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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:59

Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre le 15 avril 2015 le 103e anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung, le bureau de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a invité à dîner, le 13 avril 2015, S.E. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de l'UNESCO, et M. Ri Ho-yong, conseiller. A cette occasion, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, s'est exprimé sur un aspect souvent méconnu en Occident, mais fondamental, de la diplomatie nord-coréenne, impulsé par le Président Kim Il-sung : le soutien aux mouvements de décolonisation et la participation active au Mouvement des non-alignés (MNA).

Les Présidents Sukarno et Kim Il-sung, en 1965

Les Présidents Sukarno et Kim Il-sung, en 1965

En Corée, la libération de l'occupation japonaise en 1945 a été synonyme de division du pays ; elle n'en a pas moins marqué l'accession à l'indépendance. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en tant qu'Etat souverain fondé en 1948, a considéré que le soutien aux peuples encore colonisés pour se libérer du joug de la domination coloniale répondait au devoir de solidarité internationaliste, le nouvel Etat ayant lui-même veillé à s'affranchir de la domination des grandes puissances pour préserver son indépendance.

La RPD de Corée s'est toujours considérée comme un représentant des pays en développement. Après la qualification du Cheollima pour la Coupe du monde de football en 1966 - où l'équipe coréenne devait l'emporter sur l'Italie et permettre, pour la première fois, à une nation asiatique d'accéder en phase finale de la compétition - le Président Kim Il-sung avait rappelé aux joueurs qu'ils portaient les espoirs non seulement de la RPD de Corée, mais qu'ils étaient aussi les représentants des pays d'Asie, d'Afrique et d'Océanie.

Le soutien aux mouvements de décolonisation a été constant. La RPD de Corée a été le premier Etat non arabe à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne, tout en apportant son soutien politique et militaire au FLN.  Elle a aussi été le premier Etat non africain à reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Quand les Sud-Vietnamiens étaient le principal allié des Américains dans la guerre du Vietnam, les pilotes nord-coréens appuyaient le Nord-Vietnam. Les Nord-Coréens ont appuyé le combat des Palestiniens et pesé dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, en Namibie et en Rhodésie. Le Président du Zimbabwe Robert Mugabe a déclaré s'inspirer des idées du Juche de la RPD de Corée, et le président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPDC Kim Yong-nam était l'invité des cérémonies du 18e anniversaire de l'indépendance de la Namibie. Dans ce contexte, les coopérations économiques et culturelles entre pays en voie de développement ("Sud-Sud") ont été prônées comme un moyen pour s'affranchir des tutelles néocoloniales. Les projets du groupe Mansudae Overseas Project en ont été une des manifestations dans le domaine architecturale, jusqu'à nos jours avec l'inauguration, en 2010, du Monument de la renaissance africaine à Dakar.

La participation au Mouvement des non-alignés (MNA) s'est inscrite dans la continuité du primat posé par la RPD de Corée à l'indépendance des pays nouvellement décolonisés, alors que l'époque a été présentée comme celle du djadjouseung, ou ère de l'indépendance des nations. Après que les ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés eurent accepté à l'unanimité la candidature de la RPD de Corée lors de la conférence de Lima en 1975, le Président Kim Il-sung, dans un entretien donné à la revue argentine Le Guide du Tiers Monde, en date du 16 décembre 1975, a déclaré que "l'impérialisme et le colonialisme sont des foyers d'agression et de guerre et constituent l'obstacle principal au développement indépendant et au progrès social des nouvelles forces montantes". Les années 1980 ont été marquées par l'organisation, à Pyongyang, de nombreuses rencontres des non-alignés, dans des domaines diverses : économie, sport, culture... Les principes d'indépendance et de souveraineté nationale, de promotion de la coopération internationale et de refus des guerres néocoloniales ont continué d'être les fondements de la diplomatie nord-coréenne jusqu'à nos jours.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 21:20

THAAD, acronyme de Terminal High Altitude Area Defense, désigne un système de missiles antibalistiques américain en service depuis 2008, consistant à détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire en phase finale d'approche  en s'écrasant contre eux (hit-to-kill). Aujourd'hui, les Etats-Unis envisagent clairement le déploiement de THAAD dans la péninsule coréenne, officiellement pour contrer la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en réalité pour s'opposer à la Chine et à la Russie. Si ce projet venait à se concrétiser il entraînerait une course aux armements dont les Coréens feraient les frais les premiers. C'est pourquoi, attachée à la paix et à la sécurité dans une zone où un traité de paix n'a jamais clos les combats de la guerre de Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne s'oppose fermement à toute perspective de déployer THAAD dans la péninsule coréenne.

Schéma d'un missile du système THAAD

Schéma d'un missile du système THAAD

Y aura-t-il bientôt des missiles THAAD en Corée du Sud ? A la veille de sa visite en Asie, Ashton Carter, secrétaire américain à la Défense, est intervenu devant un parterre républicain où il n'a pas fait mystère de ses "préoccupations" vis-à-vis de la Chine, même si officiellement son discours parlait également d'améliorer la "compréhension" mutuelle entre Washington et Pékin, en déclarant ainsi à propos de la Chine :

"L'opacité de son budget de défense, ses agissements dans le cyber-espace, et son comportement [dans les conflits territoriaux en mer de Chine] soulèvent une série de questions sérieuses. [...] Mais il y a des opportunités [pour] améliorer la compréhension [et] réduire le risque."


Mais si "risque" il y a, c'est bien celui d'une course aux armements et d'une escalade que souhaitent ardemment les faucons démocrates comme M. Ashton Carter. Ainsi que l'a souligné l'agence de presse chinoise Xinhua, "M. Carter, qui a pris ses fonctions en tant que secrétaire américain à la Défense en février, est connu pour être un fervent défenseur de la défense anti-missile" THAAD.

Le ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), cité par l'agence nord-coréenne KCNA, a souligné que, face au risque que faisait courir le déploiement des missiles américains dans la péninsule dans un contexte déjà lourd de menaces au moment de la conduite des exercices militaires américano-sud-coréens, l'Armée populaire de Corée n'avait d'autre choix que de renforcer ses capacités de défense, ce qui a ainsi pour effer d'éloigner toute perspective de règlement du contentieux nucléaire en Corée :
 

"Plus les Etats-Unis et leurs fantoches en Corée du Sud recourent fébrilement aux exercices militaires et accumulent les armements visant la République populaire démocratique de Corée, plus cette dernière consolidera ses forces d'endiguement afin de leur faire face. [...] En déployant le système (THAAD), les Etats-Unis veulent parachever leurs préparatifs pour faire une frappe préventive sur la Corée du Nord et créer des conditions favorables pour supprimer la Chine et la Russie, leurs adversaires stratégiques."


Toujours lors de sa récente conférence devant l'Institut universitaire John McCain, Ashton Carter a exprimé en termes très clairs la concentration de la puissance militaire américaine dans la région Asie-Pacifique : "contribue(r) à créer les bonnes incitations et conditions pour encourager la Chine à respecter les règles de l'ordre international." Il s'agit bien d'exercer une pression militaire sur la Chine, accusée de perturber l'ordre mondial sous domination américaine.

Face aux déclarations menaçantes d'un secrétaire américain à la Défense autant en phase avec les faucons néo-conservateurs, Alexandre Timonin, ambassadeur russe en Corée du Sud, a exprimé ouvertement ses inquiétudes dans un entretien donné à l'agence de presse sud-coréenne Yonhap :

"La volonté des Etats-Unis de déployer le système THAAD sur le sol sud-coréen pose des menaces à la sécurité non seulement de la Russie mais aussi de toute la région."


Face aux appétits guerriers de l'administration Obama, les autorités sud-coréennes temporisent en déclarant qu'aucune décision n'a été prise concernant le déploiement de missiles THAAD dans la péninsule. Mais ces propos reflètent-ils sincèrement des interrogations au sein du camp conservateur ? Ne faut-il pas plutôt y voir un double langage destiné à abuser la Chine et la Russie ? Car les députés du parti Saenuri (au pouvoir), plaident déjà, quant à eux, pour le déploiement de THAAD, en s'opposant ainsi aux démocrates qui ne veulent pas faire de la Corée une nouvelle fois le champ de bataille des rivalités entre grandes puissances.

En janvier dernier, le Président Obama se révélait partisan des choix néo-conservateurs d'une stratégie inspirée de la poliorcétique pour abattre la RPD de Corée. Les conservateurs sud-coréens, en ayant fait de la subordination aux Etats-Unis leur ligne de conduite diplomatique et militaire, se retrouvent entraînés dans les choix bellicistes de la puissance américaine à laquelle ils ont aliéné leur sécurité, quels que puissent être les intérêts propres des Sud-Coréens. 


