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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 23:01

Pendant la plus grande partie de son histoire, la République de Corée (du Sud) a connu des régimes autoritaires de droite. Si la révolution d'avril 1960 a abattu le régime de Syngman Rhee, elle n'a ouvert qu'une courte parenthèse démocratique : à peine un an plus tard, le 16 mai 1961, un coup d'Etat militaire devait porter au pouvoir le général Park Chung-hee, ouvrant l'une des pages les plus sombres de l'histoire politique sud-coréenne. Soutien constant des mouvements démocratiques en Corée du Sud, l'Association d'amitié franco-coréenne revient sur le coup d'Etat militaire du 16 mai 1961.

   

Dans les premières heures de la journée du 16 mai 1961, quelque 3.500 soldats de l'armée sud-coréenne prirent le contrôle des points stratégiques de Séoul et des médias. Apprenant le coup d'Etat, le Premier ministre Chang Myon, de sensibilité conservatrice libérale, qui dormait dans sa suite de l'hôtel Bando - en face de l'ambassade américaine - se réfugia à l'archevêché de Séoul dès 2 heures du matin. Le commandant en chef des armées régulières sud-coréennes, le général Chang To-yong, demanda à Magruder, commandant des troupes américaines, d'intervenir, mais ce dernier refusa d'agir tout en affirmant que les Américains soutenaient le gouvernement légal. Magruder rencontra le président de la République, Yun Posun, qui se solidarisa de fait avec les mutins en déclarant à Magruder que "la Corée avait besoin d'un gouvernement fort". Dans un télégramme adressé dès le lendemain au gouvernement américain, Magruder déclara que tous les hommes influents à Séoul étaient selon lui au courant de ce qui se préparait et, à tout le moins, ne s'étaient pas opposés au coup d'Etat "qui n'était pas d'inspiration communiste". L'action des putschistes recevait ainsi le soutien de Washington, dont l'anticommunisme servait de seul guide en politique étrangère après les récents échecs subis par l'impérialisme américain, notamment à Cuba et au Vietnam.

 

Park Coup 1961Park Chung-hee (avec les lunettes noires) le 16 mai 1961

 

Selon l'historien américain Bruce Cumings, le représentant de la CIA à Séoul, Peer da Silva, maintint un temps un semblant d'équilibre entre le gouvernement Chang Myon et le chef des pustchistes, le général Park Chung-hee, en rencontrant les uns et les autres. Mais il n'apparaissait pas surpris du coup d'Etat, dont il est probable qu'il avait été informé préalablement. 

 

Face aux progrès de la gauche et des forces favorables à la réunification de la Corée, une partie de la droite sud-coréenne appelait de ses voeux un régime plus musclé que celui du gouvernement Chang Myon, qui s'était également aliéné le soutien des forces progressistes en restreignant la liberté de manifestation. Le 22 février, plus de 30.000 Sud-Coréens s'étaient réunis à Séoul dans une manifestation aux chandelles, sur des slogans anti-gouvernementaux, anti-américains et pro-réunification. Comme naguère le "18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte" en France, le coup d'Etat du 16 mai 1961 ne rencontra qu'une faible opposition.

 

Le 17 mai, la junte militaire - formée d'une trentaine de colonels et de généraux - dispersait l'Assemblée nationale et interdisait les activités politiques. Les nouveaux hommes forts de Séoul, avec à leur tête le général Park Chung-hee, mettaient en place un "comité révolutionnaire" fondé sur le resserrement des liens avec les Etats-Unis, l'anticommunisme et un discours de régénération économique et nationale. Dans leur inspiration idéologique, les putschistes étaient très marqués par le militarisme japonais des années 1930 et une des priorités du nouveau pouvoir sera l'établissement, en 1965, de relations diplomatiques complètes entre Tokyo et Séoul. La période qui s'ouvrait replongeait la Corée du Sud dans un régime réactionnaire autoritaire, consacrant le pouvoir du général Park Chung-hee jusqu'à son assassinat par son propre chef des services de renseignement en 1979.

 

Ancien officier de l'armée impériale japonaise, Park Chung-hee avait servi les occupants japonais de la Corée, ayant reçu une montre en or de l'empereur Hiro-Hito en récompense de ses services. Si en 1946 il avait rejoint des mouvements armés de protestation pro-démocratiques et anti-américains, ce qui lui avait valu d'être emprisonné comme "communiste", tout comme son frère, il aurait selon plusieurs sources aidé à arrêter les officiers rebelles, levant un débat sur ses opinions politiques réelles à cette époque. Cette réputation, vraie ou fausse, d'ancien communiste n'en avait pas moins quelque peu inquiété les services de renseignement américains en 1961.

