Une fois n'est pas coutume, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) propose un divertissement familial pour les fêtes de fin d'année : Les aventuriers du système solaire est un film sud-coréen (dont la plus grande partie relève du film d'animation) écrit et réalisé par Park Seung-cheol, sorti en 1985. Il divertira grands et petits - mais sans doute pas pour les mêmes raisons. Attention : ce film s'adresse à un public averti.
"Chef d'oeuvre incompris", "du génie à l'état pur"... le sarcasme le dispute à la jubilation parmi les commentateurs de Youtube. Il est vrai que Les aventuriers du système solaire relève d'un genre daté dont les effets ont mal vieilli - ce film de propagande anticommuniste avait eu les honneurs de la quatrième édition de La Nuit Nanarland au Grand Rex, en 2019, faisant beaucoup rire les 2000 spectateurs. Ce n'est certes pas la seule production de ce type alors produite par le régime militaire sud-coréen des années 1980, mais toutefois l'une des rares à avoir été (mal) doublée en français - ce qui n'est pas l'un des moindres ressorts comiques (involontaires) de ce long métrage, qui brille aussi par ses fines réparties comme cet axiome selon lequel on ne peut pas avoir confiance dans les communistes car "ils mentent tout le temps et sont tous cruels" (c'est la maîtresse d'école du petit garçon qui le lui a dit). Le film a été distribué à l'international par le Hong-Kongais Joseph Lai.
Le synopsis est simple, évoquant en ces temps éprouvés de peur extraterrestre une improbable alliance entre les Nord-Coréens et des envahisseurs hostiles (quoiqu'un peu bêtes) venus d'une autre planète, qui apportent aux méchants communistes des armes surpuissantes devant leur procurer la victoire. Mais de gentils extraterrestres préviennent les Sud-Coréens du danger qui les menace. Les vilains extraterrestres apprendront aussi, à leurs dépens, qu'il ne fallait pas avoir confiance dans les fourbes communistes. Le film s'achève par la victoire finale du camp du Bien qui bénéficie de sa supériorité morale et technologique.
Les films d'animation japonais des années 1970 et 1980 ne brillaient pas forcément plus par la subtilité du scénario, basé sur une dichotomie simpliste entre les bons et les méchants, avec force robots et monstres venus de l'espace intersidéral - et d'ailleurs les spectateurs amateurs du genre trouveront des réminiscences des film d'animation de l'époque dans Les aventuriers du système solaire (à 10'10'', la même musique est utilisée dans Les Chevaliers du Zodiaque !) - mais le dessin animé pour enfants n'avait pas de visée politique, ou du moins pas explicitement de visée politique (car d'aucuns nous rétorqueront, non sans de bonnes raisons, que tout est politique). Sans doute Les aventuriers du système solaire avait-il alors un public d'amateurs (enfants, et peut-être adultes ?), en Corée du Sud et à l'international. Aujourd'hui, l'écart culturel est tel que film prête facilement à l'hilarité du public. Mais, au-delà du rire, c'est aussi tout le reflet d'une époque que donne à voir ce film d'animation sud-coréen. La propagande n'a certes aujourd'hui pas disparu, mais ses voies sont moins pénétrables.
Dans le n° 676 (novembre 2022) de Planète Paix, mensuel du Mouvement de la paix, Kim Junghee, Coréenne et par ailleurs membre du bureau de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), signe un article "La Corée est une et indivisible !" où elle plaide pour la paix dans la péninsule coréenne, dans la continuité de ses engagements avec l'AAFC. Comme l'observe le comité de rédaction de Planète Paix, "Kim Junghee, Coréenne, réclame la paix sur la péninsule coréenne alors que les Coréens sont divisés depuis plus de 76 ans. Il nous faut nous réconcilier, surmonter la guerre idéologique et éviter de devenir des victimes des compétitions ou des guerres des pays des grandes puissances, le Nord-Est de l’Asie ne devant pas être un de leurs terrains de jeux". Nous reproduisons ci-après l'article de Kim Junghee in extenso.
Kim Junghee
Nous, Coréens occupons de manière continue la péninsule coréenne depuis 5 millénaires. Mais le Japon militaro-impérialiste nous a colonisés pendant 35 ans de 1910 à 1945, le nombre de Japonais présents culminant à 700 000. En 1945, malgré la défaite japonaise nous avons été divisés par les grandes puissances vainqueurs.
La Corée : un trophée de guerre pour les États-Unis et l’URSS
La Corée a été divisée : les Américains au sud du 38e parallèle et les Soviétiques au nord, en méconnaissance de l’avis des Coréens, pourtant les principaux intéressés. Les Coréens ont été interdits de franchir le 38e parallèle – beaucoup ne pouvant plus rentrer chez eux. Puis nous avons subi une guerre fratricide, qui s’est internationalisée avec l’intervention de troupes étrangères, y compris françaises aux côtés du Sud et des Américains.
Cette guerre effroyable de trois années a causé des destructions énormes dans toute la Corée et scellé la division. L’armistice de la guerre de la Corée a été signé d’un côté par la Corée du Nord et la Chine, de l’autre par les troupes de l’ONU sous commandement américain. Le gouvernement sud-coréen a alors refusé de signer l’armistice, en voulant envahir la Corée du Nord pour récupérer la péninsule tout entière.
28 000 militaires américains en Corée du Sud
Ensuite la Corée du Sud a passé un pacte de défense mutuelle avec les Américains, permettant l’installation de bases militaires et d’équipements américains sur son sol – quand pour sa part la Corée du Nord s’est affranchie des troupes étrangères. Les États-Unis ont commencé à installer des armes nucléaires à partir de 1958 : 900 têtes étaient installées avant le retrait de 1991, ayant dissimulé la nucléarisation de la Corée à l’opinion publique pendant des décennies.
La plus grande base militaire des États-Unis en dehors du sol américain se trouve en Corée du Sud, d’une superficie de 1432 ha au camp Humphrey à P’yŏngt’aek - et il y a encore une soixantaine de bases plus petites. 28 000 militaires américains sont en Corée, leurs déplacements depuis les États-Unis comme les acheminements d’armes étant tenus secrets. Les Américains ont dû reconnaître la présence d’armes chimiques et bactériologiques après un scandale lié l’anthrax. Des crimes ont été commis par les troupes américaines, comme le viol de femmes ou le meurtre de jeunes gens écrasés par les véhicules militaires. Le dernier mot sur la sécurité nationale de la Corée du Sud appartient aux États-Unis.
La clé de la réunification
En 2018 le monde a eu les yeux rivés sur les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord. Finalement les négociations entre Donald Trump et Kim Jong-un ont échoué après le sommet de février 2019 à Hanoï. La clé de la réunification de la péninsule coréenne est dans la main des États-Unis car les intérêts américains sur le sol sud-coréen sont considérables. Ils y disposent d’infrastructures de guerre, comme les aéroports militaires, des ports accueillant les armadas américaines près de la Chine, les sites de missiles antibalistiques et de nombreux terrains d’entraînement. La docilité des Sud-Coréens est sans équivalent pour les Américains ailleurs dans le monde.