Sources :

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 23:45

Le 14 mars 2015, l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont organisé une journée d'études et de débats dans le cadre de la quatrième conférence internationale de Paris sur la Corée. Alors que les atteintes de plus en plus graves aux droits de l'homme et aux libertés publiques en République de Corée (Corée du Sud) exigent une mobilisation internationale d'ampleur pour sauver la démocratie sud-coréenne, c'est dans une ambiance de lutte que les participants, français et coréens (dont une délégation de Coréens d'Allemagne), ont échangé sur les moyens nécessaires à la victoire dans le combat pour la paix, la réunification et les droits de l'homme dans la péninsule coréenne.

En ouverture de la conférence, Stephen Cho, directeur de l'Institut de recherches coréennes du XXIe siècle, a rappelé la gravité de la situation en Corée du Sud : après l'interdiction en décembre 2014 du Parti progressiste unifié, dont il était membre, les perquisitions au siège et aux domiciles de plusieurs membres de l'Alliance coréenne, co-organisatrice du colloque, témoignent d'un climat nouveau de répression dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee ayant dirigé la junte militaire au pouvoir à Séoul après le coup d'Etat qu'il avait fomenté en 1961 avec l'appui des troupes américaines présentes au sud de la péninsule. La récente agression de l'ambassadeur américain Mark Lippert, dans un contexte de manoeuvres américano-sud-coréennes faisant courir un risque de guerre dans la péninsule, sert ainsi de prétexte à un renforcement annoncé de l'appareil répressif policier-militaire au nom de la lutte contre le "terrorisme", utile fourre-tout pour réprimer les mouvements d'opposition.

Animateur des débats, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, a souligné le tribut versé par les militants pour la paix et la réunification en Corée - Stephen Cho ayant lui-même été emprisonné pendant sept ans de 1992 à 1999. Il a aussi rappelé le combat constant de l'AAFC pour la démocratie en Corée du Sud, et la nécessité d'organiser la solidarité en France et à l'étranger : tel est le rôle du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, constitué le 22 janvier 2015. Plus le comité s'élargira, plus il pourra peser pour la défense des droits politiques et sociaux en Corée du Sud.

L'économiste Samir Amin a resitué la question coréenne dans le contexte de l'évolution du système mondial depuis 1945 : il y a soixante ans, la conférence de Bandung, en avril 1955, a marqué l'émergence d'un monde multipolaire après la libération des peuples d'Asie et d'Afrique, en vue de compléter l'indépendance politique par l'indépendance économique. Des projets nouveaux ont été mis en place dans les différents pays non alignés : dirigés par des bourgeoisies à vocation nationale, ces projets ont été nationaux, mais pas démocratiques, dans le sens où il n'ont pas impliqué de participation active et autonome des classes populaires. Malgré ces limites, ils n'en ont pas moins permis des progrès économiques et sociaux significatifs, avant un reflux au lendemain de la conférence de Cancun, en 1981, qui a vu le retour des puissances impérialistes états-unienne et européennes. Mais les récentes insurrections populaires, comme en Egypte, ont marqué une volonté de reconquérir la souveraineté nationale, tout en amorçant des formes nouvelles de solidarité économique - au sein du groupe de Shanghaï, de l'ALBA ou du projet de banque des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Le professeur de philosophie Jean Salem a ensuite resitué ces enjeux internationaux pour la péninsule coréenne, en s'appuyant sur un article à paraître de Rémy Herrera, qui n'a pu être présent à la conférence. Si la Corée du Sud a accompli d'indéniables progrès économiques depuis 1960, les louanges sur la Corée du Sud de certains "ravis de la crèche" ignorent les failles grandissantes de la démocratie sud-coréenne. L'absence de participation populaire et les atteintes aux droits des travailleurs représentent des tares fondamentales, alors que la Corée du Sud reste un pays dominé économiquement, politiquement et militairement, la présence de près de 30 000 soldats américains se doublant du versement de 900 millions de dollars annuels par la Corée du Sud aux troupes d'occupation. Néanmoins, le puissant mouvement étudiant a créé les conditions d'un changement de perception des problèmes politiques et sociaux, qui a permis une démocratisation après 1987. Depuis l'élection controversée de la candidate conservatrice Mme Park Geun--hye en 2012, les symptômes d'une dérive autoritaire font courir un danger de mort clinique à la démocratie sud-coréenne conquise de haute lutte par les militants progressistes : interdiction du Parti progressiste unifié, représenté au Parlement, dans des conditions ignorant les standards démocratiques internationaux ; ingérence politique de l'agence nationale de renseignement (NIS) sanctionnée par la condamnation à une peine de prison ferme, en février 2015, de son ancien directeur ; atteintes au droit syndical et à la liberté d'expression. La solidarité internationale n'en apparaît ainsi que plus nécessaire.


L'avocat Roland Weyl, fondateur de l'Association internationale des juristes démocrates, a souligné la nécessité de rendre possible l'exercice par les Coréens de leur droit à la souveraineté nationale, bafoué par la division du pays en 1948. Ce combat doit s'inscrire dans le cadre du droit international public, et des principes consacrés par la Charte des Nations Unies en 1945 et trop souvent bafoués par les Nations Unies elles-mêmes. L'Etat n'est que l'instrument de l'exercice par les peuples de leur souveraineté. La réunification doit s'envisager en prenant en compte les moyens d'expression des deux parties du peuple coréen, pour qu'il recouvre son unité et sa souveraineté, alors que la guerre de Corée s'est soldée par un accord d'armistice dont l'article 4, inappliqué depuis plus de 60 ans, prévoyait la tenue d'une conférence sur la Corée dans un délai de trois mois.

Le professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de l'Université de Nice, a mis en exergue la nécessité constante de dépasser les approches caricaturales qui continuent de prévaloir sur la Corée : ignorance des conséquences de l'embargo sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; illusion tenace, entretenue par les médias, que la Corée du Sud du régime militaire aurait été un pays "en voie de démocratisation", comme s'évertuait à le faire croire un grand quotidien du soir. Au-delà des faux prétextes du nucléaire et des droits de l'homme, utilisés comme des arguments à géométrie variable par les diplomaties occidentales, la péninsule coréenne a souffert de sa position géopolitique, qui l'a placée au coeur des rivalités d'intérêts entre les grandes puissances. Mais la coréanité traduit un attachement à la souveraineté nationale et un refus de l'uniformité qui est un facteur puissant d'essor et de développement pour le peuple coréen, que l'on retrouve tant dans l'unité monolithique du Nord, vilipendée par occidentalo-centrisme, que dans les luttes sociales et politiques des militants progressistes au Sud.

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Récemment interdit d'entrée en Corée du Sud, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a mis en exergue l'orchestration de la répression par les forces gouvernementales sud-coréennes, lesquelles suivent la "partition" d'une législation répressive anti-démocratique, la loi de sécurité nationale, adoptée en 1948 au lendemain du soulèvement dans l'île de Jeju, orchestrée par un appareil répressif surdimensionné, instrumentalisé à des fins politiques par les conservateurs qui ont dominé la scène politique sud-coréenne pendant six des sept décennies de l'après-1945 : l'actuelle agence nationale de renseignement (National Intelligence Service, NIS), est l'héritière d'une agence impliquée dans les enlèvements de citoyens sud-coréens à l'étranger, la torture et les meurtres d'opposants, tout au long d'une répression politique qui a conduit à l'élimination de milliers de militants, progressistes ou libéraux, pour la seule année 1980. Son programme d'action est inspiré de ses devanciers américains, le FBI et la CIA de la Guerre froide : propagande, contre-espionnage, rumeurs et désinformations, assassinats de dirigeants. Les opposants sud-coréens à l'étranger, comme les militants étrangers pour la réunification et la démocratie sociale et politique, sont, aujourd'hui comme hier, ses cibles privilégiées. La constitution à Paris du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud a été la réponse nécessaire au danger accru que fait peser l'actuel gouvernement sud-coréen sur la démocratie et les libertés, sur le sol de la péninsule coréenne et dans le monde, et qui exige l'alliance la plus large de tous ceux qui refusent l'ingérence étrangère. 

