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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 12:39

A une semaine du troisième sommet intercoréen prévu le 27 avril 2018, Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a lié ce sommet et la rencontre entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un, envisagée (dans une date et en un lieu encore à confirmer) fin mai ou début juin 2018. La perspective est celle d'un accord global autour de la péninsule coréenne, qui lierait la dénucléarisation de la péninsule et la conclusion d'un traité de paix - alors que la guerre de Corée s'est terminée par un simple accord d'armistice.

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Le Président Moon Jae-in, lors d'une conférence de presse à la Maison Bleue le 19 avril 2018

Si les hypothèses vont bon train sur les enjeux et les conclusions à attendre des deux sommets à venir (Corée du Nord-Corée du Sud et Corée du Nord-Etats-Unis), un intense cycle de négociations diplomatiques a commencé - les délais étant rapprochés - comme en a d'ailleurs témoigné la visite à Pyongyang, du 30 mars au 1er avril, de Mike Pompeo, directeur de la CIA récemment nommé secrétaire d'Etat par le Président Donald Trump, où il a eu un échange avec le Président Kim Jong-un. Son déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a confirmé du même coup que les discussions sont menées par le canal des services de renseignement (et non par la voie diplomatique), ce qui est habituel s'agissant des relations intercoréennes, moins classique pour la diplomatie américaine, y compris en ce qui concerne la péninsule coréenne.

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée à la Maison Bleue à une semaine du troisième sommet intercoréen, le Président Moon Jae-in a clairement observé que cette rencontre s'inscrivait dans un cycle plus global, dont les résultats devraient être appréciés à l'issue du sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump :

Nous ne parlerons de dialogue fructueux que lorsque le tout premier sommet nord-coréano-américain aura eu lieu, et pas seulement le sommet Sud-Nord (...) Nous aurons besoin d'idées audacieuses et de solutions créatives pour réussir les deux sommets et ne pas répéter les erreurs du passé.

Quand il évoque la nécessité selon lui de "ne pas répéter les erreurs du passé", le Président Moon Jae-in parle manifestement du besoin qu'il n'y ait pas deux lignes diplomatiques parallèles, conduites par Séoul et Washington. Ainsi, les objectifs attendus des deux sommets sont imbriqués, et ils lient dénucléarisation de la péninsule, conclusion d'un accord de paix, relance des relations intercoréennes et (il est important de souligner que ces questions sont présentées comme une conséquence des trois premières) levée des sanctions contre la RPD de Corée et normalisation des relations entre Pyongyang et Washington d'une part, Pyongyang et Tokyo d'autre part , dessinant ainsi la perspective d'un accord global :

Si la dénucléarisation est conclue lors des sommets Sud-Nord et Corée du Nord-Etats-Unis, il ne sera pas très difficile de se mettre d’accord en principe sur un cadre large comme l'établissement d'un régime de paix, la normalisation des relations Corée du Nord-Etats-Unis et une aide internationale pour le développement économique du Nord (...) Les relations Sud-Nord pourront se développer lorsque la question nucléaire nord-coréenne sera résolue et que les sanctions internationales seront levées. Nous sommes dans une situation où nous ne pouvons pas améliorer les relations Séoul-Pyongyang uniquement sur la base d'un dialogue réussi entre le Sud et le Nord. Les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis doivent également être améliorées et celles Pyongyang-Tokyo aussi. Les rapports Sud-Nord pourront s’améliorer quand tous ces problèmes seront réglés.

Donald Trump ne semble pas être sur une autre ligne, qui a confirmé la rencontre entre Mike Pompeo et le Président Kim Jong-un, a rappelé que cinq lieux étaient à l'étude pour le sommet avec Kim Jong-un (dont probablement Pyongyang, Washington et la zone démilitarisée) et a aussi observé l'importance, lui aussi, de conclure un traité de paix :

Mike Pompeo a rencontré Kim Jong-un en Corée du Nord la semaine dernière. La rencontre s’est bien déroulée et une bonne relation s’est établie. Les détails du sommet sont à l’étude (...) Nous envisageons cinq lieux (...) Je crois vraiment qu’il y a beaucoup de bonne volonté. Nous verrons ce qu’il advient, comme je dis toujours. Car à la fin, c’est le résultat qui compte. (...) La Corée du Sud a des projets de rencontre avec la Corée du Nord pour voir s’ils peuvent mettre fin à la guerre. Et ils ont ma bénédiction à ce sujet (...) les gens n’ont pas conscience que la guerre de Corée ne s’est pas terminée.

Toutefois, la partie américaine a été prudente quant aux modalités de concrétisation des engagements de la République populaire démocratique de Corée sur sa dénucléarisation, laissant clairement entendre que le sommet Etats-Unis - Corée du Nord devrait conduite à l'adoption d'une feuille de route en posant des principes, dont les détails (cruciaux) devraient ensuite être précisés. Dans ce contexte, il faudra donc que chacun fasse des avancées simultanément, conformément au principe "action contre action" qui a toujours prévalu dans les échanges diplomatiques sur la question coréenne, notamment lors des pourparlers à quatre (les deux Corée, les Etats-Unis et la Chine) puis à six parties (les mêmes, plus la Russie et le Japon).

Sources :

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 16:25

Le 29 mars 2018, l'association Droit Solidarité (membre de l'Association internationale des juristes démocrates) a organisé à la Bourse du travail de Paris une conférence intitulée "La Corée entre intox et vérité", en partenariat avec le Mouvement de la Paix, l'Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre (ARAC), l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et l'Association coréenne pour une constituante populaire. Dans un contexte marqué par les menaces continues de guerre dans la péninsule coréenne en 2017, avant que l'évolution récente de la situation internationale n'impose aux Etats-Unis de devoir prendre en compte la volonté des Coréens (du Nord, du Sud et de la diaspora) d'être maîtres de leur destin, les participants ont adopté un appel soulignant la nécessité de rendre sa souveraineté au peuple coréen, dans le respect des principes du droit international public et de la Charte des Nations unies. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

En ouverture des débats, l'avocat Roland Weyl, président de Droit Solidarité - a souligné que la solidarité avec le peuple coréen ne devait pas être humanitaire ni morale, mais s'exprimer en termes juridiques. Condamnant le traitement médiatique déplorable de la Corée - et singulièrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - il a souligné que les Etats-Unis d'Amérique n'avaient aucune légitimité à intervenir dans la péninsule coréenne où ils ont pourtant installé au pouvoir Syngman Rhee, pas plus que dans le Pacifique Sud. Ce qui est connu comme la guerre de Corée n'est qu'une opération de police menée au nom des Nations unies, sous commandement américain :  l'absence du représentant soviétique au Conseil de sécurité des Nations unies, lorsque les Américains y ont soulevé la question coréenne en 1950, a été traitée fallacieusement par la Cour internationale de justice, saisie par les Etats-Unis, comme un vote non négatif, ce qui a créé le principe du "droit de veto", alors qu'il était prévu une prise de décision au sein du Conseil de sécurité par consensus. L'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, le 27 juillet 1953, aurait ensuite dû être suivi d'une conférence internationale sur la réunification de la Corée. Aujourd'hui, il est possible et souhaitable, en accord avec le droit international public fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de restituer au peuple coréen (du Nord, du Sud et de la diaspora) sa souveraineté en décidant de son destin, dans le cadre de négociations entre les deux gouvernements coréens, d'une assemblée constituante ou du choix d'une constitution par référendum. L'organisation des Nations unies peut y contribuer, sur la base notamment du Chapitre VI de la Charte qui permet au Conseil de sécurité d'exercer une mission de bons offices. 

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

Roland Weyl debout à la tribune le 29 mars 2018

S'exprimant ensuite au nom du Mouvement de la Paix, Yves-Jean Gallas a rappelé que la guerre de Corée était inscrite dans l'ADN du Mouvement de la Paix : le refus d'utilisation des armes nucléaires au cours du conflit, comme menaçait de le faire le général MacArthur, avait été à l'origine de l'appel de Stockholm - alors que moins de dix ans plus tôt les Coréens résidant au Japon avaient payé un lourd tribut aux bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki. Ayant rappelé le dossier consacré par le Mouvement de la paix à la question nucléaire coréenne dans le numéro de novembre 2017 de Planète Paix, Yves-Jean Gallas a souligné que la mise en place d'un régime de sécurité collective en Asie du Nord-Est pourrait se fonder sur les principes d'Helsinki - et non l'OSCE, devenu l'outil de l'OTAN, ne respectant pas les principes d'Helsinki dont il se réclame. 

Puis Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC, a souligné que les tensions autour de la Corée étaient fondamentalement liées à la situation géopolitique de la péninsule coréenne, entre la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis, et concentrant un nombre impressionnant de bases américaines dans la région Asie-Pacifique, reconnue comme prioritaire pour les intérêts américains. La conférence de Genève en 1954 n'a pas réglé, comme elle aurait dû, la question coréenne, à l'issue d'un conflit ayant causé quelque trois millions de morts et où les forces des Nations unies sous commandement américain ont recouru aux armes chimiques et bactériologiques. La communauté internationale a la responsabilité d'empêcher que ne survienne un nouveau conflit, en diminuant les tensions et en combattant les obsessions belliqueuses des néo-conservateurs américains. 

Lors de la discussion qui a suivi ont été évoquées les conséquences de la chute du mur de Berlin, de la fin des démocraties populaires d'Europe de l'Est et de la disparition de l'URSS sur la situation en Corée du Nord - qui a alors traversé une grave famine. Il faut ainsi appréhender la Corée au-delà des clichés véhiculés par les médias, comme le fait Patrick Maurus dans son ouvrage Les trois Corée (en n'oubliant pas la troisième Corée, chinoise), récemment publié aux éditions Hémisphères. 

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

Patrick Staat, membre du secrétariat national de l'ARAC

La dernière prise de parole est revenue au représentant de l'Association coréenne pour une constituante populaire : alors que l'histoire de la Corée a été marquée par les questions de la paix et de la réunification, et de la démocratie en Corée du Sud, rendre sa souveraineté au peuple coréen, en respectant son droit à l'autodétermination, impose de rejeter toute intervention étrangère - et d'abord américaine - dans les affaires intérieures de la Corée. La Corée du Nord a développé des armes nucléaires pour faire face à la menace américaine et discuter d'égal à égal avec les Etats-Unis : l'objectif est de parvenir à un système de paix régional en faisant de la péninsule coréenne une zone exempte d'armes nucléaires. Le sommet à venir entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un marquera le début (et non l'aboutissement) d'un processus tendant à garantir la paix et la sécurité collective. 