La réalité géopolitique est que la Corée du Nord est encerclée par quatre des plus grandes puissances mondiales : les États-Unis, le Japon, la Russie et la Chine. Le drame des 735 000 Coréens séparés par la division se termine par la mort de la plupart d’entre eux, sans avoir jamais pu revoir les membres de leur famille.
La famille est une source de vie et d’amour, et pour cette seule raison nous devons mobiliser les opinions publiques et agir pour favoriser la réunification de la Corée. En ce sens nous souhaitons que la France normalise ses relations avec la Corée du Nord pour construire un dialogue. L’humanisme doit primer sur les logiques militaires.
Le 2 novembre 2022 la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à un nombre record de tir de 23 missiles en une journée. Elle réagissait ainsi à l'engagement tout aussi exceptionnel de 240 avions de guerre dans le cadre des exercices militaires "Tempête vigilante" menés conjointement entre les Etats-Unis et la République de Corée (Corée du Sud) depuis le 31 octobre.
Opération "Tempête vigilante"
Même si Washington et Séoul prétendent - comme toujours - que leurs manoeuvres militaires conjointes ont un caractère purement défensif, le nom choisi n'est probablement pas des plus heureux : depuis le 31 octobre et jusqu'au 4 novembre l'opération "Tempête vigilante" évoque celle "Tempête du désert" conduite contre l'Irak en janvier-février 1991.
Alors que le deuil national décrété après la terrible bousculade à Itaewon n'a pas conduit à suspendre ces exercices militaires, leur ampleur est inhabituelle : 1 600 vols doivent être effectués en cinq jours par 240 avions américains et sud-coréens.
Sans surprise, la Corée du Nord a dénoncé une nouvelle fois ces manoeuvres comme une provocation et la préparation d'une invasion de son territoire, arguant de son droit à la légitime défense. En conséquence, 23 missiles ont été tirés par Pyongyang au cours de la seule journée du 2 novembre. Un des missiles ayant atterri de manière inhabituelle (même s'il y a des précédents) à proximité des eaux territoriales sud-coréennes - alors que le tracé de la frontière maritime est un sujet de contentieux, non résolu depuis l'armistice de 1953, entre les deux Etats coréens - le président sud-coréen Yoon Seok-youl a dénoncé une "invasion territoriale de fait". La Corée du Sud a répliqué en tirant trois missiles air-sol.
Si cette escalade n'a heureusement fait aucune victime, la péninsule coréenne semble prise dans un engrenage : d'un côté, Washington et Séoul ne cessent de multiplier les manoeuvres militaires ; de l'autre, Pyongyang réagit par des tirs de missiles de plus en plus nombreux et de plus en plus sophistiqués. Alors que des spécialistes américains s'interrogent sur l'intérêt de changer d'approche sur la question nucléaire nord-coréenne, en renonçant à la position d'une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible, le retour à la table des négociations ne passe pas par des initiatives de plus en plus hardies de part et d'autre - qui comportent toujours le risque de dégénérer, même s'il est improbable que l'une ou l'autre des deux parties souhaite à ce stade déclencher un conflit. Un gel des programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord, en contrepartie d'une levée partielle des sanctions, serait de nature à enclencher un dialogue, sur la voie d'un traité de paix dans la péninsule coréenne.
Pyongyang a tiré une dizaine de missiles, mercredi, avant que Séoul ne réplique. Cette montée de la tension constitue une réponse nord-coréenne aux manœuvres militaires conjointes entre les ...
Air raid sirens have sounded on a South Korean island and residents evacuated to underground shelters after North Korea fired more than 20 missiles, at least one of them in its direction and landing
The joint drills were condemned by North Korea as a "rehearsal for invasion and proof of hostile policies by Washington and Seoul." The US and South Korean militaries launched the largest ever ...
Il y a 15 ans, le 4 octobre 2007, la deuxième rencontre Nord-Sud au plus haut niveau conduisait à l'adoption d'une Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité. Pourtant, aujourd'hui, les rapports intercoréens ont été pratiquement réduits à néant. Pis, une nouvelle phase d'escalade militaire est en cours - marquée par le survol du Japon par un missile nord-coréen le 4 octobre 2022, ce qui était une première depuis 2017. Dans ce contexte lourd de menaces de guerre, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme plus que jamais son engagement pour la paix en Corée et dans le monde.
Déclaration intercoréenne du 4 octobre 2007
Dans la matinée du 4 octobre 2022, un missile nord-coréen - identifié par l'armée sud-coréenne comme étant un missile balistique de portée intermédiaire - a survolé le Japon. Il s'agissait d'une réponse à des exercices militaires anti-sous-marins menés le 30 septembre 2022 par les Etats-Unis, la République de Corée (Corée du Sud) et le Japon - les premiers depuis 2017.
Dans un contexte diplomatique profondément dégradé, des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes de grande ampleur avaient été menées fin septembre. Ces exercices militaires avaient conduit la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à réagir en lançant six missiles balistiques de courte portée en mer de l'Est (mer du Japon), entre le 25 et le 29 septembre.
Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, a dénoncé ce qui est "clairement une escalade".
L'escalade militaire n'est malheureusement pas la première autour de la péninsule coréenne - l'été et l'automne 2017 ayant marqué un précédent point paroxysmique dans la montée des tensions. Mais il n'y a pas de fatalité à la crise : c'est ce qu'avait affirmé l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) lors d'une marche pour la paix organisée le 24 septembre à Paris, lors de laquelle Yves-Jean Gallas, du Mouvement de la paix, avait pris la parole, aux côtés de représentants de l'AAFC et des organisateurs coréens. Tous avaient alors réaffirmé leur refus des exercices de guerre américano - sud-coréens - point de départ de l'actuelle montée des tensions - et appelé à renouer le dialogue pour résoudre les conflits latents.
Manifestants pour la paix, place du Trocadéro à Paris, le 24 septembre 2022
Alors que la paix en Corée constitue l'une des plus brûlantes questions de l'actualité dans la péninsule, l'AAFC s'est engagée plus largement pour la paix dans le monde en rejoignant le Collectif national des marches pour la paix, coordonné par le Mouvement de la paix, et les manifestations organisées partout en France le 21 septembre à l'occasion de la Journée de la paix.
C'est la première fois depuis 2017 que Pyongyang réalise un tel tir. Tokyo a demandé à la population de la région de Tohoku, dans le nord du pays, de se mettre à l'abri et des lignes de train...
Alors que les sanctions internationales de plus en plus lourdes prises contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à partir de 2006 ont pu être adoptées grâce au ralliement de la Russie et de la Chine aux propositions des Etats-Unis et de leurs alliés au Conseil de sécurité des Nations unies, le nouveau contexte international, marqué par les tensions croissantes entre les Etats-Unis, d'une part, la Russie et la Chine, d'autre part, offre une opportunité pour Pyongyang de renforcer ses échanges avec Moscou et Pékin - alors que la RPDC a annoncé réouvrir ses frontières après avoir déclaré terminée l'épidémie de "fièvre" (interprétée comme une épidémie de Covid-19) - et fermé ses frontières avec la Chine il y a plus de deux ans et demi, en début d'année 2020.
Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.
