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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 00:07

En adaptant sous forme d'un manhwa en deux volumes l'autobiographie de Hur Young-chul Pris dans les tourbillons de l'histoire, le Sud-Coréen Park Kun-woong continue de rendre compte de l'histoire récente de la Corée en sortant du point de vue farouchement hostile à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui a forgé l'identité de la République de Corée (Corée du Sud) : l'auteur de la série Fleur et de Massacre au pont de No Gun Ri (l'un des épisodes tragiques de la guerre de Corée) a retracé le destin d'un ancien prisonnier non converti (ayant refusé d'abandonner ses idéaux communistes), emprisonné pendant 36 ans, de 1955 à 1991, dans les geôles de la junte sud-coréenne. La vie d'ouvrier et de révolutionnaire de Hur Young-chul a non seulement embrassé l'histoire contemporaine de la Corée, elle est également peu banale dans la mesure où Hur a choisi de rester vivre en Corée du Sud, après sa libération, et de témoigner dans un récit autobiographique. Edité en France par Cambourakis, dans une version traduite du coréen par Françoise Nagel et Lim Yeong-hee avec une préface du professeur Han Hong-gu de l'Université Sungkonghoe, Je suis communiste est diffusé dans notre pays depuis septembre 2015, avec le soutien du Centre national du livre (CNL). La version originale a été publiée en 2012 (pour le volume 1) et 2013 (s'agissant du volume 2) par Park Kun-woong (né en 1972) et Hur Young-chul (1920-2010).

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

L'année où Hur Young-chul était libéré, en 1991, Park Kun-woong entrait à l'université : a priori rien n'aurait prédestiné la rencontre entre les deux hommes, appartenant à deux générations très différentes, si Yun Gu-byeong, des éditions Bori, n'avait demandé au dessinateur, ancien militant étudiant, de rencontrer Hur Young-chul.

Le témoignage direct exceptionnel par un acteur de l'histoire récente de la Corée prend forme sous le dessin de Park Kun-woong, dans un style noir et blanc dépouillé, qui alterne entre une tradition graphique qu'on rattacherait en Europe à celle de la ligne claire et une précision du trait dont la puissance renvoie aux peintures asiatiques traditionnelles à l'encre de Chine. Car si Park Kun-woong a pu s'appuyer sur l'autobiographie de Hur Young-chul (dont la translittération du patronyme coréen la plus fidèle à sa prononciation est "Heo" et non "Hur"), il n'avait plus de photos de jeunesse - celles-ci ayant été détruites par sa famille, et il fallait le talent de Park Kun-woong pour restituer une époque, celle de la lutte antijaponaise, la libération, la partition et la guerre, tout en gardant la retenue de Hur Young-chul, que n'ont brisé ni les tortures physiques - à l'eau, à l'électricité - que lui ont infligées ses geôliers sud-coréens, ni la manipulation continue des membres de sa famille par les autorités sud-coréennes pour qu'il se convertisse en reniant ses idées. A cet égard, les extraits en fin de bande dessinée des échanges de courriers censurés, ainsi que du "rapport d'observation" tenu par l'administration pénitentiaire - cherchant à se convaincre que le prisonnier est en bonne voie pour abjurer - sont des témoignages de ce qu'ont vécu les prisonniers politiques sud-coréens non convertis, traités en criminels par un régime dont la brutalité n'avait rien à envier à celui des anciens colonisateurs japonais.

Aux 36 ans de ce régime carcéral ont succédé, jusqu'à la mort de Hur Young-chul, 19 ans de liberté surveillée - avec une interdiction notamment à participer à toute activité politique. Pour être pleinement libre, Hur Young-chul aurait dû renier ses idées - ce qu'il s'est toujours refusé de faire - bien que les représailles aient aussi touché aussi sa famille :

Je me rappelle la première visite [en prison] de ma fille (...) Elle travaillait à l'hôpital universitaire de Séoul. Elle était donc fonctionnaire. En examinant son dossier, on s'était aperçu que son père était en prison pour communisme. La police avait commencé à lui poser des questions. Elle avait démissionné et, en rentrant chez elle, était passée me voir. (...) Elle est revenue me rendre visite, mais on ne l'a pas autorisée à me voir. Dans le train du retour, elle a rencontré un journaliste et lui a tout raconté. Il lui a promis de faire quelque chose. Je ne sais pas quel rôle il a joué, mais l'hôpital a rappelé ma fille et elle a repris son travail (...).

On a proposé à mon fils de se porter candidat pour représenter les étudiants de l'université de Jeonbuk. Son concurrent, un ancien du Vietnam, l'a menacé. Il lui a dit que, vu le passé de son père, il n'aurait aucune autorité sur les étudiants même s'il était élu. Mon fils a perdu les élections. Petit, c'était un garçon très joyeux, plein d'entrain, mais à l'entrée au collège il s'est replié sur lui-même. "A quoi ça sert d'étudier ? Je n'obtiendrai jamais un travail convenable". Ma femme l'a sévèrement réprimandé, mais je ne l'ai appris que bien plus tard.

Le manhwa ne dit pas les raisons qui ont amené Hur Young-chul, après sa libération, à rester au Sud plutôt qu'à rejoindre le Nord, comme nombre d'autres anciens prisonniers de conscience. Mais le regret ne pas avoir été suffisamment aux côtés de sa famille, originaire du Sud, a probablement joué un rôle.