 

Cinquante ans après le coup d'Etat du 16 mai 1961, la fille du général Park Chung-hee, Park Geun-hye, apparaît comme la favorite des sondages et pour l'heure la candidate la mieux placée du camp conservateur. Elle a officié comme première dame, après l'assassinat de sa mère en 1974 et avant le propre assassinat de son père en 1979. De fait, de nombreux Sud-Coréens ignorent leur histoire contemporaine, largement absente des manuels scolaires, tandis que le maintien dans les cercles du pouvoir des hommes de l'ère Park Chung-hee a favorisé l'éclosion d'une légende autour du "général-président", dont le pouvoir a correspondu à un important essor économique de la Corée du Sud - grâce notamment à des injections massives de capitaux américains et japonais, et à une surexploitation des travailleurs qui fait de la Corée du Sud, aujourd'hui encore, le pays où la protection sociale est la plus faible parmi les Etats membres de l'OCDE.  

 

Source principale : Bruce Cumings, Korea's Place in the Sun, W.W. Norton and Company, New York, 2005.

 

 

A lire aussi :  Paik Nak-chung, "Quelle appréciation sur l’époque de Park Chung-hee et le développement coréen", Japan Focus, 29 décembre 2005 (sur le site de l'association Korea-is-One)

 

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 09:15

Le 14 août 2010, l'agence japonaise Kyodo a indiqué qu'un important tumulus de l'ère Koguryo avait été mis à jour près de Pyongyang par une équipe conjointe de chercheurs du Japon et de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette découverte devrait permettre de mieux connaître l'histoire du plus ancien Etat coréen (277 avant J.C. - 668 après J.C.), en ayant fait apparaître des fresques comparables à celles de tombes de la région de Nampo, inscrites depuis 2004 au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

 

C'est une découverte capitale pour l'histoire du royaume de Koguryo qu'a faite une équipe conjointe japonaise et coréenne, sous l'égide de l'Institut d'archéologie de l'Académie des sciences sociales de la République populaire démocratique de Corée, à l'occasion de fouilles archéologiques conduites à Tongsan-dong, à 4,5 kilomètres du centre de Pyongyang, avec la mise à jour d'un important tumulus dont la création est datée du cinquième siècle.

 

koguryo_tombe_pyongyang.jpgSelon l'agence japonaise Kyodo, les fresques murales montrent un homme à cheval avec un couvre-chef en forme de corne, d'autres hommes en procession portant des drapeaux et des guerriers avec des lances. L'antichambre et la chambre principale dans la partie arrière sont reliées à un passage étroit, alors que les ossements d'un homme et de deux femmes ont été découverts dans la chambre de la partie arrière. La tombe présente des traits uniques, en particulier les plafonds voûtés de l'antichambre avec des piliers triangulaires sur trois niveaux. Haut de 8 m et large de 35 m, le tumulus correspond à l'empilement alterné de couches de chaux, de charbon de bois et d'argile rouge qui recouvrent les chambre en pierre.

 

Les objets découverts reflètent également la richesse de la civilisation du Koguryo, notamment des poteries en forme de tigre, des monnaies de bronze et un chandelier en céladon, le premier de ce type à être découvert au Nord de la Corée. La découverte de fresques murales de l'ère Koguryo était inattendue sur ce site.  

 

La République populaire démocratique de Corée envisage de faire classer les tombes au patrimoine mondial de l'humanité, à laquelle appartiennent déjà depuis 2004 des tombes de l'ère Koguryo avec lesquelles le tumulus découvert présente des similitudes - notamment les fresques murales de Tokhung-ri, à Nampo.

 

Source : Kyodo News

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 15:40

Le 15 août 1945, après 35 ans d'occupation coloniale par le Japon, la Corée était libérée, moins d'une semaine après le début de l'offensive générale lancée par l’Armée révolutionnaire populaire coréenne dirigée par Kim Il-sung. Le peuple coréen connut alors l'espoir de vivre en paix dans un pays libre et uni, mais cet espoir fut rapidement trahi par les grandes puissances, Etats-Unis en tête. Une trahison lourde de conséquences eu égard aux tensions persistantes dans la péninsule coréenne.

 

ArcdeTriomphe_Pyongyang.jpg

L'Arc de Triomphe (haut de 60 mètres) édifié en 1982 à Pyongyang. Les inscriptions « 1925 » et « 1945 » ornant les deux piliers évoquent, respectivement, l'année du départ du jeune Kim Il-sung de son village natal de Mangyongdae pour s'engager dans la lutte anti-japonaise, et l'année de son retour à Pyongyang après la libération de la Corée.

 

Après la défaite du Japon et la libération de la Corée, les grandes puissances, à l'initiative des Etats-Unis, envisagèrent une tutelle tripartite (Etats-Unis, Chine, URSS) sur la Corée pour une durée plus ou moins longue, malgré les promesses officielles d'indépendance formulées aux conférences du Caire (novembre 1943) et de Potsdam (juillet 1945).