Animateur des débats qui ont suivi les exposés liminaires, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a souligné la nécessité de maintenir une action coordonnée entre tous les participants à la conférence, afin de pouvoir réagir rapidement et efficacement en cas de nouvelle détérioration de la situation internationale, et pouvoir ainsi peser le plus fortement possible sur l'opinion publique et les gouvernements, en France et en Occident. 

Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018
Rendre sa souveraineté au peuple coréen : retour sur la conférence à la Bourse du travail du 29 mars 2018

A l'issue de leurs travaux, les participants à la conférence ont adopté, à l'unanimité des participants, un appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même, dans le respect du droit international. Ils soumettent ce texte à l'approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachés à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes. 

Appel à rendre au peuple coréen le droit à disposer de lui-même,
dans le respect du droit international

Face à une campagne falsificatrice qui prétend que les Etats-Unis ont imposé une négociation à la Corée du Nord, il est nécessaire de rappeler que :
- Les Etats-Unis n'ont aucun titre ni aucune qualité pour négocier quoi que ce soit dans l'Ouest Pacifique où leur présence militaire est aussi contraire au droit international que le serait celle de la Chine au large de la Californie.
- La Corée du Nord doit certes renoncer à l'arme nucléaire, comme devraient y renoncer tous les Etats qui la possèdent.
Mais il est non moins impératif de rendre au peuple coréen la plénitude de ses droits tels que proclamés par le droit international édicté par la Charte des Nations Unies, à savoir le droit de disposer de lui-même dans une participation à part entière à la communauté des peuples du monde, représentés par l'Etat qu'ils se donnent librement, sans intervention étrangère, dans leur respect mutuel et l'égalité des nations grandes et petites.
Le peuple coréen a toujours été unique sur un seul territoire, y compris après s'être libéré de l'occupation japonaise, et n'a été coupé en deux que par le jeu des grandes puissances à la suite de la conférence de Potsdam.
Cette restitution au peuple coréen de sa libre disposition dans son unité peut se faire par divers moyens qui peuvent se combiner, entre les négociations entre les deux gouvernements, la convocation d'une Assemblée Constituante et / ou le choix d'une constitution par référendum, et le Chapitre VI de la Charte donne au Conseil de Sécurité le pouvoir d'y aider en en proposant les moyens et offrant ses bons offices.
Nous estimons de notre devoir d'y aider, à la fois en combattant toutes les campagnes trompeuses, en alertant et informant au maximum notre opinion publique et en oeuvrant à ce que la France y conforme sa politique en la matière. Cela suppose d'abord que dans un premier temps elle mette fin à une discrimination qui dénie aux Coréens du Nord une représentation diplomatique égale, mais doit aussi se traduire par une action aux Nations Unies conforme à sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité et plus généralement dans tous les domaines et instruments des rapports internationaux.

Appel approuvé à l’unanimité des participants à l’issue de la conférence sur la Corée à la Bourse du Travail de Paris, le 29 mars 2018, et soumis à l’approbation des organisations politiques, syndicales et de toutes les associations attachées à permettre la résolution de la question coréenne par les Coréens eux-mêmes.

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 20:40

Le 15 mars 2018, Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), est arrivé en Suède pour une visite d'une durée initialement prévue de deux jours, prolongée jusqu'au samedi 17 mars. En janvier 2018, Han Song-ryol, vice-ministre des Affaires étrangères, s'était déjà rendu à Stockholm. Si les deux parties n'ont évoqué publiquement, à ce stade, que les thèmes abordés en termes généraux (sans que les médias ne publient de photos des rencontres), l'intérêt pour cette visite est renforcé tant par le contexte international (un sommet a été annoncé entre les dirigeants américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong-un, à une date et en un lieu qui restent à déterminer) que par la position spécifique de la Suède, qui a été l'un des premiers pays ouest-européens à établir des relations diplomatiques avec la RPDC et qui représente en Corée du Nord les intérêts consulaires de plusieurs pays occidentaux (dont les Etats-Unis, le Canada et l'Australie, comme l'ont rappelé les autorités suédoises à l'occasion de la visite de mars 2018, en citant ces trois Etats). 

Ri Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot WallströmRi Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot Wallström

Ri Yong-ho, ministre nord-coréen des Affaires étrangères, et son homologue suédoise Margot Wallström

Si l'agence officielle nord-coréenne KCNA n'a pas (encore) fait état du sommet prévu entre les Présidents Kim Jong-un et Donald Trump - attendant vraisemblablement des éléments plus précis (lieu, date) pour en faire l'annonce - elle a en revanche rendu compte, le 16 mars 2018, du départ la veille d'une délégation conduite par Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de la RPDC, pour le royaume de Suède : KCNA a annoncé que la délégation nord-coréenne rencontrerait Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, "pour des échanges de vues sur les relations bilatérales et des questions d'intérêt commun". Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, la délégation de la RPDC comprend également Choe Kang-il, directeur général adjoint du département Amérique du Nord du ministère des Affaires étrangères.  

A titre plus anecdotique, Ri Yong-ho connaît déjà la Suède pour y avoir été en poste diplomatique entre 1985 et 1988.

De fait, le 16 mars au soir il n'y avait déjà pas eu une, mais deux rencontres avec Margot Wallström : le jour de l'arrivée de la délégation, dans le cadre d'un dîner, puis lors d'une rencontre de plusieurs heures le lendemain 16 mars. Ri Yong-ho a aussi rencontré
 plus brièvement le Premier ministre suédois Stefan Löfven dans la matinée du 16 mars.  

Revenant sur ces premiers échanges, dont elle s'est félicitée du caractère constructif, Margot Wallström a mis en avant le fait que la Suède représente les intérêts d'autres pays occidentaux en Corée du Nord, ainsi que la situation internationale - Stockholm jouant volontiers un rôle de bons offices pour faciliter les échanges et le dialogue, sans s'immiscer dans les relations bilatérales des autres pays : 

Nous honorons notre mandat de puissance protectrice (...) Le dialogue est nécessaire (...) mais nous ne sommes pas naïfs au point de croire que nous pouvons régler tous les problèmes de la planète. Il revient aux parties de décider du chemin à suivre.

Le premier point (les intérêts consulaires que défend la Suède en RPDC) est sans doute fondamental dans les échanges en cours entre les Etats-Unis et la RPDC. En effet, trois citoyens américains (tous Coréens américains, Kim Dong-chul, Tony Kim et Kim Hak-song) sont actuellement détenus en Corée du Nord pour des activités considérées comme criminelles,  et leur libération pourrait ainsi faire partie d'un accord plus global entre Washington et Pyongyang. Lors de la libération par Pyongyang d'un quatrième Américain, Otto Warmbier, tragiquement disparu six jours après son retour aux Etats-Unis (ce qui a été à l'origine d'un contentieux bilatéral, plusieurs fois rappelé par Donald Trump lui-même), les autorités américaines avaient salué le rôle positif joué par la Suède. 

S'agissant de la situation internationale,  alors que la Suède est actuellement l'un des membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (dont les résolutions visent à la dénucléarisation de la RPD de Corée), la ministre Margot Wallström a rappelé que son pays était désireux d'apporter sa contribution pour diminuer durablement les tensions dans la péninsule en favorisant le dialogue entre Pyongyang et Washington.

Cette visite en Suède s'inscrit dans le cadre de relations bilatérales anciennes : les deux Etats ont établi des relations diplomatiques le 7 avril 1970 ; en 1974 une ambassade nord-coréenne a ouvert ses portes à Stockholm ; en 1975 la Suède a inauguré la première représentation diplomatique occidentale à Pyongyang (le premier ambassadeur suédois en RPDC, Erik Cornell, a rendu compte de son séjour dans le pays dans son ouvrage Report of an Envoy to Paradise, qui apporte un témoignage teinté d'ironie et non dépourvu d'intérêt sur plusieurs sujets, comme la première représentation diplomatique australienne en Corée du Nord). 

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), la Suède, pays neutre, avait envoyé du personnel médical dans la péninsule. Après l'accord d'armistice, elle a fait partie de la Commission de supervision des nations neutres - dont elle est toujours membre, même si cet organisme ne joue pas (ou plus) un rôle primordial.


En 2001, alors que la Suède présidait l'Union européenne, le Premier ministre suédois Göran Persson, à la tête d'une délégation de l'Union européenne comprenant également Chris Patten, Commissaire européen aux relations extérieures, et Javier Solana, Haut représentant aux Affaires étrangères, avait rencontré à Pyongyang le Dirigeant Kim Jong-il. A la suite de cette visite, des relations bilatérales avaient été établies entre la République populaire démocratique de Corée et l'Union européenne. 

La RPD de Corée a par ailleurs noué une dette bilatérale à l'égard de la Suède, suite au non-paiement de plusieurs opérations (comme l'achat de voitures Volvo dans les années 1970, la Corée du Nord ayant été en cessation de paiement à la fin de la décennie). Le commerce entre les deux pays est actuellement très faible (en-deçà de 1 million d'euros par an). La Suède est par ailleurs un des principaux pourvoyeurs européens d'aide publique au développement à la RPD de Corée (à hauteur de 2,3 millions d'euros en 2017).

Sources : 

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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 11:45

Selon un rapport des Nations unies réalisé en 2017 mais non publié à ce jour, ayant fuité dans les médias (le New York Times a publié un article à ce sujet le 27 février 2018, et des extraits ont aussi pu être lus par des membres de l'agence américaine Associated Press), la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aurait coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, dans le cadre de 40 livraisons par voie maritime entre la RPDC et la Syrie entre 2012 et 2017, via des sociétés-écrans. Ces échanges porteraient plus précisément sur des composants potentiels d'armes balistiques et chimiques : le rapport évoque "le transfert en Syrie de valves de résistances spéciales et de thermomètres connus pour être utilisés dans des programmes d'armements chimiques", ainsi que de céramiques résistant à l'acide et supposées avoir été utilisées pour des usines d'armes chimiques. Ces opérations auraient échappé aux services de renseignement américains. Elles ont été dénoncés comme une violation de l'embargo sur les armes à destination de la Syrie.