Si le premier volume commence par la libération de Hur, et alors qu'à plusieurs reprises le récit fait des incursions dans la période postérieure à sa libération, le manhwa suit un plan essentiellement chronologique, qui permet de retracer comment s'est formée sa conscience politique, puis la manière dont il a mené à bien ses tâches de militant révolutionnaire. Le tome 1, intitulé "Une vie de travailleur", montre la prégnance de la conscience de classe, pour cet enfant de paysans, qui va travailler dans la métropole coloniale japonaise pour mieux gagner sa vie, et y découve l'exploitation capitaliste la plus sordide, doublée d'une exploitation coloniale. C'est aussi à la même époque qu'il découvre, par des militants coréens et japonais, la résistance antijaponaise menée par Kim Il-sung, futur fondateur de la RPD de Corée.

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

Hur Young-chul apparaît comme un militant de valeur, toujours soucieux du bien-être de ses camarades, auquel le Parti confie les tâches les plus difficiles, qui sont aussi les plus dangereuses : bien que n'ayant pas terminé l'école primaire, il a été choisi comme représentant de comité populaire, a été volontaire pour se rendre sur la ligne de front au Sud pendant la guerre (alors que dans l'académie où il avait été envoyé suivre une formation, la possibilité avait été donnée aux étudiants de regagner leurs familles au Nord, ce qu'ont fait une majorité d'entre eux), échappant à plusieurs reprises à la mort. Après la guerre, il a été parmi les premiers chargé d'une mission de renseignement au Sud, d'où il était originaire. Reconnu, il est arrêté, torturé, emprisonné. Nous sommes en 1955, il a 35 ans : il allait passer les trente-six années suivantes de sa vie en prison.

 

"Je suis communiste" : le manhwa de Park Kun-woong retrace le destin exceptionnel de Hur Young-chul

Hur Young-chul ne cherche pas à magnifier les événements : il décrit la guerre de Corée dans toute sa brutalité, sans cacher la dureté - également - de l'Armée populaire de Corée. Nous partageons son désarroi quand, un demi-siècle plus tard, il nous décrit la condamnation à mort et l'exécution d'un soldat ayant abandonné ses armes, par peur. Comme le reconnaît Hur Young-chul, personne n'a osé le défendre. Il fait aussi le bilan lucide de ses propres échecs, comme de celui ayant conduit à son arrestation comme espion, au Sud.

De son idéal de justice sociale, de son aspiration à la réunification de la Corée - dont il souligne qu'elle a été d'abord divisée par le jeu pervers de l'administration américaine - Hur Young-chul a tiré la force qui lui a permis de surmonter des décennies durant un régime carcéral parmi les plus durs au monde - même s'il reconnaît qu'il n'a initialement jamais cru à un emprisonnement aussi long. Enfin, les conversations de Hur Young-chul avec les Sud-Coréens progressistes qui ont transcrit son récit en bande dessinée, ou fait état de son témoignage dans les médias, sont un éclairage précieux sur le nécessaire dialogue Nord-Sud - Hur étant fondamentalement resté un communiste attaché à la RPD de Corée. Il n'a aucun doute quant à la trahison de Pak Hon-yong - l'un des fondateurs du Parti communiste coréen, passé au Nord, où il a été exécuté, probablement en 1956 - en citant des éléments de preuves qui mériteraient un traitement approfondi par les historiens. Il exprime sa certitude que les horreurs de la guerre de Corée rendent impossible le déclenchement d'un nouveau conflit par les autorités nord-coréennes. Sur plusieurs points - son refus des bases américaines en Corée du Sud, sa lecture des origines de la guerre de Corée - ses positions rejoignent enfin celles des progressistes sud-coréens et témoignent que, par delà les différences d'histoires et de systèmes politiques, un terrain commun de compréhension et d'entente est non seulement souhaitable, mais possible, entre Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora partageant la même volonté de parvenir à la réunification de leur pays, fondée sur des valeurs de justice, d'équité et de liberté.

Références :
 

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 18:21

Le 5 septembre 2015, la Société Finlande-Corée - homologue de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en Finlande - a organisé à Helnsinki un séminaire européen pour commémorer le 70e anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 1945, avec la participation d'associations d'amitié de plusieurs autres pays européens et d'une délégation du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers, venue de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette manifestation coïncidait avec la célébration du 45e anniversaire de la fondation de la Société Finlande-Corée. Une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne était présente. 

Après un dîner le 4 septembre, les délégations européennes, venues du Danemark, de France, de Pologne, de Suède et d'Espagne, et la délégation coréenne ont participé le 5 septembre au séminaire sur le 70e anniversaire de la libération de la Corée, organisé par la Société Finlande-Corée.

L'Association d'amitié franco-coréenne était représentée par Benoît Quennedey, vice-président chargé des opérations de coopération, et Patrick Kuentzmann, secrétaire général. Dans un message lu par Benoît Quennedey, Guy Dupré, président de l'AAFC qui ne pouvait pas être personnellement présent, a souligné combien le mouvement de libération nationale antijaponaise conduit par le Président Kim Il-sung avait façonné non seulement le destin de la Corée, mais aussi celui des peuples combattant pour leur indépendance. Il a également plaidé pour une reprise du dialogue intercoréen en vue d'abaisser les tensions, alors que les conservateurs de retour au pouvoir à Séoul en 2008 ont tourné le dos aux déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. La délégation de l'AAFC a souligné par ailleurs les activités qu'elle a engagées en France aux côtés des militants progressistes sud-coréens s'opposant à la dérive autoritaire à l'oeuvre à Séoul, et des pacifistes japonais refusant la modification de l'article 9 de la Constitution japonaise : les luttes pour la démocratie au Sud de la péninsule et contre le militarisme japonais sont parties prenantes des objectifs que s'est fixée l'AAFC depuis sa fondation en 1969, pour la paix, la liberté et la réunification en Corée.

