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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 18:37

Le 1er juillet 2015, place du Trocadéro, a eu lieu à Paris un rassemblement identique à ceux organisés tous les mercredi, dans la péninsule coréenne, par le Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon (dites "femmes de réconfort"). Constitué en 1990, le Conseil coréen milite pour la reconnaissance par le Japon du crime commis contre les femmes asiatiques forcées de se prostituer pour l'armée impériale japonaise - du début des années 1930 à 1945 - et en vue de leur indemnisation, en organisant à cette fin une campagne visant à la collecte de 100 millions de signatures. Plus largement, il dénonce les violences sexuelles faites aux femmes dans tous les conflits. La 1185ème Manifestation du mercredi qui a eu lieu exceptionnellement à Paris était co-organisée par l'association "Papillons de l'espoir" qui, pour la troisième année consécutive, organise, du 25 juin au 14 juillet 2015, un voyage pour la paix en Europe de jeunes Coréens, lequel coïncide cette année avec le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. L'exigence d'un monde de paix et de prospérité, en Asie du Nord-Est et dans le monde, est plus que jamais d'actualité.

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Des orateurs japonais ont pris la parole pour exprimer leur solidarité avec le combat du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort", témoignant qu'il s'agit d'une question de principe qui transcende les clivages nationaux, et déplorant le nationalisme et le révisionnisme du Gouvernement Abe. Gérard Halie a pris la parole au titre du Mouvement de la paix et Patrick Kuentzmann au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). L'AAFC est pleinement solidaire du combat en faveur des "femmes de réconfort", depuis septembre 2013 et la visite en France de l'une des survivantes, Mme Kim Bok-dong, puis à l'occasion des actions menées en janvier 2014 et en avril 2014 dans le cadre de la campagne de pétition internationale, et enfin lors de la visite en France, en juin 2014, d'une autre survivante, Mme Kil Won-ok. Il convient de poursuivre la sensibilisation de l'opinion publique internationale, ainsi que des décideurs politiques, pour que plus jamais de tels crimes ne se reproduisent.

A l'occasion du rassemblement organisé à Paris le 1er juillet 2015, les jeunes pacifistes de l'association "Papillons de l'espoir" ont adopté une déclaration pour la résolution de la question de l'esclavage sexuel militaire japonais :

Nous sommes venus en Europe pour la paix et pour l'espoir. 2015 marque à la fois le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale et de la libération de la Corée. Nous, participants du voyage en Europe pour la paix, nous sommes lancés dans ce voyage afin d'exprimer notre opposition à la guerre, tout en espérant la résolution du problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Les blessures de la Seconde guerre mondiale ne pourront être cicatrisées tant qu'il ne sera pas mis fin au problème de l'exploitation sexuelle (...)

Nous, jeunes amoureux de la paix, nous adressons aux Européens et à tous dans le monde entier. Avançons ensemble contre la guerre. Accomplissons ensemble des pas sur le chemin de la paix. Nous avons besoin d'être soutenus pour que le problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise - problème jamais abordé depuis la fin de la guerre - soir résolu et qu'un système garantissant la paix se construise dans la péninsule coréenne. Que les papillons qui volent à tire-d'aile ici et maintenant deviennent de véritables messagers de la paix pour tous les hommes du monde.

- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il reconnaisse la vérité sur les crimes sexuels de guerre des militaires japonais, qui sont un crime contre l'humanité violant le droit international !
- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il présente des excuses sincères aux victimes de l'esclavage sexuel et qu'il les dédommage !
- Nous sommes contre toutes les guerres et contre les violences sexuelles dans le monde !

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Photos : Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon.

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 17:18

Il y a 50 ans, le 22 juin 1965, la République de Corée (Corée du Sud) et le Japon normalisaient leurs relations avec la signature à Tokyo, par les ministres des Affaires étrangères Lee Dong-won (Corée du Sud) et Shiina Etsusaburo (Japon), du Traité sur les relations fondamentales entre le Japon et la Corée du Sud. Cet accord rencontra une vive opposition dans la péninsule coréenne, dans la mesure où il réglait de manière extrêmement ambiguë la question de la colonisation japonaise.

Alors que des excuses des autorités japonaises avaient toujours été considérées comme un préalable à la normalisation des relations bilatérales, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères n'évoqua la colonisation que de manière très indirecte, en formulant la déclaration suivante :

Il a existé, à une certaine période du passé, des relations préjudiciables aux deux nations.

Une telle ambiguïté évita au ministère japonais des Affaires étrangères de présenter des excuses, en répondant simplement :

Il est fâcheux que de telles relations aient existé par le passé, et cela nous préoccupe profondément.

Par ailleurs, le traité de 1910 d'annexion de la Corée par le Japon ayant été considéré par l'article 2 du traité du 22 juin 1965 comme "déjà" annulé, sans préciser à quelle date, toute perspective d'excuses du Japon au titre de la colonisation de la Corée était évacuée.

En contrepartie, la Corée a bénéficié d'une cession, par le Japon, à hauteur de 300 millions de dollars, et de prêts au secteur public et au secteur privé, s'élevant respectivement à 200 millions et 300 millions de dollars. Si ces aides devaient contribuer à l'essor de l'économie sud-coréenne, alors moins développée que celle de la Corée du Nord, elles n'apparaissaient nullement comme une compensation des dommages subis au titre de la colonisation, tandis que le traité du 22 juin 1965 affirmait que la question d'éventuelles réclamations était désormais réglée.

Dans ce contexte, l'annonce par les autorités sud-coréennes, dirigées par le général Park Chung-hee, de la normalisation des relations bilatérales entraîna, dès le mois d'avril, des manifestations d'opposition des étudiants et des lycéens. Après la mort d'un étudiant à l'Université de Dongguk, le Gouvernement ordonna la fermeture des universités, ce qui toutefois n"empêcha pas de nouvelles manifestations à partir du 19 avril. Le 21 juin, veille de la signature du traité, l'Université nationale de Séoul anticipa ses congés annuels. Les grèves de la faim d'étudiants s'amplifièrent, tandis qu'une centaine de pasteurs puis, mi-juillet, 354 professeurs d'université et 11 généraux de réserve relayèrent le mouvement de protestation. Fin juillet, un rassemblement de 300 personnalités marqua le refus du traité, auquel s'opposa également l'ancien Président de la République Yun Po-sun, à l'instar des députés du Parti du peuple (opposition), qui présentèrent leur démission. Le 14 août 1965, le traité sur la normalisation des relations entre la Corée du Sud et le Japon fut ainsi ratifié par les seuls députés du Parti républicain (au pouvoir).