Toujours selon le rapport non publié auquel ont eu accès les médias américains précités, des techniciens nord-coréens travailleraient également sur des sites d'armes chimiques et de pièces pour missiles. Le gouvernement syrien a démenti, en déclarant qu'il n'y avait pas sur son territoire de telles sociétés nord-coréennes et que les seuls Nord-Coréens présents travaillaient dans le domaine de la coopération sportive, pour l'entraînement d'athlètes et de gymnastes.

Le gouvernement russe a mis en cause les méthodes selon lui insuffisamment rigoureuses des équipes des Nations unies en charge de ce dossier.

La nouvelle est intervenue à un moment critique, deux jours après de nouvelles accusations d'utilisation d'armes chimiques par les forces syriennes dans la Ghouta orientale. En outre, l'information conforte la politique nord-coréenne de Washington, alors que les Etats-Unis entendent renforcer les sanctions contre la Corée du Nord (ils ont d'ailleurs adopté des sanctions unilatérales qualifiées de "sans précédent", visant également d'autres pays, dont la Chine), en dépit de la trêve olympique (qui n'est d'ailleurs pas achevée, les Jeux paralympiques commençant dans quelques jours). Cette trêve a donné lieu à un spectaculaire rapprochement intercoréen, vécu à contre-coeur par l'administration Trump.

La question des armes chimiques en Syrie est particulièrement sensible : la Syrie, qui a rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013, a toujours nié avoir utilisé des armes chimiques (malgré des accusations d'utilisation dans la Ghouta orientale, avant que la Syrie ne rejoigne la Convention sur l'interdiction des armes chimiques). En janvier 2016 l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a déclaré que le stock syrien d'armes chimiques avait été supprimé. Cependant, des accusations continuent d'être portées contre Damas sur l'utilisation d'armes chimiques, qui se serait poursuivie après 2013. Le 14 février 2018, le président français Emmanuel Macron avait affirmé que toute utilisation d'armes chimiques entraînerait une riposte contre le gouvernement syrien, mais qu'il fallait des preuves incontestables sur l'utilisation avérée d'armes chimiques prohibées contre les populations civiles. Les Etats-Unis avaient, quant à eux, décidé dès avril 2017 le lancement de 59 missiles de croisière contre la base syrienne à l'origine de l'attaque de Khan Cheikhoun, qui avait selon eux impliqué l'utilisation d'armes chimiques par les forces gouvernementales syriennes. 

Le 1er mars 2018, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a publié un démenti sur la coopération avec Damas en matière d'armes chimiques émanant du directeur de la presse de l'Institut pour les études américaines du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée. Dans cette déclaration, Pyongyang a affirmé être opposé non seulement à la production et à la détention d'armes chimiques, mais à leur principe même - tout en dénonçant les Etats-Unis, principal producteur d'armes dans le monde (et ayant utilisé des armes chimiques - dont le napalm - et bactériologiques à grande échelle pendant la guerre de Corée), pour avoir monté de toutes pièces un dossier d'accusation servant leur politique belliciste à l'égard de la Corée du Nord. La RPDC est signataire de l'accord de Genève qui interdit l'utilisation d'armes chimiques en cas de guerre. En revanche, à l'instar de l'Egypte, du Soudan du Sud et d'Israël (qui a signé le traité mais ne l'a pas ratifié), la RPDC n'a pas rejoint la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, qui vise à interdire les armes chimiques et à détruire les arsenaux existants, dans le cadre de vérifications menées sous l'égide de l'OIAC.

Nous publions ci-après une dépêche de l'agence Reuters, que nous avons traduite de l'anglais, qui resitue les lourds enjeux que comporte cette question : production ou non d'armes chimiques tendant à corroborer la thèse de leur utilisation, pouvant servir de justification à une intervention américaine, éventuellement dans le cadre d'une coalition ; rôle ou pas de la Corée du Nord permettant d'accroître les sanctions contre elle, comme le souhaite Washington qui ferait ainsi d'une pierre deux coups, en visant à la fois Damas et Pyongyang.

Médias d'Etat : la Corée du Nord nie un lien avec la Syrie pour la production d'armes chimiques"

Séoul (Reuters) - Selon des comptes rendus des médias d'Etat de jeudi dernier, la Corée du Nord a rejeté les rapports selon lesquels elle a coopéré avec la Syrie pour la production d'armes chimiques, les rejetant comme une fabrication des Etats-Unis pour accroître la pression sur elle.

L'agence publique KCNA a cité un porte-parole de l'institut de recherches sur les études américaines du ministère des Affaires étrangères : selon lui, l'argument des Etats-Unis selon lequel la RPDC a aidé la Syrie à produire des armes chimiques "n'a pas de sens".

Selon le porte-parole cité par KCNA, "comme nous l'avons clairement dit à plusieurs reprises, notre République ne développe, ne produit ni ne stocke des armes chimiques et est opposée aux armes chimiques elles-mêmes."

Robert Wood, ambassadeur américain à la Conférence du désarmement, a déclaré mercredi qu'il y avait historiquement une relation entre les deux pays en matière de missiles et de composants d'armes chimiques.

Deux cargaisons nord-coréennes à une agence gouvernementale syrienne en charge du programme d'armes chimiques du pays ont été interceptées ces six derniers mois, selon un rapport confidentiel des Nations unies sur les violations des sanctions contre la Corée du Nord.

La Corée du Nord est placée sous un régime de sanctions des Nations unies depuis 2006 à propos de ses programmes balistiques et nucléaires, et le Conseil de sécurité a accru les mesures en réponse à six essais nucléaires et à plusieurs lancements de missiles de longue portée.

Selon des sources diplomatiques ayant informé Reuters, le groupe de surveillance mondial des armes chimiques basé à La Haye a ouvert une enquête dimanche sur les attaques dans la région de Ghouta orientale, tenue par les rebelles et assiégée, pour déterminer si des armes interdites ont été utilisées.

La Syrie a signé la convention internationale d'interdiction des armes chimiques en 2014, comme partie d'un accord négocié par Moscou pour éviter les attaques américaines aériennes, intervenues comme mesure de rétorsion à une attaque utilisant un gaz neurotoxique ayant tué des centaines de personnes, pour laquelle Washington a accusé Damas. Dans les années qui ont suivi, les réserves déclarées de gaz mortels interdits de la Syrie ont été détruites suivant une surveillance internationale.

Reportage de Ju-min Park, publication par Alistair Bell

Reuters

La Corée du Nord nie coopérer avec la Syrie pour la production d'armes chimiques
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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 23:54

Le 23 février 2018, les autorités américaines ont annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - décrites comme "sans précédent" - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'encontre de sociétés de transport maritimes ou de navires qui, selon Washington, aideraient Pyongyang à contourner les sanctions. Parmi les entreprises sanctionnées figurent des sociétés chinoises, ce qui a entraîné une vive réaction de Pékin. Mais dans quelle mesure la Chine va-t-elle effectivement changer sa coopération avec les Etats-Unis sur le dossier coréen ? 

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Par un communiqué publié dès le 24 février 2018, les autorités chinoises ont vivement réagi à cette initiative américaine prise de manière unilatérale, menaçant qu'elle pourrait avoir des conséquences sur la relation bilatérale avec Washington pour le traitement du dossier coréen : 

La Chine est fermement opposée (...) à ce que les Etats-Unis se basent sur leur droit national pour imposer des sanctions unilatérales contre des entités et des individus chinois (...).

Nous avons déposé des protestations officielles auprès des autorités américaines, et exigé que les Etats-Unis mettent fin à leurs pratiques erronées, afin d'éviter de porter atteinte à notre coopération bilatérale sur le dossier [nord-coréen].

Comme l'a observé l'analyste James Dobbin, de la Rand corporation souvent décrite comme d'inspiration néo-conservatrice, la Chine est d'autant plus sensible à une telle interférence relevant du principe d'extraterritorialité (c'est-à-dire, empiétant sur sa souveraineté) qu'elle coopère à la mise en oeuvre du régime international de sanctions contre la Corée du Nord : 

La Chine est parmi les pays les moins susceptibles de se soumettre à une interférence extraterritoriale sur ses arrangements commerciaux. Néanmoins, la Chine a soutenu l'augmentation continue des sanctions internationales contre la Corée du Nord imposée par le Conseil de sécurité des Nations unies, alors qu'elle apprécie encore moins une Corée du Nord dotée d'armes nucléaires.

Ce point de vue fait le pari que la Chine, au fond, ne serait pas hostile aux sanctions contre la RPD de Corée - certains auteurs, comme Samuel Ramani, émettant l'hypothèse que les sanctions offrent un levier à Pékin pour "rétablir son hégémonie" sur la Corée du Nord. 

La fin de la coopération sino-américaine sur la question coréenne est enfin d'autant moins probable que la Chine protestait déjà, en 2014, contre les sanctions unilatérales américaines frappant des sociétés chinoises commerçant avec la Corée du Nord. Mais elle n'a alors pas abandonné le levier des sanctions, inscrivant de fait ses pas dans ceux de la diplomatie américaine.

Si l'administration Trump pratique volontiers une diplomatie tendant à aller jusqu'au point de rupture avec Pékin,  elle sait que ses dernières initiatives ne lui font pas courir un très grand danger, mais qu'elles pourraient relever davantage d'un "grand marchandage" entre Pékin et Washington (comme l'imagine James Dobbin) : le suivisme chinois dans l'adoption des sanctions internationales contre Pyongyang, et l'absence de contre-mesures aux initiatives unilatérales des Etats-Unis, a fait perdre beaucoup de leur crédibilité aux critiques chinoises émises ce 24 février. Pour redevenir un acteur majeur sur le dossier nord-coréen, où les autorités sud-coréennes sont revenues en force à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, la Chine ne devra pas de contenter de protestations verbales face à l'unilatéralisme américain, ou de déclarations de principe quant à la nécessité d'un dialogue direct entre Pyongyang et Washington - dont Séoul avait déjà dit quelques jours plus tôt, à l'issue de discussions intercoréennes lors de la clôture des Jeux olympiques, que la RPDC y était disposée.