Un échange entre les participants a permis de souligner les risques que pouvaient personnellement encourir, dans plusieurs pays, les militants des associations d'amitié avec la Corée, en raison de leur action.

En clôture de leurs travaux, les participants ont adopté une résolution conjointe, lue par Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée, plaidant pour une réunification pacifique et indépendante de la Corée, et soutenant la RPDC dans l'édification d'un pays prospère.

Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée

Pekka Kotkasaari, président de la Société Finlande-Corée

Le soir du 5 septembre, un banquet finno-coréen était organisé à l'organisation du 45e anniversaire de la fondation de la Société Finlande-Corée, accompagné d'un concert donné par l'orchestre Saalem, qui s'est récemment produit en République populaire démocratique de Corée. Dans son discours, M. Ryu Kyong-il, directeur du département Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers, qui conduisait la délégation de la RPD de Corée, a félicité l'association finlandaise pour l'organisation du séminaire et sa solidarité sans faille avec le peuple coréen depuis 45 ans.

Ryu Kyong-il, directeur du département d'Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers de la RPDC

Ryu Kyong-il, directeur du département d'Europe du Comité des relations culturelles avec les pays étrangers de la RPDC

Le lendemain, 6 septembre, les délégations européennes et coréenne ont pu poursuivre leurs échanges de manière plus informelle au cours d'une excursion dans la campagne finlandaise.

L'AAFC se félicite de ces riches échanges d'expériences, qui font ressortir tout l'intérêt des réunions organisées jusqu'en 2010 par le Comité international de liaison pour la paix et la réunification en Corée (CILRECO, fondé en 1977), dont le secrétaire général, Guy Dupré, a été salué pour son action par les participants, notamment les organisateurs de la société Finlande-Corée.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne remercie la Société Finlande-Corée pour son invitation et la  félicite pour l'excellente organisation du séjour en Finlande des délégations étrangères, du 4 au 6 septembre 2015. La Société Finlande-Corée a montré un haut degré d'organisation et de savoir-faire, qui la positionne incontestablement parmi les plus dynamiques associations d'amité avec la Corée sur le continent européen. L'AAFC formule tous ses voeux de succès et de réussite à son homologue finlandaise.

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:06

Le 14 août 2015, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé un dîner avec S.E. M. Kim Yong-il, délégué général de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en France, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la RPD de Corée auprès de l'UNESCO, et M. Ri Ho-yong, conseiller de la délégation générale de RPDC en France, à l'occasion du 70e anniversaire de la libération de la Corée de l'occupation japonaise, le 15 août 1945.

Représentation du Président Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo (4 juin 1937)

Représentation du Président Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo (4 juin 1937)

Le 15 août 1945, la capitulation japonaise marquait la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie. Dans la péninsule coréenne, cette date est célébrée comme le jour de la libération, ayant mis fin à la colonisation particulièrement féroce du Japon trente-cinq années durant, de 1910 à 1945. La domination coloniale nippone avait été caractérisée, entre autres, par l'exploitation économique de la Corée pour les besoins de l'industrie de guerre japonaise, le départ forcé de millions de travailleurs coréens et de leurs familles dans l'archipel nippon, l'enrôlement contraint des jeunes hommes coréens dans l'armée impériale, l'exploitation sexuelle de centaines de milliers de "femmes de réconfort" dans les bordels militaires japonais, et la négation de l'identité culturelle du peuple coréen, assimilé à l'occupant, contraint d'apprendre la langue japonaise et d'adopter des noms nippons.

S'appuyant sur une longue tradition de soulèvements populaires face à de puissants voisins, la résistance coréenne antijaponaise, menée dans la péninsule elle-même, mais aussi le Nord-Est de la Chine et l'Extrême-Orient soviétique, a joué un rôle important pour mettre fin à la domination coloniale. L'un de ses plus éminents dirigeants, Kim Il-sung, est devenue le Président de la République populaire démocratique de Corée, fondée le 9 septembre 1948, au Nord de la péninsule. Le rejet du féodalisme et du colonialisme ont ainsi été des marqueurs des institutions du nouvel Etat. Le choix récent des autorités nord-coréennes d'établir un nouveau fuseau horaire (en retardant les horloges d'une demi heure) permet ainsi de revenir sur une décision imposée par le colonisateur japonais - et qui, du reste, avait aussi été mise en oeuvre dans le Sud de la Corée, entre 1954 et 1961, avant que le général Park Chung-hee, ancien diplômé de l'académie militaire japonaise de Mandchourie en 1944, n'engage un rapprochement avec le Japon, ayant conduit à la normalisation des relations nippo - sud-coréennes en 1965. 

Parmi les divers sujets abordés, y compris les activités de l'AAFC dont le départ prochain d'une délégation en RPDC à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, le 10 octobre 1945, le dîner organisé par l'AAFC le 14 août 2015 a permis de revenir sur la résistance antijaponaise et la libération de la Corée, et tout particulièrement le rôle de premier plan joué par le Président Kim Il-sung et ses compagnons de lutte, ainsi que sur les conséquences de ce legs historique dans la politique diplomatique de Pyongyang. La RPD de Corée a apporté un soutien actif aux mouvements de décolonisation et aux luttes de libération nationale de par le monde. Par ailleurs, les plaies de la domination coloniale japonaise ne sont pas encore cicatrisées, Tokyo ne s'étant pas excusé pour son comportement colonial auprès de la RPDC, en l'absence, encore à ce jour, de relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée, ainsi que de versement de compensations par les autorités japonaises.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 19:29

