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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 19:56

 

AhnJunggeun.JPGLe 26 mars 2010 marquait le centième anniversaire de la mort du patriote Ahn Jung-geun, cher au coeur de tous les Coréens. Le 26 octobre 1909, dans la gare de Harbin en Chine, Ahn Jung-geun assassinait Hirobumi Ito, premier Résident général japonais en Corée (exerçant les fonctions de gouverneur militaire). Arrêté, jugé et condamné à mort, Ahn est resté fidèle à ses principes et à son idéal d’une Corée indépendante libérée du joug colonial japonais, refusant même de faire appel du jugement du tribunal. Il a été exécuté par pendaison le 26 mars 1910 dans la prison de Lushun, à Dalian, en Chine. Avant sa mort, Ahn a laissé des textes dans lesquels il expliquait que son geste avait pour but de défendre la paix en Asie, en espérant que les autorités nippones comprendraient son message. Mais, après sa mort, le Japon annexa purement et simplement la Corée. Pour rendre hommage à Ahn Jung-geun, des délégations des deux Corée sont allées se recueillir ensemble au mémorial des combattants de l’indépendance, dans la prison de Lushun. Cent ans après la mort de Ahn Jung-geun, le Japon refuse toujours de coopérer pour permettre le retour des restes de ce patriote coréen dans son pays.


Le 26 mars 2010, cent ans après l'exécution de Ahn Jung-geun condamné par un tribunal du Japon impérial, la Corée du Nord et la Corée du Sud ont mis leurs différends de côté le temps d'une messe en la mémoire de Ahn (converti au catholicisme en 1897) à Dalian, en Chine, où est situé la prison de Lushun, théâtre de l'exécution du patriote coréen. Après une longue période de préparation, cette première cérémonie commémorative Nord-Sud était organisée en présence d'une délégation de l'Association pour la mémoire de Ahn Jung-geun (Corée du Sud) conduite par le Père Ham Se-ung, et d'une délégation du Conseil des religieux de Corée (du Nord) conduite par son président, Jang Jae-un.


Dans son discours, le Père Ham a demandé que, tant que la dépouille de Ahn ne sera pas retrouvée, les 80 millions de Coréens du Nord et du Sud gardent sa mémoire, vivent comme il le fit et oeuvrent afin de devenir une nouvelle génération de Ahn Jung-geun. Le Père Ham a ensuite prié pour l'unité et la réconciliation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.


Le président du Conseil des religieux de Corée, Jang Jae-un, a rappelé que, un siècle auparavant, Ahn Jung-geun a sacrifié sa précieuse vie comme un simple brin de paille pour parvenir à l'indépendance de la Corée, pour retrouver la souveraineté nationale qui avait disparu après l'invasion des impérialistes japonais, et pour bâtir un pays prospère. Il a appelé la Corée du Nord et la Corée du Sud à prendre exemple sur cette commémoration conjointe du martyr de Ahn Jung-geun pour surmonter leurs différences idéologiques et travailler à l'unification indépendante de la Corée.


En même temps qu'avait lieu cette cérémonie, le Parti social-démocrate de Corée (du Nord) et le Parti démocratique du travail (de Corée du Sud) faisaient une déclaration commune exigeant « des excuses et des réparations » de la part du Japon « pour ses crimes passés ». (voir ci-dessous le texte de la déclaration)


Après la cérémonie religieuse de Dalian, la délégation inter-coréenne s'est rendue à la prison de Lushun. Devant le mémorial construit à l'endroit même où Ahn Jung-geun fut tué en 1910, les Coréens du Nord et du Sud ont chanté Notre souhait est la réunification. Bien qu'ayant visité ce lieu de mémoire à plusieurs reprises, Jang Jae-un a dit que ce jour était totalement différent car les Coréens du Nord et du Sud étaient rassemblés. En ce jour, il n'y avait plus de Corée du Nord et de Corée du Sud mais une seule Corée, comme l'aurait voulu Ahn Jung-geun.

 

Lushun_26032010.JPG

Le Père Ham Se-ung, de Corée du Sud, et Jang Jae-un, président du Conseil des religieux de Corée (du Nord),

devant le buste de Ahn Jung-geun, au mémorial de la prison de Lushun, le 26 mars 2010 (photo : Hankyoreh)

 


Sources :

Hankyoreh, « Koreans come together to memorialize Ahn Jung-geun », Séoul, 27 mars 2010

KBS, « Centième  anniversaire de la mort d’Ahn Jung-geun », Séoul, 26 mars 2010

KCNA, « Meeting Marks Centenary of Death of An Jung Gun », Pyongyang, 27 mars 2010

Wikipedia

 


Déclaration commune

du Parti social-démocrate de Corée (du Nord)

et du Parti démocratique du travail (de Corée du Sud)

pour le centième anniversaire de la mort de Ahn Jung-geun, le 26 mars 2010


Le 26 mars marque le centième anniversaire de la pendaison de Ahn Jung-geun par les impérialistes japonais.


 En ce jour, tous les Coréens se remémorent l'acte patriotique de Ahn Jung-geun, un événement qui tient une place particulière dans l'histoire du mouvement anti-japonais de la nation coréenne, et ils sont secoués par la haine immense qu'ils éprouvent pour les impérialistes japonais qui ont commis des crimes odieux contre eux dans le passé.


Il s'est écoulé 100 ans depuis le martyr de Ahn et 65 ans depuis la défaite de l'impérialisme japonais dans la guerre mais le Japon continue à toute allure ses démarches pour devenir un géant militaire, saisi par une sauvage ambition militariste, et falsifie encore plus désespérément son histoire, travaillant dur pour récupérer les îles Tok et intensifiant la répression contre les Coréens du Japon, loin de réparer ses crimes passés. Ces actes de la part du Japon ne font que s'ajouter aux crimes déjà commis contre les Coréens.


Pour le centième anniversaire de ce martyr, le Parti social-démocrate de Corée et le Parti démocratique du travail de Corée du Sud déclarent ce qui suit, au nom de Ahn Jung-geun et des autres patriotes martyrs anti-japonais, et de 70 millions de compatriotes :


1) Nous demandons instamment au Japon qu'il s'excuse sincèrement pour les crimes affreux sans précédent commis contre la nation coréenne au cours de sa domination coloniale sur la Corée et qu'il procède à leur réparation complète.


