Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 22:25

Le 23 février 2018, le comité jeunes et étudiants de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique dans les locaux de l'UL-CGT du 16e arrondissement de Paris pour discuter de la question de la paix dans la péninsule coréenne, en présence de participants sud-coréens (qui constituaient la moitié de l'assistance), ce qui a permis un large échange entre Français et Coréens. Au moment où les Jeux olympiques de Pyeongchang ont favorisé un spectaculaire rapprochement intercoréen, tous les participants ont convenu de la nécessité de promouvoir la paix et la dialogue, en repoussant les manoeuvres à contre-courant des néo-conservateurs américains qui exacerbent les tensions dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Les tentatives pour ruiner la paix et le dialogue sont à la mesure des espoirs soulevés par le rapprochement intercoréen en cours, lors des Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, comme en atteste la dénonciation par les néoconservateurs américains et sud-coréens (complaisamment relayés par la presse occidentale) du général Kim Yong-chol, qui dirigera la délégation nord-coréenne lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques : alors qu'en raison des fonctions qu'il occupe pour les relations Nord-Sud il a vocation à diriger la délégation nord-coréenne lors de cette cérémonie, les quelque 70 députés sud-coréens de droite qui protestent contre sa venue font deux raccourcis généralement omis par les médias occidentaux. D'une part, incriminer la RPDC dans le dramatique naufrage de la corvette "Cheonan" qui a causé la mort de 46 marins sud-coréens au printemps 2010, c'est faire fi de toutes les lacunes de l'enquête officielle, ce qui a conduit à ce que les conclusions de l'enquête officielle américano-sud-coréenne soient remises en question, entre autres, par un ancien membre du groupe d'enquête (le 26 mai 2010), par des chercheurs indépendants d'universités américaines (le 12 juillet 2010), et par les experts de la marine russe (juillet 2010) invités par Séoul à examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord. D'autre part, l'implication du général Kim Yong-chol est plus que douteuse, comme l'a rappelé le gouvernement sud-coréen.

Et dans le même temps, ne faut-il pas rappeler aux députés conservateurs sud-coréens qui manifestent contre la venue du général Kim Yong-chol que l'homme à l'origine de la mort de plus de 300 Sud-Coréens dans le naufrage d'un autre navire, le "Sewol", était notoirement proche d'eux, et que le gouvernement qu'ils dirigeaient alors a été incapable de sauver des centaines de vies humaines ? Comment oublier que les conservateurs, eux, étaient aussi au pouvoir lorsqu'a été tué le manifestant paysan Baek Nam-gi, un parti politique interdit à l'issue d'un procès truqué par les services de renseignement et qu'ont été commises des atteintes systématiques aux libertés publiques et aux droits de l'homme ? Les participants à la conférence ont alors témoigné des emprisonnements d'opposants (le dirigeant syndical Han Sang-gyun étant toujours derrière les barreaux) et de la pratique des "listes noires" visant à empêcher que les artistes et intellectuels jugés proches de l'opposition bénéficient de subventions et de commandes publiques. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Lors des débats animés par Loïc Ramirez, président du comité jeunes de l'AAFC, les participants ont souligné la nécessité de permettre le dialogue entre Coréens du Nord et du Sud, pour que la réunification de la Corée s'opère sans ingérence extérieure - à commencer par celle des Etats-Unis, le vice-président américain Mike Pence ayant cherché, à Pyeongchang, à torpiller tous les efforts de dialogue qui permettent aujourd'hui de sortir du cycle des tensions qui ont atteint un point paroxysmique fin 2017 - et qui servent les intérêts américains : l'annonce ce même 23 février de nouvelles sanctions américaines à l'encontre de 27 entreprises, 28 navires et 1 personnes physique, basés ou enregistrés en Corée du Nord ou dans d'autres pays (Chine, Singapour, Taïwan, Hong Kong, îles Marshall, Tanzanie, Panama, Comores), s'inscrit bien dans une politique d'asphyxie économique de la Corée du Nord, pour contrecarrer les appels au dialogue et à la paix qui constituent des perspectives inacceptables pour les Etats-Unis de Donald Trump. Des comparaisons ont été faites avec l'attitude de l'administration américaine dans d'autres régions du monde - notamment la Syrie et le Venezuela, alors que la reprise annoncée des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes constitue un mauvais signal pour le dialogue. 

Le comité jeunes de l'AAFC a appelé à le rejoindre toutes celles et tous ceux qui sont attachés au combat pour la paix et les libertés publiques dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
Partager cet article
Repost0
22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 23:22

Le site de la Korean Foundation propose une carte du nombre d'universités dans le monde (hors Corée) où sont enseignées les études coréennes. Il en est recensé 1 348 dans 105 pays. Si la liste n'est pas corrélée au nombre d'étudiants, enseignants ou chercheurs (il faut cliquer sur le lien avec les universités), elle offre néanmoins un aperçu intéressant des pays où les études coréennes sont développées dans le plus grand nombre d'universités. L'AAFC a établi un palmarès par pays.

Où étudie-t-on le coréen dans le monde ?

1. Le Japon : malgré les antagonismes historiques entre la Corée et le Japon, l'archipel nippon regroupe plus d'un quart des universités dans le monde (371) recensées pour leurs études coréennes. L'importante communauté coréenne au Japon, la position géographique de l'archipel et une certaine proximité linguistique (les structures grammaticales du japonais et du coréen présentent des similitudes) sont de nature à expliquer ce rang.

2. La Chine (271) : avec un cinquième du nombre d'universités où sont enseignées les études coréennes dans le monde, la Chine arrive deuxième. Un résultat important, mais à relativiser puisque la Chine abrite la plus importante diaspora coréenne en dehors de la péninsule et est le premier partenaire économique tant de la République de Corée que de la République populaire démocratique de Corée.

3. Les Etats-Unis (128 universités, 9 % du total) : si l'intérêt pour les études coréennes se développe aux Etats-Unis, il n'est pas encore à la hauteur de l'importance que revêtent les Etats-Unis pour les (Sud-)Coréens qui, outre les liens politiques noués entre les deux pays, constitue la première destination d'accueil des étudiants sud-coréens à l'étranger.

4. ex aequo Russie (36 universités) : la tradition russe des études coréennes continue de s'exprimer dans le nombre d'universités russes où sont enseignées les études coréennes, même si sur ce critère la Russie est désormais nettement devancée par le Japon, la Chine et les Etats-Unis.

4. ex aequo Taïwan (36 universités) : les études coréennes sont bien développées à Taïwan, comme dans d'autres pays d'Asie de l'Est, et dépassent le rang qu'occupe Taïwan tant pour les échanges politiques qu'économiques avec la Corée du Sud.

6. Thaïlande (34 universités) : par son poids démographique et économique en Asie du Sud-Est, la Thaïlande talonne Taïwan.

Le premier pays européen est le Royaume-Uni (27 universités), devant la France (19) et l'Allemagne (16), l'Espagne (6) et l'Italie (6). 

Parmi les pays d'Asie de l'Est figurent le Vietnam (27 universités), la Mongolie (avec 21 universités, il s'agit d'un record mondial eu égard à la population du pays), la Malaisie (19), l'Indonésie (14), les Philippines (13) et le Cambodge (11).

L'Inde compte 19 universités pour l'enseignement des études coréennes.

En Asie centrale, où résident d'importantes minorités coréennes, le Kirghizstan (15 universités) devance l'Ouzbékistan (14) et le Kazakhstan (11).

Sur le continent américain, loin derrière les Etats-Unis viennent le Canada (14 universités), le Mexique (13) et la Colombie (9).

En Océanie, l'Australie compte 11 universités pour les études coréennes. En Afrique, le Maroc est en tête (7 universités) avec une grande zone blanche au sud du continent (1 seule université au Nigeria, 0 en Afrique du Sud).

Source : 

Partager cet article
Repost0
11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 18:43

Le samedi 6 janvier 2018, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a donné une conférence sur les relations entre le Vietnam et la Corée depuis 1945, à la maison des associations du 3e arrondissement de Paris - dans le cadre d'un cycle de conférences organisé par le comité de Paris de l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV). Nous reproduisons ci-après le texte de la conférence. 

Pour l'examen des relations entre la Corée (ou plus exactement les deux États coréens) et le Vietnam (lui-même divisé en deux États de 1954 à 1975), il convient d'éviter les conclusions hâtives liées au fait que la République socialiste du Vietnam et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont deux régimes dits de démocratie populaire : en effet, les deux États ont procédé à des choix différents de politique économique et de politique extérieure. Ainsi, le Vietnam est, parmi les démocraties populaires d'Asie, celle qui a les meilleures relations avec la République de Corée (Corée du Sud).

