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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 22:12

Pour la première fois, la déclaration Nord-Sud du 4 octobre 2007 donne lieu à des commémorations conjointes des deux gouvernements coréens - en l'occurrence à Pyongyang, capitale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Réunion au Palais de la culture du peuple, à Pyongyang, le 5 octobre 2018

Réunion au Palais de la culture du peuple, à Pyongyang, le 5 octobre 2018

Forte de 160 personnes, la délégation sud-coréenne présente au nord de la péninsule pour la commémoration conjointe est dirigée par Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification, et Lee Hae-chan, président du parti Minjoo (démocrate, au pouvoir), et par ailleurs directeur exécutif de la Fondation Roh Moo-hyun. Si la veuve de l'ancien président sud-coréen, co-signataire de la déclaration du 4 octobre 2007 avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, n'a pas pu voyager en RPD de Corée, Geon-ho, le fils de l'ancien président Roh, fait partie de la délégation sud-coréenne en visite au nord.

Lors du rassemblement qui a eu lieu au Palais des études du peuple, Kim Yong-nam, président du Praesidium de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée, a exprimé son souhait de voir se développer les relations inter-coréennes dans tous les domaines. Ri Son-gwon, président du Comité pour la réunification pacifique de la patrie, basé au nord, a formulé le vœu de la reprise du tourisme inter-coréen dans les monts Kumgang et des activités de la zone économique de Kaesong.

En marge des cérémonies, des discussions ont également eu lieu pour détailler la reprise des échanges inter-coréens, conformément aux déclarations de Panmunjom du 27 avril 2018 et de Pyongyang du 19 septembre 2018, adoptées lors des deux sommets Nord-Sud entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in.

La volonté commune est d'empêcher que les aléas politiques ne bloquent la mise en œuvre des accords Nord-Sud, comme cela avait été le cas pour les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 après le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul, en 2008.

Sources :
- KCNA ;

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 19:28

Il y a un an, le Président américain Donald Trump menaçait de "détruire complètement" la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la tribune des Nations Unies. Lors du débat général de la 73e session, qui s'est ouvert le 25 septembre 2018, le ton a radicalement changé - alors que les deux Etats coréens se sont engagés, depuis le début de l'année 2018, dans un processus accéléré de rapprochement et ont plaidé conjointement pour la dénucléarisation, la paix et la sécurité collective dans la péninsule coréenne. L'Association d'amitié franco-coréenne examine les déclarations et positions adoptées par trois des protagonistes du dossier coréen dans le contexte de la session 2018 de l'assemblée générale : les Etats-Unis d'Amérique, la République de Corée et le Japon.

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies

Donald Trump, entre enthousiasme réel et répétition à la tribune des éléments de langage préparés par son administration

Le 26 septembre, dans le contexte de l'assemblée générale des Nations Unies, Donald Trump a fait état d'une "lettre extraordinaire" qu'il a reçue du Président Kim Jong-un, avant un second sommet dont la préparation conduira à une nouvelle visite du secrétaire d'Etat Mike Pompeo en RPD de Corée dès octobre. Tout en remerciant pour leurs efforts diplomatiques la Corée du Sud (il avait reçu le Président Moon Jae-in le 24 septembre), la Chine et (plus curieusement, effet de l'alliance nippo-américaine ?) le Japon, le président américain a exprimé sa conviction que la RPD de Corée était déterminée à avancer sur la voie de la paix et de la prospérité :

Je viens de montrer une lettre que j'ai reçue hier du dirigeant Kim, qui est une lettre extraordinaire (...) J'ai reçu d'autres lettres du dirigeant Kim. Il veut voir se réaliser des choses formidables pour la Corée du Nord, pour en faire une puissance économique, et ils ont le potentiel pour accomplir cela (...) Je crois que le dirigeant Kim Jong-un, un homme que j'ai appris à connaître et à aimer bien, veut la paix et la prospérité pour la Corée du Nord (...) Beaucoup de choses se passent dans les coulisses, loin des médias, ce que personne ne sait, mais elles se produisent néanmoins et elles se déroulent de manière très positive. Je pense donc que vous aurez de très bonnes nouvelles en provenance de Corée du Nord dans les mois et les années à venir.»

Yonhap

Conscient que fixer une date butoir pour la dénucléarisation de la RPD de Corée (comme l'y appellent les faucons de son administration) est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, le Président Donald Trump a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il refusait de se laisser prendre dans un "jeu du calendrier", et que l'essentiel était de poursuivre le moratoire sur les essais nucléaires et balistiques (auxquels il semble avoir assimilé les tests d'engins spatiaux, dont les finalités sont pourtant très différentes) :

Si cela prend deux ans, trois ans ou cinq mois, peu importe. Il n'y a pas de test nucléaire et il n'y a pas de test de fusées.

Yonhap

Ces propos font écho aux déclarations du Président Kim Jong-un rapportés par des officiels sud-coréens, selon lesquels le dirigeant nord-coréen envisagerait une dénucléarisation de la péninsule coréenne avant la fin du mandat de quatre ans du président américain (soit fin 2021). Cette date butoir n'a toutefois été confirmée ni par des sources nord-coréennes, ni dans le cadre du dialogue américano-nord-coréen. Elle est revanche crédible avec la volonté probable de Pyongyang d'éviter qu'un changement éventuel de locataire à la Maison Blanche ne remette en cause la pérennité du processus engagé.