Sources : 

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 22:25

Le 23 février 2018, le comité jeunes et étudiants de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique dans les locaux de l'UL-CGT du 16e arrondissement de Paris pour discuter de la question de la paix dans la péninsule coréenne, en présence de participants sud-coréens (qui constituaient la moitié de l'assistance), ce qui a permis un large échange entre Français et Coréens. Au moment où les Jeux olympiques de Pyeongchang ont favorisé un spectaculaire rapprochement intercoréen, tous les participants ont convenu de la nécessité de promouvoir la paix et la dialogue, en repoussant les manoeuvres à contre-courant des néo-conservateurs américains qui exacerbent les tensions dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Les tentatives pour ruiner la paix et le dialogue sont à la mesure des espoirs soulevés par le rapprochement intercoréen en cours, lors des Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, comme en atteste la dénonciation par les néoconservateurs américains et sud-coréens (complaisamment relayés par la presse occidentale) du général Kim Yong-chol, qui dirigera la délégation nord-coréenne lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques : alors qu'en raison des fonctions qu'il occupe pour les relations Nord-Sud il a vocation à diriger la délégation nord-coréenne lors de cette cérémonie, les quelque 70 députés sud-coréens de droite qui protestent contre sa venue font deux raccourcis généralement omis par les médias occidentaux. D'une part, incriminer la RPDC dans le dramatique naufrage de la corvette "Cheonan" qui a causé la mort de 46 marins sud-coréens au printemps 2010, c'est faire fi de toutes les lacunes de l'enquête officielle, ce qui a conduit à ce que les conclusions de l'enquête officielle américano-sud-coréenne soient remises en question, entre autres, par un ancien membre du groupe d'enquête (le 26 mai 2010), par des chercheurs indépendants d'universités américaines (le 12 juillet 2010), et par les experts de la marine russe (juillet 2010) invités par Séoul à examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord. D'autre part, l'implication du général Kim Yong-chol est plus que douteuse, comme l'a rappelé le gouvernement sud-coréen.

Et dans le même temps, ne faut-il pas rappeler aux députés conservateurs sud-coréens qui manifestent contre la venue du général Kim Yong-chol que l'homme à l'origine de la mort de plus de 300 Sud-Coréens dans le naufrage d'un autre navire, le "Sewol", était notoirement proche d'eux, et que le gouvernement qu'ils dirigeaient alors a été incapable de sauver des centaines de vies humaines ? Comment oublier que les conservateurs, eux, étaient aussi au pouvoir lorsqu'a été tué le manifestant paysan Baek Nam-gi, un parti politique interdit à l'issue d'un procès truqué par les services de renseignement et qu'ont été commises des atteintes systématiques aux libertés publiques et aux droits de l'homme ? Les participants à la conférence ont alors témoigné des emprisonnements d'opposants (le dirigeant syndical Han Sang-gyun étant toujours derrière les barreaux) et de la pratique des "listes noires" visant à empêcher que les artistes et intellectuels jugés proches de l'opposition bénéficient de subventions et de commandes publiques. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC

Lors des débats animés par Loïc Ramirez, président du comité jeunes de l'AAFC, les participants ont souligné la nécessité de permettre le dialogue entre Coréens du Nord et du Sud, pour que la réunification de la Corée s'opère sans ingérence extérieure - à commencer par celle des Etats-Unis, le vice-président américain Mike Pence ayant cherché, à Pyeongchang, à torpiller tous les efforts de dialogue qui permettent aujourd'hui de sortir du cycle des tensions qui ont atteint un point paroxysmique fin 2017 - et qui servent les intérêts américains : l'annonce ce même 23 février de nouvelles sanctions américaines à l'encontre de 27 entreprises, 28 navires et 1 personnes physique, basés ou enregistrés en Corée du Nord ou dans d'autres pays (Chine, Singapour, Taïwan, Hong Kong, îles Marshall, Tanzanie, Panama, Comores), s'inscrit bien dans une politique d'asphyxie économique de la Corée du Nord, pour contrecarrer les appels au dialogue et à la paix qui constituent des perspectives inacceptables pour les Etats-Unis de Donald Trump. Des comparaisons ont été faites avec l'attitude de l'administration américaine dans d'autres régions du monde - notamment la Syrie et le Venezuela, alors que la reprise annoncée des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes constitue un mauvais signal pour le dialogue. 

Le comité jeunes de l'AAFC a appelé à le rejoindre toutes celles et tous ceux qui sont attachés au combat pour la paix et les libertés publiques dans la péninsule coréenne. 

"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
"Quelle paix dans la péninsule coréenne ?" retour sur la conférence du comité jeunes de l'AAFC
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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 23:22

Le site de la Korean Foundation propose une carte du nombre d'universités dans le monde (hors Corée) où sont enseignées les études coréennes. Il en est recensé 1 348 dans 105 pays. Si la liste n'est pas corrélée au nombre d'étudiants, enseignants ou chercheurs (il faut cliquer sur le lien avec les universités), elle offre néanmoins un aperçu intéressant des pays où les études coréennes sont développées dans le plus grand nombre d'universités. L'AAFC a établi un palmarès par pays.

Où étudie-t-on le coréen dans le monde ?

1. Le Japon : malgré les antagonismes historiques entre la Corée et le Japon, l'archipel nippon regroupe plus d'un quart des universités dans le monde (371) recensées pour leurs études coréennes. L'importante communauté coréenne au Japon, la position géographique de l'archipel et une certaine proximité linguistique (les structures grammaticales du japonais et du coréen présentent des similitudes) sont de nature à expliquer ce rang.

2. La Chine (271) : avec un cinquième du nombre d'universités où sont enseignées les études coréennes dans le monde, la Chine arrive deuxième. Un résultat important, mais à relativiser puisque la Chine abrite la plus importante diaspora coréenne en dehors de la péninsule et est le premier partenaire économique tant de la République de Corée que de la République populaire démocratique de Corée.

3. Les Etats-Unis (128 universités, 9 % du total) : si l'intérêt pour les études coréennes se développe aux Etats-Unis, il n'est pas encore à la hauteur de l'importance que revêtent les Etats-Unis pour les (Sud-)Coréens qui, outre les liens politiques noués entre les deux pays, constitue la première destination d'accueil des étudiants sud-coréens à l'étranger.

4. ex aequo Russie (36 universités) : la tradition russe des études coréennes continue de s'exprimer dans le nombre d'universités russes où sont enseignées les études coréennes, même si sur ce critère la Russie est désormais nettement devancée par le Japon, la Chine et les Etats-Unis.

4. ex aequo Taïwan (36 universités) : les études coréennes sont bien développées à Taïwan, comme dans d'autres pays d'Asie de l'Est, et dépassent le rang qu'occupe Taïwan tant pour les échanges politiques qu'économiques avec la Corée du Sud.

6. Thaïlande (34 universités) : par son poids démographique et économique en Asie du Sud-Est, la Thaïlande talonne Taïwan.

Le premier pays européen est le Royaume-Uni (27 universités), devant la France (19) et l'Allemagne (16), l'Espagne (6) et l'Italie (6). 

Parmi les pays d'Asie de l'Est figurent le Vietnam (27 universités), la Mongolie (avec 21 universités, il s'agit d'un record mondial eu égard à la population du pays), la Malaisie (19), l'Indonésie (14), les Philippines (13) et le Cambodge (11).

L'Inde compte 19 universités pour l'enseignement des études coréennes.

En Asie centrale, où résident d'importantes minorités coréennes, le Kirghizstan (15 universités) devance l'Ouzbékistan (14) et le Kazakhstan (11).

Sur le continent américain, loin derrière les Etats-Unis viennent le Canada (14 universités), le Mexique (13) et la Colombie (9).

En Océanie, l'Australie compte 11 universités pour les études coréennes. En Afrique, le Maroc est en tête (7 universités) avec une grande zone blanche au sud du continent (1 seule université au Nigeria, 0 en Afrique du Sud).

Source : 

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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 18:43

Le samedi 6 janvier 2018, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a donné une conférence sur les relations entre le Vietnam et la Corée depuis 1945, à la maison des associations du 3e arrondissement de Paris - dans le cadre d'un cycle de conférences organisé par le comité de Paris de l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV). Nous reproduisons ci-après le texte de la conférence. 

Pour l'examen des relations entre la Corée (ou plus exactement les deux États coréens) et le Vietnam (lui-même divisé en deux États de 1954 à 1975), il convient d'éviter les conclusions hâtives liées au fait que la République socialiste du Vietnam et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont deux régimes dits de démocratie populaire : en effet, les deux États ont procédé à des choix différents de politique économique et de politique extérieure. Ainsi, le Vietnam est, parmi les démocraties populaires d'Asie, celle qui a les meilleures relations avec la République de Corée (Corée du Sud).

À titre préliminaire, rappelons les similitudes qui existent entre ces deux nations d'Asie de l'Est :

- elles sont toutes deux bordées par la Chine (le Vietnam est situé au sud-est de la Chine, et la Corée au nord-est) ;

- elles ont été colonisées, le Vietnam par la France et la Corée par le Japon ;

- l'une et l'autre ont eu une relation tributaire avec l'empire chinois, mais qui n'a pas laissé la même empreinte culturelle : le confucianisme, dominant dans le royaume de Corée, a conduit les dirigeants coréens à se considérer comme les vrais héritiers de la culture chinoise après l'accession d'une dynastie étrangère (mandchoue) sur le trône impérial à Pékin, au XVIIe siècle, suivant un phénomène qualifié de “petit-sinocentrisme”, qu'on ne retrouve pas au Vietnam ;

- elles ont été politiquement divisées, de 1954 à 1975 pour le Vietnam, la Corée l'étant toujours (depuis 1945 en fait et depuis 1948 en droit) ;

- elles ont été au coeur de l'affrontement Est-Ouest de la guerre froide, ayant connu des guerres civiles internationalisées, de 1950 à 1953 pour la Corée et de 1965 à 1973 pour le Vietnam.

Par ailleurs, la Corée et le Vietnam, qui occupent l'une et l'autre des positions stratégiques en Asie et ont connu de forts taux de croissance économique, ont des poids géographiques et démographiques assez comparables : le Vietnam compte environ 94 millions d'habitants, répartis sur 330 000 km2, et la Corée 77 millions d'habitants (plus de 51 millions au Sud et plus de 25 millions au Nord) sur 220 000 km2.