Intervenant au nom de l'Alliance coréenne, Stephen Cho a souligné que l'interdiction soudaine du Parti progressiste unifiée ne correspondait à aucun changement de ligne politique dans la gauche sud-coréenne, constituée en parti depuis 2000 (le Parti démocratique du travail, très lié au syndicat indépendant KCTU), et qui avait toujours respecté les limites imposées à la liberté d'expression par la loi de sécurité nationale. La chute de popularité de la présidente sud-coréenne, confrontée à une colère grandissante après la gestion désastreuse du naufrage du ferry Sewol le 16 avril 2014, et les scandales dans son entourage immédiat ont requis de détourner l'attention de l'opinion publique en ciblant l'opposition radicale. La décision d'interdiction du Parti progressiste unifié n'a reposé ni sur des bases juridiques solides, ni sur des faits matériels avérés, en l'absence de preuves quant à la prétendue existence de l'organisation révolutionnaire qu'aurait constituée un des députés du parti, déchu de son mandat et condamné pour complot contre l'Etat, Lee Seok-ki. Elle a révélé l'absence d'indépendance du pouvoir judiciaire et de l'exécutif, et a été le point d'orgue d'une répression commencée à Séoul dès l'accession au pouvoir du conservateur Lee Myung-bak, avec des condamnations de journalistes, un recours accru à la loi de sécurité nationale et l'interdiction de syndicats. La grève que lancera la KCTU, et les manifestations prévues prochainement un an après le naufrage du Sewol, témoignent néanmoins de la résistance du peuple sud-coréen face à l'arbitraire.

Tout au long d'un débat très riche, des discussions ayant ponctué les interventions des conférenciers, les participants ont souligné la nécessité de faire converger les luttes sociales et politiques, en Corée, en France et dans le monde. Ils ont aussi exprimé leur intention de peser sur les institutions nationales françaises, pour que ne soit plus ignorée l'inquiétante dérive autoritaire de la Corée du Sud, au moment où le Président François Hollande a annoncé son prochain déplacement à Séoul. Les années croisées France-Corée (septembre 2015 - décembre 2016), en mettant en lumière les relations franco-coréennes, constitueront une occasion privilégiée de mettre en exergue la dérive autoritaire à Séoul, de même que l'approche des Jeux olympiques de Séoul en 1988 avait conduit les autorités sud-coréennes à lâcher du lest alors que leurs violations des droits de l'homme avaient été ainsi mises sous les feux de la rampe.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 22:35

Le samedi 14 mars 2015, de 10h à 18h30 à la Maison des Mines (270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris), l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) co-organiseront la quatrième conférence internationale sur la Corée, intitulée "La Corée au coeur des enjeux contemporains : entre universalisme et particularisme", avec la participation du Comité d’initiative contre la répression politique en Corée du Sud, le Forum mondial des alternatives et le Comité européen pour l'application de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin. L'AAFC présente le programme de cette conférence. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. 

Dans le monde entier, la crise financière s’aggrave, des forces extrémistes émergent et les contradictions sociales s’intensifient. L’année 2015 marque le soixante-dixième anniversaire de l’indépendance et de la division de la Corée. Dans le même temps, en Corée même, l’oppression gouvernementale sous couvert de sécurité publique s’accélère, avec l’interdiction d’un parti politique représenté au Parlement dans des conditions non conformes aux standards démocratiques internationaux, tandis que les tensions militaires s’exacerbent. La Corée reste ainsi confrontée à des enjeux qui lui sont propres, et dans le même temps elle doit répondre à des questions contemporaines de portée universelle, ce qui entraîne des situations complexes aux solutions difficiles. En confrontant les particularités coréennes aux problèmes de notre époque de portée universelle, nous examinerons la situation actuelle de la démocratie sud-coréenne, ainsi que les progrès possibles et nécessaires vers la paix et la réunification de la péninsule coréenne afin d’envisager des principes d’action et d’identifier les voies de résolution de ces questions.

Programme

10h – 12h Exposés et discussion

Samir Amin : Vers un renouveau de l'esprit de Bandoung

Jean Salem : Oppression politique et enjeux démocratiques

12h – 14h Pause

14h – 16h Exposés et discussion

Roland Weyl : Les deux Corée et le droit international

Robert Charvin : L’indépendance de la Corée après soixante-dix ans de division

16h – 16h30 Pause

16h30 – 18h30 Exposés et discussion

Patrick Kuentzmann : Enjeux coréens, répression mondiale : quelle solidarité internationale

Stephen Cho : La crise politico-économique et l’institutionnalisation de l’oppression par la sécurité publique

Animateur : Benoît Quennedey

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 22:31

Le 7 mars 2015, Stephen Cho, directeur de l'Institut de recherches coréennes du XXIe siècle, était le conférencier invité à l'Université de la Sorbonne dans le cadre du séminaire "Marx au XXIe siècle, l'esprit et la lettre", organisé avec le soutien du CERPHI (École normale supérieure de Lyon) et du Cercle universitaire d’études marxistes (CUEM). Devant une centaine de personnes, Stephen Cho est intervenu sur les luttes sociales et politiques contemporaines en Corée, à la lumière des analyses marxistes. L'AAFC rend compte de cette conférence-débat.

Stephen Cho, intervenant du colloque "Marx au XXIe siècle" à la Sorbonne

Conformément au principe du séminaire qui vise à une confrontation avec les textes de Marx et du marxisme dans une perspective transdisciplinaire, Stephen Cho a tout d'abord resitué les luttes sociales et politiques en République de Corée (Corée du Sud) suivant une grille de lecture marxiste. De même que le succès de la Révolution d'Octobre en Russie s'était inscrit en porte-à-faux avec les prévisions de Karl Marx selon lesquelles un succès du socialisme devait déjà être envisagé dans les pays les plus anciennement industrialisés, la Corée a connu, après la colonisation japonaise (1910-1945), des transformations sociales et politiques profondes alors qu'elle était encore marquée par des structures féodales. Mais si le Nord a connu une révolution socialiste, au Sud les collaborateurs du pouvoir japonais (puis de l'occupant américain) et leurs familles ont continué de dominer économiquement et politiquement jusqu'à aujourd'hui, malgré les mouvements sociaux qui, avec le soutien des intellectuels et des étudiants, ont mené des batailles politiques victorieuses, en 1960, en abattant le régime de Syngman Rhee, et en 1987, en obtenant le rétablissement de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct.

L'important développement économique et industriel de la Corée du Sud après 1960 s'est inscrit dans le cadre d'une domination économique par le capital étranger, et d'une déformation des structures productives, caractérisée par un essor inégal des différents secteurs économiques (agriculture, industrie légère et industrie lourde). L'injection massive de capitaux étrangers, d'abord américains et japonais, a visé à faire du pays, très en retard économiquement au sortir de la guerre de Corée (1950-1953), une vitrine du capitalisme en Asie du Nord-Est, pour faire pièce aux progrès du socialisme en Asie et dans le Nord de la péninsule coréenne.

Dominée économiquement, la Corée du Sud l'est aussi politiquement, par la présence de bases américaines jusqu'au coeur même de la capitale, et par l'approbation - , explicite ou tacite - par les autorités américaines de tous les changements politiques qu'a connus le pays. L'accession au pouvoir d'administrations démocrates (1998-2008) a cependant permis un assouplissement politique. Un parti issu de la classe ouvrière et du syndicat indépendant KCTU, le Parti démocratique du travail (PDT), devenu le Parti progressiste unifié (PPU), a ainsi été créé en 2000 et un rapprochement Nord-Sud a eu lieu, sur la base des positions communes aux propositions confédérales (du Nord) et d'appartenance à une même communauté coréenne (du Sud), aboutissant aux Déclarations du 15 juin 2000 et 4 octobre 2007.

Le combat actuel des militants politiques et syndicaux en Corée du Sud vise à la défense des droits des travailleurs, à la réunification de la Corée, à la paix, à l'arrêt des ingérences extérieures, ainsi qu'à l'établissement d'un régime pleinement démocratique, alors que la loi de sécurité nationale, instaurée en 1948, est utilisée de manière accrue pour réprimer l'opposition de gauche et, en général, toute voix discordante en Corée du Sud. Stephen Cho en est un symbole vivant, ayant été emprisonné pendant sept ans (de 1992 à 1999) avant d'être aujourd'hui pourchassé par la police politique sud-coréenne, dans un contexte où un parti ayant obtenu plus de 10 % des voix aux dernières élections législatives en 2012, le Parti progressiste unifié, a été interdit. C'est que qu'a rappelé le professeur Jean Salem, organisateur du séminaire, qui s'est rendu à plusieurs reprises en Corée du Sud dans la période récente et préside par ailleurs un Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, basé à Paris et composé de militants, de juristes et d'intellectuels originaire de plusieurs pays (France, Belgique, Italie, Liban, Sénégal...).

