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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 23:32

won-tai_sohn_biography_kim-il-sung.JPGWon-tai Sohn est un Coréen américain - aux Etats-Unis, il est fréquent que les Coréens suivent l'usage occidental d'énoncer en premier leur prénom, et non leur nom de famille (en l'occurrence, Sohn). Personnalité reconnue dans le domaine médical, après que les hasards de la vie l'eurent conduit en Amérique, Won-tai Sohn, né en 1914, a côtoyé Kim Sung-ju, le futur président Kim Il-sung de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), lorsque tous deux vivaient en Mandchourie, et plus précisément dans la province de Jilin, où s'organisait la résistance à l'occupation japonaise de la Corée. Bien que tardif - il n'a été publié qu'en 2003 - son récit historique et biographique Kim Il-sung and Korea's struggle. An unconventional firsthand history est un témoignage exceptionnel direct abordant, notamment, les années où Kim Sung-ju a rejoint la résistance antijaponaise, dès 1926 selon les historiens nord-coréens. La valeur documentaire de cet ouvrage est d'ailleurs attestée par son inscription au fonds de la Bibliothèque du Congrès américain. Pour l'anecdote, le frère de Won-tai Sohn, alors également présent en Chine, est le futur ministre de la Défense sud-coréen Sohn Won-il (1909-1980), généralement considéré comme le fondateur de la marine sud-coréenne : alors qu'il est interdit, au Sud de la péninsule, de porter une appréciation positive sur le Président Kim Il-sung, Sohn Won-il déclarera ensuite prudemment n'avoir pas de souvenirs à cette époque sur Kim Sung-ju, qui allait devenir le Président Kim Il-sung... Nous publions ci-après, traduits de l'anglais par nos soins, des extraits de l'ouvrage précité de Won-tai Sohn, issus du chapitre 4 intitulé "L'Association des enfants coréens de Jilin", qui éclairent d'un jour nouveau l'entrée dans la résistance de Kim Sung-ju, au moment où la RPD de Corée s'apprête à célébrer le 101ème anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung. Alors que nombre d'historiens occidentaux et sud-coréens mettent en doute que le futur Kim Il-sung, alors âgé de seulement 14 ans, ait pu s'engager dès 1926 dans la résistance antijaponaise, Won-tai Sohn nous montre qu'un tel parcours était classique, notamment chez les enfants de patriotes, tout en observant que Kim Sung-ju se distinguait par ses qualités d'organisation et d'analyse. La vocation de résistant de Kim Il-sung a ainsi été nourrie du combat déjà mené contre l'occupant japonais par son père Kim Hyong-jik. Puis le propre père de Won-tai Sohn, le pasteur protestant Sohn Jong-do, une autre figure éminente de la résistance coréen réfugiée à Jilin, a encouragé et incité le jeune Kim Sung-ju à s'engager dans la lutte antijaponaise, après que ce dernier, connu comme le fils de Kim Hyong-jik (suivant l'usage coréen de désigner les enfants comme les fils et les filles de leurs parents), eut perdu son propre père, le 5 juin 1926.

 

"Des personnes m'ont demandé s'il était vrai que le Président Kim Il-sung de la Corée du Nord avait réellement commencé son combat pour l'indépendance nationale alors qu'il était encore adolescent. C'est bien évidemment vrai, mais plus au sens compliqué de l'expérience, et pas simplement de la capacité. On ne peut pas répondre à cette question en seulement quelques mots d'explication pour ceux qui ne sont pas familiers de cette époque, et qui n'ont pas connu les souffrances endurées par les patriotes coréens pendant les années d'occupation de l'impérialisme japonais. Il y a une grande différence entre la connaissance et l'expérience.

 

Je suis le fils d'un pasteur patriote coréen qui était violemment antijaponais. S'il avait vécu dans le confort de la fortune héritée de ses ancêtres comme un érudit confucéen ou un fonctionnaire, je serais peut-être devenu un tout autre Sohn Won-tai. Mais mon père a choisi de quitter la lignée nobiliaire et de devenir un pasteur chrétien. Comme beaucoup d'autres pasteurs protestants à cette époque, il s'est impliqué dans la lutte anti-japonaise, le coeur brûlant de ferveur patriotique. Ce que je voyais, entendais et ressentais depuis le jour de ma naissance baignait dans l'ambiance du sentiment antijaponais et l'esprit de résistance à l'occupation impérialiste pour refuser de vivre comme des esclaves. C'était une ambiance d'enthousiasme pour un mouvement d'indépendance déterminé à faire vaincre la Corée de la domination japonaise (...).

 

Les jours de pluie, nous, les enfants, nous restions à l'intérieur, généralement dans la salle de séjour de quelqu'un. Nos discussions portaient souvent sur nos villages de naissance que nous avions laissés derrière nous, et il n'était pas rare que nos visages s'emplissent de larmes. Le malheur avait fait grandir trop vite des garçons de douze ou treize ans. Nous chantions un chant de nostalgie et profondément pathétique qu'avait composé Won-yil (alors âgé de quinze ans) et Pak Il-pha, à propos de Beishan (...).

 

Kim Sung-ju avait deux ans de plus que moi, mais trois ans de moins que Won-yil. Bien qu'ayant à peu près notre âge, il était différent de nous. Il ne se contentait pas de pleurer la perte de notre pays et de laisser d'autres reconquérir sa liberté... il était le fils de Kim Hyong-jik, le célèbre vétéran pour l'indépendance et l'indomptable combattant antijaponais !

 

A l'âge de 15 ans [NdT : 15 ans en âge coréen, 14 ans en âge occidental, donc en 1926], Kim Sung-ju était déjà déterminé à restaurer la nation coréenne par ses propres efforts et, malgré sa jeunesse, il avait commencé à élaborer des plans pour y parvenir. Il était doté de qualités exceptionnelles, et avait notamment le talent de placer la connaissance et l'expérience sur des chemins pratiques pour les rendre effectives. Cette différence est ce qui séparait Kim Sung-ju des autres garçons du même âge, comme nous, dans l'accomplissement de notre destin.

 

Kim Sung-ju préparait déjà la lutte effective pour reconquérir l'indépendance de la Corée. Sa stratégie était claire : pour y parvenir, toute la nation devait être étroitement unie pour créer la grande force nécessaire à l'objectif commun, la défaite du Japon. Cela, il l'avait compris alors qu'il était encore adolescent, et il mettait déjà en pratique certaines de ses idées. Il formait différentes organisations, tant légales qu'illégales, rassemblant les enfants pour s'impliquer dans les associations, les étudiants dans les sociétés, et l'ensemble des jeunes dans les organisations de soutien de la jeunesse. L'Association des enfants coréens de Jilin était l'un de ces projets.

 

J'étais membre de l'Association des enfants coréens de Jilin. Au printemps 1927, sept ans après l'installation de ma famille à Jilin, je suivais les cours d'une école primaire de province mais étais en situation d'échec en première année. J'avais été un écolier brillant à l'Ecole primaire Kwangsong de Pyongyang, mais comme je ne connaissais pas le chinois, j'avais de grandes difficultés à suivre les cours de l'école chinoise. Heureusement, quand j'ai peu à peu appris le chinois et commencé à m'habituer aux coutumes locales, mes résultats scolaires ont commencé à s'améliorer.

 

Un jour de printemps on m'a dit qu'une réunion des enfants coréens devait se tenir dans l'église de mon père. Après l'école, j'ai dîné rapidement et me suis dépêché de me rendre à l'église où un grand nombre d'enfants s'étaient déjà réunis dans la cour (...) Il existait déjà une association d'enfants dans la région, active sous le parrainage de nationalistes affiliés à Jongui-bu, mais elle n'avait d'existence que nominale, faute d'une vraie direction (...).

 

Beaucoup de combattants pour l'indépendance et de parents étaient venus à l'église pour manifester leur soutien et féliciter les enfants pour leurs activités, occupant les sièges du fond dans l'église. A la tribune se trouvaient le combattant pour l'indépendance Jang Chol-ho, mon père, Pak Il-pha, Kim Sung-ju et un autre étudiant dont je ne me souviens pas du nom. Après des remarques formulées en ouverture par les personnes présentes à la tribune, l'assemblée a formellement constitué l'Association des enfants coréens de Jilin, élu un bureau et choisi Kim Sung-ju comme président à l'unanimité.