En même temps, le discours de Donald Trump devant les Nations Unies - probablement écrit par ses conseillers - a été en revanche très conventionnel, sans aspérités ni déclaration marquante, en réaffirmant surtout qu'il n'y aurait pas de levée des sanctions avant l'achèvement du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Une telle affirmation est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, et correspond à une constante du discours américain actuel.

Moon Jae-in : favoriser la pleine intégration de Pyongyang sur la scène internationale

Soucieux de convaincre les autres membres des Nations Unies de la nécessité de prendre en compte la nouvelle priorité accordée par la RPD de Corée à l'économie, le Président Moon Jae-in a exhorté la communauté internationale à aider à la pleine intégration de la RPD de Corée :

Le 20 avril, la Corée du Nord a officiellement mis fin à sa politique de développement nucléaire et concentre à présent tous ses efforts dans le développement économique (...) La Corée du Nord est sortie d'elle-même de son long isolement pour s'ouvrir à nouveau au monde (...) Maintenant, il est temps pour la communauté internationale de répondre au nouveau choix et aux efforts de la Corée du Nord.

Yonhap

S'agissant des relations inter-coréennes, Séoul a d'ailleurs formulé de nouvelles propositions : le 27 septembre 2018, Kim Young-choon, ministre de la Pêche et des Océans, a fait part de la possibilité - discutée avec ses interlocuteurs nord-coréens - de créer une zone de pêche commune près de la frontière maritime occidentale ainsi que de moderniser certains ports nord-coréens.

L'appel à saisir la main tendue par Pyongyang s'adressait en premier lieu aux pays qui n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon et la France. Le Japon a exprimé sa volonté d'améliorer les relations bilatérales avec Pyongyang, tandis que la France, une fois de plus, a occulté la question coréenne dans l'intervention à la tribune d'Emmanuel Macron.

Shinzo Abe : pour une rencontre avec Kim Jong-un, vraiment ?

Le Japon étant manifestement soucieux de ne pas être à la remorque des Etats-Unis en se faisant marginaliser sur le dossier nord-coréen, son Premier ministre Shinzo Abe a exprimé sa volonté d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen, mais en le limitant visiblement à un unique objet - le rapatriement des Japonais enlevés par les services nord-coréens il y a plusieurs décennies, et constituant un dossier que Pyongyang tend à considérer comme ayant été réglé.

Pour pouvoir résoudre le problème des enlèvements, je suis également prêt à mettre fin à la méfiance mutuelle avec la Corée du Nord, prendre un nouveau départ et rencontrer en face-à-face le président Kim Jong-un.

France 24

Mais le Japon est-il sincère dans sa volonté de dialogue avec Pyongyang - Shinzo Abe ayant quand même dû préciser qu'aucun sommet n'est en cours actuellement ? On peut en douter, tant le Japon a été en pointe, au cours de l'année 2017, pour sanctionner toujours davantage la Corée du Nord, et au regard de l'opportunité qu'ont alors constitué les tensions autour de la péninsule coréenne pour que le Premier ministre conservateur dissolve la chambre basse et élargisse sa majorité - en surfant sur un discours violemment anti-RPDC. 

Sans répondre à la proposition japonaise, le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a répondu que le Japon devait d'abord s'excuser pour ses crimes de guerre (des millions de travailleurs forcés, des centaines de milliers d'esclaves sexuelles et également des centaines de milliers de conscrits malgré eux à la fin de la colonisation japonaise) et apporter des compensations - comme il l'a fait par ailleurs sur ce point en 1965, lors de la normalisation des relations diplomatiques entre Séoul et Tokyo :

Notre peuple n'a pas oublié les péchés commis dans le passé par le Japon, même maintenant (...) Sans repentance, excuses et compensations pour les péchés du passé, (le Japon) ne pourra pas vivre avec confiance dans la communauté internationale.

Rodong Sinmun

La porte au dialogue n'est pas fermée. Mais Tokyo devra encore faire un effort pour l'ouvrir.

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 21:25

Au troisième jour de sa visite en République populaire démocratique de Corée, ayant conduit à l'adoption de l'ambitieuse déclaration commune du 19 septembre riche de promesses pour la paix et le dialogue dans la péninsule et où il a été le premier président sud-coréen à s'adresser en public aux Nord-Coréens, Moon Jae-in, Président de la République de Corée, gravi le 20 septembre 2018 le Mont Paektu, aux côtés de Kim Jong-un, Président de la Commission des Affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette visite, proposée par le dirigeant nord-coréen, rendait compte du goût du président sud-coréen pour la randonnée en montagne - en 2004, il avait effectué une longue randonnée dans l'Himalaya. Elle a surtout été riche de symboles pour la réunification : le Mont Paektu est le point culminant de la péninsule coréenne, haut de 2 744 mètres ; il constitue le lieu mythique de naissance du peuple coréen - et selon les historiens nord-coréens aurait été le site de combats révolutionnaires anti-japonais menés par le Président Kim Il-sung, fondateur de la RPDC, et le Dirigeant Kim Jong-il y serait né le 16 février 1942. 

Une visite au Mont Paektu riche en symboles pour la réunification de la Corée

En accédant au Mont Paektu, le Président Moon Jae-in a formulé le voeu que beaucoup d'autres Sud-Coréens se rendent également, à l'avenir, au point culminant de la péninsule coréenne - et de fait, la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007 - restée sur ce point lettre morte - avait prévu la mise en place d'une ligne aérienne depuis Séoul et l'ouverture d'un tourisme inter-coréen au Mont Paektu, qui abrite le magnifique lac volcanique Chonji, ou lac du Paradis.