Mon intérêt pour les relations Vietnam-Corée a été motivé par mon parcours personnel. Membre de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) depuis 2004, dont je suis président depuis avril 2017, j'ai voyagé à neuf reprises en Corée entre 2005 et 2017, sept fois au Nord et deux fois au Sud – ainsi qu'une fois dans la province chinoise coréenne autonome de Yanbian. Secrétaire exécutif du groupe interparlementaire d'amitié France-Vietnam du Sénat entre 2009 et 2014, ce qui m'a donné l'occasion de visiter deux fois le Vietnam, je suis membre de l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV) depuis 2009, et appartiens au bureau national de l'AAFV depuis 2014.

Le sujet traité se limite à l'époque contemporaine, depuis 1945. Mais les contacts sont beaucoup plus anciens ; en particulier, des représentants de la dynastie Ly, qui a régné sur le Vietnam entre 1009 et 1225, se sont réfugiés en Corée, parmi lesquels un fils adoptif de l'empereur vietnamien et ses partisans : leurs descendants ont constitué la dynastie des Lee de Jeongson, dans la province de Gangwon. Un autre exilé vietnamien, Ly Long Tuong, s'est illustré en tant que général coréen dans la lutte contre les Mongols.

La question des relations France-Vietnam est peu traitée dans les études francophones. Deux articles, consultés et utilisés pour la présente étude, doivent toutefois être mentionnés :

- dans le numéro 39 (avril à juin 2014) de la revue Outreterre consacré à la Corée, un article de Donald Keyser et Shin Gi-wook, “Corée du Sud-Vietnam : les deux puissances moyennes d'Asie” (p. 311-321, traduction de l'anglais par Arnaud Leveau) ; les deux auteurs ont co-écrit l'ouvrage Asia's Middle Powers ? South Korea and Vietnam, publié en 2013 ;

- dans un ouvrage qu'il a dirigé (La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, L'Harmattan, 2013), Pierre Journoud a écrit un très bon article de synthèse, “De la guerre à la paix : les relations vietnamo-coréennes depuis 1950” (p. 319-338).

S'agissant des études anglophones, plus nombreuses, nous avons utilisé les articles suivants, accessibles gratuitement sur Internet, notamment sur le sujet, moins bien connu, des relations Vietnam – Corée du Nord :

- Nate Fischler, “Vietnam's role in North Korea : a 'frienship' endures ?”, in Asia Times, 30 juillet 2017 ;

- Pham Thi Thu Thuy, “The colourful history of North Korea – Vietnam relations”, in NK News, 1er août 2017 ;

- concernant les relations Vietnam – RPD de Corée, les travaux d'un chercheur, Balazs Szalontai, qui a travaillé sur des documents déclassifiés (les archives diplomatiques d'anciennes démocraties populaires d'Europe de l'Est) dans le cadre du Centre Woodrow Wilson, dont il faut toutefois souligner qu'ils ne reflètent ni le point de vue vietnamien, ni celui nord-coréen, et peuvent donner une approche biaisée des relations entre Pyongyang et Hanoï ;

- les deux articles de l'encyclopédie collaborative Wikipédia (non traduits en français) “Vietnam – South Korea relations” et “Vietnam – North Korea relations”.

L'exposé a été conduit de manière chronologique, en distinguant chacun des deux États coréens (et, pendant deux décennies, des deux États vietnamiens), avant d'aborder le rôle de médiateur que peut aujourd'hui jouer le Vietnam sur la question coréenne.

*

I - Le Vietnam en guerre et l'implication coréenne

A) Vietnam du Sud – Corée du Sud : deux bastions autoritaires de l'anticommunisme

Dans un article intitulé “La paix indivisible : la diplomatie française, la fin de la guerre de Corée et l'issue de la guerre d'Indochine” (in Pierre Journoud, La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, op. cit.), Pierre Grosser a souligné “un aspect méconnu de la guerre froide en Asie : les projets de coalition entre les régimes nationalistes anticommunistes, à savoir la Corée du Sud, Taïwan, le Vietnam, voire les Philippines” (ibid., p. 121), et cette “hypothèse a été étudiée sérieusement à Washington”.

Avant même la bataille de Dien Bien Phu, et dès la fin de la guerre de Corée en juillet 1953, le président sud-coréen Syngman Rhee, qui n'était pas favorable à la cessation des hostilités en Corée, avait proposé l'intervention des soldats sud-coréens au Vietnam pour lutter contre le communisme, ce dont ne voulait pas la France qui craignait une internationalisation du conflit et l'intervention de soldats chinois en cas d'implication sud-coréenne. La proposition, renouvelée en 1954 après la proclamation du Vietnam du Sud, pouvait apparaître d'autant moins illégitime que de nombreux combattants américains en Corée allaient ensuite être redéployés au Vietnam. Toutefois, les autorités sud-vietnamiennes n'accueillirent pas favorablement le principe de l'intervention de troupes sud-coréennes, alors que le souvenir des troupes japonaises pendant la Seconde guerre mondiale était encore vif.

Il faut attendre 1964 pour que les autorités de Saïgon changent de position, avec l'arrivée à cette date des premiers militaires sud-coréens au Vietnam : 34 officiers et 69 soldats d'une unité médicale militaire, accompagnés de 10 instructeurs de taekwondo (le sport national de combat coréen).

Le bataillon sud-coréen au Vietnam pendant la guerre a ainsi été le deuxième plus important bataillon étranger en effectifs, après le contingent américain : 312 853 soldats sud-coréens ont été déployés au Vietnam jusqu'en 1973, sous la direction du lieutenant général Chae Myung-shin. Toujours selon les sources sud-coréennes, 5 099 sont morts, dont 3 800 au combat, et ils auraient tué 41 400 ennemis (dont plus de 5 000 civils).

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

Soldats sud-coréens au Vietnam appartenant à la 9e division d'infanterie (photo Phillip Kemp)

Les troupes sud-coréennes au Vietnam ont été accusées d'atrocités, en ayant tué plus de 400 villageois désarmés au village de Binh Hoa en 1966, 168 villageois à Binh Tai en octobre 1966, 135 femmes, enfants et vieillards, massacrés par des Marines à Ha My en février 1968... Toujours en février 1968, des meurtres de masse ont eu lieu à Phong Ni et Phong Nhat. Une commission vérité et réconciliation sud-coréenne a estimé le nombre de victimes non combattantes à plus de 9 000. Plusieurs auteurs de la littérature coréenne contemporaine ont rendu compte de leur participation à la guerre du Vietnam, dont Hwang Sok-hyong et Ahn Junh-hyo.

Les soldats sud-coréens au Vietnam ont aussi laissé derrière eux des milliers d'enfants métis, les “Lai Dan Han”, fils et filles de femmes vietnamiennes et d'hommes coréens.

La reconnaissance des crimes commis par les soldats coréens a été tardive et partielle : en 2001, le président Kim Dae-jung a présenté ses condoléances pour les souffrances alors infligées au peuple vietnamien, tout en déclarant qu' “elles n'étaient pas intentionnelles”. C'est finalement la société civile sud-coréenne qui s'est le plus fortement engagée : après une série d'articles publiés dans le quotidien progressiste Hankyoreh en 2003 dénonçant les atrocités de guerre, une donation de 100 000 dollars américains a été consacrée à la création d'un musée de la paix dans la province de Phu Yen.

Cette approche contraste avec l'histoire officielle encore professée en Corée du Sud : le musée de la guerre à Séoul présente la guerre du Vietnam comme une opportunité pour développer l'économie sud-coréenne alors en plein essor : la contribution du conflit à la croissance nationale a été estimée entre 3 % et 4 % du PNB sud-coréen.

Si l'intérêt diplomatique de la participation à la guerre du Vietnam était de consolider l'alliance avec les États-Unis, l'intérêt économique a été renforcé par le fait que l'effort de guerre sud-coréen a été en réalité financé par le gouvernement américain via des aménagements secrets, notamment le programme Food for peace (“de la nourriture pour la paix”) de l'Agence internationale pour le développement.

B) Vietnam démocratique – Corée populaire : une solidarité anti-impérialiste en actes

Avec l'établissement de relations diplomatiques entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la République démocratique du Vietnam (RDC) le 31 janvier 1950, la RPDC devient le troisième pays à reconnaître la RDC, après la Chine et l'URSS.

Après 1954, la solidarité politique entre les deux États s'exprime notamment par les visites de leurs dirigeants : en juillet 1957 Ho Chi Minh se rend en RPDC, puis Kim Il Sung visite le Vietnam en novembre-décembre 1958 et en novembre 1964. Des dons symboliques rendent compte des échanges ainsi noués – comme les éléphants vietnamiens au zoo de Pyongyang. En février 1961 un accord de coopération scientifique et technique est conclu entre les deux gouvernements.

Kim Il Sung accueille Ho Chi Minh en Corée en 1957

Kim Il Sung accueille Ho Chi Minh en Corée en 1957

La guerre du Vietnam conduit à une intensification de l'aide et de la coopération nord-coréennes, la RPD de Corée étant alors un pays plus développé qui soutient le peuple vietnamien à l'instar d'autres peuples en lutte pour leur libération nationale (les Palestiniens, les Sahraouis du Front Polisario...) et les combats contre l'apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie.

S'agissant du Vietnam, l'aide militaire (armes, munitions, uniformes...) et économique (ciment, acier, textile, médicaments, engrais chimiques...) nord-coréenne, notamment dans le cadre d'un accord “armes contre riz”, est estimée, entre 1966 et 1969, entre 12 et 20 millions de roubles par an, soit un montant particulièrement significatif pour un pays de la taille de la RPD de Corée. Elle s'accompagne de l'accueil de nombreux étudiants vietnamiens en RPDC (jusqu'à 2 500 en 1968, parmi lesquels un futur ambassadeur vietnamien en Corée du Sud) – ce qui fera de l'association des anciens étudiants vietnamiens en Corée du Nord l'un des acteurs essentiels des relations bilatérales, concomitamment avec les Associations d'amitié Vietnam-RPDC (fondée en 1965) et Corée-Vietnam.