Le Japon a mis en oeuvre en Corée la domination coloniale répressive la plus dure jamais vue à la pointe de ses baïonnettes pendant plus de 40 ans, tuant brutalement au moins un million de Coréens innocents, forçant plus de 200.000 femmes coréennes à devenir des esclaves sexuels et envoyant plus de 8,4 millions Coréens jeunes et moins jeunes sur les champs de bataille et sur des lieux de travail où ils furent réduits en esclavage. En même temps, il commettait des crimes aussi affreux que le vandalisme et le pillage des biens culturels et des ressources. Mais le Japon n'a pas encore présenté d'excuses sincères et de réparation pour ces crimes hideux. Cela ne fait que démontrer la vulgarité politique et morale du Japon et son absence de pudeur. Si le Japon désire vraiment ne pas rester un ennemi juré du peuple coréen, il devrait faire des excuses honnêtes et réparer complètement ses crimes, même tardivement.


2) Nous dénonçons vivement les efforts persistants du Japon pour se transformer en puissance militaire et ses déformations de l'histoire, ses revendications sur les îles Tok, et sa politique maltraitant les Coréens du Japon comme une violation flagrante de la souveraineté de la nation coréenne.


Les actions de plus en plus évidentes du Japon pour se transformer en puissance militaire, déformer l'histoire et s'emparer des îles Tok, et sa politique de répression et de discrimination contre les Coréens du Japon révèlent sa folle ambition d'organiser un retour en Corée et sont des actes irresponsables trahissant la perte de tout sens de l'époque.


Le Japon serait bien avisé de comprendre distinctement la nation coréenne d'aujourd'hui et d'arrêter immédiatement ses actions anachroniques et chauvines.


3) Nous ne tolérerons jamais le moindre acte de soumission et de traîtrise, tel que s'opposer aux compatriotes et bloquer la réconciliation et l'unité nationales en se liguant avec des forces étrangères.


Une leçon amère enseignée par l'histoire de la nation coréenne est que l'asservissement et la dépendance à l'égard des forces étrangères mènent à la ruine et à la honte de la nation. Les actes consistant à s'opposer aux compatriotes et au maintien sur la voie de la concorde et de l'unité nationales, en cédant aux forces étrangères, en étant totalement indifférent à la destinée du pays et de la nation, sont voués à être sévèrement jugés par l'histoire.


En cette année 2010, il y a 105 ans que les impérialistes japonais ont préparé et obtenu par la coercition la signature du « Traité d'Eulsa en cinq points », ce qui mena la Corée à la ruine, et il y a 100 ans qu'ils ont fabriqué de la même manière le « Traité d'annexion de la Corée par le Japon ».


Cette année, il y a aussi 90 ans qu'ils ont lancé la « grande opération punitive de 1920, l'année du singe », 65 ans qu'ils ont fait exploser l' Ukishima Maru , massacrant des Coréens innocents, 70 ans que le Japon a obligé les Coréens à changer leurs noms pour des noms japonais dans le but d'éradiquer complètement l'identité nationale coréenne.


Les deux parties expriment le souhait qu'en cette année de commémoration de la lutte anti-japonaise commune, tous les Coréens du Nord, du Sud et d'outre-mer mèneront activement le combat solidaire de toute la nation pour exposer et condamner les 100 ans d'histoire des crimes commis par le Japon contre la nation coréenne, et pour exiger de lui des excuses et des réparations.


Source : KCNA, « Joint Statement Issued on Centenary of Death of An Jung Gun », Pyongyang, 26 mars 2010   (traduction : AAFC)

 

 

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:39

Il y a cinquante ans, Cho Bong-am, opposant de gauche à Syngman Rhee, était exécuté à l'issue d'un procès truqué. Le peuple coréen attend toujours la réhabilitation de cette figure historique de la lutte pour l'indépendance et de la réunification pacifique de la péninsule, dont l'Association d'amitié franco-coréenne appelle à honorer la mémoire.

Le destin tragique de Cho Bong-am, exécuté il y a cinquante ans à l'instigation du dictateur Syngman Rhee, est celui d'un homme d'honneur, dont la vie s'est confondue avec la lutte pour l'indépendance et la réunification de la Corée. Pourtant, un demi-siècle après, le combat pour sa réhabilitation reste à gagner.

Né en 1898, Cho Bong-am participa au
soulèvement du 1er mars 1919. Journaliste au Chosun Ilbo, il fut, en 1925, l'un des fondateurs du Parti communiste de Corée. Son combat pour libérer la Corée de l'occupation japonaise lui valut d'être emprisonné, à deux reprises, à partir de 1932.

Après l'indépendance de la Corée en 1945, Cho Bong-am fut élu député. Dans un contexte de répression anticommuniste au Sud, Cho Bong-am quitta le mouvement communiste, quand d'autres dirigeants communistes du Sud - tels Pak Heon-yeong - choisirent finalement de rejoindre le Nord de la péninule. Déclarant désormais s'opposer tant à la "dictature du prolétariat qu'à l'autoritarisme capitaliste", Cho Bong-am devint ministre de l'Agriculture et de la forêt en 1948, avant d'occuper les fonctions de vice-président de l'Assemblée nationale.

Lors de l'élection présidentielle de 1952, Cho Bong-am atteignit la deuxième place derrière le président sortant Syngman Rhee (11,36 % selon les résultats officiels).

Le 15 mai 1956, le dictateur Syngman Rhee était à nouveau reconduit dans ses fonctions de chef de l'Etat, à l'issue d'élections largement entachées de fraudes. Malgré l'ampleur de la manipulation des résultats, Cho Bong-am, obtenait un résultat remarquable en tant que candidat du Comité de promotion du Parti progressiste (2,16 millions de voix selon les résultats officiels, soit 30,01 % des suffrages exprimés, contre 5,04 millions à Syngman Rhee et 1,85 million de suffrages nuls, dont une majorité pour Shin Ik-hui, candidat du Parti démocrate, opposant de droite décédé pendant la campagne).