Si le renforcement des relations bilatérales de la RPDC avec la Russie et la Chine s'était traduit, en 2019, par des rencontres au sommet entre leurs dirigeants (du Président Kim Jong-un à Vladivostok en avril 2019, et du Président Xi Jinping en RPD de Corée les 20 et 21 juin 2019), la fermeture des frontières dans le contexte international de la lutte de pandémie de Covid-19 avait mis fin à ces échanges au plus haut niveau quelques mois plus tard. Durement touchée par les sanctions internationales, l'économie nord-coréenne avait nettement reculé, selon les estimations occidentales - en l'absence de statistiques officielles publiées par la RPDC.
Le nouveau contexte international offre à Pyongyang une opportunité de renforcer ses échanges avec ses deux principaux voisins - et tout d'abord au plan diplomatique. Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, la RPDC a dénoncé la responsabilité selon elle des Etats-Unis et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) - dénonçant par ailleurs les perspectives de création d'un OTAN asiatique qui se constituerait autour des alliances militaires privilégiées de Washington avec Tokyo et Séoul. De fait, l'agence de renseignement sud-coréenne a été la première, en Asie, à rejoindre cette année le groupe de défense cyber de l'OTAN.
La possibilité d'un axe Moscou-Pékin-Pyongyang apparaît dans les analyses partagées de ces trois puissances contre l'hégémonie américaine, nonobstant la position de la Chine qui, sur la guerre en Ukraine, modère son ton pour préserver ses relations économiques avec les puissances occidentales.
Entre la Russie et la RPD de Corée, le fait le plus notable est la reconnaissance par Pyongyang des républiques de Donetsk et de Lougansk le 13 juillet 2022. La RPD de Corée est également apparue prête à participer à la reconstruction économique de ces zones en guerre, par l'envoi de travailleurs - ce qui s'inscrirait dans le prolongement d'une pratique ancienne, naguère de la Corée du Sud, et de la Corée du Nord jusqu'aux récentes sanctions internationales l'interdisant à Pyongyang. De fait, les sanctions ne seraient alors plus appliquées par la Russie - du moins, sur ce point.
A l'occasion de l'anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945, les courriers échangés au niveau des chefs d'Etat traduisent la volonté de renforcer les relations bilatérales. Vladimir Poutine a rappelé les combats menés "entre l'Armée rouge et les patriotes de Corée" pour la libération de la péninsule de l'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, et exprimé son souhait de renforcer "la sécurité et le stabilité de la Corée". Kim Jong-un lui a répondu en observant qu'un "front commun" permettait de contrer "les menaces et les provocations des forces hostiles".
Alors que Pyongyang a critiqué la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, et rappelé sa position de principe sur une seule Chine (à l'instar de Moscou), les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes d'août 2022 (les plus importantes depuis 2018, bien que d'une ampleur non rendue publique) ont été dénoncées non seulement par la RPD de Corée, mais aussi par la Chine - et par l'ambassadeur russe à Pyongyang. Alors que les experts occidentaux s'attendent à un nouvel essai nucléaire nord-coréen, il semble improbable que Pékin et Moscou accepteraient alors de renforcer les sanctions contre la RPD de Corée, voire même de se joindre à une condamnation verbale. Le 26 mai 2022, la Chine et la Russie avaient opposé leur veto à une proposition de résolution, d'origine occidentale, appelant à renforcer les sanctions contre la RPD de Corée après le lancement par cette dernière de plusieurs missiles balistiques. La Chine et la Russie appellent à présent au dialogue avec Pyongyang et à commencer à lever les sanctions. Si les Occidentaux venaient à prendre de nouvelles sanctions contre la RPDC, celles-ci n'auraient qu'une portée somme toute réduite - vu la quasi-absence de relations et d'échanges avec la Corée du Nord.
La situation géopolitique actuelle a déjà fait une victime : les relations intercoréennes, qui s'étaient réchauffées pendant la présidence du démocrate Moon Jae-in en République de Corée (Corée du Sud), sont au plus bas. Le nouveau président conservateur Yoon Suk-yeol, qui avait déjà qualifié la RPD de Corée d' "ennemi principal" de la Corée du Sud pendant la campagne électorale en mars 2022, a profité de l'anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 2022, pour formuler une proposition consistant à apporter une aide économique au Nord en contrepartie de sa dénucléarisation. Les observateurs étaient sceptiques sur la réponse de Pyongyang à ce qui apparaissait surtout comme une opération de communication à peu de frais pour apparaître vouloir un dialogue : en effet, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait formulé une proposition très proche en 2008, qui avait été rejetée par le Nord. Sans surprise, la RPD de Corée avait répondu quelques jours plus tard que sa sécurité internationale n'était pas négociable - et pas à vendre.
Alors que la France et l'Union européenne se démarquent des Etats-Unis sur la montée des tensions avec la Chine (notamment, s'agissant de la France, lors de la conclusion de l'alliance militaire AUKUS entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, en septembre 2021), il apparaîtrait utile de promouvoir le dialogue et de prévenir les risques d'escalade et de tensions à la frontière est de la Russie, dans et autour de la péninsule coréenne. Dans le site d'analyse de référence sur la Corée du Nord 38 North, Jagannath Panda ne dit pas autre chose, en soulignant qu' "il est impératif d'empêcher une confrontation de type russe en Asie du Nord-est". Nous faisons nôtres ces propos raisonnables et de bon sens.
Sources :
Jagannath Panda, "Will Pyongyang's NATO tirades pay dividends", 38 North, 19 août 2022
L'embellie des relations avec la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février, mais aussi la possible relance du commerce avec la Chine offrent des marges de manœuvre à la Cor...
En fait, le test d'arme a été effectué sur le "pont Kumsong" dans la région d'Anju, a-t-elle dit. "Je suis curieuse de savoir pourquoi eux qui parlent toujours de poursuite, surveillance et ét...
Des carreaux de pavage produits dans l'usine de recyclage de Hamhung (capture d'écran KCTV, 3 avril 2021)
En juin 2022 s'est tenue pendant une semaine une réunion des Etats parties aux conventions de Bâle, Rotterdam et Stockholm (BRS), en vue notamment de lutter contre la pollution par les déchets plastiques et chimiques. Compte tenu des limitations des déplacements de leurs ressortissants dans le contexte de la pandémie, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) était représentée par son ambassade à Genève. Cette participation témoigne d'un intérêt nouveau pour les questions de pollution liées aux déchets dans le nord de la péninsule.
Pendant longtemps, les questions de pollution ont constitué une préoccupation mineure en Corée du Nord. De fait, le pays n'était pas vraiment entré dans l'ère de la société de consommation et les déchets plastiques, relativement peu nombreux, faisaient l'objet d'un taux de gaspillage élevé. Mais l'accent porté sur les industries de bien de consommation, tout particulièrement après l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011, s'est traduit par un accroissement des déchets plastiques, les Nord-Coréens découvrant - à l'instar des Occidentaux pendant les Trente Glorieuses les qualités du plastique, matériau abondant et peu coûteux. Mais la pollution plastique, inédite, s'est traduite par des rejets significatifs dans les mers bordant la péninsule coréenne. Parallèlement, il était procédé à d'importantes importations de produits plastiques de Chine : les importations de plastiques ont atteint 338 millions de dollars en 2019.