Les manifestations étudiantes et lycéennées reprirent dès le 18 août et rassemblèrent 10 000 participants le 23 août. Le Gouvernement choisit de déployer l'armée dans les universités, de multiplier les arrestations et d'interdire de cours, en septembre, 21 professeurs. La répression de l'opposition au traité Japon-Corée allait de pair avec la fin d'une certaine tolérance dans la liberté d'expression.

Au plan international, ce passage en force s'inscrivait par ailleurs dans une réorientation de la diplomatie sud-coréenne, désormais encore plus étroitement liée aux intérêts américains : presque concomitamment à la formation d'un axe Tokyo-Séoul pro-américain, la Corée du Sud décidait l'envoi de troupes au Sud-Vietnam (avec l'accord du Parlement le 13 août 1965), où elles devaient constituer le deuxième plus important contingent étranger, après celui américain.

Source : Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, 2007, p. 166-171.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 21:22

Inscrit en 2013 au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO, le site de Kaesong, ancienne capitale du royaume de Koryo (918-1392), a donné lieu à des coopérations dans le domaine archéologique entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ainsi qu'entre les deux Corée. Le 1er juin 2014, une équipe de 11 archéologues et historiens sud-coréens est arrivée à Kaesong, dans le cadre d'un programme de recherches conjoint Nord-Sud, d'une durée prévisionnelle de six mois, sur le site de l'ancien palais royal Manwoldae.

Le site archéologique de l'ancien palais royal Manwoldae, à Kaesong

Le site archéologique de l'ancien palais royal Manwoldae, à Kaesong

Au cours des six mois que durera le programme sur le site de Manwoldae, 81 Sud-Coréens - archéologues ou historiens, membres de l'Institut national de recherche sur le patrimoine culturel (sud-)coréen - doivent se rendre au Nord de la péninsule, prolongeant ainsi des travaux de recherches archéologiques menés conjointement par les deux Corée de 2007 à 2011, et qui ont repris en juillet 2014. Le fonds de coopération intercoréenne de la République de Corée (du Sud) participe financièrement au projet.

Prévues pour s'achever le 30 novembre 2015, les fouilles archéologiques comprendront des travaux de restauration de vestiges d'une grande valeur patrimoniale, inscrits 2013 depuis au Patrimoine mondial de l'humanité.

Ces recherches conjointes, témoignant de l'importance des champs potentiels de coopération Nord-Sud sur les questions historiques et culturelles, sont d'autant plus significatives qu'elles portent sur le centre du pouvoir royal du premier Etat réellement unifié de la péninsule coréenne.

Source :

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 21:49

Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre le 9 septembre 2014 le 66ème anniversaire de sa fondation, le 9 septembre 1948, le drapeau du nouvel Etat diffère de celui qu'avait utilisé la Corée depuis les années 1880 - et qu'utilise toujours la République de Corée (Corée du Sud). Explications.

Les origines du drapeau nord-coréen

En juillet 1948, plusieurs semaines avant la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Kim Tu-bong, alors président du Parti du travail de Corée, annonçait que le drapeau coréen traditionnel ne serait plus utilisé - sa symbolique étant en effet considérée comme reflétant l'époque féodale ainsi que l'influence d'une puissance étrangère, la Chine. Les symboles du nouveau drapeau, tels qu'alors décrits par Kim Tu-bong, reflètent les aspirations du nouvel Etat coréen et ont été adoptés par l'Assemblée populaire suprême, avec la Constitution de la RPDC, le 9 septembre 1948.

Aux termes de l'actuel article 170 de la Constitution de la RPD de Corée, "le drapeau national de la République populaire démocratique de Corée est composé d'une large bande rouge bordée en haut et en bas d'une étroite bande blanche et d'une bande bleu foncé. Sur la bande rouge, du côté de la hampe, figure une étoile rouge à cinq pointes dans un cercle blanc.

Le rapport entre la hauteur et la longueur du drapeau national est de 1 à 2".

L'étoile rouge symbolise le socialisme, en rappelant également les combats conduits depuis la lutte de libération antijaponaise. La bande rouge souligne le patriotisme et la détermination du peuple coréen. Les bandes bleues symbolisent le combat pour le socialisme, la paix et le progrès. Le blanc, qui constitue la troisième couleur traditionnelle de la Corée, est traditionnellement associé à l'idée de pureté ; selon les Nord-Coréens, le blanc du drapeau marque l'unité de la nation coréenne aux plans ethnique, linguistique et culturel.

Sources :

- Panorama of Korea, éditions en langues étrangères de Pyongyang, 2013, p. 66 ;

- Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, 2003, p. 220.

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 16:16

Le 15 août 1945, après 35 ans d'occupation coloniale par le Japon, la Corée était libérée, moins d'une semaine après le début de l'offensive générale lancée par l’Armée révolutionnaire populaire coréenne dirigée par Kim Il-sung. Le peuple coréen connut alors l'espoir de vivre en paix dans un pays libre et uni, mais cet espoir fut rapidement trahi par les grandes puissances, Etats-Unis en tête. Une trahison lourde de conséquences eu égard aux tensions persistantes dans la péninsule coréenne.

L'Arc de Triomphe édifié en 1982 à Pyongyang. Les inscriptions « 1925 » et « 1945 » ornant les deux piliers évoquent, respectivement, l'année du départ du jeune Kim Il-sung de son village natal de Mangyongdae pour s'engager dans la lutte anti-japonaise, et l'année de son retour à Pyongyang à la libération de la Corée.

L'Arc de Triomphe édifié en 1982 à Pyongyang. Les inscriptions « 1925 » et « 1945 » ornant les deux piliers évoquent, respectivement, l'année du départ du jeune Kim Il-sung de son village natal de Mangyongdae pour s'engager dans la lutte anti-japonaise, et l'année de son retour à Pyongyang à la libération de la Corée.