Devenu un des principaux adversaires de Syngman Rhee, Cho Bong-am s'employa à organiser le Parti progressiste, fondé en novembre 1956, dont le programme prônait une politique sociale d'aide aux plus pauvres et la réunification pacifique de la Corée, refusant ainsi une division du pays qui n'était que le produit de la guerre froide.

cho bong-amPar des campagnes d'intimidation et de terreur, la police de Syngman Rhee empêcha la constitution des fédérations du Parti progressiste, avant de viser Cho Bong-am et les autres dirigeants du Parti progressiste : arrêté le 13 janvier 1958, il fut condamné en première instance à cinq ans de prison pour port d'arme non autorisé, avant d'être condamné à mort en appel, pour espionnage en faveur de la Corée du Nord, en application de la
loi de sécurité nationale (à gauche, Cho Bong-am lors de son procès en octobre 1958). La sentence fut confirmée par la Cour suprême, et Cho Bong-am exécuté le 31 juillet 1959. Ainsi s'achevait un des procès truqués les plus retentissants de l'ère Syngman Rhee, dont il devait accélérer la chute lors de la révolution du 19 avril 1960, tout en ayant décapité la gauche sud-coréenne qui ne fut pas en mesure de conquérir le pouvoir lors de la parenthèse démocratique de 1960-1961.

Cho Bong-am est aujourd'hui enterré au cimetière du parc Manguri.


Cinquante ans après l'exécution de Cho Bong-am, le combat pour sa réhabilitation et la défense de sa mémoire reste à gagner. Le 30 juillet 2009, 130 parlementaires - de la majorité (Chung Eui-hwa, Won Hee-ryong, Chung Doo-un, Yim Tae-hee...) comme de l'opposition (dont Choo Mi-ae, Moon Hee-sang et Park Jie-won) - ont plaidé pour rétablir son honneur après sa mort, dans une déclaration rendue publique au Centre coréen de la presse, à Séoul : "Il doit être procédé de manière correcte à une évaluation historique du rôle du combattant pour l'indépendance, qui a posé les fondations de la mise en place de la nation et poursuivi la réunification pacifique de la Corée". Les signataires ont appelé la Cour suprême à réouvrir son procès, alors qu'en 2007 la Commission Vérité et Réconciliation avait qualifié son exécution d' "acte inhumain de suppression politique portant atteinte aux droits de l'homme", en l'absence de preuves sur les motifs de sa condamnation à mort.

Cho Bang-am avait-il renié ses idéaux communistes en occupant des fonctions importantes dans les institutions sud-coréennes mises en place après la fondation de la République en Corée en 1948, à l'issue d'élections législatives largement boycottées par l'opposition, de droite comme de gauche, ou avait-il choisi une position tactique de critique au sein des institutions, ce qui lui avait finalement permis de s'affirmer comme l'un des principaux opposants à Syngman Rhee dès 1952, avant même la fin de la guerre de Corée ? Dans l'impossibilité de trancher ce débat, il convient de saluer les positions courageuses et visionnaires défendues par Cho Bang-am, pour la justice sociale et la réunification pacifique de la Corée. Plus encore, il convient d'honorer la mémoire d'un combattant de l'indépendance et d'un martyr de la liberté, victime d'un procès arbitraire. La veille de son exécution, Cho Bong-am déclara que "l'unique crime qu'il avait commis était son engagement politique".


Sources principales :

- Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 77-80
- The Korea Times
- The Chosun Ilbo (dont photo ; ce quotidien ultra-conservateur sud-coréen défend un de ses anciens journalistes - quand il s'agissait d'un titre favorable à l'indépendance de la Corée - tout en présentant Cho Bong-am comme un démocrate de gauche, opposé aux régimes tant nord que sud-coréens)
-  
JoongAng Daily (biographie d'un des titres conservateurs de la presse sud-coréenne, orientée dans un sens défavorable à Cho Bong-am mais consultée toutefois pour certaines données factuelles avant 1950)
-
wikipédia

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:08

Ayant marqué une étape essentielle dans la démocratisation de la République de Corée (du Sud), le soulèvement populaire qui atteignit son point culminant en juin 1987 est également exemplaire de l'action coordonnée des forces démocratiques, jusqu'au rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Nous avons choisi de retenir sur la genèse et les principales phases de ce mouvement couronné de succès - à la différence du soulèvement de Kwangju, en 1980, ou des manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en 2008 - à partir de l'analyse de Seo Joong-seok, dans un ouvrage de référence sur l'histoire récente de la Corée du Sud publié en plusieurs langues (coréen, anglais, japonais, allemand et français) par la Fondation coréenne pour la démocratie (Korea Democracy Foundation. Celle-ci a été créée par une loi du 24 juillet 2001 pour transmettre l'esprit du mouvement démocratique et en commémorer les grandes dates.

Comme de nombreux mouvements démocratiques, le soulèvement de juin 1987 en Corée du Sud a été l'aboutissement de mouvements de contestation plus anciens, en réaction aux mesures antidémocratiques adoptées par le régime militaire du général Chun Doo-hwan (à gauche, en 1985) dans la seconde moitié de l'année 1986.

Le point de départ a été la mort d'un étudiant à l'Université nationale de Séoul, Park Jeong-chol, le 14 janvier 1987, suite à des tortures à l'eau par les forces de police que cherchèrent à dissimuler le gouvernement. Réclamant la vérité sur la mort de Park Jeong-chol, un comité spécial pour honorer la mémoire de ce martyr de la liberté a organisé le 3 mars une "Grande marche pacifique nationale pour l'abolition de la torture et la démocratisation". La junte militaire se raidit en annonçant le 13 avril l'interdiction de toute discussion sur la révision de la Constitution. Suite aux révélations apprises par un dissident politique emprirsonné, Yi Bu-yeong, le père Kim Seung-hun, de l'Association des prêtres catholiques pour la justice, annonça publiquement le 18 mai l'implication de hauts responsables dans l'assassinat par torture de Park Jeong-chol, entraînant un profond remaniement ministériel et le limogeage du directeur de la police nationale.

