocher à présent aux autorités chinoises de ne pas respecter les termes d'un accord accepté par Washington et ses alliés,en pleine connaissance de cause ?

Dire aujourd'hui que "la Chine n'applique pas les sanctions contre la Corée du Nord", selon les éléments de langage de l'administration américaine volontiers repris par les médias occidentaux, relève ainsi d'une méconnaissance du texte de la résolution 2270 et occulte le fait que les Etats-Unis ne sont, pour leur part, guère sensibles au respect du multilatéralisme, en s'arrogeant le droit de prendre des initiatives unilatérales - qu'il s'agisse du déploiement en Corée du Sud du système de missiles THAAD (sans aucune concertation avec Pékin ni Moscou, pourtant directement concernées) ou de la mise en oeuvre de sanctions américaines contre la RPD de Corée, à nouveau sans consulter d'autres puissances que les Etats qui leur sont affidés

Le procès fait aux autorités chinoises est d'autant plus injuste que celles-ci n'hésitent pas à poursuivre leurs entreprises nationales qui enfreignent les règles clairement définies du régime de sanctions internationales - à savoir l'interdiction des exportations permettant la poursuite par Pyongyang de ses programmes nucléaires et balistiques.
Le département de la sécurité publique de la province de Liaonin vient ainsi d'annoncer des poursuites contre le conglomérat Hongxiang, dirigé par Mme Ma Xiaohong et qui constitue l'un des acteurs majeurs des échanges sino - nord-coréens, basé à Dandong. Les pousruites portent sur de "graves crimes économiques" - dont la nature n'a toutefois pas été précisée.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 12:48

L'Institut russe d'Extrême-Orient est l'un des organismes internationaux les plus réputés pour ses analyses sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Le 7 septembre 2016, le site russe Newsinfo a publié un entretien avec un des chercheurs du centre, Evgeny Kim, sous le titre "Les sanctions des Etats-Unis rendront le régime de Kim Jong-un éternel". Nous publions ci-après cet article traduit du russe, qui revient en détail sur la situation internationale actuelle en Asie du Nord-Est et aussi les politiques des principaux acteurs en présence, y compris la Russie et la Chine.

"Les sanctions des États-Unis rendront le régime de Kim Jong-un éternel"

En quoi  l’arme nucléaire est-elle utile à la direction de la RPDC ? Quel rôle jouent les États-Unis dans la rivalité entre la Corée du Sud et la Corée du Nord ? Comment les gens vivent-ils maintenant en République Populaire Démocratique de Corée, et pourquoi la Russie et la Chine misent-elles sur ce pays ? Sur ces questions nous donnons la parole à Evgeny Kim, candidat en sciences philosophiques et collaborateur scientifique principal du Centre des études coréennes de l'Institut d'Extrême-Orient.

— Que représente la République populaire démocratique de Corée ? Comme le pays vit derrière un  rideau de fer, des rumeurs circulent selon lesquelles les gens y souffrent de la faim. Qu’en est-il réellement ?

— Le peuple vit  non dans l'aisance, comme en Amérique ou en Suède. Sans doute leur niveau de vie n’atteint pas le nôtre. Et en ce sens, certes, le pays est pauvre. Mais d'autre part, je voudrais remarquer que c'est un pays avec une économie en croissance. Si vous vous rappelez, dans les années 90 et au début des années 2000 vous aviez une économie périssante, qui allait en général vers le désarroi. Ils ont surmonté cette étape, et c'est maintenant une économie en expansion.

De plus je voudrais remarquer qu'il n'y a pas là-bas de gens mourant de famine. Oui, puisque le pays est  modeste, leur approvisionnement n’est pas celui auquel nous sommes habitués. On estime là-bas normal que, chez eux, une personne consomme environ 1700-1800 kilocalories (kcal) par jour, et non 8000 kcal, comme le champion olympique Phelps, ou  3000 kcal, comme le Russe ordinaire. Mais, selon les normes de l'Organisation mondiale de la santé, le minimal nécessaire pour le maintien de l'activité vitale et pour le travail normal d’une personne est de 1430 kcal. Tout cela est assuré. De plus, le pays a des relations diplomatiques avec environ 150 États. Peut-on parler d'isolement ? Il me semble que non. Naturellement,  on ne va pas là-bas très facilement, un visa est nécessaire. Mais dans le monde il en est de même dans de nombreux pays.