À titre préliminaire, rappelons les similitudes qui existent entre ces deux nations d'Asie de l'Est :

- elles sont toutes deux bordées par la Chine (le Vietnam est situé au sud-est de la Chine, et la Corée au nord-est) ;

- elles ont été colonisées, le Vietnam par la France et la Corée par le Japon ;

- l'une et l'autre ont eu une relation tributaire avec l'empire chinois, mais qui n'a pas laissé la même empreinte culturelle : le confucianisme, dominant dans le royaume de Corée, a conduit les dirigeants coréens à se considérer comme les vrais héritiers de la culture chinoise après l'accession d'une dynastie étrangère (mandchoue) sur le trône impérial à Pékin, au XVIIe siècle, suivant un phénomène qualifié de “petit-sinocentrisme”, qu'on ne retrouve pas au Vietnam ;

- elles ont été politiquement divisées, de 1954 à 1975 pour le Vietnam, la Corée l'étant toujours (depuis 1945 en fait et depuis 1948 en droit) ;

- elles ont été au coeur de l'affrontement Est-Ouest de la guerre froide, ayant connu des guerres civiles internationalisées, de 1950 à 1953 pour la Corée et de 1965 à 1973 pour le Vietnam.

Par ailleurs, la Corée et le Vietnam, qui occupent l'une et l'autre des positions stratégiques en Asie et ont connu de forts taux de croissance économique, ont des poids géographiques et démographiques assez comparables : le Vietnam compte environ 94 millions d'habitants, répartis sur 330 000 km2, et la Corée 77 millions d'habitants (plus de 51 millions au Sud et plus de 25 millions au Nord) sur 220 000 km2.

Mon intérêt pour les relations Vietnam-Corée a été motivé par mon parcours personnel. Membre de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) depuis 2004, dont je suis président depuis avril 2017, j'ai voyagé à neuf reprises en Corée entre 2005 et 2017, sept fois au Nord et deux fois au Sud – ainsi qu'une fois dans la province chinoise coréenne autonome de Yanbian. Secrétaire exécutif du groupe interparlementaire d'amitié France-Vietnam du Sénat entre 2009 et 2014, ce qui m'a donné l'occasion de visiter deux fois le Vietnam, je suis membre de l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV) depuis 2009, et appartiens au bureau national de l'AAFV depuis 2014.

Le sujet traité se limite à l'époque contemporaine, depuis 1945. Mais les contacts sont beaucoup plus anciens ; en particulier, des représentants de la dynastie Ly, qui a régné sur le Vietnam entre 1009 et 1225, se sont réfugiés en Corée, parmi lesquels un fils adoptif de l'empereur vietnamien et ses partisans : leurs descendants ont constitué la dynastie des Lee de Jeongson, dans la province de Gangwon. Un autre exilé vietnamien, Ly Long Tuong, s'est illustré en tant que général coréen dans la lutte contre les Mongols.

La question des relations France-Vietnam est peu traitée dans les études francophones. Deux articles, consultés et utilisés pour la présente étude, doivent toutefois être mentionnés :

- dans le numéro 39 (avril à juin 2014) de la revue Outreterre consacré à la Corée, un article de Donald Keyser et Shin Gi-wook, “Corée du Sud-Vietnam : les deux puissances moyennes d'Asie” (p. 311-321, traduction de l'anglais par Arnaud Leveau) ; les deux auteurs ont co-écrit l'ouvrage Asia's Middle Powers ? South Korea and Vietnam, publié en 2013 ;

- dans un ouvrage qu'il a dirigé (La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, L'Harmattan, 2013), Pierre Journoud a écrit un très bon article de synthèse, “De la guerre à la paix : les relations vietnamo-coréennes depuis 1950” (p. 319-338).

S'agissant des études anglophones, plus nombreuses, nous avons utilisé les articles suivants, accessibles gratuitement sur Internet, notamment sur le sujet, moins bien connu, des relations Vietnam – Corée du Nord :

- Nate Fischler, “Vietnam's role in North Korea : a 'frienship' endures ?”, in Asia Times, 30 juillet 2017 ;

- Pham Thi Thu Thuy, “The colourful history of North Korea – Vietnam relations”, in NK News, 1er août 2017 ;

- concernant les relations Vietnam – RPD de Corée, les travaux d'un chercheur, Balazs Szalontai, qui a travaillé sur des documents déclassifiés (les archives diplomatiques d'anciennes démocraties populaires d'Europe de l'Est) dans le cadre du Centre Woodrow Wilson, dont il faut toutefois souligner qu'ils ne reflètent ni le point de vue vietnamien, ni celui nord-coréen, et peuvent donner une approche biaisée des relations entre Pyongyang et Hanoï ;

- les deux articles de l'encyclopédie collaborative Wikipédia (non traduits en français) “Vietnam – South Korea relations” et “Vietnam – North Korea relations”.

L'exposé a été conduit de manière chronologique, en distinguant chacun des deux États coréens (et, pendant deux décennies, des deux États vietnamiens), avant d'aborder le rôle de médiateur que peut aujourd'hui jouer le Vietnam sur la question coréenne.

*

I - Le Vietnam en guerre et l'implication coréenne

A) Vietnam du Sud – Corée du Sud : deux bastions autoritaires de l'anticommunisme

Dans un article intitulé “La paix indivisible : la diplomatie française, la fin de la guerre de Corée et l'issue de la guerre d'Indochine” (in Pierre Journoud, La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, op. cit.), Pierre Grosser a souligné “un aspect méconnu de la guerre froide en Asie : les projets de coalition entre les régimes nationalistes anticommunistes, à savoir la Corée du Sud, Taïwan, le Vietnam, voire les Philippines” (ibid., p. 121), et cette “hypothèse a été étudiée sérieusement à Washington”.

Avant même la bataille de Dien Bien Phu, et dès la fin de la guerre de Corée en juillet 1953, le président sud-coréen Syngman Rhee, qui n'était pas favorable à la cessation des hostilités en Corée, avait proposé l'intervention des soldats sud-coréens au Vietnam pour lutter contre le communisme, ce dont ne voulait pas la France qui craignait une internationalisation du conflit et l'intervention de soldats chinois en cas d'implication sud-coréenne. La proposition, renouvelée en 1954 après la proclamation du Vietnam du Sud, pouvait apparaître d'autant moins illégitime que de nombreux combattants américains en Corée allaient ensuite être redéployés au Vietnam. Toutefois, les autorités sud-vietnamiennes n'accueillirent pas favorablement le principe de l'intervention de troupes sud-coréennes, alors que le souvenir des troupes japonaises pendant la Seconde guerre mondiale était encore vif.

Il faut attendre 1964 pour que les autorités de Saïgon changent de position, avec l'arrivée à cette date des premiers militaires sud-coréens au Vietnam : 34 officiers et 69 soldats d'une unité médicale militaire, accompagnés de 10 instructeurs de taekwondo (le sport national de combat coréen).

Le bataillon sud-coréen au Vietnam pendant la guerre a ainsi été le deuxième plus important bataillon étranger en effectifs, après le contingent américain : 312 853 soldats sud-coréens ont été déployés au Vietnam jusqu'en 1973, sous la direction du lieutenant général Chae Myung-shin. Toujours selon les sources sud-coréennes, 5 099 sont morts, dont 3 800 au combat, et ils auraient tué 41 400 ennemis (dont plus de 5 000 civils).

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

Les troupes sud-coréennes au Vietnam ont été accusées d'atrocités, en ayant tué plus de 400 villageois désarmés au village de Binh Hoa en 1966, 168 villageois à Binh Tai en octobre 1966, 135 femmes, enfants et vieillards, massacrés par des Marines à Ha My en février 1968... Toujours en février 1968, des meurtres de masse ont eu lieu à Phong Ni et Phong Nhat. Une commission vérité et réconciliation sud-coréenne a estimé le nombre de victimes non combattantes à plus de 9 000. Plusieurs auteurs de la littérature coréenne contemporaine ont rendu compte de leur participation à la guerre du Vietnam, dont Hwang Sok-hyong et Ahn Junh-hyo.

Les soldats sud-coréens au Vietnam ont aussi laissé derrière eux des milliers d'enfants métis, les “Lai Dan Han”, fils et filles de femmes vietnamiennes et d'hommes coréens.

La reconnaissance des crimes commis par les soldats coréens a été tardive et partielle : en 2001, le président Kim Dae-jung a présenté ses condoléances pour les souffrances alors infligées au peuple vietnamien, tout en déclarant qu' “elles n'étaient pas intentionnelles”. C'est finalement la société civile sud-coréenne qui s'est le plus fortement engagée : après une série d'articles publiés dans le quotidien progressiste Hankyoreh en 2003 dénonçant les atrocités de guerre, une donation de 100 000 dollars américains a été consacrée à la création d'un musée de la paix dans la province de Phu Yen.

Cette approche contraste avec l'histoire officielle encore professée en Corée du Sud : le musée de la guerre à Séoul présente la guerre du Vietnam comme une opportunité pour développer l'économie sud-coréenne alors en plein essor : la contribution du conflit à la croissance nationale a été estimée entre 3 % et 4 % du PNB sud-coréen.

Si l'intérêt diplomatique de la participation à la guerre du Vietnam était de consolider l'alliance avec les États-Unis, l'intérêt économique a été renforcé par le fait que l'effort de guerre sud-coréen a été en réalité financé par le gouvernement américain via des aménagements secrets, notamment le programme Food for peace (“de la nourriture pour la paix”) de l'Agence internationale pour le développement.

B) Vietnam démocratique – Corée populaire : une solidarité anti-impérialiste en actes

Avec l'établissement de relations diplomatiques entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la République démocratique du Vietnam (RDC) le 31 janvier 1950, la RPDC devient le troisième pays à reconnaître la RDC, après la Chine et l'URSS.