Le 27 mai était constitué le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, à l'origine de la manifestation du 10 juin contre le meurtre de Park Jeong-chol et les mensonges du gouvernement. Au signal lancé par le retentissement de la cloche de la cathédrale de l'Eglise anglicane de Corée, les automobilistes de Séoul se joignirent au mouvement de protestation par un concert de klaxons, alors que les étudiants manifestaient sous les mots d'ordre d'abolition de la Constitution et de rejet de la dictature. La répression policière - il fut procédé à 3.800 arrestations - amplifia la contestation : interdits, les sit-in se poursuivirent dans l'enceinte de la cathédrale de Myeongdong, où le cardinal et les prêtres firent barrage à l'intrusion des forces de l'ordre. Les manifestations et les débats, quotidiens, eurent lieu à Séoul et en province, à l'appel notamment des associations d'étudiants, comme le Conseil des représentants d'étudiants de l'agglomération de Séoul. Des manifestations furent organisées dans 59 universités le 15 juin, 65 universités le 16 juin, 70 universités le 17 juin, 79 universités le 19 juin.

Le 18 juin, à l'appel du Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, 1,5 million de personnes (selon les organisateurs) manifestèrent dans 16 villes pour l'interdiction des gaz lacrymogènes, après l'émoi suscité par les images de Yi Han-yeol, étudiant tombé le visage en sang, le 9 juin, blessé par une grenade lacrymogène (image ci-dessous). Les forces de l'ordre procédèrent à 1.487 nouvelles arrestations le 18 juin. Manquant de grenades lacrymogènes, les policiers affrontèrent les protestataires dans des corps à corps, avant de procéder à 3.467 arrestations. Des cocktails Molotov avaient incendié ou endommagé deux commissariats, 29 postes de police et quatre permanences du parti au pouvoir, le Parti démocrate de la justice (PDJ).



Malgré les positions internes (minoritaires) des principales figures de l'opposition, Kim Young-sam et Kim Dae-jung, appelant à ouvrir des négociations avec le gouvernement soupçonné de vouloir proclamer l'état d'urgence, le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique décida d'appeler à la poursuite de la lutte, par l'organisation d'une marche le 26 juin, qui ajouta aux mots d'ordre "Abolition de la constitution scélérate !" et "A bas la dictature !" celui d' "Election du président au suffrage direct !". La Grande marche pacifique du 26 juin fut la plus grande manifestation organisée simultanément dans toute l'histoire de la Corée du Sud, dans 33 villes et 4 communes rurales, avec la participation de 1,5 million de personnes selon les organisateurs (200.000 selon le pouvoir, relayé par les médias conservateurs comme le quotidien Dong-a Ilbo).

Désemparé face à l'ampleur croissante des contestations, le pouvoir annonça par la voix de son candidat à l'élection présidentielle de décembre, Roh Tae-woo, la Déclaration du 29 juin, en 8 points, dont le rétablissement du suffrage universel direct pour l'élection du chef de l'Etat, l'amnistie de nombreux opposants politiques (dont Kim Dae-jung), des mesures en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d'action des partis politiques. Les funérailles immenses de Yi Han-yeol, décédé le 3 juillet des suites de ses blessures - qui réunirent 1 million de personnes à Séoul, 500.000 à Kwangju et 300.000 à Pusan - indiquent que, sans les mesures d'apaisement du 29 juin, le régime militaire encourait le risque d'être balayé.

Ni les militaires au pouvoir, ni semble-t-il les Etats-Unis de Ronald Reagan, ne souhaitaient un bain de sang à la veille des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Plus fondamentalement, le régime de Chun Doo-hwan semblait confiant dans sa capacité à remporter l'élection présidentielle du fait de la division de l'opposition entre Kim Young-sam et Kim Dae-jung, ce qui fut effectivement le cas. Mais un cap avait été franchi dans la démocratisation de la Corée du Sud : les acquis démocratiques de juin 1987 ne purent jamais être abolis.

Source : Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 299-317

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 14:46

Active notamment en Mandchourie, où l'un ses principaux dirigeants a été Kim Il-sung, futur président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la résistance coréenne à l'occupation japonaise (1910-1945) a mis en place des gouvernements soviétiques, aujourd'hui appelés gouvernements populaires révolutionnaires par les historiens de la RPDC. Leur organisation préfigure les futures réformes démocratiques conduites, après la Libération, au Nord de la péninsule coréenne. Nous nous appuyons ici sur les travaux d'un chercheur américain, Charles K. Armstrong, élève de Bruce Cumings, dont l'ouvrage de référence The North Korean revolution (1945-1950) se fonde sur des sources d'époque, notamment des documents nord-coréens, déclassifiés, saisis par les troupes américaines pendant la guerre de Corée (1950-1953).

Comme la République populaire de Chine et la République socialiste du Vietnam, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est née du combat de la résistance antijaponaise : les réformes conduites après la Libération ont été inspirées de l'expérience des gouvernements soviétiques, aujourd'hui appelés gouvernements populaires révolutionnaires par les historiens nord-coréens, et qui ont d'abord servi de bases pour les combattants actifs en Mandchourie. Les sources japonaises de l'époque, peu suspectes de sympathie pour les armées de guérilla, estiment à 20.000 la population des gouvernements populaires révolutionnaires, dont 6.000 pour le plus grand d'entre eux. La plupart de ces bases arrières, déjà destinées à organiser la résistance contre le Japon et le gouvernement du Guomindang, auraient compté chacune entre 2.000 et 3.000 personnes.

Détruits par les Japonais lorsqu'ils ont été découverts, les gouvernements soviétiques - ou gouvernements populaires révolutionnaires - n'ont duré au plus que deux ans et demi à trois ans. Dans un rapport écrit en 1942, le futur Président Kim Il-sung date leur formation des années 1932 à 1935, en établissant un étroit lien entre libération nationale, combat anti-impérialiste et lutte contre le régime féodal, dans le combat mené en commun avec les communistes chinois.

S'agissant de leur organisation, l'historien américain Charles K. Armstrong observe que "les dirigeants étaient démocratiquement élus par tous les adultes âgés de plus de 16 ans, et que différents groupes patriotiques, de paysans, de jeunes, de femmes, y étaient organisés. Par ailleurs, des écoles étaient établies dans certains des camps et des journaux et des magazines révolutionnaires publiés" (The North Korean Revolution, p. 34) Ces institutions préfigurent celles de la Libération, notamment au Nord de la péninsule, où les organisations de masse - de jeunes, de femmes et de paysans - ont joué un rôle majeur dans la mise en oeuvre des réformes démocratiques, sans équivalent dans les démocraties populaires de l'Est de l'Europe. Toujours selon Charles K. Armstrong, les objectifs étaient de "réaliser l'unité des masses, la réforme agraire et l'égalité, quel que soit le sexe, la race ou la religion" (ibid.).