Pourquoi le pouvoir nord-coréen veut-il l’arme nucléaire ?

Il faut prendre en considération que le pays vit en réalité en état de siège, parce que les troupes américaines se trouvent en Corée du Sud. Elles ne sont pas très nombreuses (28 500 soldats), mais elles sont équipées de l'armement le plus moderne.

De plus il y a une immense base américaine militaire sur le territoire du Japon, depuis laquelle le temps de vol jusqu'en Corée n'est que de 2 à 3 heures. En outre l'armée sud-coréenne, qui comprend 660 000 personnes est environ la cinquième armée, en nombre de militaires, dans le monde. Les dépenses militaires annuelles de l'armée sud-coréenne sont d'environ 35 milliards de dollars. Pour que vous ayez une idée claire de ce que cela représente pour le Nord, j’ajoute que le produit intérieur brut de la Corée du Nord est d’environ 33 à 34 milliards de dollars.

Les potentiels militaires de la Corée du Sud et de la Corée du Nord ne sont  pas comparables. La  Corée du Nord a décidé de miser notamment sur l'armement nucléaire et les missiles, parce qu’elle ne peut pas rivaliser avec le Sud en termes d’armements conventionnels.

Ils ont vu  comment Kadhafi a renoncé à l'arme nucléaire, et ce qui lui est arrivé ensuite. Ils ont vu également comment, en son temps, Saddam Hussein a renoncé lui aussi à se doter de l'arme nucléaire, et ils en sont arrivés à la conclusion : si tu as l’arme nucléaire, on ne te touchera pas.

Certes, cela demande de l'argent, mais la présence de cette arme permet de dépenser moins pour la mise en place d’armements conventionnels faisant contrepoids à ceux de la Corée du Sud. On a l’impression que les États-Unis et la Corée du Sud agissent d'une manière délibérée pour le renforcement du régime de la Corée du Nord. Ainsi, ce printemps ont eu lieu les manœuvres militaires "Key Resolve"  et "Foal Eagle". Le but de ces manoeuvres est de tester, préparer et répéter de la réalisation du plan rapide 5015 (OPLAN 5015), qui prévoit la destruction de la direction de la Corée du Nord, la destruction des centres spatiaux du pays, des centrales nucléaires et de tous les systèmes liés aux centres de gestion de la force de frappe nucléaire et des missiles.

C'est un plan de déclaration de guerre contre un autre pays, l’inconnue étant sa date de mise en oeuvre. C'est pourquoi la direction de la Corée du Nord peut raisonner à peu près ainsi : "Regardez, nous tentons de leur parler, et eux essaient constamment de nous anéantir. C'est pourquoi nous devons être unis tous ensemble et résister face aux impérialistes américains".

Que les États-Unis, et la Corée du Sud rêvent de liquider le régime de la Corée du Nord ne fait pas l'objet du moindre  doute. Ils le déclarent ouvertement. Bien que, officiellement, la direction sud-coréenne dise : "Nous ne sommes pas pour le remplacement du régime politique de la Corée du Nord, nous voulons seulement qu'ils renoncent à  l'arme nucléaire". Or ils ne peuvent pas renoncer à l'arme nucléaire tant que les  Américains seront présents sur territoire de la Corée du Sud, et chaque année les manoeuvres recommencent !

 

 La Chine a bloqué récemment au Conseil de sécurité de l'ONU une résolution, qui condamne l'essai de missiles. Cette décision est liée au fait que les Américains installent  leur propre défense antimissiles, mais la Chine considère qu'il faut d’abord y mettre fin, et ensuite parler des essais de fusées nucléaires. C'est-à-dire que la Chine a pris la défense de la Corée du Nord. Pourquoi pas la Russie ?

