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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:01

Le 8 juillet 1994, le Président Kim Il-sung décédait après avoir dirigé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant quarante-six ans, d'abord comme Premier ministre (de 1948 à 1972), puis comme président. Au quinzième anniversaire de son décès, l'Association d'amitié franco-coréenne rappelle le parcours de ce grand acteur de  l'histoire du vingtième siècle.


Né le 15 avril 1912 à Mangyongdae, dans les environs de Pyongyang, Kim Song-ju prend le nom de Kim Il-sung avant de s'engager dans le combat contre l'occupation japonaise de la Corée (1910-1945).


En 1925, après l'arrestation de son père par la police japonaise,  le jeune Kim Il-sung part en Chine. Il y fonde en 1926 (année du décès de son père) l'Union pour abattre l'impérialisme qui devient en 1927 l'Union de la jeunesse anti-impérialiste.


Le 25 avril 1932, Kim Il-sung crée les forces permanentes de l’Armée de guérilla populaire antijaponaise, devenues par la suite l'Armée révolutionnaire populaire coréenne (ARPC). Un des principaux faits d'armes de l'ARPC est, le 4 juin 1937, la bataille de Pochonbo (nord-est de la Corée). Poursuivis par l'armée japonaise, Kim Il-sung et ses partisans continuent la lutte jusqu'en Mandchourie.


Après la capitulation japonaise, le 15 août 1945, Kim Il-sung rentre en Corée. Le 10 octobre 1945, il crée le Comité organisationnel central du Parti communiste de Corée du Nord et proclame la fondation du Parti communiste. Le 8 février 1946, est créé le Comité populaire provisoire de Corée du Nord et Kim Il-sung en devient le président.  En août 1946, le Parti communiste de Corée fusionne avec le Parti néo-démocratique pour donner naissance au Parti du travail de Corée.


Opposé aux élections séparées organisées en Corée du Sud le 10 mai 1948, Kim Il-sung se rapproche des opposants au régime autoritaire du président du Sud, Syngman Rhee, pour fonder la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948. Kim Il-sung est élu Président du Conseil des ministres de la RPDC. En décembre 1972, en vertu de la nouvelle Constitution de la RPDC, Kim Il-sung devient Président de la République.


Quand la guerre de Corée - appelée en RPDC «Guerre de libération de la patrie» - éclate le 25 juin 1950, Kim Il-sung dirige l'Armée populaire de Corée. Les Américains et leurs alliés sont refoulés au sud du 38eme parallèle et, le 27 juillet 1953, un armistice met fin aux combats. Néanmoins, aucun traité de paix n'est signé entre les belligérants. Encore aujourd'hui la RPDC demande la signature d'un tel traité, ce que refusent toujours les Etats-Unis.


Après cette guerre qui marque durablement la mémoire coréenne, la politique suivie par la RPDC sous la direction de Kim Il-sung obéit strictement aux principes d'indépendance nationale dans le domaine économique et d'auto-défense dans le domaine militaire. Le pays se reconstruit «à la vitesse de Chollima», le cheval ailé des légendes coréennes, capable de parcourir 1.000 ri par jour. Le taux de croissance du produit national brut peut alors atteindre jusquà 30 % par an, comme en 1956 et en 1970*.  Longtemps, les résultats économiques de la Corée du Nord dépassent ceux de la Corée du Sud, alors que cette dernière bénéficie du soutien des Etats-Unis. Dans le même temps, la RPDC suit une politique équilibrée et indépendante vis-à-vis de ses deux puissants voisins, la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Ainsi, la RPDC n'adhère pas au Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM/COMECON) qui réunit depuis 1949 les pays du bloc communiste, à l'exception de la Chine.

 

Le Président Kim Il-sung est aussi l'inspirateur de grands principes - acceptés tant au Nord qu'au Sud - devant permettre une réunification de la péninsule coréenne.


Le 4 juillet 1972, dix-neuf ans après l’armistice de la guerre de Corée,  le Nord et le Sud signent un premier communiqué commun reprenant les principes énoncés quelques mois plus tôt par le Président Kim Il-sung :


- le principe d’indépendance : la réunification doit être l’œuvre des Coréens eux-mêmes, sans ingérence extérieure d’un autre pays ou d’une organisation internationale ;


- le principe de paix : la réunification doit être réalisée de manière pacifique, sans recours aux armes ;


- le principe d'une grande union nationale : chacun des deux Etats s’engage à respecter les différences de systèmes politique, économique et social de l’autre partie.


En octobre 1980, lors du sixième Congrès du Parti du travail de Corée, le Président Kim Il-sung propose la fondation d’une République fédérale démocratique du Koryo (RFDK) caractérisée par :

 

- un comité permanent fédéral dirigeant l’Etat fédéral et devant conduire des projets communs au Nord et au Sud ;


- une seule assemblée formée à parité de représentants du Nord et du Sud, ainsi que de représentants des Coréens d’outre-mer ;


- une seule armée, réduite à 100.000 hommes.

La RFDK  serait un Etat neutre, indépendant des blocs politiques et militaires (ce qui suppose le retrait des troupes américaines du Sud), respectant l’autonomie des gouvernements régionaux du Nord et du Sud.


Au quinzième anniversaire du décès du Président Kim Il-sung, l'Association d'amitié franco-coréenne tient à rendre hommage à l'homme d'Etat attaché aux principes d'indépendance nationale et de souveraineté des peuples, et au patriote qui lutta jusqu'au dernier jour pour la réunification de son pays.


* Hwang Eui-gak, The Korean Economies : a Comparison of North and South, Oxford University Press, New-York 1993, cité dans Tim Beal, North Korea : the Struggle Against American Power, Pluto Press, Londres, 2005, p.247.

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 17:36

Le 1er mars 2009 est le 90eme anniversaire du Soulèvement du Premier Mars, un événement historique commémoré dans toute la Corée car il marque un tournant décisif dans la lutte des Coréens pour leur indépendance face au pouvoir colonial japonais.

En 1910, après cinq ans de "protectorat" japonais, la Corée est annexée par l'Empire du Japon. Le Japon exerce alors une administration militaire qui se caractérise par un pillage économique et culturel de la Corée, accompagné d'une répression accrue. La colère et la rancoeur des Coréens ainsi colonisés finit par éclater le 1er mars 1919.