En revanche, et à la différence des Sud-Coréens, l'implication militaire directe des Nord-Coréens dans le conflit restera limitée : il est estimé qu'environ 200 pilotes auraient combattu entre 1965 et 1968, dont 14 sont décédés. Un mausolée leur est consacré à Bac Giang, où les anciens combattants ont été honorés en 2001 par Kim Yong Nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC.

L'aide nord-coréenne diminue toutefois au début des années 1970, cessant pour l'essentiel en 1973 avec la conclusion des accords dits de Paris. Il a été avancé que les Nord-Coréens auraient été plus que réservés à l'engagement de négociations de paix avec les États-Unis, mais Balazs Salontai a avancé d'autres motifs : le sentiment nord-coréen d'une aide à sens unique, une concurrence des deux pays pour intégrer le Mouvement des non-alignés... En tout état de cause, l'un et l'autre sont aux avant-postes de la lutte anti-impérialiste : début 1968, l'offensive du Têt intervient presque simultanément à l'incident du Pueblo (le navire espion américain capturé par les Nord-Coréens) – même si les archives diplomatiques déclassifiées ne permettent pas de confirmer l'hypothèse, alors souvent retenue en Occident à l'époque, d'une coordination entre Hanoï et Pyongyang.

II – Continuité et ruptures dans les relations Vietnam-Corée après la réunification du Vietnam

A) 1975-1992 : une relation politique exclusive du Vietnam avec la RPD de Corée affectée par des sujets diplomatiques avec des pays tiers (Cambodge, Chine)

Les divergences sont antérieures à la réunification : pendant la guerre civile cambodgienne (1967-1975), Pyongyang a accueilli favorablement la proposition chinoise de création d'un front uni des cinq nations révolutionnaires asiatiques (Chine, RPDC, Vietnam, Laos, Cambodge) – alors que le Vietnam, comme l'Union soviétique, ont été réservés face à cette initiative, et de fait dans le schisme sino-soviétique, le Vietnam n'a pas été pro-chinois.

La question cambodgienne va affecter encore plus fortement les relations Hanoï-Pyongyang après 1975, lorsque la RPDC apporte son soutien aux Khmers rouges. À partir de cette date, Norodom Sihanouk fera d'ailleurs de fréquents séjours à Pyongyang, où les Nord-Coréens lui construisent un palais et lui fournissent des gardes du corps qui lui resteront fidèles jusqu'à sa disparition. Si rien n'atteste de relations personnelles entre Ho Chi Minh et Kim Il Sung, le dirigeant nord-coréen et Norodom Sihanouk ont en revanche noué des relations humaines fortes, indépendamment des relations politiques d'État à État.

Les relations sont encore dégradées par la dénonciation par la RPDC de l'intervention vietnamienne au Cambodge en 1979 et le refus de reconnaître la nouvelle République populaire du Kampuchea.

A contrario le retrait vietnamien du Cambodge en 1989 favorise le développement des échanges, avec la création d'un comité intergouvernemental Vietnam-RPDC pour la coopération économique, scientifique et technologique.

B) Depuis 1992 : l'essor des relations Vietnam – République de Corée

L'établissement de relations diplomatiques entre la République socialiste du Vietnam et la République de Corée (Corée du Sud) le 22 décembre 1992 n'est pas le premier succès de la politique d'ouverture aux démocraties populaires de Séoul : la Corée du Sud avait déjà établi des relations diplomatiques avec l'URSS le 30 septembre 1990, puis avec la République populaire de Chine le 24 août 1992. Il entraîne toutefois la suspension immédiate de l'accord de coopération économique, scientifique et technologique conclu entre Pyongyang et Hanoï en 1989. Sur un autre plan, il favorise le développement des études coréennes au Vietnam, marquées par la création d'un Centre d'études coréennes dans la capitale vietnamienne.

1.Des relations d'abord économiques en croissance exponentielle

Dans sa recherche d'investissements étrangers depuis l'engagement de sa politique de réformes économiques (Doï Moï) en 1986, le Vietnam voit dans la Corée du Sud un potentiel partenaire de premier plan – tandis que pour sa part la Corée du Sud, pays autrefois parmi les plus pauvres du monde devenu membre de l'OCDE malgré son absence de ressources premières en abondance, se voit volontiers comme un modèle de développement, non seulement pour le Vietnam mais aussi pour l'Afrique subsaharienne.

Dès 1996, la République de Corée est devenu le troisième partenaire commercial du Vietnam (avec un volume d'échanges annuels bilatéraux de 1,3 milliard de dollars) et le quatrième investisseur étranger au Vietnam (à hauteur de 2 milliards de dollars).

Aujourd'hui, la Corée du Sud est le premier investisseur étranger au Vietnam : le stock des investissements directs étrangers (IDE) sud-coréens au Vietnam s'élevait à 54 milliards de dollars en juin 2017, générant près d'un million d'emplois dans l'économie locale. En sens inverse, ce sont quelque 4 000 entreprises vietnamiennes qui ont investi en Corée du Sud (dont Petro Vietnam Oil Corporation, Vietnam Air Petrol Company...).

La Corée du Sud est le deuxième pourvoyeur d'aide publique au développement (APD) au Vietnam, le Vietnam étant le premier récipiendaire de l'APD sud-coréenne.

L'essor du commerce bilatéral illustre le mieux le développement des relations économiques, à la faveur des mesures de libéralisation engagées d'abord dans le cadre des relations ASEAN-Corée du Sud, puis de l'accord de libre-échange bilatéral, négocié à partir de 2010, signé le 5 mai 2015 et entré en vigueur le 20 décembre 2015. Les Vietnamiens exportent notamment en Corée du Sud des produits de la mer (poisson, poulpes, crevettes, calamars...) quand les exportations sud-coréennes au Vietnam se concentrent sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication qui correspondent à l'un des pôles d'excellence de la République de Corée. En 2016, le commerce bilatéral s'est élevé à 45,1 milliards de dollars, ayant plus que doublé depuis 2012 (21 milliards de dollars) et progressé de 20 % par rapport à 2015. Sur les neuf premiers mois de l'année 2017, les échanges commerciaux s'élevaient à 35,5 milliards de dollars (soit une progression de 30 % d'une année sur l'autre), correspondant à un volume annuel d'échanges de l'ordre de 60 milliards de dollars – et une multiplication par quarante-cinq des échanges commerciaux en valeur (en dollars courants) depuis 1996.

Cet essor des échanges profite cependant inégalement aux deux parties, le Vietnam accusant un fort déficit commercial : l'abolition des barrières tarifaires a déjà profité à l'économie sud-coréenne, plus développée.

2. Quel partenariat politique et stratégique ?

Au regard de l'importance des échanges économiques, les dirigeants vietnamiens tendent à rejeter dans le passé les atrocités commises pendant la guerre par le bataillon sud-coréen au Vietnam – malgré des questions d'intérêt commun, comme les conséquences de l'agent orange non seulement sur les populations vietnamiennes, mais aussi sur les soldats sud-coréens ayant combattu au Vietnam, également engagés dans une bataille juridique contre les firmes pharmaceutiques américaines (en janvier 2006, Monsanto et Dow Chemical ont été condamnés à verser des dommages et intérêts 6 800 anciens combattants sud-coréens au Vietnam, mais la décision n'a pas été confirmée dans la suite de la procédure).

Le rapprochement politique Hanoï-Séoul est cependant favorisé par des intérêts convergents : les deux pays ont la Chine comme premier partenaire économique mais une alliance en droit (s'agissant de la Corée du Sud) ou potentielle (concernant la Vietnam) avec les États-Unis, dans le cadre de la rivalité stratégique américano-chinoise dans la zone Asie-Pacifique ; enfin, les diasporas coréenne et vietnamienne sont l'une et l'autre importantes aux États-Unis.

Après l'établissement de relations diplomatiques entre Hanoï et Washington en 1994, le Vietnam a ainsi recherché l'appui américain dans ses différends avec la Chine, notamment les conflits territoriaux en mer de Chine du Sud. Mais le Vietnam cherche aussi à gagner la Corée du Sud à ses positions : en octobre 2012, un colloque a ainsi été organisé en Corée du Sud, sous le double patronage de l'Université de Chosun et de l'Université nationale de Hanoï, à propos de la souveraineté des îles en mer de Chine méridionale et dans la mer orientale.

L'armée sud-coréenne aide par ailleurs à la modernisation de l'armée vietnamienne et forme des officiers vietnamiens.

Les visites des dirigeants de l'un ou l'autre pays ont ainsi ponctué un partenariat en construction, y compris dans le domaine politique : en 1998, Kim Dae-jung a été le premier président sud-coréen à visiter le Vietnam depuis la réunification ; en 2001, la visite du Président Tran Duc Luong en Corée du Sud était la première d'un chef d'État vietnamien depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1992.

La notion de “partenariat global” a été développée au début des années 2000, et qualifiée de “partenariat stratégique” à l'occasion de la visite du président sud-coréen Lee Myung-bak au Vietnam en 2009. En mars 2012, le Président Nguyen Tan Dung a été reçu à Séoul, et la Présidente Park Geun-hye a effectué une visite d'État au Vietnam du 7 au 11 septembre 2013.

Les Présidents Nguyen Tan Dung et Lee Myung-bak en 2012

Les Présidents Nguyen Tan Dung et Lee Myung-bak en 2012

3. D'importantes présences sud-coréenne au Vietnam et vietnamienne en Corée du Sud

Pour le Vietnam, pays jeune dont 50 % de la population a moins de 30 ans, la Corée du Sud est déjà connue par la vague Hallyu de la culture pop sud-coréenne (cinéma, musique), si populaire que selon Pierre Journoud 70 % des programmes diffusés par la télévision vietnamienne sont d'origine sud-coréenne.

Les Coréens au Vietnam étaient au nombre de 83 640 en 2011 selon le ministère sud-coréen des Affaires étrangères et du commerce, et leur nombre aurait atteint 130 000 en 2013, selon une estimation de la télévision vietnamienne, dont la moitié dans la capitale économique Ho Chi Minh – ville, ce qui traduit le caractère essentiellement économique de cette présence sud-coréenne, qui s'accroît avec le développement des échanges. Il s'agit de la deuxième plus importante communauté coréenne en Asie du Sud-Est, après les Philippins, et de la deuxième plus forte communauté d'expatriés au Vietnam, après les Taïwanais.

Dès 1995 se constitue l'association Koviet, communauté des Coréens ayant grandi au Vietnam.