La conférence a été suivie d'une riche discussion, portant notamment sur les classes sociales en Corée du Sud, la domination américaine et la concurrence entre les puissances impérialistes, ainsi la structure du capital dans les entreprises sud-coréennes : à cet égard, si le capitalisme sud-coréen a d'abord consisté en la formation de conglomérats (chaebols) sur une base familiale, la diversification de leur actionnariat, à la faveur de leur entrée en bourse, en fait désormais des groupes clairement multinationaux.

Rendez-vous a été donné aux participants pour poursuivre ces échanges et organiser la solidarité avec les militants progressistes sud-coréens : après le colloque du 12 avril 2014, l'Alliance coréenne co-organisera avec l'Association d'amitié franco-coréenne un nouveau colloque international sur la Corée, le samedi 14 mars 2015 de 10h à 18h, à la Maison des Mines de Paris (270 rue Saint Jacques, Paris 5e), sur le thème "La Corée au coeur des enjeux contemporains : entre universalisme et particularisme".

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 23:42

Du 2 au 27 mars 2015 se tient à Genève la vingt-huitième session du Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies. Est inscrit à l'ordre du jour l'examen d'un rapport de Marzuki Darusman sur la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), un an après la présentation, le 17 février 2014, des conclusions de la très controversée Commission d'enquête sur les droits de l'homme en RPD de Corée. Dans la continuité de la déclaration adoptée par le bureau de l'AAFC, le 19 décembre 2014, "La défense des droits de l'homme ne doit pas servir de prétexte à une guerre destructrice en Asie", après que l'Assemblée générale de l'ONU se fut prononcée, la veille, pour une saisine de la Cour pénale internationale de crimes contre l'humanité en RPD de Corée, le bureau de l'AAFC a décidé de réagir, en adressant la lettre ouverte ci-après au Président du Conseil des droits de l'homme, l'ambassadeur d'Allemagne M. Joachim Rücker.

Palais des Nations, à Genève, où se tient la 28e session du Conseil des droits de l'homme

Palais des Nations, à Genève, où se tient la 28e session du Conseil des droits de l'homme

 

Paris, le 1er mars 2015

 

Monsieur Joachim Rücker

Président du Conseil des droits de l'homme

Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme

Genève

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Œuvrant depuis 1969 à la paix et à la réunification dans la péninsule coréenne, l'Association d'amitié franco-coréenne souhaite vous faire part de ses graves préoccupations sur les travaux de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme en République populaire démocratique (RPD) de Corée, ainsi que sur leurs conséquences, alors qu'un rapport sera présenté par le rapporteur spécial, M. Markuzi Darusman, lors de la vingt-huitième session du Conseil des droits de l'homme.

Nous voulons vous faire part de nos sérieuses interrogations quant à l'impartialité et à la conformité aux standards internationaux des travaux de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme en RPD de Corée : des auditions ont eu lieu de manière collective et non individuellement, en face à face ; les travaux ont été effectués en dehors du pays ; il n'a pas été donné suite aux propositions des autorités de la RPD de Corée d'accueillir les membres de la Commission. De même, le respect du principe du contradictoire eût dû inciter à présenter, préalablement à leur publication, les conclusions aux autorités de la RPD de Corée, en vue d'engager un dialogue respectueux tant des droits fondamentaux de la personne humaine que du respect de la souveraineté des États, fondement du droit international.

Nous déplorons également que les organisations non gouvernementales engagées dans un dialogue avec les autorités gouvernementales sur les droits de l'homme en RPD de Corée n'aient pas été suffisamment entendues, alors qu'elles auraient pu apporter leur expertise de terrain sur la situation actuelle, les évolutions en cours et les perspectives offertes par ce processus d'échanges auquel, pour notre part, nous adhérons pleinement, convaincus de la plus grande efficacité d'une politique de changements engagés en coopération avec les gouvernements, par rapport à une démarche d'admonestations.

S'agissant de la fiabilité des données recueillies, plusieurs témoins clés sont depuis un an revenus sur leur récit ou ont été pris dans leurs contradictions, notamment M. Shin Dong-hyuk et Mme Park Yeon-mi, dont la proximité avec les services de renseignement sud-coréens et/ou des militants politiques de la mouvance néoconservatrice aurait pourtant dû conduire à porter un regard critique sur l'exactitude matérielle de leurs récits en décalage avec ceux, bien moins spectaculaires, des dizaines de milliers de réfugiés nord-coréens anonymes. Au lieu de s'interroger sur les conditions de réalisation de leurs travaux, les membres de la commission d'enquête ont alors tendu à minimiser les révélations sur les conflits d'intérêts de ces témoins très médiatiques. 

Il est très regrettable que les travaux de la Commission d'enquête aient négligé le respect des droits fondamentaux des réfugiés nord-coréens en République de Corée, sans davantage s'interroger sur les raisons pour lesquelles certains ont fait le chemin inverse d'un retour au nord de la péninsule, tout comme il n'est pas fait mention des atteintes aux droits de l'homme en République de Corée, qui préoccupent pourtant de plus en plus fortement les ONG internationales de défense des droits de l'homme.

Dans ces conditions, la conclusion de déférer les dirigeants de la RPD de Corée devant la Cour pénale internationale nous semble non seulement fondée sur des bases friables, mais aussi exposer gravement le Conseil des droits de l'homme aux critiques selon lesquelles il pourrait être l'instrument des politiques de certains États. En outre, le rapport publié il y a un an a conduit, à notre grand regret, à une aggravation du contexte de tensions dans la péninsule coréenne, éloignant encore les perspectives de paix et de réunification auxquelles aspire l'ensemble du peuple coréen.

En vous sollicitant pour que les futurs travaux sur les droits de l'homme en RPD de Corée puissent faire l'objet de travaux mieux étayés, en toute impartialité et dans le respect du principe du contradictoire, et nous tenant à votre disposition pour contribuer à l'atteinte de ces objectifs, nous vous souhaitons, Monsieur le Président, plein succès dans la conduite de votre mission.

 

 

Le Bureau national de l'Association d'amitié franco-coréenne

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 21:41

Le 4 février 2015, Benoît Quennedey, auteur de "L'économie de la Corée du Nord" et de plusieurs articles sur la Corée, par ailleurs vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, est intervenu devant les étudiants en coréen de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), à l'invitation du Professeur Patrick Maurus : son intervention en cours de civilisation devant les étudiants de première année s'intitulait "Introduction à l'étude des relations diplomatiques des deux Corée" ; devant les étudiants de troisième année (cours de langue et civilisation), son exposé a porté sur les relations entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Nous présentons ci-après un résumé de la première de ses deux interventions, chacune d'entre elles ayant été suivie d'un débat et d'échanges avec les étudiants.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

Benoît Quennedey était déjà intervenu devant les étudiants de l'INALCO, le 19 mars 2014, sur l'économie de la Corée du Nord (ci-dessus), avec Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC.

S'agissant des relations diplomatiques des deux Etats coréens - la République de Corée (au Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, au Nord) - Benoît Quennedey a tout d'abord rappelé que celles-ci doivent faire l'objet d'une étude conjointe, dans la mesure où la diplomatie de chaque Etat prend fortement en compte la diplomatie de son voisin coréen, chacune des deux Corée ayant aspiré - au moins jusqu'en 1972 - à représenter l'ensemble de la péninsule coréenne.

L'étude des relations diplomatiques des deux Corée est à resituer dans son contexte : la péninsule coréenne est située à un carrefour stratégique, à l'extrémité orientale du continent eurasiatique, au coeur des nouveaux échanges économiques en Asie du Nord-Est. La Corée s'est trouvée de longue date sous l'influence de ses puissants voisins - ce dont rend compte le proverbe coréen des baleines et des crevettes, à savoir que lorsque les baleines se battent (en l'espèce, les grandes puissances : les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Russie), ce sont les crevettes (les Coréens) qui trinquent. Les ingérences étrangères ont conduit à confisquer la souveraineté nationale coréenne, puis à la division du pays. Le nationalisme coréen, très fort, a entraîné une vive critique - pas seulement par le Nord, mais aussi par les progressistes sud-coréens - de la présence jusqu'à ce jour de plus de 28 000 GIs au Sud de la Corée (alors que le Nord, marqué par la personnalité de son fondateur, le Président Kim Il-sung, et de ses héritiers, n'abrite plus de troupes étrangères). Par ailleurs, au regard du poids de ses voisins, la République de Corée continuer à se considérer comme une puissance moyenne, malgré son poids démographique (presque équivalent à celui de la France) et ses succès économiques, qui en ont fait une des quinze premières économies mondiales, membre de l'OCDE et du G20.