Le soulèvement populaire est préparé depuis la fin de 1918 par des religieux, chondoïstes, chrétiens, bouddhistes, par des intellectuels et par des étudiants. Le 1er mars 1919, à Pyongyang comme à Séoul, des centaines de milliers de citadins se réunissent pour écouter la lecture d'un Manifeste de l'indépendance et défiler au cri de "Vive l'indépendance de la Corée!" Malgré la répression, le soulèvement finit par gagner tout le pays et les communautés coréennes d'outre-mer, en Mandchourie, à Shanghai, dans l'Extrême-Orient russe, à Hawai, etc... D'abord pacifiques, les manifestations prennent progressivement l'allure de révoltes quand sont attaqués des établissements de l'administration japonaise. Les Japonais doivent même faire venir du Japon six bataillons d'infanterie en renfort pour mater l'insurrection.

Le soulèvement dure jusqu'à la fin de 1919, mobilisant des millions de Coréens. Sa répression par les forces japonaises donne lieu à un véritable carnage, à l'exemple du massacre de la commune de Jeam. Le 15 avril 1919, le lieutenant Arida, du 79eme régiment de la 20eme division de l'armée japonaise stationnée en Corée, arrive avec une dizaine de soldats dans la commune de Jeam, au sud de Séoul dans l'arrondissement de Suwon. Arida a pour mission de liquider la résistance antijaponaise particulièrement active autour de Suwon. Prétextant une annonce à leur faire, il enferme les habitants de la commune dans une église avant d'ordonner de tirer sur le bâtiment. Les gens qui essaient de s'échapper par les fenêtres sont achevés à coup de baïonettes. Les Japonais mettent ensuite le feu à l'édifice et aux maisons alentour. Le 15 avril 1919, plus de 300 Coréens, hommes, femmes et enfants, trouvent ainsi la mort à Jeam.

Selon des statistiques partielles, le nombre de Coréens tués au cours des trois premiers mois du Soulèvement du Premier Mars s'élève à 7.509, le nombre de blessés, à plus 15.000 et le nombre de prisonniers, à plus de 46.000. La plupart des blessés mourront et un grand nombre de détenus seront exécutés.

Malgré son échec apparent, le Soulèvement du Premier Mars marque une nouvelle étape dans le développement du mouvement de libération nationale en Corée, montrant la voie d'une lutte armée qui aura finalement raison de l'occupation japonaise le 15 août 1945. Il donne aussi naissance au "gouvernement provisoire de Shanghai" dont le dernier président, Kim Ku, un des acteurs du soulèvement, sera tué sur ordre de la police secrète sud-coréenne en 1949.
Enfin, ce soulèvement contraint les Japonais à substituer, pour la forme, une administration civile à leur administration militaire de la Corée. En 1919, le comte Hasegawa Yoshimichi, gouverneur-général de Corée, qui reconnaît avoir perdu le contrôle de la situation, est remplacé par le vicomte Saito Makoto, objet d'une tentative d'assassinat par l'anarchiste Kim Won-bong deux ans plus tard.

A propos du Soulèvement du Premier Mars, le Président Kim Il-sung a écrit :


"Par ce soulèvement, notre peuple a prouvé au monde entier que les Coréens sont fort attachés à leur indépendance, ne voudront jamais être des esclaves sous un joug étranger, qu'ils ne craignent aucun sacrifice pour libérer leur pays."

Kim Il-sung, A travers le siècle, Mémoires, t. 1,
 Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 1992


Timbre édité en République populaire démocratique de Corée
pour le 90eme anniversaire du Soulèvement du Premier Mars

.


Sources :
- Wikipedia
- La Corée au 20eme siècle, Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 2002
- Kim Chang-hwan, Kang Sok-hi, Histoire générale de la Corée, t. 2, Editions en langues étrangères, Pyongyang, RPDC, 1995

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 09:00

Dans le cadre de ses études autour du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, l'AAFC souhaite mettre en lumière quelques figures moins connues de la révolution coréenne : parmi elles, Kim Won-bong, anarchiste coréen qui rejoignit la Corée du Nord.  

Dès ses origines, l'anarchisme coréen a été étroitement lié à la lutte pour la libération de la Corée de l'occupation japonaise, comme l'a notamment montré la thèse de doctorat de Oh Jang-whan "L'histoire du mouvement anarchiste coréen des origines à 1931". Sin Chai-ho est l'auteur du manifeste révolutionnaire coréen, anti-impérialiste, où est exposé le principe de l'anarchisme national, après la formation de la Fédération anarchiste coréenne en Chine, en avril 1924.

Un des anarchistes coréens les plus connus est Kim Won-bong, né en 1898 à Milyang (au sud-est de la Corée), membre d'un groupe terroriste, la Euiyul Dan (Société des Braves), fondée en mai 1919 en Mandchourie et qui évolua du nationalisme à l'anarchisme. Sous le nom de combattant de Kim Yak-san, il tenta notamment d'assassiner le vicomte Saito Makoto, gouverneur général de la Corée, le 12 septembre 1921.

La Société des Braves, présente en Corée, au Japon et en Chine, accomplit plus de trois cents actions contre les Japonais entre 1919 et 1924, dont une tentative d'assassinat de l'empereur du Japon le 4 janvier 1924. Plus de 300 de ses membres furent arrêtés et exécutés.

S'étant toujours dissocié de la résistance communiste, Kim Won-bong devint ministre de la défense du gouvernement de la République populaire de Corée, présidé par Syngman Rhee, formé le 14 septembre 1945. Il se retrouva toutefois bientôt dans la même situation que de nombreux patriotes coréens à la Libération : après être retourné en héros en Corée du Sud aux côtés de Kim Ku, Kim Won-bong fut menacé par les anciens collaborateurs des Japonais, réintégrés au plus haut niveau de l'Etat par Syngman Rhee. En particulier, Roh Duk-sul, bourreau notoire de la police coloniale japonaise intégré dans la nouvelle police sud-coréenne, avait juré de retrouver et de faire condamner à mort Kim Won-bong au nom de la répression anticommuniste. Traqué, Kim Won-bong choisit de passer au Nord en 1948, où il occupera plusieurs postes de responsabilités jusqu'à sa mort en 1958. 