Alors qu’une nouvelle dérive autoritaire est en cours en République de Corée (Corée du Sud), l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a toujours été aux côtés des démocrates sud-coréens dans leur combat pour la liberté et la réunification. En particulier, au tournant des années 1980 et 1990 plusieurs personnalités sud-coréennes ont été arrêtées par le régime Roh Tae-woo pour avoir visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sans autorisation du gouvernement sud-coréen : parmi elles, Rim Su-kyong avait participé au Festival mondial de la jeunesse à Pyongyang en 1989 ; le prêtre Moon Kyu-hyun et le pasteur Moon Ik-hwan s’étaient également rendus en RPDC en 1989. L’AAFC a alors été le fer de lance, en France, du combat international pour leur libération, par des manifestations, des pétitions et des lettres adressées aux autorités politiques françaises, non sans succès : Rim Su-kyong, condamnée à cinq ans de prison, a été libérée au printemps 1992 après avoir purgé une peine de deux ans et demi, avant d’être amnistiée par le président sud-coréen Kim Dae-jung en 1999, tandis que Moon Ik-hwan, condamné en 1989 à dix ans, est sorti de prison en 1993. Nous reproduisons ci-après l’appel lancé par l’AAFC en 1989, cosigné par plusieurs organisations françaises (dont la Confédération générale du travail, le Parti communiste français, l’Association française des juristes démocrates et la Jeunesse étudiante chrétienne) et des personnalités (parmi lesquelles Jean Ferrat, Hugues Aufray, Paul Préboist, Gilles Perrault, Catherine Ribeiro, Siné, Jean Ziegler, Bernard Clavel…) publié dans le n° 28 (4e trimestre 1989) du bulletin trimestriel de l’AAFC. La graphie des noms coréens correspond à la translittération alors en usage.

Rim Su-kyong, en 1989 en RPD de Corée

Rim Su-kyong, en 1989 en RPD de Corée

Moon Ik-hwan

Moon Ik-hwan

Respect des droits de l’homme en Corée du Sud, libération de tous les démocrates emprisonnés

Nous soussignés, après avoir pris connaissance avec une vive émotion, des arrestations et des lourdes condamnations infligées par les autorités sud-coréennes à l’issue de procès iniques à :

- M. le Pasteur Moun Ik Hwan,
- l’écrivain You Won Ou,
(condamnés à 10 ans de prison)
- le Prêtre Moun Kyu Hyun
- la jeune étudiante Rim Sou Kyeung
(menacés de la peine de mort)

Ces personnes comme bien d’autres démocrates sud-coréens également emprisonnés n’ont commis d’autre crime que de vouloir passionnément le dialogue entre les deux parties de la Corée et la réunification de leur patrie.

Ces arrestations et condamnations sont une atteinte intolérable à la liberté d’opinion et aux droits les plus élémentaires de l’homme.

Elles sont en flagrante contradiction avec les engagements de M. Ro Tai Ou de permettre le dialogue Nord-Sud et de démocratiser son pays.

Les soussignés exigent du Président sud-coréen la libération de tous les démocrates emprisonnés.

D’autre part, nous appuyant sur les déclarations du Gouvernement français affirmant la volonté dans ses relations extérieures de faire prévaloir le principe du respect des droits de l’homme, nous demandons instamment à M. le Président de la République française d’exiger des autorités sud-coréennes la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud.

Premiers signataires de l’appel pour la libération de la jeune étudiante Rim Sou Kyeung, du prêtre catholique Moun Kyu Hyun, du pasteur protestant Moun Ik Hwan et des autres démocrates sud-coréens emprisonnés, et pour le respect des droits de l’homme en Corée du Sud.

ORGANISATIONS

- Association d’amitié franco-coréenne,
- Comité français de soutien à la réunification de la Corée (COFRECO),
- Comité français de soutien à la création de la RCDK,
- Comité français pour la reconnaissance diplomatique de la RPDC,
- Confédération Générale du Travail,
- Parti communiste français,
- Association française des juristes démocrates,
- Mouvement de la jeunesse communiste de France,
- Comité national pour l’indépendance et le développement (CNID),
- Jeunesse étudiante chrétienne.

PERSONNALITES

- Jean Ferrat, Artiste lyrique, compositeur,
- Michel Germa, Président du conseil général du Val-de-Marne,
- Claude Bessy, Artiste chorégraphe de l’Opéra de Paris,
- Charles Lederman, Avocat, Sénateur, Secrétaire de la Commission des lois,
- Jean Suret-Canale, Professeur d’université, Président de l’AAFC,
- Hugues Aufray, Chanteur-compositeur,
- Raoul Sangla, Réalisateur de télévision,
- Nicole Dreyfus, Avocate,
- Joannes Galland, Secrétaire de la CGT,
- Paul Préboist, Comédien,
- Albert Lévy, Journaliste,
- Gilles Perrault, écrivain,
- André Aubry, ancien Sénateur, Président du COFRECO,
- Catherine Ribeiro, Artiste lyrique,
- Henri Tisot, Comédien, évangéliste,
- Gérard Brignolais, Sculpteur,
- François Fournier, Jésuite, Directeur de « Culture et Foi »,
- Yves Grenet, Economiste, membre de la Présidence de la Conférence des catholiques européens,
- Marcel Trigon, Maire d’Arcueil,
- Siné, Dessinateur, humoriste,
- Daniel Zimerman, Professeur d’université, écrivain,
- Guy Dupré, Secrétaire général du Comité international de liaison pour la réunification et la paix en Corée,
- Jean Ziegler, Professeur d’université, Conseiller national de la Confédération helvétique,
- Gilles Langoureau, Chanteur,
- Marcel Rigout, Conseiller économique et social, ancien Ministre,
- Marc Ogeret, Chanteur,
- Moussa Keita,
- Pierre Derens, Principal de collège,
- Jacqueline Derens, Professeur,
- Sigfried Feller-Steinhauer,
- Laetitia Meignan,
- Clotilde Kante,
- Nicole Crestou,
- Jeannette Genot,
- Jean Charlon,
- Jacqueline Bailly, Section internationale CGT,
- Maurice Cukierman, Secrétaire de l’AAFC,
- Catherine Deveault, syndicaliste,
- Françoise Caro, secrétaire,
- Thierry Angles, Secrétaire de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD),
- Valérie de Foulpiquet, Universitaire,
- Robert Charvin, Professeur, Secrétaire général du Comité international de juristes pour la démocratie et les droits de l’homme en Corée du Sud,
- Bernard Clavel, Ecrivain,
- Jacqueline Fraysse-Cazalis, Médecin, Sénateur-Maire de Nanterre,
- Jacqueline Grunfeld.