Après la défaite du Japon et la libération de la Corée, les grandes puissances, à l'initiative des Etats-Unis, envisagèrent une tutelle tripartite (Etats-Unis, Chine, URSS) sur la Corée pour une durée plus ou moins longue, malgré les promesses officielles d'indépendance formulées aux conférences du Caire (novembre 1943) et de Potsdam (juillet 1945).

 

Profondément ignorantes des réalités coréennes, les grandes puissances imposèrent alors un partage artificiel du pays en deux zones : l'une, au nord, dotée de ressources minérales et énergétiques, accueillit en août 1945 l'armée soviétique ; l'autre, au sud, beaucoup mieux pourvue sur le plan agricole (70 % du riz et 85 % de toute la production agricole) fut occupée un mois plus tard par l'armée américaine. Le 38eme parallèle fut choisi comme ligne de séparation par les Etats-Unis, et accepté par leurs alliés, sans la moindre consultation des Coréens, pour une période officiellement très temporaire. Cette limite était destinée à départager les responsabilités entre Alliés pour le désarmement des troupes vaincues et pour la « déjaponisation » du pays. A ce propos, Dean Rusk, simple officier en 1945, et futur secrétaire d'Etat sous les administrations Kennedy et Johnson, déclara :

« Au cours d'une réunion le 14 août 1945, le colonel Charles Bonesteel et moi avons examiné une carte de la péninsule coréenne. Travaillant dans la hâte et soumis à une grande pression, nous avions une tâche redoutable : désigner une zone d'occupation américaine. En utilisant une carte du National Geographic, nous avons cherché juste au nord de Séoul une ligne de séparation convenable mais sans pouvoir trouver une ligne épousant la géographie naturelle. A la place, nous avons vu le 38eme parallèle que nous avons décidé de conseiller. [Le département d'Etat et le département de la Guerrel'ont accepté sans trop de discussion, et, étonnamment, les Soviétiques aussi. Le choix du 38eme parallèle, conseillé par deux colonels fatigués travaillant tard la nuit, s'est avéré funeste. » (source :  Harry S. Truman Presidential Library and Museum)

 

 

Dans un premier temps, la refondation d'un Etat coréen unitaire souverain était l'objectif des Coréens et, apparemment, des Alliés. Cette refondation supposait non seulement l'expulsion des responsables japonais mais aussi une épuration des éléments coréens ayant collaboré, à l'instar de ce qui eut lieu dans les pays libérés de l'occupation allemande.

 

En réalité, la position des Etats-Unis était bien différente. Sans recommandation précise de Washington, et sous la direction du général MacArthur, la politique américaine en Corée fut fondée sur le maintien et l'utilisation des autorités japonaises existantes et, évidemment, de leurs collaborateurs coréens.

 

Cette politique des Etats-Unis dans la Corée venant d'être libérée réduisait à néant le programme des forces de la résistance coréenne, unanimement désireuses de démontrer que le peuple coréen était apte à se gouverner lui-même, qui prévoyait la création d'une « République populaire » s'appuyant sur les comités populaires issus de la Résistance, fonctionnant au Nord comme au Sud, et dont les députés à l'Assemblée nationale devaient être élus le 1er mars 1946.

 

Choisi par les Etats-Unis et de retour en Corée après 33 ans d'exil aux Etats-Unis, Syngman Rhee se présenta alors à Séoul comme un simple citoyen apolitique, n'appartenant à aucun groupe et se situant au-dessus des partis, champion de l'unité de tous les Coréens et de la réunification. Il était en réalité profondément anticommuniste. En outre, dirigeant un gouvernement provisoire coréen en exil, il n'avait pas la légitimité de ceux qui avaient combattu militairement contre l'occupant, et il n'hésita pas à recruter ses partisans parmi les anciens collaborateurs pro-japonais. Une cinquantaine de partis s'étaient formés dans la partie sud de la Corée libérée, y compris à partir d'éléments ayant collaboré avec les Japonais et qui se camouflaient désormais sous des étiquettes « démocratiques ».

 

Pour les Etats-Unis, Rhee était un substitut commode au gouvernement militaire des Etats-Unis en Corée (United States Army Military Government in KoreaUSAMGIK) dirigé par le général John R. Hodge, une structure analogue au gouvernement militaire allié des territoires occupés (Allied Military Government of Occupied TerritoriesAMGOT) envisagé contre la France résistante pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les Soviétiques se montraient quant à eux préoccupés par l'emploi d'anciens collaborateurs coréens des Japonais, « ralliés » tardivement aux Américains et s'autoproclamant désormais « démocrates ». Au nord du 38eme parallèle, le responsable soviétique, le général Tchistiakov, avait accepté de reconnaître la représentativité du « Comité de préparation à la fondation de l'Etat coréen », à la seule condition qu'il comprenne autant de communistes que de nationalistes.

 

La Commission mixte soviéto-américaine créée par la conférence de Moscou de décembre 1945 et chargée d'aider à la formation du premier gouvernement coréen, malgré deux années de négociations, n'aboutit à rien. L'échec de la Commission mixte conduisit les Etats-Unis à proposer en 1947 la réunion d'une Assemblée provisoire dans chaque zone en vue de constituer ultérieurement une Assemblée nationale. Le nombre des représentants de chaque zone devait être proportionnel à la population, avec deux tiers d'élus du Sud, plaçant en minorité la gauche coréenne. C'était le début du processus de division de la Corée, appuyée par l'Assemblée générale des Nations Unies, en violation des Accords de Moscou.

 

Durant ces pourparlers entre grandes puissances, la Corée du Sud fut le théâtre d'arrestations en masse des membres des partis de gauche qui furent en fait interdits, ainsi que leurs journaux, et d'élections truquées remportées par les partis de droite assistés par l'ancienne police qui avait été au service des Japonais.

 

En Corée du Nord, le gouvernement populaire constitué en 1945, avant même l'arrivée des Américains en Corée du Sud, se considérait comme un « organe légalement constitué, conforme à l'esprit de la Charte des Nations Unies ».