Le destin des anarchistes coréens, comme Kim Won-bong, n'est pas sans rappeler celui des anarchistes russes : ayant dû choisir leur camp durant la guerre civile, de nombreux anarchistes russes rejoignirent alors les Bolchéviques.

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 06:00

En mars 1946, le Comité populaire provisoire de Corée du Nord mettait en oeuvre une des réformes agraires les plus complètes et les plus audacieuses en Asie. Dans le cadre de la commémoration du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), l'AAFC a souhaité revenir sur une des réformes emblématiques du passage d'un régime féodal à un Etat socialiste en Corée.

Comme en Russie une génération plus tôt, au lendemain de la Révolution d'octobre, la réforme agraire a été l'une des exigences les plus pressantes de la paysannerie, qui dominait numériquement la société coréenne au lendemain de la Libération le 15 août 1945, après trente-cinq années de colonisation japonaise.

Pendant l'occupation japonaise, les récoltes de riz, largement exportées au Japon, avait soutenu l'effort de guerre de l'empire nippon, selon une politique d'exploitation rappelant celle de l'Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale, mais la Corée avait souffert de ces rapports économiques inégaux pendant une période beaucoup plus longue.

Dans le Nord de la péninsule coréenne, alors sous occupation soviétique et où dominent les partis politiques de gauche - au premier rang desquels le Parti du travail de Corée, issu de la fusion du Parti communiste avec d'autres formations politiques nées de la résistance à l'occupation japonaise - le Comité populaire provisoire a conduit, en mars 1946, une des réformes agraires les plus complètes en Asie.

L'ensemble des terres appartenant aux anciens propriétaires japonais et à leurs collaborateurs ont été confisquées, de même que l'ensemble des parcelles d'une superficie supérieure à 5 jeongbo (soit 12,25 acres). Les terres ont ensuite été redistribuées gratuitement aux paysans, sous la supervision d'un comité mis en place dans chaque village. Les paysans pauvres et les agriculteurs dominaient les comités, qui en un peu plus de 20 jours ont redistribué 981.390 jeongbo, représentant près de la moitié de l'ensemble des terres cultivées, à 724.522 familles paysannes, soit 70 % de la population agricole totale.

A la même période, le Sud de la Corée sous occupation américaine souffrait de pénuries alimentaires : au printemps 1946, des réquisitions étaient conduites par les troupes d'occupation, affectant en premier lieu les paysans pauvres et non les riches propriétaires et marchands.

La réforme agraire a ainsi été l'une des mesures les plus emblématiques de la Corée socialiste, fondée le 9 septembre 1948. La RPD de Corée a ensuite atteint l'autosuffisance alimentaire, alors même que le Nord de la Corée, plus montagneux, était traditionnellement dépendant des récoltes du Sud de la péninsule. Depuis l'effondrement de l'URSS et les catastrophes climatiques des années 1990, la RPDC lutte à nouveau pour son autosuffisance alimentaire, mais la structure économique - fondée, pour obtenir des économies d'échelle, sur de vastes fermes collectives et des lopins individuels - reste héritée de la réforme agraire de 1946. (Sources : AAFC et Korea Historical Association Research, A History of Korea, Saffron Korea Library, Seoul, 2005, pp. 271-272).

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 18:00

 

Le 8 juillet 1994, le Président Kim Il-sung décédait à son bureau, à 2h du matin, après avoir dirigé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant quarante-six ans. Dans le cadre de ses travaux historiques sur la fondation de la RPDC, il y a 60 ans, l'AAFC rappelle le rôle joué par le Président Kim Il-Sung.


Le Président Kim Il-sung a joué un rôle majeur dans l'histoire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), fondée il y a près de soixante ans le 9 septembre 1948, en ayant exercé successivement les fonctions de chef du gouvernement, de 1948 à 1972, puis de Président de la République, à partir de 1972.


 

Né le 15 avril 1912 à Mangyongdae, Kim Song-ju a pris le nom de Kim Il-sung dans les combats contre l'occupation japonaise de la Corée (1910-1945), où il s'engage très jeune, après l'arrestation de son père par la police japonaise, mort en 1926.


 

En 1932, Kim Il-sung crée l'Armée de guérilla populaire antijaponaise, dont un des combats les plus célèbres est la bataille de Pochonbo, prise le 4 juin 1937. Kim Il-sung et ses partisans durent ensuite se retirer en Mandchourie. Après la capitulation japonaise, le 15 août 1945, il rentre en Corée en septembre, puis prend la direction, le 10 octobre 1945, du Parti communiste de Corée du Nord. Le PC deviendra, en août 1946 le Parti du travail de Corée, après sa fusion avec le Parti néo-démocratique.


 

Après s'être opposé aux élections séparées organisées en Corée du Sud le 10 mai 1948, il s'est rapproché des opposants au régime autoritaire du chef d'Etat élu au Sud, Syngman Rhee, pour fonder la RPDC le 9 septembre 1948.


 

Après avoir dirigé les combats de la RPDC durant la guerre de Corée (appelée en RPDC "Guerre de libération de la patrie", 25 juin 1950 - 27 juillet 1953), le Président Kim Il-sung a complété les idées du juche qui ont guidé la politique socialiste conduite en RPDC, fondée notamment sur les principes d'indépendance nationale et d'auto-défense.


 

En 1960, puis en 1972 et en 1980 avec le projet de création d'une République fédérale démocratique de Koryo, il a défini les principes d'une réunification pacifique de la Corée, indépendante des grandes puissances.


 

A l'occasion du quatorzième anniversaire de la disparition du Président Kim Il-sung, l'AAFC a adressé un courrier aux autorités de RPDC, soulignant le rôle qu'il a joué dans la fondation de la RPDC puis en vue de réunifier la nation coréenne.