Vous savez, nous avons une répartition des rôles bien définie. L'application du droit du veto au  Conseil de sécurité de l’ONU est une mesure extraordinaire, et il ne faut pas l'utiliser en toute occasion. Nous avons, si vous voulez, un accord  officieux avec la Chine : tout ce qui touche à la Corée du Nord  à l'ONU sera réglé par elle. Et nous appuyons automatiquement toutes les résolutions du Conseil de sécurité liées aux sanctions contre la Corée du Nord parce que les Américains les ont coordonnées avec les Chinois. Y compris la résolution 2270 du Conseil de sécurité de l'ONU qui interdit les exportations de charbon par la RPDC.

Ainsi  la Chine fait preuve d’hypocrisie en ce qui concerne la Corée du Nord et quand elle en prend la défense c'est seulement quand l'affaire concernée touche ses propres intérêts ?

La Chine a accédé en son temps aux désirs des Américains, et maintenant  il lui faut continuer à soutenir automatiquement cette position. Mais la Chine, en prenant tout en compte, n’est pas à même de mettre en oeuvre cette résolution. C'est aussi le cas maintenant. Le commerce entre la Corée du Nord et les régions frontalières de la Chine n'est pas fermé, il se poursuit. Et c'est pour cela qu’il n’y a pas encore en RPDC de signes de détérioration de son approvisionnement. Tout va normalement.

Mais il me semble qu'en leur temps nos diplomates, de même que les diplomates chinois, ont fait une erreur, en pensant que s’ils accédaient aux désirs des Américains, ceux-ci accéderaient aux leurs. Il n'en est rien. Le jour même où la Chine a accepté la résolution la plus dure contre la Corée du Nord, proposée par les Américains, ceux-ci ont avancé leurs  navires en mer de Chine. Le jour même où nous avons accepté cette résolution, à la suite de la Chine, les États-Unis ont annoncé qu’ils prolongeaient les sanctions contre nous.

Depuis toujours les États-Unis se renforcent en Corée pour une toute autre raison que le bien des Coréens. Ils sont installés en Corée pour contrer la Chine, et le système de défense antimissiles n'est pas directement dirigé contre la Corée du Nord. Quand les hommes politiques du Sud disent que les missiles du Nord menacent la sécurité nationale du pays, je me demande toujours : "prennent-ils l’avis de leurs militaires, oui ou non ?"

Le système qui s'installera est étudié pour détruire des missiles à hauteur de 50 à 150 kilomètres. 100 kilomètres et au-delà c’est déjà au-delà de l’espace aérien. Ne sont donc concernées que les fusées balistiques intercontinentales. Pour les Coréens du Nord pilonner ou détruire quelque chose sur le territoire de la Corée du Sud n'a aucun sens si c'est pour utiliser des missiles balistiques intercontinentaux, beaucoup trop coûteux et trop imprécis. Ils feront cela par des missiles tactiques à proche rayon d’action. Et ce système, que les Sud-Coréens veulent installer, ne sera aucunement utile, mais est par contre adapté pour tenter d’intercepter des missiles qui seraient lancés depuis la Chine ou la Fédération de Russie.

On estime que les Américains ont investi dans la Corée du Sud après la guerre pour en faire l'image du miracle asiatique et que les habitants du Nord envient le niveau de vie des Sud-Coréens et renversent leur gouvernement. Pourquoi la Chine et la Russie ne peuvent pas maintenant, s'étant unies, créer un pareil miracle avec la Corée du Nord ?

En ce qui concerne le miracle coréen, les Américains ont injecté environ cinq milliards de dollars dans l'économie de la Corée du Sud jusque dans les années 1960. L'Union Soviétique et la République populaire de Chine ont davantage investi dans l'économie de la Corée du Nord. Jusqu'en 1972 la Corée du Nord avait un niveau de vie plus élevée que la Corée du Sud, l'économie se développait avec davantage de succès, la formation était plus élevée.