Dans une nation coréenne alors constituée avant tout de paysans, la
réforme agraire de 1946 a été une des mesures les plus emblématiques de la nouvelle organisation économique et sociale. Ses principes ont été directement inspirés par l'expérience des gouvernements populaires révolutionnaires. La réforme agraire a garanti un large soutien aux autorités nord-coréennes : les services de renseignement américains, pourtant enclins à survaloriser les témoignages des opposants, ont estimé à 70 % ce soutien parmi les paysans en 1946.

Selon les services de renseignement japonais, la réforme agraire des gouvernements populaires révolutionnaires a été conduite selon des principes généralisés en 1946 à toute la moitié Nord de la péninsule, notamment la priorité accordée à la redistribution des terres aux paysans pauvres et la perspective finale de la nationalisation pour des usages collectifs (ibid.) :

"
1. Oter la terre seulement à la classe des propriétaires et à leurs "fantoches" (qu'ils soient chinois, japonais ou coréens), en la retirant des mains de la paysannerie riche et moyenne.

2. Redistribuer selon le principe de la capacité de travail, en gardant toujours à l'esprit les intérêts des paysans pauvres.

3. Souligner la distribution des terres aux femmes et "l'élimination complète des vestiges du féodalisme".

4. Après redistribution, toutes les terres restantes devaient être sous la direction du "Soviet". A cette époque les terres ordinaires pouvaient être achetées et vendues, mais la "nationalisation" finale des terres restantes serait encouragée et des efforts conduits pour rendre certaines des terres à un usage collectif
".

Comme l'a illustré la réforme agraire, Charles K. Armstrong souligne que les anciens combattants en Mandchourie autour de Kim Il-sung - comme d'ailleurs des communistes du groupe de Yanan - ont recherché "le soutien des éléments pauvres et marginaux de la société", plutôt que "le travail à travers une avant-garde" (id., p. 71). Cette pratique, qui s'éloigne des standards soviétiques, est cohérente avec les conditions de la lutte antijaponaise.

Comme dans les gouvernements révolutionnaires populaires de Mandchourie, la libération des femmes, occupant une position sociale peu enviable dans la société coréenne patriarcale traditionnelle, a été fortement encouragée par Kim Il-sung et ses partisans. D'après Charles K. Armstrong, la loi sur l'égalité des sexes du 30 juillet 1946 a "au moins sur le papier donné aux femmes nord-coréennes plus de droits que les femmes d'aucun autre Etat d'Asie à cette époque" (id., p. 93). Une femme a d'ailleurs occupé des fonctions de ministre dès la formation du premier gouvernement de la RPD de Corée : Ho Chong-suk, veuve d'un vétéran du groupe de Yanan dans la lutte antijaponaise, a été ministre de la Culture et de la propagande, et sera à nouveau ministre de la Justice en 1959. Image ci-dessus : rassemblement de la Ligue des femmes, en RPD de Corée (source : Archives nationales américaines, documents saisis pendant la guerre de Corée)

L'expérience de la guérilla en Mandchourie a ainsi directement inspiré les objectifs de la reconstruction nationale en Corée après 1945. Même si les combattants coréens de la lutte antijaponaise avaient une bonne connaissance de l'Union soviétique et de la Chine, qui a été prise en compte pour certaines formes d'organisation, notamment politiques, Charles K. Armstrong observe que les réformes économiques et sociales ont eu comme source majeure d'inspiration l'expérience des gouvernements révolutionnaires populaires. Le socialisme coréen est indépendant du "modèle" soviétique, quand beaucoup d'analystes - critiques - de la République populaire démocratique de Corée ont commis l'erreur de la considérer comme imposée par les forces d'occupation soviétiques (1945-1948). Au contraire, l'occupation soviétique au Nord a été moins lourde que celle des Américains au Sud, et le transfert de pouvoir aux autorités coréennes plus rapide.

De même, bien que Kim Il-sung ait rencontré Staline avant de revenir en Corée à la Libération, les Soviétiques avaient davantage confiance dans les Coréens soviétiques, dont l'attachement à l'URSS était plus ancien. Kim Il-sung s'est imposé par son prestige au sein de la guérilla, et non par un appui que lui auraient apporté les Soviétiques.

La disparition de l'URSS et des démocraties populaires d'Europe de l'Est, en 1989-1991, avait conduit de nombreux observateurs occidentaux à prédire une évolution comparable en Asie, en méconnaissance des caractéristiques propres à ces pays. Le maintien du socialisme en Chine, au Vietnam et en RPD de Corée s'explique notamment par leur caractère endogène, puisant ses origines et sa légitimité dans l'histoire nationale.

Source : Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, New York, 2003.

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 20:16

Des vestiges datant de l'ère du Koguryo (37 avant J.-C. - 668), le plus ancien royaume coréen, ont été découverts pour la première fois dans l'Extrême-Orient russe, offrant une preuve archéologique indiscutable de l'extension de l'Etat du Koguryo dans l'actuel territoire de Primorski. La poursuite des fouilles, menées conjointement par des équipes sud-coréennes et russes, pourraient conduire à d'autres découvertes majeures sur le site de la forteresse de Kraskino.

La découverte est d'une importance majeure pour l'histoire du Koguryo (37 avant J.-C. - 668) : si des sources écrites prouvaient l'extension du plus ancien royaume coréen dans l'actuel extrême-orient russe, des preuves archéologiques ont montré pour la première fois que la culture du Koguryo s'est diffusée dans l'actuel territoire de Primorski, au-delà du fleuve Tumen qui marque l'actuelle frontière entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Les travaux de fouille du site de la forteresse de Kraskino ont été menés conjointement par la Fondation pour l'Histoire de l'Asie du Nord-Est, l'Université Nationale Pukyong en Corée du Sud, et la branche d'extrême-orient de l'Académie russe des sciences.

Les reliques comportent des fragments d'objet en terre cuite, de ceintures, d'instruments agricoles et de fours en tuile, provenant de cinq sites qui se répartiraient entre deux zones d'habitat et trois lieux de commerce.