La pandémie liée au Covid-19 s'est ensuite traduite par une réduction drastique des échanges avec la Chine, dès le début de l'année 2020. Comme en a rendu compte le site spécialisé 38 North dans un article approfondi de Martyn Williams du 15 juin 2021, la nouvelle donne économique a conduit les autorités nord-coréennes à mener des campagnes en faveur du recyclage - du recyclage des déchets en général, la part des plastiques y étant significative. Des émissions de télévision soulignant que "les déchets sont un trésor" ont encouragé les habitants à changer leurs habitudes en procédant à un recyclage systématique des déchets. Des usines de recyclage ont été créées et agrandies, notamment à Hamhung. Soixante-dix centres d'approvisionnement en produits recyclés ont été mis en place dans l'ensemble du pays.
Si le recyclage des déchets a répondu à des impératifs économiques (faire face à des pénuries de biens qui étaient importés tout en développant des industries de substitution aux importations) dans un contexte marqué par les sanction internationales, il a aussi conduit à un changement drastique des pratiques de consommation. Etabli en Corée du Sud, et visiteur régulier de la Corée du Nord avant la fermeture de ses frontières pour faire face au Covid, le Docteur Bernhard J. Seliger a fait part, dans un article au Korea Times, que les deux Etats coréens avaient un intérêt commun à lutter contre la pollution plastique, qui affecte de manière globale la péninsule et les eaux environnantes. Dans ce domaine, le Sud dispose d'une expertise scientifique reconnue. Nous ne pouvons que souscrire à ce constat de bon sens : face à l'urgence climatique que révèle (entre autres) la pollution plastique, la solidarité ne doit pas avoir de frontières.
Le Président Kim Il-Sung et le directeur de la KCIA Lee Hurak, le 3 novembre 1972
Le 4 juillet 1972, il y a cinquante ans, la signature du communiqué conjoint Nord-Sud marquait une étape fondamentale pour le dialogue intercoréen. En effet, si ces premiers échanges Nord-Sud allaient finalement s'interrompre dès 1973 dans un contexte de durcissement politique au Sud (et malgré plusieurs rencontres de haut niveau, notamment le 3 novembre 1972 lorsque le Président Kim Il-sung accueillit Lee Hurak, directeur de la KCIA et à ce titre chargé des négociations pour la partie sud-coréenne), la déclaration du 4 juillet a posé trois principes fondamentaux sur le chemin de la réunification de la Corée :
- l'indépendance, c'est-à-dire le refus de toute ingérence étrangère (y compris des organisations internationales) dans le processus de réunification, lequel doit être réalisé par les Coréens eux-mêmes ;
- la paix, en excluant tout recours à la force, moins de vingt ans après la fin des combats de la guerre de Corée ayant causé des millions de morts ;
- la grande union nationale, à savoir la volonté de dépasser les différences "d'idéologie, d'idéal et de régime" pour parvenir à la réunification.
Pour comprendre la portée du communiqué conjoint du 4 juillet 1972 (accessible en intégralité sur notre site), nous reproduisons ci-après traduit de l'anglais l'extrait d'un télégramme diplomatique bulgare du 16 août 1972, reproduit sur le site du Centre Woodrow Wilson [extrait : p. 181 du document], sur les réactions internationales au communiqué du 4 juillet 1972.
Les changements qui sont intervenus dans les relations entre le Nord et le Sud ont aussi suscité des réactions dans l'opinion publique mondiale.
La presse des Etats frères socialiste a reflété l'accord et les conférences de presse qu'ont organisées Pak Seongcheol and Lee Hurak à Pyongyang et à Seoul dans des annonces de grande ampleur, sans prendre de position propre sur l'accord.
Les dirigeants roumains ont adressé un télégramme à Kim Il Sung et Choe Yonggeon, dans lequel ils expriment leur plein soutien à l'accord. George Marshe a également adressé un télégramme à Kim Il Sung.
La réaction de la Chine a été la plus forte là où la presse, conjointement et avec des informations détaillées, a publié de nombreux documents spécifiques — des articles et des commentaires soutenant l'accord. Le communiqué conjoint a été accueilli avec une certaine réserve et retenue par les représentants des ambassades de la RDA et de la République démocratique du Vietnam. Les camarades allemands et vietnamiens y voient des éléments contraires aux principes des politiques qu'ils soutiennent en ce qui concerne leurs relations avec la RFA et le Sud Vietnam.
La réaction des pays capitalistes est également variée.
Les gouvernements des Etats-Unis, d'Angleterre et d'autres pays occidentaux ont bien accueilli l'accord et réaffirmé leur soutien au gouvernement sud-coréen.
Le gouvernement japonais a réagi d'une manière plus réservée.
Le 15 juin 2000, à l'issue d'une visite de trois jours à Pyongyang, capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Kim Dae-jung, président de la République de Corée (du Sud), signa avec Kim Jong-il, président du Comité de la Défense nationale de la RPDC une déclaration commune, la première signée au plus haut niveau des deux Etats coréens. La Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin fut l'aboutissement d'un long processus historique, jalonné d'épisodes tragiques, et ouvrit une nouvelle ère dans les relations inter-coréennes, avec des périodes de stagnation et d'accélération, mais maintenant vivant l'espoir d'une réunification possible de la Corée divisée et de la réparation de l'injustice faite au peuple coréen après la Seconde Guerre mondiale.
Signature de la Déclaration commune Nord-Sud le 15 juin 2000
Bien avant 1945 et la défaite du Japon, qui avait annexé la Corée en 1910, le peuple coréen avait l'espoir de retrouver sa liberté et son indépendance, par la résistance qu'il opposait à l'occupant japonais mais aussi par les garanties que pouvaient offrir les puissances alliées.
Ainsi, en novembre 1943, la conférence du Caire réunit le président américain Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill, et le généralissime Tchang Kaï-chek, chef du gouvernement de la République de Chine, pour discuter de la lutte contre l'Empire du Japon et du nouvel ordre des puissances en Asie, après la guerre (le dirigeant de l'URSS Joseph Staline ne participait pas à la conférence, le pacte de neutralité soviéto-japonais de 1941 étant encore en vigueur).
La participants de la conférence du Caire décidèrent que la « la Corée deviendra libre et indépendante le moment venu ».
Malgré ces promesses, dès sa libération, le 15 août 1945 après 35 années d'une occupation féroce, la Corée fut divisée en deux zones pour désarmer les troupes japonaises. Les Etats-Unis, avec l'accord de l'URSS, choisirent le 38e parallèle. Il convient de noter que les troupes américaines ne débarquèrent que le 8 septembre suivant sur la péninsule coréenne, pour instaurer, dans la partie sud, un « gouvernement militaire de l'armée des Etats-Unis en Corée » (USAMGIK).
Dans la partie nord, était établi un Comité populaire provisoire.
Pour tenter d'enrayer un processus de division de la Corée, une conférence des représentants des partis politiques et organisations sociales du Nord et du Sud eut lieu à Pyongyang le 19 avril 1948, à l'invitation de Kim Il-sung, président du Comité populaire provisoire de Corée du Nord. Le président du Gouvernement provisoire de Corée du Sud, Kim Gu, participa à la conférence de Pyongyang. Ancien résistant anti-japonais, Kim Gu était aussi un anti-communiste, mais il mit en avant l'intérêt supérieur de la nation coréenne, selon un principe qui sous-tendra tous les projets à venir en vue d'une réunification de la Corée : une grande union nationale transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de système. En raison de son engagement, Kim Gu sera assassiné le 26 juin 1949 par la police secrète sud-coréenne.