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le 4 juillet 2015, lors de la 39e session du Comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) qui s'est tenue à Bonn, huit sites archéologiques du royaume de Baekje, au Sud de la Corée, situés dans les anciennes capitales de Baekje qu'ont été Gongju et Buyeo (Chungcheong du Sud) ainsi qu'à Iksan (Jeolla du Nord), ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'agit de la quinzième inscription au patrimoine mondial de l'humanité de sites archéologiques de la péninsule coréenne.

Des sites historiques de Baekje classés au patrimoine mondial de l'Unesco

L'Unesco a souligné la haute valeur archéologique, historique et culturelle de ces vestiges, représentatifs de la dernière période du royaume de Baekje, et qui témoignent également de l'intensité des échanges culturels et religieux en Asie du Nord-Est entre la fin du 5ème siècle et le milieu du 7ème siècle :

Situé dans la région montagneuse du centre-ouest de la République de Corée, ce bien en série comprend huit sites archéologiques datant de 475-660 apr. J.-C : la forteresse Gongsanseong et les tombes royales de Songsan-ri liées à la capitale Ungjin (actuelle Gongju), la forteresse Busosanseong et les bâtiments administratifs Gwanbuk-ri et les remparts de Naseong liés à la capitale Sabi (actuelle Buyeo), le palais royal de Wanggung-ri et le temple Mireuksa à Iksan, liés à la deuxième capitale Sabi. Ensemble, ils symbolisent la dernière période du royaume de Baekje –l’un des trois premiers royaumes de la péninsule coréenne (18 av. J.-C. à 660 apr. J.-C.)- au cours de laquelle existèrent des échanges technologiques, religieux (bouddhisme), culturels et artistiques considérables entre les anciens royaumes d’Asie de l’Est en Corée, en Chine et au Japon.

Le pavillon Baekhwajeong

Le pavillon Baekhwajeong

Sources :

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 18:37

Le 1er juillet 2015, place du Trocadéro, a eu lieu à Paris un rassemblement identique à ceux organisés tous les mercredi, dans la péninsule coréenne, par le Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon (dites "femmes de réconfort"). Constitué en 1990, le Conseil coréen milite pour la reconnaissance par le Japon du crime commis contre les femmes asiatiques forcées de se prostituer pour l'armée impériale japonaise - du début des années 1930 à 1945 - et en vue de leur indemnisation, en organisant à cette fin une campagne visant à la collecte de 100 millions de signatures. Plus largement, il dénonce les violences sexuelles faites aux femmes dans tous les conflits. La 1185ème Manifestation du mercredi qui a eu lieu exceptionnellement à Paris était co-organisée par l'association "Papillons de l'espoir" qui, pour la troisième année consécutive, organise, du 25 juin au 14 juillet 2015, un voyage pour la paix en Europe de jeunes Coréens, lequel coïncide cette année avec le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. L'exigence d'un monde de paix et de prospérité, en Asie du Nord-Est et dans le monde, est plus que jamais d'actualité.

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Des orateurs japonais ont pris la parole pour exprimer leur solidarité avec le combat du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort", témoignant qu'il s'agit d'une question de principe qui transcende les clivages nationaux, et déplorant le nationalisme et le révisionnisme du Gouvernement Abe. Gérard Halie a pris la parole au titre du Mouvement de la paix et Patrick Kuentzmann au nom de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC). L'AAFC est pleinement solidaire du combat en faveur des "femmes de réconfort", depuis septembre 2013 et la visite en France de l'une des survivantes, Mme Kim Bok-dong, puis à l'occasion des actions menées en janvier 2014 et en avril 2014 dans le cadre de la campagne de pétition internationale, et enfin lors de la visite en France, en juin 2014, d'une autre survivante, Mme Kil Won-ok. Il convient de poursuivre la sensibilisation de l'opinion publique internationale, ainsi que des décideurs politiques, pour que plus jamais de tels crimes ne se reproduisent.

A l'occasion du rassemblement organisé à Paris le 1er juillet 2015, les jeunes pacifistes de l'association "Papillons de l'espoir" ont adopté une déclaration pour la résolution de la question de l'esclavage sexuel militaire japonais :

Nous sommes venus en Europe pour la paix et pour l'espoir. 2015 marque à la fois le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale et de la libération de la Corée. Nous, participants du voyage en Europe pour la paix, nous sommes lancés dans ce voyage afin d'exprimer notre opposition à la guerre, tout en espérant la résolution du problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale. Les blessures de la Seconde guerre mondiale ne pourront être cicatrisées tant qu'il ne sera pas mis fin au problème de l'exploitation sexuelle (...)