 

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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 23:03

 

Le 5 mai 2008, l'Association d'amitié franco-coréenne a été à l'origine de la création du comité national pour la célébration du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Un choix justifié par le contexte dans lequel a été divisée la Corée, ainsi que par la nature du régime mis en place au Sud de la péninsule, au lendemain de la libération de la colonisation japonaise.

 

Si l'AAFC a choisi d'être, en France, à l'origine de manifestations pour commémorer le soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le 9 septembre 1948, c'est au regard du contexte dans lequel a été divisée la péninsule coréenne, et du rôle alors joué par le président du Sud, Syngman Rhee.


Les rappels historiques qui suivent ne se fondent ni sur les travaux des historiens nord-coréens, ni sur l'historiographie restée dominante en Corée du Sud même après la chute du pouvoir militaire, mais sur les analyses indépendantes de l'Association coréenne pour la recherche en histoire, constituée à la fin des années 1980 par des historiens qui ont lutté contre le régime militaire et remis en cause les dogmes de l'histoire officielle. Leur classique "Une histoire de la Corée", publié par Saffron, a été traduit en anglais.


Débarquées au Sud le 8 septembre 1945, trois semaines après la capitulation japonaise, les troupes américaines établissent un régime d'occupation militaire : l'United States Armed Military Governement in Korea, USAMGIK. Dès l'origine, l'USAMGIK donne une large place aux anciens collaborateurs avec l'occupant japonais : "les capitalistes et les propriétaires fonciers qui avaient collaboré avec l'empire japonais se virent confiées des fonctions d'officier d'administration centrale et des postes de fonctionnaire de haut rang, tandis que les organes admnistratifs et la police coloniales étaient réinstaurés (...). Les Etats-Unis les utilisèrent comme des instruments contre le communisme." (Histoire de la Corée, op. cit., p. 268).  Alors que les dirigeants du Nord sont issus des combats contre la colonisation japonaise, non seulement le régime qui se mettra en place au Sud n'épurera pas l'administration et la police, mais ce sont les mêmes familles qui garderont les pouvoirs politique et économique jusqu'à nos jours.


Au Nord, bien que présente militairement, l'URSS n'attache pas une grande importance à la Corée et confie le pouvoir aux comités populaires qui s'étaient créés spontanément dans toute la Corée dès la libération : "l'Union Soviétique établit effectivement un QG militaire, mais au lieu d'une administration directe, les Soviétiques passèrent le relais aux comités populaires et exercèrent une influence à travers ces administrations civiles indépendantes" (ibid., p. 269).


Un accord entre les Soviétiques et les Américains, en décembre 1945, établit un compromis entre les positions des deux superpuissances : alors que les Américains voulaient maintenir une administration internationale de la Corée par quatre pays (les Etats-Unis, l'URSS, la Grande-Bretagne et la République de Chine), les Soviétiques insistaient sur la mise en place d'un gouvernement coréen indépendant. L'accord de Moscou prévoyait un régime d'administration (trusteeship) de la Corée pendant une durée maximum de cinq ans, des garanties d'indépendance de la Corée et l'établissement d'un gouvernement provisoire.


Dès l'accord signé, les partis politiques de droite, conduits par Syngman Rhee et Kim Ku, s'opposèrent à l'accord de Moscou. Les partisans de Syngmann Rhee en donnèrent un "compte rendu déformé", en mettant l'accent sur l'administration de la Corée par les puissances étrangères, et imputèrent cet accord à la volonté des Soviétiques, alors même que le trusteeship correspondait à la position américaine. "En procédant ainsi [Syngman Rhee] espérait orienter le mouvement contre le trusteeship dans un sens anticommuniste et antisoviétique" (ibid., p. 270). Soutenant Syngman Rhee, chef du gouverment coréen en exil pendant l'occupation japonaise, mais qui avait ensuite intégré dans ses propres rangs, dès 1945, nombre d'anciens collaborateurs des Japonais, les Etats-Unis choisirent alors d'appuyer le mouvement d'opposition au trusteeship.


Le 26 mars 1946, lors de la première réunion de la commission mixte conjointe américano-soviétique, les Soviétiques et les Américains furent en complet désaccord sur les organisations politiques coréennes qui devaient participer aux discussions. Les Soviétiques voulaient exclure les partisans de l'accord de Moscou de décembre 1945, ainsi que les anciens collaborateurs des Japonais. La commission mixte cessa ses travaux sur un constat de désaccord en mai 1946.


Syngman Rhee appela alors à la formation d'un gouvernement représentatif dans la seule partie Sud de la péninsule. Cette déclaration divisa la droite nationaliste coréenne, car elle entérinerait la partition.


Dans le même temps, les partis de gauche demandaient, au Sud de la péninsule, des réformes économiques, prenant appui sur l'exemple du Nord : en mars 1946, la réforme agraire au Nord avait redistribué les terres à 70% des paysans en l'espace de vingt jours ; en juin, la durée quotidienne de travail y avait été abaissée à huit heures ; en juillet, la loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes avait mis fin à des siècles de féodalisme ; enfin, plus de 90% des entreprises avaient été nationalisées. Alors que ces réformes ne concernaient que la moitié Nord, le Sud était confronté à des risques grandissants de famine.


En septembre-octobre 1946, une grève générale se déclenche au Sud, à partir de Pusan. Plus de 2 millions de manifestants réclament la réquisition du riz, l'application de la réforme agraire et l'interdiction des milices de droite.  La répression cause plus de mille morts.


Pendant ce temps, les Etats-Unis avaient transféré le traitement de la question coréenne à l'Organisation des Nations-Unies, alors dominée par les pays d'Europe occidentale et d'Amérique latine qui leur étaient favorables. L'ONU décide l'organisation d'élections au Nord et au Sud de la péninsule, mais les autorités nord-coréennes refusèrent, en janvier, la supervision du processus électoral par l'ONU. Les Nations-Unies décidèrent alors, en février, l'organisation d'élection séparées dans la seule moitié Sud. Toujours en février, à l'appel du Parti du travail de Corée du Sud, une grève générale réunit 1,5 millions de travailleurs au Sud : 57 personnes furent tuées et 10.584 arrêtées.


La contestation la plus vive eut lieu dans l'île de Jeju, en avril : les manifestants s'opposèrent aux élections séparées, aux milices de droite et demandèrent le départ des troupes américaines. Le bilan fut de 30.000 morts, tués par les forces de police et les milices de droite.