Car, au lendemain de la conférence de Pyongyang, des élections séparées eurent lieu dans la partie sud, le 10 mai 1948, conduisant à la création d'une République de Corée le 15 août suivant, ce qui éloignait encore la perspective d'une réunification.
Le 9 septembre 1948, au nord du 38e parallèle, était proclamée la République populaire démocratique de Corée.
Même si, selon certaines estimations, les affrontements le long de la limite artificielle du 38e parallèle, firent jusqu'à 100 000 morts entre 1945 et 1950, la guerre de Corée (appelée « guerre de libération de la Patrie » en RPDC) éclata officiellement le 25 juin 1950. Outre les millions de morts et les destructions immenses de ce conflit, la menace de l'emploi de l'arme atomique par les Etats-Unis contre le Nord a provoqué un exode massif vers le Sud, les parents choisissant souvent de mettre leurs enfants à l'abri d'éventuelles frappes nucléaires, aggravant encore le drame des familles séparées.
L'armistice signé le du 27 juillet 1953 a mis fin aux combats mais a laissé la péninsule coréenne divisée par une zone démilitarisée (DMZ) infranchissable et toujours, techniquement, en état de guerre.
Le dialogue inter-coréen a véritablement repris le 4 juillet 1972 quand les deux parties ont publié un communiqué conjoint posant trois principes, toujours valables à ce jour, pour une réunification de la Corée : indépendance, paix et grande union nationale transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de système.
Mais la visite à Pyongyang du 13 au 15 juin 2000 du président sud-coréen Kim Dae-jung à l'invitation du dirigeant de la RPDC Kim Jong-il a été un événement historique, marquant une nouvelle étape dans les relations inter-coréennes, d'abord parce que, pour la première fois depuis la partition de leur pays, les plus hauts dirigeants des deux Etats coréens se rencontraient.
La déclaration commune signée le 15 juin 2000 par les deux dirigeants coréens revêt donc une importance particulière. Cette déclaration comporte cinq points :
1.
Le Nord et le Sud ont décidé de résoudre en toute indépendance le problème de la réunification du pays grâce à l'union de notre nation qui en est responsable.
2.
Ils ont reconnu qu'il y a des points communs entre le projet de fédération dans son étape inférieure présenté par le premier et le projet de commonwealth avancé par le second et décidé d'orienter dans ce sens la réunification.
3.
Ils ont décidé, à l'occasion du 15 août [2000], d'échanger des groupes de visite de familles et de proches dispersés et de résoudre au plus tôt le problème des anciens prisonniers de guerre non convertis et d'autres problèmes humanitaires.
4.
Ils sont convenus de développer de façon équilibrée l'économie nationale par la coopération économique et de promouvoir la collaboration et les échanges dans différents domaines, notamment social, culturel, sportif, sanitaire et environnemental en vue d'approfondir la confiance mutuelle.
5.
Pour appliquer dans les meilleurs délais ces points d'accord, ils ont décidé d'ouvrir au plus tôt un dialogue entre autorités.
Signatures de Kim Jong-il et Kim Dae-jung au bas de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000
La Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin a été suivie, sept ans plus tard, d'une autre déclaration signée au plus haut niveau, par le dirigeant de la RPDC Kim Jong-il et par le président sud-coréen Roh Moo-hyun, précisant comment développer les rapport Nord-Sud et parvenir à la paix et à la prospérité.
Puis, les conservateurs revenant au pouvoir en Corée du Sud, le dialogue inter-coréen connaîtra une longue phase de stagnation de 2008 à 2017, les acquis de la période précédente étant même simplement annulés, avec la fin des circuits touristiques dans les monts Kumgang et la fermeture de la zone industrielle inter-coréenne de Kaesong. Quant aux réunions de familles séparées, peut-être l'aspect le plus poignant et le plus urgent de la division, elles deviendront plus rares. Les gouvernements conservateurs iront jusqu'à prendre pour prétexte des drames non élucidés, tels le naufrage d'une corvette de la marine sud-coréenne en mars 2010, pour adopter de nouvelles sanctions à l'encontre de la RPDC...
Il faudra attendre 2017 et le retour des démocrates au pouvoir, après la destitution de la présidente conservatrice Park Geun-hye, accusée de corruption, pour que le dialogue inter-coréen soit renoué au plus haut niveau. Les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in se rencontreront ainsi à quatre reprises entre 2018 et 2019, signant deux autres textes fondamentaux pour les relations inter-coréennes et l'apaisement des tensions en Corée les 27 avril 2018 et 19 septembre 2018.
Quels que soient les obstacles sur la voie menant à une réunification de la Corée, indépendante, pacifique et transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de système, la Déclaration commune Nord-Sud du 15-Juin fut un événement historique et a laissé un héritage qu'il convient de faire prospérer. La réunification de la Corée - divisée contre son gré en 1945 -, est l'aspiration légitime du peuple coréen et c'est un enjeu vital pour la paix du monde, car la Corée reste un foyer de tensions où peut toujours éclater un conflit d'ampleur planétaire.
Il est donc du devoir de tous les pays du monde, singulièrement la France, d'appuyer, par tous les moyens à leur disposition, un processus qui pose des bases solides pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties de la péninsule coréenne divisée. Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne n'aura de cesse de rappeler aux autorités françaises leur responsabilité en la matière.
Après que le président des Etats-Unis Donald Trump a limogé le 10 septembre 2019 son conseiller à la sécurité nationale, le « super faucon » John Bolton, les perspectives semblent meilleures pour une reprise des négociations entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Etats-Unis, susceptibles cette fois d'aboutir à un accord sur le programme nucléaire de la RPDC, acceptable par les deux parties. Ces perspectives de dialogue ne sont même pas compromises par les trois nouveaux essais balistiques de la RPDC (16 août, 24 août et 10 septembre), en réaction aux manœuvres militaires conjointes des armées américaine et sud-coréenne. Ces essais n'auront pas non plus dissuadé la Corée du Sud de mettre fin à un accord de partage des renseignements militaires avec le Japon, pourtant un élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis.
Après les séries d'essais de missiles à courte portée et de lance-roquettes mutliples effectués en mai 2019 et en juillet-août 2019, la RPDC a procédé une série de trois nouveaux essais du 16 août au 10 septembre 2019 :
Le 16 août, la RPDC a testé sur sa côte orientale ce qu'elle a présenté comme une « nouvelle arme », sans donner davantage de renseignements sur l'arme en question. Selon l'armée sud-coréenne, il s'agirait de deux missiles balistiques de courte-portée similaires, au moins par leur aspect, au Army Tactical Missile System (ATACMS) de l'armée américaine. Les projectiles testés auraient parcouru 230 km à une altitude maximale de 30 km.