Nous, jeunes amoureux de la paix, nous adressons aux Européens et à tous dans le monde entier. Avançons ensemble contre la guerre. Accomplissons ensemble des pas sur le chemin de la paix. Nous avons besoin d'être soutenus pour que le problème de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise - problème jamais abordé depuis la fin de la guerre - soir résolu et qu'un système garantissant la paix se construise dans la péninsule coréenne. Que les papillons qui volent à tire-d'aile ici et maintenant deviennent de véritables messagers de la paix pour tous les hommes du monde.

- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il reconnaisse la vérité sur les crimes sexuels de guerre des militaires japonais, qui sont un crime contre l'humanité violant le droit international !
- Nous exigeons du gouvernement japonais qu'il présente des excuses sincères aux victimes de l'esclavage sexuel et qu'il les dédommage !
- Nous sommes contre toutes les guerres et contre les violences sexuelles dans le monde !

Rassemblement à Paris contre l'esclavage sexuel des "femmes de réconfort"

Photos : Conseil coréen pour les femmes requises pour l'esclavage sexuel militaire du Japon.

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 17:18

Il y a 50 ans, le 22 juin 1965, la République de Corée (Corée du Sud) et le Japon normalisaient leurs relations avec la signature à Tokyo, par les ministres des Affaires étrangères Lee Dong-won (Corée du Sud) et Shiina Etsusaburo (Japon), du Traité sur les relations fondamentales entre le Japon et la Corée du Sud. Cet accord rencontra une vive opposition dans la péninsule coréenne, dans la mesure où il réglait de manière extrêmement ambiguë la question de la colonisation japonaise.

Alors que des excuses des autorités japonaises avaient toujours été considérées comme un préalable à la normalisation des relations bilatérales, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères n'évoqua la colonisation que de manière très indirecte, en formulant la déclaration suivante :

Il a existé, à une certaine période du passé, des relations préjudiciables aux deux nations.

Une telle ambiguïté évita au ministère japonais des Affaires étrangères de présenter des excuses, en répondant simplement :

Il est fâcheux que de telles relations aient existé par le passé, et cela nous préoccupe profondément.

Par ailleurs, le traité de 1910 d'annexion de la Corée par le Japon ayant été considéré par l'article 2 du traité du 22 juin 1965 comme "déjà" annulé, sans préciser à quelle date, toute perspective d'excuses du Japon au titre de la colonisation de la Corée était évacuée.

En contrepartie, la Corée a bénéficié d'une cession, par le Japon, à hauteur de 300 millions de dollars, et de prêts au secteur public et au secteur privé, s'élevant respectivement à 200 millions et 300 millions de dollars. Si ces aides devaient contribuer à l'essor de l'économie sud-coréenne, alors moins développée que celle de la Corée du Nord, elles n'apparaissaient nullement comme une compensation des dommages subis au titre de la colonisation, tandis que le traité du 22 juin 1965 affirmait que la question d'éventuelles réclamations était désormais réglée.

Dans ce contexte, l'annonce par les autorités sud-coréennes, dirigées par le général Park Chung-hee, de la normalisation des relations bilatérales entraîna, dès le mois d'avril, des manifestations d'opposition des étudiants et des lycéens. Après la mort d'un étudiant à l'Université de Dongguk, le Gouvernement ordonna la fermeture des universités, ce qui toutefois n"empêcha pas de nouvelles manifestations à partir du 19 avril. Le 21 juin, veille de la signature du traité, l'Université nationale de Séoul anticipa ses congés annuels. Les grèves de la faim d'étudiants s'amplifièrent, tandis qu'une centaine de pasteurs puis, mi-juillet, 354 professeurs d'université et 11 généraux de réserve relayèrent le mouvement de protestation. Fin juillet, un rassemblement de 300 personnalités marqua le refus du traité, auquel s'opposa également l'ancien Président de la République Yun Po-sun, à l'instar des députés du Parti du peuple (opposition), qui présentèrent leur démission. Le 14 août 1965, le traité sur la normalisation des relations entre la Corée du Sud et le Japon fut ainsi ratifié par les seuls députés du Parti républicain (au pouvoir).

Les manifestations étudiantes et lycéennées reprirent dès le 18 août et rassemblèrent 10 000 participants le 23 août. Le Gouvernement choisit de déployer l'armée dans les universités, de multiplier les arrestations et d'interdire de cours, en septembre, 21 professeurs. La répression de l'opposition au traité Japon-Corée allait de pair avec la fin d'une certaine tolérance dans la liberté d'expression.

Au plan international, ce passage en force s'inscrivait par ailleurs dans une réorientation de la diplomatie sud-coréenne, désormais encore plus étroitement liée aux intérêts américains : presque concomitamment à la formation d'un axe Tokyo-Séoul pro-américain, la Corée du Sud décidait l'envoi de troupes au Sud-Vietnam (avec l'accord du Parlement le 13 août 1965), où elles devaient constituer le deuxième plus important contingent étranger, après celui américain.

Source : Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, 2007, p. 166-171.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 21:22

Inscrit en 2013 au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO, le site de Kaesong, ancienne capitale du royaume de Koryo (918-1392), a donné lieu à des coopérations dans le domaine archéologique entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ainsi qu'entre les deux Corée. Le 1er juin 2014, une équipe de 11 archéologues et historiens sud-coréens est arrivée à Kaesong, dans le cadre d'un programme de recherches conjoint Nord-Sud, d'une durée prévisionnelle de six mois, sur le site de l'ancien palais royal Manwoldae.