A cet égard, la première dame nord-coréenne Ri Sol-ju a déclaré à ses invités sud-coréens : 

Il existe de nombreuses légendes sur le mont Paektu. Une d'entre elle dit qu'un dragon y vivait et qu'il est monté (au paradis). Une autre raconte que des fées sont descendues du paradis pour y prendre un bain tant l'eau est propre. Maintenant que vous êtes venus ici, une nouvelle légende a été créée.

Pour sa part, la première dame sud-coréenne Kim Jung-sook était venue avec une bouteille d'eau de l'île de Jeju, à l'extrémité sud de la péninsule : elle en a vidé la moitié dans le lac Chonji et rempli l'autre moitié d'eau du lac, en symbole d'unification nationale.
 

Une visite au Mont Paektu riche en symboles pour la réunification de la Corée

Principale source : 

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 21:14

Au deuxième jour de la visite du Président Moon Jae-in au Nord de la Corée, le 19 septembre 2018, de multiples accords et promesses témoignent d'une volonté résolue d'aller de l'avant dans les relations Nord-Sud et pour garantir la paix sur la péninsule coréenne. Le Président Kim Jong-un avait déjà signifié toute l'importance qu'il accorde à la visite du chef d'Etat sud-coréen en l'accueillant personnellement à l'aéroport puis en le recevant au siège du Comité central du Parti du travail de Corée. L'Association d'amitié franco-coréenne passe en revue les échanges extrêmement riches intervenus entre Nord et Sud-Coréens, qui attestent de l'ouverture d'une nouvelle ère sur le chemin de la réunification - après les graves reculs enregistrés pendant la décennie perdue pour la réunification (2008-2017) au cours des présidences Lee Myung-bak et Park Geun-hye.

Relations inter-coréennes : l'ouverture d'une nouvelle ère

De nouveaux engagements de Pyongyang sur la voie de la dénucléarisation, pour peu que les Etats-Unis jouent le jeu des garanties de sécurité

C'était le sujet le plus scruté par les médias occidentaux : la République de Corée (RC) allait-elle discuter avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) de nouvelles mesures sur la voie de la dénucléarisation, alors que le dialogue entre Washington et Pyongyang est actuellement au point mort (fin août 2018, le Président Donald Trump avait annulé en dernière minute la visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo) ? Auparavant, le Président Kim Jong-un avait proposé une nouvelle rencontre au président américain, après le sommet du 12 juin à Singapour.

Lors d'une conférence de presse retransmise en direct à Séoul, le Président Moon Jae-in a fait savoir l'engagement des autorités nord-coréennes de franchir de nouvelles étapes sur la voie de la dénucléarisation, en particulier la fermeture définitive de son principal site de test de moteurs de missile :

Le Nord a convenu de fermer définitivement son site de tests de moteurs de missile de Tongchang-ri et son pas de tir en présence d'experts de pays concernés.

De même, la RPDC a envisagé la fermeture définitive de son site d'essais nucléaires de Yongbyon.

Ces engagements nord-coréens sont toutefois subordonnés à la prise de mesures correspondantes par les Etats-Unis, qui tardent jusqu'à présent tant à lever tout ou partie des sanctions prises contre la RPDC qu'à préciser le contenu des garanties de sécurité et de non-agression qu'ils apporteraient à la RPDC en contrepartie de sa dénucléarisation.

Les propositions nord-coréennes ont été saluées par le président américain Donald Trump dans un tweet et un sommet entre Washington et Séoul entre les Présidents Moon et Trump aura lieu le 24 septembre 2018, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le Président Moon Jae-in informera alors plus en détail son homologue américain des intentions nord-coréennes.  

Des mesures conjointes pour assurer la sécurité et réduire les tensions

Un des volants les plus ambitieux du sommet, complétant très significativement les objectifs fixés dans la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, a été l'accord signé à Pyongyang, le 19 septembre 2018, au niveau des ministres de la Défense de la RC et de la RPDC :

- création de zones tampons, sur terre, sur mer (parallèlement à la réaffirmation de l'objectif de mettre en place une zone de pêche commune) et dans les airs (avec des dérogations pour la lutte contre les feux de forêts ou les transports de patients) - afin d'abaisser les tensions et éviter les affrontements accidentels, qui n'ont, selon l'AAFC, que trop souvent endeuillé les relations Nord-Sud ;
- suspension des exercices militaires près de la ligne de démarcation militaire, à compter du 1er novembre 2018 ;
- retrait de postes de garde à la frontière (à commencer par 11 postes de garde par le Nord et 11 postes de garde par le Sud d'ici la fin de l'année 2018) ;
- mesures en vue du désarmement de la zone conjointe de sécurité (acronyme anglais : JSA) ;
- mesures pour l'utilisation conjointe de l'estuaire du fleuve Han ;
- mise en place d'un programme de recherche des restes de soldats se trouvant dans la zone démilitarisée (DMZ).

Une commission militaire conjointe sera établie pour assurer le suivi de l'accord.

La reprise et le développement des échanges inter-coréens à caractère civil : vers un sommet inter-coréen à Séoul

Dans la continuité de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la déclaration signée à Pyongyang par les deux dirigeants le 19 septembre 2018 a prévu le lancement, avant la fin de l'année 2018, des travaux pour le rétablissement de leurs liaisons ferroviaires et routières.