 

La division de la Corée était censée être provisoire. Mais, alors que débutait la Guerre froide, il était inévitable que naissent dans la péninsule coréenne deux Etats appuyés, respectivement, par les Etats-Unis et l'Union soviétique. La République de Corée fut officiellement fondée au sud le 17 juillet 1948 - à l'issue d'élections législatives séparées, boycottées par la plupart des forces d'opposition de gauche, de droite et nationalistes - tandis que la République populaire démocratique de Corée était proclamée au nord le 9 septembre de la même année.

 

A l'initiative de la Corée du Sud et de son parrain américain, la division de la Corée était consacrée. Moins de deux ans plus tard, le 25 juin 1950, éclatait entre les deux Etats coréens une guerre rapidement internationalisée avec l'intervention de l'armée américaine sous couvert des Nations Unies. Plus de soixante ans ans après le cessez-le-feu, suite au refus persistant des Etats-Unis, aucun traité de paix n'a encore été signé, et la péninsule coréenne divisée reste un terrain d'affrontement entre les grandes puissances, bien loin des espoirs soulevés chez les Coréens le 15 août 1945.

 

Source principale : 

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:48

122 anciennes « femmes de réconfort » ont porté plainte le mercredi 25 juin 2014 auprès de la chambre du district central de Séoul contre le gouvernement sud-coréen pour avoir été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats américains dans des « zones spéciales » mises en place et gérées par le Gouvernement dans les années 1950-1960. Ces pratiques gouvernementales violant les droits des femmes font écho aux pratiques d’esclavage sexuel pratiquées par les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, pour lesquelles les victimes demandent une reconnaissance de ces crimes par les autorités japonaises ainsi qu'une compensation.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

L’histoire contemporaine de la Corée est marquée à ses origines par une série de drames majeurs pour la péninsule jusqu’alors sous suzeraineté chinoise. En premier lieu, l’annexion par le Japon en 1910 ouvre la voie à 35 ans de colonisation brutale et d’exploitation des ressources comme des habitants pour alimenter l’empire et la machine de guerre nippons. Si les hommes sont réquisitionnés pour le travail forcé ou le service militaire, les femmes subissent également le joug de l’occupant qui cherche des distractions « sécurisées » pour ses troupes et ses travailleurs. Plusieurs centaines de milliers de jeunes femmes de toute l’Asie de l’Est ont été prostituées à disposition des soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, et c’est la péninsule coréenne qui a le plus souffert de cet esclavage.


La reddition du Japon en août 1945 voit les armées soviétique et américaine avancer jusqu’au 38ème parallèle, contribuant ainsi à diviser durablement la Corée jusqu’à la guerre civile de 1950 à 1953 qui entérine cette séparation. Dans les années 1950 – 1960, la jeune République de Corée (du Sud) cherche à divertir les troupes américaines et onusiennes pendant la guerre puis de garder les G.I.s sur son territoire pour sa protection avec le problème majeur d’occuper des soldats inactifs. Pendant la guerre de Corée, l'armée sud-coréenne met en place de manière structurée des bordels militaires à destination de l’armée américaine en enrôlant, souvent de manière trompeuse, de jeunes femmes. Même après la fin des hostilités, près de 60% des prostituées travaillent encore à proximité des camps américains. En 1960, deux membres de l’Assemblée nationale sud-coréenne font même une demande officielle auprès du Gouvernement pour la constitution d’un approvisionnement en prostituées aux troupes alliées afin d’empêcher celles-ci d’aller dépenser leur argent au Japon.


Le 25 juin 2014, 122 femmes ayant travaillé dans ces bordels militaires pour soldats américains - mis en place par l’administration Syngman Rhee pendant la guerre de Corée (1950 – 1953) - ont porté plainte collectivement contre le Gouvernement auprès de chambre du district central de Séoul pour esclavage sexuel et viol des droits de l’homme. Elles ont été forcées par les autorités à fournir des services sexuels dans des conditions dégradantes aux militaires dans les « zones spéciales » situées près des camps américains dès 1957. Toutes décrivent un système très organisé avec des visites médicales obligatoires et clament l’existence de camps géré par l’Etat destinés à accueillir celles d’entre-elles atteintes par des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les plaignantes demandent  10 millions de won (9850$ / 7280€) à titre de compensation, une enquête publique pour dévoiler la vérité sur cet esclavage sexuel ainsi que des excuses officielles de la part du Gouvernement. Elles estiment avoir été sacrifiées pour permettre le décollage économique post-guerre de la Corée du Sud, alors que selon certaines estimations les activités générées par les camps américains - y compris la prostitution - auraient représenté jusqu'à 25 % du PIB sud-coréen dans les années 1960.


Si, depuis 2008, des ONG locales et régionales s’emploient à rassembler les témoignages de ces femmes abusées par les autorités qui prétendaient à l’époque recruter des « patriotes » et des « diplomates civiles », il s’agit cependant de la toute première plainte officielle en Corée du Sud concernant les bordels militaires à destination des alliés. Une situation extrêmement délicate pour les autorités sud-coréennes qui considèrent cette question des « femmes de réconfort » comme de la responsabilité unique du Japon de la Deuxième guerre mondiale et font des compensations ainsi que de la reconnaissance de ces crimes contre l’humanité un sujet primordial du dialogue bilatéral.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement les démarches des victimes des soldats américains, qui ont dû se prostituer dans un cadre mis en place avec et par les autorités sud-coréennes, en considérant que rien ne saurait justifier de telles atteintes aux droits fondamentaux des personnes.

Sources :

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 14:54

Le 30 juin 2014, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était réunie, comme tous les ans, à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen (25 juin-27 juillet, dates de début et de fin de la guerre de Corée), coïncidant cette année avec le vingtième anniversaire du décès du Président Kim Il-sung (8 juillet 1994). En présence des diplomates de la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en France, les responsables de l'AAFC ont évoqué l'action du Président Kim Il-sung en faveur de la réunification de la Corée, une question de justice pour le peuple coréen et de paix pour le monde entier.

 

S'exprimant en premier, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC en charge des actions de coopération, a rappelé que, le 7 juillet 1994, soit un jour avant sa disparition, le Président Kim Il-sung signait un document préparatoire à un futur sommet intercoréen qui aurait marqué un tournant décisif sur la voie de la réconciliation et de la réunification de la péninsule coréenne. Les événements en ont décidé autrement, et l’attitude des autorités sud-coréennes après la disparition du Président Kim Il-sung a alors reporté sine die toute perspective de sommet intercoréen. 