Après 1954, la solidarité politique entre les deux États s'exprime notamment par les visites de leurs dirigeants : en juillet 1957 Ho Chi Minh se rend en RPDC, puis Kim Il Sung visite le Vietnam en novembre-décembre 1958 et en novembre 1964. Des dons symboliques rendent compte des échanges ainsi noués – comme les éléphants vietnamiens au zoo de Pyongyang. En février 1961 un accord de coopération scientifique et technique est conclu entre les deux gouvernements.

Kim Il Sung accueille Ho Chi Minh en Corée en 1957

Kim Il Sung accueille Ho Chi Minh en Corée en 1957

La guerre du Vietnam conduit à une intensification de l'aide et de la coopération nord-coréennes, la RPD de Corée étant alors un pays plus développé qui soutient le peuple vietnamien à l'instar d'autres peuples en lutte pour leur libération nationale (les Palestiniens, les Sahraouis du Front Polisario...) et les combats contre l'apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie.

S'agissant du Vietnam, l'aide militaire (armes, munitions, uniformes...) et économique (ciment, acier, textile, médicaments, engrais chimiques...) nord-coréenne, notamment dans le cadre d'un accord “armes contre riz”, est estimée, entre 1966 et 1969, entre 12 et 20 millions de roubles par an, soit un montant particulièrement significatif pour un pays de la taille de la RPD de Corée. Elle s'accompagne de l'accueil de nombreux étudiants vietnamiens en RPDC (jusqu'à 2 500 en 1968, parmi lesquels un futur ambassadeur vietnamien en Corée du Sud) – ce qui fera de l'association des anciens étudiants vietnamiens en Corée du Nord l'un des acteurs essentiels des relations bilatérales, concomitamment avec les Associations d'amitié Vietnam-RPDC (fondée en 1965) et Corée-Vietnam.

En revanche, et à la différence des Sud-Coréens, l'implication militaire directe des Nord-Coréens dans le conflit restera limitée : il est estimé qu'environ 200 pilotes auraient combattu entre 1965 et 1968, dont 14 sont décédés. Un mausolée leur est consacré à Bac Giang, où les anciens combattants ont été honorés en 2001 par Kim Yong Nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC.

L'aide nord-coréenne diminue toutefois au début des années 1970, cessant pour l'essentiel en 1973 avec la conclusion des accords dits de Paris. Il a été avancé que les Nord-Coréens auraient été plus que réservés à l'engagement de négociations de paix avec les États-Unis, mais Balazs Salontai a avancé d'autres motifs : le sentiment nord-coréen d'une aide à sens unique, une concurrence des deux pays pour intégrer le Mouvement des non-alignés... En tout état de cause, l'un et l'autre sont aux avant-postes de la lutte anti-impérialiste : début 1968, l'offensive du Têt intervient presque simultanément à l'incident du Pueblo (le navire espion américain capturé par les Nord-Coréens) – même si les archives diplomatiques déclassifiées ne permettent pas de confirmer l'hypothèse, alors souvent retenue en Occident à l'époque, d'une coordination entre Hanoï et Pyongyang.

II – Continuité et ruptures dans les relations Vietnam-Corée après la réunification du Vietnam

A) 1975-1992 : une relation politique exclusive du Vietnam avec la RPD de Corée affectée par des sujets diplomatiques avec des pays tiers (Cambodge, Chine)

Les divergences sont antérieures à la réunification : pendant la guerre civile cambodgienne (1967-1975), Pyongyang a accueilli favorablement la proposition chinoise de création d'un front uni des cinq nations révolutionnaires asiatiques (Chine, RPDC, Vietnam, Laos, Cambodge) – alors que le Vietnam, comme l'Union soviétique, ont été réservés face à cette initiative, et de fait dans le schisme sino-soviétique, le Vietnam n'a pas été pro-chinois.

La question cambodgienne va affecter encore plus fortement les relations Hanoï-Pyongyang après 1975, lorsque la RPDC apporte son soutien aux Khmers rouges. À partir de cette date, Norodom Sihanouk fera d'ailleurs de fréquents séjours à Pyongyang, où les Nord-Coréens lui construisent un palais et lui fournissent des gardes du corps qui lui resteront fidèles jusqu'à sa disparition. Si rien n'atteste de relations personnelles entre Ho Chi Minh et Kim Il Sung, le dirigeant nord-coréen et Norodom Sihanouk ont en revanche noué des relations humaines fortes, indépendamment des relations politiques d'État à État.

Les relations sont encore dégradées par la dénonciation par la RPDC de l'intervention vietnamienne au Cambodge en 1979 et le refus de reconnaître la nouvelle République populaire du Kampuchea.

A contrario le retrait vietnamien du Cambodge en 1989 favorise le développement des échanges, avec la création d'un comité intergouvernemental Vietnam-RPDC pour la coopération économique, scientifique et technologique.

B) Depuis 1992 : l'essor des relations Vietnam – République de Corée

L'établissement de relations diplomatiques entre la République socialiste du Vietnam et la République de Corée (Corée du Sud) le 22 décembre 1992 n'est pas le premier succès de la politique d'ouverture aux démocraties populaires de Séoul : la Corée du Sud avait déjà établi des relations diplomatiques avec l'URSS le 30 septembre 1990, puis avec la République populaire de Chine le 24 août 1992. Il entraîne toutefois la suspension immédiate de l'accord de coopération économique, scientifique et technologique conclu entre Pyongyang et Hanoï en 1989. Sur un autre plan, il favorise le développement des études coréennes au Vietnam, marquées par la création d'un Centre d'études coréennes dans la capitale vietnamienne.

1.Des relations d'abord économiques en croissance exponentielle

Dans sa recherche d'investissements étrangers depuis l'engagement de sa politique de réformes économiques (Doï Moï) en 1986, le Vietnam voit dans la Corée du Sud un potentiel partenaire de premier plan – tandis que pour sa part la Corée du Sud, pays autrefois parmi les plus pauvres du monde devenu membre de l'OCDE malgré son absence de ressources premières en abondance, se voit volontiers comme un modèle de développement, non seulement pour le Vietnam mais aussi pour l'Afrique subsaharienne.

Dès 1996, la République de Corée est devenu le troisième partenaire commercial du Vietnam (avec un volume d'échanges annuels bilatéraux de 1,3 milliard de dollars) et le quatrième investisseur étranger au Vietnam (à hauteur de 2 milliards de dollars).

Aujourd'hui, la Corée du Sud est le premier investisseur étranger au Vietnam : le stock des investissements directs étrangers (IDE) sud-coréens au Vietnam s'élevait à 54 milliards de dollars en juin 2017, générant près d'un million d'emplois dans l'économie locale. En sens inverse, ce sont quelque 4 000 entreprises vietnamiennes qui ont investi en Corée du Sud (dont Petro Vietnam Oil Corporation, Vietnam Air Petrol Company...).

La Corée du Sud est le deuxième pourvoyeur d'aide publique au développement (APD) au Vietnam, le Vietnam étant le premier récipiendaire de l'APD sud-coréenne.

L'essor du commerce bilatéral illustre le mieux le développement des relations économiques, à la faveur des mesures de libéralisation engagées d'abord dans le cadre des relations ASEAN-Corée du Sud, puis de l'accord de libre-échange bilatéral, négocié à partir de 2010, signé le 5 mai 2015 et entré en vigueur le 20 décembre 2015. Les Vietnamiens exportent notamment en Corée du Sud des produits de la mer (poisson, poulpes, crevettes, calamars...) quand les exportations sud-coréennes au Vietnam se concentrent sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication qui correspondent à l'un des pôles d'excellence de la République de Corée. En 2016, le commerce bilatéral s'est élevé à 45,1 milliards de dollars, ayant plus que doublé depuis 2012 (21 milliards de dollars) et progressé de 20 % par rapport à 2015. Sur les neuf premiers mois de l'année 2017, les échanges commerciaux s'élevaient à 35,5 milliards de dollars (soit une progression de 30 % d'une année sur l'autre), correspondant à un volume annuel d'échanges de l'ordre de 60 milliards de dollars – et une multiplication par quarante-cinq des échanges commerciaux en valeur (en dollars courants) depuis 1996.

Cet essor des échanges profite cependant inégalement aux deux parties, le Vietnam accusant un fort déficit commercial : l'abolition des barrières tarifaires a déjà profité à l'économie sud-coréenne, plus développée.

2. Quel partenariat politique et stratégique ?

Au regard de l'importance des échanges économiques, les dirigeants vietnamiens tendent à rejeter dans le passé les atrocités commises pendant la guerre par le bataillon sud-coréen au Vietnam – malgré des questions d'intérêt commun, comme les conséquences de l'agent orange non seulement sur les populations vietnamiennes, mais aussi sur les soldats sud-coréens ayant combattu au Vietnam, également engagés dans une bataille juridique contre les firmes pharmaceutiques américaines (en janvier 2006, Monsanto et Dow Chemical ont été condamnés à verser des dommages et intérêts 6 800 anciens combattants sud-coréens au Vietnam, mais la décision n'a pas été confirmée dans la suite de la procédure).