Comment les Sud-Coréens ont-ils commencé à gagner ? Quand les Américains ont commencé la guerre contre le Viêt Nam en 1965, le pouvoir sud-coréen a envoyé là-bas deux divisions, et les États-Unis, en échange, ont augmenté l'aide militaire à la Corée du Sud et lui ont accordé un certain nombre de crédits. De plus les Américains ont également vu que leurs militaires qui faisaient la guerre au Viêt Nam avaient besoin de repos, de traitement, ils devaient coudre l'équipement, la literie … et il les fallait les approvisionner. Les Américains ont confié tout cela à la Corée du Sud. Et la Corée du Sud a gagné beaucoup d'argent. Si l'Amérique avait passé ces commandes au Japon ou en Amérique, cela aurait coûté deux fois plus cher. C'est pourquoi il n'y avait pas de place pour de la bienfaisance, c'était un calcul du côté des États-Unis de se servir du bas niveau de vie de la population de la Corée du Sud et d'une main d'oeuvre à bas coût pour recevoir toutes les facilités attendues : les vêtements, le confort et les femmes…

Mais pour le compte de quoi la rivalité entre la Corée du Sud et la Corée du Nord se prolonge-t-elle à  longueur d’années ?

 La compétition a lieu non pas dans l'intérêt de l'aide directe américaine, mais au compte de la création de conditions plus favorables aux capitaux en dehors du pays et sur le marché international grâce à l'accès au FMI et au bénéfice de conditions favorables pour l'exportation de biens aux États-Unis.

Pourquoi la Russie et la Chine n’aident-elles pas les Coréens du Nord à se redresser un peu économiquement ?

 La Russie est un pays capitaliste, pourquoi  aiderait-elle  un pays socialiste ?

 

Il faut y trouver quelque intérêt. Nous aidons la Syrie, nous aidons l'Ukraine.

Il y des intérêts.  Par exemple, depuis  longtemps j’ai dit que la Corée du Nord a des minérais très intéressants, qui seraient utiles à notre économie. Et aussi des réserves très intéressantes de terres rares. Vladimir Poutine a récemment organisé une conférence sur ce sujet. Il est intéressant de noter que nos grandes entreprises achetaient les minerais et terres rares en Amérique latine. Je dis : "Pourquoi ? Vous comprenez qu'à n'importe quel moment peut surgir un  conflit militaire, et tout cela s'arrêtera". Et ici nous avons une frontière commune, nous pourrions acheter à la République populaire démocratique de Corée ! Mais les sociétés pensent seulement uniquement à leurs bénéfices à court terme. L'avenir leur importe peu.

Il faut qu'ici les compagnies d'État agissent, or chez nous on tente de réduire le rôle de l'État. En conséquence, sans soutien de l'État, nos sociétés travailleront difficilement avec la Corée du Nord. Il faut ici que l'État manifeste sa volonté et élabore un programme précis de coopération économique avec la Corée du Nord. Par exemple, la Corée du Nord avait une dette envers nous, nous avons déprécié 90 pour cent de cette dette, et en avons maintenu 10 pour cent (un milliard de dollars). Si les Coréens du Nord disent qu’ils ont élaboré des projets réalisables avec la Russie, alors nous pouvons considérer cet argent comme notre placement, qui irait sur de telles affaires. Nous soustrairions cela de la dette restante, et nous considèrerions cela comme notre apport. Ainsi, on peut aider Corée du Nord à moderniser certaines entreprises.

 

Maria Snytkova a préparé cette publication.

Lioubov Lioulko posait les questions.