 

Benoît Quennedey a souligné que la contribution du Président Kim Il-sung à la réunification de la Corée, selon des propositions qu’il a formulées très tôt, dès le lendemain de la libération de la Corée en 1945 (voir ci-dessous), forment un corpus homogène qui a fondé, et détermine toujours, la position nord-coréenne dans les relations intercoréennes.

 

Si, côté Sud, la volonté de dialogue et ses modalités ont oscillé au gré des changements de régimes et de dirigeants, la République populaire démocratique de Corée témoigne pour sa part d’une constance quant à l’objectif de la réunification et les moyens d’y parvenir. L’ensemble des déclarations intercoréennes conclues depuis 1972 obéissent aux mêmes principes : réunification pacifique et indépendante de la Corée, par les Coréens eux-mêmes, transcendant les différences de systèmes existant au Nord et au Sud. 

 

C'est sur la base de ces principes que ce sont tenus, à Pyongyang, les sommets Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, écrivant ainsi une nouvelle page dans l’histoire des relations intercoréennes. Ces sommets ont jeté les bases d’une coopération et ont permis l’engagement d’un processus graduel de rapprochement, impliquant, dans un premier temps, des échanges accrus dans certains domaines, notamment économiques, la confiance peu à peu instaurée devant ensuite permettre de progresser plus avant sur la voie de la réunification.

 

Toute l'histoire du rapprochement intercoréen enseigne qu’il faut négocier avec ses partenaires tels qu’ils sont, et non tels qu’on voudrait qu’ils soient, a dit en conclusion Benoît Quennedey. C’est ce à quoi s’emploie l’Association d’amitié franco-coréenne, fondée en 1969, en œuvrant à la conclusion d’un véritable traité de paix et en encourageant les échanges bilatéraux de manière à briser le cycle sans fin des tensions et des sanctions, néfaste à la paix et à la prospérité dans la péninsule coréenne.

 

Prenant ensuite la parole, S.E. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France et ambassadeur de la RPDC auprès de l'UNESCO, a aussi souligné l'action continue du Président Kim Il-sung en faveur de la paix et de la réunification de la Corée. A cet égard, le délégué général a annoncé la dernière initiative en date de son pays, la proposition faite, le jour même, par la Commission de la défense nationale de la RPDC aux autorités de Corée du Sud de mettre fin aux hostilités entre les deux pays, en suspendant notamment les exercices militaires américano-sud-coréens annuels prévus au mois d'août.

Puis Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, est revenu sur l'injustice historique que représente pour le peuple coréen la division de son pays après la libération de 1945, et l'enjeu que constitue la réunification de la Corée pour la paix, dans la péninsule coréenne, bien sûr, mais aussi dans le monde.

 

La division de la Corée, annexée par le Japon en août 1910, est ainsi un processus largement initié par les grandes puissances, vainqueur de la Seconde Guerre mondiale : en novembre 1943, le document final de la Conférence du Caire, réunissant le président américain Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le chef du gouvernement de la République de Chine Tchang Kai-chef, stipule que « la Corée deviendra libre et indépendante le moment venu », sans davantage de précisions. Le 15 août 1945, la Corée est libérée du joug japonais mais aussitôt divisée en deux zones pour désarmer les troupes japonaises, les Etats-Unis choisissant arbitrairement, sans que l'URSS s'y oppose, le 38eme parallèle. Les Etats-Unis ne débarquent eux-mêmes en Corée que le 8 septembre 1945, instaurant au Sud un « gouvernement militaire de l'armée des Etats-Unis en Corée » (USAMGIK), alors que le Comité populaire provisoire est déjà établi au Nord. Au Sud, les élections séparées du 10 mai 1948, organisées à l'instigation des Etats-Unis, aboutissent à la création de la République de Corée le 15 août 1948, à laquelle répond, au Nord, la fondation de la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre suivant.

 

De 1945 à 1950, année du déclenchement de ce qu'il est convenu d'appeler la guerre de Corée, les affrontements intercoréens le long de l'artificielle frontière du 38eme parallèle font près de 100 000 victimes. En 1953, les combats de la guerre de Corée prennent fin sur un simple cessez-le-feu, et la péninsule coréenne reste donc techniquement en état de belligérance. Aujourd'hui, les Etats-Unis stationnent toujours près de 30 000 soldats en Corée du Sud et y mènent régulièrement des exercices militaires dirigés contre le Nord.

Répondant ensuite aux questions des membres et sympathisants présents de l'Association d'amitié franco-coréenne, les responsables de l'AAFC et les représentants de la RPDC ont à nouveau souligné l'importance d'une réunification indépendante et pacifique de la Corée pour la paix mondiale, alors que l'Asie orientale devient une priorité pour les Etats-Unis dans leur stratégie visant à contrer la montée en puissance de la Chine.

 

Le certain désintérêt, voire la crainte (en raison de son coût), d'une partie des citoyens sud-coréens face à une éventuelle réunification de la Corée a été mis sur le compte d'une confusion entre une réunification « à l'allemande » - en fait, l'absorption d'une partie par l'autre - et la réunification de la Corée telle que l'envisageait le Président Kim Il-sung et réaffirmée au plus haut niveau des deux Etats coréens dans les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 : un Etat, deux systèmes, une coopération étendue dans tous les domaines.

 

Pour l'Association d'amitié franco-coréenne, il ne fait aucun doute que le peuple coréen peut être à la pointe de l'innovation politique, comme il sait déjà être à la pointe de l'innovation technique : les Coréens du Nord, du Sud et d'outre-mer disposent des ressources nécessaires pour réunifier, par leurs propres efforts, leur pays, selon un modèle original, réparant ainsi une injustice historique et rendant le monde plus sûr.

 

Un demi-siècle d'initiatives

en faveur d'une réunification indépendante et pacifique de la Corée

 

18 avril 1948 - Une conférence réunit à Pyongyang des représentants des forces politiques et sociales de l'ensemble de la péninsule coréenne, dont Kim Il-sung, alors président du comité populaire provisoire de Corée du Nord et le nationaliste Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud.