 

Profondément ignorantes des réalités coréennes, les grandes puissances imposèrent alors un partage artificiel du pays en deux zones : l'une, au nord, dotée de ressources minérales et énergétiques, accueillit en août 1945 l'armée soviétique ; l'autre, au sud, beaucoup mieux pourvue sur le plan agricole (70 % du riz et 85 % de toute la production agricole) fut occupée un mois plus tard par l'armée américaine. Le 38eme parallèle fut choisi comme ligne de séparation par les Etats-Unis, et accepté par leurs alliés, sans la moindre consultation des Coréens, pour une période officiellement très temporaire. Cette limite était destinée à départager les responsabilités entre Alliés pour le désarmement des troupes vaincues et pour la « déjaponisation » du pays.

 

38emeParallele.jpgA ce propos, Dean Rusk, simple officier en 1945, puis secrétaire d'Etat sous les administrations Kennedy et Johnson, déclara : « Au cours d'une réunion le 14 août 1945, le colonel Charles Bonesteel et moi […] avons examiné une carte de la péninsule coréenne. Travaillant dans la hâte et soumis à une grande pression, nous avions une tâche redoutable : désigner une zone d'occupation américaine […]En utilisant une carte du National Geographic, nous avons cherché juste au nord de Séoul une ligne de séparation convenable mais sans pouvoir trouver une ligne épousant la géographie naturelle. A la place, nous avons vu le 38eme parallèle que nous avons décidé de conseiller. [Le département d'Etat et le département de la Guerre] l'ont accepté sans trop de discussion, et, étonnamment, les Soviétiques aussi. [Le] choix du 38eme parallèle, conseillé par deux colonels fatigués travaillant tard la nuit, s'est avéré funeste. » [1]

 

Dans un premier temps, la refondation d'un Etat coréen unitaire souverain était l'objectif des Coréens et, apparemment, des Alliés. Cette refondation supposait non seulement l'expulsion des responsables japonais mais aussi une épuration des éléments coréens ayant collaboré, à l'instar de ce qui eut lieu dans les pays libérés de l'occupation allemande.

 

En réalité, la position des Etats-Unis était bien différente. Sans recommandation précise de Washington, et sous la direction du général MacArthur, la politique américaine en Corée fut fondée sur le maintien et l'utilisation des autorités japonaises existantes et, évidemment, de leurs collaborateurs coréens.

 

Cette politique des Etats-Unis dans la Corée venant d'être libérée réduisait à néant le programme des forces de la résistance coréenne, unanimement désireuses de démontrer que le peuple coréen était apte à se gouverner lui-même, qui prévoyait la création d'une « République populaire » s'appuyant sur les comités populaires issus de la Résistance, fonctionnant au Nord comme au Sud, et dont les députés à l'Assemblée nationale devaient être élus le 1ermars 1946.

 

Choisi par les Etats-Unis et de retour en Corée après 33 ans d'exil aux Etats-Unis, Syngman Rhee se présenta alors à Séoul comme un simple citoyen apolitique, n'appartenant à aucun groupe et se situant au-dessus des partis, champion de l'unité de tous les Coréens et de la réunification. Il était en réalité profondément anticommuniste. En outre, dirigeant un gouvernement provisoire coréen en exil, il n'avait pas la légitimité de ceux qui avaient combattu militairement contre l'occupant, et il n'hésita pas à recruter ses partisans parmi les anciens collaborateurs pro-japonais. Une cinquantaine de partis s'étaient formés dans la  partie sud de la Corée libérée, y compris à partir d'éléments ayant collaboré avec les Japonais et qui se camouflaient désormais sous des étiquettes « démocratiques ».

 

Pour les Etats-Unis, Rhee était un substitut commode au gouvernement militaire des Etats-Unis en Corée (USAMGIK) dirigé par le général John R. Hodge, une structure analogue au gouvernement militaire allié des territoires occupés (AMGOT) envisagé contre la France résistante pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les Soviétiques se montraient quant à eux préoccupés par l'emploi d'anciens collaborateurs coréens des Japonais, « ralliés » tardivement aux Américains et s'autoproclamant désormais « démocrates ». Au nord du 38emeparallèle, le responsable soviétique, le général Tchistiakov, avait accepté de reconnaître la représentativité du « Comité de préparation à la fondation de l'Etat coréen », à la seule condition qu'il comprenne autant de communistes que de nationalistes.

 

La Commission mixte soviéto-américaine créée par la conférence de Moscou de décembre 1945 et chargée d'aider à la formation du premier gouvernement coréen, malgré deux années de négociations, n'aboutit à rien. L'échec de la Commission mixte conduisit les Etats-Unis à proposer en 1947 la réunion d'une Assemblée provisoire dans chaque zone en vue de constituer ultérieurement une Assemblée nationale. Le nombre des représentants de chaque zone devait être proportionnel à la population, avec deux tiers d'élus du Sud, plaçant en minorité la gauche coréenne. C'était le début du processus de division de la Corée, appuyée par l'Assemblée générale des Nations Unies, en violation des Accords de Moscou.

 

Durant ces pourparlers entre grandes puissances, la Corée du Sud fut le théâtre d'arrestations en masse des membres des partis de gauche qui furent en fait interdits, ainsi que leurs journaux, et d'élections truquées remportées par les partis de droite assistés par l'ancienne police qui avait été au service des Japonais.