Traduction du russe YB.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 14:56

Coïncidence du calendrier ou provocation déliberée ? L'agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap a choisi le 11 septembre 2016 - c'est-à-dire le 15e anniversaire des attentats meutriers du 11 septembre 2001 - pour révéler que, selon la fuite (organisée) d'une source militaire "anonyme", les autorités sud-coréennes souhaitent "réduire en cendres" et "rayer de la carte" la capitale nord-coréenne Pyongyang. Dans un contexte de dangereuse escalade des tensions, qui a conduit notamment à l'essai nucléaire nord-coréen du 9 septembre 2016, l'Association d'amitié franco-coréenne appelle l'ensemble des parties à la retenue et au retour dès que possible à la table des négociations pour résoudre la crise coréenne par la voie diplomatique, afin d'empêcher une nouvelle guerre de Corée aux conséquences effroyables.

Le missile balistique sud-coréen Hyunmoo-2, un des vecteurs envisagés par les autorités sud-coréennes pour réduire Pyongyang "en cendres" (photo mise à disposition par le ministère sud-coréen de la Défense à l'agence officielle Yonhap).

Le missile balistique sud-coréen Hyunmoo-2, un des vecteurs envisagés par les autorités sud-coréennes pour réduire Pyongyang "en cendres" (photo mise à disposition par le ministère sud-coréen de la Défense à l'agence officielle Yonhap).

Une nouvelle étape a été franchie par Séoul dans ses agressions verbales contre le Nord. L'agence officielle sud-coréenne Yonhap a en effet diffusé des propos émanant du ministère de la Défense tendant à anéantir la capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour, prétendument, empêcher "préventivement" une frappe nucléaire nord-coréenne :

Chaque quartier de Pyongyang, en particulier ceux où la direction nord-coréenne pourrait se cacher, sera complètement détruit par des missiles balistiques et de fortes charges explosives dès que le Nord montrera le moindre signe d'utilisation de ses armes nucléaires. En d'autres termes, la capitale du Nord sera réduite en cendres et rayée de la carte.

Les mots sont choisis si l'on se souvient que tous les immeubles de Pyongyang (sauf trois) ont été détruits par les bombardements des troupes des Nations Unies sous commandement américain pendant la guerre de Corée. Par ailleurs, lorsque l'on sait que les Etats-Unis et la Corée du Sud prétendent apprécier seules et d'elles-mêmes l'hypothèse d'une attaque nucléaire nord-coréenne, le message est simple : Séoul entend pouvoir déclencher une guerre contre la Corée du Nord quand elle le veut, sans avoir de comptes à rendre à quiconque.

Pourtant, les troupes sud-coréennes sont placées sous l'autorité des Etats-Unis en cas de guerre : est-ce à dire que les autorités sud-coréennes entendent se débarrasser de la tutelle américaine - ce qui est peu probable, vu la subordination volontaire de la Corée du Sud à Washington en matière militaire, tout particulièrement dans les milieux conservateurs au pouvoir à Séoul ? Doit-on plutôt voir dans ces déclarations une forme de chantage vis-à-vis de Washington ? Ou les Etats-Unis ont-ils donné leur aval à ces déclarations bellicistes ? En tout cas, les pays occidentaux jouent un jeu dangereux pour la paix en refusant de condamner cette nouvelle provocation sud-coréenne. En effet, cette agression verbale fait suite à la reprise de la propagande sud-coréenne par haut-parleur de long du 38e parallèle, une relance de la campagne de désinformation sur la Corée du Nord et au départ pour la Corée du Sud, apparemment contre leur gré, de tout ou partie des serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine, mis en scène à la veille des élections législatives - perdues du reste par la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, qui s'appuie ainsi de plus en plus sur les services de renseignement qui ont conservé les méthodes de son dictateur de père. Jusqu'où la Corée du Sud ira-t-elle dans ses provocations qui attisent dangereusement les tensions dans la péninsule ?