La proposition défendue par Kim Il-sung, et consistant à former une seule assemblée législative et un gouvernement unifié, n'est pas suivie : au Sud, à l'instigation des Etats-Unis, ont lieu en mai des élections séparées, boycottées par la gauche et une partie importante des nationalistes, aboutissant à la création de la République de Corée le 15 août 1948. 

Kim Il-sung, président du comité populaire provisoire de Corée du Nord, et Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud, à Pyongyang en avril 1948

Kim Il-sung, président du comité populaire provisoire de Corée du Nord, et Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud, à Pyongyang en avril 1948

4 juillet 1972 - La République populaire démocratique de Corée (Nord) et la République de Corée (Sud) signent un communiqué conjoint posant trois principes pour une future réunification de la Corée :

- La réunification devra être atteinte de manière indépendante, sans recours aux forces étrangères ni ingérence.

- La réunification devra être atteinte par des moyens pacifiques, sans recours aux armes d'une partie contre l'autre.

- Une grande union nationale devra être encouragée, transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de système.

Lee Hu-rak, directeur des services de renseignement sud-coréens, et Kim Il-sung, Premier ministre de la RPD de Corée, à Pyongyang en mai 1972

Lee Hu-rak, directeur des services de renseignement sud-coréens, et Kim Il-sung, Premier ministre de la RPD de Corée, à Pyongyang en mai 1972

 

10 octobre 1980 - Le Président Kim Il-sung présente la proposition de création de la République fédérale démocratique de Koryo lors du sixième congrès du Parti du travail de Corée. Il s’agit de fonder un Etat neutre, fédéral, dotée d’une assemblée unique et d’un seul gouvernement compétent sur les questions politiques, militaires et diplomatiques, parallèlement à la mise en place d’un comité permanent Nord-Sud. L’armée de la République fédérale démocratique de Koryo serait limitée à 100 000 hommes.

 

Le Président Kim Il-sung devant le sixième congrès du Parti du travail de Corée, à Pyongyang en octobre 1980

Le Président Kim Il-sung devant le sixième congrès du Parti du travail de Corée, à Pyongyang en octobre 1980

13 décembre 1991 - La République populaire démocratique de Corée et la République de Corée signent l’Accord sur la réconciliation, la non-agression, les échanges et la coopération entre le Nord et le Sud, qui permet notamment l’entrée simultanée des deux Etats coréens aux Nations Unies.

 

6 avril 1993 - Le Président Kim Il-sung présente le Programme en dix points pour une grande union de la nation :

- Il faut fonder un Etat unifié, indépendant, pacifique et neutre, grâce à une grande union de toute la nation.

- Il faut s’unir sur la base de l’esprit d’indépendance nationale.

- Il faut s’unir selon le principe consistant à favoriser la coexistence, la coprospérité et les intérêts communs.

- Il faut mettre fin à toute querelle dans le domaine politique qui soit de nature à favoriser la division et la confrontation entre les compatriotes.

- Il faut se débarrasser des craintes quant à l’éventualité d’une invasion de l’un par l’autre, d’une victoire sur le communisme ou d’une communisation.

- Il faut faire grand cas de la démocratie et agir de concert, au lieu de mettre à l’index l’autre partie en prétextant les différences d’idéologie et d’opinion.

- Il faut protéger les biens matériels et spirituels des particuliers et des organisations et favoriser leur utilisation en faveur de la grande union nationale.

- Tous les membres de la nation doivent se comprendre mutuellement et se fier les uns aux autres à travers les contacts, la circulation et les dialogues.

- Tous les Coréens au Nord, au Sud et à l’étranger doivent renforcer leur solidarité en faveur de la réunification de la patrie.

- Il  faut apprécier hautement ceux qui ont contribué à la grande union nationale et à la cause de la réunification de la patrie.

 

Les trois principes pour la réunification (1972), le projet de fondation de la RFD de Koryo (1980) et le programme en dix points (1993) constituent les « Trois Chartes pour la réunification de la Patrie » symbolisées par un monument de Pyongyang

Les trois principes pour la réunification (1972), le projet de fondation de la RFD de Koryo (1980) et le programme en dix points (1993) constituent les « Trois Chartes pour la réunification de la Patrie » symbolisées par un monument de Pyongyang

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 00:18

Il y a soixante-dix ans, des centaines de milliers de femmes asiatiques, coréennes, chinoises ou originaires d'autres pays d'Asie envahis par le Japon, ont été réduites en esclavage sexuel par le gouvernement japonais dans les bordels militaires de l'armée nippone. La venue en France et en Europe de l'une des anciennes "femmes de réconfort", Mme Kil Won-ok, avec la présidente du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort", Mme Yun Mi-hyang, a donné lieu à un ensemble de manifestations à Paris pour exiger que le Japon reconnaisse les crimes de guerre qu'il a commis et apporte une juste indemnisation aux victimes de l'esclavage sexuel - car le combat en faveur des "femmes de réconfort" a une portée universelle, afin que plus jamais les femmes ne soient des armes de guerre. Comme en septembre 2013 à l'occasion de la visite en France de Mme Kim Bok-dong, puis lors des actions conduites en janvier et en avril 2014 à Paris dans le cadre de la campagne de pétition internationale, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a pleinement soutenu les initiatives menées par le Conseil coréen des femmes de réconfort, en relayant l'information auprès de ses contacts, en aidant matériellement à l'organisation de manifestations - c'est sous l'égide de l'AAFC qu'une salle a été mise à disposition à Paris le 24 juin 2014 - et en continuant à sensibiliser l'opinion publique. Pour les droits des femmes et pour que justice soit enfin rendue aux anciennes victimes de l'esclavage sexuel japonais, poursuivons le combat jusqu'à la victoire !