Le site archéologique de l'ancien palais royal Manwoldae, à Kaesong

Le site archéologique de l'ancien palais royal Manwoldae, à Kaesong

Au cours des six mois que durera le programme sur le site de Manwoldae, 81 Sud-Coréens - archéologues ou historiens, membres de l'Institut national de recherche sur le patrimoine culturel (sud-)coréen - doivent se rendre au Nord de la péninsule, prolongeant ainsi des travaux de recherches archéologiques menés conjointement par les deux Corée de 2007 à 2011, et qui ont repris en juillet 2014. Le fonds de coopération intercoréenne de la République de Corée (du Sud) participe financièrement au projet.

Prévues pour s'achever le 30 novembre 2015, les fouilles archéologiques comprendront des travaux de restauration de vestiges d'une grande valeur patrimoniale, inscrits 2013 depuis au Patrimoine mondial de l'humanité.

Ces recherches conjointes, témoignant de l'importance des champs potentiels de coopération Nord-Sud sur les questions historiques et culturelles, sont d'autant plus significatives qu'elles portent sur le centre du pouvoir royal du premier Etat réellement unifié de la péninsule coréenne.

Source :

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 21:49

Alors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre le 9 septembre 2014 le 66ème anniversaire de sa fondation, le 9 septembre 1948, le drapeau du nouvel Etat diffère de celui qu'avait utilisé la Corée depuis les années 1880 - et qu'utilise toujours la République de Corée (Corée du Sud). Explications.

Les origines du drapeau nord-coréen

En juillet 1948, plusieurs semaines avant la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Kim Tu-bong, alors président du Parti du travail de Corée, annonçait que le drapeau coréen traditionnel ne serait plus utilisé - sa symbolique étant en effet considérée comme reflétant l'époque féodale ainsi que l'influence d'une puissance étrangère, la Chine. Les symboles du nouveau drapeau, tels qu'alors décrits par Kim Tu-bong, reflètent les aspirations du nouvel Etat coréen et ont été adoptés par l'Assemblée populaire suprême, avec la Constitution de la RPDC, le 9 septembre 1948.

Aux termes de l'actuel article 170 de la Constitution de la RPD de Corée, "le drapeau national de la République populaire démocratique de Corée est composé d'une large bande rouge bordée en haut et en bas d'une étroite bande blanche et d'une bande bleu foncé. Sur la bande rouge, du côté de la hampe, figure une étoile rouge à cinq pointes dans un cercle blanc.

Le rapport entre la hauteur et la longueur du drapeau national est de 1 à 2".

L'étoile rouge symbolise le socialisme, en rappelant également les combats conduits depuis la lutte de libération antijaponaise. La bande rouge souligne le patriotisme et la détermination du peuple coréen. Les bandes bleues symbolisent le combat pour le socialisme, la paix et le progrès. Le blanc, qui constitue la troisième couleur traditionnelle de la Corée, est traditionnellement associé à l'idée de pureté ; selon les Nord-Coréens, le blanc du drapeau marque l'unité de la nation coréenne aux plans ethnique, linguistique et culturel.

Sources :

- Panorama of Korea, éditions en langues étrangères de Pyongyang, 2013, p. 66 ;

- Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, 2003, p. 220.

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 16:16

Le 15 août 1945, après 35 ans d'occupation coloniale par le Japon, la Corée était libérée, moins d'une semaine après le début de l'offensive générale lancée par l’Armée révolutionnaire populaire coréenne dirigée par Kim Il-sung. Le peuple coréen connut alors l'espoir de vivre en paix dans un pays libre et uni, mais cet espoir fut rapidement trahi par les grandes puissances, Etats-Unis en tête. Une trahison lourde de conséquences eu égard aux tensions persistantes dans la péninsule coréenne.

L'Arc de Triomphe édifié en 1982 à Pyongyang. Les inscriptions « 1925 » et « 1945 » ornant les deux piliers évoquent, respectivement, l'année du départ du jeune Kim Il-sung de son village natal de Mangyongdae pour s'engager dans la lutte anti-japonaise, et l'année de son retour à Pyongyang à la libération de la Corée.

L'Arc de Triomphe édifié en 1982 à Pyongyang. Les inscriptions « 1925 » et « 1945 » ornant les deux piliers évoquent, respectivement, l'année du départ du jeune Kim Il-sung de son village natal de Mangyongdae pour s'engager dans la lutte anti-japonaise, et l'année de son retour à Pyongyang à la libération de la Corée.

Après la défaite du Japon et la libération de la Corée, les grandes puissances, à l'initiative des Etats-Unis, envisagèrent une tutelle tripartite (Etats-Unis, Chine, URSS) sur la Corée pour une durée plus ou moins longue, malgré les promesses officielles d'indépendance formulées aux conférences du Caire (novembre 1943) et de Potsdam (juillet 1945).

 

Profondément ignorantes des réalités coréennes, les grandes puissances imposèrent alors un partage artificiel du pays en deux zones : l'une, au nord, dotée de ressources minérales et énergétiques, accueillit en août 1945 l'armée soviétique ; l'autre, au sud, beaucoup mieux pourvue sur le plan agricole (70 % du riz et 85 % de toute la production agricole) fut occupée un mois plus tard par l'armée américaine. Le 38eme parallèle fut choisi comme ligne de séparation par les Etats-Unis, et accepté par leurs alliés, sans la moindre consultation des Coréens, pour une période officiellement très temporaire. Cette limite était destinée à départager les responsabilités entre Alliés pour le désarmement des troupes vaincues et pour la « déjaponisation » du pays. A ce propos, Dean Rusk, simple officier en 1945, et futur secrétaire d'Etat sous les administrations Kennedy et Johnson, déclara :