L'assemblée sud-coréenne, élue le 10 mai 1948 à l'issue d'un scrutin boycotté par la majorité des partis et s'étant tenu dans la seule partie du Sud (à l'exception de Jeju), porte Syngman Rhee à la présidence de la République. La République de Corée est née.


Pour faire face à la scission, les nationalistes de droite, au premier rang desquels Kim Ku, abandonnent Syngman Rhee, en exigeant, dès février 1948, des élections dans toute la Corée. Fin avril, les opposants à la tenue d'élections séparées au Sud, dont les nationalistes Kim Ku et Kim Kyu-sik, se réunissent à Pyongyang. Leur programme commun comporte le départ des troupes américaines et soviétiques, l'établissement d'un gouvernement provisoire et d'une assemblée pour toute la Corée, ainsi que l'invalidation des élections prévues en Corée du Sud.


Prenant acte de l'établissement d'un gouvernement séparé au Sud, les dirigeants du Nord organisent des élections le 25 août 1948, en secret dans la partie Sud. L'Assemblée populaire suprême proclame la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948 : Séoul est alors choisie comme la capitale de la RPDC, en signe du refus de la partition. Chacun des deux gouvernements entend représenter toute la Corée.


A la fin de l'année 1948, Kim Ku appelle à nouveau au retrait des troupes américaines et soviétiques, ainsi qu'à la reprise des discussions Nord-Sud. En mars 1949, 36 députés sud-coréens, conduits par le vice-président Kim Yak-su, demandent l'expulsion des troupes étrangères au comité Corée de l'ONU. Syngman Rhee répond en énonçant la loi de sécurité nationale, toujours en vigueur en Corée du Sud et qui condamne tout contact réel ou supposé avec le Nord. Dans la vague d'exécutions et d'arrestations qui se déclenche, Kim Ku est assassiné en juin 1949.


Après une présentation des travaux de la Commission vérité et réconciliation, qui enquête actuellement sur les massacres de civils de masse perpétrés au début de la guerre de Corée, l'AAFC entend poursuivre ses travaux historiques sur la Corée d'après-guerre, à l'approche du soixantième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée.

 

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 23:00

En Corée du Sud, l'ampleur des manifestations contre la décision de reprendre les importations de boeuf américain a poussé le gouvernement à la démission le 10 juin 2008. Il s'agit des plus grandes manifestations depuis le mouvement de juin 1987 qui arracha des réformes démocratiques aux militaires au pouvoir. Il est moins souligné que la mobilisation actuelle en Corée du Sud, dans sa forme et ses revendications, en évoque une autre, plus récente : les manifestations qui suivirent la mort de deux jeunes sud-coréennes en juin 2002. A six ans d'intervalle, ces deux mouvements sont dirigés contre des intérêts puissants, s'appuient largement sur le réseau internet et mobilisent d'abord la jeunesse. Ils signent aussi la même volonté de tout un peuple de faire désormais respecter ses intérêts et sa dignité trop souvent bafoués par les grandes puissances dans le passé. Il est raisonnable d'affirmer que, tout en plongeant ses racines dans l'histoire et l’âme coréennes, le spectaculaire mouvement de protestation qui agite en ce moment la Corée du Sud a véritablement commencé en juin 2002, il y a exactement six ans, au bord d’une petite route quelque part au nord de Séoul...


Deux collégiennes au bord d'une route


Le matin du jeudi 13 juin 2002, dans le village de Hyochon, à une trentaine de kilomètres au nord de Séoul, deux collégiennes de 14 ans marchent le long d'une route pour se rendre à une fête d'anniversaire. C'est alors qu'elles sont heurtées par un véhicule blindé de l'armée des Etats-Unis, circulant sur cette route trop étroite pour lui. Elles sont tuées sur le coup. Ces deux jeunes Coréennes s'appellent Shin Hyo-sun et Shim Mi-seon. Leur mort va bouleverser un pays et changer le destin de tout un peuple.



Aux commandes du véhicule ayant écrasé Hyo-sun et Mi-seon se trouvent les sergents Mark Walker et Fernando Nino, de la 2ème Division d'infanterie de la 8ème Armée des Etats-Unis. Ce véhicule, un AVLB (Armored Vehicle Launched Bridge) d'une cinquantaine de tonnes, fait partie d'un convoi se rendant dans une zone d'entraînement des environs pour participer à des exercices militaires. Selon les premiers résultats de l'enquête conjointe américano-sud-coréenne, la mort des deux collégiennes n'est ni préméditée, ni délibérée mais le résultat d'un "tragique accident". Les familles des victimes maintiennent néanmoins que le blindé a fait un écart pour éviter de heurter un autre véhicule arrivant en sens inverse, sans considération pour la vie des deux adolescentes.


Certes, les deux soldats passeront en jugement afin de déterminer leur responsabilité ainsi que les circonstances précises de l'accident, mais en vertu de l'Accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement, SOFA), l'accord bilatéral américano-sud-coréen fixant depuis 1966 les conditions de la présence des troupes des Etats-Unis en Corée du Sud, les militaires américains auteurs de crimes ou délits dans l'exercice de leurs fonctions sont d'abord tributaires de la justice militaire américaine. [1] Si la justice sud-coréenne veut se saisir d'une telle affaire, le gouvernement sud-coréen doit d'abord, dans les trois semaines suivant l'incident, demander au gouvernement des Etats-Unis qu'il renonce à sa propre juridiction. Bien sûr, le gouvernement américain est parfaitement en droit de refuser. Le gouverment de Séoul n'a jamais fait une telle demande, malgré de nombreux incidents dans les dernières décennies.


 

Non, tout le monde ne s'en fout pas !