La forteresse, longue de 1,2 kilomètre, recourt à la même méthode de construction que celle utilisée pendant l'ère Koguryo et au début du Palhae (698-926) : des pierres déterminant la fondation recouvertes de terre. Un four retrouvé est aussi caractéristique du Koguryo.

Selon le professeur Kang In-wook, de l'Université Nationale Pukyong, les fouilles pour la première fois à une telle profondeur ont une grande valeur scientifique, et leur poursuite pourrait donner des résultats encore plus importants.

Source : Irish Sun, 22 juillet 2009

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:01

Le 8 juillet 1994, le Président Kim Il-sung décédait après avoir dirigé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant quarante-six ans, d'abord comme Premier ministre (de 1948 à 1972), puis comme président. Au quinzième anniversaire de son décès, l'Association d'amitié franco-coréenne rappelle le parcours de ce grand acteur de  l'histoire du vingtième siècle.


Né le 15 avril 1912 à Mangyongdae, dans les environs de Pyongyang, Kim Song-ju prend le nom de Kim Il-sung avant de s'engager dans le combat contre l'occupation japonaise de la Corée (1910-1945).


En 1925, après l'arrestation de son père par la police japonaise,  le jeune Kim Il-sung part en Chine. Il y fonde en 1926 (année du décès de son père) l'Union pour abattre l'impérialisme qui devient en 1927 l'Union de la jeunesse anti-impérialiste.


Le 25 avril 1932, Kim Il-sung crée les forces permanentes de l’Armée de guérilla populaire antijaponaise, devenues par la suite l'Armée révolutionnaire populaire coréenne (ARPC). Un des principaux faits d'armes de l'ARPC est, le 4 juin 1937, la bataille de Pochonbo (nord-est de la Corée). Poursuivis par l'armée japonaise, Kim Il-sung et ses partisans continuent la lutte jusqu'en Mandchourie.


Après la capitulation japonaise, le 15 août 1945, Kim Il-sung rentre en Corée. Le 10 octobre 1945, il crée le Comité organisationnel central du Parti communiste de Corée du Nord et proclame la fondation du Parti communiste. Le 8 février 1946, est créé le Comité populaire provisoire de Corée du Nord et Kim Il-sung en devient le président.  En août 1946, le Parti communiste de Corée fusionne avec le Parti néo-démocratique pour donner naissance au Parti du travail de Corée.


Opposé aux élections séparées organisées en Corée du Sud le 10 mai 1948, Kim Il-sung se rapproche des opposants au régime autoritaire du président du Sud, Syngman Rhee, pour fonder la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948. Kim Il-sung est élu Président du Conseil des ministres de la RPDC. En décembre 1972, en vertu de la nouvelle Constitution de la RPDC, Kim Il-sung devient Président de la République.


Quand la guerre de Corée - appelée en RPDC «Guerre de libération de la patrie» - éclate le 25 juin 1950, Kim Il-sung dirige l'Armée populaire de Corée. Les Américains et leurs alliés sont refoulés au sud du 38eme parallèle et, le 27 juillet 1953, un armistice met fin aux combats. Néanmoins, aucun traité de paix n'est signé entre les belligérants. Encore aujourd'hui la RPDC demande la signature d'un tel traité, ce que refusent toujours les Etats-Unis.


Après cette guerre qui marque durablement la mémoire coréenne, la politique suivie par la RPDC sous la direction de Kim Il-sung obéit strictement aux principes d'indépendance nationale dans le domaine économique et d'auto-défense dans le domaine militaire. Le pays se reconstruit «à la vitesse de Chollima», le cheval ailé des légendes coréennes, capable de parcourir 1.000 ri par jour. Le taux de croissance du produit national brut peut alors atteindre jusquà 30 % par an, comme en 1956 et en 1970*.  Longtemps, les résultats économiques de la Corée du Nord dépassent ceux de la Corée du Sud, alors que cette dernière bénéficie du soutien des Etats-Unis. Dans le même temps, la RPDC suit une politique équilibrée et indépendante vis-à-vis de ses deux puissants voisins, la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Ainsi, la RPDC n'adhère pas au Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM/COMECON) qui réunit depuis 1949 les pays du bloc communiste, à l'exception de la Chine.

 

Le Président Kim Il-sung est aussi l'inspirateur de grands principes - acceptés tant au Nord qu'au Sud - devant permettre une réunification de la péninsule coréenne.


Le 4 juillet 1972, dix-neuf ans après l’armistice de la guerre de Corée,  le Nord et le Sud signent un premier communiqué commun reprenant les principes énoncés quelques mois plus tôt par le Président Kim Il-sung :


- le principe d’indépendance : la réunification doit être l’œuvre des Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure d’un autre pays ou d’une organisation internationale ;


- le principe de paix : la réunification doit être réalisée de manière pacifique, sans recours aux armes ;


- le principe d'une grande union nationale : chacun des deux Etats s’engage à respecter les différences de systèmes politique, économique et social de l’autre partie.


En octobre 1980, lors du sixième Congrès du Parti du travail de Corée, le Président Kim Il-sung propose la fondation d’une République fédérale démocratique du Koryo (RFDK) caractérisée par :

 

- un comité permanent fédéral dirigeant l’Etat fédéral et devant conduire des projets communs au Nord et au Sud ;


- une seule assemblée formée à parité de représentants du Nord et du Sud, ainsi que de représentants des Coréens d’outre-mer ;


- une seule armée, réduite à 100.000 hommes.

La RFDK  serait un Etat neutre, indépendant des blocs politiques et militaires (ce qui suppose le retrait des troupes américaines du Sud), respectant l’autonomie des gouvernements régionaux du Nord et du Sud.


Au quinzième anniversaire du décès du Président Kim Il-sung, l'Association d'amitié franco-coréenne tient à rendre hommage à l'homme d'Etat attaché aux principes d'indépendance nationale et de souveraineté des peuples, et au patriote qui lutta jusqu'au dernier jour pour la réunification de son pays.


* Hwang Eui-gak, The Korean Economies : a Comparison of North and South, Oxford University Press, New-York 1993, cité dans Tim Beal, North Korea : the Struggle Against American Power, Pluto Press, Londres, 2005, p.247.
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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 17:36

Le 1er mars 2009 est le 90eme anniversaire du Soulèvement du Premier Mars, un événement historique commémoré dans toute la Corée car il marque un tournant décisif dans la lutte des Coréens pour leur indépendance face au pouvoir colonial japonais.