« Au cours d'une réunion le 14 août 1945, le colonel Charles Bonesteel et moi avons examiné une carte de la péninsule coréenne. Travaillant dans la hâte et soumis à une grande pression, nous avions une tâche redoutable : désigner une zone d'occupation américaine. En utilisant une carte du National Geographic, nous avons cherché juste au nord de Séoul une ligne de séparation convenable mais sans pouvoir trouver une ligne épousant la géographie naturelle. A la place, nous avons vu le 38eme parallèle que nous avons décidé de conseiller. [Le département d'Etat et le département de la Guerrel'ont accepté sans trop de discussion, et, étonnamment, les Soviétiques aussi. Le choix du 38eme parallèle, conseillé par deux colonels fatigués travaillant tard la nuit, s'est avéré funeste. » (source :  Harry S. Truman Presidential Library and Museum)

 

 

Dans un premier temps, la refondation d'un Etat coréen unitaire souverain était l'objectif des Coréens et, apparemment, des Alliés. Cette refondation supposait non seulement l'expulsion des responsables japonais mais aussi une épuration des éléments coréens ayant collaboré, à l'instar de ce qui eut lieu dans les pays libérés de l'occupation allemande.

 

En réalité, la position des Etats-Unis était bien différente. Sans recommandation précise de Washington, et sous la direction du général MacArthur, la politique américaine en Corée fut fondée sur le maintien et l'utilisation des autorités japonaises existantes et, évidemment, de leurs collaborateurs coréens.

 

Cette politique des Etats-Unis dans la Corée venant d'être libérée réduisait à néant le programme des forces de la résistance coréenne, unanimement désireuses de démontrer que le peuple coréen était apte à se gouverner lui-même, qui prévoyait la création d'une « République populaire » s'appuyant sur les comités populaires issus de la Résistance, fonctionnant au Nord comme au Sud, et dont les députés à l'Assemblée nationale devaient être élus le 1er mars 1946.

 

Choisi par les Etats-Unis et de retour en Corée après 33 ans d'exil aux Etats-Unis, Syngman Rhee se présenta alors à Séoul comme un simple citoyen apolitique, n'appartenant à aucun groupe et se situant au-dessus des partis, champion de l'unité de tous les Coréens et de la réunification. Il était en réalité profondément anticommuniste. En outre, dirigeant un gouvernement provisoire coréen en exil, il n'avait pas la légitimité de ceux qui avaient combattu militairement contre l'occupant, et il n'hésita pas à recruter ses partisans parmi les anciens collaborateurs pro-japonais. Une cinquantaine de partis s'étaient formés dans la partie sud de la Corée libérée, y compris à partir d'éléments ayant collaboré avec les Japonais et qui se camouflaient désormais sous des étiquettes « démocratiques ».

 

Pour les Etats-Unis, Rhee était un substitut commode au gouvernement militaire des Etats-Unis en Corée (United States Army Military Government in KoreaUSAMGIK) dirigé par le général John R. Hodge, une structure analogue au gouvernement militaire allié des territoires occupés (Allied Military Government of Occupied TerritoriesAMGOT) envisagé contre la France résistante pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les Soviétiques se montraient quant à eux préoccupés par l'emploi d'anciens collaborateurs coréens des Japonais, « ralliés » tardivement aux Américains et s'autoproclamant désormais « démocrates ». Au nord du 38eme parallèle, le responsable soviétique, le général Tchistiakov, avait accepté de reconnaître la représentativité du « Comité de préparation à la fondation de l'Etat coréen », à la seule condition qu'il comprenne autant de communistes que de nationalistes.

 

La Commission mixte soviéto-américaine créée par la conférence de Moscou de décembre 1945 et chargée d'aider à la formation du premier gouvernement coréen, malgré deux années de négociations, n'aboutit à rien. L'échec de la Commission mixte conduisit les Etats-Unis à proposer en 1947 la réunion d'une Assemblée provisoire dans chaque zone en vue de constituer ultérieurement une Assemblée nationale. Le nombre des représentants de chaque zone devait être proportionnel à la population, avec deux tiers d'élus du Sud, plaçant en minorité la gauche coréenne. C'était le début du processus de division de la Corée, appuyée par l'Assemblée générale des Nations Unies, en violation des Accords de Moscou.

 

Durant ces pourparlers entre grandes puissances, la Corée du Sud fut le théâtre d'arrestations en masse des membres des partis de gauche qui furent en fait interdits, ainsi que leurs journaux, et d'élections truquées remportées par les partis de droite assistés par l'ancienne police qui avait été au service des Japonais.

 

En Corée du Nord, le gouvernement populaire constitué en 1945, avant même l'arrivée des Américains en Corée du Sud, se considérait comme un « organe légalement constitué, conforme à l'esprit de la Charte des Nations Unies ».

 

La division de la Corée était censée être provisoire. Mais, alors que débutait la Guerre froide, il était inévitable que naissent dans la péninsule coréenne deux Etats appuyés, respectivement, par les Etats-Unis et l'Union soviétique. La République de Corée fut officiellement fondée au sud le 17 juillet 1948 - à l'issue d'élections législatives séparées, boycottées par la plupart des forces d'opposition de gauche, de droite et nationalistes - tandis que la République populaire démocratique de Corée était proclamée au nord le 9 septembre de la même année.

 

A l'initiative de la Corée du Sud et de son parrain américain, la division de la Corée était consacrée. Moins de deux ans plus tard, le 25 juin 1950, éclatait entre les deux Etats coréens une guerre rapidement internationalisée avec l'intervention de l'armée américaine sous couvert des Nations Unies. Plus de soixante ans ans après le cessez-le-feu, suite au refus persistant des Etats-Unis, aucun traité de paix n'a encore été signé, et la péninsule coréenne divisée reste un terrain d'affrontement entre les grandes puissances, bien loin des espoirs soulevés chez les Coréens le 15 août 1945.

 

Source principale : 

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