 

Kim Sung-ju a rejoint la tribune, remercié l'assemblée puis souligné les buts de l'association : ses objectifs, ses tâches immédiates à accomplir et ses règles de fonctionnement de l'organisation. S'exprimant couramment dans le dialecte provincial de Phyongan, il a exhorté les filles et les garçons à s'unir pour se dévouer à la restauration de l'indépendance et à l'honneur de la Corée. Le fait qu'il utilisât le dialecte de Phyongan, que je comprenais, me donnait un sentiment d'intimité avec lui, comme si je rencontrais quelqu'un que je connaissais et que j'appréciais car originaire du même village que moi (...).

 

Un changement radical apparut dans la vie des garçons et des filles de Jilin. Après la classe, nous nous réunissions dans l'église de mon père pour organiser des joutes oratoires, raconter des histoires et rendre compte d'ouvrages. Les débats portaient sur des sujets importants, depuis le fait de savoir si une fille devait porter les cheveux courts jusqu'à des discussions essentielles sur le meilleur moyen de mener la lutte pour l'indépendance et la liberté de la Corée.

 

L'association gérait aussi une petite bibliothèque. Une pièce pour la bibliothèque avait été fournie par le meunier, le père de Hwang Kwi-hon, un bon ami de In-sil (...).

 

J'ai eu une expérience inattendue, mais riche d'enseignements, ce printemps, alors que je marchais le long des berges du fleuve Songhua (...). J'avais l'idée ridicule de marcher jusqu'à la Mer de l'Ouest sur un grand bloc de glace, mais alors que je courais, inconscient du danger d'un tel jeu d'enfants, je vis une grande carpe qui se débattait sur des blocs de glace détachés des berges du fleuve. J'ai saisi le poisson sans rencontrer beaucoup de résistance, car il avait apparemment été assommé par le débit des blocs de glace. Il était incroyablement plus grand que la carpe argentée que j'avais attrapée sur le fleuve Pothong ! (...)

 

Le meunier apparut et me demanda s'il pouvait acheter la carpe et, après m'avoir glissé un peu d'argent dans ma poche, il emporta ma prise (...).

 

Je voulais acheter des livres avec l'argent et les offrir à la bibliothèque, mais Kim Sung-ju me conseilla de les donner à ma mère car c'était le premier salaire de ma vie. Quand j'ai donné l'argent à ma mère, un sourire radieux a illuminé son visage et elle a dit "Alors, c'est ce que tu as gagné ? Tu vaux encore mieux que ton père". Je n'ai jamais été plus heureux que ce jour-là !".

 

Source : Won-tai SOHN, Kim Il-sung and Korea's Struggle. An unconventional firsthand history, Mc Farland and Company Inc. Publishers, Jefferson (Caroline du Nord) et Londres, 2003. ISBN 0-7864-1589-4. Extraits du chapitre 4 (titre anglais : "The Association of Korean Children in Jilin"), pp. 51-57. Traduction de l'anglais AAFC / BQ. 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 00:01

Dans la légende construite par les médias conservateurs autour de Mme Park Geun-hye, l'actuelle présidente sud-coréenne, l'image de la "princesse orpheline" (sic), dont les deux parents ont été assassinés successivement, occupe une place majeure. La vérité est en réalité plus complexe, renvoyant par ailleurs aux débats, qui ont notamment animé les révolutionnaires français, sur les figures du tyrannicide et la légitime élimination de ceux qui oppriment le peuple.

Mort de Yuk Young-soo : des zones d'ombre que la droite sud-coréenne a toujours refusé de lever

 

Le 15 août 1974, pendant les cérémonies de l'indépendance de la Corée vis-à-vis du Japon, des coups de feu éclatent en direction du "général-président" Park Chung-hee, à la tête du régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la République de Corée : si l'auteur du coup d'Etat de 1961 a échappé à l'attentat, son épouse, Yuk Young-soo, a en revanche été grièvement blessée à la tête et est décédée des suites de ses blessures. Sa fille, Park Geun-hye, lui a alors succédé comme première dame.

Mun-se-gwang.jpgL'auteur des tirs, un Coréen du Japon de nationalité nord-coréenne, Mun Se-gwang (ici après son arrestation), qui serait entré en Corée du Sud avec un passeport japonais, aurait reconnu - avec l'aide des méthodes musclées de la police sud-coréenne, alors réputées pour leur usage de la torture - avoir agi sous couvert de l'Association des résidents coréens du Japon (Chongryon). Mais la RPD de Corée niera farouchement toute implication, tandis que le passeport de Mun Se-gwang entraînera de forte tensions entre Tokyo et Séoul. Né en 1951, Mun Se-gwang a été condamné à mort et pendu fin 1974.

La version officielle, largement travaillée et diffusée par les services de renseignement sud-coréens, est celle que l'on peut aujourd'hui lire dans les médias occidentaux, et notamment lors de la campagne puis de l'élection de Mme Park Geun-hye, fille de Park Chung-hee, à la présidence de la République à Séoul : Yuk Young-soo aurait été assassinée par un agent nord-coréen ce qui, dans le contexte actuel de tensions intercoréennes, est considéré comme une preuve supplémentaire des intentions bellicistes de la RPDC...

Malheureusement pour les services sud-coréens, comme dans l'affaire du Cheonan (un navire sud-coréen dont le dramatique naufrage, ayant entraîné 46 morts en mars 2010, a été imputé par Washington et Séoul à la Corée du Nord sans preuves convaincantes), la thèse officielle souffre de graves imperfections : dans le cadre des travaux de la commission "Vérité et réconciliation" mise en place par les administrations démocrates au pouvoir à Séoul entre 1998 et 2008, les étonnantes conditions de l'implication de Mun Se-gwang ont réouvert le nécessaire débat sur la base de preuves historiques irréfutables. Un représentant de la commission a ainsi déclaré au quotidien indépendant sud-coréen Hankyoreh, en 2007, que "des doutes sur la façon dont l'assassin, Mun Se-gwang, pourrait avoir participé à l'événement sans carte d'identité ont été soulevés à de multiples reprises. Il est impératif que nous clarifions la vérité".

Mais en 2008 le retour au pouvoir des conservateurs sud-coréens à la Maison bleue à Séoul a entraîné la suspension des travaux de la commission Vérité et réconciliation. Parmi les soutiens de la droite figurent en effet les héritiers du régime militaire. Ces derniers auraient-ils peur de la vérité sur la mort de Yuk Young-soo ?

 

L'assassinat de Park Chung-hee et les motivations de Kim Jae-kyu

 

Le 26 octobre 1979, à l'issue d'un banquet, le "général-président" Park Chung-hee était assassiné par le chef des services de renseignement sud-coréens, Kim Jae-kyu, épaulé par plusieurs de ses hommes. Aujourd'hui réputé proche d'opposants comme le conservateur Chang Chun-ha (dont des preuves de son assassinat par Park Chung-hee en 1975 ont été apportées récemment) et le cardinal Kim Sou-hwan, Kim Jae-kyu déclara avoir agi par patriotisme et pour restaurer la démocratie en Corée du Sud, suivant un plan muri après l'adoption de la très autoritaire Constitution Yusin en 1972. La sincérité de son geste est renforcée par les enregistrements de ses procès, rendus publics en 2011. Arrêté (photo ci-dessous, source : Hankyoreh), torturé et condamné à mort, il fut exécuté par pendaison le 24 mai 1980, comme l'ensemble des personnes impliquées dans la disparition du général Park. Les militaires avaient entretemps maintenu leur pouvoir à Séoul par l'entremise de leur nouvel homme fort, le général Chun Doo-hwan.

kim_jae_kyu.jpg

En tant que directeur de la Korean Central Intelligence Agency (KCIA), Kim Jae-kyu avait auparavant été impliqué dans les plus sombres manoeuvres du général Park, comme l'enlèvement en plein Paris puis l'assassinat d'un de ses prédécesseurs, Kim Hyeong-wook, qui s'était retiré aux Etats-Unis où "il [avait] témoigné devant la sous-commission du Congrès et détaillé les liens entre la secte Moon et la KCIA. Parmi ses révélations figure la mise en place de Radio Free Asia, qui émet en liaison avec la CIA américaine, tout en fustigeant la corruption de membres du Congrès américain achetés par le dictateur Park Chung-hee" (source : Roger Faligot, Paris Nid d'espions, Parigramme, 2009, p. 53).