Cette présence sud-coréenne n'est pas sans susciter également des réactions de rejet, les chefs d'entreprise sud-coréens étant perçus comme trop exigeants tandis que des faits divers alimentent une certaine xénophobie (comme en 2008, lors du meurtre d'une étudiante de l'Université de Hanoï par son petit ami sud-coréen).

À cette présence de moyen et long termes s'ajoutent les flux touristiques : en 2013, 536 000 Sud-Coréens avaient visité le Vietnam, tandis que la même année 106 000 Vietnamiens avaient visité la Corée du Sud.

La présence vietnamienne en Corée du Sud remonte principalement à la guerre du Vietnam, à la suite des premiers mariages mixtes. Aujourd'hui, alors que la Corée du Sud souffre d'un déséquilibre de son sex ratio au détriment des femmes, environ 5 000 Vietnamiennes rejoignent la République de Corée dans le cadre de mariages internationaux, et plus de 2 000 agences matrimoniales sud-coréennes se sont établies au Vietnam. Un racisme s'est aussi développé en Corée du Sud à l'encontre de leurs épouses vietnamiennes et de leurs enfants métis, les Sud-Coréens tendant à classer les métis dans la catégorie de population étrangère.

La majeure partie de la communauté vietnamienne en Corée du Sud (forte de plus de 100 000 membres) est cependant constitué de travailleurs (dont le nombre était estimé à 65 000, souvent dans les secteurs manufacturier et de la pêche, où leurs conditions de vie sont précaires) et dans une moindre mesure d'hommes d'affaires et de cadres. S'ajoute enfin une communauté étudiante vietnamienne.

C) Les relations Vietnam-Corée du Nord depuis 1992 : au-delà de la fraternité des anciens compagnons d'armes, quelles coopérations concrètes ?

Comme l'observe notamment Nate Fischler dans un article de Asia Times publié le 30 juillet 2017, le terme d' “amitié” perdure.

Entre 1957 et 2002, ce sont ainsi 135 accord bilatéraux conclus qui ont été recensés. Il reste des symboles de la période d'essor des échanges de la deuxième moitié des années 1960 : le jardin d'enfants de Hanoï, créé à l'origine avec des fonds nord-coréens, et dont le nombre d'enfants a fortement augmenté depuis sa création (de 120 à 880), est aujourd'hui l'un des plus réputés (et aussi l'un des plus sélectifs) de la capitale. Il a reçu de multiples récompenses, tant du côté nord-coréen que de celui vietnamien, comme l'a montré Pham Thi Thu Thyu dans un article publié par NK News en août 2017 “The colourful history of North Korea – Vietnam relations”.

Le retrait vietnamien du Cambodge, et l'attente d'investissements étrangers au Vietnam, ont d'abord favorisé les échanges économiques : en 1993, un investissement conjoint nord-coréano-vietnamien à Hai Duong a porté sur la production de soie. Mais les difficultés économiques de la RPDC l'ont ensuite conduite à revendre ses parts au Vietnam en 2001.

Des incidents financiers ont aussi affecté les relations bilatérales : selon les Vietnamiens, les Nord-Coréens n'auraient pas honoré, en 1996, le paiement de 20 000 tonnes de riz vietnamien, pour une valeur estimée à 18 millions de dollars. La RPDC aurait cependant réglé sa facture en livrant deux sous-marins de la classe Yugo, qui seraient d'ailleurs toujours utilisés par l'armée vietnamienne pour ses entraînements.

S'agissant des échanges économiques, c'est aujourd'hui plus la Corée du Nord qui s'intéresse au Vietnam que l'inverse : alors que des zones économiques spéciales ont été créées en RPDC, des experts nord-coréens se rendent régulièrement au Vietnam pour étudier ses réformes économiques, vues de Pyongyang comme offrant un modèle de développement socialement plus stable que la voie chinoise vers le socialisme de marché.

La question des réfugiés nord-coréens passant par le Vietnam, notamment pour rejoindre la Corée du Sud (alors que la frontière sino-vietnamienne est plutôt facile d'accès, étant peu montagneuse), a été une pomme de discorde entre les deux pays. Initialement, les autorités vietnamiennes ont fait le choix de tolérer le départ des Nord-Coréens vers la Corée du Sud depuis quatre centres d'accueil gérés par la Corée du Sud au Vietnam. Cette situation a changé avec l'annonce, en juillet 2004, que 468 réfugiés nord-coréens avaient gagné la Corée du Sud depuis le Vietnam. Dès lors, les autorités vietnamiennes ont renforcé le contrôle aux frontières des Nord-Coréens, et expulsé les Sud-Coréens gérant les centres de réfugiés nord-coréens sur leur territoire.

La fin des années 2000 a été marquée par un regain des échanges politiques bilatéraux : des visites nord-coréennes au Vietnam de haut niveau ont eu lieu en 2010, 2012 (avec la visite du Président Kim Yong Nam du 5 au 7 août) et 2015 (Pak Yong Sik, ministre nord-coréen des Forces armées, a été reçu par le Président Truong Tan Sang) ; pour sa part, le secrétaire général du Parti communiste vietnamien (PCV) Nong Duc Manh a visité Pyongyang en octobre 2007 – c'était la première visite à ce niveau d'un responsable du PCV depuis l'accueil de Ho Chi Minh à Pyonyang en 1957.

La place du Vietnam parmi les amis de la RPDC doit cependant être relativisée : dans les réponses du Maréchal Kim Jong Un aux messages de félicitations des dirigeants et chefs de parti étrangers en mai 2014, le Vietnam n'apparaît qu'en huitième position – après la Chine, Cuba, le Népal, le Laos, Myanmar, la Mongolie et le Cambodge, avant le Congo démocratique et l'Angola.

D) La question coréenne, opportunité pour le Vietnam de s'affirmer comme médiateur sur la scène internationale ?

Les bonnes relations qu'entretient le Vietnam avec les deux États coréens en font un possible médiateur sur la question coréenne, d'autant plus qu'il manifeste des ambitions diplomatiques pour renforcer sa stature internationale, y compris au sein de l'ASEAN, comme puissance responsable cherchant à régler les conflits.

Les autorités vietnamiennes expriment des positions équilibrées, les mêmes acteurs pouvant tenir un discours cohérent vis-à-vis tant de la Corée du Sud que de la Corée du Nord : le secrétaire général du PCV Nong Duc Manh, qui était à Pyongyang en octobre 2007, se trouvait à Séoul fin 2017, où il prônait la dénucléarisation, la paix et la réunification de la péninsule.

Cet appel constant au dialogue et à la dénucléarisation va cependant de pair avec le soutien de Hanoï aux positions américaines (et chinoises) pour que Pyongyang respecte ses engagements internationaux, notamment les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sanctionnant la poursuite de ses programmes nucléaires militaires et balistiques par la RPDC. En juillet 2016, en application des sanctions internationales, le Vietnam a interdit d'entrée sur son territoire douze ressortissants nord-coréens.

Néanmoins, dans des périodes de crise (comme le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars 2010, ayant causé 46 morts, imputée à la Corée du Nord par Séoul et Washington selon une thèse battue en brèche par de nombreux experts), Hanoï a appelé, comme du reste la Chine et la Russie, au dialogue et à la retenue de toutes les parties, en évitant les condamnations de la seule Corée du Nord. Ces positions gouvernementales divergent en revanche de celles des médias sociaux qui, comme en Chine, sont souvent plus critiques vis-à-vis de la RPDC.

Plusieurs exemples montrent cependant que le rôle de médiateur du Vietnam sur la question coréenne reste à développer :

- le Vietnam a accueilli des pourparlers intercoréens comme des pourparlers Japon – RPDC, mais ces discussions n'ont souvent pas permis des avancées décisives , et surtout ne se sont pas inscrites dans une politique diplomatique continue ;

- le Vietnam pourrait favoriser des discussions entre les États-Unis et la RPDC (comme l'ont fait la Yougoslavie du Maréchal Tito ou la Roumanie de Nicolas Ceaucescu pendant la guerre froide), mais là encore la volonté et la persévérance manquent encore trop souvent côté vietnamien ;

- plus prometteurs, les forums régionaux de l'ASEAN plus trois (Chine, Japon, Corée du Sud) offrent un cadre approprié, qui pourrait du reste répondre aux ambitions de la Corée du Sud de s'affirmer comme une puissance régionale.

*

En conclusion, quelles sont les perspectives d'évolution des relations Vietnam-Corée, et dans quelle mesure la réunification vietnamienne puis son ouverture économique pourraient-elles constituer un cas d'école pour la Corée ?

Sur le premier point, si les élites vietnamiennes tendent à se répartir entre une tendance plus traditionnelle (qui pourrait manifester une sympathie politique vis-à-vis de la Corée du Nord) et une tendance plus moderniste et plus nationaliste, davantage attirée par la Corée du Sud, les tendances lourdes sont au renforcement des échanges économiques, et donc à faire pencher la balance vers la République de Corée.

Concernant la deuxième question, la réunification vietnamienne à l'issue d'une guerre civile internationalisée est un modèle peu attractif et surtout daté ; le principal intérêt de l'organisation politique du Vietnam est peut-être aujourd'hui l'équilibre régional des postes de direction politique (qui n'est d'ailleurs pas propre au Vietnam : on peut également citer les équilibres ethnico-religieux du Liban), qui pourrait inspirer des institutions de type confédérale en Corée. Par ailleurs, l'ouverture économique du Vietnam intéresse non seulement les Nord-Coréens, mais aussi des spécialistes sud-coréens qui, à l'instar de l'ancien diplomate Park Joon-woo en mars 2012, voyait dans l'évolution économique du Vietnam “l'un des meilleurs modèles” pour la Corée du Nord. Assurément, la réunification de la Corée, qui sera l'oeuvre des Coréens eux-mêmes, prendra probablement des formes originales, qui ne seront pas la répétition de situations politiques advenues en d'autres temps et d'autres lieux.