En 1910, après cinq ans de "protectorat" japonais, la Corée est annexée par l'Empire du Japon. Le Japon exerce alors une administration militaire qui se caractérise par un pillage économique et culturel de la Corée, accompagné d'une répression accrue. La colère et la rancoeur des Coréens ainsi colonisés finit par éclater le 1er mars 1919.

Le soulèvement populaire est préparé depuis la fin de 1918 par des religieux, chondoïstes, chrétiens, bouddhistes, par des intellectuels et par des étudiants. Le 1er mars 1919, à Pyongyang comme à Séoul, des centaines de milliers de citadins se réunissent pour écouter la lecture d'un Manifeste de l'indépendance et défiler au cri de "Vive l'indépendance de la Corée!" Malgré la répression, le soulèvement finit par gagner tout le pays et les communautés coréennes d'outre-mer, en Mandchourie, à Shanghai, dans l'Extrême-Orient russe, à Hawai, etc... D'abord pacifiques, les manifestations prennent progressivement l'allure de révoltes quand sont attaqués des établissements de l'administration japonaise. Les Japonais doivent même faire venir du Japon six bataillons d'infanterie en renfort pour mater l'insurrection.

Le soulèvement dure jusqu'à la fin de 1919, mobilisant des millions de Coréens. Sa répression par les forces japonaises donne lieu à un véritable carnage, à l'exemple du massacre de la commune de Jeam. Le 15 avril 1919, le lieutenant Arida, du 79eme régiment de la 20eme division de l'armée japonaise stationnée en Corée, arrive avec une dizaine de soldats dans la commune de Jeam, au sud de Séoul dans l'arrondissement de Suwon. Arida a pour mission de liquider la résistance antijaponaise particulièrement active autour de Suwon. Prétextant une annonce à leur faire, il enferme les habitants de la commune dans une église avant d'ordonner de tirer sur le bâtiment. Les gens qui essaient de s'échapper par les fenêtres sont achevés à coup de baïonettes. Les Japonais mettent ensuite le feu à l'édifice et aux maisons alentour. Le 15 avril 1919, plus de 300 Coréens, hommes, femmes et enfants, trouvent ainsi la mort à Jeam.

Selon des statistiques partielles, le nombre de Coréens tués au cours des trois premiers mois du Soulèvement du Premier Mars s'élève à 7.509, le nombre de blessés, à plus 15.000 et le nombre de prisonniers, à plus de 46.000. La plupart des blessés mourront et un grand nombre de détenus seront exécutés.

Malgré son échec apparent, le Soulèvement du Premier Mars marque une nouvelle étape dans le développement du mouvement de libération nationale en Corée, montrant la voie d'une lutte armée qui aura finalement raison de l'occupation japonaise le 15 août 1945. Il donne aussi naissance au "gouvernement provisoire de Shanghai" dont le dernier président, Kim Ku, un des acteurs du soulèvement, sera tué sur ordre de la police secrète sud-coréenne en 1949.
Enfin, ce soulèvement contraint les Japonais à substituer, pour la forme, une administration civile à leur administration militaire de la Corée. En 1919, le comte Hasegawa Yoshimichi, gouverneur-général de Corée, qui reconnaît avoir perdu le contrôle de la situation, est remplacé par le vicomte Saito Makoto, objet d'une tentative d'assassinat par l'anarchiste Kim Won-bong deux ans plus tard.

A propos du Soulèvement du Premier Mars, le Président Kim Il-sung a écrit :


"Par ce soulèvement, notre peuple a prouvé au monde entier que les Coréens sont fort attachés à leur indépendance, ne voudront jamais être des esclaves sous un joug étranger, qu'ils ne craignent aucun sacrifice pour libérer leur pays."

Kim Il-sung, A travers le siècle, Mémoires, t. 1,
 Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 1992


Timbre édité en République populaire démocratique de Corée
pour le 90eme anniversaire du Soulèvement du Premier Mars

.


Sources :
- Wikipedia
- La Corée au 20eme siècle, Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 2002
- Kim Chang-hwan, Kang Sok-hi, Histoire générale de la Corée, t. 2, Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 1995

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 09:00

Dans le cadre de ses études autour du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, l'AAFC souhaite mettre en lumière quelques figures moins connues de la révolution coréenne : parmi elles, Kim Won-bong, anarchiste coréen qui rejoignit la Corée du Nord.  

Dès ses origines, l'anarchisme coréen a été étroitement lié à la lutte pour la libération de la Corée de l'occupation japonaise, comme l'a notamment montré la thèse de doctorat de Oh Jang-whan "L'histoire du mouvement anarchiste coréen des origines à 1931". Sin Chai-ho est l'auteur du manifeste révolutionnaire coréen, anti-impérialiste, où est exposé le principe de l'anarchisme national, après la formation de la Fédération anarchiste coréenne en Chine, en avril 1924.

Un des anarchistes coréens les plus connus est Kim Won-bong, né en 1898 à Milyang (au sud-est de la Corée), membre d'un groupe terroriste, la Euiyul Dan (Société des Braves), fondée en mai 1919 en Mandchourie et qui évolua du nationalisme à l'anarchisme. Sous le nom de combattant de Kim Yak-san, il tenta notamment d'assassiner le vicomte Saito Makoto, gouverneur général de la Corée, le 12 septembre 1921.

La Société des Braves, présente en Corée, au Japon et en Chine, accomplit plus de trois cents actions contre les Japonais entre 1919 et 1924, dont une tentative d'assassinat de l'empereur du Japon le 4 janvier 1924. Plus de 300 de ses membres furent arrêtés et exécutés.