Si la Russie et la Chine appellent l'ensemble des parties à la retenue, Washington, Londres ou Paris n'ont de critiques à formuler qu'à l'encontre de la Corée du Nord dans l'escalade des tensions entre les deux Corée. Implicitement, ces pays approuvent la marche à la guerre des autorités conservatrices sud-coréennes, qui ont engagé leur pays sur une voie autoritaire (avec le silence complaisant des capitales occidentales, Paris en tête) et peuvent ainsi chercher dans l'affrontement avec le Nord un exutoire à leur propre impopularité et au ralentissement de l'économie nationale.

Si la forme de l'attaque verbale du 11 septembre 2016 est dangereuse, elle n'est en effet que la partie opérationnelle d'un plan de guerre contre la Corée du Nord, rendu public pour la première fois le même jour : il s'agit du plan KMPR (Korea Massive Punishment & Retaliation, "Réprésailles et punition massive par la Corée [du Sud]") qui, toujours selon l'agence Yonhap, repose sur l'utilisation de missiles sol-sol Hyunmoo 2A (d’une portée de 300 km), Hyunmoo 2B (dont la portée est de 500 km) et le missile de croisière Hyunmoo 3 (portée : 1.000 km), ces missiles pouvant aussi atteindre la Chine et la Russie, et s'ajoutant au système de missiles américain THAAD et aux unités de commando sud-coréennes entraînées pour éliminer les dirigeants nord-coréens.

Quand la Corée du Nord s'expose à des sanctions de plus en plus fortes pour ses essais nucléaires et balistiques conduits, selon elle, dans une logique de dissuasion, la Corée du Sud poursuit pour sa part ses essais balistiques dont on sait désormais qu'ils s'inscrivent dans une logique d'affontement mlilitaire, mais sans s'exposer à des sanctions internationales - grâce à la protection dont elle jouit par le veto américain au Conseil de sécurité des Nations Unies, et à l'impuissance chinoise et russe de ces deux pays mis devant le fait accompli avec le système THAAD. Mais jusqu'à quand Pékin et Moscou tolèreront-ils la menace américano - sud-coréenne ? Les discussions au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, tendant à accroître une nouvelle fois les sanctions contre la Corée du Nord après l'essai nucléaire du 9 septembre 2016, risquent d'être encore un peu plus longues et compliquées.

Sources sud-coréennes citées dans l'article :

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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 15:05

Le 29 juillet 2016, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a publié sur son site un article intitulé "Les autorités sud-coréennes déportent toujours plus d’opposants", montrant comment l'expulsion (ou le refus d'entrée sur son territoire) de ressortissants de pays tiers est de plus en plus utilisée par la République de Corée (Corée du Sud) pour empêcher l'internationalisation des mouvements de défense de la démocratie et des libertés publiques en Corée du Sud. Le secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) Patrick Kuentzmann a lui-même été interdit d'entrée sur le territoire sud-coréen en février 2015, après avoir été placé sur une "liste noire" en 2013 : l'AAFC avait alors écrit aux autorités françaises, qui n'ont pas jugé la requête digne d'intérêt puisqu'elles n'ont pas daigné apporter une réponse de fond (à la différence, précisons-le, d'autres gouvernements occidentaux qui se souviennent, eux, que la protection de ses concitoyens fait partie des droits et devoirs d'un Etat). Nous reproduisons ci-après l'article publié sur le site du CILD.

"Les autorités sud-coréennes déportent toujours plus d’opposants" (CILD)