Le rapprochement politique Hanoï-Séoul est cependant favorisé par des intérêts convergents : les deux pays ont la Chine comme premier partenaire économique mais une alliance en droit (s'agissant de la Corée du Sud) ou potentielle (concernant la Vietnam) avec les États-Unis, dans le cadre de la rivalité stratégique américano-chinoise dans la zone Asie-Pacifique ; enfin, les diasporas coréenne et vietnamienne sont l'une et l'autre importantes aux États-Unis.

Après l'établissement de relations diplomatiques entre Hanoï et Washington en 1994, le Vietnam a ainsi recherché l'appui américain dans ses différends avec la Chine, notamment les conflits territoriaux en mer de Chine du Sud. Mais le Vietnam cherche aussi à gagner la Corée du Sud à ses positions : en octobre 2012, un colloque a ainsi été organisé en Corée du Sud, sous le double patronage de l'Université de Chosun et de l'Université nationale de Hanoï, à propos de la souveraineté des îles en mer de Chine méridionale et dans la mer orientale.

L'armée sud-coréenne aide par ailleurs à la modernisation de l'armée vietnamienne et forme des officiers vietnamiens.

Les visites des dirigeants de l'un ou l'autre pays ont ainsi ponctué un partenariat en construction, y compris dans le domaine politique : en 1998, Kim Dae-jung a été le premier président sud-coréen à visiter le Vietnam depuis la réunification ; en 2001, la visite du Président Tran Duc Luong en Corée du Sud était la première d'un chef d'État vietnamien depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1992.

La notion de “partenariat global” a été développée au début des années 2000, et qualifiée de “partenariat stratégique” à l'occasion de la visite du président sud-coréen Lee Myung-bak au Vietnam en 2009. En mars 2012, le Président Nguyen Tan Dung a été reçu à Séoul, et la Présidente Park Geun-hye a effectué une visite d'État au Vietnam du 7 au 11 septembre 2013.

Les Présidents Nguyen Tan Dung et Lee Myung-bak en 2012

Les Présidents Nguyen Tan Dung et Lee Myung-bak en 2012

3. D'importantes présences sud-coréenne au Vietnam et vietnamienne en Corée du Sud

Pour le Vietnam, pays jeune dont 50 % de la population a moins de 30 ans, la Corée du Sud est déjà connue par la vague Hallyu de la culture pop sud-coréenne (cinéma, musique), si populaire que selon Pierre Journoud 70 % des programmes diffusés par la télévision vietnamienne sont d'origine sud-coréenne.

Les Coréens au Vietnam étaient au nombre de 83 640 en 2011 selon le ministère sud-coréen des Affaires étrangères et du commerce, et leur nombre aurait atteint 130 000 en 2013, selon une estimation de la télévision vietnamienne, dont la moitié dans la capitale économique Ho Chi Minh – ville, ce qui traduit le caractère essentiellement économique de cette présence sud-coréenne, qui s'accroît avec le développement des échanges. Il s'agit de la deuxième plus importante communauté coréenne en Asie du Sud-Est, après les Philippins, et de la deuxième plus forte communauté d'expatriés au Vietnam, après les Taïwanais.

Dès 1995 se constitue l'association Koviet, communauté des Coréens ayant grandi au Vietnam.

Cette présence sud-coréenne n'est pas sans susciter également des réactions de rejet, les chefs d'entreprise sud-coréens étant perçus comme trop exigeants tandis que des faits divers alimentent une certaine xénophobie (comme en 2008, lors du meurtre d'une étudiante de l'Université de Hanoï par son petit ami sud-coréen).

À cette présence de moyen et long termes s'ajoutent les flux touristiques : en 2013, 536 000 Sud-Coréens avaient visité le Vietnam, tandis que la même année 106 000 Vietnamiens avaient visité la Corée du Sud.

La présence vietnamienne en Corée du Sud remonte principalement à la guerre du Vietnam, à la suite des premiers mariages mixtes. Aujourd'hui, alors que la Corée du Sud souffre d'un déséquilibre de son sex ratio au détriment des femmes, environ 5 000 Vietnamiennes rejoignent la République de Corée dans le cadre de mariages internationaux, et plus de 2 000 agences matrimoniales sud-coréennes se sont établies au Vietnam. Un racisme s'est aussi développé en Corée du Sud à l'encontre de leurs épouses vietnamiennes et de leurs enfants métis, les Sud-Coréens tendant à classer les métis dans la catégorie de population étrangère.

La majeure partie de la communauté vietnamienne en Corée du Sud (forte de plus de 100 000 membres) est cependant constitué de travailleurs (dont le nombre était estimé à 65 000, souvent dans les secteurs manufacturier et de la pêche, où leurs conditions de vie sont précaires) et dans une moindre mesure d'hommes d'affaires et de cadres. S'ajoute enfin une communauté étudiante vietnamienne.

C) Les relations Vietnam-Corée du Nord depuis 1992 : au-delà de la fraternité des anciens compagnons d'armes, quelles coopérations concrètes ?

Comme l'observe notamment Nate Fischler dans un article de Asia Times publié le 30 juillet 2017, le terme d' “amitié” perdure.

Entre 1957 et 2002, ce sont ainsi 135 accord bilatéraux conclus qui ont été recensés. Il reste des symboles de la période d'essor des échanges de la deuxième moitié des années 1960 : le jardin d'enfants de Hanoï, créé à l'origine avec des fonds nord-coréens, et dont le nombre d'enfants a fortement augmenté depuis sa création (de 120 à 880), est aujourd'hui l'un des plus réputés (et aussi l'un des plus sélectifs) de la capitale. Il a reçu de multiples récompenses, tant du côté nord-coréen que de celui vietnamien, comme l'a montré Pham Thi Thu Thyu dans un article publié par NK News en août 2017 “The colourful history of North Korea – Vietnam relations”.

Le retrait vietnamien du Cambodge, et l'attente d'investissements étrangers au Vietnam, ont d'abord favorisé les échanges économiques : en 1993, un investissement conjoint nord-coréano-vietnamien à Hai Duong a porté sur la production de soie. Mais les difficultés économiques de la RPDC l'ont ensuite conduite à revendre ses parts au Vietnam en 2001.

Des incidents financiers ont aussi affecté les relations bilatérales : selon les Vietnamiens, les Nord-Coréens n'auraient pas honoré, en 1996, le paiement de 20 000 tonnes de riz vietnamien, pour une valeur estimée à 18 millions de dollars. La RPDC aurait cependant réglé sa facture en livrant deux sous-marins de la classe Yugo, qui seraient d'ailleurs toujours utilisés par l'armée vietnamienne pour ses entraînements.

S'agissant des échanges économiques, c'est aujourd'hui plus la Corée du Nord qui s'intéresse au Vietnam que l'inverse : alors que des zones économiques spéciales ont été créées en RPDC, des experts nord-coréens se rendent régulièrement au Vietnam pour étudier ses réformes économiques, vues de Pyongyang comme offrant un modèle de développement socialement plus stable que la voie chinoise vers le socialisme de marché.

La question des réfugiés nord-coréens passant par le Vietnam, notamment pour rejoindre la Corée du Sud (alors que la frontière sino-vietnamienne est plutôt facile d'accès, étant peu montagneuse), a été une pomme de discorde entre les deux pays. Initialement, les autorités vietnamiennes ont fait le choix de tolérer le départ des Nord-Coréens vers la Corée du Sud depuis quatre centres d'accueil gérés par la Corée du Sud au Vietnam. Cette situation a changé avec l'annonce, en juillet 2004, que 468 réfugiés nord-coréens avaient gagné la Corée du Sud depuis le Vietnam. Dès lors, les autorités vietnamiennes ont renforcé le contrôle aux frontières des Nord-Coréens, et expulsé les Sud-Coréens gérant les centres de réfugiés nord-coréens sur leur territoire.

La fin des années 2000 a été marquée par un regain des échanges politiques bilatéraux : des visites nord-coréennes au Vietnam de haut niveau ont eu lieu en 2010, 2012 (avec la visite du Président Kim Yong Nam du 5 au 7 août) et 2015 (Pak Yong Sik, ministre nord-coréen des Forces armées, a été reçu par le Président Truong Tan Sang) ; pour sa part, le secrétaire général du Parti communiste vietnamien (PCV) Nong Duc Manh a visité Pyongyang en octobre 2007 – c'était la première visite à ce niveau d'un responsable du PCV depuis l'accueil de Ho Chi Minh à Pyonyang en 1957.

La place du Vietnam parmi les amis de la RPDC doit cependant être relativisée : dans les réponses du Maréchal Kim Jong Un aux messages de félicitations des dirigeants et chefs de parti étrangers en mai 2014, le Vietnam n'apparaît qu'en huitième position – après la Chine, Cuba, le Népal, le Laos, Myanmar, la Mongolie et le Cambodge, avant le Congo démocratique et l'Angola.

D) La question coréenne, opportunité pour le Vietnam de s'affirmer comme médiateur sur la scène internationale ?

Les bonnes relations qu'entretient le Vietnam avec les deux États coréens en font un possible médiateur sur la question coréenne, d'autant plus qu'il manifeste des ambitions diplomatiques pour renforcer sa stature internationale, y compris au sein de l'ASEAN, comme puissance responsable cherchant à régler les conflits.