Un comité composé de citoyens et d'associations civiques s'organise rapidement pour tenter de faire toute la lumière sur cette affaire. Face à l'absence d'explication satisfaisante de la part de l'armée américaine et devant la réaction frileuse du gouvernement sud-coréen, apparemment réticent à se saisir d'une telle affaire impliquant des soldats américains, le comité lance le 26 juin 2002 une première campagne nationale en manifestant devant Camp Red Cloud, la base militaire située sur le territoire de la ville de Uijeongbu qui abrite la 2ème Division d'infanterie américaine. Alors que les principaux journaux, conservateurs et pro-américains, s'efforcent de minimiser l'incident, les près de 200 participants à la manifestation – en majeure partie des lycéens et des étudiants – ont eu connaissance de cette campagne de protestation grâce à des sources alternatives telles que les sites internet Voice of People, OhmyNews ou Base21, ou par le bouche-à-oreille.


Une lettre de protestation adressée le même jour au commandant de la base formule six demandes :


  1. des excuses publiques de la part du commandant de la base, du commandant des forces américaines en Corée du Sud, et de l'ambassadeur des Etats-Unis;

  2. la participation de l'armée américaine au comité d'enquête lancé par les familles des victimes et les associations civiques coréennes;

  3. un transfert à la justice sud-coréenne de la compétence sur cette affaire;

  4. des compensations rapides pour les familles;

  5. l'installation d'un monument à la mémoire des victimes;

  6. l'interdiction des exercices militaires passant par la route de l'accident, afin de prévenir sa répétition, et la fermeture du terrain d'entraînement.


Bien qu'intitulé "campagne nationale", ce mouvement s'attache d'abord à trouver une solution aux problèmes créés au niveau local par l'accident du 13 juin. Et malgré une deuxième campagne nationale lancée le 29 juin 2002, les principaux partis sud-coréens restent silencieux sur l'affaire. Quant à la plupart des Coréens du Sud, ils semblent alors plus intéressés par la Coupe du monde de football se jouant dans leur pays... Cependant, au 7 juillet 2002, date de la quatrième campagne du comité à Uijeongbu, mobilisant plus de 1.500 citoyens, il ne s'agit plus d'une simple affaire locale : plusieurs manifestations ont déjà été organisées un peu partout en Corée du Sud pour exiger des excuses officielles de la part du président Bush et, surtout, que le gouvernement sud-coréen se saisisse de l'affaire.


Devant l'émotion ressentie dans tout le pays, le 10 juillet, et cela pour la première fois, le ministère de la Justice demande donc aux forces armées américaines en Corée (USFK) de renoncer à leur droit de juger les deux soldats impliqués dans l'accident du 13 juin. Le 27 juillet, l'ambassade américaine à Séoul publie un communiqué critiquant les médias sud-coréens pour avoir déformé la position des Etats-Unis sur cette affaire et rappelant que les Etats-Unis ont exprimé leur peine et leur regret pour ce "tragique accident". Le communiqué ajoute que le statut des forces américaines en Corée n'est pas exorbitant et que l'armée sud-coréenne dispose aussi de l'entière juridiction sur ses soldats lorsque ceux-ci sont postés à l'étranger. [2] Le 7 août, la demande sud-coréenne est rejetée par l'USFK.


Se battre ou subir


Entre le 10 juillet et le 7 août, des associations civiques et des organisations politiques sud-coréennes de toutes sortes —organisations lycéennes et étudiantes, associations d'enseignants, d'artistes, de femmes, dirigeants religieux d'origines différentes— participent à des manifestations de rue, à des cérémonies publiques en mémoire des victimes, et à des représentations artistiques.

Les propos tenus par un lycéen restituent bien l'état d'esprit animant alors les citoyens de Corée du Sud :


"Si un de mes professeurs empêchait un élève comme moi d'aller dans ce genre d'endroit [pour manifester], je lui dirais que nous, les élèves, comme écrit dans notre constitution et dans la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, sommes aussi des citoyens ayant le droit à la liberté de réunion et d’association, et je le persuaderais de nous rejoindre pour informer les autres sur la mort de Hyo-sun et Mi-seon." [3]


De leur côté, des sites internet sud-coréens donnent des informations pratiques qui contribuent au succès de la mobilisation :


Comment soutenir les manifestants :

  • porter un ruban noir jusqu'au 3 août

  • signer la pétition de soutien [...]

  • envoyer vos dons à la banque Kookmin [...]

  • envoyer des courriers postaux et électroniques aux organismes gouvernementaux des Etats-Unis

  • organiser des manifestations de solidarité dans votre région

  • si possible, participer aux manifestations à venir

 

Futures manifestations :


  • 14 juillet (dimanche), 11 heures, à l'entrée principale de la base de la 2ème Division d'infanterie :

    • rassemblement des travailleurs (11 heures)

    • rassemblement général (midi)

  • 17 juillet (mercredi) :journée d'action de la jeunesse

  • 20 juillet (samedi) : journée d'action des travailleurs

  • 25 juillet (jeudi) : journée d'action des enseignants

  • 27 juillet (samedi) : mobilisation générale au niveau national (horaires et endroits à annoncer)

  • 31 juillet (mercredi) : 49ème jour après le meurtre (cérémonie du souvenir)

  • 3 août (samedi) : festival culturel en mémoire des victimes, à 18 heures devant l'hôtel de ville de Uijeongbu  [4]

 

Sur les pancartes brandies dans les rues par les lycéens, on peut lire "Hyo-sun et Mi-seon sont nos jeunes soeurs". Et quand les images des manifestations sont diffusées à la télévision, toute la Corée du Sud est émue aux larmes. Des larmes dues à un profond remords face à l'indifférence suscitée jusqu'à présent par la mort des deux collégiennes, et face à l'accident lui-même, un accident dans lequel les Coréens n'ont pourtant aucune responsabilité. De nombreux Coréens du Sud considèrent alors moins Hyo-sun et Mi-seon comme les malheureuses victimes d'un "tragique accident" que comme des symboles de la faiblesse et de la souffrance du peuple coréen. [5] L'origine de cette faiblesse et de cette souffrance est parfaitement identifiée : les Etats-Unis, et les règles régissant la présence des 37.000 soldats américains répartis sur 90 bases en Corée du Sud.