Ils ont également convenu la réouverture de la zone économique spéciale de Kaesong, fermée en février 2016, et du complexe touristique inter-coréen des Monts Kumgang, arrêté en juillet 2008, mais - précision importante - quand les conditions auront été réunies. Cette formulation fait allusion aux sanctions internationales prises contre la RPDC qui font aujourd'hui obstacle à la relance de deux politiques phares des échanges et de la coopération Nord-Sud.

Le Nord et le Sud participeront ensemble à des événements sportifs internationaux, comme les Jeux olympiques de 2020. L'objectif a été fixé d'une co-organisation des Jeux olympiques d'été de 2032, ce qui serait une mesure sans précédent dans les relations inter-coréennes et d'autant plus exceptionnelle que les Jeux olympiques de Séoul, en 1988, avaient été boycottés par la RPDC, qui avait souhaité pouvoir accueillir certaines épreuves.

Enfin, le Président Kim Jong-un a indiqué vouloir se rendre à Séoul dans un avenir proche (soit avant la fin de l'année 2018 d'après le Président Moon Jae-in) : ce serait la première fois qu'un sommet inter-coréen aurait lieu au sud de la zone démilitarisée.

Sources :

KCNA

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 12:54

Il est des symboles lourds de sens : Kim Jong-un, Président de la Commission des Affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée, a accueilli personnellement à l'aéroport Moon Jae-in, Président de la République de Corée, lors de son arrivée le 18 septembre 2018 à l'occasion de la troisième rencontre au sommet entre les deux hommes d'Etat (et de la première dans la capitale nord-coréenne), après leurs rencontres à Panmunjom, le 27 avril 2018 et le 26 mai 2018. Le sommet inter-coréen doit se poursuivre jusqu'au 20 septembre. Ensuite, le Président Moon Jae-in a eu, au cours de l'après-midi, son premier entretien avec le Président Kim Jong-un au siège du Comité central (CC) du Parti du travail de Corée (PTC). Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, "c'est la première fois que Kim accueille un dirigeant étranger dans ce haut lieu, a noté le conseiller [sud-coréen] aux relations publiques, Yoon Young-chan".

Sommet intercoréen : Kim Jong-un accueille Moon Jae-in à l'aéroport et le reçoit au siège du Comité central du PTC

C'est bien une relation d'homme d'Etat à homme d'Etat qui s'est établie entre les deux dirigeants coréens. Alors que le développement des échanges inter-coréens contraste avec le coup d'arrêt actuel dans les relations entre Washington et Pyongyang, toujours selon l'agence sud-coréenne Yonhap, le Président Kim Jong-un aurait remercié le Président Moon jae-in :

Les relations Nord - Sud, Nord - Etats-Unis se sont améliorées. Le président Moon a apporté son aide pour initier les discussions Corée du Nord - Etats-Unis.

Un des thèmes de discussion sera de savoir si les Américains s'engageront - enfin - à apporter des précisions sur les garanties de sécurité et de non-agression attendues par la RPD de Corée, en contrepartie de son processus de dénucléarisation. A la veille du départ du Président Moon Jae-in, les ministres des Affaires étrangères américain et sud-coréen s'étaient d'ailleurs entretenus par téléphone.

S'agissant du volet des échanges inter-coréens, la présence d'une importante délégation de chefs d'entreprise (dont les dirigeants des quatre principaux conglomérats du pays) aux côtés du Président Moon est significative - mais la reprise des relations économiques Nord-Sud est subordonnée à un assouplissement des sanctions, ce que refuse jusqu'à présent Washington.

En tout état de cause, en reprenant directement en mains leur destin, les dirigeants des deux Etats coréens signalent leur volonté d'aller de l'avant sur la voie de la réunification pacifique, sans ingérence étrangère - alors qu'il faudra probablement attendre la fin du sommet pour disposer publiquement des premiers engagements pris lors de ce troisième sommet inter-coréen se tenant à Pyongyang, après ceux de juin 2000 et octobre 2007 qui avaient l'un et l'autre abouti à la signature de déclarations conjointes majeures Nord-Sud.

Sommet intercoréen : Kim Jong-un accueille Moon Jae-in à l'aéroport et le reçoit au siège du Comité central du PTC

Sources :

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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 20:46

Le 9 septembre 2018 a été célébré le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée. A cette occasion, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était présente en RPD de Corée - et un compte rendu de son déplacement sera publié prochainement. Les cérémonies - une fois encore grandioses - ont mis l'accent sur la volonté de dialogue de Pyongyang, à la veille par ailleurs du sommet inter-coréen qui se tiendra à Pyongyang du 18 au 20 septembre 2018. L'offensive diplomatique en cours se caractérise aussi par le nombre et le niveau des délégations qui étaient présentes aux cérémonies de commémoration à Pyongyang.

Le Président Kim Jong-un, lors de la cérémonie d'ouverture des nouveaux jeux gymnastiques de masse, le 9 septembre 2018

Le Président Kim Jong-un, lors de la cérémonie d'ouverture des nouveaux jeux gymnastiques de masse, le 9 septembre 2018

Une parade militaire et civile le matin du 9 septembre, puis le soir la première représentation du nouveau spectacle de gymnastique de masse intitulé "La patrie brillante" et le lendemain soir un défilé aux flambeaux : le programme des célébrations a été conforme à un scénario bien huilé, les prouesses techniques atteignant de nouveaux sommets - notamment lors du défilé aux flambeaux sur la place Kim Il-sung, qui a été combiné avec le recours à des éléments colorés formant des motifs géants, dans la tradition des mouvements d'ensemble, ainsi qu'à des feux d'artifice et des jets d'eau.