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 21:07

Les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang se sont ouverts le 9 février 2018 : le Président Moon Jae-in de la République de Corée était assis aux côtés, notamment, de Kim Yong-nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la République populaire démocratique de Corée et de Kim Yo-jong, directrice adjointe de département du Parti du travail de Corée et soeur cadette du Président Kim Jong-un, du Premier ministre japonais Shinzo Abe et de Mike Pence, vice-président des Etats-Unis, qui était accompagné de son épouse Karen Pence - alors que faisait également partie de la délégation américaine Ivanka Trump, fille du Président Donald Trump. L'organisation des cérémonies d'ouverture et les discours prononcés ont témoigné de la volonté de faire briller l'esprit olympique de paix et de dialogue, malgré un certain nombre de fausses notes délibérées du vice-président Mike Pence - qui ont surtout révélé l'isolement diplomatique des Etats-Unis sur la question coréenne.

A la tribune, au premier rang à gauche sur la photo le Président Moon Jae-in, à droite Mike Pence et à l'extrême-droite Shinzo Abe ; au second rang, derrière Mike Pence, le Président Kim Yong-nam et Kim Yo-jong

A la tribune, au premier rang à gauche sur la photo le Président Moon Jae-in, à droite Mike Pence et à l'extrême-droite Shinzo Abe ; au second rang, derrière Mike Pence, le Président Kim Yong-nam et Kim Yo-jong

Le besoin de promouvoir la paix et le dialogue ont été au coeur du discours du Président Moon Jae-in, prononcé lors d'un repas en l'honneur des chefs de délégation étrangère quelques heures avant la cérémonie d'ouverture, en saluant également le symbole puissant que constitue la formation d'une équipe unifiée de hockey féminin entre Nord et Sud-Coréens pour la réconciliation et la réunification de la Corée : 

Beaucoup de chefs d'Etat et dirigeants sont ici réunis aujourd'hui. Je réalise combien il est significatif et heureux que se déroule un tel événement sportif dans un monde où existent la confrontation et le conflit (...) La chose la plus importante est que nous soyons ici tous ensemble. Le fait que nous soyons réunis ici symbolisera le précieux premier pas vers la paix dans le monde (...) Les joueuses Sud et Nord-coréennes s'aidant mutuellement pour gagner restera dans les mémoires comme un grand écho de paix dans les cœurs de la population mondiale.

Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), a fait écho au chef d'Etat sud-coréen en rappelant les valeurs de l'olympisme, de paix, de dialogue et de compétition équitable : 

C'est le moment que nous attendions tous: les premiers Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud (...) Chers athlètes, c'est à vous maintenant. Cela sera la compétition de votre vie. Vous nous inspirerez tous à vivre en paix et en harmonie malgré toutes nos différences. Vous nous inspirerez en concourant pour les plus grands honneurs en respectant l'esprit olympique de l'excellence, du respect et du fair-play.

Le Président Moon Jae-in et le Président du CIO Thomas Bach

Le Président Moon Jae-in et le Président du CIO Thomas Bach

Le producteur de cinéma Song Seung-hwan avait créé le spectacle de la cérémonie d'ouverture, qui a raconté en six tableaux le parcours de cinq enfants dans une quête de la paix à travers le temps qui a retracé l'histoire et la modernisation de la Corée, et s'est achevé par un lâcher de colombes en papier sur la musique de Imagine de John Lennon. Le chiffre "cinq" a symbolisé les cinq anneaux olympiques, ainsi que les cinq éléments -  le feu, l'eau, le bois, le métal et la terre - qui figurent sur le drapeau sud-coréen, apporté dans l'arène par huit athlètes du Pays du matin calme.

L'esprit olympique marque l'ouverture des Jeux de Pyeongchang

La flamme olympique a été allumée par la Coréenne Kim Yu-na, figure de proue du patinage artistique mondial - championne olympique 2010 et double championne du monde 2009 et 2013. Le chaudron olympique, dessiné par Kim Yeong-se, s'inspire de la porcelaine blanche de la dynastie Choseon (1392-1910).

La patineuse Kim Yu-na allume la flamme olympique

La patineuse Kim Yu-na allume la flamme olympique

Suivant l'usage, les athlètes ont défilé par nom de pays dans l'ordre alphabétique de la langue du pays hôte - la Grèce ouvrant ainsi le défilé. Le porte-drapeau de Tonga, Pita Taufatofua a créé la sensation en défilant torse nu, vêtu d'un pagne, malgré le froid glacial.

Le pays d'accueil a clos la marche : la délégation coréenne unifiée, Nord et Sud, a été vivement applaudie, son apparition sur une version électronique de Arirang constituant l'un des moments les plus émouvants de la cérémonie d'ouverture. Le drapeau de la réunification a été porté par le
 bobsleigheur sud-coréen Won Yun-jong et la hockeyeuse nord-coréenne Hwang Chung-gum. C'était la quatrième fois que les athlètes de toute la Corée défilaient ensemble (après les Jeux d'été de 2000 et 2004 et d'hiver de 2006), mais la première fois sur le sol de la péninsule coréenne.

Défilé commun des athlètes de toute la Corée

Défilé commun des athlètes de toute la Corée

Les porte-drapeaux coréens Hwang Chung-gum et Won Yun-jong

Les porte-drapeaux coréens Hwang Chung-gum et Won Yun-jong

Dans cette ambiance de paix et de réconciliation, la délégation américaine s'est singularisée : alors que le Président Donald Trump, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, avait initialement salué le rapprochement intercoréen à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, il avait ensuite repris son ton militariste habituel en fustigeant la Corée du Nord lors de son discours sur l'état de l'Union, le 30 janvier 2018, en dénonçant "la complaisance et les concessions" vis-à-vis de Pyongyang. Continuant sur cette lancée, Mike Pence a invité personnellement en Corée du Sud Fred Warmbier, le père de l'étudiant américain Otto Warmbier tragiquement disparu après avoir été libéré de Corée du Nord. Puis il a évité les membres de la délégation nord-coréenne assis derrière lui lors de la cérémonie d'ouverture, de même que lors du repas donné par le Président Moon Jae-in en l'honneur des délégations étrangères : arrivé en retard, saluant les convives à l'exception notable du Président nord-coréen, il ne s'est ainsi pas assis à la table d'honneur, où il se serait retrouvé en face du Président Kim Yong-nam, compte tenu du protocole.

Cette attitude, contrastant avec celle des autres participants, a renforcé encore l'isolement américain sur le dossier nord-coréen - le Japon étant l'un des rares alliés des faucons américains. En particulier, la poignée de mains entre les Présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in a été particulièrement saluée, concrétisant l'espoir d'une ère nouvelle de paix et de dialogue en Corée et dans le monde. 

Les présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in

Les présidents Kim Yong-nam et Moon Jae-in

Principales sources : 

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 18:38

Le 30 janvier 2018, l'UNICEF a tiré la sonnette d'alarme : les sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée frappent de plein fouet les populations, et ce sont déjà 60 000 enfants pris en charge par ses services qui vont souffrir de malnutrition sévère et qui sont menacés de mort. Quelques jours plus tôt, Philippe Pons, correspondant du quotidien Le Monde à Tokyo, avait souligné qu' "il est un domaine où les sanctions internationales visant la Corée du Nord font sentir leur effet, c’est l’action humanitaire. Difficultés pour obtenir du matériel ou des médicaments bloqués en douanes, transporteurs chinois qui se dérobent pour ne pas être dans le collimateur des autorités, complications pour les transferts des fonds destinés à financer les programmes… Autant de contraintes qui retardent la mise en œuvre de projets et conduisent parfois à leur suspension." Autant de découvertes qui n'en sont pas pour l'AAFC : dès cet automne, nous avions souligné que les sanctions contre la RPDC (les plus sévères jamais mises en place par les Nations unies depuis leur création) étaient à proprement parler criminelles car elles tueraient potentiellement des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Les gouvernements occidentaux, qui sont à l'origine de ces sanctions, vont-ils enfin revenir à des sentiments plus humains ?

Les sanctions tuent les enfants

En principe, les opérations humanitaires ne devraient pas relever des sanctions des Nations unies. Sauf qu'en réalité les sanctions contre la RPD de Corée sont tellement draconiennes qu'elles empêchent de facto le travail des organisations internationales et des ONG, comme l'a souligné Omar Abdi, directeur adjoint de l'UNICEF, lors d'une conférence de presse :

Mais ce qui arrive, c'est que les banques, les entreprises qui fournissent les fournitures ou les expédient deviennent évidemment très prudentes. Elles ne veulent pas prendre le risque d'être accusées plus tard d'avoir violé des sanctions.

Ces difficultés de travail des organisations humanitaires sont confirmées par Philippe Pons du Monde, qui a aussi souligné le départ d'ores et déjà de l'une d'entre elles : Save the Children, également active dans la protection de l'enfance. En général, ce sont les conditions mises par les gouvernements au travail des ONG qui entraînent leur départ : cette fois, c'est bien la seule "communauté internationale" - telle qu'elle s'exprime au Conseil de sécurité des Nations unies, et notamment par la voix de ses cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), qui doit être tenue pour responsable.

Manuel Fontaine, directeur des programmes d'urgence de l'UNICEF dans le monde, a souligné les conséquences humaines qui découlent des sanctions uniquement pour les actions de l'UNICEF :

Nous prévoyons qu'à un moment ou l'autre, durant l'année, 60.000 enfants risquent de souffrir de malnutrition sévère. Une malnutrition qui risque d'entraîner la mort. La carence en protéines et en calories.

En extrapolant, ce sont bien des centaines de milliers de morts que devraient entraîner les sanctions de l'ONU - et ce, pour les seules organisations humanitaires.

Dès octobre 2017, le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme, Tomas Ojea Quintana, avait demandé une évaluation de "l’impact négatif involontaire" des sanctions sur la population. Il avait parfaitement raison, sauf sur un point : peut-on vraiment décemment parler d'impact "involontaire", comme naguère des dommages "collatéraux" dans une expression qui déshumanisait les victimes des guerres occidentales ?

En effet, le comité des sanctions des Nations unies, et les représentants des Etats membres des Nations unies, pouvaient-ils ignorer les conséquences des résolutions du Conseil de sécurité ? L'arme de guerre que constituent bel et bien les sanctions a une longue histoire, et ses conséquences sont parfaitement connues. Il importe, désormais, de cesser d'instrumentaliser les sanctions pour les intérêts de politique étrangère de certains Etats en prenant en otage les populations civiles, en Corée du Nord et partout ailleurs dans le monde.

Sources :

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