Les rivalités personnelles, non seulement entre Kim Jae-kyu et Park Chung-hee, mais aussi entre le directeur de la KCIA et le chef de la puissante garde présidentielle, Cha Ji-cheol (partisan, comme Park Chung-hee, de méthodes plus musclées de répression de l'opposition), ainsi qu'une dispute le soir du 26 octobre 1979 dont Cha sera une des premières victimes selon le film des événements aujourd'hui bien établi, ont aussi été invoquées à l'appui du geste de Kim Jae-kyu.

L'hypothèse selon laquelle ce dernier aurait bénéficié d'appuis de l'étranger, notamment des Etats-Unis, doit être étayée par des éléments matériels. Dans ce cas, il a été avancé que les Etats-Unis auraient soit pu s'inquiéter du tournant de plus en plus autoritaire de l'évolution du régime Park Chung-hee (ce qui serait toutefois été une première dans l'histoire de la Corée du Sud : à aucun moment les militaires américains stationnés dans la péninsule n'ont freiné les régimes autoritaires en Corée du Sud dans leurs ardeurs, bien au contraire ; il n'y a guère qu'en 1960 qu'ils n'ont pas soutenu Syngman Rhee renversé par une révolution démocratique), soit qu'ils auraient souhaité empêché un rapprochement intercoréen alors en préparation. Aucune de ces possibilités n'est du reste exclusive du fait que Kim Jae-kyu a manifestement agi par refus du régime Yusin, selon les témoignages d'opposants au régime militaire et les entretiens conservés dans les archives, audibles malgré la voix de Kim Jae-gyu cassée par la torture.

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:18

A la fin de la dynastie Choseon, le poids de plus en plus insupportable des charges féodales pesant sur la population et la présence toujours accrue des troupes étrangères, dans un contexte d'affaiblissement de la monarchie coréenne, conduisirent à un soulèvement paysan en 1894. Cet événement majeur de l'histoire contemporaine de la Corée marque l'irruption de la paysannerie sur le devant de la scène politique, préparant les futures luttes de la guérilla antijaponaise.

 

A la veille de l'an Kabo (1894), la situation diplomatique, politique, économique et sociale de la Corée avait créé les conditions d'une révolution. Constituant une société féodale, la Corée était dominée par la figure du souverain, autour duquel les factions en lutte soutenaient les différentes puissances étrangères (un phénomène possédant une qualification propre en coréen, sadae sasang, ou dépendance des grandes puissances) - et tout particulièrement la Chine et le Japon. Contrainte de s'ouvrir au commerce extérieur depuis 1876, la Corée subissait de plein fouet la concurrence des produits importés sur l'industrie locale. De plus en plus endetté (en 1894, la dette étrangère dépassait 700.000 won), le gouvernement central augmentait les impôts dans des proportions atteignant 50 % à 80 % de la récolte totale. Une nouvelle classe étrangères de marchands de riz et d'usuriers, principalement japonais, concentrait les rancoeurs de la paysannerie pauvre.

 

 Une religion syncrétique à visée libératrice, le savoir oriental ou Tonghak (Donghak), par opposition au savoir occidental (ou Suhak), créée en 1860 par Choe Je-u, un noble (yangban) pauvre, a souvent donné son nom au soulèvement paysan de 1894. Toutefois, sa portée a dépassé la seule guerre paysanne, dont les revendications ont été davantage politiques que strictement religieuses, tandis que les acteurs du mouvement appartenaient à la paysannerie et plus à la noblesse.

 

Jon_Pong_Jun.jpgDans ce contexte de tensions, le maire de Kobu, de la province du Jeolla, avait augmenté depuis 1892 les impôts dans des proportions insupportables pour construire un réservoir et permettre l'irrigation des terres. Une délégation paysanne conduite par Jon Chang-hyok présenta à deux reprises ses plaintes au maire de Kobu en novembre et décembre 1893, entraînant l'arrestation et l'exécution de Jon Chang-hyok. Le fils de ce dernier, Jon Pong-jun (photo à gauche, KBS), fédéra alors les forces militaires paysannes fortes de 1.000 hommes. Celles-ci prirent la ville de Kobu le 10 janvier 1894 et redistribuèrent aux habitants les céréales prélevées sur la population.

 

Face à la répression alors engagée par les autorités féodales, Jon Pong-jun se réfugia sur le mont Paeksan en mars 1894, où il regroupa 8 000 hommes qui se rendit ensuite maître de Kobu et de plusieurs autres villes de la province du Jeolla, ainsi que de la forteresse de Jonju (Jeonju) en avril. A chaque fois, les biens des plus riches étaient redistribués aux pauvres, les fonctionnaires favorables au pouvoir central étaient exécutés et les prisonniers libérés, les registres de servage brûlés et les armes confisquées. Dans une déclaration publique, Jon Pong-jun déclara : "Notre soulèvement n'a pas d'autre but que d'émanciper les masses de l'oppression économique et politique et d'établir un gouvernement national fort. Nous nous sommes soulevés pour nettoyer la corruption et les fonctionnaires tyranniques et pour chasser tous les agresseurs étrangers de notre pays. Nous, le peuple, avons trop longtemps souffert sous le joug des yangban et des fonctionnaires gouvernementaux ; nous avons été traités plus en esclaves et en domestiques qu'en êtres humains. Nous ne le supporterons pas davantage".

 

Pour contrer cette remise en cause de l'ordre féodal, le roi, dont les troupes étaient systématiquement défaites, fit appel aux armées étrangères chinoises, dont l'intervention en Corée servit de prétexte à l'invasion japonaise.

 

En mai 1894, l'armée paysanne accepta la proposition gouvernementale d'un cessez-le-feu en l'assortissant de ses exigences d'une réforme politique et économique du régime féodal en tenant compte des aspirations des masses rurales, conduisant notamment à doubler l'administration féodale par des représentations autonomes des paysans, ayant établi leur capitale à Jonju.

 

Les armées japonaises ayant occupé le palais royal le 21 juin avant de déclarer la guerre à la Chine, défaite au Nord en septembre, les troupes paysannes se soulevèrent sous le commandement de Jon Pong-ju, fortes de 227.000 hommes, et appelant l'armée centrale à l'unité face à l'agression étrangère. Partie de Ronsan (Nonsan) le 21 octobre pour reconquérir Séoul, l'armée paysanne résista à une première attaque des Japonais et de l'armée gouvernementale le 23 octobre. Mais le 25 octobre, face à une armée d'invasion dotée d'une artillerie moderne, les troupes paysannes durent se retirer. Le 2 décembre, une trahison conduisit à l'arrestation de Jon Pong-jun et de ses principaux lieutenants. En mars 1895, ils furent condamnés à mort puis exécutés à Séoul.

 

Malgré son échec, la guerre paysanne joua un rôle décisif dans la formation de la conscience patriotique des masses rurales, préparant le terrain à la future résistance au Japon, vainqueur de la guerre avec la Chine de 1894-1895. Un ancien soldat de la guerre paysanne, Kim Ku, devait ensuite s'affirmer comme un des principaux combattants de la lutte d'indépendance. S'inscrivant dans une impossible réforme du régime féodal, le programme politique des insurgés éludait la nécessaire réforme sociale, qui devait devenir au contraire un des moteurs de la mobilisation des armées de la guérilla antijaponaise dans l'entre-deux-guerres.