 

En Corée du Nord, le gouvernement populaire constitué en 1945, avant même l'arrivée des Américains en Corée du Sud, se considérait comme un « organe légalement constitué, conforme à l'esprit de la Charte des Nations Unies ».

 

La division de la Corée était censée être provisoire. Mais, alors que débutait la Guerre froide, il était inévitable que naissent dans la péninsule coréenne deux Etats appuyés, respectivement, par les Etats-Unis et l'Union soviétique. La République de Corée fut officiellement fondée au sud le 17 juillet 1948 - à l'issue d'élections législatives séparées, boycottées par la plupart des forces d'opposition de gauche, de droite et nationalistes - tandis que la République populaire démocratique de Corée était proclamée au nord le 9 septembre de la même année.

 

38th_parallel.jpgA l'initiative de la Corée du Sud et de son parrain américain, la division de la Corée était consacrée. Moins de deux ans plus tard, le 25 juin 1950, éclatait entre les deux Etats coréens une guerre rapidement internationalisée avec l'intervention de l'armée américaine sous couvert des Nations Unies. Cinquante-sept ans après le cessez-le-feu, suite au refus persistant des Etats-Unis, aucun traité de paix n'a été signé, et la péninsule coréenne divisée reste un terrain d'affrontement entre les grandes puissances, bien loin des espoirs soulevés chez les Coréens le 15 août 1945.

 

 

 

 

 

[1] Harry S. Truman Presidential Library and Museum


Source principale : Robert Charvin et Guillaume Dujardin, La Corée : vers la réunification, L'Harmattan, 2010 

 


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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:06

Si l'assassinat du général Park Chung-hee, le 26 octobre 1979, avait été perçu par les Sud-Coréens comme la promesse de réformes, la répression du mouvement démocratique par le nouveau régime militaire ouvrit la voie à des protestations de masse. La Commune de Kwangju a été l'expression de ce moment historique où le peuple a recouvré sa souveraineté face à l'oppression. Malgré son écrasement brutal, la Commune de Kwangju n'en a pas moins constitué une étape décisive dans l'histoire du mouvement démocratique en Corée du Sud, sa commémoration devenant le point de ralliement des combattants pour la liberté, dont l'AAFC salue la mémoire trente ans plus tard.

 

26 octobre 1979. Le général Park Chung-hee, qui a gouverné en autocrate la Corée du Sud depuis 1961, est assassiné par Kim Jae-gyu, directeur de la Korean Central Intelligence Agency, l'agence de renseignements sud-coréenne. La loi martiale est décrétée, tandis que Kim Jae-gyu devait être condamné et mort et pendu le 24 mai 1980. Moins de deux mois plus tard, le coup d'Etat du 12 décembre 1979 faisait du général Chun Doo-hwan le nouvel homme fort de la Corée du Sud.

 

Les mouvements démocratiques, qui avaient été sévèrement réprimés par Park Chung-hee, reprenaient cependant de la force. Le 15 mai 1980, une manifestation contre la loi martiale à Séoul réunissait 100.000 participants. La pouvoir militaire réagit en étendant la loi martiale à tout le territoire national, en fermant les universités et en interdisant les activités politiques.

 

C'est dans ce contexte que la contestation gagne Kwangju, capitale de la province du Cheolla, bastion de l'opposition. Le 18 mai, des étudiants se rassemblent à l'Université nationale de Chonnam, pour protester contre sa fermeture. La répression s'abat sur les manifestants comme sur les simples passants, dont l'un, Kim Gyeong-chol, est frappé à mort.

 

kwangju2.jpg

 

Le 20 mai, les manifestants atteignent le nombre de 100.000 : l'armée ouvre le feu et tue des civils à la gare. Les habitants de la ville réagissent en commençant à s'armer, tandis que les troupes se retirent aux alentours de Kwangju, en en bloquant les voies d'accès (photo ci-dessus, source Tim Shorrock). Des mouvements de solidarité naissent dans d'autres villes proches, la résistance se poursuivant à Mokpo jusqu'au 28 mai.

 

La Commune de Kwangju décide alors de se doter de ses propres institutions, mettant en place un comité civique et un comité étudiant. Le comité civique assure la gestion administrative, comme celle la circulation routière et l'aide médicale. Les nouvelles autorités engagent des négociations avec l'armée pour libérer les citoyens arrêtés, indemniser les victimes et interdire les représailles en contrepartie. En revanche, le désarmement des gardes civiques de citoyens fait débat au sein du mouvement.

 

L'armée réinvestit la ville les 26 et 27 mai, engageant une violente répression : le bilan officiel est de 170 morts (dont 144 civils), mais les bilans officieux sont nettement plus élevés, jusqu'à plusieurs milliers de morts. Le leader de l'opposition Kim Dae-jung, accusé d'être l'instigateur du "soulèvement", sera condamné à mort, avant que sa peine ne soit commuée en vingt années d'emprisonnement, puis à l'exil, grâce à une campagne de solidarité internationale à laquelle avait alors pris part, notamment, l'Association d'amitié franco-coréenne.