Essai ballistique mené par la RPD de Corée le 16 août 2019 (photo : KCNA)
Le 24 août, la RPDC a testé, toujours depuis sa côte orientale un « lance-roquettes multiple de très grande taille nouvellement développé » d'une portée présumée d'au moins 400 km.
Enfin, le 10 septembre, la RPDC a procédé à l'essai d'un autre « lance-roquettes multiple de très grande taille », cette fois depuis sa région occidentale, dont deux projectiles ont parcouru environ 330 kilomètres selon l'armée sud-coréenne.
L'essai du 10 septembre constituait le dixième de l'année 2019 et les armes testées, qu'il s'agisse de missiles à courte portée ou de lance-roquette multiples sont capables d'atteindre les forces que déploient les Etats-Unis dans la péninsule coréenne et ses alentours.
C'est néanmoins le 10 septembre que le président américain Donald Trump a choisi de se séparer de son conseiller à la sécurité nationale, le très belliciste John Bolton, ensuite remplacé par Robert O'Brien.
Bolton est considéré comme le principal responsable de l'échec du sommet de Hanoï des 27 et 28 février 2019. A Hanoï, Les deux parties avait échoué à s'entendre sur les étapes de la dénucléarisation de la RPDC et de la levée des sanctions frappant cette dernière, Bolton plaidant pour l'application du « modèle libyen », soit la renonciation par la Corée du Nord à son programme d'armement nucléaire comme préalable à d'hypothétiques concessions de la part des Etats-Unis.
John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis
« [John Bolton] a fait de très grosses erreurs. Quand il a parlé du modèle libyen pour Kim Jong-un, ce n'était pas une bonne déclaration à faire », a déclaré Donald Trump le 11 septembre aux journalistes à la Maison-Blanche. « Voyez ce qui s'est passé avec Kadhafi. Ce n'était pas une bonne déclaration à faire, et cela nous a retardés. »
Pour mémoire, la Libye a abandonné son programme d'armement nucléaire en 2003, huit ans avant le renversement et l'assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi par des forces rebelles soutenues par l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
« Voyez ce qui est arrivé à Kadhafi avec le modèle libyen. Et il se sert de cela pour conclure un accord avec la Corée du Nord ? », a déclaré Donald Trump. « Je ne blâme pas Kim Jong-un pour ce qu'il a dit après cela. Et il ne voulait rien avoir à faire avec John Bolton. Dire quelque chose comme ça, ce n'est pas une question d'être dur, c'est une question de ne pas être intelligent. »
Ces déclarations sont plutôt de nature à rassurer la RPDC sur les intentions des Etats-Unis. De fait, le départ du « super faucon » Bolton a coïncidé avec la proposition de la Corée du Nord de reprendre à la fin du mois de septembre les négociations sur la dénucléarisation, dans l'impasse depuis le sommet sans accord de février entre les dirigeants nord-coréen et américain.
Ainsi, le 10 septembre, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a déclaré dans un communiqué que la RPDC souhaitait reprendre les négociations sur la dénucléarisation avec les Etats-Unis à la fin de septembre, en demandant que Washington vienne avec une nouvelle proposition acceptable.
« Nous sommes disposés à nous asseoir avec la partie américaine pour des discussions complètes sur les enjeux que nous avons abordés à une date et un endroit à déterminer à la fin de septembre », a dit la vice-ministre Choe.
Choe Son-hui, vice-ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée
Pour la vice-ministre, les Etats-Unis ont eu « suffisamment de temps » pour réviser leur méthode de calcul, conformément au souhait exprimé par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême de RPDC.
« Je pense que les Etats-Unis viendront avec une proposition adaptée aux intérêts de la RPDC et des Etats-Unis et basée sur une méthode de calcul acceptable pour nous », a déclaré Choe Son-hui.
La position nord-coréenne a été réaffirmée par Kim Myong-gil, ancien ambassadeur nord-coréen au Vietnam et nouveau représentant de la RPDC pour les négociations avec les Etats-Unis.
Dans un communiqué publié le 21 septembre, l'ambassadeur Kim a favorablement accueilli les propos du président américain qui a suggéré une « nouvelle méthode » pour sortir les négociations de dénucléarisation de l'impasse.
« En tant que chef de la délégation de la partie de la RPDC aux négociations de travail RPDC-Etats-Unis, j'aimerais saluer la décision politique judicieuse du président Trump d'aborder les relations RPDC-Etats-Unis d'un point de vue plus pratique », a déclaré Kim Myong-gil.
« Pour le moment, je ne suis pas tout à fait certain de ce que [le président Trump] sous-entend dans sa proposition de "nouvelle méthode" mais il me semble qu'il veut dire qu'une solution par étape en commençant d'abord par les choses faisables, tout en construisant une confiance mutuelle, serait la meilleure option », a-t-il dit.
« J'aimerais rester moi-même optimiste quant aux résultats des prochaines négociations RPDC-Etats-Unis en prévoyant que la partie américaine viendra aux négociations avec une méthode de calcul correcte », a-t-il encore ajouté.
La position de la RPDC constitue un grand changement par rapport aux critiques émises à l'égard des Etats-Unis au cours de l'été 2019. Ainsi, en août, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, avait qualifié son homologue américain Mike Pompeo de « toxine conservatrice de la diplomatie américaine », Pompeo ayant déclaré que toutes les sanctions imposées contre la RPDC seraient maintenues jusqu'à sa dénucléarisation. Pour sa part, la vice-ministre nord-coréenne des affaires étrangères Choe Son-hui avait déclaré fin août que les attentes pour le dialogue avec les Etats-Unis étaient « en train de disparaître progressivement ».
La mise à l'écart de John Bolton, champion des néoconservateurs adeptes de « changements de régime » dans les pays considérés comme hostiles, aura donc permis de sortir de l'impasse les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, les essais balistiques menés par la RPDC en juillet et août n'ont pas empêché la Corée du Sud de mettre un terme à l'accord de partage de renseignements militaires avec le Japon, élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis tant désirée par ces derniers pour affronter la Chine avec la prétendue menace nord-coréenne comme prétexte.
En effet, le 22 août 2019, la Corée du Sud a annoncé sa décision de ne pas renouveler l'Accord de sécurité générale d'informations militaires (General Security of Military Information Agreement, GSOMIA) avec le Japon, accord arrivant à échéance en novembre et considéré comme l'une des rares plates-formes de sécurité pour promouvoir la coopération trilatérale en matière de défense entre les deux pays et leur allié commun, les Etats-Unis.
La décision sud-coréenne est intervenue sur fond de conflit commercial avec le Japon. Début août, le Japon a décidé de supprimer la Corée du Sud de sa liste des partenaires commerciaux dignes de confiance, justifiant cette décision par des « problèmes sécuritaires », après avoir imposé le 4 juillet des restrictions d'exportation vers la Corée du Sud de trois matériaux clés dans le cadre de représailles apparentes contre les verdicts rendus par la Cour suprême sud-coréenne quant au travail forcé en temps de guerre.