Fondation de la RPD de Corée : Pyongyang à l'offensive diplomatique
Fondation de la RPD de Corée : Pyongyang à l'offensive diplomatique
Fondation de la RPD de Corée : Pyongyang à l'offensive diplomatique
Fondation de la RPD de Corée : Pyongyang à l'offensive diplomatique

Cependant, le contenu même des cérémonies a envoyé un message sans ambiguïté sur la volonté de Pyongyang d'approfondir le dialogue - tant vis-à-vis des Etats-Unis (en l'absence remarquée, cette année, de présentation des missiles balistiques intercontinentaux lors du défilé, l'accent étant mis sur les armes défensives, et il n'y pas eu davantage de mention des armes nucléaires lors du spectacle de gymnastique de masse) que de la République de Corée - l'apparition sur écran géant de l'image du Président Kim Jong-un étant combinée à celle du Président Moon Jae-in, à Panmunjom le 27 avril 2018, si bien que ce sont bien les deux chefs d'Etat qui ont alors été applaudis.

Au-delà de la forte portée symbolique des messages des cérémonies de célébration, les autorités nord-coréennes sont à l'initiative pour relancer le processus avec les Etats-Unis engagé lors du sommet historique entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin 2018 : le Président Kim Jong-un a écrit au chef d'Etat américain pour lui proposer une deuxième rencontre. S'agissant des relations inter-coréennes, le progrès le plus marquant a été l'inauguration à Kaesong, le 14 septembre 2018, du bureau de liaison qui constituera un canal d'échanges permanent Nord-Sud, concrétisant l'un des engagements pris lors de la déclaration du Panmunjom du 27 avril 2018. A la veille des cérémonies du 9 septembre, le Président Kim Jong-un avait reçu
une délégation spéciale du Président Moon Jae-in conduite par Chung Eui-yong, chef du Bureau de la sécurité nationale à la présidence de la République de Corée.

Pour autant, la RPD de Corée ne néglige pas ses relations avec ses autres partenaires, dont beaucoup étaient représentés au niveau gouvernemental lors des cérémonies de commémoration de la fondation de la République :
- aux côtés du dirigeant nord-coréen se trouvait
Li Zhanshu, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central (CC) du Parti communiste chinois (PCC) et président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine (RPC), en visite en qualité de délégué spécial de Xi Jinping, Secrétaire général du CC du PCC et Président de la RPC ; le Président Kim Jong-un a organisé une
représentation artistique et un banquet en l'honneur de la délégation chinoise ;
- la Russie était représentée par Valentina Matvienko, Présidente du Conseil de la Fédération de Russie, en visite officielle en RPD de Corée ;
- une délégation du Parti et de l'Etat cubains était conduite par Salvador Antonio Valdes Mesa, premier vice-président de Cuba, membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de Cuba ;
-
Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie, était également présent à Pyongyang pour les cérémonies de commémoration.

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 20:57

Du 20 au 22 août 2018 puis du 24 au 26 août, des centaines de membres de familles coréennes séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle se retrouvent dans les monts Kumgang, au nord de la péninsule. La déclaration de Panmunjom, signée lors du sommet inter-coréen du 27 avril 2018 entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, avait prévu ces nouvelles rencontres - riches en émotions - entre des parents et des enfants, des frères et des sœurs, ou entre des cousins sans aucune possibilité de communiquer ou d'échanger entre eux depuis plus de 65 ans. Les autorités sud-coréennes envisagent la possibilité d'organiser ces rencontres sur une base régulière, alors que beaucoup des personnes qui s'étaient inscrites pour revoir une dernière fois leurs proches sont hélas aujourd'hui décédées. Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a été invité aux journaux télévisés de France 24, le 20 août 2018, pour évoquer ces réunions, sur la chaîne francophone (à 20h) puis sur la chaîne anglophone (20h30). Nous rendons compte ci-après de son entretien sur le canal francophone de la chaîne internationale.

Lee Keum-som (Sud, 92 ans) retrouve son fils Ri Sang-chol (Nord, 71 ans)

Lee Keum-som (Sud, 92 ans) retrouve son fils Ri Sang-chol (Nord, 71 ans)

Le journaliste Mathieu Cavada (MC) commence l'entretien en demandant si cette séparation des familles est un traumatisme profond.

Benoît Quennedey (BQ) : C’est la 20e rencontre depuis le début des années 2000 et la première depuis octobre 2015. Pendant près de sept décennies ces familles ont été complètement séparées, aucun moyen de communication n’étant possible entre leurs membres

MC : Combien de personnes sont séparées ?

BQ : Au sud on comptait plus de 100 000 personnes concernées par la séparation ayant demandé à revoir un membre direct de leur famille dans le cadre des réunions de familles séparées, mais si l'on inclut toutes les familles ayant un proche direct de l'autre côté de la zone démilitarisée (parents/enfants, frères/sœurs) cela représente au bas mot des millions de personnes, sans parler évidemment des relations amicales ou des voisins. L’absence totale de communications amène à des surprises, ainsi une femme pasteur sud-coréenne vivant en France a découvert que sa sœur, vivant au Nord, était l'équivalent chez nous d’Edith Piaf.