 

Ainsi, le 19 août 2002, à la messe des funérailles présidée par le père An Ho-suck, président de la Commission "Justice et Paix" de l'église catholique pour l'archidiocèse de Kwangju, le père Moon Jung-hyon parle en ces termes de la présence des troupes américaines en Corée :


"L'armée américaine en Corée porte atteinte à notre souveraineté nationale et y commet nombre de crimes, mais nous ne pouvons rien faire sinon contempler l'accord injuste qu'est le SOFA." [6]



Dans les jours suivants, le ressentiment à l'égard de l'armée des Etats-Unis en Corée est encore alimenté par l'électrocution d'un ouvrier sud-coréen travaillant sur une base américaine et par la publication, le 3 septembre 2002, d'un rapport de l'Organisation internationale des migrations indiquant que, depuis le milieu des années 1990, au moins 5.000 ressortissantes philippines et de l'ex-URSS sont entrées en Corée du Sud pour travailler dans l'industrie du sexe au service des soldats américains. [7]


Ce que "Coréen" veut dire


En novembre 2002, le sergent Nino et le sergent Walker sont acquittés à quelques jours d'intervalle par la justice militaire américaine qui les lave des charges d'homicide par négligence (passibles de six ans de prison). Le gouvernement sud-coréen déclare qu'il respecte ce jugement. Dès lors, ce ne sont plus les excuses officielles du président Bush qui sont en jeu, mais la souveraineté du pays et la signification même du mot "Coréen". Cette prise de conscience de la citoyenneté et de la souveraineté coréennes conduit à une ferme demande de révision de l'Accord sur le statut des forces de 1966. Vingt-quatre députés de l'Assemblée nationale sud-coréenne signent une déclaration commune exigeant un nouveau procès, des excuses officielles du président Bush et la révision de l'Accord sur le statut des forces. L'élection à la présidence de la République de Corée du Sud devant avoir lieu un mois plus tard, chaque candidat est tenu de clarifier son point de vue sur la question et de préciser s'il compte réviser cet accord une fois élu.


Dès l'énoncé du verdict de la cour militaire américaine, plus de 1.000 lycéens et autres jeunes gens se rassemblent devant la base de Yongsan, à Séoul, pour demander le retrait total de l'armée américaine de la péninsule coréenne. Plusieurs bases américaines sont attaquées avec des cocktails Molotov, comme dans le quartier de Daebang, à Séoul, ou à Chuncheon, capitale de la province du Kangwon (est). A Camp Red Cloud, là où tout a commencé, 53 étudiants pénètrent dans la base après avoir coupé une ligne de barbelés. Ils lancent des slogans anti-américains et exigent que les soldats acquittés soient à nouveau jugés par une cour sud-coréenne. De leur côté, plusieurs magasins, cafés et restaurants de Séoul expriment leur colère en refusant de servir d'éventuels clients américains. [8]


En novembre 2002, dans un restaurant de Séoul,

un panneau avertit que les Américains ne sont pas les bienvenus.

(photo : Associated Press, via BBC)


L'hostilité vis-à-vis des troupes américaines stationnées en Corée est telle que, le 27 novembre, le général Leon LaPorte, commandant de l'USFK, annonce lors d'une conférence de presse que les forces américaines prendront des mesures afin d'assurer la sécurité de leurs personnels et de leurs familles contre les manifestations violentes. Cette conférence de presse, à laquelle participe aussi l'ambassadeur américain en Corée du Sud, Thomas Hubbard, est d'abord destinée à transmettre un message d'excuses du président George W Bush. [9] Cinq mois et deux semaines après qu’un blindé de l’armée des Etats-Unis a tué deux collégiennes se rendant à un anniversaire…


Un espoir nommé Angma


La date du 28 novembre semble marquer un tournant dans la mobilisation des citoyens sud-coréens.


Ce jour-là, un internaute connu sous le peudonyme de Angma poste sur plusieurs forums un appel à organiser une veillée aux chandelles sur la place Gwanghwamun, non loin de l'ambassade américaine à Séoul, là où quelques mois plus tôt des millions de Coréens ont eu l'occasion d'exprimer leur joie et leur fierté d'accueillir la Coupe du monde de football :


"On dit que les âmes des défunts deviennent des lucioles. Couvrons Gwanghwamun avec nos âmes et celles  de Mi-seon et Hyo-sun. Soyons des milliers de lucioles samedi et dimanche prochains. Abandonnons la chaleur et la tranquilité de nos foyers. S'il vous plaît, allumez une bougie chez vous. Si quelqu'un vous le demande, répondez "je sors en mémoire de mes soeurs décédées". En portant ces bougies et en nous habillant de noir, nous célébrerons leur mémoire.

Marchons sur Gwanghwamun avec des bougies allumées. Rappelons-nous des vies de Mi-seon et Hyo-sun, oubliées dans la joie de juin dernier [...]

[...] Une seule personne suffirait. Je serai heureux de la saluer et de parler de l'avenir de notre pays dans lequel Mi-seon et Hyo-sun pourront trouver le repos.

Je serai là cette semaine, la semaine suivante, et encore la semaine d'après. Couvrons Gwanghwamun avec la lumière de nos bougies. Opposons notre pacifisme à la violence des Américains." [10]


Cet appel déclenche une véritable ferveur en Corée du Sud. Dès le 30 novembre, plus 15.000 personnes tenant chacune une bougie manifestent pour affirmer solennellement leur appartenance à la nation coréenne et protester contre toutes les formes de violence et d'oppression. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce rassemblement est aussi porteur d'espoir, comme le dit alors un jeune élève de l'âge de Hyo-sun et Mi-seon :


"En fait, il y avait moins de personnes à Gwanghwamun que pendant la Coupe du monde. J’étais quand même très impressionné. D’un côté, je pleurais de déception face à cette réalité mais, d’un autre, je souriais. Oui, je souriais, bien que ça ne semble pas de circonstance. Mais, assurément, il y avait de quoi sourire. Car je pense que nous avons trouvé un espoir chez tous ces gens se rassemblant pour le repos des âmes de Hyo-sun et Mi-seon." [11]


Pas mortes pour rien ?