Mme Kil Won-ok, ancienne "femme de réconfort" victime de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise, le 25 juin 2014 place du Trocadéro à Paris

Mme Kil Won-ok, ancienne "femme de réconfort" victime de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise, le 25 juin 2014 place du Trocadéro à Paris

Kil Won-ok n'avait que 12 ans quand elle est devenue, en 1940, une esclave sexuelle de l'armée japonaise. Soixante-dix ans plus tard, la blessure est toujours vive, à l'instar de ces centaines de milliers de femmes dont la vie a été défintivement brisée. Mais dans les témoignages qu'elle donne, la gravité le dispute aussi à une capacité à prendre de la distance : sans doute est-ce aussi cette forme d'optimisme indéfectible qui lui a permis de tenir bon, pendant toutes ces années, puis de surmonter l'opprobre pendant les décennies au cours desquelles on préférait, en Corée, taire le crime qui avait été commis à l'encontre des "femmes de réconfort" - avant que le Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" ne rende pleinement compte, depuis 1992, de cette violation inacceptable des droits humains fondamentaux.

La visite en Europe de Mme Kil Won-ok, accompagnée de Mme Yun Mi-hyang, président du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" a donné lieu à un ensemble de manifestations à Paris qu'a soutenues l'AAFC et auxquelles nous avons participé.


Un premier témoignage a eu lieu le lundi 23 juin à la Sorbonne, à l'invitation du professeur Jean Salem, en présence de quelque 70 invités, coréens, français mais aussi japonais, chinois, originaires d'autres pays asiatiques, arabes ou africains, tant la question de l'esclavage sexuel des femmes reste d'une brûlante actualité, trop souvent liée aux crimes de guerre commis dans les zones en conflit.

Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"

Le mardi 24 juin, une rencontre très émouvante a eu lieu avec, notamment, des jeunes Sud-Coréens en visite en France et en Europe dans le cadre de la campagne pour la paix "Papillons de l'espoir" - coïncidant avec le centième anniversaire du début de la Première guerre mondiale.

Le mercredi 25 juin, Mme Kil Won-ok a livré son témoignage à la Maison du barreau, en présence de et grâce à Roland Weyl, de l'Association internationale des juristes démocrates. En effet, refuser la guerre et les crimes commis sous le prétexte des conflits exige de porter un regard lucide sur l'histoire : telle est l'une des missions qui incombent aux juristes, et qui justifient que les militants coréens ont porté la question des "femmes de réconfort" aux Nations Unies, pour obtenir une reconnaissance par le Japon.

A cette fin, la visite de Mme Kil Won-ok a aussi été l'occasion de rencontres avec des personnalités françaises, notamment la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin, présidente de la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, et la sénatrice Mme Michèle André, ancienne ministre des droits des femmes. Le dépôt, la discussion et l'adoption en France d'une résolution parlementaire relative aux "femmes de réconfort", à l'instar des démarches accomplies par les Parlements d'autres pays, permettraient de faire reculer les violences ainsi faites aux femmes, par la reconnaissance officielle du préjudice subi par les anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise. Une des questions abordées a aussi été la création d'un monument commémoratif, en France, pour ne pas oublier ce qui s'est passé.

Enfin, l'un des points d'orgue des manifestations a été le rassemblement place du Trocadéro, sur le parvis des droits de l'homme, le 25 juin 2014. Il coïncidait avec les manifestations du mercredi, organisées chaque semaine par les anciennes victimes de l'esclavage sexuel. Mme Kil Won-ok et Mme Yun Mi-hyang y ont pris la parole, de même que, parmi d'autres orateurs, Benoît Quennedey et Patrick Kuentzmann, respectivement vice-président chargé des actions de coopération et secrétaire général de l'AAFC. 

 L'AAFC a souligné que le rassemblement coïncidait avec le 64ème anniversaire du début de la guerre de Corée, et montrait la nécessité de la signature d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, le conflit s'étant terminé par un simple accord d'armistice. Enfin, la question de l'esclavage sexuel et le combat pour la paix sont liés, les guerres coïncidant avec les pires violences perpétrées contre les femmes. Cette situation de "ni guerre ni paix" conduit à une militarisation de la société coréenne tout entière ; la reconnaissance, qu'exigent les militants pacifistes sud-coréens, de l'objection de conscience et de formes civiles de service national s'inscrivent dans le combat pour les droits de l'homme que mène l'AAFC avec les militants sud-coréens.

Les jeunes Coréens en visite en Europe dans le cadre de la campagne 2014 pour la paix ont pris une place très active dans le rassemblement au Trocadéro ce 25 juin 2014. Le spectacle dansé qu'ils ont donné, révélant une synchronisation parfaite, a retenu l'attention de la foule. Des chants et les banderoles déployées ont donné une ambiance festive à cette "manifestation du mercredi" d'un genre inédit, tandis que les papillons dessinés sur une toile posée à même le sol ont symbolisé l'espoir d'une envolée vers la paix : les jeunes militants pacifistes poursuivent à présent  vers d'autres contrées européennes leur rêve des papillons pour un monde sans guerre.

Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"

Photos Alain Noguès

 

Site du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" : www.womenandwar.net

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 08:21

Au risque de décevoir les tintinophiles, le Migouk (qui peut aussi être orthographié Miguk) n'a rien à voir avec le Yéti - ou Migou. "Migouk" est le nom sous lequel les Coréens désignent les Etats-Unis depuis le 19ème siècle.  Retour sur l'origine du mot.

A la fin du XVIIIème siècle, le catholicisme tente de s'introduire en Extrême-Orient. Les lettrés confucéens orthodoxes, qui dominaient alors culturellement le royaume de Corée (Choson), s'opposèrent à cette influence. Ils lui assimilèrent les expéditions conduites par les puissances impérialistes européennes et américaine pour forcer la Corée à s'ouvrir au commerce extérieur, voire coloniser la péninsule, tout en pillant au passage certains trésors du pays - et qu'ils tentaient de justifier notamment par la condamnation à mort de prêtres catholiques entrées illégalement et secrètement en Corée.

Les Etats-Unis ne furent pas inactifs sur ce terrain. En 1853, une canonnière américaine, l'USS South America, resta dix jours à Pusan. Un des incidents le plus connu est celui du General Sherman, en 1866, du nom d'un navire de la compagnie commerciale britannique Meadows and Co., et qui - contrairement à l'expédition de 1853 - se solda par la mort de l'équipage, tué par les habitants de Pyongyang - dont le grand-père paternel du Président Kim Il-sung, Kim Un-u, selon l'historiographie nord-coréenne. Ce dénouement servit de prétexte à l'expédition américaine en Corée en 1871, qui conduisit à la mort de 300 Coréens. En 1882, le royaume de Choson dut signer un traité commercial avec les Etats-Unis.