MC : Il n’y a pas beaucoup d’intimité dans ces retrouvailles, tout se passe devant des caméras.

BQ : Il y a aussi, pendants ces retrouvailles de deux fois trois jours, des moments de rencontre dans des salons ou des chambres d'hôtel de façon plus intime et sans la présence des caméras. Auparavant il s'agissait plutôt de rencontres entre frères et sœurs et entre parents et enfants, maintenant c'est souvent entre cousins. Bien sûr que c’est un choc de se retrouver ainsi et cela même peut être douloureux. Il faut aussi éviter d’aborder des sujets polémiques tels que la politique.

MC : Est-ce qu’ils reconnaissent leurs proches ?

BQ : La presse rapporte le cas d’une mère de 92 ans séparée de son enfant qui avait 5 ans… En plus de cette difficulté il y a les distances physiques, ou encore vestimentaires, créées par la division du pays. Par contre les mots restent les mêmes avec quelques anglicismes au Sud et russismes au Nord, nonobstant le sentiment d’avoir conservé la pureté de la langue au Nord.

MC : Cette rencontre n’est-elle pas pour Kim Jong-un un moyen de faire diversion alors que la dénucléarisation n’avance pas ?

BQ : Le processus de dénucléarisation est un processus de longue durée, où tant les Etats-Unis que la Corée du Nord attendent des gestes de l'autre partie. Ces rencontres entre familles séparées marquent déjà la force du rapprochement en cours Nord-Sud et sont vécues par les deux parties divisées de la Corée comme un processus d'abord humanitaire.

 

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 13:21

Le 18 août 2018, les athlètes nord et sud-coréens ont défilé ensemble, sous le drapeau de la Corée réunifiée, lors de la cérémonie d'ouverture des dix-huitièmes Jeux asiatiques d'été (Asiad) au stade Gelaro Bung Karno, à Jakarta, en Indonésie. C'était la onzième fois que les Coréens marchaient ensemble lors de l'ouverture d'une compétition sportive internationale - et la deuxième fois cette année après les Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang. Alors que des équipes conjointes ont été constituées dans plusieurs disciplines, les Jeux asiatiques apparaissent comme une nouvelle manifestation du rapprochement Nord-Sud dans le domaine sportif - aujourd'hui à la pointe de la reprise des échanges inter-coréens. 

Rapprochement sportif inter-coréen : émotion et fierté lors du défilé conjoint en ouverture des Jeux asiatiques

Avec un millier d'athlètes, les Coréens - du Nord et du Sud - sont la nation la plus fortement représentée aux 18e Jeux asiatiques, devant l'Indonésie et la Chine - mais si l'on compte séparément les Nord et les Sud-Coréens, les Sud-Coréens n'arrivent qu'en troisième place. 

Non seulement les objectifs en termes de médailles sont une fois encore élevés (pour mémoire, aux précédents Jeux asiatiques, à Incheon, en 2014, la Corée du Sud s'était classée deuxième au tableau des médailles, avec 79 médailles d'or, 70 médailles d'argent et 79 médailles de bronze, et la Corée du Nord septième avec 11 médailles d'or, 11 médailles d'argent et 14 médailles de bronze), mais la constitution d'équipes conjointes inter-coréennes donnent un fort contenu politique et diplomatique à cette compétition : les trois sports concernés sont le basketball féminin, l'aviron (dans trois épreuves) et les courses de bateau-dragon, un sport nautique d'équipe propre à l'Asie qui utilise une pirogue appelée bateau-dragon. Le bateau de l'équipe masculine (qui participera aux épreuves sur 200 m, 500 m et 1 000 m) a été baptisé du nom de Taedong, le fleuve qui arrose Pyongyang, et celui de l'équipe féminine (qui concourra sur les distances de 200 m et 500 m), Hangang, le fleuve qui baigne Séoul.

C'est ainsi sous les acclamations de soutiens venus de toute la Corée que les athlètes ont défilé ensemble, tandis que le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam se levaient ensemble, en se tenant par la main et en levant les bras au ciel, lorsque sont apparus les sportifs du Pays du matin calme.

Le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon (à gauche) et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam, lors de l'ouverture des Jeux asiatiques, le 18 août 2018

Le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yeon (à gauche) et le vice-Premier ministre nord-coréen Ri Ryong-nam, lors de l'ouverture des Jeux asiatiques, le 18 août 2018

Alors que lors du défilé d'ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, le porte-drapeau masculin était un Sud-Coréen plus âgé (Won Yun-jong, né en 1985) et la porte-drapeau une Nord-Coréenne plus jeune (Hwang Chung-gum, née en 1995), pour les Jeux asiatiques de Jakarta-Palembang les deux porte-drapeaux de la Corée étaient cette fois un Nord-Coréen plus jeune (Ju Kyong-chol, footballeur né en 1997) et une Sud-Coréenne plus âgée (Lim Yung-hui, née en 1980, capitaine de l'équipe de basketball dont elle est la doyenne, et qui comprend aussi des Nord-Coréennes). La Corée a été la quinzième équipe à entrer dans le stade, tandis que retentissait le chant Arirang, pièce maîtresse du patrimoine folklorique commun à toute la péninsule.

La basketteuse Lim Yung-hui (Sud) et le footballeur Ju Kyong-chol (Nord), porte-drapeaux de l'équipe coréenne unifiée lors de la cérémonie d'ouverture

La basketteuse Lim Yung-hui (Sud) et le footballeur Ju Kyong-chol (Nord), porte-drapeaux de l'équipe coréenne unifiée lors de la cérémonie d'ouverture

D'autres événements sportifs inter-coréens récents montrent qu'il s'agit d'un des domaines où la coopération Nord-Sud est la plus florissante : après la victoire de l'équipe mixte inter-coréenne lors de l'Open de Corée, le 21 juillet 2018 à Daejeon, des jeunes footballeurs sud-coréens ont participé du 13 au 18 août 2018 à un tournoi international des moins de 15 ans (U15) à Pyongyang réunissant également des joueurs biélorusses, chinois, ouzbeks et russes, et des matchs de football inter-coréens ont eu lieu à Séoul, le 11 août 2018, entre les travailleurs des deux pays. A cette occasion, la délégation nord-coréenne s'est rendu sur la tombe de Jeon Tae-il, ouvrier du textile s'étant immolé par le feu en 1970 pour dénoncer les conditions du travail alors en vigueur dans le sud de la Corée. 

Principales sources : 

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 11:47

Le 15 août, jour de la libération de la Corée de la colonisation japonaise (1910-1945), est célébré dans les deux parties de la péninsule divisée. Au Sud, il s'agit également de la fête nationale : le 15 août 2018, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée proclamée le 15 août 1948, le Président Moon Jae-in a prononcé un discours au Musée national de Corée à Yongsan, à Séoul, où il a souligné la nécessité de surmonter la division nationale, en observant que  "même si l'unification politique est encore bien loin de nous, établir la paix entre le Sud et le Nord, visiter librement les deux [parties divisées de la Corée] et former une communauté économique conjointe seraient une véritable libération pour nous [Coréens]". Cette thématique de la libération totale de la Corée en mettant fin à la séparation et à la division est partagée avec la République populaire démocratique de Corée, alors que la tenue du troisième sommet inter-coréen à Pyongyang vient d'être annoncée d'ici fin septembre 2018. 

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Le Président Moon Jae-in, le 15 août 2018

Pour fonder le sentiment de communauté nationale, certaines références sont incontournables. Pour les Coréens, le combat pour l'indépendance est rappelé lors de la célébration de la libération, le 15 août. Dans son discours du 15 août 2018, prononcé symboliquement à Yongsan qui a été pendant 114 ans une base militaire japonaise puis américaine en plein coeur de Séoul (cet emplacement doit désormais devenir un parc à vocation écologique), le Président Moon Jae-in a mis l'accent sur la lutte des femmes dans le combat pour la restauration de la souveraineté nationale : 

Même si les femmes subissaient de fortes discriminations tant en raison du système patriarcal que des inégalités économiques et sociales, elles se sont engagées dans le mouvement pour l'indépendance avec une indomptable volonté.

La travailleuse Kang Ju-ryong de l'Usine de caoutchouc Pyeongwon à Pyongyang a lancé un mouvement de protestation sur le toit du Pavillon Eulmildae, haut de 12 mètres, pour dénoncer les réductions unilatérales de salaires par le Japon impérialiste en 1931. Elle a crié pour la libération des femmes et la libération du travail.

A cette époque, les salaires des travailleurs coréens représentaient moins de la moitié de ceux des travailleurs japonais, et les travailleuses coréennes gagnaient elles-mêmes moins de la moitié de ce que percevaient leurs collègues masculins. Sa résistance acharnée a conduit à sa mort deux mois après sa libération de prison. Elle a été décorée à titre posthume, en 2007, de la médaille patriotique, dans le cadre de l'Ordre du Mérite pour la Fondation nationale.

En 1932, Gujwa-eup sur l'île de Jeju a été l'épicentre d'un combat par les plongeuses anti-japonaises lancé par cinq femmes : Ko Cha-dong, Kim Gye-seok, Kim Ok-nyeon, Bu Deok-nayng et Bu Chun-hwa. Le mouvement de lutte anti-japonais s'est étendu à près de 800 plongeuses, et quelque 17 000 femmes ont participé à 238 rassemblements pendant trois mois. Aujourd'hui, un monument au mouvement anti-japonais des plongeuses de l'île de Jeju a été dressé à Gujwa-eup.

Depuis le Jour de la Libération l'an dernier, le gouvernement a identifié 202 combattantes indépendantistes et leurs noms figurent fièrement dans l'histoire de la Libération. Parmi elles, 26 patriotes ont été distinguées en recevant aujourd'hui des honneurs et des décorations. Les autres continueront d'être honorées.

Tous les efforts pour la Libération recevront le crédit et l'estime qu'ils méritent. Le gouvernement continuera d'identifier davantage de combattants du mouvement pour l'indépendance sans discrimination fondée sur le genre ou le rôle qu'ils ont joué. Je suis convaincu que la complète mise à jour de l'histoire inconnue du mouvement d'indépendance et des militants pour l'indépendance marquera l'accomplissement d'une nouvelle libération.

Revenant par ailleurs sur les progrès accomplis depuis sept mois dans le dialogue entre les différentes parties impliquées dans la péninsule coréenne, le Président Moon Jae-in a rappelé l'alliance américano-sud-coréenne et fait une mention particulière des efforts accomplis par la Chine de Xi Jinping et l'Allemagne d'Angela Merkel. Il a aussi souligné que la paix, allant de pair avec la dénucléarisation de la péninsule, figurerait à l'ordre du jour du sommet de Pyongyang, en septembre 2018, ainsi que le développement des échanges Nord-Sud, sur la base de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 : 

Je visiterai Pyongyang le mois prochain en portant les voeux du peuple (coréen]. Nous, les deux dirigeants, confirmerons la mise en oeuvre de la Déclaration de Panmunjom et ferons un pas décisif vers la déclaration de la fin de la guerre de Corée et la signature d'un traité de paix, ainsi que la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

A cet égard, pour lever notamment les réticences d'une partie de l'opinion publique, en Corée du Sud et à l'étranger, quant au coût supposé de la réunification, le président sud-coréen a mis en avant les bénéfices économiques à attendre de la formation d'une communauté économique inter-coréenne, en citant explicitement l'exemple de la construction européenne : 

Selon une étude effectuée par un think tank public, l'impact économique de la coopération économique entre le Sud et le Nord devrait atteindre 170.000 milliards de wons (150 milliards de dollars) sur les 30 prochaines années.

Selon le Président Moon Jae-in, les bénéfices proviendront notamment du rétablissement des liaisons ferroviaires inter-coréennes, de l'exploitation de certaines ressources naturelles et de la reprise des activités des zones économiques de Kaesong et des Monts Kumgang.

Il s'agit d'une feuille de route ambitieuse, dont la mise en oeuvre dépend de la volonté des différentes parties et, s'agissant du projet économique, de la levée de sanctions économiques qui tuent les populations. 

Sources : 

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 21:09

A l'issue d'une rencontre entre délégations nord et sud-coréennes de haut niveau le 13 août 2018 dans la zone démilitarisée, les deux parties ont convenu - dans un communiqué de presse conjoint - de l'organisation d'un troisième sommet inter-coréen à Pyongyang (après ceux de juin 2000 et d'octobre 2007) d'ici fin septembre 2018 - à une date plus précise restant donc à confirmer publiquement. Après les deux rencontres au sommet entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in les 27 avril et 26 mai 2018, il s'agit de la mise en oeuvre d'un des engagements pris dans le cadre de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 (laquelle ne parlait toutefois d'une visite du président sud-coréen à Pyongyang qu' "à l'automne", sans davantage de précisions), témoignant de la reprise concrète des échanges Nord-Sud - qui s'est d'ores et déjà concrétisée par la participation commune à des événements sportifs et culturels (dans les prochains jours, les athlètes des deux parties de la Corée défileront ensemble aux Jeux asiatiques et formeront des équipes communes dans plusieurs disciplines) et la reprise attendue, fin août, des réunions de familles séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle. 

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Est-ce le début d'un processus d'institutionnalisation de rencontres au sommet régulières entre le Nord et le Sud ? Le Président Moon Jae-in en avait émis le souhait, et de fait - alors qu'il n'est encore qu'au début de son mandat présidentiel de cinq ans, commencé il y a quinze mois - il aura rencontré plus souvent le dirigeant suprême nord-coréen, le Président Kim Jong-un (trois fois en six mois) que tous ses prédécesseurs, sur une durée pourtant beaucoup plus longue (deux rencontres en près de 70 ans). En relations internationales, des réunions régulières (comme les sommets du G7/G8) permettent en effet d'aborder au plus haut niveau des sujets d'intérêt commun, d'arrêter des priorités et de prendre des décisions communes.

Le troisième sommet inter-coréen à Pyongyang devrait ainsi être d'abord l'occasion de préciser la feuille de route des échanges inter-coréens, telle que définie lors de la déclaration de Panmunjom le 27 avril 2018. La partie Nord a manifesté des attentes face à ce qu'elle perçoit comme des atermoiements du Sud - en particulier dans le domaine économique, où la reprise des échanges - notamment le redémarrage de la zone économique de Kaesong - est entravée par les sanctions internationales prises à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée. En effet, si les autorités sud-coréennes ont envisagé la possibilité d'une levée partielle des sanctions, elles s'en tiennent à une position solidaire de celle de Washington, qui affirme qu'il n'y aura de levée des sanctions qu'à l'issue du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Pour leur part, les autorités nord-coréennes ont dénoncé les "méthodes de gangster" des Américains, en estimant que leurs gestes de bonne volonté dans le domaine nucléaire et balistique (y compris le rapatriement de restes de soldats américains morts en Corée) n'ont pas été payés de retour. Selon Pyongyang, les Etats-Unis doivent à leur tour préciser les garanties de sécurité qu'ils entendent apporter et s'engager dans une levée au moins partielle des sanctions - les plus sévères jamais mises en place dans le cadre des Nations unies. Pour cela, eu égard notamment à la proximité entre les services secrets sud-coréens et américains (qui sont des canaux privilégiés du dialogue autour de la péninsule coréenne), la Corée du Sud pourrait transmettre des messages aux Américains pour faire réussir le processus engagé lors du sommet de Singapour entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un.

Dans ce contexte, et en attendant que soit précisé le contenu des discussions inter-coréennes qui seront à l'ordre du jour du sommet de septembre 2018, le troisième sommet Nord-Sud à Pyongyang apparaît comme l'une des étapes dans les multiples rencontres diplomatiques entre les acteurs principaux dans la péninsule coréenne (les deux Etats coréens, les Etats-Unis, la Chine et la Russie). 

Ces différents points ont par ailleurs été abordés par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, à l'antenne de RT France, dans le journal télévisé de 21h du 13 août 2018.

Source principale : Yonhap

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