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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 23:48

En mars 2009, les exercices militaires Key Resolve et Foal Eagle, menés conjointement chaque année par les forces américaines et sud-coréennes, étaient les plus grands jamais organisés par leur durée et par le nombre de soldats engagés. Moins de deux mois après l'arrivée de Barack Obama à la présidence aux Etats-Unis, l'organisation de ces manoeuvres était de très mauvais augure quant à la volonté de la nouvelle administration américaine de tourner la page Bush-Cheney en Corée. Cette année, les exercices Key Resolve et Foal Eagle sont d'une moindre ampleur mais interviennent au plus mauvais moment, alors que des questions décisives restent à régler pour la reprise des relations inter-coréennes, et que des efforts diplomatiques  sont déployés pour ramener la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la table des négociations sur son programme nucléaire. La RPDC a prévenu qu'elle accepterait de négocier l'abandon de sa force de dissuasion nucléaire à condition que soit aussi négocié un traité de paix avec les Etats-Unis. Dans ce contexte, mener des exercices militaires en application d'un plan américain visant explicitement à mettre à bas la Corée du Nord est-il vraiment la meilleure chose à faire?


Le 17 février 2010, le Commandement combiné des forces américaines et sud-coréenne annonçait que les exercices militaires conjoints Key Resolve et Foal Eagle auraient lieu du 8 au 18 mars 2010 sur l'ensemble du territoire sud-coréen. Cette année, Key Resolve et Foal Eagle mobilisent 10 000 soldats des forces américaines stationnées en Corée du Sud et 8 000 soldats américains venus de l'étranger. Ces effectifs sont en retrait par rapport à ceux engagés l'année dernière, mais les exercices Key Resolve et Foal Eagle avaient été d'une ampleur exceptionnelle en 2009. En particulier, aucun porte-avions ne participe cette année à Key Resolve et Foal Eagle.


Même présentés comme « routiniers » et « défensifs », les exercices Key Resolve et Foal Eagle préparent l'application du plan opérationnel 5027 (OPLAN 5027), soit une offensive tous azimuts dont les buts revendiqués sont « l'élimination du régime nord-coréen » et l'anéantissement de l'armée nord-coréenne. Conçu en 1974 par les stratèges du Pentagone, le plan opérationnel 5027 a régulièrement été mis à jour pour inclure, entre autres, des frappes préventives contre la RPDC (OPLAN 5027-98) ou l'emploi de moyens antimissiles (OPLAN 5027-04).

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Dispositif des exercices Key Resolve et Foal Eagle en 2009.
 Ce dispositif a été modifié en 2010. Par exemple, il a été annoncé
qu'aucun porte-avions ne prendrait part aux exercices cette année.
(source : Solidarity for Peace and Reunification of Korea, via le site No Base Stories of Korea)


Ces exercices militaires sont donc de nature à aggraver les tensions dans la péninsule coréenne, déjà vives après un affrontement en mer de l'Ouest (mer Jaune) entre les marines des deux Corée en novembre 2009. 


Parce que Key Resolve et Foal Eagle visent explicitement à préparer l'invasion et l'occupation de la Corée du Nord, la RPDC s'oppose fermement à la tenue de tels exercices. Le jeudi 25 février 2010, l'état-major de l'Armée populaire de Corée (APC), l'armée nord-coréenne, a ainsi accusé la Corée du Sud et les Etats-Unis de chercher délibérément l'affrontement, déclarant qu'elle ne restera pas « le spectateur passif de cette grave situation créée par les provocateurs ». En conclusion, le communiqué de l'état-major de l'APC affirmait que, si les exercices américano-sud-coréens avaient lieu malgré ses avertissements répétés, l'APC se tiendrait prête à réagir « en mobilisant tous ses moyens offensifs et défensifs, dont sa force de dissuasion nucléaire. »


En l'occurrence, les Etats-Unis jouent les pompiers pyromanes : Washington veut que la RPDC abandonne sa force de dissuasion nucléaire mais, au lieu de répondre aux offres nord-coréennes pour la signature d'un véritable traité de paix, entretient les motifs qui ont poussé la Corée du Nord à se doter de l'arme atomique.


En outre, l'annonce des exercices militaires américano-sud-coréens est intervenue alors que les deux Corée ont convenu de discuter des mesures pour faciliter l'accès à la zone industrielle inter-coréenne de Kaesong, située en Corée du Nord. Ces discussions prévues à partir du mardi 2 mars 2010 à Kaesong, doivent permettre de trouver les moyens d'améliorer les transports et les communications vers et à partir de la zone industrielle où environ 42 000 Coréens du Nord travaillent au sein de 110 entreprises sud-coréennes.


La frontière inter-coréenne est réputée être la plus militarisée du monde et les deux Corée avaient donc prévu que les militaires des deux camps discutent des moyens d'améliorer le fonctionnement de la zone industrielle de Kaesong. Mais, dans ce qui paraît être une nouvelle manoeuvre dilatoire, le ministère sud-coréen de la Défense a fait savoir que la délégation du Sud serait menée par un responsable civil du ministère de la Réunification. Il est donc peu probable que des questions aussi décisives que les transports et les communications vers la zone industrielle de Kaesong et à partir de celle-ci, reçoivent une réponse appropriée. Le fonctionnement de cette zone industrielle, symbole concret du rapprochement inter-coréen, s'en trouvera donc altéré.

 

Manif_KRFE_19022010.jpg

Manifestation devant la base américaine de Yongsan, à Séoul, le 19 février 2010.

Sur les pancartes, sont inscrits les slogans "Signez un traité de paix!", "Arrêtez Key Resolve et Foal Eagle, exercice d'invasion dirigé contre la Corée du Nord et facteur de guerre dans la péninsule coréenne!"

et "Non à la guerre, oui à la paix!

(source : Tongil News)


Tout en refusant de tenir une réunion de travail entre militaires du Nord et du Sud, propre à apaiser les tensions dans la péninsule coréenne, le gouvernement sud-coréen entend donc privilégier son alliance militaire avec les Etats-Unis, même (surtout?) au prix de la dégradation des relations inter-coréennes. Après deux ans de pouvoir, il est de plus en plus évident que le président sud-coréen Lee Myung-bak ne fera rien pour appliquer totalement les accords inter-coréens du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007. Il est regrettable que, vis-à-vis de la Corée, la « communauté internationale » ne réagisse que pour condamner le Nord. Les manoeuvres américano-sud-coréennes et l'attitude du gouvernement sud-coréen génèrent pourtant leur lot de difficultés en Corée, alors qu'un peu de bon sens, de sincérité entre les parties prenantes et le simple respect des accords déjà passés permettraient de surmonter  nombre de problèmes dans cette partie du monde.


 

Sources : AAFC, AFP (dépêche du 28 février 2010), Alliance coréenne des mouvements progressistes (communiqué du 18 février 2010, via le site No Base Stories of Korea), KCNA (dépêche du 25 février 2010)

 


 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée
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Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)