 

Sources :

- Bong-young Choy, Korea. A History, éditions Charles E. Tuttle, Etats-Unis, 1971, pp. 127-132 ;

- Kim Chang-hwan et Kang Sok-hi, Histoire générale de la Corée, tome II, éditions en langues étrangères, Pyongyang, RPD de Corée, 1995, p. 19-26 ;

- Korea Historical Research Association, A History of Korea (traduit du coréen par Joshua Van Lieu), Saffron Books, Londres, Royaume-Uni, 1995, pp. 185-190.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 21:01

my-life-and-faith-ri-in-mo.jpgRi In-mo est le plus célèbre des anciens prisonniers non convertis, ces prisonniers politiques torturés puis emprisonnés pendant des dizaines d'années au Sud de la péninsule pour avoir refusé de renier leurs idéaux communistes. Ri In-mo n'a été rapatrié en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) que le 19 mars 1993, alors âgé de 76 ans. Dans ses mémoires publiées sous le titre My life and faith (Ma vie et ma foi), Ri In-mo raconte comment son mariage a coïncidé avec la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), le 9 septembre 1948 : l'événement personnel a ainsi coïncidé avec la fête nationale dans la vie du jeune militant communiste, qui souligne la primauté du combat politique.

 

Lorsqu'il épousa en 1948 Sun-im, de dix ans sa cadette, à qui il avait offert le poème Mont Paektu de Jo Ki-chon et l'Histoire du Parti communiste d'Union soviétique, Ri In-mo ne savait pas qu'il ne vivrait alors que deux ans avec elle, avant d'être contraint à être séparé de sa femme pendant quarante-trois ans.

 

Dans ses Mémoires, Ri In-mo, qui avait dû quitter Pungsan pour Hamhung sur les instructions du Parti du travail de Corée, raconte que son mariage n'était pas ordinaire "tout d'abord parce que ce jour-là la première session de l'Assemblée populaire suprême avait déclaré la fondation de la République populaire démocratique de Corée dirigée par le Général Kim Il-sung. Ensuite parce que nous avions déjà célébré notre mariage.

 

Le 25 août, immédiatement après le succès de l'élection des députés à l'Assemblée populaire suprême à travers le Nord et le Sud [de la péninsule] nous avions organisé une cérémonie de mariage à Hamhung, aidés par nos camarades, qui s'étaient affairés comme si c'était d'eux qu'il s'agissait.

 

Mais ma famille et mes camarades à Pungsan soulignaient que le mariage devait se tenir là-bas. Ils n'écoutaient pas même quand je leur disais que le mariage avait déjà eu lieu. Ils s'occuperaient de tous les préparatifs eux-mêmes et ils disaient qu'il suffisait que les époux soient simplement là. Ils avaient même fixé la date. Nous ne pouvions faire autrement que d'accepter, et le mariage fut célébré à nouveau.

 

Notre mariage coïncidait avec la célébration d'une fête nationale, alors que flottaient partout dans les rues de Pungsan les drapeaux aux bandes rouges et bleues, que les chants retentissaient et que les gens montraient leur joie.

 

Mes camarades nous avaient fait sortir dans une cour pour prendre une photo de mariage à l'extérieur, où la lumière était meilleure. Le président de la Ligue de la jeunesse Kim Kyong-mun déroula et dressa les banderoles portant les noms des mariés à l'extérieur de la maison. Au moment où la photo devait être prise, Kim Tok-ryong nous cria d'attendre une minute et nous dit de nous déplacer légèrement. Nous avons obéi sans savoir pourquoi. Il nous a dit de bouger encore un peu. D'autres camarades aussi nous dirent de faire de même. Pensant qu'ils plaisantaient, je regardai autour de moi et trouvai le drapeau de la République qui était accroché aux toits au-dessus de nos têtes. Ils voulaient en faire le fond de la photographie.

 

Le drapeau de la République et les voix des enfants chantant Le chant de déclaration de la République populaire me rappellent que c'était le jour même où la RPDC a été fondée. J'étais d'autant plus heureux et fier que nous avions enfin notre propre patrie que c'était le jour de mon mariage. Je me sentais rassuré et revigoré parce que nous avions le grand Général à la tête du pays et de la nation.

 

Ce jour-là mes camarades me demandèrent de chanter. J'ai choisi un chant révolutionnaire, Le chant du drapeau rouge

 

...

Levons haut le drapeau rouge

Auquel nous prêtons serment solennellement.

 

La nouvelle génération pourrait penser qu'une telle chanson ne convient pas à un mariage. Je connaissais beaucoup d'autres chansons, et je ne sais pas pourquoi j'ai choisi celle-ci. Mes camarades ont joint leurs voix puissantes à la mienne".

 

Source : Ri In-mo, Memoirs. My life and faith, éditions en langues étrangères de Pyongyang, 1997 (Juche 86), pp. 73-74. Traduit de l'anglais par l'AAFC.

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 18:44

Il y a trente-sept ans, le 17 août 1975, Chang Chun-ha, un combattant de la lutte pour l'indépendance de la Corée devenu un opposant au régime Yusin du général Park Chung-hee, était retrouvé mort. Le régime militaire de Séoul conclut à une mort accidentelle. Mais une autopsie réalisée récemment, à la demande de sa famille, a montré qu'un large trou dans le crâne ne pouvait avoir une origine accidentelle. La vérité doit être faite sur les conditions de l'assassinat de Chang Chun-ha, si la Corée du Sud veut tourner la page des années de plomb de l'ère Park Chung-hee.

 

chang_chun_ha.jpgNé en 1918 à Uiju, dans le Nord de la Corée, près de la frontière sino-coréenne, Chang Chun-ha rejoignit les combattants pour l'indépendance de la Corée, avant de devenir le secrétaire de Kim Ku dans le gouvernement provisoire en exil (photo de Chang Chun-ha à droite, devant un drapeau du gouvernement provisoire en exil que lui a donné Kim Ku, et dont il a fait don à l'Université féminine Ewha le 8 août 1975).

 

Nationaliste, conservateur, partisan d'une démocratie libérale, résolument pro-américain, Chang Chun-ha refusa de participer au gouvernement de Syngman Rhee, qui finit par faire assassiner Kim Ku, après que cette figure du combat pour l'indépendance de la Corée eut participé à une réunion au Nord avec le Président Kim Il-sung pour empêcher la partition du pays.

 

En avril 1953, alors que la guerre de Corée faisait encore rage, Chang Chun-ha reçut un appui financier des services secrets américains pour fonder un mensuel, Sasanggye, traitant de politique et de questions de société, qui allait être en 1962 lauréat du prix Ramon Magsaysay pour son combat en faveur de la démocratie et de la liberté de la presse.

 

En 1966, le régime du général Park Chung-hee interdit Sasanggye. En 1972, la promulgation de la Constitution Yusin marqua un nouveau durcissement du régime militaire, ouvrant les pages les plus sombres de l'histoire sud-coréenne. Chang Chun-ha s'opposa à la Constitution Yusin, en réunissant en seulement dix jours 400.000 signatures sur une pétition exigeant l'abrogation de la Constitution ultra-autoritaire et la mise en place d'un régime démocratique.

 

Chang Chun-ha est alors emprisonné, torturé et condamné à quinze ans de prison. Libéré de manière anticipée, son corps sans vie est retrouvé dans une montagne près d'Uijeongbu. Officiellement, il est conclu à une chute accidentelle du haut d'une falaise.

 

C'était compter sans l'opiniâtreté du combat de sa famille, et notamment de son fils aîné, Chang Ho-gwon (photo ci-dessous), pour faire triompher la vérité. Le 15 août 2012, une autopsie des restes du corps de Chang Chun-ha a révélé un large trou circulaire (de 5 à 6 centimètres de diamètre) dans le crâne, qui ne peut pas avoir une cause naturelle. La découverte en avait été faite par sa famille, le 1er août dernier, alors qu'elle déplaçait ses restes, suivant la tradition coréenne d'honorer les défunts.

 

 

chang_ho_gwon.jpg

 

Après la mort de son père, un espion sud-coréen avait conseillé à Chang Ho-gwon de "ne pas faire de bêtise" - alors qu'un journaliste japonais du Asahi Shimbun était venu prendre des photos du corps de Chang Chun-ha. S'étant fait défoncer la mâchoire par des voyous à la solde de la KCIA (les services de renseignement sud-coréens), Chang Ho-gwon s'enfuit en Malaisie, revint après la mort du général Park mais fut torturé par le nouveau pouvoir du général Chun Doo-hwan, et s'enfuit à nouveau, à Singapour, avant de ne rentrer dans la péninsule qu'en 2004.