Dans un rapport préparé pour une réunion parlementaire, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a indiqué : « Nous avons déterminé qu'il n'était plus dans l'intérêt national de maintenir un pacte conclu pour partager des informations militaires sensibles avec le gouvernement japonais qui a soulevé des questions sur la confiance endommagée et les préoccupations sécuritaires. »
Le département d'Etat américain a quant à lui fait part de sa « profonde inquiétude et déception sur le fait que l'administration Moon a refusé le renouvellement » du GSOMIA, et le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a manifesté ses préoccupations sur la décision de la Corée du Sud de mettre fin à l'Accord dans un entretien téléphonique avec son homologue sud-coréen.
Le prétexte de la « menace nord-coréenne » a donc fait long feu. Les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis en vue de la signature d'un accord de dénucléarisation mutuellement acceptable sont à nouveau sur les rails, et la Corée du Sud n'hésite plus à mettre en avant les intérêts coréens, communs aux Coréens du Sud, du Nord et d'outre-mer, quitte à s'opposer aux intérêts stratégiques des Etats-Unis.
Tout cela fait émerger en Corée un nouveau contexte - un nouveau monde? - et il n'y a plus guère que la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne pour condamner les mesures prises par la RPDC pour sa propre défense, comme ils l'ont encore fait le 27 août en convoquant une session, à huis clos, du Conseil de sécurité des Nations unies, et en faisant une déclaration par laquelle, tels la mouche du coche de lafable, ils appellent la Corée du Nord à « s'engager dans des négociations significatives avec les Etats-Unis ». Mais, aussi significatif, si ce n'est plus, que les négociations réclamées par Paris, Londres et Berlin, les Etats-Unis ne se sont pas associés à cette déclaration, sans doute pour ne pas nuire aux efforts visant la reprise des négociations avec la RPDC.
La nouvelle modération de l'administration américaine en Corée l'éloigne de la rhétorique habituelle des néoconservateurs dans le style de John Bolton, lequel aura au moins la satisfaction de savoir qu'il est un peu regretté dans certaines capitales européennes.
Entre le 25 juillet et le 10 août 2019, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à cinq reprises à des essais de missiles à courte portée et de lance-roquettes multiples. Cette accélération des exercices militaires nord-coréens visait à répondre à la reprise, à partir du 5 août, des exercices militaires menés par les armées sud-coréenne et américaine, contraires, selon la RPDC, à l'esprit des déclarations signées lors des sommets inter-coréens d'avril et septembre 2018 et du sommet RPDC-Etats-Unis de juin 2018.
Kim Jong-un assiste à un essai de missiles à courte portée le 25 juillet 2019 (photo : KCNA)
La RPDC a annoncé avoir procédé à l'essai de missiles à courte portée les 25 juillet, 6 août et 10 août 2019, et à l'essai de lance-roquettes multiples les 31 juillet et 2 août 2019. Ces tirs, tous effectués en direction de la mer de l'Est (mer du Japon) ont été confirmés par les armées de la Corée du Sud et des Etats-Unis, le Comité des chefs d'état-major interarmées (JCS) sud-coréen estimant toutefois que les essais des 31 juillet et 2 août concernaient aussi des missiles balistiques à courte portée.
L'agence officielle nord-coréenne KCNA a rapporté que les essais des 25 juillet, 31 juillet, 2 août, 10 août étaient supervisés par le dirigeant de la RPDC Kim Jong-un, lequel, selon l'agence, « a souligné que nous ne pouvons que développer sans cesse des systèmes d'armes hyperpuissants pour éliminer les menaces éventuelles et directes à la sécurité de notre pays qui existent au Sud ». En décrivant le déploiement par Séoul de nouvelles armes et l'organisation d'exercices militaires comme un « acte suicidaire », le dirigeant nord-coréen a exhorté le président sud-coréen Moon Jae-in à « revenir à la position correcte d'avril et septembre de l'année dernière » lorsque les Corée du Nord et du Sud ont tenu des sommets.
Ces essais étaient destinés à envoyer un « avertissement solennel » aux « forces militaires bellicistes sud-coréennes » qui sont en train de déployer des « armes offensives ultramodernes en Corée du Sud » et cherchent à « organiser un exercice militaire en défiant les mises en garde répétées » de la RPDC, a aussi dit KCNA en référence à l'acquisition d'avions de combat furtifs F-35 par la Corée du Sud et à l'organisation d'exercices militaires par les armées sud-coréenne et américaine, que la RPDC considère dirigés contre elle.
L'exercice militaire américano-sud-coréen qui a débuté le 5 août 2019 a été décrit par l'armée sud-coréenne comme un « entraînement du personnel pour la gestion de crises » constituant une séance préliminaire d'un exercice de poste de commandement ayant, lui, commencé le 11 août.
Cet exercice vise à tester la capacité opérationnelle initiale de la Corée du Sud qui prévoit de reprendre contrôle opérationnel de ses forces en temps de guerre, actuellement entre les mains des Etats-Unis (la Corée du Sud a repris le contrôle opérationnel de ses forces en temps de paix en 1994).
La Corée du Sud et les Etats-Unis sont restés très discrets quant à leurs manœuvres conjointes : ils n'ont pas annoncé officiellement le lancement des exercices, ni dévoilé de détails tels que leur nom et leur durée (l'agence de presse sud-coréenne Yonhap a évoqué une durée de trois semaines). Mais cette discrétion n'a pas calmé la colère de la Corée du Nord qui, parallèlement à la poursuite de ses essais, a, dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères publié le 6 août, qualifié les manœuvres américano-sud-coréennes de violation des accords de paix et averti que la RPDC pourrait rechercher une « nouvelle voie » si de telles actions hostiles se poursuivaient.
Critiquant une nouvelle fois Séoul et Washington à propos de l'introduction en Corée du Sud d'armes telles que les chasseurs furtifs, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré qu'une telle mesure montre que les deux pays « n'ont pas du tout la volonté politique de mettre en œuvre les déclarations conjointes », dans lesquelles ils se sont engagés à améliorer les relations Etats-Unis-Corée du Nord et les relations intercoréennes.
« Nous maintenons notre position de résoudre les problèmes par le dialogue. Mais la dynamique du dialogue sera inefficace tant que les mouvements militaires hostiles se poursuivront », a aussi déclaré le ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans son communiqué du 6 août.
La critique la plus cinglante à l'égard des manœuvres militaires américano-sud-coréennes est venue de Kwon Jong-gun, directeur général du département des Affaires américaines au ministère des Affaires étrangères de la RPDC, qui a signé le 11 août un communiqué au ton aussi ironique qu'inhabituel, dont voici la traduction intégrale à partir de la version anglaise publiée par KCNA :
« "Un imbécile devient un imbécile plus grand avec l'âge." Ce dicton s'applique aux autorités sud-coréennes.
Il est bien attesté par les autorités sud-coréennes, lesquelles ont changé le nom de l'exercice militaire conjoint, passant de "Alliance 19-2" à l'origine à "exercice de poste de commandement combiné Corée du Sud-Etats-Unis du second semestre", et ont annoncé qu'elles entameraient leur exercice à grande échelle à partir du 11 août.
C’est une erreur de calcul s’ils pensent que le simple changement du nom de l’exercice peut modifier sa nature agressive ou que nous le ferions passer tranquillement.