 

L'attitude des Etats-Unis a été sévèrement critiquée : comme l'a reconnu l'ambassadeur américain de l'époque, Gleysteen, dans une lettre au New York Times de 1982, les troupes américaines en Corée ont autorisé le transfert de renforts militaires sud-coréens de Séoul à Kwangju, au nom du  rétablissement de l'ordre.

 

Malgré son échec immédiat, la Commune de Kwangju a été un signal déterminant du mouvement de démocratisation en Corée du Sud : la mémoire des victimes est honorée chaque 18 mai depuis 1983 et la reconnaissance de la vérité des massacres a été un mot d'ordre constant des démocrates, jusqu'aux manifestations ayant conduit au rétablissement de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, puis à l'élection d'un civil comme chef de l'Etat en 1992 et, enfin, à l'alternance démocratique en 1997 avec l'élection de Kim Dae-jung, naguère condamné à mort après le mouvement de démocratisation de Kwangju.

 

Plusieurs responsables politiques de la répression ont été condamnés en 1997, parmi lesquels l'ancien président Chun Doo-hwan, dont la peine de mort a été commuée en un emprisonnement à vie. Depuis 1997, le 18 mai est un jour de mémoire national, et une loi pour les familles des victimes est entrée en vigueur en 2002.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne salue la mémoire des combattants de Kwangju morts pour la liberté. Elle honore tous ceux qui, par leur courage, ont été les initiateurs de la démocratisation en Corée du Sud.

 

Source principale : Wikipédia

 

Voir aussi :

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 17:56

Il y a cinquante ans, la Révolution d'Avril 1960 en Corée du Sud a marqué une étape décisive dans la lutte contre l'autoritarisme. Si la victoire de la démocratie n'a alors été qu'éphémère, suite au coup d'Etat militaire du 16 mai 1961, le soulèvement du 19 avril 1960 a abattu le régime Syngman Rhee et, plus fondamentalement encore, marqué l'irruption des masses dans l'histoire de la Corée du Sud. La Révolution d'Avril 1960 a aussi consacré le mouvement étudiant comme un acteur essentiel du combat pour la démocratie en Corée, qui devait triompher quelque trois décennies plus tard.

 

SyngmanRhee.jpg1959 : l'autocrate Syngman Rhee, au pouvoir depuis 1948 et alors âgé de 84 ans, prépare sa troisième réélection à la présidence de la République, tandis que sa formation politique, le Parti libéral, désigne Yi Gi-bung comme candidat à la vice-présidence.

 

En décembre 1959, Syngman Rhee annonce son intention d'avancer au 15 mars 1960 la date de l'élection présidentielle, normalement prévue en mai 1960, au motif d'éviter la période chargée des récoltes... bien que le mois de mai ne corresponde à aucune date de récolte. Ce choix était en fait lié à l'état de santé du candidat du Parti démocrate (opposition) à l'élection présidentielle : le 15 février, huit jours après le dépôt des candidatures, Jo Byeong-ok mourait, et les demandes de son parti de présenter un nouveau candidat à la présidence étaient rejetées. Syngman Rhee devenait ainsi l'unique candidat au poste de président de la République. Le 13 février, le chef de l'Etat avait déclaré, sans fondement constitutionnel, que le vice-président devait appartenir au même parti que le président. Dès lors, l'élection était verrouillée, même si le candidat du Parti démocrate à la vice-présidence (et vice-président sortant, élu lors du précédent scrutin de 1956), Jang Myeon, devait obtenir à nouveau plus de voix que Yi Gi-bung, choisi par Rhee.

 

L'étincelle du mouvement révolutionnaire fut allumée par les étudiants de l'université de Daegu qui décidèrent de manifester contre la décision de fixer au 28 février, jour d'un meeting dans leur ville de Jang Myeon, la date des examens de fin de semestre. Après les étudiants de Daegu, c'est au tour de ceux de Séoul puis de Daejon de manifester, respectivement le 5 mars et le 8 mars, avant la généralisation des manifestations étudiantes, entre le 10 et le 14 mars. Deux revendications sont à l'ordre du jour : aux demandes récurrentes de respecter la liberté des campus s'ajoute le refus de la supercherie électorale.

 

Le 15 mars, les bourrages d'urnes, les votes publics par groupes de trois personnes ou encore les expulsions des superviseurs du Parti démocrate donnèrent les résultats officiels attendus du pouvoir : Syngman Rhee remportait plus de 9,6 millions de voix (88,7 % des suffrages exprimés) et Yi Gi-bung obtenait un succès écrasant au poste de vice-président (8,3 millions de voix, soit 79 % des suffrages exprimés, contre 1,8 million de voix et 21 % des suffrages exprimés pour Jang Myeon). 