 

Dans un entretien accordé au quotidien indépendant Hankyoreh, Chang Ho-gwon, aujourd'hui âgé de 63 ans, a raconté son combat pour que les commissions ayant enquêté sur les morts suspectes du régime militaire réexaminent le cas de son père. Mais les commissions étaient dotées de trop peu de moyens, et leurs travaux ont été clos par l'actuel Président conservateur, Lee Myung-bak, ancien opposant s'étant rallié à Park Chung-hee, et dont la conversion aux valeurs du régime militaire lui a permis de lancer une belle carrière professionnelle. En tant que fils d'un opposant, Chang Ho-gwon sera, lui, mis au ban de la société sud-coréenne de l'ère Yushin, contraint de mendier l'aide d'amis, interdit de travailler dans la fonction publique et les entreprises liées au régime Park Chung-hee. Aujourd'hui encore, il vit toujours modestement avec sa mère, veuve de Chang Chun-ha, Kim Hee-sook, âgée de 88 ans. Une existence à mille lieues de celle dorée de Park Geun-hye, la fille de Park Chung-hee aujourd'hui principale candidate du camp conservateur à l'élection présidentielle du 19 décembre 2012 : tandis qu'elle concourait déjà comme candidate à la candidature pour la droite en 2007, Park Geun-hye avait simplement déclaré qu'elle "était désolée pour les gens qui ont perdu la vie à l'époque de son père", sans plus de précisions. Par ailleurs, comme l'a déclaré Chang Ho-gwon, la réconciliation ne peut venir qu'après la révélation de la vérité.

 

Alors que l'utilisation d'une arme à feu pour tuer Chang Chun-ha est désormais avérée, Chang Ho-gwon veut maintenant connaître les responsables qui ont tué son père, afin que de tels événements ne se reproduisent plus jamais.

  

Sources : Hankyoreh (dont photos), The Korea Times, wikipédia.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 23:55

Sohn_Ki_Jung_Nam_Sung_Yong_Berlin_1936.jpgLors des Jeux olympiques de Berlin, deux Coréens montèrent sur le podium de l'épreuve de marathon, il y a 76 ans, le 9 août 1936 : Sohn Ki-jung décrocha la médaille d'or, et Nam Sung-yong la médaille de bronze. Toutefois, la Corée étant alors occupée par le Japon, les deux athlètes furent enregistrés comme membres de l'équipe japonaise - et Sohn Ki-jung dut ainsi utiliser le nom japonais Son Kitei. Pendant la cérémonie de remise de sa médaille d'or, Sohn Ki-jung eut le courage de cacher par un chêne le drapeau japonais figurant sur son maillot (photo à gauche) et répéta aux journalistes présents qu'il n'était pas japonais mais coréen, tandis que Nam Sung-yong baissait également  la tête. Sohn Ki-jung est  devenu une figure de la résistance coréenne à l'occupation japonaise.

 

Sohn_Ki_Jong_Jeux_Berlin.jpgNé à Sinuiju dans le Nord de la Corée le 29 août 1912, deux ans après le début de la colonisation de la péninsule par l'empire nippon, Sohn Ki-jung a été un athlète prodige : il a remporté dix des treize marathons qu'il a courus entre 1933 et 1936, enregistrant un record du monde le 3 novembre 1935 à Tokyo dans un temps de 2h26:42. Douze ans plus tard, en 1947, son élève et compatriote Suh Yun-bok devait battre ce record en remportant le marathon de Boston.

 

Mais Sohn Ki-jung est aussi entré dans l'histoire de la Corée après sa médaille d'or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 où il a établi un nouveau record olympique du marathon (2h29:19), en cachant le drapeau japonais qui figurait sur son maillot lors de la cérémonie de remise des médailles, et en répétant aux journalistes présents qu'il n'était pas japonais, mais coréen en signant de son véritable nom et en adjoignant une petite carte de la Corée - en vain. Son compatriote Nam Sung-yong, médaille de bronze, déclara plus tard qu'il enviait Sohn Ki-jung non pour sa première place, mais pour avoir ainsi affirmé son identité coréenne sur la plus haute marche du podium. Après les Jeux de 1936, Sohn Ki-jung refusa désormais de courir sur les couleurs japonaises.

 

 

 

Un quotidien coréen, le Dong-a Ilbo, suscita la fureur des autorités d'occupation en publiant une photo retouchée faisant disparaître le drapeau japonais, sous le titre "Victoire coréenne à Berlin" : la police militaire japonaise arrêta huit responsables du journal, dont la publication fut suspendue pendant neuf mois.

 

Sohn_kee_jung_bronz_helmet_korea.jpgLes entraîneurs japonais bloquèrent la remise d'un prix qui devait revenir à Sohn Ki-jung en tant que vainqueur du marathon : un casque grec découvert à Olympie en 1875 par l'archéologue allemand Ernst Curtius, et qui ne sera finalement remis au champion olympique coréen qu'en 1986 (photo à droite), après une campagne de presse en Grèce.

 

Après la Libération, Sohn Ki-jung devint président de l'Association sportive (sud-)coréenne et forma plusieurs champions de marathon, dont Suh Yun-bok et Ham Kee-yong, vainqueurs du marathon de Boston respectivement en 1947 et 1950, ainsi que Hwang Young-cho, médaillé d'or aux Jeux olympiques de 1992. Il a allumé la flamme olympique lors des Jeux de Séoul en 1988. 

 

Sohn Ki-jung est décédé le 15 novembre 2002, à l'âge de 90 ans.

 

Sources :

- Andy Bull, "The Forgotten Story of Sohn Kee-chung, Korea's Olympic Hero", article publié le 27 août 1911 dans The Guardian ;

- Encyclopedia Universalis ;

- Andrei Lankov, "Sohn Kee-chung : 1936 Berlin Olympic Marathon Winner", article publié le 8 août 2010 dans The Korea Times ;

- wikipedia (dont photos) ;

- youtube (dont vidéo).

PS : deux dates sont données pour la date de naissance (1912 ou 1914), l'année 1912 étant la plus souvent retenue par les sources coréennes.

 

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 10:45

wilfred_burchett_kim_il_sung.jpgNé le 15 avril 1912 à Mangyongdae dans une famille de patriotes coréens, décédé le 8 juillet 1994, Kim Il-sung a été le fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 9 septembre 1948, après avoir été un des dirigeants de la guérilla antijaponaise. Le Président Kim Il-sung a rencontré à de nombreuses reprises les étrangers en visite en RPD de Corée, et leurs témoignages permettent de mieux comprendre sa personnalité. Parmi ces grands témoins, le journaliste Wilfred Burchett a été correspondant de guerre dans le Pacifique, puis en Corée où il a assisté aux pourparlers d'armistice en 1953 après avoir suivi les troupes nord-coréennes et chinoises, et enfin au Vietnam. Sa couverture des événements lui a valu, en 1966, le prix de l'Organisation internationale des journalistes. En avril 1967, Wilfred Burchett est retourné en RPD de Corée, où il a rencontré Kim Il-sung, alors Premier ministre (photo à gauche, Kim Il-sung et Wilfred Burchett), et dont la première tâche était alors la modernisation du pays et l'élévation du niveau de vie de la population - celles-ci étant décrites en des termes qui montrent que l'objectif actuel des autorités nord-coréennes de bâtir "un pays puissant et prospère" vient de loin. Le texte qui suit est extrait de l'ouvrage écrit par Wilfred Burchett après sa visite en Corée du Nord en 1967. Publié par François Maspero en 1968, dans la collection "Cahiers libres", sous le titre A nouveau la Corée, il permet de mieux comprendre comment le Président Kim Il-sung dirigeait la République populaire démocratique de Corée, au plus près de la population, suivant l'héritage des combats de la guérilla antijaponaise.