Les autorités vietnamiennes expriment des positions équilibrées, les mêmes acteurs pouvant tenir un discours cohérent vis-à-vis tant de la Corée du Sud que de la Corée du Nord : le secrétaire général du PCV Nong Duc Manh, qui était à Pyongyang en octobre 2007, se trouvait à Séoul fin 2017, où il prônait la dénucléarisation, la paix et la réunification de la péninsule.

Cet appel constant au dialogue et à la dénucléarisation va cependant de pair avec le soutien de Hanoï aux positions américaines (et chinoises) pour que Pyongyang respecte ses engagements internationaux, notamment les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sanctionnant la poursuite de ses programmes nucléaires militaires et balistiques par la RPDC. En juillet 2016, en application des sanctions internationales, le Vietnam a interdit d'entrée sur son territoire douze ressortissants nord-coréens.

Néanmoins, dans des périodes de crise (comme le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars 2010, ayant causé 46 morts, imputée à la Corée du Nord par Séoul et Washington selon une thèse battue en brèche par de nombreux experts), Hanoï a appelé, comme du reste la Chine et la Russie, au dialogue et à la retenue de toutes les parties, en évitant les condamnations de la seule Corée du Nord. Ces positions gouvernementales divergent en revanche de celles des médias sociaux qui, comme en Chine, sont souvent plus critiques vis-à-vis de la RPDC.

Plusieurs exemples montrent cependant que le rôle de médiateur du Vietnam sur la question coréenne reste à développer :

- le Vietnam a accueilli des pourparlers intercoréens comme des pourparlers Japon – RPDC, mais ces discussions n'ont souvent pas permis des avancées décisives , et surtout ne se sont pas inscrites dans une politique diplomatique continue ;

- le Vietnam pourrait favoriser des discussions entre les États-Unis et la RPDC (comme l'ont fait la Yougoslavie du Maréchal Tito ou la Roumanie de Nicolas Ceaucescu pendant la guerre froide), mais là encore la volonté et la persévérance manquent encore trop souvent côté vietnamien ;

- plus prometteurs, les forums régionaux de l'ASEAN plus trois (Chine, Japon, Corée du Sud) offrent un cadre approprié, qui pourrait du reste répondre aux ambitions de la Corée du Sud de s'affirmer comme une puissance régionale.

*

En conclusion, quelles sont les perspectives d'évolution des relations Vietnam-Corée, et dans quelle mesure la réunification vietnamienne puis son ouverture économique pourraient-elles constituer un cas d'école pour la Corée ?

Sur le premier point, si les élites vietnamiennes tendent à se répartir entre une tendance plus traditionnelle (qui pourrait manifester une sympathie politique vis-à-vis de la Corée du Nord) et une tendance plus moderniste et plus nationaliste, davantage attirée par la Corée du Sud, les tendances lourdes sont au renforcement des échanges économiques, et donc à faire pencher la balance vers la République de Corée.

Concernant la deuxième question, la réunification vietnamienne à l'issue d'une guerre civile internationalisée est un modèle peu attractif et surtout daté ; le principal intérêt de l'organisation politique du Vietnam est peut-être aujourd'hui l'équilibre régional des postes de direction politique (qui n'est d'ailleurs pas propre au Vietnam : on peut également citer les équilibres ethnico-religieux du Liban), qui pourrait inspirer des institutions de type confédérale en Corée. Par ailleurs, l'ouverture économique du Vietnam intéresse non seulement les Nord-Coréens, mais aussi des spécialistes sud-coréens qui, à l'instar de l'ancien diplomate Park Joon-woo en mars 2012, voyait dans l'évolution économique du Vietnam “l'un des meilleurs modèles” pour la Corée du Nord. Assurément, la réunification de la Corée, qui sera l'oeuvre des Coréens eux-mêmes, prendra probablement des formes originales, qui ne seront pas la répétition de situations politiques advenues en d'autres temps et d'autres lieux.

Partager cet article
Repost0
9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 21:07

Les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang se sont ouverts le 9 février 2018 : le Président Moon Jae-in de la République de Corée était assis aux côtés, notamment, de Kim Yong-nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée et de Kim Yo-jong, directrice adjointe de département du Parti du travail de Corée et soeur cadette du Président Kim Jong-un, du Premier ministre japonais Shinzo Abe et de Mike Pence, vice-président des Etats-Unis, qui était accompagné de son épouse Karen Pence - alors que faisait également partie de la délégation américaine Ivanka Trump, fille du Président Donald Trump. L'organisation des cérémonies d'ouverture et les discours prononcés ont témoigné de la volonté de faire briller l'esprit olympique de paix et de dialogue, malgré un certain nombre de fausses notes délibérées du vice-président Mike Pence - qui ont surtout révélé l'isolement diplomatique des Etats-Unis sur la question coréenne.

A la tribune, au premier rang à gauche sur la photo le Président Moon Jae-in, à droite Mike Pence et à l'extrême-droite Shinzo Abe ; au second rang, derrière Mike Pence, le Président Kim Yong-nam et Kim Yo-jong

A la tribune, au premier rang à gauche sur la photo le Président Moon Jae-in, à droite Mike Pence et à l'extrême-droite Shinzo Abe ; au second rang, derrière Mike Pence, le Président Kim Yong-nam et Kim Yo-jong

Le besoin de promouvoir la paix et le dialogue ont été au coeur du discours du Président Moon Jae-in, prononcé lors d'un repas en l'honneur des chefs de délégation étrangère quelques heures avant la cérémonie d'ouverture, en saluant également le symbole puissant que constitue la formation d'une équipe unifiée de hockey féminin entre Nord et Sud-Coréens pour la réconciliation et la réunification de la Corée : 

Beaucoup de chefs d'Etat et dirigeants sont ici réunis aujourd'hui. Je réalise combien il est significatif et heureux que se déroule un tel événement sportif dans un monde où existent la confrontation et le conflit (...) La chose la plus importante est que nous soyons ici tous ensemble. Le fait que nous soyons réunis ici symbolisera le précieux premier pas vers la paix dans le monde (...) Les joueuses Sud et Nord-coréennes s'aidant mutuellement pour gagner restera dans les mémoires comme un grand écho de paix dans les cœurs de la population mondiale.

Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), a fait écho au chef d'Etat sud-coréen en rappelant les valeurs de l'olympisme, de paix, de dialogue et de compétition équitable : 

C'est le moment que nous attendions tous: les premiers Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud (...) Chers athlètes, c'est à vous maintenant. Cela sera la compétition de votre vie. Vous nous inspirerez tous à vivre en paix et en harmonie malgré toutes nos différences. Vous nous inspirerez en concourant pour les plus grands honneurs en respectant l'esprit olympique de l'excellence, du respect et du fair-play.

Le Président Moon Jae-in et le Président du CIO Thomas Bach

Le Président Moon Jae-in et le Président du CIO Thomas Bach

Le producteur de cinéma Song Seung-hwan avait créé le spectacle de la cérémonie d'ouverture, qui a raconté en six tableaux le parcours de cinq enfants dans une quête de la paix à travers le temps qui a retracé l'histoire et la modernisation de la Corée, et s'est achevé par un lâcher de colombes en papier sur la musique de Imagine de John Lennon. Le chiffre "cinq" a symbolisé les cinq anneaux olympiques, ainsi que les cinq éléments -  le feu, l'eau, le bois, le métal et la terre - qui figurent sur le drapeau sud-coréen, apporté dans l'arène par huit athlètes du Pays du matin calme.

L'esprit olympique marque l'ouverture des Jeux de Pyeongchang

La flamme olympique a été allumée par la Coréenne Kim Yu-na, figure de proue du patinage artistique mondial - championne olympique 2010 et double championne du monde 2009 et 2013. Le chaudron olympique, dessiné par Kim Yeong-se, s'inspire de la porcelaine blanche de la dynastie Choseon (1392-1910).

La patineuse Kim Yu-na allume la flamme olympique

La patineuse Kim Yu-na allume la flamme olympique

Suivant l'usage, les athlètes ont défilé par nom de pays dans l'ordre alphabétique de la langue du pays hôte - la Grèce ouvrant ainsi le défilé. Le porte-drapeau de Tonga, Pita Taufatofua a créé la sensation en défilant torse nu, vêtu d'un pagne, malgré le froid glacial.

Le pays d'accueil a clos la marche : la délégation coréenne unifiée, Nord et Sud, a été vivement applaudie, son apparition sur une version électronique de Arirang constituant l'un des moments les plus émouvants de la cérémonie d'ouverture. Le drapeau de la réunification a été porté par le
 bobsleigheur sud-coréen Won Yun-jong et la hockeyeuse nord-coréenne Hwang Chung-gum. C'était la quatrième fois que les athlètes de toute la Corée défilaient ensemble (après les Jeux d'été de 2000 et 2004 et d'hiver de 2006), mais la première fois sur le sol de la péninsule coréenne.