Il ne fait pas bon visiter la Corée du Sud pour manifester pacifiquement avec les opposants : de plus en plus d’étrangers sont « déportés » (c’est-à-dire expulsés, voire même carrément interdits d’entrée sur le territoire) au nom de la très répressive loi de sécurité nationale : en mars 2012, trois étrangers (dont le Français Benjamin Monnet) ont été expulsés pour leur soutien aux opposants à la construction de la base navale de Jeju ; en janvier 2015, la Coréenne américaine Shin Eun-mi a été à son tour expulsée et interdite de séjour en Corée du Sud, coupable d’avoir écrit un livre qui ne parlait pas en termes suffisamment négatifs de la Corée du Nord ; en février 2015, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) et membre du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), a été carrément interdit d’entrée en Corée du Sud après son inscription sur une liste noire pour des raisons que les autorités sud-coréennes n’ont pas voulu lui communiquer, au nom sans doute d’une certaine conception des droits de l’homme. Et la liste continue, puisqu’après un Coréen allemand interdit d’entrée en mai 2016 car il voulait participer à une commémoration du massacre de Kwangju, ce sont deux Coréens américains qui ont été interdits d’entrée en Corée du Sud le 26 juillet 2016. Leur crime ? Avoir voulu rejoindre les opposants à Seongju au déploiement du système de missiles antibalistiques THAAD, dans le cadre d’un voyage pour la paix…

Le couple formé par les Américains Hyun Lee et Juyeon Rhee est membre du Comité de solidarité pour la paix et la démocratie en Corée (acronyme anglais, SCDPK). Lee est aussi lié à l’Institut de politique coréenne, basé à Los Angeles.

Avant d’être interdits d’entrée en Corée du Sud, ces dangereux manifestants pacifiques devaient rejoindre les Vétérans pour la paix, un groupe pacifiste américain qui soutient les opposants au déploiement du système de missiles THAAD à Seongju (photo).

Comme Lee l’a indiqué à The Diplomat, le refus de visa s’inscrit dans une démarche des autorités sud-coréennes visant à empêcher l’internationalisation de l’opposition au déploiement de THAAD en Corée.

Le journaliste Tim Shorrock, également membre de l’organisation SCDPK, a conclu : " Comment la République de Corée peut-elle se qualifier de démocratie et bannir des Américains parce que leurs opinions ne sont pas celles du gouvernement ?"

Source :

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 17:14

Le dimanche 26 juin 2016, les étudiants coréens participant au cinquième voyage international pour la paix de l'association "Papillons de l'espoir" (et au quatrième voyage en Europe) ont fait une halte place du Trocadéro, à Paris, sur le parvis des Droits de l'Homme, pour réaffirmer leur exigence d'une Corée en paix et pour que les crimes du passé ne se reproduisent plus - le Japon devant notamment formuler des excuses pour le crime de l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort" coréennes (et d'autres pays d'Europe et d'Asie) commis pendant la Seconde guerre mondiale. Comme pour les précédents voyages en Europe pour la paix, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a participé au rassemblement place du Trocadéro.

Pour la paix !

Comme toujours, les spectacles chorégraphiques et les chants des jeunes Coréens ont attiré un public nombreux, place du Trocadéro, témoignant - si besoin était - que l'attention des Parisiens n'étant pas entièrement accaparée par la coupe d'Europe de football en ce dimanche estival...

Au-delà de son caractère festif, l'étape parisienne du voyage en Europe était également lourde de sens : faire connaître la situation de la Corée à une opinion publique occidentale qui n'ignore que trop souvent que la guerre de Corée (1950-1953) ne s'est malheureusement toujours pas conclue par un traité de paix, et que le crime de guerre des "femmes de réconfort" ne peut être soldé par le peu glorieux accord intergouvernemental Corée du Sud - Japon du 28 décembre 2015. La dénonciation de cet accord était d'ailleurs au coeur des interventions des orateur japonais et coréen, tandis que les participants continuaient à réunir des soutiens dans le cadre de la campagne internationale des "100 millions de signatures" pour obtenir des excuses officielles des autorités japonaises.

Ayant fait de la conclusion d'un traité de paix en Corée l'un de ses combats majeurs, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était représentée par Benoît Quennedey, vice-président en charge des actions de coopération, qui a également souligné le besoin d'une dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, d'un départ de l'ensemble des troupes étrangères et de la mise en place de mécanismes internationaux assurant une sécurité collective. Il a également rappelé l'engagement de l'AAFC aux côtés des anciennes victimes de l'esclavage sexuel militaire japonais, la dénonciation des crimes du passé contribuant à ce que ceux-ci ne se reproduisent plus à l'avenir : les femmes ne doivent plus être les premières victimes des conflits !