 

Face à l'ampleur des fraudes, des manifestations violemment réprimées eurent lieu le jour même du scrutin, en particulier à Masan, près de Pusan, où le bilan parmi les manifestants entraîna 8 morts et 70 blessés. Comme tout au long du soulèvement, le gouvernement Syngman Rhee accusa les communistes d'être derrière les événements. A Masan, le soulèvement avait conduit au sac de postes de police, d'un journal pro-gouvernemental et du siège du comité de campagne du Parti libéral.

 

19600411_Kim_Ju-yeol.jpg

 

Le 11 avril était retrouvé dans la baie de Masan le corps d'un étudiant de 17 ans porté disparu, Kim Ju-yeol (photo ci-dessus, source : Korea Times). Le même jour, à 18 heures, une manifestation réunit 30 000 participants à Masan. Durant la nuit, deux personnes furent abattues par la police. Les étudiants allaient désormais prendre une part essentielle aux manifestations qui devaient causer la chute de Syngman Rhee.

 

Le 18 avril, les étudiants de l'Université de Goryo, à Séoul, organisèrent un sit-in devant l'Assemblée nationale. Une attaque orchestrée par des voyous soutenus par le Parti libéral causa une dizaine de blessés. Le lendemain, l'incident faisait la une des journaux. Les médias se désolidarisaient du pouvoir, rendant désormais compte en détail des manifestations étudiantes.

 

La nouvelle manifestation étudiante, le mardi 19 avril, eut une ampleur inégalée, rassemblant les étudiants en lettres, en sciences en droit et en art de l'Université nationale de Séoul, ceux en sciences de l'éducation et en gestion de l'Université de Konkuk, les lycéens de Dongsung, les étudiants des Universités de Goryo, Dongguk, Yonsei et Chungang. A 11h50, une partie des étudiants marcha sur le Capitole, siège du gouvernement, et le palais présidentiel, en conspuant le chef de l'Etat. Les forces de police du palais présidentiel ouvrirent le feu vers 13h40, entraînant 21 morts. Vers 14h30, les manifestants étaient 200.000 à Séoul, s'opposant aux forces de police. Vingt-six bâtiments furent détruits, dont le siège du Seoul Sinmun et la Maison de l'anticommunisme. Le bilan des combats à Séoul s'établissait, au 21 avril, à 104 morts (dont 3 policiers).

 

Le même jour, la loi martiale était proclamée à Séoul à 14h40 (avec effet rétroactif à 13h), puis étendue aux principales villes de province, où des manifestations de masse avaient entraîné des morts à Gwangju et Pusan. Le bilan total de la répression atteignit 186 morts, dont 77 étudiants, collégiens et lycéens et 66 paysans.

 

Sous la direction de Song Yo-chan, les troupes de la loi martiale engagèrent des pourparlers avec les manifestants, conduisant à la libération des étudiants emprisonnés. La tournure des évènements surprit Syngman Rhee et ses ministres, d'autant plus - fait unique dans l'histoire de la Corée du Sud - qu'ils avaient perdu le soutien du gouvernement américain. Initialement, les Etats-Unis n'avaient pas critiqué les fraudes de l'élection du 15 mars, confirmant même une visite officielle du président Dwight D. Eisenhower. Mais au lendemain du soulèvement du 19 avril, le ministère américain des Affaires étrangères fit une déclaration, le 20 avril, demandant une démocratisation de la Corée du Sud. Le 21 avril, le gouvernement et les dirigeants du Parti libéral remirent collectivement leur démission. Mais Syngman Rhee restait en place, déclarant se tenir à l'écart des partis, en évitant d'aborder les questions de la fraude électorale et de la répression.

 

Le 25 avril, 300 professeurs se réunirent à l'Université nationale de Séoul et déclarèrent que les manifestations traduisaient l'esprit de la nation. Ils demandèrent la démission du président, des députés et des juges de la Cour suprême. Prenant la tête d'une manifestation appelant à venger les étudiants morts, ils furent rejoints par plus de 40.000 manifestants, alors que les troupes de la loi martiale attendaient des instructions. Syngman Rhee procédait à la nomination du Premier ministre par intérim Heo Jeong comme ministre des Affaires étrangères, appelé à exercer les fonctions de chef de l'Etat s'il démissionnait.

 

Les manifestations du 26 avril commencèrent dès 5 heures du matin, à la fin du couvre-feu. Les manifestants montèrent sur les chars des troupes de la loi martiale, tandis que la statue de bronze de Syngman Rhee au milieu du parc de la Pagode était renversée. Syngman Rhee n'avait plus d'autre choix que de remettre sa démission, annoncée à 10h20 par le Quartier général de la loi martiale. Le 28 avril, Yi Gi-bung, sa femme, son fils aîné - également fils adoptif de Syngmann Rhee - et son fils cadet se suicidèrent dans le palais présidentiel. Le 29 mai, Syngman Rhee partait en exil à Hawaï, où il mourrait en 1965.