L'après-guerre froide a rebattu les cartes diplomatiques, accélérant des évolutions préparées en amont : elle a permis un essor des relations intercoréennes, tout particulièrement pendant la décennie de la politique sud-coréenne du "rayon de soleil" (1998-2008) des présidences démocrates de Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun ; elle a entraîné l'établissement de relations diplomatiques entre la Corée du Sud et l'URSS (1991) et la Chine (1992) d'une part, la Corée du Nord et la plupart des pays occidentaux après 2000 (à l'exception notable des Etats-Unis, du Japon et de la France) d'autre part.

L'étude des sources nécessite un examen critique : la "diplomatie secrète", qui a longtemps été la règle dans la diplomatie mondiale, n'a pas pris fin dans le cas de la Corée, et beaucoup de données présentées comme des informations traduisent en fait la volonté de chaque Etat à imposer sa propre perception de l'autre Etat, les services de renseignement sud-coréens jouant à cet égard un rôle très actif de désinformation sur la Corée du Nord. Une étude approfondie doit d'abord s'appuyer sur les sources primaires, celles-ci provenant officiellement de chacun des Etats coréens et de ses médias à capitaux publics, mais aussi des pays tiers dans la mesure où ces derniers définissent une politique coréenne - les intentions diplomatiques qu'ils prêtent à l'un ou l'autre des Etats coréens n'étant jamais indissociables d'objectifs de politique internationale qui traduisent en priorité leurs intérêts nationaux. Parmi les sources secondaires, les travaux universitaires américains et sud-coréens méritent d'être retenus, les sources en langue française étant nettement plus pauvres que celles en langue anglaise. S'agissant des sites Internet, ceux consacrés au Nord sont surreprésentés par rapport à ceux qui s'intéressent également au Sud : le site 38 North mérite tout particulièrement d'être consulté.

Sur ces bases, quelques erreurs d'analyse - qui seraient dues au poids trop fort d'une vision unilatérale des questions coréennes - doivent être évitées. Quelle que soit la prégnance du discours sur les droits de l'homme, ceux-ci n'ont de facto jamais constitué un déterminant majeur de la diplomatie des Etats. En particulier, les positions des Etats-Unis et de leurs alliés vis-à-vis de la Corée du Nord apparaissent davantage surdéterminées par un refus de l'arme nucléaire nord-coréenne et de la possibilité que la RPD de Corée dispose des capacités balistiques nécessaires pour atteindre le territoire des pays occidentaux : pour Washington, il s'agit d'éviter que tout Etat non allié des Etats-Unis puisse devenir une menace stratégique. Par ailleurs, l'influence de la Chine sur la Corée du Nord ne doit pas être surestimée, quelle que soit l'importance qu'elle accorde par ailleurs à ses intérêts économiques au Nord de la péninsule. Si Pékin refuse la présence d'armes nucléaires en RPDC, par crainte d'une escalade qui conduirait d'autres Etats de la région (à commencer par le Japon) à devenir à leur tour des Etats dotés de l'arme nucléaire, elle mise également sur la stabilité de la région et est également consciente que, malgré les très forts courants d'échanges économiques mis en place avec la Corée du Sud et les Etats-Unis, elle est perçue comme un rival stratégique des Etats-Unis. C'est pourquoi la Chine est défavorable aux exercices militaires conjoints américano-sud-coréens, comme à la construction d'une base navale dans l'île de Jeju, au Sud de la Corée, qui visent implicitement à endiguer sa montée en puissance militaire, conformément à la vision américaine du pivot asiatique (la région Asie-Pacifique étant considérée comme le nouveau centre du monde, où doivent se concentrer l'essentiel des forces américaines).

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 23:42

Dans Rescapé du camp 14, le journaliste Blaine Harden a décrit le récit de Shin Dong-hyuk qui est devenu l'un des best-sellers de la littérature mondiale sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Par ses récits à glacer le sang, Shin Dong-hyuk est ainsi devenu le plus célébre des réfugiés nord-coréens, et son témoignage a pesé dans la commission d'enquête des Nations Unies en RPDC. Mais comme pour une autre célèbre réfugiée nord-coréenne au récit époustouflant, Park Yeon-mi, le "réfugié du camp 14" a pris des libertés avec la vérité - comme il a dû le reconnaître.

Shin Dong-hyuk

Shin Dong-hyuk

Shin Dong-hyuk l'a finalement admis sur sa page Facebook : son récit de réfugié nord-coréen comporte des "imprécisions", et dans une attitude très coréenne il a présenté des excuses publiques tout en envisageant de mettre fin à ses activités de militant des droits de l'homme.

"On se dit qu'il est acceptable de ne pas révéler le moindre petit détail, et que cela ne fait rien si certaines parties ne sont pas claires. A ceux qui m'ont soutenu, qui m'ont fait confiance et qui m'ont cru pendant tout ce temps, je suis tellement reconnaissant et en même temps tellement désolé."

 

Mais de quelles "imprécisions" s'agit-il ? Il se serait enfui du camp 18 et non du camp 14, d'où il aurait été transféré ; il aurait perdu un doigt après avoir tenté de s'échapper, et non suite à une punition après avoir fait tomber une machine à coudre ; il aurait été torturé vers 20 ans et non plus à l’âge de 13 ans...

Ces changements interviennent alors que plusieurs spécialistes nord-coréens s'étaient interrogés sur la véracité de son récit, et avant qu'un site nord-coréen ne publie, dans un reportage dédié à Shin Dong-hyuk, des témoignages de sa famille et de ses proches - déclarant notamment qu'il n'aurait jamais vécu en camp et qu'il aurait commis un viol sur mineure. Il semblerait que ce soit suite à ce reportage, publié il y a déjà quelques mois, que Shin Dong-hyuk (dont ce ne serait pas le vrai nom) ait reconnu ses erreurs. La quasi-totalité des médias occidentaux n'avaient alors pas jugé d'interroger Shin Dong-hyuk, qui avait alors seulement affirmé que son père aurait parlé contre lui sous la contrainte.
 

Le journaliste Blaine Harden a estimé avoir été induit en erreur par Shin Dong-hyuk, à qui il a demandé des explications sur les différences entre le récit qu'il avait donné à des amis et celui livré dans le livre-choc publié par le journaliste américain. C'est ensuite que Shin Dong-hyuk a publié un message sur sa page Facebook, le dimanche 18 janvier 2015.

La commission d'enquête sur les droits de l'homme en Corée du Nord a été conduite dans des conditions peu conformes aux principes du droit international. Les imprécisions de taille entourant le récit de Shin Dong-hyuk ne sont qu'une des failles de ces travaux, sur la base desquels les Etats-Unis et leurs alliés veulent pourtant traduire les dirigeants nord-coréens devant la Cour pénale internationale.  

Sources :

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 20:44

Dans nos précédentes éditions, nous soulignions les lacunes qui minent la crédibilité du rapport des Nations Unies sur les droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - en particulier, un des principaux témoignages, celui de Shin Dong-hyuk, s'est révélé particulièrement douteux. Des journalistes occidentaux ont ainsi commencé à s'intéresser à la crédibilité d'autres témoins ou prétendus tels : dans un article publié le 10 décembre 2014 par The Diplomat, la journaliste australienne Mary Ann Jolley a ainsi mis en évidence les contradictions dans le témoignage d'une vedette des médias s'agissant des droits de l'homme en Corée du Nord, Park Yeon-mi, en pointant également les incohérences de son histoire avec les récits d'autres défecteurs nord-coréens davantage dignes de foi mais dont les témoignages sont beaucoup moins spectaculaires que ceux de la jeune Park Yeon-mi, et donc bien moins susceptibles de leur apporter argent, gloire et reconnaissance... Nous publions ci-après, traduit de l'anglais, l'article de Mary Ann Jolley intitulé "L'étrange histoire de Park Yeon-mi", avec ce sous-titre : "Une réfugiée nord-coréenne très en vue a des histoires poignantes à raconter. Mais sont-elles vraies ?" Le travail fait par Mary Ann Jolley est d'autant plus éclairant que la journaliste australienne a elle-même auparavant rencontré - et cru - Park Yeon-mi, en participant au tournage d'une émission sur elle, et qu'elle a toujours un point de vue très négatif sur la Corée du Nord. Les opinions qu'elles expriment dans l'article ci-dessous n'engagent qu'elle, et pas l'équipe rédactionnelle du blog de l'AAFC.

L'étrange histoire de Park Yeon-mi

Une réfugiée nord-coréenne très en vue a des histoires poignantes à raconter. Mais sont-elles vraies ?

par Mary Ann Jolley

The Diplomat

10 décembre 2014

Park Yeon-mi, au "One Young World Summit"

Park Yeon-mi, au "One Young World Summit"

Quand la jeune défecteur Nord-Coréenne de 21 ans Yeonmi Park a fait ses débuts sur la scène mondiale en octobre de cette année, avec les histoires poignantes de sa vie sous le régime oppressif de la Corée du Nord et sa fuite périlleuse vers la liberté, elle a fait pleurer les journalistes et les pointures dans le domaine de la défense des droits de l'homme qui constituaient son auditoire, certains d'entre eux étant littéralement en sanglots.