 

"L'une des choses qui m'impressionnèrent le plus avant que je ne le rencontre, fut de voir à quel point il avait personnellement supervisé, dans tous les détails, la reconstruction du pays après la guerre. J'avais visité une douzaine d'usines et de fermes et partout Kim Il-sung s'était rendu non pas une, mais plusieurs fois, pour voir comment cela marchait, pour étudier les conditions sur le terrain, pour se rendre compte par lui-même, discuter avec les ouvriers et paysans et connaître vraiment leurs problèmes afin de pouvoir commencer à les résoudre. A la filature de Pyongyang, par exemple, il était venu pas moins de 28 fois ; la phrase : "le développement de notre industrie est inséparable de l'intérêt personnel qu'y a pris le Premier ministre Kim Il-sung..." semble être une vérité nationale. Avant de développer ses thèses sur la révolution agraire et le socialisme, il se rendit dans un district du village de Konson-Ri et y resta 15 jours, vivant avec les paysans, examinant à fond leurs problèmes, qui touchaient aux insuffisances du parti et du gouvernement, ainsi qu'aux aspirations de la paysannerie. C'est ainsi qu'il agissait jadis, pendant la guerre : jamais il ne déclencha une action sans avoir auparavant procédé à une reconnaissance détaillée des objectifs à attaquer.

 

Je n'avais pas rencontré le Premier ministre Kim pendant la guerre, et il y fit allusion dès les premières minutes de notre entretien : "J'aurais alors aimé vous voir, me dit-il, mais vous vous trouviez à Kaesong et, à l'époque, j'étais occupé ailleurs..." Il l'était sans doute. Il avait sur les bras la plus grande bataille qu'ait jamais eu à livrer, au cours de l'histoire, un dirigeant coréen. Il était "occupé"... et on n'en parlait plus ! Après quelques minutes pendant lesquelles il m'interrogea sur ma famille et mon travail, il me devint facile de l'imaginer assis sous un arbre avec des paysans, mâchonnant un brin de paille et les amenant à lui parler en toute confiance. Il a la chaleur humaine et la simplicité des grands, et ses manières sont exemptes de recherche, ce qui est rare chez des hommes occupant des fonctions aussi importantes. Tout ceci transparaît dans ses discours. Même lorsqu'il traite des problèmes aussi peu romantiques que l'industrie lourde, il y a toujours une remarque qui rappellent à ses auditeurs, surtout si parmi ceux-ci se trouvent des bureaucrates, que le but de toute chose est de rendre la vie meilleure et plus gaie pour tous. On ne fabrique pas des machines pour le plaisir, mais pour rendre plus lumineux le destin de l'humanité. Ainsi, quand, présentant le premier plan quinquennal, il parla de stations hydro-électriques et de la nécessité de construire des barrages sur les rivières, il ajouta : "à l'avenir, quand notre situation sera meilleure, nous pourrons également y ajouter les joies du canotage...".

 

"Quand, en Corée du Nord, nous serons bien nourris, bien vêtus, quand nous vivrons confortablement, quand chacun aura du travail et que le travail sera devenu plus agréable, nous exercerons une influence considérable sur les gens en Corée du Sud", dit-il une autre fois dans un discours sur l'éducation communiste, en novembre 1958. "Même les espions envoyés par Syngman Rhee ne pourront pas dissimuler ce qu'ils ont vu dans le Nord - à savoir qu'il n'y a pas de chômage, que le travail a été allégé, que les revenus sont élevés, que tout le monde est bien nourri, bien vêtu, et vit confortablement..." Et, dans le même discours : "Nous devons progresser plus vite que d'autres peuples, car nous avons vécu trop longtemps dans la pauvreté... Partout en Europe, les routes sont bien pavées, et, même à la campagne, les gens vivent, pour la plupart, dans des maisons de brique. Mais nous, nous avons vécu, pendant des générations, dans des huttes misérables, couvertes de chaume..." Depuis des générations, dit-il, le rêve des paysans coréens est de "manger du riz toute l'année et d'avoir des maisons aux toits de tuile" et, dans son discours du 23 octobre 1962, où il demandait que soient rapidement atteints les objectifs du plan septennal, il déclara que ceci "permettra à notre peuple de vivre dans l'abondance, d'habiter des maisons couvertes de tuiles, de manger du riz et de la viande en quantité, et d'être bien vêtu. Ceci voudra dire que le désir longtemps caressé par nos travailleurs aura été réalisé en notre temps, ce dont nous pourrons nous réjouir et être fiers...".

 

Le plan septennal, lancé en 1961, n'a pas encore été réalisé ; il a été étalé sur trois années supplémentaires en raison des impératifs urgents de la défense, mais les maisons de briques et les toits de tuiles sont devenus la règle pratiquement partout à la campagne, et les paysans mangent maintenant du riz toute l'année. Les seules chaumières que j'ai vues étaient les deux pièces de musée appartenant aux familles respectives du père et de la mère de Kim Il-sung. Dans le cadre du mouvement qui tend à rapprocher la campagne et les villes, le Premier ministre Kim a choisi les chefs-lieux de comté comme modèles de ces nouveaux villages de type urbain que doivent devenir les fermes coopératives. "Le chef-lieu de comté doit être construit avec le sens de la beauté, de la propreté, de la culture et de l'hygiène, de manière à ce que tous les villages agricoles puissent suivre son exemple. Dans tous les domaines (...) le comté (...) avec son équipement culturel et social, ses écoles, ses hôpitaux, ses cinémas, ses librairies et ses bibliothèques (...) doit montrer l'exemple aux villages agricoles et devenir le modèle de la nouvelle façon socialiste de vivre". C'est là un exemple caractéristique de la manière concrète dont Kim Il-sung parle des problèmes et guide le peuple coréen. Les directeurs des fermes coopératives que j'ai visitées me parlèrent tous de cet avis qu'il leur avait donné ; ils avaient construit, ou envisageaient de construire et d'introduire, partout où c'était possible, un équipement de type citadin, et d'urbaniser leur existence. Tout cela a été facilité par l'avènement de la journée de 8 heures et la remarquable organisation des crèches et des jardins d'enfants qui ont libéré les mères de famille en leur évitant bon nombre de besognes ménagères. Les paysans ont maintenant des loisirs et veulent pouvoir en profiter. L'un des thèmes constamment développés par Kim Il-sung a été l'amélioration de la condition féminine à la campagne.

 

Dans un discours sur la gestion des fermes coopératives, à la fin de l'année 1962, il se plaignit de ce que : "Aujourd'hui, on voit souvent des hommes valides se promener avec une serviette sous le bras, sous prétexte qu'ils sont des dirigeants quelconques ou qu'ils font un travail hautement technique. Le résultat c'est que les travaux de la ferme sont laissés presque entièrement aux femmes. En fait, dans la mesure du possible, il faut donner aux femmes les travaux légers et aux hommes les travaux pénibles. Il convient que le travail de bureau, comme la compilation de statistiques et la comptabilité, soit, quand c'est possible, laissé aux femmes, et que les travaux des champs soient faits par des hommes. Pourquoi les hommes auraient-ils des tâches légères et laisseraient-ils les travaux pénibles aux femmes ?..."

 

Quinze ans de guérilla, pendant lesquels il connut la même vie et les mêmes dangers que les partisans, hommes et femmes, qu'il dirigeait, ont marqué, de façon indélébile, le style de travail de Kim Il-sung, et en ont fait le contraire d'un théoricien sédentaire. Au début de l'année 1959, attaquant les méthodes de travail bureaucratiques du Parti des travailleurs coréens, et de l'ancien Parti communiste, il déclara que : "si quelques milliers des éléments de base qui avaient pris part comme guérilleros à la révolution coréenne avaient survécu, et si l'on en avait mis au moins un par cellule au moment où fut constitué le Parti, le bureaucrate Ho Ga Yi n'aurait pas pu répandre ce style de travail qui (...) amena bien des gens à penser que le travail du Parti ne pouvait se faire qu'avec une espèce de méthode administrative et des ordres. Cela n'a jamais été, et ce depuis le début, la méthode correcte.

 

"Il va sans dire que les unités de guérilleros agissaient sur ordre lors des opérations militaires. Mais les ordres devaient être patiemment expliqués aux réunions du Parti, jusqu'à ce que chacun les accepte consciemment et décide de faire tout son possible pour les exécuter. Les guérilleros affrontaient tous les dangers ; pour épargner leurs maigres munitions, ils combattaient à la baïonnette. Il ne faut pas compter sur un tel héroïsme de la part de gens à qui on donne simplement des ordres ; il faut aussi les persuader et les éduquer. Le seul moyen de contrôle sur les guérilleros était leur propre volonté. Il n'y avait ni prisons, ni postes de police... Ce qui était d'une importance exceptionnelle, c'était la persuasion et l'éducation. L'éducation se poursuivait même pendant les repas, les marches et les combats. Nous avons maintenant à notre disposition la radio, les journaux, les revues et autres moyens de propagande efficace, mais à l'époque toute la propagande se faisait de vive voix...