La merde, bien que dure et sèche, pue encore même si elle est enveloppée dans un tissu à fleurs.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est le fait que Chongwadae [NdT : siège de la présidence sud-coréenne] a eu une activité intense, appelant à une "réunion d'urgence des ministres concernés", alors même qu'il n'y a pas de guerre, au sujet des mesures régulières prises par la RPDC pour moderniser ses armes conventionnelles.
La dernière fois, ils sont devenus la risée mondiale quand ils ont perdu la tête, faute de pouvoir calculer correctement la portée du tir de démonstration de notre armée. Au lieu d'en tirer une leçon, ils se sont mêlés de ce qui ne les regarde pas et s'agitent jusqu'à en perdre le sommeil à l'aube. C'est vraiment un spectacle à voir.
Une telle attitude de la part de Chongwadae pourrait passer aux yeux du "peuple" sud-coréen comme celle d'un "maître" de la mise en ordre de la sécurité. Mais nous ne voyons cela que comme celle d'un chien craintif aboyant de façon plus sauvage.
En ce qui concerne notre test de développement des armes conventionnelles, même le Président des Etats-Unis a fait une remarque reconnaissant en effet le droit à l'autodéfense d'un Etat souverain, affirmant qu'il s'agit d'un petit test de missile comme le font de nombreux pays. Mais les autorités sud-coréennes qualifient l'édification de nos forces armées d'autodéfense de source de tension militaire tout en demandant instamment d'y mettre fin. Alors, comment les autorités sud-coréennes peuvent-elles avoir le courage de proférer un tel non-sens? Cela ne rime à rien.
De plus, nous nous trouvons maintenant dans une situation extraordinaire qui voit les autorités sud-coréennes mener avec défiance un exercice de guerre agressif contre nous. Dans le tourbillon de cette affaire, ils préfèrent se déchaîner pour tenter de ternir l'image de la RPDC. C'est bien le cas d'un voleur qui crie "Arrêtez le voleur!"
Il est seulement regrettable que nos homologues ne soient pas à la hauteur des exigences actuelles.
Si les autorités sud-coréennes pensent qu'elles peuvent surmonter cette crise en changeant simplement le nom de l'exercice militaire, c'est vraiment une grave erreur.
Bien que nous devions engager un dialogue à l'avenir, une fois qu'un courant favorable au dialogue aura été créé, il convient de garder à l'esprit que ce dialogue se tiendra strictement entre la RPDC et les Etats-Unis, et non entre le Nord et le Sud.
Etant donné que l'exercice militaire nous place clairement comme un ennemi dans son concept, ils devraient penser qu'un contact inter-coréen sera difficile à établir en soi à moins de mettre fin à un tel exercice militaire ou avant de fournir une excuse plausible ou une explication sincère pour la conduite de l'exercice militaire.
Nous réglerons certainement cela à tous égards et surveillerons de près l'action des autorités sud-coréennes.
Si les autorités sud-coréennes proféraient des propos insensés pour sauver la face en mobilisant à nouveau un homme aussi drôle que Jeong Kyong Du [NdT : ministre sud-coréen de la Défense], ce serait un acte aussi idiot qu'éteindre le feu avec de l'huile.
Cela a déjà mal tourné pour que Chongwadae dorme bien à l’aube du jour, tant il maintient notoirement la sécurité en bon ordre. »
La RPDC entend donc résoudre la question nucléaire en discutant avec les seuls Etats-Unis et les négociations entre les deux pays pourraient reprendre dès la fin des manœuvres américano-sud-coréennes. Une reprise rapide des contacts inter-coréens à haut niveau est, elle, plus incertaine.
Le communiqué du directeur Kwon fait référence à un message publié le 2 août par Donald Trump sur les réseaux sociaux. Confronté aux essais balistiques nord-coréens, le Président des Etats-Unis en relativisait la gravité, mettant en avant ses bonnes relations avec Kim Jong-un :
« Kim Jong Un et la Corée du Nord ont testé 3 missiles à courte portée dans les derniers jours. Ces tests de missiles ne sont pas une violation de notre accord signé à Singapour, et nous n'avons pas discuté de missiles à courte portée quand nous nous sommes serré la main. Il pourrait y avoir violation des Nations unies, mais le Président Kim ne veut pas me décevoir par une violation de la confiance, il y a bien trop à gagner pour la Corée du Nord – le potentiel du pays, sous la direction de Kim Jong Un, est illimité. De même, il y a bien trop à perdre. Je peux avoir tort, mais je crois que le Président Kim a une grande et belle vision pour son pays, et seuls les Etats-Unis, avec moi comme Président, peuvent faire de cette vision une réalité. Il fera la bonne chose parce qu'il est bien trop intelligent pour ne pas le faire, et il ne veut pas décevoir son ami, le Président Trump ! »
Le 10 août, après avoir reçu une lettre de Kim Jong-un, Donald Trump affichait même une certaine compréhension à l'égard de la colère de la RPDC face aux exercices américano-sud-coréens qualifiés de « ridicules et chers » :
« Dans une lettre que m'a envoyée Kim Jong Un, il a affirmé, très gentiment, qu'il aimerait me rencontrer et démarrer des négociations dès que l'exercice conjoint entre les Etats-Unis et la Corée du Sud sera terminé. C'était une longue lettre, se plaignant en majeure partie d'exercices ridicules et chers. C'était aussi une petite excuse pour avoir testé des missiles à courte portée, et ces tests prendront fin dès que les exercices finiront. J'ai hâte de voir Kim Jong Un dans un avenir pas si éloigné ! Une Corée du Nord dénucléarisée mènera à un des pays réussissant le mieux dans le monde ! »
Si le Président des Etats-Unis s'est montré optimiste quant à une reprise rapide des discussions en vue d'une résolution de la crise dans la péninsule coréenne, d'autres pays ont adopté une attitude plus alarmiste... mais pas plus constructive.
Ainsi, le 1er août, après le deuxième essai balistique nord-coréen du mois de juillet, une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies s'est tenue, à huis clos, à la demande de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. L'Allemagne préside le comité de l'ONU chargé de surveiller l'application des sanctions contre la Corée du Nord. La France et le Royaume-Uni sont membres permanents du Conseil de sécurité. La dernière résolution en date (2397) sanctionnant la RPDC pour ses essais nucléaires et balistiques a été adoptée le 22 décembre 2017 et la réunion du 1er août n'a débouché sur aucun nouveau texte.
Le Conseil de sécurité pourrait être utile à la résolution de la crise en Corée en en revenant seulement à la Charte des Nations unies, notamment à son article 39 qui stipule que « le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. »
La notion de « menace contre la paix » dans la péninsule coréenne est susceptible de concerner un grand nombre de situations et de démarches, pas seulement du fait de la RPDC. A ce titre, la récurrence des exercices militaires menés conjointement par les Etats-Unis et la Corée du Sud sont clairement constitutifs d'une « menace contre la paix » en simulant un affrontement armé avec la Corée du Nord et une invasion de cette dernière.
Pourtant, les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, ni traités afin que des mesures soient adoptées par les Nations unies. En omettant de traiter cette situation, le Conseil de sécurité a souvent donné une impression de partialité, ce qui ne peut que compromettre les buts qu’il est supposé poursuivre au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies, particulièrement dans le nouveau contexte de détente qui prévaut dans la péninsule coréenne depuis 2018 : agir en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression.