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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:19

En apparence, tout va bien : de nouvelles rencontres de familles séparées sont prévues fin août, des événements sportifs sont organisés en commun, et les échanges culturels ne sont pas en reste - des films nord-coréens étant par exemple à l'affiche du Festival international du film fantastique de Bucheon... Mais les signes concrets de reprise des échanges inter-coréens ne signifient pas pour autant que d'intenses - et complexes - négociations ne se mènent pas en coulisses, bien au contraire. Dans ce contexte, rendre public son mécontentement ou ses attentes est une tactique de négociation classique, consistant à prendre à partie la (les) opinion(s) publique(s). C'est ce que les deux gouvernements coréens ont fait récemment et quasi-simultanément, ouvertement et sans fards en ce qui concerne l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, et pour le Nord plus discrètement (il n'y a pas de changement de ton actuellement vis-à-vis des autorités sud-coréennes dans les dépêches de l'agence officielle nord-coréenne KCNA) mais dans un article au ton incisif du Rodong Sinmun, qui est l'organe officiel du Parti du travail de Corée. 

La ministre des Affaires étrangères sud-coréenne Kang Kyung-wha et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à New York le 20 juillet 2018

La ministre des Affaires étrangères sud-coréenne Kang Kyung-wha et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à New York le 20 juillet 2018

Tempête à la Maison Bleue, siège de la présidence sud-coréenne - le Rodong Sinmun, organe officiel s'il en est des autorités nord-coréennes, a critiqué - certes, sans le nommer - le Président Moon Jae-in, ce dont a rendu compte l'agence sud-coréenne Yonhap dans une dépêche suffisamment importante pour que nous la reproduisons ci-après dans son intégralité : 

Le quotidien nord-coréen Rodong Sinmun a attaqué ce vendredi le président Moon Jae-in dans ce qui semble illustrer un mécontentement croissant face à la lenteur des progrès dans les relations et la coopération intercoréennes.

L’organe de presse officiel du Parti du travail a qualifié dans un éditorial d'«insolents» et d'«inutiles» les propos que Moon a tenus récemment sur le sommet Corée du Nord-Etats-Unis du 12 juin.

Bien que le quotidien n'ait pas mentionné directement Moon, il faisait référence à la conférence donnée la semaine dernière par Moon à Singapour au cours de laquelle il a appelé Pyongyang et Washington à mettre en œuvre ce que leurs dirigeants ont décidé en juin, tout en les mettant en garde contre le jugement grave du monde s’ils ne parvenaient pas à le faire.

Le journal a également souligné que des questions «importantes» que les deux Corées doivent aborder restaient en suspens pour une durée indéterminée, critiquant le Sud pour avoir sapé la coopération intercoréenne en citant les sanctions imposées contre la Corée du Nord comme prétexte.

Il était rare que le média nord-coréen s’en prenne au président sud-coréen depuis le sommet intercoréen du 27 avril à l’issue duquel les dirigeants se sont mis d’accord pour mettre fin aux actes d’hostilité l’un contre l’autre.

Yonhap

Pour apprécier quelle est effectivement la portée des critiques des autorités de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à l'égard de la République de Corée (Corée du Sud), nous avons consulté les versions anglophones de deux médias nord-coréens à la date du 22 juillet 2018. Tout d'abord, nous n'avons alors noté aucun changement de ton concernant l'agence de presse KCNA (à la différence de Yonhap, qui s'interroge soudain sur la mention par la RPDC de la "crise économique" en Corée du Sud, alors que la couverture par les médias nord-coréens des manifestations de mécontentement social au Sud est un thème récurrent), les obstacles aux progrès dans les relations Nord-Sud étant mis sur le compte des forces anti-réunification (au premier rang desquelles l'opposition conservatrice). En revanche, dans la rubrique "relations inter-coréennes" de la version anglophone en ligne du Rodong Sinmun, une sévère critique des autorités sud-coréennes est formulée dans un article daté du 21 juillet 2018, signé de Kim Chun Sun (la précision est importante, puisqu'il ne s'agit donc pas du point de vue officiel d'un des organismes de pouvoir nord-coréens). L'argumentaire est conduit selon trois axes principaux : le manque de progrès dans les relations inter-coréennes imputé aux autorités sud-coréennes (ce que met justement en avant l'article de l'agence Yonhap, en estimant que le changement de ton à Pyongyang traduit des attentes nord-coréennes quant au développement des relations Nord-Sud) ; les velléités de la Corée du Sud de se présenter comme la force motrice dans les relations Nord-Sud, voire dans les relations Etats-Unis - Corée du Nord (ce qui serait humiliant pour le Nord, ravalé au rang de suiveur de politiques décidées ailleurs qu'à Pyongyang) ; la dépendance de la Corée du Sud vis-à-vis de ses "maîtres" américains. Selon Kim Chun Sun, 

Les autorités sud-coréennes font grand bruit pour la mise en oeuvre de la déclaration de Panmunjom dans leurs discussions avec nous. Mais elles n'ont pas encore pris de mesures pratiques pour une amélioration fondamentale des relations Nord-Sud, en lisant sur le visage de leurs maîtres américains, et laissent par conséquent pendantes, de manière permanente, d'importantes questions entre le Nord et le Sud.

C'est un principe clair tiré de l'histoire passée que la Corée du Sud a échoué à jouer ne serait-ce que le rôle d'un assistant - ne parlons même pas de "force motrice" - alors qu'elle est prise dans un cercle vicieux où elle flatte l'une des parties et est rejetée par une autre partie, où elle voit l'une des parties interférer après qu'elle a fait partager ses vues par l'autre partie.

Faire des "mises en garde" inutiles, se retrouver enserré dans l'absurde "théorie de la force motrice", pourrait porter atteinte au processus de paix dans la péninsule coréenne et avoir des résultats décevants en offrant la possibilité à des forces malhonnêtes de pêcher en eaux troubles.

Rodong Sinmun

S'il est évident que les deux parties auxquelles fait allusion l'auteur de cette tribune sont les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autres formulations ont une certaine ambiguïté toute diplomatique - et que ne peut que renforcer le fait que nous avons opéré la traduction en français d'un article déjà traduit du coréen en anglais, la double traduction pouvant entraîner des pertes de sens. En particulier, les "forces malhonnêtes" contre lesquelles il est mis en garde sont-elles à l'intérieur ou à l'extérieur du gouvernement sud-coréen ? S'agit-il de l'opposition conservatrice, d'une partie de l'administration sud-coréenne nommée sous les présidences conservatrices (et dont elle peut partager les vues) ou de sensibilités internes à l'actuel gouvernement sud-coréen, plus réticentes au dialogue ? Les différences de positions vis-à-vis de Pyongyang sont patentes à Washington (John Bolton étant le chef de file de ceux qui ne croient pas au dialogue avec la Corée du Nord). De telles sensibilités existent certainement aussi à Séoul, même si elles sont plus difficiles à identifier avec certitude. 

Un point saillant de la critique nord-coréenne - que ne met pas en avant la (courte) dépêche de l'agence Yonhap citée plus haut - est la volonté de Pyongyang de dissocier les relations inter-coréennes des relations Etats-Unis - Corée du Nord, largement centrées sur la question nucléaire. Une telle attente n'est pas nouvelle, et s'est jusqu'à présent heurtée à une fin de non-recevoir de Séoul, qui entend maintenir l'alliance militaire avec Washington et déclare partager totalement la position américaine d'une levée des sanctions seulement après la dénucléarisation complète de la RPD de Corée. Ayant rencontré le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à New York le 20 juillet 2018, Kang Kyung-wha, ministre des Affaires étrangères de la République de Corée aurait rappelé comme suit la position de Séoul, selon l'agence Yonhap : 

La ministre a rappelé aux journalistes présents avant le début de l’entretien [avec Mike Pompeo] que la Corée du Nord a à multiples reprises affiché un «engagement clair» de dénucléarisation complète, notamment au cours du sommet de Singapour le mois dernier, entre Kim et Trump. «Nous espérons qu’ils tiennent cet engagement», a-t-elle poursuivi.

A la presse sud-coréenne, Kang a dit après les réunions qu’un consensus existait entre les membres du Conseil [de sécurité des Nations Unies, également rencontrés à New York] sur le besoin de maintenir les sanctions contre le régime nord-coréen jusqu’à la dénucléarisation totale.

Yonhap

Alors que le dernier cycle de négociations à Pyongyang, avec Mike Pompeo, sur la mise en oeuvre de la dénucléarisation de la RPD de Corée à la suite du sommet de Singapour ne s'est pas déroulé dans les meilleures conditions (comme en a témoigné une dénonciation à Pyongyang des "méthodes de gangster" de Washington), il est évident que le soutien public affiché de Séoul à la ligne de négociations dure des Etats-Unis avec la RPD de Corée n'a pu être reçu qu'avec mécontentement à Pyongyang.  Le commentaire de Kim Chun Sun dans le Rodong Sinmun est la réponse du berger à la bergère. 

Mais le gouvernement sud-coréen du Président Moon Jae-in, très attaché à la poursuite des échanges Nord-Sud, a parfaitement reçu le message nord-coréen, et une ouverture significative a été faite par Mme Kang Kyung-wha à New York : la possibilité d'un allègement partiel des sanctions sans attendre la fin du processus de dénucléarisation. Ainsi, toujours selon l'agence Yonhap, 

[Mme Kang] a souligné qu’il pourrait y avoir un assouplissement des sanctions seulement en cas de progrès vers la dénucléarisation, tout en notant qu’une levée «limitée» pouvait être nécessaire pour conserver le dialogue avec Pyongyang.

Yonhap

La levée des sanctions est vitale pour la République populaire démocratique de Corée. A présent, Pyongyang attend toutefois autre chose que des mots : des gestes concrets de Séoul... et de Washington. Le double processus de négociation (inter-coréen et entre Pyongyang et Washington) est plus que jamais en cours. Mais il n'est pas un long fleuve tranquille.

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 12:53

C'est une équipe formée du Sud-Coréen Jang Woo-jin et de la Nord-Coréenne Cha Hyo-sim qui a remporté la finale en doubles mixtes de l'Open de Corée - l'une des étapes du Pro-Tour de tennis de table, organisée par l'Association (sud-)coréenne de tennis de table sous l'égide de la Fédération internationale de tennis de table (ITTF), le 21 juillet 2018 à Daejeon. Un succès spectaculaire qui rappelle l'obtention du titre de championne du monde de l'équipe coréenne unifiée en 1991, après la formation d'une équipe commune aux Mondiaux de tennis de table en 2018 en Suède, et témoigne du dynamisme et du succès des échanges intercoréens dans le domaine sportif.

De gauche à droite, Cha Hyo-sim et Jang Woo-jin, lors du quart de finale contre les Hongkongais Ho Kwan Kit et Lee Ho Ching le jeudi 19 juillet 2018 à l'Open de Corée

De gauche à droite, Cha Hyo-sim et Jang Woo-jin, lors du quart de finale contre les Hongkongais Ho Kwan Kit et Lee Ho Ching le jeudi 19 juillet 2018 à l'Open de Corée

L'émotion était palpable - dans les tribunes où les supporters coréens criaient "Nous sommes unis !", mais aussi - et d'abord - parmi les deux joueurs. Jang Woo-jin a ainsi déclaré : 

J'ai vu Hyo Sim pleurer pendant la cérémonie, et cela m'a brisé le coeur de devoir dire au revoir maintenant.

En effet, la loi sud-coréenne de sécurité nationale interdit toujours tout contact non autorisé préalablement entre Nord et Sud-Coréens, même au sein d'une même famille.

Seize joueurs nord-coréens ont participé à l'édition 2018 de l'Open de Corée.

En finale, les deux Coréens ont battu les Chinois Wang Chuqin et Sun Yingsha, qui ont remporté le premier jeu (11-5) afin de perdre les trois suivants face à la redoutable équipe coréenne (11-3, 11-4 et 11-8).


 

Jang Woo-jin et Cha Hyo-sim lors de finale de l'Open de Corée

Jang Woo-jin et Cha Hyo-sim lors de finale de l'Open de Corée

Mise à jour le 29 juillet 2018 : une révélation de l'Open de Corée a par ailleurs été le jeune Nord-Coréen Ham Yu-song, vainqueur (épreuves individuelles) pour les moins de 21 ans, puis qui lors de la compétition générale a battu le numéro 11 mondial, le Japonais Kenta Matsudeira. Ce résultat est d'autant plus intéressant que ce sont les joueuses nord-coréennes qui obtiennent leurs meilleurs résultats pour la RPD de Corée - le manque de ressources financières handicapant la Corée du Nord pour atteindre les premières places mondiales dans les épreuves masculines.
 

Ham Yu-song à l'Open de Corée

Ham Yu-song à l'Open de Corée

Sources : ​​​​​​​

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 13:53

La petite salle du restaurant coréen Morann, dans le 15e arrondissement, était pleine ce jeudi 12 juillet 2018 (et la majorité des participants français, parmi eux des membres de l'AAFC), pour entendre Mme Kim Jung-hee, Sud-Coréenne naturalisée française, faire le récit de son quatrième voyage en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), du 19 au 26 mai 2018. Une présentation suivie d'une discussion qui a également montré l'attachement des Coréens d'outre-mer à être pleinement acteurs du processus de rapprochement intercoréen en cours. 

Mme Kim Jung-hee

Mme Kim Jung-hee

D'emblée, Mme Kim a dû préciser que s'intéresser à la Corée du Nord, en Corée du Sud, n'est jamais neutre, et s'y rendre encore moins : le poids de l'éducation, longtemps marquée par un fort anticommuniste, fait soupçonner tout visiteur de sympathies communistes. Kim Jung-hee répond très simplement qu'aller en Corée du Nord consiste pour elle à s'intéresser à la moitié de son pays, certes divisé mais partageant une même culture et une même langue. Se déclarant très touchée par la rencontre à Panmunjom, le 27 avril 2018, entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, elle est convaincue de la possibilité d'un avenir de paix si la réconciliation se poursuit.

S'appuyant sur les nombreuses photos qu'elle a pu prendre au cours de son récent séjour en mai 2018, elle a mis en évidence les changements qu'elle a observés depuis sa première visite en 2014 : un usage qui se généralise du vélo, un code vestimentaire marqué par un recours accru aux couleurs vives et la coquetterie de plus en plus prononcée des femmes...

C'est sur la vie quotidienne qu'elle a choisi de mettre l'accent, chacune de ses visites étant marquée par la conduite d'actions de coopération dans les domaines agricole et alimentaire : elle a ainsi visité la ferme-prairie de Sepodeungpan, au nord de la zone démilitarisée (acronyme anglais : DMZ), où les pluies abondantes du printemps 2018 ont été la promesse de bonnes récoltes cette année. La ferme de Sepodeungpan s'étend sur 50 000 hectares, entre 450 et 600 mètres d'altitude, et met l'accent sur l'élevage caprin et bovin en comptant aujourd'hui 100 000 têtes de bétail - l'objectif étant de porter ce nombre à 500 000 têtes. La ferme est caractérisée par un degré élevé de mécanisation (avec un système de contrôle central permettant notamment d'échanger des informations sur les bêtes malades, les paysans étant en outre très fiers que les machines à peser les bêtes soient fabriquées en RPD de Corée, de même selon eux que 90 % des tracteurs qu'ils utilisent) et un recours intensif aux énergies renouvelables (éolienne et solaire, des petits panneaux solaires - ici d'origine chinoise - étant installés sur les toits des différentes habitations). La ferme tire profit de son environnement naturel, mais elle le subit également : certains endroits trop ventés sont impropres à l'agriculture et à l'élevage - pour mémoire, un sixième seulement de la superficie totale de la Corée du Nord est constituée de terres arables. Un important effort est consacré à diminuer le taux d'acidité des terres.

La ferme constitue une agroville, disposant de son propre Institut de recherche vétérinaire, sanitaire et alimentaire, qui a été visité par des équipes originaires d'Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas. Pour sa part, l'Italie a fourni des plants de pommiers.

Si la ferme-prairie de Sepodeungpan a constitué l'élément le plus original de la visite de Mme Kim Jung-hee en Corée du Nord, sur lequel ce compte rendu met l'accent, elle a pu se déplacer largement dans le reste du pays : à Wonsan, en cours d'aménagement de manière à devenir une station balnéaire de première importance, à Gosong (port desservant les monts Kumgang, où le dynamique tourisme intercoréen s'est brutalement arrêté en juillet 2008 et où les installations hôtelières sud-coréennes - comme l'hôtel Haekeumgang - se dégradent fortement), la zone démilitarisée - où elle a pu voir l'arbre planté par les deux présidents le 27 avril 2018 - et bien sûr Pyongyang, où la construction de nouvelles avenues témoigne du renouveau architectural en cours. 

Interrogée sur la nature des actions de coopération qu'elle conduit, Kim Jung-hee a précisé collecter des dons avec une demi-douzaine d'amis Coréens de par le monde, notamment des Coréens des Etats-Unis, les sommes recueillies ayant permis l'achat de pompes, de canalisations ou encore de filets pour protéger les plantations de jeunes arbres. 

L'exposé de Mme Kim, puis les réponses claires aux questions qui lui ont été posées, toujours dans un très bon français, a été empreint de cet enthousiasme qui témoigne combien la réunification fait toujours vibrer de nombreux Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, même après 70 ans d'une cruelle séparation. 

Photo AAFC

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 20:53

Le 10 juillet 2018, les organisateurs du Festival international du film fantastique de Bucheon (BiFan) - créé en 1997 et dont la programmation s'est élargie à d'autres genres (film d'horreur, thriller, film d'animation...) - ont annoncé que la prochaine édition du festival, à partir du 12 juillet et jusqu'au 22 juillet, comporterait la projection de neuf films nord-coréens, dont trois longs métrages et six courts métrages. Un choix de programmation exceptionnel et courageux, alors que la simple détention et a fortiori la diffusion de créations culturelles de la République populaire démocratique de Corée (RPD de Corée) reste interdite et punie en République de Corée (du Sud), sauf autorisation, en application de la loi de sécurité nationale

Neuf films nord-coréens à l'affiche au Festival international du film fantastique de Bucheon

Les organisateurs du festival ont entendu s'inscrire dans le climat de détente des relations Nord-Sud depuis les deux sommets intercoréens du printemps 2018 (le 27 avril et le 26 mai), et qui se traduisent également par l'organisation en commun d'événements sportifs

Le Festival international du film fantastique de Bucheon va organiser une projection spéciale de films nord-coréens pour refléter l'atmosphère de paix grandissante sur la péninsule coréenne et a récemment obtenu l'autorisation du gouvernement pour les projeter.

Les films nord-coréens projetés, qui datent de 1980 à 2016, comportent notamment The Story of Our Home, comédie primée au Festival international du film de Pyongyang (PIFF) lors de sa sortie en 2016, et Comrade Kim Goes Flying, comédie romantique retraçant le récit d'une trapéziste de la troupe de cirque de Pyongyang, et co-production du Belge Anja Daelemans, du Coréen Kim Gwang-hun et du Britannique Nicholas Bonner, diffusé notamment - lors de sa sortie en 2012 - au Festival international du film de Toronto et au Festival international du film de Busan. 

Image de "The Story of our Home"

Image de "The Story of our Home"

Sources : StraitsTimes, Yonhap

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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 10:07

Le 22 juin 2018, Nord et Sud-Coréens se sont mis d'accord pour de nouvelles réunions de familles coréennes séparées : du 20 au 26 août prochain, 100 Nord-Coréens et 100 Sud-Coréens se retrouveront après plus de 60 ans de séparation, sans possibilité de se contacter ni le plus souvent de possibilité d'avoir de nouvelles de leurs proches installés de l'autre côté de la zone démilitarisée. Ces retrouvailles entre membres de familles divisées, qui constituent l'un des résultats les plus concrets de la déclaration signée à Panmunjom le 27 avril 2018 entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, seront les premières depuis octobre 2015

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

Debout, de gauche à droite : Pak Yong-il, vice-président du Comité pour la réunification pacifique du pays de la République populaire démocratique de Corée, et Park Kyung-seo, président de la Croix-Rouge de la République de Corée, à l'issue de l'accord sur les réunions de familles séparées, le 22 juin 2018, dans un hôtel des Monts Kumgang.

C'est le 4 août que les deux parties, à l'issue de discussions menées via leurs organisations des Croix Rouges, échangeront les listes des heureux élus qui participeront à ces réunions chargées d'émotion. Pour les seuls Sud-Coréens, 132 124 personnes ont déposé une candidature pour retrouver leurs proches qui se trouvent au nord de la péninsule - et seulement 57 000 sont encore en vie. Les dates retenues sont proches du 15 août, date de la libération de la Corée de l'occupation japonaise en 1945 et qui est une fête nationale commune à l'ensemble des Coréens - et qui coïncidera également cette année, au Sud, avec le 70e anniversaire de la fondation de la République de Corée en 1948.

Le spectaculaire rapprochement intercoréen opéré depuis le début de l'année a produit d'autres résultats dans différents domaines, sur le long chemin de la réconciliation Nord-Sud et de la réunification :

- d'importantes discussions se sont tenues dans le domaine militaire et de la sécurité le 14 juin : parmi les sujets abordés, ont figuré notamment le rétablissement complet des lignes de communication militaires, avant le possible établissement d'une ligne directe entre les chefs militaires ; la réaffirmation de l'accord de 2004 pour prévenir les accrochages accidentels en mer Jaune ; une perspective de démilitarisation, à titre d'essai, du village de la trêve à Panmunjom ; l'excavation des restes de soldats morts pendant la guerre de Corée dans la zone démilitarisée... ; 
- au plan sportif, les deux parties divisées de la Corée défileront ensemble lors des Jeux asiatiques qui se tiendront à Jakarta et Palembang, en Indonésie, du 18 août au 2 septembre 2018, et formeront des équipes unifiées dans plusieurs disciplines ; un  match de basketball intercoréen aura lieu à Pyongyang autour du 4 juillet, date anniversaire de la première déclaration conjointe Nord-Sud en 1972, et un match retour est prévu à Séoul cet automne ;
- concernant les échanges non gouvernementaux, un groupe civique sud-coréen favorable à la mise en oeuvre de l'esprit de la déclaration du 15 juin 2000 a pu se rendre en RPD de Corée ;
- au plan économique, si les sanctions n'ont pas encore été levées, des réunions ont eu lieu cette semaine pour préparer l'ouverture (y compris matérielle) du bureau de liaison pour la reprise des échanges intercoréens qui s'ouvrira à Kaesong, au Nord, tandis que des banques sud-coréennes ont mis en place des groupes de travail pour anticiper la reprise du financement de projets inter-coréens

Principales sources :
KCNA

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 09:43

S'étant tenu le 26 mai 2018, deux jours après que le Président Donald Trump avait annoncé l'annulation de son sommet avec le Président Kim Jong-un, le quatrième sommet intercoréen a donné lieu à des commentaires convergents du Président Moon Jae-in et de l'agence nord-coréenne KCNA : la volonté de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de procéder à sa dénucléarisation reste intacte, et Pyongyang a réitéré son souhait que la rencontre avec le président américain ait lieu comme prévu. Ce dont le Président Donald Trump s'est réjoui, en revenant sur les termes de son courrier du 24 mai 2018, en déclarant à des journalistes : "Ça avance très bien. On vise le 12 juin à Singapour. Ça n'a pas changé." Mais le temps presse pour que les Etats-Unis définissent clairement les contreparties qu'ils apporteront aux engagements pris par la RPD de Corée.

Le sommet Kim-Trump de nouveau sur les rails : l'urgence pour les Etats-Unis de préciser la nature de leurs contreparties

C'est à une demande du dirigeant nord-coréen exprimée le 25 mai que s'est tenu le sommet du 26 mai 2018, en un temps record, confirmant ainsi que la RPD de Corée avait placé ses espoirs dans la République de Corée (Corée du Sud) pour ramener Washington à la table des négociations. Le Président Moon Jae-in a évoqué la nécessité de dissiper les malentendus dans les échanges entre Washington et Pyongyang, tout en insistant auprès de Pyongyang sur le désir du Président Donald Trump de réussir la tenue du sommet de Singapour. Ainsi qe l'a précisé KCNA, "Kim Jong-un a remercié Moon Jae-in pour ses importants efforts pour le sommet RPDC-Etats-Unis prévu le 12 juin".

Le Président Moon Jae-in a cependant souligné les attentes de la RPD de Corée en matière de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis, soulignant ainsi les engagements que doit prendre Washington en ce domaine - et sur lesquels l'administration américaine reste vague quant aux modalités, au-delà des déclarations de principe :

Ce qui reste incertain pour le président Kim Jong-un, c’est la confiance qu’il peut accorder à la promesse des Etats-Unis de mettre fin aux relations hostiles et de garantir la sécurité de la Corée du Nord après sa dénucléarisation.

Les deux dirigeants coréens ont exprimé leur volonté commune de mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom et de garantir la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, en convenant de se rencontrer souvent à l'avenir pour favoriser le dialogue.

Enfin, le Président Moon Jae-in a affirmé son intention de permettre la tenue d'un sommet trilatéral (réunissant les dirigeants des deux Corée et des Etats-Unis) qui permette de transformer l'accord d'armistice de 1953 en un traité de paix. Il a déclaré, cité par l'agence sud-coréenne Yonhap : 

Le sommet Corée du Nord-Etats-Unis doit être tenu avec succès et je souhaite voir des efforts pour mettre fin officiellement à la guerre (de Corée) à travers un sommet trilatéral entre le Sud, le Nord et les Etats-Unis.

Les deux Etats coréens ont affiché une large convergences de vues sur la nécessité de favoriser la paix, la prospérité et le développement dans la péninsule. Il reste maintenant à s'assurer que les Etats-Unis seront bien sur la même ligne, et qu'ils éviteront des demandes déraisonnables de nature à faire échouer le processus - ils devront effectuer des gestes au fur et à mesure du processus de dénucléarisation nord-coréen. Ces contreparties, non exhaustives, peuvent être les suivantes :

- définition d'un mécanisme permanent, complet et irréversible de sécurité collective, pouvant impliquer la Chine et la Russie comme garants d'un accord de non-agression par les Etats-Unis, ainsi que la mise en place d'un canal de dialogue militaire direct avec Pyongyang au-delà d'un cadre de discussion multilatéral,
- levée progressive de toutes les sanctions, internationales et bilatérales, et garanties données à la RPD de Corée de pouvoir accéder aux financements internationaux,
- pleine possibilité pour Pyongyang de pouvoir mener les programmes de recherche scientifiques nécessaires à son développement économique, en levant les obstacles aux coopérations internationales,
- établissement de relations diplomatiques bilatérales entre Washington et Pyongyang et organisation d'événements culturels et sportifs communs...

Les attentes nord-coréennes sont cohérentes avec sa volonté d'être un acteur de la communauté internationale reconnu à part entière, disposant des mêmes droits que les autres Etats souverains : il appartient à présent au Président Donald Trump de répondre à ces exigences légitimes.

Sources :

- KCNA ;

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 12:53

Le 26 mai 2018, Kim Jong-un, Président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), se sont rencontrés à nouveau, cette fois dans la partie nord de la zone démilitarisée (DMZ). Ce second sommet, un mois seulement après l'adoption de la déclaration de Panmunjom, s'est tenu très rapidement, sans annonce préalable, après une nouvelle valse-hésitation du Président Donald Trump ayant décidé l'annulation puis le possible maintien du sommet avec le Président Kim Jong-un, prévu le 12 juin 2018 à Singapour. L'annonce du président américain, effectuée sans concertation avec les Sud-Coréens, est apparue comme un camouflet pour le Président Moon Jae-in, qui a immédiatement organisé une réunion du Conseil de sécurité nationale et a ainsi repris la main en engageant un dialogue direct avec le Nord - la rencontre faisant une nouvelle fois apparaître le Président Kim Jong-un comme un interlocuteur responsable et raisonnable. En effet, si l'administration américaine apparaît dangereusement imprévisible, l'engagement de la RPD de Corée sur la voie de la dénucléarisation est pour sa part parfaitement clair : Pyongyang a ainsi procédé à la destruction du site d'essais nucléaires de Punggye-ri - le 24 mai, le jour même de la première annonce du Président Donald Trump - et réagi avec prudence et retenue aux propos de ce dernier sur l'annulation du sommet de Singapour. Plus que jamais, les Coréens - des deux entités étatiques se partageant le territoire de la péninsule - prennent en mains leur destin eux-mêmes. 

Nouvelle rencontre Moon Jae-in - Kim Jong-un : les Coréens prennent la main face à une administration américaine versatile

C'est la présidence sud-coréenne (la Maison bleue) qui a annoncé la rencontre surprise entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, tout en précisant que les résultats des discussions (qui ont duré deux heures, de 15h à 17h) donneraient lieu à une communication le lendemain par le Président Moon Jae-in lui-même.

Deux questions ont été abordées selon la présidence sud-coréenne : la mise en oeuvre de la déclaration de Panmunjom et la préparation du sommet prochain avec les Etats-Unis. Selon Yoon Young-chan, conseiller aux relations publiques du président sud-coréen : 

Les deux dirigeants ont échangé leurs opinions franchement pour mettre en œuvre la déclaration de Panmunjom du 27 avril et organiser avec succès le sommet Corée du Nord-Etats-Unis.

En termes diplomatiques, une discussion franche signifie que les points de désaccord ont été clairement exprimés. 

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

A gauche, le Président Moon Jae-in et Suh Hoon, directeur des services de renseignement ; à droite, le Président Kim Jong-un et Kim Yong-chol, vice-président du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC), directeur du département du Front uni du PTC.

Si la déclaration de Panmunjom a porté entre autres sur les relations intercoréennes, elle visait aussi plus largement la dénucléarisation de - toute - la péninsule coréenne et la mise en place d'un traité de paix (impliquant aussi les Etats-Unis et la Chine), 65 ans après les combats de la guerre de Corée (1950-1953) s'étant terminés par un simple accord d'armistice. Les manoeuvres militaires des Etats-Unis et de leurs alliés Max Thunder, ayant commencé le 11 mai pour une durée de deux semaines, avaient ainsi été dénoncées par Pyongyang comme contraire à la déclaration de Panmunjom, entraînant l'annulation d'une réunion Nord-Sud. D'autres questions entravent le progrès des relations intercoréennes, notamment le sort de douze serveuses nord-coréennes d'un restaurant en Chine s'étant retrouvées en Corée du Sud dans des circonstances troubles, et dont la RPD de Corée exige le rapatriement.

L'autre préoccupation majeure des deux parties ce samedi 26 mai 2018 était toutefois de permettre la tenue du sommet entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un en échangeant leurs informations et en coordonnant leurs interventions. A cet égard, le Président Moon Jae-in a pu faire état de sa rencontre avec son homologue américain le 22 mai, tandis que le Président Kim Jong-un a reçu à Pyongyang à plusieurs reprises le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, partisan d'une ligne réaliste à Washington face aux partisans d'une position dogmatique emmenés par le conseiller présidentiel John Bolton - Pyongyang ayant clairement fait savoir qu'elle ne voulait pas comme interlocuteur de ce partisan acharné de la guerre en Irak et des interventions militaires américaines aux quatre coins de la planète.

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 21:01

Largement médiatisée à la veille des élections législatives sud-coréennes du 13 avril 2016, la défection en République de Corée (Corée du Sud) d'un responsable et de douze serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine (dont on a appris depuis qu'il était situé à Ningbo) avait été présentée par les conservateurs au pouvoir à Séoul comme une défection "de masse" exceptionnelle, censée prouvée la justesse de la politique de confrontation avec le Nord des autorités sud-coréennes de l'époque - car c'était prétendument une preuve manifeste de l'effondrement imminent de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), rendant inutile - voire contre-productive - une approche intercoréenne fondée sur le dialogue . Mais aussitôt la Corée du Nord avait dénoncé un "enlèvement" orchestré par les services de renseignement sud-coréens du National Intelligence Service (NIS) et exigé le rapatriement des jeunes femmes : une demande réitérée après des révélations récentes du responsable nord-coréen du restaurant ayant fait défection, selon lesquelles il était un agent du NIS depuis 2014 et que ses employeurs lui auraient demandé de rejoindre la Corée du Sud avec les douze serveuses, à l'insu de ces dernières.

Défection des serveuses nord-coréennes : nouvelles déclarations embarrassantes pour les services de renseignement sud-coréens (NIS)

A l'instar de l'opposition démocrate, l'Association d'amitié franco-coréenne s'était interrogée au printemps 2016 sur ce qui avait l'apparence d'une possible manoeuvre préélectorale, dont le modus operandi avait outrepassé les règles solidement établies quant à l'accueil des défecteurs nord-coréens en Corée du Sud. En particulier, la nouvelle avait été annoncée sans respecter les étapes ordinaires en cas d'arrivée d'un transfuge nord-coréen en Corée du Sud, comme s'il fallait médiatiser l'affaire à quelques jours des élections législatives ; puis les services de renseignement sud-coréen avaient totalement pris en charge les jeunes femmes, leur interdisant tout contact extérieur, et se substituant à elles lors de leur audience ; enfin, ces dernières avaient reçu de manière accélérée la nationalité sud-coréenne, et quand le NIS était interrogé sur la rapidité de ces procédures d'exception, il avait rétorqué que "peu importent les circonstances" de leur départ... La question est pourtant cruciale : les jeunes femmes étaient-elles consentantes de rejoindre en Corée du Sud (le libre choix du responsable du restaurant nord-coréen - Heo Gang-il - ne semblant, quant à lui, guère fait l'objet de doutes) ?

Depuis, Heo Gang-il s'est exprimé dans la très populaire émission "Spotlight" de la chaîne sud-coréenne JTBC, en accusant ouvertement le NIS d'avoir tendu un piège, lui-même ayant été un agent du NIS. Selon l'Agence France Presse, 

[M. Heo] a expliqué avoir été recruté par le Service national du renseignement sud-coréen (NIS) en 2014 en Chine.

Deux ans après, craignant d’être démasqué, il a demandé à son agent traitant d’organiser sa défection. A la dernière minute, dit-il, l’agent lui a demandé de venir avec ses employées.

«Les 12 serveuses ne savaient pas où elles allaient», a-t-il déclaré. «Je leur ai dit qu’on changeait d’endroit».

L'émission de Spotlight a également donné la parole à l'une des serveuses ayant fait défection qui n'aurait compris où elle se rendait qu'une fois arrivée devant l'ambassade de Corée du Sud en Malaisie, mettant en cause les menaces de M. Heo et déclarant qu'elle souhaitait à présent retourner en Corée du Nord : 

Le gérant Heo nous a menacées, a dit qu’il raconterait aux autorités qu’on regardait des séries télévisées sud-coréennes et que nous serions exécutées, ou exilées en province, et que nos familles seraient également touchées.

Avec le recul, c’était n’importe quoi mais sur le moment, je n’avais pas d’autre choix. Si c’était possible, même maintenant, j’aimerais retourner auprès de ma mère.

M. Heo explique avoir choisi de s'exprimer car le NIS lui aurait fait des promesses qu'il n'a pas tenues. Selon l'AFP, 

M. Heo a, dit-il, décidé de parler car il n’a pas vu venir ce qu’on lui avait promis -- un emploi au NIS et une médaille.

Face à l'ampleur du scandale, l'actuel gouvernement sud-coréen a choisi de faire bloc autour du NIS en rejetant les accusations à l'encontre des services de renseignement. Auditionné par la commission des Affaires étrangères du Parlement quelques jours plus tard le 17 mai 2018, le ministre de la Réunification Cho Myoung-gyon a évoqué une défection volontaire selon KBS, qui a également rejeté la thèse d'une manoeuvre préélectorale : 

Le ministre sud-coréen de la Réunification a affirmé hier que les 12 employées du restaurant nord-coréen en Chine qui ont fait défection au Sud début avril 2016 l’ont fait selon leur libre arbitre (...).

Il a ainsi coupé court à la rumeur selon laquelle cette défection en masse avait été orchestrée par le Service national du renseignement (NIS) sud-coréen pour servir de faire-valoir au gouvernement conservateur de l’époque en amont des élections législatives qui se sont tenues le 16 avril de la même année.

Venant du ministre chargé de la Réunification, ces déclarations ont évidemment eu un impact négatif sur les relations Nord-Sud et elles mettent en péril les réunions de familles séparées prévues le 15 août 2018. Alors que le Président Moon Jae-in s'appuie, comme ses prédécesseurs, sur les services de renseignement pour sa politique à l'égard de la RPD de Corée, il manifeste une nouvelle fois sa volonté de gouverner en s'appuyant sur les ministères en charge de la défense et du maintien de l'ordre et - conformément à ce choix - il défend le NIS, y compris au titre des actions menées par ce dernier pendant la dérive autoritaire de sa prédécesseur Mme Park Geun-hye. Ce faisant, il coupe court aux intentions que lui prête (contre toute évidence) une partie des conservateurs : le Président Moon Jae-in serait celui qui abrogerait la loi de sécurité nationale (LSN) ou encore établirait un service militaire alternatif. Dénoncés comme de graves atteintes aux droits de l'homme par les ONG et les Nations unies, l'application de la LSN et l'emprisonnement des objecteurs de conscience ne sont pas prêts de prendre fin. 

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 21:58

Le 16 mai 2018, une rencontre intercoréenne a été reportée et Kim Kye-gwan, premier vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a annoncé la possibilité de "reconsidérer" le sommet envisagé le 12 juin prochain entre la RPD de Corée et les Etats-Unis - alors que ces derniers ont engagé des exercices militaires de grande ampleur Max Thunder, dénoncés par Pyongyang comme le maintien d'une politique hostile à son égard et contrevenant aux engagements pris par les deux Corée dans le cadre de la déclaration de Panmunjom, le 27 avril 2018. Cet avertissement, lancé à la veille du sommet entre les présidents américain Donald Trump et sud-coréen Moon Jae-in le 22 mai prochain, signifie que la Corée du Nord ne désarmera pas unilatéralement. L'avertissement est clair : le sommet du 12 juin n'aura pas lieu s'il devait consister en un chèque en blanc de la RPD de Corée, s'engageant sur la voie de la dénucléarisation sans contreparties tangibles et concrètes des Etats-Unis.

Sommet du 12 juin : Pyongyang ne signera pas de chèque en blanc

Selon l'agence nord-coréenne KCNA, Kim Kye-gwan, interlocuteur expérimenté et reconnu des Etats-Unis au sein de l'administration nord-coréenne, a fait savoir qu'il n'y aurait pas de désarmement unilatéral de la RPD de Corée : 

[Si Washington] nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l’arme nucléaire, nous n’aurions plus d’intérêt pour des discussions.

En d'autres termes, les Etats-Unis devront aussi faire des concessions, dans le cadre d'un dispositif de type "action contre action" (chaque partie faisant simultanément un pas vers l'autre pour créer les conditions de la confiance mutuelle et de la poursuite du processus), sans attendre le stade ultime du démantèlement du programme nucléaire nord-coréen - comme l'entend au contraire le conseiller présidentiel à la sécurité nationale John Bolton.

Ce dernier, partisan de la guerre en Irak (qu'il justifie aujourd'hui encore, y compris le mensonge sur les armes de destruction massive) et de l'étranglement économique de la RPD de Corée, est une vieille connaissance des Nord-Coréens : faucon parmi les faucons, il a toujours été de ceux qui voulaient attaquer la Corée du Nord et s'engager sur le terrain de la propagande de guerre, en faisant prospérer l'idée qu'on ne pourrait pas négocier avec les Nord-Coréens car ils mentiraient forcément.

Il n'est donc pas surprenant que Kim Kye-gwan ait ciblé à plusieurs reprises John Bolton : alors que les discussions se sont engagées avec le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, imposer John Bolton dans les négociations serait considéré par les Nord-Coréens comme une provocation et un motif de rupture. 

Les limites posées par Pyongyang n'ont pas été vaines : la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé qu'elle ne participerait pas aux manoeuvres militaires Max Thunder (qui seront donc limitées aux Etats-Unis et au Japon), lesquelles n’empiéteront pas par ailleurs sur le territoire aérien sud-coréen. 

Pour sa part, le Président Donald Trump a publiquement désavoué John Bolton en rejetant le scénario "à la libyenne" esquissé par ce dernier de dénucléarisation de la Corée du Nord, et ajouté qu'il offrirait de sérieuses garanties de sécurité à la RPD de Corée et des perspectives de prospérité économique comparables à celles actuelles de la Corée du Sud - ce qui sous-entend que les sanctions seraient levées et que les entreprises étrangères, notamment américaines, pourraient investir en Corée du Nord.

Ces propos sont certes encourageants, mais ils doivent maintenant se traduire en engagements concrets de la part de Washington : il n'y aura pas de calendrier de dénucléarisation nord-coréen si en même temps les Etats-Unis ne précisent pas la nature de leurs engagements de sécurité et ne lèvent pas progressivement les sanctions économiques qu'ils ont imposées à la Corée du Nord. Le précédent de la rupture de l'accord nucléaire iranien, en révélant la versatilité de la parole américaine, incite évidemment les Nord-Coréens à exiger des garanties.