Vêtue d'une robe traditionnelle coréenne rose, ample et montant jusqu'au buste, Park se tenait devant l'auditoire du One Young World Summit à Dublin et marquait de longues pauses, en essuyant ses larmes et en portant sa main à sa bouche. Elle disait avoir subi un lavage de cerveau, avoir vu des exécutions et souffert de la famine ; elle parlait du rai de lumière dans l'obscurité quand elle regardait le film hollywoodien à grand succès Titanic, alors que son esprit s'ouvrait à un monde extérieur où l'amour était possible ; elle disait avoir vu sa mère être violée, avoir enterré son père elle-même alors qu'elle n'avait que 14 ans ; elle parlait aussi des menaces de se suicider plutôt que de laisser les soldats mongols la rapatrier en Corée du Nord. Elle disait avoir suivi les étoiles dans son chemin vers la liberté et terminait l'émission en signant cette phrase : "Quand je traversais le désert de Gobi, effrayée par la mort, je pensais que personne ne se souciait de moi, mais vous avez écouté mon histoire. Vous vous êtes soucié de moi."

Il aurait fallu être inhumain pour ne pas être touché. Mais - et vous allez entendre beaucoup de "mais" - est-ce que l'histoire de sa vie en Corée du Nord était exacte ? Plus je lis, plus je regarde et j'entends les entretiens et les interviews qu'elle a donnés, plus je me rends compte des graves incohérences qui montrent que son récit n'était pas exact. C'est au lecteur de décider, mais mon inquiétude est que si quelqu'un d'aussi en vue a déformé son récit pour répondre aux attentes sur les défecteurs nord-coréens, notre point de vue sur ce pays serait dangereusement biaisé. Nous avons besoin d'une vision exacte et réelle de la vie en Corée du Nord si nous voulons aider ceux qui vivent dans ce régime extrêmement cruel ou tentent de le fuir.

"Une défecteur célèbre"

J'ai rencontré Yeonmi Park il y a quelques mois, en passant deux semaines à filmer son histoire et celle de sa famille pour le média australien SBS. Nous avons appelé son histoire "Un défecteur célèbre".

De retour en Corée du Sud où elle vit à présent, Park est l'une des vedettes d'un programme de télévision mettant en scène des femmes nord-coréennes, et qui s'appelle "Sur mon chemin, maintenant, à votre rencontre" et qui constitue une satire cinglante de la famille Kim. Les femmes livrent des anecdotes personnelles sur leur vie en Corée du Nord et leur voyage au Sud. Nombre d'entre elles nous ont été présentées comme des SDF et ayant souffert de la famine - et c'est la raison pour laquelle elles ont fui.

Dans les archives de l'émission il y a des photos de l'enfance de Park en Corée du Nord qui lui ont valu la réputation, dans l'émission, d'être considérée comme la Paris Hilton de Corée du Nord. Elles forment un contraste saisissant avec les récits qu'elle donne à présent à une audience internationale.

Dans un épisode, début 2013, elle apparaît avec sa mère. Les photos de famille apparaissent à l'écran et Park plaisante : "C'est ma maman ici. Elle est jolie, n'est-ce pas ? Franchement, ce n'est pas moi Paris Hilton. Ma mère est la vraie Paris Hilton."

Park montre lors les tops et les pantalons à carreaux que porte sa mère, "tous importés du Japon", et ajoute que sa "mère avait même un sac Chanel en Corée du Nord", ce à quoi l'invité répond de manière incrédule "Y a-t-il des sacs Chanel en Corée du Nord ?". Park lui dit qu'il y en a et demande à une femme si elle considère la famille de Park comme "riche". La femme répond "Oui, c'est exact".

Park nous a dit dans son interview que son père était membre du Parti du travail, comme tous les hommes de sa famille, et qu'il était attendu d'elle qu'elle fasse des études de médecine et se marie avec un homme d'un rang égal ou supérieur au sien. Elle nous décrit son père comme "un homme très libre" qui critiquait le régime. Elle nous a dit que lorsque les activités quotidiennes de Kim Jong-il étaient rapportées à la télévision et que le présentateur déclarait que "grâce à lui nous vivons une vie heureuse", son père disait parfois "Oh tais-toi, éteins la télévision". Park disait que sa mère blâmait son père pour dire de telles choses devant elle et sa soeur et qu'elle a appris très tôt qu'il était dangereux de critiquer le régime et de parler à d'autres de la déloyauté de son père.

La mère de Park a déclaré que son père, un jour, aurait pointé du doigt les portraits de Kim Il-sung et Kim Jong-il accrochés au mur et dit "C'est à cause d'eux que nous luttons". Elle aurait été terrorisée à l'idée qu'il puisse s'exprimer ainsi en dehors de leur maison, en disant qu'elle connaissait peu de gens partageant les opinions de son mari. D'autres défecteurs Nord-Coréens de Hyesan, une ville au Nord du pays, à la frontière avec la Chine, d'où Park et sa famille sont originaires, m'ont aussi dit qu'après la grande famine du milieu des années 1990, il y avait un mécontentement grandissant, bien que silencieux et exprimé seulement au sein de la famille proche.

Née en 1993, Park était un bébé au plus fort de la famine. En juillet de cette année, lors d'un évènement organisé à Séoul par Liberty North Korea, une ONG qui aide les réfugiés, elle a déclaré à son auditoire qu'elle n'avait pas d'intérêt pour apprendre la vie des Kim à l'école, et a ajouté : "pour moi ce n'était pas un problème car je m'amusais tellement avec mes amis, à faire de la randonnée, à aller au bord du fleuve, à nager..."

Quand Park avait 9 ans, soit autour de l'année 2002, elle a déclaré avoir vu l'exécution de la mère de son meilleur ami dans un stade à Hyesan. Mais selon plusieurs Nord-Coréens qui n'ont pas voulu être identifiés par peur de représailles, les exécutions publiques n'avaient lieu que dans les faubourgs de la ville, principalement à l'aéroport, jamais dans le stade ou dans les rues, et il n'y en a plus eu après 2000 - la dernière dont ils se souviennent étant l'exécution collective de dix ou onze personnes en 1999.

Le compte rendu par Park des crimes de la mère change sans cesse, en fonction semble-t-il de son auditoire. Récemment en Europe elle a déclaré qu'elle avait été condamnée à mort pour avoir regardé un film de James Bond et d'autres fois, de manière moins précise, un film produit à Hollywood. Mais il y a quelques mois, à Hong Kong, elle a déclaré publiquement que la femme avait été attrapée alors qu'elle regardait des DVD sud-coréens. Journaliste au Irish Independent, Nicola Anderson, dans une récente interview vidéo avec Park, lui a demandé, perplexe, s'il s'agit d'un film sud-coréen, mais la réponse de Park a été qu'il s'agissait d'un film d'Hollywood, de James Bond.

Les analyses d'Andrei Lankov, professeur à l'Université Kookmin de Séoul, font mondialement autorité. Né en Union soviétique, il était étudiant en Corée du Nord dans un programme d'échanges au cours des années 1980, et a interrogé des centaines de défecteurs dans le cadre de ses travaux de recherche. Il a déclaré : "Je suis vraiment très sceptique sur le fait que regarder un film occidental puisse conduire à une exécution. Une arrestation est certes possible, et encore peu probable."

Il nous a déclaré que les crimes pouvant conduire à une exécution publique sont "le meurtre, le vol à grande échelle (notamment de biens publics), quelquefois l'implication dans des actions de contrebande à grande échelle, y compris le trafic de personnes".

Une femme de 59 ans de Hyesan, qui a fui en 2009, a ri quand on lui a demandé si elle avait déjà entendu parler d'une exécution de quelqu'un parce qu'il aurait regardé un film américain. Elle nous a déclaré au télephone, depuis la Corée du Sud : "Comment pouvez-vous être exécuté pour avoir regardé un film américain ? Même évoquer cette idée est ridicule. Ce n'est jamais arrivé. Je fréquente une église avec environ 350 défecteurs et si vous posez cette question à n'importe lequel d'entre eux, ils vous répondront exactement la même chose." D'autres défecteurs nous l'ont confirmé. La femme de Hyesan a continué en disant que les personnes attrapées alors qu'elles regardent des téléfilms sud-coréens ne sont pas exécutées, mais condamnées à des peines de 3 à 7 ans dans des centres de rééducation où les conditions sont terribles, ajoutant que "vous ne savez pas quand vous mourrez".