Pour la paix !
Pour la paix !
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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 17:30

Le 16 juin 2016, l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a ratifié la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, dite Convention de Palerme - où cette convention a été signée en décembre 2000, en hommage au juge Giovanni Falcone. La RPD de Corée, souvent mise en cause par les néoconservateurs pour ses activités prétendument illicites, réaffirme ainsi son engagement dans la lutte contre la criminalité transnationale.

La nouvelle a été donnée par une dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA en date du 16 juin 2016 : l'organe permanent de l'Assemblée nationale de la RPD de Corée a ratifié, le même jour, la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale, entrée en vigueur le 29 septembre 2003, après avoir été adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 15 novembre 2000. La convention, qui appréhende de manière globale la lutte  contre la criminalité organisée au niveau international, a été complétée par plusieurs protocoles additionnels portant sur la traite des personnes, le trafic illicite des migrants, le blanchiment d'argent, ainsi que la fabrication et le trafic d’armes à feu.

La dépêche de l'agence KCNA a ainsi présenté l'objet de la Convention de Palerme :

Elle précise les droits et obligations qui engagent les signataires pour renforcer la coopération internationale dans la lutte contre la criminalité internationale organisée, dont le blanchiment d'argent, le terrorisme et le trafic illicite de drogue.

La mention spécifique du terrorisme est à relever, l'annonce de cette ratification intervenant quelques jours après une nouvelle condamnation du terrorisme international par la Corée du Nord - au lendemain de l'attentat contre une boîte de nuit gay à Orlando, en Floride.

L'instrument de ratification sera présenté au secrétaire général des Nations Unies, le Sud-Coréen Ban Ki-moon.

Source :

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 12:41

En décembre 2014, l'interdiction du principal parti de gauche en Corée du Sud - le Parti progressiste unifié (PPU) - dans des conditions contraires aux principes démocratiques, a soulevé une tempête de protestations. Dans ce contexte, des personnalités françaises et d'autres pays ont constitué, à Paris, le 22 janvier 2015, un Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, devenu, le 1er avril 2015, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD). Des membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont immédiatement rejoint la nouvelle organisation internationale. L'AAFC appelle toutes celles et tous ceux qui sont attachés aux droits de l'homme et aux libertés publiques à rejoindre le CILD.

Rencontre à Paris, le 21 mai 2016, avec Jin Yongha, secrétaire général de l'Association des travailleurs, et Mme Yang Goeun, co-présidente de l'Alliance coréenne pour la réunification indépendante et la démocratie, qui ont témoigné sur la répression contre les militants politiques et syndicaux en Corée du Sud

Rencontre à Paris, le 21 mai 2016, avec Jin Yongha, secrétaire général de l'Association des travailleurs, et Mme Yang Goeun, co-présidente de l'Alliance coréenne pour la réunification indépendante et la démocratie, qui ont témoigné sur la répression contre les militants politiques et syndicaux en Corée du Sud

En un peu plus d'un an d'existence, le CILD, présidé par le Professeur Jean Salem, a déjà un solide bilan : présent dans toutes les manifestations en France pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, y compris dans le soutien aux familles des victimes des naufrages du Sewol, le CILD a aussi organisé des activités qui lui sont propres : manifestation à Paris pour la libération des prisonniers politiques et contre la loi "antiterroriste", rencontres-témoignages avec des militants victimes de la répression, pétition pour exiger la libération de Park Rae-gun, militant historique des droits de l'homme poursuivi pour avoir soutenu les victimes du naufrage du Sewol...

Face à la chape de plomb qui s'abat sur les libertés publiques en Corée du Sud, l'AAFC appelle à contacter le CILD en écrivant à solidaritefrancecoree@yahoo.fr, et en signant la pétition contre l'interdiction du PPU - dont les signataires sont associés à l'ensemble des activités du CILD.

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  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
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