Les veillées aux chandelles organisées au niveau national atteignent leur apogée le 14 décembre 2002, comme pour faire écho à la demande de révision de l'Accord sur le statut des forces déposée par des survivants de la lutte anti-japonaise pour l'indépendance. Le 14 décembre, plus de 100.000 personnes se réunissent à Gwanghwamun pour proclamer un "Jour de la seconde indépendance", qui se veut une indépendance vis-à-vis de l'hyperpuissance des Etats-Unis mais aussi une nouvelle affirmation de l'appartenance à la nation coréenne. [12]


Finalement, au début de l'année 2003, les gouvernements des Etats-Unis et de Corée du  Sud s'entendent pour "améliorer le fonctionnement de l'Accord sur le statut des forces dans plusieurs domaines." [13] La révision de cet accord injuste est donc en marche, ce qui constitue un fait sans précédent dans les 90 pays où sont stationnés des militaires américains. Mais cela ne met pas fin à la soif de justice, à la quête de vérité et à l'affirmation de soi du peuple coréen. C'est un puissant mouvement populaire qui est né au coeur de l'été 2002, parce que deux collégiennes voulurent aller à une fête d'anniversaire un matin de juin. Six ans plus tard, ce mouvement reste vivace dans la société sud-coréenne. Et les lucioles brillent toujours à Gwanghwamun.

 

Le 8 juin 2008 à Séoul (photo : The Hankyoreh)




Notes

[1]    L'intitulé complet de l'Accord sur le statut des forces est "Accord relatif aux zones et installations et au statut des forces armées des États-Unis en République de Corée conclu entre la République de Corée et les États-Unis d'Amérique conformément à l'article IV du Traité de défense mutuelle". Il a été signé à Séoul, République de Corée (Corée du Sud), le 9 juillet 1966. Le texte de l'accord (en anglais) est disponible ici : www.shaps.hawaii.edu/security/us/sofa1966_1991.html

[2]   Ambassade des Etats-Unis en Corée du Sud, "USFK Statement on the Highway 56 Accident", communiqué de presse, Séoul, 27 juillet 2002

[3]    Cité dans Kim Sung-moon, A post confucian civil society : liberal collectivism and participatory politics in South Korea, mémoire de doctorat, Faculty of the Graduate School of the University of Maryland, College Park, 2007, p. 211

[4]    Base21, "U.S. soldiers arrested as protests increase", juillet 2002

[5]    Kim Sung-moon, op. cit., p. 211

[6]    Agence d'information des Missions étrangères de Paris, "Après la mort accidentelle de deux jeunes filles sud-coréennes au cours d'un exercice de l'armée américaine, des catholiques demandent justice", bulletin n°359, 16 septembre 2002

[7]    ibid.

[8]    Base21, "Acquittal of two U.S. soldiers leads to massive protests, Bush apology", novembre 2002

[9]    AFP, "Molotov cocktails thrown at US military base in South Korea", 28 novembre 2002

[10]    Cité par Ronda Hauben, "Online Grassroots Journalism and Participatory Democracy in South Korea", in Korea Yearbook 2007, sous la direction de Rudiger Frank, Brill Academic Publishers, 2007.

[11]    Cité dans Kim Sung-moon, op. cit., p. 212

[12]    ibid., p. 213
[13]   Thomas C. Hubbard, ambassadeur des Etats-Unis en Corée du Sud, "Challenges and Visions of the ROK-U.S. Alliance", discours devant l'Institut des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale, Séoul, 11 février 2003

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 23:01

Le 18 mai 1980, la violente répression, par le pouvoir militaire sud-coréen, des manifestations de Kwangju signe le début d'un mouvement continu de protestations, jusqu'à la chute du régime militaire en 1987. Vingt-huit ans après, l'Association d'amitié franco coréenne (AAFC) souhaite saluer le courage des combattants sud-coréens pour la démocratie, en rappelant son engagement continu aux côtés des forces démocratiques en Corée du Sud.

Le 17 mai 1980, les militaires au pouvoir à Séoul décidaient d'étendre l'état de siège à la province de Kwangju, bastion de l'opposition. Il s'ensuivit un mouvement de protestations, attisé par la mort de plusieurs personnes tuées par l'armée lors des manifestations qui, dès le 18 mai, ont protesté contre la fermeture de l'université Jônnam.

Dans les jours qui suivent, les combattants de la commune de Kwangju investissent l'hôtel de ville, contrôlent la station émettrice de KBS puis, ayant pris les armes pour parer aux menaces d'invasion par les troupes du gouvernement militaire, étendent leur mouvement aux autres villes de la région.

Mais la répression militaire, déclenchée le 27 mai, anéantit le mouvement insurrectionnel qui n'était pas sans rappeler, 110 ans plus tôt, celui de la Commune de Paris. Le bilan officiel, de 200 morts, se serait élevé à plusieurs milliers de victimes selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Cependant, les manifestants sud-coréens pour la démocratie continuèrent leur combat : chaque année depuis 1980, les commémorations du soulèvement sont le point de ralliement des revendications démocratiques. Ces protestations ont notamment abouti, en 1987, à faire plier le régime militaire, qui a alors dû accepter le rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Dix ans plus tard, un ancien opposant, Kim Dae-jung, accède à la présidence de la République, permettant l'alternance démocratique.

Le rôle des Etats-Unis a été vivement critiqué : le président américain Jimmy Carter, le 23 mai 1980, a appelé le gouvernement sud-coréen à rétablir l'ordre, épousant contre toutes évidences la thèse du complot communiste brandie par les militaires sud-coréens.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) souhaite aujourd'hui commémorer le vingt-huitième anniversaire du soulèvement de Kwangju, en saluant le courage des combattants coréens pour la démocratie, dont beaucoup payèrent cet engagement de leur vie. L'AAFC rappelle également qu'elle a soutenu de manière inconditionnelle les mouvements de démocratisation en Corée du Sud, en s'investissant notamment dans la campagne pour la libération de Kim Dae-jung, condamné à mort suite au soulèvement de Kwangju.

L'AAFC appelle par ailleurs à parachever la démocratisation de la Corée du Sud, en abrogeant la loi de sécurité nationale qui interdit les contacts entre Nord et Sud-Coréens et a été utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition au nom de la lutte contre le communisme. Elle appelle également à la libération de tous les prisonniers de conscience dans la péninsule coréenne.

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