En 2003, à l'âge de 10 ans, Park nous a raconté la manière dont son monde s'est effondré après que son père eut été arrêté à Pyongyang pour des activités commerciales illicites. Selon la mère de Park il aurait commencé à faire du commerce illégal entre la Chine et la Corée du Nord en 1999, quand Kim Jong-il aurait arrêté de fournir des rations alimentaires et mis fin à la surveillance des activités commerciales. Son arrestation aurait entraîné la culpabilité par association des autres membres de sa famille et leur position sociale se serait effondrée. "Notre sort était clair. J'allais devenir agricultrice. Je ne pourrais en aucun cas aller à l'université", nous a déclaré Park.

Park dit que son père a été condamné à 17 ou 18 ans. Sa mère a dit qu'il avait été initialement condamné à une année, mais que la peine avait ensuite été alourdie à 10 ans. Il y a de grandes différences dans les durées d'emprisonnement. L'histoire de la famille devient trouble et changeante à partir de ce moment.

La mère de Park aurait été interrogée par les procureurs encore et encore pendant environ un an - parfois chez elle à Hyesan, d'autres fois ailleurs - car elle aurait été impliquée dans les trafics de son mari. Mais dans une récente interview radio pour la BBC, Park a prétendu que sa mère avait été emprisonnée pendant six mois parce qu'elle voulait revenir dans sa ville natale après l'emprisonnement de son mari et "parce qu'en Corée du Nord il n'y a pas de liberté de mouvement, pas de liberté d'expression... Se déplacer était donc illégal et c'est pourquoi elle a été en prison pendant six mois".

Quand elle nous a parlé, Park a souligné qu'elle et sa soeur, qui n'avaient que 9 et 11 ans, ont été abandonnées à leur sort après l'emprisonnement de leurs parents. Elle a déclaré : "Nous ne pouvions plus aller à l'école... nous allions seulement au bord du fleuve, prendre une douche et laver nos habits, et ensuite nous allions dans les montagnes pour trouver de l'herbe à manger." Mais dans l'interview à la BBC Park a prétendu qu'elle et sa soeur ont été vivre dans la maison de leur oncle, à la campagne, pendant trois ans. Elle nous a raconté qu'elle mangeait alors de la nourriture comme "de l'herbe et parfois des libellules... c'était tout ce que nous pouvions alors manger". Mais seulement deux jours plus tard, elle a déclaré au Irish Independent, comme à nous-mêmes, qu'elle et sa soeur avaient survécu en trouvant de la nourriture à manger et qu'elles avaient appris à cuisiner elles-mêmes. Quand le journaliste leur a demandé s'il n'y avait pas des adultes qui savaient qu'elles étaient seules, Park a répondu : "Non, les gens mouraient ici, ils s'en fichaient. J'ai vu beaucoup de corps dans la rue et personne ne pouvait s'occuper de qui que ce soit."

Mais revenons aux archives de l'émission de télévision "Sur mon chemin, maintenant, à votre rencontre" dont Park est l'une des vedettes : dans le même épisode dont nous avons déjà parlé, l'invité de l'émission demande à la mère de Park : "Quand nous entendons des histoires où des gens mangeraient de l'herbe ou lutteraient pour trouver à manger, Yeju (pseudonyme de Park) dit 'Oh, ce n'est jamais arrivé...' Qu'est-ce à dire ? Est-ce que Yeju n'a jamais vécu cela ?" La mère de Park répond : "Nous n'en étions pas là. Nous n'avons jamais été dans une situation de famine." La partie suivante de leur conversation est tout aussi éclairante. La mère de Park poursuit : "C'est pourquoi quand Yeju a commencé à travailler pour cette émission, je pense qu'elle est devenue plus consciente de la situation en Corée du Nord." L'invité répond : "Il semble que Yeju a appris une tonne de choses par ce programme." Puis la mère de Park a précisé : "Elle m'appelle avant et après les enregistrements, me demandant 'Suis-je vraiment nord-coréenne ?' Elle dit n'avoir aucune idée de ce dont parlent les autres jeunes filles dans l'émission. Elle dit que, selon elle, ce sont toutes des menteuses."

Park apparaît aussi dans un podcast sur la Corée du Nord pour une organisation libertaire à but lucratif basée à Séoul, qui s'appelle la Freedom Factory. Dans l'émission du 18 août, Casey Lartigue, le co-invité américain, demande à Park de parler des souffrances qu'elle a endurées pendant son enfance en Corée du Nord. Dans sa réponse, elle ne dit plus avoir mangé de l'herbe ni des libellules, mais déclare simplement qu'elle ne pouvait avoir que deux repas par jour et que, comparé aux autres qui vivaient dans la rue et "mangeaient n'importe quoi", ses difficultés n'étaient "rien" - "cela me fendait le coeur de les voir".

Lorsqu'elle parle de sa fuite de Corée du Nord, Park dit souvent qu'elle a traversé de nuit trois ou quatre montagnes pour atteindre la frontière et elle décrit les peines qu'elle a endurées parce que ses chaussures avaient des trous. Pourtant, Hyesan, là où vivait Park, était au bord du fleuve qui sépare la Corée et la Chine et il n'y a aucune montagne à franchir. Park nous a déclaré, ainsi qu'à une radio libertaire basée à San Francisco plus tôt cette année, que quatre jours après la fuite du pays de sa soeur aînée, sa mère, son père et elle ont franchi ensemble la frontière pour aller en Chine tous ensemble. Plus exactement, ses mots sont les suivants : "J'ai fui avec ma maman et mon père - tous les trois." Dans l'interview qu'elle nous a donnée où elle rappelle ce qu'elle a vécu alors qu'elle traversait le fleuve, elle nous a dit : "Il fallait que je survive. Je devrais vivre, vraiment. Et c'est avec cette idée que j'ai couru, tout simplement, et ma mère était derrière moi et mon père était là aussi et nous avons tous fui. Et il y avait des voitures pour nous récupérer en raison des contacts [les contacts commerciaux de son père] avec des Chinois et nous sommes allés directement en Chine."

Mais au Young One World Summit à Dublin, Park a raconté l'histoire terrifiante d'elle et de sa mère qui ont fui seules et dit qu'elle a vu sa mère être violée par un passeur chinois afin de la protéger de subir le même sort.

Il y a aussi les faits entourant l'enterrement de son père en Chine. Park nous a déclaré que, alors qu'elle n'avait que 14 ans, et tout en craignant d'être attrapée par les autorités chinoises, elle était avec le corps de son père au milieu de la nuit. "Il fallait que nous transportions son corps, tout le monde dormait et quand je l'ai enterré, il était comme minuit pour moi, j'étais assise là, il faisait froid et il n'y avait personne", nous a-t-elle expliqué en pleurant. Sa mère a apporté les détails suivants : "Nous avons payé deux hommes pour emmener son corps sur la montagne. Yeonmi est partie avec eux. Il y avait tellement de vent ce jour-là que nous avions très peur que quelqu'un puisse nous voir."

Mais Park a déclaré à d'autres journalistes que le corps de son père avait été incinéré et qu'elle a dû s'occuper des cendres elle-même. Et il y a aussi la version suivante : d'après des sources de la communauté nord-coréenne, il y a quelques années Park leur aurait dit qu'elle n'était pas en mesure d'emmener le corps de son père dans un crématorium et que des membres de sa famille (son père avait de la famille en Chine) l'ont aidée à incinérer le corps et qu'ils sont tous allés dans une montagne pour l'enterrer.

Enfin, dans un article du Daily Beast Park prétend qu'elle et sa mère ont été retenues dans un centre de détention en Mongolie qu'elle a été obligée quotidiennement d'enlever tous ses habits, pendant des mois. "J'étais une petite fille et j'avais tellement honte. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser 'Pourquoi ces personnes ont le droit de disposer de moi ainsi ? Je suis aussi un être humain, mais on ne me traite pas comme un être humain'", a-t-elle dit, en racontant ce qu'elle a vécu à l'âge de 15 ans.