Défilé commun des athlètes de toute la Corée

Défilé commun des athlètes de toute la Corée

Les porte-drapeaux coréens Hwang Chung-gum et Won Yun-jong

Les porte-drapeaux coréens Hwang Chung-gum et Won Yun-jong

Dans cette ambiance de paix et de réconciliation, la délégation américaine s'est singularisée : alors que le Président Donald Trump, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, avait initialement salué le rapprochement intercoréen à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, il avait ensuite repris son ton militariste habituel en fustigeant la Corée du Nord lors de son discours sur l'état de l'Union, le 30 janvier 2018, en dénonçant "la complaisance et les concessions" vis-à-vis de Pyongyang. Continuant sur cette lancée, Mike Pence a invité personnellement en Corée du Sud Fred Warmbier, le père de l'étudiant américain Otto Warmbier tragiquement disparu après avoir été libéré de Corée du Nord. Puis il a évité les membres de la délégation nord-coréenne assis derrière lui lors de la cérémonie d'ouverture, de même que lors du repas donné par le Président Moon Jae-in en l'honneur des délégations étrangères : arrivé en retard, saluant les convives à l'exception notable du Président nord-coréen, il ne s'est ainsi pas assis à la table d'honneur, où il se serait retrouvé en face du Président Kim Yong-nam, compte tenu du protocole.

Cette attitude, contrastant avec celle des autres participants, a renforcé encore l'isolement américain sur le dossier nord-coréen - le Japon étant l'un des rares alliés des faucons américains. En particulier, la poignée de mains entre les Présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in a été particulièrement saluée, concrétisant l'espoir d'une ère nouvelle de paix et de dialogue en Corée et dans le monde. 

Les présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in

Les présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in

Principales sources : 

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 18:38

Le 30 janvier 2018, l'UNICEF a tiré la sonnette d'alarme : les sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée frappent de plein fouet les populations, et ce sont déjà 60 000 enfants pris en charge par ses services qui vont souffrir de malnutrition sévère et qui sont menacés de mort. Quelques jours plus tôt, Philippe Pons, correspondant du quotidien Le Monde à Tokyo, avait souligné qu' "il est un domaine où les sanctions internationales visant la Corée du Nord font sentir leur effet, c’est l’action humanitaire. Difficultés pour obtenir du matériel ou des médicaments bloqués en douanes, transporteurs chinois qui se dérobent pour ne pas être dans le collimateur des autorités, complications pour les transferts des fonds destinés à financer les programmes… Autant de contraintes qui retardent la mise en œuvre de projets et conduisent parfois à leur suspension." Autant de découvertes qui n'en sont pas pour l'AAFC : dès cet automne, nous avions souligné que les sanctions contre la RPDC (les plus sévères jamais mises en place par les Nations unies depuis leur création) étaient à proprement parler criminelles car elles tueraient potentiellement des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Les gouvernements occidentaux, qui sont à l'origine de ces sanctions, vont-ils enfin revenir à des sentiments plus humains ?

Les sanctions tuent les enfants

En principe, les opérations humanitaires ne devraient pas relever des sanctions des Nations unies. Sauf qu'en réalité les sanctions contre la RPD de Corée sont tellement draconiennes qu'elles empêchent de facto le travail des organisations internationales et des ONG, comme l'a souligné Omar Abdi, directeur adjoint de l'UNICEF, lors d'une conférence de presse :

Mais ce qui arrive, c'est que les banques, les entreprises qui fournissent les fournitures ou les expédient deviennent évidemment très prudentes. Elles ne veulent pas prendre le risque d'être accusées plus tard d'avoir violé des sanctions.

Ces difficultés de travail des organisations humanitaires sont confirmées par Philippe Pons du Monde, qui a aussi souligné le départ d'ores et déjà de l'une d'entre elles : Save the Children, également active dans la protection de l'enfance. En général, ce sont les conditions mises par les gouvernements au travail des ONG qui entraînent leur départ : cette fois, c'est bien la seule "communauté internationale" - telle qu'elle s'exprime au Conseil de sécurité des Nations unies, et notamment par la voix de ses cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), qui doit être tenue pour responsable.

Manuel Fontaine, directeur des programmes d'urgence de l'UNICEF dans le monde, a souligné les conséquences humaines qui découlent des sanctions uniquement pour les actions de l'UNICEF :

Nous prévoyons qu'à un moment ou l'autre, durant l'année, 60.000 enfants risquent de souffrir de malnutrition sévère. Une malnutrition qui risque d'entraîner la mort. La carence en protéines et en calories.

En extrapolant, ce sont bien des centaines de milliers de morts que devraient entraîner les sanctions de l'ONU - et ce, pour les seules organisations humanitaires.

Dès octobre 2017, le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme, Tomas Ojea Quintana, avait demandé une évaluation de "l’impact négatif involontaire" des sanctions sur la population. Il avait parfaitement raison, sauf sur un point : peut-on vraiment décemment parler d'impact "involontaire", comme naguère des dommages "collatéraux" dans une expression qui déshumanisait les victimes des guerres occidentales ?

En effet, le comité des sanctions des Nations unies, et les représentants des Etats membres des Nations unies, pouvaient-ils ignorer les conséquences des résolutions du Conseil de sécurité ? L'arme de guerre que constituent bel et bien les sanctions a une longue histoire, et ses conséquences sont parfaitement connues. Il importe, désormais, de cesser d'instrumentaliser les sanctions pour les intérêts de politique étrangère de certains Etats en prenant en otage les populations civiles, en Corée du Nord et partout ailleurs dans le monde.

Sources :

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 23:15

Plusieurs conférences ont eu lieu dans les Vosges, au cours du week-end des 20 et 21 janvier 2018, sur la situation en Corée et tout particulièrement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'initiative ou avec le soutien du comité régional grand Est de l'Association d'amitié franco-coréenne et de la fédération départementale du Mouvement de la paix. Ces différentes rencontres ont permis de mieux connaître la réalité d'un pays au-delà de préjugés tenaces, afin de favoriser la paix dans cette partie du monde.

Dorian Malovic, à Saint-Dié le 20 janvier 2018

Dorian Malovic, à Saint-Dié le 20 janvier 2018

Une semaine après l'intervention de Dorian Malovic au Foyer rural de Tousson, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a récidivé en organisant la venue cette fois à Saint-Dié, le 20 janvier 2018, du journaliste de La Croix chef du service Asie, co-auteur avec Juliette Morillot de La Corée du Nord en 100 questions. La rencontre avait lieu à la librairie indépendante Le Neuf, dans le cadre de ses petits déjeuners "Le monde en questions". Lors du débat animé par Damien Jamet, membre de l'AAFC, maître de conférences en informatique à l'Université de Lorraine qui a visité deux fois la RPD de Corée (en juillet 2015 et décembre 2017) et initié des contacts universitaires franco-nord-coréens en ce domaine, Dorian Malovic a démonté un à un les clichés qui continuent de marquer l'imaginaire collectif occidental sur la Corée du Nord, dont les évolutions en cours sont négligées au même titre que celles qu'avait connues la République populaire de Chine plus de trois décennies plus tôt : pour reprendre une métaphore relevant du domaine de l'informatique, il est difficile de changer de logiciel, alors même que le bond technologique qu'a connu le pays en se dotant d'une force de dissuasion nucléaire autonome aurait dû interpeller plus tôt.

Dorian Malovic s'est ensuite prêté au jeu des questions-réponses avec une salle trop petite pour accueillir un public de plus de 60 personnes, qui était par ailleurs suivie en direct par plus de 80 personnes sur la page Facebook de la librairie, avant de dédicacer des exemplaires de son ouvrage, aujourd'hui le livre le plus vendu en France sur la Corée du Nord.

Ce week-end vosgien consacré à la question coréenne a ensuite abordé plus particulièrement la thématique de la paix, lors de trois conférences-rencontres de Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), à Gérardmer puis à Epinal (le 20 janvier), et enfin à Villers, près de Mirecourt (le 21 janvier), à l'initiative de Pierre-Olivier Poyard, secrétaire fédéral du Mouvement de la paix des Vosges, président du comité régional Grand Est de l'AAFC. 

Benoît Quennedey à Mirecourt, le 21 janvier 2018

Benoît Quennedey à Mirecourt, le 21 janvier 2018

Benoît Quennedey a rappelé l'histoire de la nation coréenne, dont l'unité nationale est plus que millénaire, et les aspirations des Coréens à la réunification de leur patrie divisée en 1945 par le jeu des grandes puissances. Il a souligné le traumatisme causé par la guerre de Corée, qui a causé près de 3 millions de morts : plus d'un Nord-Coréen est mort dans ce conflit où le napalm a pour la première fois été utilisé à grande échelle par les troupes des Nations unies sous commandement américain, ainsi que des armes bactériologiques et chimiques. Dans ce contexte, l'arme nucléaire est considérée par Pyongyang comme son assurance-vie pour ne pas subir le sort de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011. Partageant pleinement le combat pacifiste du Mouvement de la paix, l'AAFC soutient  l'initiative du prix Nobel de la paix 2017, la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, pour un retour immédiat au dialogue sur la question coréenne. Les sanctions, qui frappent cruellement les populations civiles, doivent être levées : les vies coréennes n'ont pas moins de valeur que les vies américaines. 

Deux ouvrages publiés par Delga consacrés à la Corée du Nord étaient proposés à la vente : La Corée du Nord, cette inconnue de Benoît Quennedey, et Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?, de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC et ancien doyen de la faculté de droit de Nice (préface de Jean Salem).