S'étant toujours dissocié de la résistance communiste, Kim Won-bong devint ministre de la défense du gouvernement de la République populaire de Corée, présidé par Syngman Rhee, formé le 14 septembre 1945. Il se retrouva toutefois bientôt dans la même situation que de nombreux patriotes coréens à la Libération : après être retourné en héros en Corée du Sud aux côtés de Kim Ku, Kim Won-bong fut menacé par les anciens collaborateurs des Japonais, réintégrés au plus haut niveau de l'Etat par Syngman Rhee. En particulier, Roh Duk-sul, bourreau notoire de la police coloniale japonaise intégré dans la nouvelle police sud-coréenne, avait juré de retrouver et de faire condamner à mort Kim Won-bong au nom de la répression anticommuniste. Traqué, Kim Won-bong choisit de passer au Nord en 1948, où il occupera plusieurs postes de responsabilités jusqu'à sa mort en 1958. 

Le destin des anarchistes coréens, comme Kim Won-bong, n'est pas sans rappeler celui des anarchistes russes : ayant dû choisir leur camp durant la guerre civile, de nombreux anarchistes russes rejoignirent alors les Bolchéviques.

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 06:00

En mars 1946, le Comité populaire provisoire de Corée du Nord mettait en oeuvre une des réformes agraires les plus complètes et les plus audacieuses en Asie. Dans le cadre de la commémoration du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), l'AAFC a souhaité revenir sur une des réformes emblématiques du passage d'un régime féodal à un Etat socialiste en Corée.

Comme en Russie une génération plus tôt, au lendemain de la Révolution d'octobre, la réforme agraire a été l'une des exigences les plus pressantes de la paysannerie, qui dominait numériquement la société coréenne au lendemain de la Libération le 15 août 1945, après trente-cinq années de colonisation japonaise.

Pendant l'occupation japonaise, les récoltes de riz, largement exportées au Japon, avait soutenu l'effort de guerre de l'empire nippon, selon une politique d'exploitation rappelant celle de l'Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale, mais la Corée avait souffert de ces rapports économiques inégaux pendant une période beaucoup plus longue.

Dans le Nord de la péninsule coréenne, alors sous occupation soviétique et où dominent les partis politiques de gauche - au premier rang desquels le Parti du travail de Corée, issu de la fusion du Parti communiste avec d'autres formations politiques nées de la résistance à l'occupation japonaise - le Comité populaire provisoire a conduit, en mars 1946, une des réformes agraires les plus complètes en Asie.

L'ensemble des terres appartenant aux anciens propriétaires japonais et à leurs collaborateurs ont été confisquées, de même que l'ensemble des parcelles d'une superficie supérieure à 5 jeongbo (soit 12,25 acres). Les terres ont ensuite été redistribuées gratuitement aux paysans, sous la supervision d'un comité mis en place dans chaque village. Les paysans pauvres et les agriculteurs dominaient les comités, qui en un peu plus de 20 jours ont redistribué 981.390 jeongbo, représentant près de la moitié de l'ensemble des terres cultivées, à 724.522 familles paysannes, soit 70 % de la population agricole totale.

A la même période, le Sud de la Corée sous occupation américaine souffrait de pénuries alimentaires : au printemps 1946, des réquisitions étaient conduites par les troupes d'occupation, affectant en premier lieu les paysans pauvres et non les riches propriétaires et marchands.

La réforme agraire a ainsi été l'une des mesures les plus emblématiques de la Corée socialiste, fondée le 9 septembre 1948. La RPD de Corée a ensuite atteint l'autosuffisance alimentaire, alors même que le Nord de la Corée, plus montagneux, était traditionnellement dépendant des récoltes du Sud de la péninsule. Depuis l'effondrement de l'URSS et les catastrophes climatiques des années 1990, la RPDC lutte à nouveau pour son autosuffisance alimentaire, mais la structure économique - fondée, pour obtenir des économies d'échelle, sur de vastes fermes collectives et des lopins individuels - reste héritée de la réforme agraire de 1946. (Sources : AAFC et Korea Historical Association Research, A History of Korea, Saffron Korea Library, Seoul, 2005, pp. 271-272).

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 18:00

 

Le 8 juillet 1994, le Président Kim Il-sung décédait à son bureau, à 2h du matin, après avoir dirigé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant quarante-six ans. Dans le cadre de ses travaux historiques sur la fondation de la RPDC, il y a 60 ans, l'AAFC rappelle le rôle joué par le Président Kim Il-Sung.


Le Président Kim Il-sung a joué un rôle majeur dans l'histoire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), fondée il y a près de soixante ans le 9 septembre 1948, en ayant exercé successivement les fonctions de chef du gouvernement, de 1948 à 1972, puis de Président de la République, à partir de 1972.


 

Né le 15 avril 1912 à Mangyongdae, Kim Song-ju a pris le nom de Kim Il-sung dans les combats contre l'occupation japonaise de la Corée (1910-1945), où il s'engage très jeune, après l'arrestation de son père par la police japonaise, mort en 1926.


 

En 1932, Kim Il-sung crée l'Armée de guérilla populaire antijaponaise, dont un des combats les plus célèbres est la bataille de Pochonbo, prise le 4 juin 1937. Kim Il-sung et ses partisans durent ensuite se retirer en Mandchourie. Après la capitulation japonaise, le 15 août 1945, il rentre en Corée en septembre, puis prend la direction, le 10 octobre 1945, du Parti communiste de Corée du Nord. Le PC deviendra, en août 1946 le Parti du travail de Corée, après sa fusion avec le Parti néo-démocratique.


 

Après s'être opposé aux élections séparées organisées en Corée du Sud le 10 mai 1948, il s'est rapproché des opposants au régime autoritaire du chef d'Etat élu au Sud, Syngman Rhee, pour fonder la RPDC le 9 septembre 1948.


 

Après avoir dirigé les combats de la RPDC durant la guerre de Corée (appelée en RPDC "Guerre de libération de la patrie", 25 juin 1950 - 27 juillet 1953), le Président Kim Il-sung a complété les idées du juche qui ont guidé la politique socialiste conduite en RPDC, fondée notamment sur les principes d'indépendance nationale et d'auto-défense.


 

En 1960, puis en 1972 et en 1980 avec le projet de création d'une République fédérale démocratique de Koryo, il a défini les principes d'une réunification pacifique de la Corée, indépendante des grandes puissances.


 

A l'occasion du quatorzième anniversaire de la disparition du Président Kim Il-sung, l'AAFC a adressé un courrier aux autorités de RPDC, soulignant le rôle qu'il a joué dans la fondation de la RPDC puis en vue de réunifier la nation coréenne.

 

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