Sources : 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 20:54

Les échanges économiques intercoréens ont été réduits à néant pendant la décennie perdue (pour la réunification) des présidences conservatrices sud-coréennes (2008-2017) : dans un premier temps, les mesures du 24 mai [2010], suspendant tous les échanges économiques sauf ceux de la zone de Kaesong, ont été adoptées en représailles au naufrage de la corvette Cheonan, alors même que les "preuves" de l'implication nord-coréenne ne sont pas crédibles ; dans un second temps, en février 2016, les autorités de Séoul ont décidé de "suspendre" les activités de la zone économique intercoréenne de Kaesong, entraînant sa fermeture, alors que celle-ci avait été un symbole de la coopération Nord-Sud. Dans ce contexte, et alors que les sanctions internationales empêchent actuellement toute reprise des échanges économiques intercoréens, la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 envisage - en termes prudents - une telle perspective. 

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

La zone économique intercoréenne de Kaesong en février 2017, avant sa fermeture

Il faut lire en détail la déclaration de Panmunjom pour en apprécier la portée s'agissant de la relance des échanges économiques Nord-Sud : 

Le Nord et le Sud sont convenus, en vue d’un développement équilibré de l’économie nationale et d’une prospérité commune, de promouvoir activement les points convenus dans la Déclaration du 4 Octobre et, en premier lieu, de prendre des mesures pratiques visant à relier les réseaux ferroviaires et routiers des côtes est et ouest, à les moderniser et à les mettre en fonctionnement.

Cette prudence s'explique par le fait que les Etats-Unis prétendent ne pas vouloir, à ce stade, de levée des sanctions internationales contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), même partielle, avant que le processus de dénucléarisation de la RPD de Corée ne soit mené à son terme. Si cette position maximaliste peut être appelée à évoluer (dans un processus de dialogue, il faut que chaque partie fasse simultanément des pas, ce qui n'est pas aujourd'hui le cas de Washington), les autorités sud-coréennes n'étaient pas en mesure, lors du sommet de Panmunjom, d'aller beaucoup plus loin.

Mais la réaffirmation des mesures définies dans la déclaration du 4 octobre 2007 permet de dessiner les contours d'une future reprise des échanges Nord-Sud, une fois les sanctions levées. 

Premier objectif - le seul explicitement réaffirmé le 27 avril 2018 : la modernisation et le rétablissement des réseaux ferroviaires et routiers, alors que l'obsolescence des réseaux nord-coréens est un obstacle majeur à la modernisation de l'économie de la RPD de Corée. Plus précisément, la déclaration du 4 octobre 2007 avait précisé quelles étaient les liaisons ferroviaires et routières prioritaires : 

Ils ont décidé de délibérer sur le problème du réaménagement et de la réparation de la ligne ferroviaire Kaesong-Sinuiju et de l'autoroute Kaesong-Pyongyang pour les utiliser en commun et d'accélérer ces travaux (...) d'entamer celle de la deuxième tranche, de commencer le trafic ferroviaire entre Munsan et Pongdong (...)

Au-delà de la péninsule, la République de Corée serait ainsi reliée à la Chine et à la Russie. En revanche, les liaisons dans le domaine du gaz - qui permettraient à la RPD de Corée d'obtenir des droits de transit - ne figuraient pas explicitement dans la déclaration du 4 octobre 2007.

La déclaration du 4 octobre 2007 prévoyait également des investissements conjoints, notamment pour l'exploitation du très riche potentiel minier nord-coréen (réévalué récemment à la hausse, les réserves en terres rares du pays ayant été considérées comme pouvant être les premières au monde) : 

Ils ont décidé d'encourager les investissements pour leur collaboration économique, de promouvoir vigoureusement la construction des infrastructures économiques et l'exploitation des ressources et d'y attribuer prioritairement diverses conditions de faveur et un traitement préférentiel en accord avec les particularités de la collaboration intercoréenne.

La même déclaration de 2007 envisageait également un partage des ressources halieutiques autour de Haeju, la mise en place d'une zone économique spéciale dans cette région et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin : 

Ils ont décidé d'établir une «zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest» englobant Haeju et ses environs maritimes et de promouvoir activement l'établissement d'un secteur de pêche commun et d'un secteur maritime de paix, la construction d'une zone économique spéciale, l'utilisation du port de Haeju, le passage direct des navires civils à ce port et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin.

La déclaration du 4 octobre 2007 envisageait également le développement de la zone industrielle de Kaesong, qui n'était pas montée en puissance comme initialement prévu avant même sa fermeture en février 2016 (moins de 60 000 ouvriers nord-coréens y travaillaient alors, contre un objectif de 730 000 travailleurs nord-coréens lors de l'achèvement de la construction du parc industriel) : 

Ils ont décidé de terminer dans les meilleurs délais la construction de la première tranche de la zone industrielle de Kaesong (...)

Enfin, la déclaration du 4 octobre 2007 envisageait  "diverses mesures d'assurance institutionnelle, y compris pour la circulation, la communication et le dédouanement", ainsi que des coopérations plus sectorielles (construction navale, en citant spécifiquement les sites d'Anbyon et Nampo, et sans plus de précisions : agriculture, santé, médecine, protection de l'environnement, cette liste n'étant pas limitative).

Incontestablement, si la reprise des échanges Nord-Sud devait se concrétiser à la faveur de la levée des sanctions internationales (et de celles additionnelles décidées par le gouvernement sud-coréen), les domaines sont nombreux pour la création de richesse économique favorable aux deux parties de la péninsule - ce qui permettrait aussi, à Séoul, de battre en brèche l'argument des conservateurs sur le prétendu fardeau économique d'un rapprochement avec le Nord. Dans l'immédiat, exploiter le potentiel minier nord-coréen, combiner le recours à la main-d'oeuvre qualifiée, disciplinée et bon marché du Nord et aux capitaux du Sud, et partager des ressources maritimes représenterait une opportunité économique exceptionnelle pour les économies tant nord-coréenne que sud-coréenne. La prospérité n'est peut-être pas encore au coin de la rue, comme l'affirmait le président américain Herbert Hoover, mais certainement au détour des futurs tracés des liaisons Nord-Sud.

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