 

La révolution d'avril 1960 avait eu raison de douze ans de régime autoritaire. Il restait aux vainqueurs du jour à s'organiser, divisés entre l'ancienne opposition de droite et la gauche décapitée après l'exécution de Cho Bong-am, moins d'un an plus tôt. Si dans ce contexte de dissensions le coup d'Etat militaire de mai 1961 devait bientôt mettre fin à la première période de démocratie en Corée du Sud, celle-ci n'en allait pas moins façonner l'histoire de la Corée contemporaine.

 

Sources :

- Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 85-108.

- Kang Man-gil, A History of contemporary Korea, Global oriental, 2005 pour la version anglaise, pp. 238-240.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 19:56

 

AhnJunggeun.JPGLe 26 mars 2010 marquait le centième anniversaire de la mort du patriote Ahn Jung-geun, cher au coeur de tous les Coréens. Le 26 octobre 1909, dans la gare de Harbin en Chine, Ahn Jung-geun assassinait Hirobumi Ito, premier Résident général japonais en Corée (exerçant les fonctions de gouverneur militaire). Arrêté, jugé et condamné à mort, Ahn est resté fidèle à ses principes et à son idéal d’une Corée indépendante libérée du joug colonial japonais, refusant même de faire appel du jugement du tribunal. Il a été exécuté par pendaison le 26 mars 1910 dans la prison de Lushun, à Dalian, en Chine. Avant sa mort, Ahn a laissé des textes dans lesquels il expliquait que son geste avait pour but de défendre la paix en Asie, en espérant que les autorités nippones comprendraient son message. Mais, après sa mort, le Japon annexa purement et simplement la Corée. Pour rendre hommage à Ahn Jung-geun, des délégations des deux Corée sont allées se recueillir ensemble au mémorial des combattants de l’indépendance, dans la prison de Lushun. Cent ans après la mort de Ahn Jung-geun, le Japon refuse toujours de coopérer pour permettre le retour des restes de ce patriote coréen dans son pays.


Le 26 mars 2010, cent ans après l'exécution de Ahn Jung-geun condamné par un tribunal du Japon impérial, la Corée du Nord et la Corée du Sud ont mis leurs différends de côté le temps d'une messe en la mémoire de Ahn (converti au catholicisme en 1897) à Dalian, en Chine, où est situé la prison de Lushun, théâtre de l'exécution du patriote coréen. Après une longue période de préparation, cette première cérémonie commémorative Nord-Sud était organisée en présence d'une délégation de l'Association pour la mémoire de Ahn Jung-geun (Corée du Sud) conduite par le Père Ham Se-ung, et d'une délégation du Conseil des religieux de Corée (du Nord) conduite par son président, Jang Jae-un.


Dans son discours, le Père Ham a demandé que, tant que la dépouille de Ahn ne sera pas retrouvée, les 80 millions de Coréens du Nord et du Sud gardent sa mémoire, vivent comme il le fit et oeuvrent afin de devenir une nouvelle génération de Ahn Jung-geun. Le Père Ham a ensuite prié pour l'unité et la réconciliation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.


Le président du Conseil des religieux de Corée, Jang Jae-un, a rappelé que, un siècle auparavant, Ahn Jung-geun a sacrifié sa précieuse vie comme un simple brin de paille pour parvenir à l'indépendance de la Corée, pour retrouver la souveraineté nationale qui avait disparu après l'invasion des impérialistes japonais, et pour bâtir un pays prospère. Il a appelé la Corée du Nord et la Corée du Sud à prendre exemple sur cette commémoration conjointe du martyr de Ahn Jung-geun pour surmonter leurs différences idéologiques et travailler à l'unification indépendante de la Corée.


En même temps qu'avait lieu cette cérémonie, le Parti social-démocrate de Corée (du Nord) et le Parti démocratique du travail (de Corée du Sud) faisaient une déclaration commune exigeant « des excuses et des réparations » de la part du Japon « pour ses crimes passés ». (voir ci-dessous le texte de la déclaration)


Après la cérémonie religieuse de Dalian, la délégation inter-coréenne s'est rendue à la prison de Lushun. Devant le mémorial construit à l'endroit même où Ahn Jung-geun fut tué en 1910, les Coréens du Nord et du Sud ont chanté Notre souhait est la réunification. Bien qu'ayant visité ce lieu de mémoire à plusieurs reprises, Jang Jae-un a dit que ce jour était totalement différent car les Coréens du Nord et du Sud étaient rassemblés. En ce jour, il n'y avait plus de Corée du Nord et de Corée du Sud mais une seule Corée, comme l'aurait voulu Ahn Jung-geun.