L'AAFC appelle tous les pacifistes à la rejoindre dans son combat pour la paix en Corée et pour que la France joue un rôle positif dans la diminution des sanctions et le retour au dialogue pour résoudre les questions en suspens : à cet égard, le dialogue intercoréen renoué à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, constitue un signal encourageant.

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 21:45

Réunis à Bruxelles le 23 janvier 2018, les ministres chargés des finances de l'Union européenne (UE) devraient retirer huit des dix-sept pays inscrits en décembre 2017 sur la liste noire des paradis fiscaux de l'UE, dont la République de Corée (Corée du Sud) - une liste noire hautement critiquable et critiquée puisqu'elle ne comporte aucun pays européen. L'Association d'amitié franco-coréenne se félicite de cette décision à venir - même si la République de Corée restera dans la liste dite grise. 

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Gangnam, le quartier des affaires de Séoul

Dès que la nouvelle rendue avait été publique selon laquelle la Corée du Sud constituait un paradis fiscal selon l'Union européenne, l'AAFC avait exprimé sa stupeur face à une décision disproportionnée et injuste au regard des exemptions fiscales, bien plus importantes, de pays tels que, par exemple, le Liechtenstein. Il n'en demeure pas moins qu'il existe des pratiques d'évasion fiscale vers des paradis fiscaux trop systématiques de la part de certains grands groupes sud-coréens, lesquelles relèvent toutefois autant - sinon davantage - du régime d'atteinte à la libre concurrence et d'une perte de ressources publiques extrêmement dommageable pour les administrations et les citoyens de la République de Corée. 

Le gouvernement sud-coréen avait déploré une décision qui porte atteinte à l'image du pays et annoncé qu'il travaillerait avec les autorités européennes pour retirer la Corée du Sud de la liste noire, ce qui va donc être le cas un mois et demi plus tard. Mais la Corée du Sud aurait-elle dû y figurer ? Nous estimons que non.

Sources : 

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 22:17

Dans un article publié le 26 décembre 2017 dans Le Journal russe (édition fédérale n° 7460 / 294), sous le titre "L'année qui aura le visage de Kim" (Jong-un), Fiodor Loukianov, professeur et chercheur à l'Ecole supérieure d'économie, estimait que, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ayant atteint son objectif de disposer d'une force de dissuasion nucléaire opérationnelle, s'engagerait sur un retour aux négociations, notamment pour desserrer l'étau des sanctions économiques. Une analyse qui s'est avérée prémonitoire, au regard de l'offre de dialogue du Maréchal Kim Jong-un dans son discours de Nouvel An : après que le dialogue intercoréen eut été renoué à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang, au sud de la péninsule, le Président Moon Jae-in de la République de Corée a annoncé être prêt à rencontrer son homologue nord-coréen, tandis que le Président Donald Trump a affirmé qu'il était également prêt à des discussions avec le Président Kim Jong-un. Nous traduisons ci-après du russe l'article de Fiodor Loukyanov. 

"L'année qui aura le visage de Kim" (Fiodor Loukyanov)

À la veille du Nouvel An je me suis intéressé auprès d’un collègue japonais à connaître comment à Tokyo on regarde la Corée du Nord et si l'escalade possible de la crise autour des armes nucléaires et des missiles inquiète. À ma surprise, il a réagi tranquillement : il n’y aura probablement plus de provocations, Pyongyang a atteint ses buts (la création d’un potentiel de dissuasion nucléaire) et maintenant il se concentrera sur ses outils diplomatiques. Sa nouvelle tâche sera de réduire la pression sur l'économie, du fait des sanctions, pression qui a considérablement augmenté l’année passée. Washington n’est pas intéressé à une guerre, les généraux qui entourent étroitement Trump ne veulent pas de risques superflus. Mon interlocuteur résumait ainsi : des négociations directes sont possibles en 2018. Ce que cherche depuis le début la RPDC.

Dans toute l'abondance des très importants événements internationaux de 2017 le problème nord-coréen se trouve mis en relief. Le régime du Djouche, venant par ses racines du système mondial du socialisme de la deuxième moitié du XXe siècle, a expérimenté ce système pendant presque 30 ans. Après la disparition de l'URSS certains croyaient que les jours de Pyongyang étaient comptés. D’abord le principal modèle et soutien avait disparu, ensuite dans les vagues de la démocratisation générale la Corée du Nord était de plus en plus curieusement regardée comme un anachronisme (pour certains simplement comme un pays de sauvages). Mais le scénario s'est trouvé plus capricieux. La famille Kim a tiré la conclusion de la crise de ses anciens alliés, qui tentaient d'apaiser les tensions intérieures par une libéralisation dirigée. Serrer les boulons, ne pas laisser place aux doutes, ne pas faire preuve de faiblesse politique - cette recette a fonctionné. Le pouvoir en RPDC a changé déjà deux fois de mains depuis ce temps, le pays a subi l'épreuve d'une crise économique et d'une terrible famine mais a tenu ferme, et à un moment donné sont apparues de prudentes réformes qui ont permis de passer d’un régime de survie de crise à un modèle de développement original.

En dehors de la stabilité intérieure il y a un problème de stabilité extérieure, ici la direction nord-coréenne a manifesté aussi son sens politique. Le travail intensif sur le programme nucléaire a commencé bien avant qu'il ne soit devenu clair que les « dictatures hors-normes » quitteront la scène politique non seulement par la force des idées et la pression économique, mais aussi par l'intervention armée. De sorte que leur seule garantie est leur capacité à causer un préjudice inacceptable en retour. Saddam Hussein, Mohamar Kadhafi... s’en sont occupés mais en observant de près on voit combien fut lamentable le destin de ceux qui ont hésité dans cette voie. Le chef de la RPDC est un joueur très prudent et qui comprend ce qu’il fait.

2017 a été l’année décisive. D'une part, une série d’actions ostentatoires de Pyongyang d’essais nucléaires et de lancement de missiles, l'ignorance complète de la réaction de la communauté internationale. D’autre part les menaces du côté des États-Unis jusqu'à la déclaration du président Trump à la tribune de l'Assemblée Générale de l'ONU sur sa volonté d’anéantir la Corée du Nord. Au milieu de l’année on a commencé à parler sérieusement de la possibilité d’une guerre. Vers l'automne on a commencé à en voir apparaître les contours. La pression des sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU a atteint presque le niveau maximum. Mais rien ne s'est passé. Et maintenant on se met à parler d’une possible détente.

Dans toute cette histoire il y a deux composantes. L’une est liée à la spécificité du régime nord-coréen, extrêmement original et personnalisé. La volonté de Kim Jong-un d’aller tout droit courageusement et d’élever les enjeux impressionne, de plus la plupart des observateurs reconnaissent que le leader de la RPDC est très prudent et agit en complète compréhension de la situation.

Mais il y a une autre composante. La crise nord-coréenne est un exemple caractéristique de ce qui se produit quand le système international demeure en état de déséquilibre, que tous les acteurs clés sont occupés par la résolution de leurs propres problèmes et ne sont pas intéressés par le dénouement des problèmes complexes. Kim Jong-un longtemps avant Trump a formulé pour lui-même son principal slogan : "la Corée du Nord - avant tout". C'est pourquoi Kim n'est pas du tout troublé par la réaction du dehors, il ne démord assurément pas de sa ligne. Il sait aussi que malgré les votes unanimes au Conseil de sécurité, les grandes puissances ne se retrouveront pas dans une approche commune du problème nucléaire dans la péninsule coréenne. La nécessité du maintien du régime de non-prolifération n'est contestée par personne, mais pratiquement tous ont d'autres buts et priorités propres.

2017 a démontré définitivement la sortie des anciens schémas, le changement des modèles de conduite, considérés comme des axiomes durant les trois dernières décennies. À l'avant-garde les États-Unis dont le tournant « vers leurs propres affaires » n'a pas commencé avec Trump mais est devenu évident et clair. L'Amérique ne refuse pas la première place, mais ne prétend plus au « poste de leader global ». Cela influence tous les autres et ouvre des possibilités pour les autres acteurs mais les plonge aussi dans un état de désarroi. Pour certains, la domination des États-Unis était devenue un état naturel et le point de départ pour adapter leur propre conduite et ils ne savent pas trop que faire, quand la force prédominante tourne le dos.

Dans ce contexte la stratégie de la Corée du Nord, qui s'est toujours orientée vers elle-même, en préférant compter sur ses propres forces, se trouve plus adaptée dans ces nouvelles conditions. Un résultat inattendu.

Traduction du russe en français YB.

Article original en russe : 

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 23:16

"Nous voulons la paix en Corée !" c'est ce qu'ont exigé les bouddhistes coréens lors d'une manifestation pour la paix qu'ils ont organisée le samedi 23 décembre 2017, à Paris, au Mur de la Paix - à l'occasion d'une journée internationale de mobilisations de par le monde initiées par la Fondation pour la paix (The Peace Foundation). Le Mouvement de la Paix et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont participé à la manifestation parisienne, dont ils soutiennent pleinement les objectifs pour le retour au dialogue dans la péninsule coréenne, la levée des sanctions, le double moratoire (des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes et des essais balistiques et nucléaires par la Corée du Nord), afin de déclencher une dynamique qui permette la conclusion d'un traité de paix. 