 

"Les guérilleros combattaient uniquement pour le peuple, sans distinction de rang, ils s'aimaient et se faisaient confiance ; ils étaient fermement unis par une fidélité de camarades et une amitié révolutionnaire. Ils vivaient dans un esprit de noble camaraderie et aussi dans un sévère esprit de critique et de discipline.

 

"Cependant, aucun de ceux qui furent critiqués et punis ne déserta nos rangs. Quand nous punissions un guérillero, nous tenions compte, pour établir la punition, de son niveau de conscience, et l'un de nos camarades était désigné pour lui donner une éducation cohérente.

 

"Ce style de travail qui était celui des guérilleros doit être repris et développé. Mais, dans certains cas, il semble que les gens suivent les fonctionnaires de notre parti non par respect sincère, mais par peur de perdre leur travail s'ils ne font pas attention, à cause de la "puissance" des fonctionnaires du Parti... C'est en faisant preuve de ses qualités de dirigeant que le président d'une organisation du Parti doit maintenir son prestige, et non en brandissant l'autorité du Parti.

 

"N'essayez pas de gonfler votre prestige à l'aide d'un grand bureau et d'un fauteuil. Le travail de notre Parti se passe de fatras administratif. Le président d'une organisation du Parti ne peut pas bien faire son travail tant qu'il se donne des airs importants et prend plaisir à marquer des noms au crayon rouge.

 

"Si certaines personnes ne viennent pas vous voir, allez les voir. Qu'est-ce que cela peut faire ? Il n'y a aucun inconvénient à ce que vous leur rendiez visite dix ou même cent fois..."

 

Kim Il-sung a horreur des ronds-de-cuir et il a mené une campagne vigoureuse pour débarrasser le Parti et le gouvernement de cette mentalité, acquise, comme il le dit un jour à de hauts fonctionnaires du Parti, parce que "la seule méthode de travail vue et apprise par beaucoup de nos camarades était celle de la bureaucratie impérialiste japonaise".

 

Il a réussi à imposer son propre style de travail à tous les niveaux de la direction, dans le Parti, l'administration, les usines, et les fermes, et il est pratiquement certain que ceci a eu une influence sur la vitesse foudroyante à laquelle se construit le pays. J'ai déjà mentionné que tous les directeurs d'usine que j'ai rencontrés, à une exception près, travaillaient jadis comme ouvriers dans les usines qu'ils dirigent aujourd'hui. L'exception, je l'ai trouvée à l'usine de fibres synthétiques qui fabrique du vinalon ; c'est là une industrie toute nouvelle, qui n'a donc pas d'anciens ouvriers, et à la tête de l'usine se trouve un ingénieur chimiste. Il arrive souvent qu'un sous-directeur soit un jeune cadre sorti d'un institut spécialisé dans la gestion d'usine et la formation de travailleurs administratifs, mais le directeur et les chefs de service sont des ouvriers sortis du rang. Les rapports entre les ouvriers et la direction sont, de toute évidence, excellents ; quand ce n'est pas le cas, on s'en rend compte tout de suite en traversant une usine en compagnie du directeur ou de l'un de ses délégués.

 

En fait, le pays porte la marque de la forte personnalité de Kim Il-sung, comme Kim Il-sung porte celle du militantisme révolutionnaire, qui a entouré les années où sa formation a été la plus riche, ainsi que la plus grande partie de sa vie de jeune homme et d'adulte".

 

Source : Wilfred Burchett, A nouveau la Corée, François Maspero, collection "Cahiers libres" (n° 113), Paris, 1968. Extraits du chapitre 9 "Kim Il-sung", pp. 97-102.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 16:24

monument_victoire_pochonbo_4_juin_1937.jpgSoumise à la domination japonaise pendant plus d'une génération, de 1910 à 1945, la Corée a combattu l'impérialisme nippon au sein d'unités de guérilla, jusqu'à la libération de la péninsule en 1945. Il y a soixante-quinze ans, le 4 juin 1937, la bataille de Pochonbo, près de la frontière sino-coréenne, marquait une victoire des guérilleros conduits par Kim Il-sung, futur président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

Le 4 juin 1937, à 22h, un coup de fusil se fit entendre à Pochonbo : il marquait le début de la bataille engagée dans la commune de Pochon, alors située dans l' arrondissement de Kapsan de la province de Hamgyong du Sud. Le gros des troupes de l'Armée populaire révolutionnaire de Corée (APRC), sous le commandement du camarade Kim Il-sung, se lançait dans une attaque surprise contre l'occupant japonais.  

 

Pochonbo_coup_de_feu.jpg

Près de la frontière avec la Chine, le Japon impérial avait établi une vingtaine de postes de police, en ayant dressé une batterie de commandement tous les deux kilomètres.

 

Le site de Pochonbo, situé dans une région de forêts vierges, avait également été choisi pour sa proximité avec les bases militaires de la guérilla du Mont Paektu, et donné lieu à des missions de reconnaissance préalables.

 

L'armée de guérilla franchit le fleuve Amnok, marquant la frontière entre la Chine et la Corée, dans la nuit du 3 juin.

 

Les guérilleros s'emparèrent du poste de police de Pochonbo, tuant les occupants japonais et libérant les prisonniers. Ils investirent ou incendièrent les bureaux de l'administration cantonale et de l'administration des forêts, la poste, la caserne de sapeurs-pompiers et le centre d'expérimentation agricole. Les biens des magasins et restaurants gérés par les occupants japonais furent saisis et redistribués à la population coréenne.

 

Le programme en 10 points de l'Association pour la restauration de la patrie fut placardé sur les murs de la ville et affiché sur les arbres. Kim Il-sung prononça le discours "Menons une lutte énergique pour la restauration de la patrie", où il souligna la portée de la bataille de Pochonbo qui, au-delà de son résultat militaire immédiat, témoignait de la capacité de résistance du peuple coréen. Les flammes de la ville libérée s'inscrivent dans la mémoire des combats pour l'indépendance.

 

L'ARPC poursuivit l'ennemi, en l'emportant dans une embuscade tendue le 5 juin dans la vallée de Kouyushan, où furent saisis des mitrailleuses, des lance-grenades et de nombreux autres matériels de guerre. Ces armes jouèrent un rôle déterminant dans le succès remporté le 30 juin, à Jiansanfeng, sur une contre-expédition de 2.000 soldats japonais dépêchés d'urgence.

 

Au plan stratégique, la bataille de Pochonbo, puis celles de Kouyushan et Jiansanfeng, témoignèrent de la capacité de détachements de guérilla, inférieurs en nombre, à l'emporter sur des troupes d'occupation en jouant sur l'effet de surprise, la proximité avec les populations locales, une plus grande mobilité et une meilleure connaissance du terrain.

 

La bataille de Pochonbo représenta aussi un tournant psychologique dans la lutte pour l'indépendance, en témoignant de la capacité à faire reculer des troupes d'occupation plus nombreuses et mieux armées. Pour la République populaire démocratique de Corée, dont la légitimité est fondée sur la résistance à l'occupation japonaise, elle joue un rôle analogue à la bataille de Stalingrad qui devait, quelques années plus tard, signer le premier échec militaire des soldats nazis face à l'Armée rouge de l'Union soviétique.

 

pochonbo_ceremonie_anniversaire_2012.jpg

Un ensemble de musique électronique nord-coréen, l'ensemble Pochonbo, a tiré son nom de la bataille du 4 juin 1937. Elle a aussi donné son nom à une compétition sportive organisée chaque année au mois de juin.

 

Sources : AAFC, KCNA (dépêche du 3 juin 2012, dont peinture et photo de rassemblement commémoratif), Naenara (dont photo : monument à la victoire de Pochonbo).