Elle n'a pas mentionné ce point dans l'interview qu'elle nous a donnée, et selon des sources qui la connaissent bien, elle a passé un mois et demi dans un centre de détention en Mongolie et s'est plainte d'avoir dû travailler dans les champs et nettoyer le centre, mais elle n'a pas mentionné avoir été l'objet de déshabillages quotidiens. La professeur Shi-eun Yu, qui a travaillé comme conseillère dans un centre Hanawon pour les réfugiés nord-coréens pendant deux ans au début des années 2000, et le professeur Kim Hyun-ah qui a travaillé là-bas pendant cinq ans au milieu des années 2000, nous ont dit l'une et l'autre n'avoir jamais entendu parler de quelqu'un forcé de se déshabilller dans un centre en Mongolie. D'après Yu, "par le passé le gouvernement sud-coréen a envoyé des conseillers en Mongolie pour aider les défecteurs nord-coréens en détention. Comment dans des conditions certains auraient-ils pu être déshabillés chaque jour ? Cela leur aurait causé encore plus de souffrance psychologique. Ce n'est pas possible." Selon Kim, comparé à d'autres pays comme la Thaïlande et la Russie, la Mongolie soutient fortement les défecteurs nord-coréens et il est hautement improbable que les défecteurs puissent avoir été soumis à des déshabillages forcés pendant des mois.

Que conclure de tout cela? Les incohérences dans le récit de Park sont-elles dues à des pertes de mémoire, des problèmes de traduction ou y a-t-il quelque chose d'autre à prendre en compte ?

Yeonmi Park est soutenue par une organisation américaine libertarienne à but non lucratif, la Fondation Atlas. Elle est l'une des Jeunes Voix de la fondation et a créé récemment sa propre fondation à New York – des donations sont possibles par PayPal, mais l'utilisation exacte des fonds n'est pas claire. Ce qui est clair en revanche est que "Yeonmi voyage et parle en 2014" et "est disponible pour des conférences internationales".

On peut lire sur le site de la fondation : "Je veux que le monde connaisse mon histoire et alors ils sauront et connaîtront l'histoire de la Corée du Nord."

Mais le monde peut-il avoir confiance dans les souvenirs d'une jeune femme de 21 ans qui a quitté la Corée du Nord quand elle avait 13 ans ? Et quelles sont les conséquences si sa mémoire lui fait défaut et si l'image qu'elle donne de sa vie en Corée du Nord et de sa fuite ne sont pas exactes ?

Mary Ann Jolley est une journaliste australienne qui a travaillé pour le programme de questions internationales de l'Australian Broadcasting Corporation, en tant que correspondant étranger et pour son programme d'investigation Four Corners, et plus récemment pour que le programme de questions internationales du service spécial de diffusion Dateline. Des enquêtes complémentaires et un appui ont été apportés par Susan Cheong, un des producteurs de l'émission de SBS "Une défecteur célèbre".

Source : traduction de l'anglais (AAFC - SB) de l'article

 

L'étrange histoire de Park Yeon-mi : le salaire d'une affabulatrice
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 12:13

Après l'interdiction le 19 décembre 2014 du Parti progressiste unifié (PPU, gauche) en République de Corée (Corée du Sud), suivant une procédure et des principes contraires à toutes les normes démocratiques, la répression s'étend à présent à ses dirigeants et aux militants pro-réunification. Aujourd'hui comme hier, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est pleinement solidaire du combat pour la démocratie, les libertés et les droits des travailleurs en Corée du Sud. L'AAFC exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, ainsi que l'abandon des poursuites engagées sur la base de la loi dite de sécurité nationale, suite aux plaintes déposées par des groupes d'extrême-droite qui agissent en sous-main du gouvernement sud-coréen. L'AAFC souligne l'impérieuse nécessité que le PPU soit autorisé à se reconstituer et ses députés rétablis dans leurs mandats et droits. Enfin, l'AAFC demande aux militants des organisations sociales et politiques françaises de ne pas se taire face à la dérive autoritaire en Corée du Sud : le silence est la meilleure arme de ceux qui, consciemment ou insconsciemment, choisissent d'être complices des autorités sud-coréennes. Notre vigilance s'étend à l'Europe, et tout particulièrement à l'Angleterre, où il apparaît que les agents du Service national de renseignement sud-coréen (National Intelligence Service, NIS) violent de plus en plus ouvertement les lois nationales et internationales.

Prononcée (hasard ou coïncidence?) par la Cour constitutionnelle le jour du deuxième anniversaire de l'élection de Mme Park Geun-hye à la présidence de la République en Corée du Sud, le 19 décembre 2014, l'interdiction du Parti progressiste unifié a enhardi les forces de police et les juges sud-coréens à lancer un vaste coup de filet, préparé de longue date, contre les militants pro-réunification. Leur action se fonde encore et toujours sur les dispositions de la loi sud-coréenne dite de sécurité nationale qui, en violation ouverte des principes démocratiques de base, sert depuis plus de soixante ans à réprimer les forces d'opposition en Corée du Sud, au nom d'une collusion, réelle ou fastasmée, avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Manifestation à Séoul du Parti progressiste unifié et d'autres organisations progressistes contre la Présidente Park Geun-hye, élue il y a deux ans, le 19 décembre 2014  (source : "Hankyoreh")

Manifestation à Séoul du Parti progressiste unifié et d'autres organisations progressistes contre la Présidente Park Geun-hye, élue il y a deux ans, le 19 décembre 2014 (source : "Hankyoreh")

Après avoir qualifié fallacieusement le PPU de groupe "pro-Nord", dont l'existence serait contraire à la loi de sécurité nationale, l'appareil militaro-policier sud-coréen cherche à présent à frapper les organisations et militants pro-réunification comme "aidant l'ennemi", dans l'instruction des plaintes déposées en ce sens par des groupes d'extrême-droite qui servent souvent de faux-nez au gouvernement sud-coréen et à ses agents du NIS. Après l'interdiction du PPU, une plainte a été déposée à l'encontre de Mme Lee Jung-hee, présidente du PPU, et des cinq députés du PPU déchus de leurs mandats suite à la décision de la Cour constitutionnelle, en vue de les condamner comme "aidant l'ennemi" : non seulement la déchéance d'élus de la nation est une violation manifeste des règles de base de la démocratie parlementaire, en particulier de l'inviolabilité du mandat de législateur, mais cette attaque ciblée s'inscrit dans le cadre d'une persécution des minorités, condamnée par les tribunaux pénaux internationaux. 

Le 22 décembre 2014, une descente de police a eu lieu dans les locaux de l'Alliance coréenne, les domiciles de neuf de ses membres et chez un pasteur qui milite pour la paix, au motif qu'il aurait rencontré des Nord-Coréens lors d'un colloque qui s'était tenu en novembre 2013 à Potsdam. Bien sûr, la loi de sécurité nationale, qui interdit aux Sud-Coréens tout contact avec des Nord-Coréens, ne s'applique pas en dehors de la péninsule coréenne, mais les autorités sud-coréennes ont pris l'habitude de tenter de faire prévaloir une interprétation de cette loi contraire au principe de territorialité, pourtant l'un des fondements du droit international.

La police a avoué que l'enquête sur l'Alliance coréenne avait commencé dès le milieu de l'année 2012. Elle reconnaît ainsi que les coups de filet n'ont rien de spontané mais obéissent à un scénario ourdi de longue date, avant que l'interdiction du PPU ne serve de déclencheur face à l'apathie de la majorité des citoyens sud-coréens, mais aussi d'une fraction des démocrates prêts à collaborer avec les autorités conservatrices en acceptant l'interdiction du PPU. Cette situation est extrêmement inquiétante quant à l'avenir de la démocratie sud-coréenne, conquise de haute lutte après la mort de milliers de Sud-Coréens dans les années 1970 et 1980 : le manque de courage - ou la simple résignation - du plus grand nombre, ainsi que les jeux troubles de certains opposants pour accéder au pouvoir en s'engageant sur la voie de la collaboration, ont été, de tout temps et sur tous les continents, les adjuvants indispensables à la mise en place des dictatures.

C'est suivant la même logique que les agents du  Service national de renseignement sud-coréen sont de plus en plus fréquemment impliqués dans des actions illégales visant, cette fois, des non-Coréens qui militent pour la réunification de la péninsule, ou des Coréens à l'étranger. En France, l'Association d'amitié franco-coréenne est une cible pour le NIS, en raison de la solidarité de l'AAFC avec les Sud-Coréens en lutte pour la démocratie et la paix. Au Royaume-Uni, le NIS aurait agi de sorte que le représentant local de la Korea Friendship Association (KFA) doive quitter son emploi après des attaques ad hominem dans la presse britannique. De tels agissements du gouvernement sud-coréen et du NIS, ainsi que l'utilisation de réfugiés nord-coréens par le NIS, ont lieu dans d'autres pays d'Europe. Malgré les grandes divergences entre l'AAFC et la KFA, l'Association d'amitié franco-coréenne condamne avec la plus extrême fermeté les actions menées en violation du droit britannique et des lois internationales.


Sources :

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