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Le défi était de taille : rassembler des citoyens originaires de quatre pays (Allemagne, Corée, France, Vietnam) l'avant-veille de Noël, pour exprimer - en quatre langues (allemand, anglais, coréen, français) - l'aspiration universelle à la paix, alors que la montée des tensions autour de la péninsule coréenne pourrait enclencher un conflit aux conséquences catastrophiques. Mais les bouddhistes coréens de Paris ont gagné leur pari, en réussissant leur seconde manifestation pour la paix en France en l'espace de quelques semaines. 

Le lien a été fait avec les manifestations qui ont vu, il y a d'un an, des millions de Coréens manifester, partout dans le monde, afin de renverser le régime autoritaire et corrompu de la Présidente Park Geun-hye, désormais déchue et emprisonnée. 

Les organisateurs, membres de l'église bouddhiste Jungto de Paris, ont appelé toutes celles et tous ceux qui aspirent à la paix à les rejoindre, à la veille de l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Pyeongchang qui doivent symboliser la volonté de paix et de dialogue : 

La paix ne se fera pas seule. La paix doit être créée de notre propre volonté. La paix doit commencer par soi-même. Tous vos souhaits et vos efforts sincères ouvriront la voie à la réalisation de la paix dans la péninsule coréenne et dans le monde. Rejoignez-nous pour la paix. Avec vos prières, vos actions, vos contributions ou une campagne sur les réseaux sociaux. Quelle que soit la façon que vous ressentez le mieux, rejoignez-nous pour la paix dans la péninsule coréenne.

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Au nom du Mouvement de la Paix, Gérard Halie a rappelé que la péninsule coréenne avait été divisée contre son gré, par le jeu des grandes puissances, après la fin de la Seconde guerre mondiale, et avait été ravagée par la guerre de Corée (1950-1953) qui avait causé des millions de morts. 

Benoît Quennedey, Président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a dénoncé l'indifférence des gouvernements occidentaux et de l'opinion publique internationale face au renforcement continu des sanctions initiées par les Etats-Unis qui frappent d'abord, sinon exclusivement, les 26 millions de femmes, d'hommes et d'enfants de la Corée du Nord.

Le rassemblement a été ponctué de chants et de danses, se terminant par un parcours tout autour du Champ de Mars. Le combat pour la paix doit se poursuivre, jusqu'à la victoire !

Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris
Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris
Les bouddhistes coréens ont manifesté pour la paix à Paris

Photos AAFC. 

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 10:12

La police australienne vient d'arrêter un de ressortissants, âgé de 59 ans, d'origine coréenne, au motif qu'il aurait été lié aux activités commerciales de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) liées aux "armes de destruction massive" - devenant ainsi la première personne à être mise en examen sous l'empire de la loi du Commonwealth relative aux armes de destruction massive. Il encourt une peine maximale de dix ans de prison. Les informations sont en partie contradictoires, y compris sur le nom et le prénom mêmes de la personne arrêtée, qui s'appellerait toutefois Choi Chan Han (de premiers articles de presse avaient parlé de Choi Han Chan, et d'autres de M. Chan, confondant l'usage coréen consistant à placer le nom de famille - M. Choi - avant le prénom, contredit par l'usage anglo-saxon de rétablir l'ordre, habituel en Europe et suivi par de nombreux Anglo-Saxons d'origine coréenne, de placer le prénom avant le nom). Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a été d'une virulence rare, accusant Choi Chan Han d'être l'agent d'un Etat qu'il a décrit comme criminel. La réalité est cependant un peu plus complexe que ce qui ressort des propos - très à la Donald Trump - de Malcolm Turnbull. Eclairage en plusieurs points, sous réserve bien évidemment des informations ultérieures que livrera notamment une enquête qui ne fait que commencer, et dont il faut espérer qu'elle soit impartiale.  

Un homme d'affaires qui n'est pas impliqué dans le commerce d' "armes de destruction massive"

Tout d'abord, malgré le motif de l'arrestation, il n'est pas possible - du moins à ce stade de l'enquête - de décrire Choi Chan Han comme un vendeur d'armes de destruction massive, terme mal défini mais décrivant habituellement des armes non conventionnelles, comme des bombes nucléaires ou des armes chimiques. Ce qui lui est reproché est d'avoir vendu (selon les sources) des composants de missiles ou du matériel électronique pouvant être utilisé par Pyongyang à des fins militaires, ce qui ne correspond pas à la définition classique des armes de destruction massive.

Par ailleurs, les premiers articles de presse indiquent que Choi Chan Han a été plus généralement un intermédiaire commercial de la RPD de Corée : parmi les produits qu'il vendait à la Corée du Nord, ou les produits nord-coréens qu'il vendait à l'étranger, figurait ainsi du... charbon nord-coréen, à destination du Vietnam et de l'Indonésie. Or, le charbon est l'une des principales exportations de la Corée du Nord. Il est donc possible que les activités commerciales de Choi Chan Han ne portaient pas principalement sur du matériel à usage militaire ou potentiellement militaire. 

Pas une menace pour l'Australie, pas un espion

Peut-être pour éviter un vent de panique dans l'opinion publique, les autorités australiennes ont cru bon de préciser que les activités de Choi Chan Han ne mettaient pas en cause la sécurité de l'Australie, et qu'il n'était pas davantage un espion à la solde de Pyongyang.

Les autorités australiennes chargées de l'enquête ont déclaré que Choi Chan Han, d'origine (sud-)coréenne, aurait agi pour des motifs "purement patriotiques", sans préciser exactement lesquels (empêcher la destruction totale promise par Donald Trump à la Corée du Nord en lui permettant de se doter d'une force de dissuasion nucléaire vis-à-vis des Etats-Unis, ou encore contourner l'embargo sans précédent contre le pays ?). En tout état de cause, il apparaît comme un agent commercial, qui tirait probablement (ce sera à prouver) des revenus d'activités par ailleurs risquées, car enfreignant les lois et règlements australiens pris en application des sanctions nationales et internationales contre la Corée du Nord. Ce sont souvent des Nord-Coréens qui agissent ainsi, pouvant bénéficier d'un rapatriement dans leur pays si les choses tournent mal : Choi Chan Han, citoyen australien, n'était pas dans ce cas de figure ; l'importance du risque encouru renforce l'hypothèse d'une action conduite pour des convictions politiques. 

Les sanctions contre la Corée du Nord en question

A cet égard, comment justifier que la Corée du Nord soit le pays le plus lourdement sanctionné au monde, l'embargo commercial portant désormais sur des produits vitaux pour l'économie et la vie des Nord-Coréens - comme le pétrole ? Ce que prouve l'arrestation de Choi Chan Han est que chacun(e) d'entre nous ne souhaitant pas voir potentiellement mourir des millions d'hommes, de femmes et d'enfants nord-coréens, sous l'empire d'un régime de sanctions proprement inhumain, doit appeler à la levée des sanctions sans lien avec les programmes militaires nord-coréens.

En outre, les autorités nord-coréennes, qui doivent protéger leurs populations comme tout gouvernement, font ce qui est leur pouvoir pour contourner un tel régime de sanctions : les intermédiaires comme Choi Chan Han sont à cet égard pour elles des personnes précieuses, quel que soit le coût par ailleurs de leurs services comme intermédiaires - car il en va de la vie d'êtres humains. On observera néanmoins que plus les intermédiaires demandent et obtiennent des commissions élevées, plus l'approvisionnement en produits de première nécessité pour les populations est accru et plus des intermédiaires peu scrupuleux s'enrichissent grâce aux sanctions internationales qui - rappelons-le - ont été inutiles pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de dissuasion nucléaire.

Du deux poids deux mesures chez les marchands d'armes

Pour revenir au cas de Choi Chan Han (à savoir la vente d'armes ou de composants militaires ou à usage dual - civil ou militaire - prohibés) il apparaît que de telles situations n'ont rien d'exceptionnel : l'interdiction de ventes d'armes vers des zones en guerre est une mesure classique du droit international. Sauf que la Corée n'est que formellement en état de guerre (malgré l'absence de traité de paix depuis l'accord d'armistice de 1953, il n'y a pas de combats réguliers mettant aux prises deux armées en guerre) et que les sanctions dépassent largement le cadre des produits militaires ou à usage dual. C'est une situation à nulle autre semblable au monde, mettant une nouvelle fois en cause le bien-fondé des sanctions des Nations unies. 

Plus encore, les Etats-Unis, l'Australie et de nombreux autres Etats abritent sur leur sol des marchands et des fabricants d'armes, qui accumulent pour leur part des fortunes parmi les plus importantes au monde. Et eux peuvent dormir tranquillement sur leurs deux oreilles, ne craignant pas une arrestation par la police australienne, à la différence d'un homme qui agissait manifestement seul au sein de sa société et n'était pas davantage à la tête d'un empire industriel, mais avait le malheur de commercer avec un Etats mis à l'index de la société internationale par les Etats-Unis, tout en étant ressortissant d'un pays étroitement aligné sur Washington. 

Sources : 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?