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 23:53

Après l'armistice de la guerre de Corée, le 27 juillet 1953, des combats se sont poursuivis dans plusieurs régions isolées de la péninsule. Au Sud de la péninsule, un groupe de partisans communistes, favorables à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ont combattu jusqu'en 1963. Parmi eux, une femme, Jong Sun-dok (정순덕), a été capturée et emprisonnée jusqu'en 1985. Décédée en 2004, elle était la dernière partisane coréenne au Sud de la péninsule.

 

Dans le comté de Sancheong, aux pieds des Monts Jiri dans la province du Gyeongsang du Sud, deux musées rappellent le combat mené par des partisans de gauche contre le gouvernement sud-coréen, de 1948 à 1963.

 

Partisan-Struggle_Jirisan.jpgAvant le déclenchement de la guerre de Corée en juin 1950, des guérillas de gauche, dans le Sud de la péninsule, avaient pris les armes pour lutter contre le gouvernement de droite autoritaire de Syngman Rhee, soutenu par les Etats-Unis. Fin octobre 1948, des guérilleros s'étaient soulevés à Yeosu. Rapidement défaits, plus de 1.000 combattants se réfugièrent dans les Monts Jiri, où ils rejoinrent d'autres guérilleros : l'historien américain Bruce Cumings considère cette date comme le début de la guerre de guérilla organisée sur le sol de la péninsule coréenne, après le soulèvement de l'île de Jeju. La guérilla des Monts Jiri parvint à se maintenir jusqu'au début de la guerre de Corée, lorsque les premiers succès de l'Armée populaire de Corée (du Nord) permirent son renforcement. Malgré le recul des forces communistes du Nord, la situation propre aux Monts Jiri entraîna la poursuite de combats particulièrement violents, ayant touché largement les populations civiles. De nombreux partisans, coupés des soldats nord-coréens, furent tués lors de l'opération appelée "Dératisation" conduite en 1951 par le général sud-coréen Paik Sun-yup (ci-dessus à gauche, statues dans le parc du musée illustrant l'élimination des combattants communistes). Toutefois, quelque 8.000 guérilleros continuèrent le combat dans les Monts Jiri, et ne rendirent pas les armes lors de l'armistice du 27 juillet 1953. Les derniers partisans furent capturés à l'aube du 12 novembre 1963. Parmi eux, une femme Jong Sun-dok, âgée de 30 ans, fut blessée lors de sa capture, alors qu'elle s'était cachée sous le système de chauffage par le sol ondol - dans un endroit où la chaleur était telle qu'elle pensait que les troupes sud-coréennes ne s'aventureraient pas. Touchée par balles, elle fut amputée d'une jambe.

 

L'endroit où Jong Sun-dok a été blessée et capturée constitue la pièce centrale du Musée mémorial Nambugun.

 

Jong Sun-dok avait combattu plus de douze ans dans les forêts des Monts Jiri, où elle avait suivi son mari. Emprisonnée à vie, elle ne fut libérée qu'en 1985. Sans avoir pu rejoindre la République populaire démocratique de Corée, elle est restée fidèle aux idéaux communistes jusqu'à sa mort, survenue le 1er avril 2004.

 

Jeong-Sun-deok.jpg

Sources :

- Axis History Forum, discussion "Inchon Landing Operation and Liberation of Seoul" ;

- Philippe Gowman, "Remembering the struggle against the partisans", sur le site London Korean Links, article publié le 6 août 2010 ;

- portrait sur le site Oreum.net ;

- wikipédia (article en coréen consacré à 정순덕).

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 20:39

Il y a quatre-vingts ans, le 25 avril 1932, l'actuelle Armée populaire de Corée (APC) était fondée, sous l'impulsion du camarade Kim Il-sung, en tant qu'Armée de guérilla populaire antijaponaise (AGPA). Il s'agit d'une date significative dans l'histoire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), dont la légitimité est fondée sur la lutte contre l'impérialisme japonaise puis la résistance face aux Etats-Unis pendant la guerre de Corée (1950-1953), avant que la politique de Songun, en donnant la priorité aux affaires militaires, fasse de l'Armée populaire de Corée un des fers de lance de la modernisation économique et technologique dans l'édification d'un pays puissant et prospère. L'AAFC revient sur le contexte historique de fondation de l'APC.

 

Issue de l'Armée révolutionnaire coréenne, fondée le 6 juillet 1930 à Guyushu comme première organisation armée  révolutionnaire des communistes coréens, l'Armée de guérilla populaire antijaponaise (AGPA) a réuni des combattants aguerris aux méthodes de combat de la lutte clandestine. Equipés d'armes prises sur les troupes japonaises et leurs collaborateurs, les premiers détachements de la future AGPA ont été formés, à partir de 1932, à Antu, puis à Wangqing, Yanji, Helong, Hunchun et d'autres districts du bassin du fleuve Tumen, en Mandchourie, à proximité de la frontière sino-coréenne.

 

kim_il_sung_guerilla_1937.jpgCes initiatives furent menées dans un front commun avec les troupes chinoises antijaponaises. Préalablement à la création de l'AGPA, sur l'initiative de Kim Il-sung, des pourparlers s'engagèrent avec Wei, commandant d'une troupe chinoise antijaponaise, pour réaliser la stratégie de front uni : dès la mi-avril 1932, des détachements de Coréens furent ainsi établis au sein des troupes chinoises.

 

 Le 25 avril 1932, l'Armée de guérilla populaire antijaponaise (AGPA) était fondée à Antu. Dans un discours intitulé "A l'occasion de la création de l'Armée de guérilla populaire antijaponaise", le camarade Kim Il-sung insista sur la nécessité d'un lien étroit entre le peuple et les troupes combattantes permanentes, formées d'ouvriers et de paysans, la lutte de libération nationale étant indissociable de l'établissement d'un pouvoir populaire.

 

kim_chaek.jpgPlusieurs troupes de guérilla se structurèrent en Mandchourie à partir de 1932 : dans la région de Ningan, sous la direction de Kim Hae-san ; dans la région de Panshi, sous l'impulsion de Ri Hong-gwang et Ri Tong-gwang ; à l'été 1933, à Zhuhe, où opérait Kim Chaek, et de la région de Raohe, où luttait Choe Yong-gon ; à Liuhe, Misan et Tangyuan. Prenant la direction du Sud de la Mandchourie, le 3 juin 1932, Kim Il-sung oeuvra à l'union nationale des forces actives dans la lutte antijaponaise, en parcourant pendant près d'un an l'ensemble de la Mandchourie pour consolider le front antijaponais.

 

Sur cette base, dans les régions de Mandchourie libérées de l'occupation nippone, la guérilla populaire antijaponaise établit des gouvernements populaires révolutionnaires, qui ont été les précurseurs des réformes démocratiques conduites après 1945 dans le Nord de la péninsule, après la capitulation du Japon : réforme agraire, abolition du régime de propriété féodale, égalité entre les hommes et les femmes.

 

L'organisation politique apparaît comme le préalable à la structuration militaire de la guérilla : lors de la réunion des cadres de Parti et de l'Union de la jeunesse communiste de Corée (UJCC), convoquée le 16 décembre 1931 à Mingyuegou, le camarade Kim Il-sung avait mis l'accent sur la guérilla comme moyen principal de la lutte de libération nationale, d'où avait résulté la formation de l'AGPA quatre mois plus tard.

 

Les conditions de la lutte de guérilla antijaponaise ont ainsi déterminé l'organisation politique et sociale ultérieure de la RPD de Corée, en conférant à l'armée un rôle essentiel dans le combat, hier pour la libération nationale, aujourd'hui pour l'indépendance et l'autonomie de la RPD de Corée dans tous les domaines (politique, économique, militaire) - alors que la réunification pacifique de la péninsule apparaît comme l'étape ultime de la lutte pour la pleine restauration de la souveraineté nationale. Par ailleurs, comme dans les autres régimes de démocratie populaire, "le Parti commande aux fusils" : l'armée populaire est une composante sociale à part entière, représentée à l'ensemble des niveaux de décision, mais la direction politique de l'Etat est assumée par le Parti du travail de Corée.

 

Source principale : Kim Chang-hwan et Kang Sok-hi, Histoire générale de la Corée. Tome II, éditions en langues étrangères, Pyongyang, RPD de Corée, 1995, p. 128 sq.

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