La Corée, qui avait choisi une politique diplomatique isolationniste, se tourna vers la puissance suzeraine chinoise pour savoir qui étaient les nouveaux venus en Extrême-Orient. Les Chinois désignèrent les Américains comme venant du pays nommé "America" qui, par transformations phonétiques successives et l'utilisation du mot "guk" (pays ou Etat en coréen), devint - et demeura - "Miguk".

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 12:58

kim-il-sung_kim-jong-suk_kim-jong-il.jpgAlors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre ce 15 avril 2014 le 102ème anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung, le pouvoir qu'il a établi s'est fondé non seulement sur ses activités dans la guérilla anti-japonaise, mais aussi sur sa capacité à gagner à la cause de la révolution coréenne après 1945 de nouvelles couches sociales jusqu'alors marginalisées, comme l'a notamment montré l'universitaire américain Charles K. Armstrong dans son ouvrage de référence sur cette période, qui utilise notamment d'abondantes sources d'archives nord-coréennes prises par l'armée américaine pendant la guerre de Corée. En favorisant la participation politique des Coréens plus jeunes et de ceux qui n'appartenaient pas à la noblesse, tout en s'appuyant sur la paysannerie alors dominante, Kim Il-sung (à gauche avec sa femme Kim Jong-suk et leur fils Kim Jong-il) s'est également démarqué d'autres leaders politiques, comme ceux du groupe de Yanan, plus proche de la Chine. Dans ce contexte, la loi du 30 juillet 1946 sur l'égalité hommes-femmes, largement impulsée par Kim Il-sung et ses partisans, a bousculé le vieil ordre confucéen traditionnel et été parmi les plus avancées d'Asie à cette époque, comme l'observe Charles K. Armstrong dans son ouvrage précité dont nous traduisons ci-après des extraits.
    
"Les femmes ont constitué la troisième cible majeure de la législation réformiste. La légalisation de l'égalité entre les sexes a été fortement influencée par le précédent soviétique, mais la libération des femmes faisait également partie du programme des bases de guérilla en Mandchourie (...). Les documents nord-coréens suggèrent que Kim Il-sung et son groupe de guérilla étaient plus favorables à l'égalité des sexes que le groupe de Yanan, qui était plus populiste dans d'autres domaines mais davantage conservateur quand on en venait aux questions de genre, peut-être en partie du fait de la différence d'âges entre les dirigeants des deux groupes (Kim Tu-bong, le leader du groupe de Yanan, était beaucoup plus âgé que Kim Il-sung et avait une formation universitaire plus comme il faut)1. Il est difficilement contestable que les discriminations contre les femmes dans la Corée traditionnelle étaient sévères, même en comparaison avec les autres pays d'Asie de l'Est, et que rechercher un soutien parmi les femmes coréennes opprimées de longue date correspondait tout à fait à la politique de Kim Il-sung et du Comité populaire provisoire de Corée du Nord (CPPCN)a de mobiliser les éléments marginalisés de la société nord-coréenne. Les femmes, comme les paysans pauvres, étaient une majorité opprimée dont le soutien et la participation modifieraient radicalement le paysage politique coréen. 

"La loi sur l'égalité des genres promulguée par le CPPCN et soutenue par les Soviétiquesb était extrêmement radicale au regard des critères de l'histoire coréenne récente, et sur le papier au moins donnait plus de droits aux femmes nord-coréennes que n'importe quelles autres femmes d'Asie à cette époque. La loi a été adoptée le 30 juillet [1946] afin de libérer les femmes, comme le soulignait la propagande autour de la loi, de la "triple subordination" dans la famille, la société et en matière politique2. La loi donnait les mêmes droits aux femmes pour la participation politique, les activités économiques, le droit à l'éducation, la liberté de choix pour le mariage et le divorce. Elle interdisait la polygamie et la vente des femmes comme veuves ou concubines, et abrogeait toutes les anciennes lois coréennes et japonaises relatives aux femmes. La réception par la population de la loi sur l'égalité des genres a été mitigée, et quelques membres du groupe de guérilla de Yanan ont exprimé leur inquiétude qu'il s'agissait d'une attaque trop radicale contre le patriarcat profondément ancré dans la société coréenne. Se fondant apparemment sur les comptes rendus de réfugiés mécontents du Nord, un rapport de renseignement américain en concluait que "en général, cette loi a eu pour effet de créer un sentiment d'irresponsabilité parmi les jeunes femmes et d'engendrer une amertume profonde parmi les hommes"3c.

"Les questions relatives aux femmes figuraient en bonne place dans les réformes sociales de la Corée du Nord parmi les objectifs révolutionnaires plus larges du régime. Outre la loi sur l'égalité des sexes elle-même, d'autres lois portaient sur les droits des femmes, dont celui de devenir propriétaires dans le cadre de la réforme agraire, le droit à l'interruption volontaire de grossesse et le droit à un salaire égal à celui des hommes dans le cadre de la loi sur le travail4".

Notes de Charles K. Armstrong
1 Pour une vue d'ensemble de la politique nord-coréenne envers les femmes pendant les deux premières années après la libération, lire Pak Hyonson, "La politique des femmes dans la période de la révolution démocratique antiféodale anti-impérialiste", HCI, vol. 5
2 Haebanghu Choson, 93.
3 Pak Choson pomnyongjip, 201-202, "North Korea Today", 16.
4 "North Korea Today", 16.

Notes du traducteur
a Avant la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en 1948, le gouvernement provisoire a été exercé par le Comité populaire provisoire de Corée du Nord.
b Le Nord de la péninsule était alors occupé par les troupes soviétiques, et le Sud par les troupes américaines.
c Au Sud, où l'occupation militaire américaine était plus visible et s'ingérait davantage dans la vie politique que celle Soviétique au Nord, un des choix du commandement américain a été de freiner les réformes économiques et sociales, ce qui a grandement fragilisé le Gouvernement de Syngman Rhee, largement défait aux élections locales du printemps 1950 qui ont précédé le déclenchement de la guerre de Corée.

Source : Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, New York, 2003, p. 91-92. Traduction de l'anglais : AAFC-SB.

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