 

Lushun_26032010.JPG

Le Père Ham Se-ung, de Corée du Sud, et Jang Jae-un, président du Conseil des religieux de Corée (du Nord),

devant le buste de Ahn Jung-geun, au mémorial de la prison de Lushun, le 26 mars 2010 (photo : Hankyoreh)

 


Sources :

Hankyoreh, « Koreans come together to memorialize Ahn Jung-geun », Séoul, 27 mars 2010

KBS, « Centième  anniversaire de la mort d’Ahn Jung-geun », Séoul, 26 mars 2010

KCNA, « Meeting Marks Centenary of Death of An Jung Gun », Pyongyang, 27 mars 2010

Wikipedia

 


Déclaration commune

du Parti social-démocrate de Corée (du Nord)

et du Parti démocratique du travail (de Corée du Sud)

pour le centième anniversaire de la mort de Ahn Jung-geun, le 26 mars 2010


Le 26 mars marque le centième anniversaire de la pendaison de Ahn Jung-geun par les impérialistes japonais.


 En ce jour, tous les Coréens se remémorent l'acte patriotique de Ahn Jung-geun, un événement qui tient une place particulière dans l'histoire du mouvement anti-japonais de la nation coréenne, et ils sont secoués par la haine immense qu'ils éprouvent pour les impérialistes japonais qui ont commis des crimes odieux contre eux dans le passé.


Il s'est écoulé 100 ans depuis le martyr de Ahn et 65 ans depuis la défaite de l'impérialisme japonais dans la guerre mais le Japon continue à toute allure ses démarches pour devenir un géant militaire, saisi par une sauvage ambition militariste, et falsifie encore plus désespérément son histoire, travaillant dur pour récupérer les îles Tok et intensifiant la répression contre les Coréens du Japon, loin de réparer ses crimes passés. Ces actes de la part du Japon ne font que s'ajouter aux crimes déjà commis contre les Coréens.


Pour le centième anniversaire de ce martyr, le Parti social-démocrate de Corée et le Parti démocratique du travail de Corée du Sud déclarent ce qui suit, au nom de Ahn Jung-geun et des autres patriotes martyrs anti-japonais, et de 70 millions de compatriotes :


1) Nous demandons instamment au Japon qu'il s'excuse sincèrement pour les crimes affreux sans précédent commis contre la nation coréenne au cours de sa domination coloniale sur la Corée et qu'il procède à leur réparation complète.


Le Japon a mis en oeuvre en Corée la domination coloniale répressive la plus dure jamais vue à la pointe de ses baïonnettes pendant plus de 40 ans, tuant brutalement au moins un million de Coréens innocents, forçant plus de 200.000 femmes coréennes à devenir des esclaves sexuels et envoyant plus de 8,4 millions Coréens jeunes et moins jeunes sur les champs de bataille et sur des lieux de travail où ils furent réduits en esclavage. En même temps, il commettait des crimes aussi affreux que le vandalisme et le pillage des biens culturels et des ressources. Mais le Japon n'a pas encore présenté d'excuses sincères et de réparation pour ces crimes hideux. Cela ne fait que démontrer la vulgarité politique et morale du Japon et son absence de pudeur. Si le Japon désire vraiment ne pas rester un ennemi juré du peuple coréen, il devrait faire des excuses honnêtes et réparer complètement ses crimes, même tardivement.


2) Nous dénonçons vivement les efforts persistants du Japon pour se transformer en puissance militaire et ses déformations de l'histoire, ses revendications sur les îles Tok, et sa politique maltraitant les Coréens du Japon comme une violation flagrante de la souveraineté de la nation coréenne.


Les actions de plus en plus évidentes du Japon pour se transformer en puissance militaire, déformer l'histoire et s'emparer des îles Tok, et sa politique de répression et de discrimination contre les Coréens du Japon révèlent sa folle ambition d'organiser un retour en Corée et sont des actes irresponsables trahissant la perte de tout sens de l'époque.


Le Japon serait bien avisé de comprendre distinctement la nation coréenne d'aujourd'hui et d'arrêter immédiatement ses actions anachroniques et chauvines.


3) Nous ne tolérerons jamais le moindre acte de soumission et de traîtrise, tel que s'opposer aux compatriotes et bloquer la réconciliation et l'unité nationales en se liguant avec des forces étrangères.


Une leçon amère enseignée par l'histoire de la nation coréenne est que l'asservissement et la dépendance à l'égard des forces étrangères mènent à la ruine et à la honte de la nation. Les actes consistant à s'opposer aux compatriotes et au maintien sur la voie de la concorde et de l'unité nationales, en cédant aux forces étrangères, en étant totalement indifférent à la destinée du pays et de la nation, sont voués à être sévèrement jugés par l'histoire.


En cette année 2010, il y a 105 ans que les impérialistes japonais ont préparé et obtenu par la coercition la signature du « Traité d'Eulsa en cinq points », ce qui mena la Corée à la ruine, et il y a 100 ans qu'ils ont fabriqué de la même manière le « Traité d'annexion de la Corée par le Japon ».


Cette année, il y a aussi 90 ans qu'ils ont lancé la « grande opération punitive de 1920, l'année du singe », 65 ans qu'ils ont fait exploser l' Ukishima Maru , massacrant des Coréens innocents, 70 ans que le Japon a obligé les Coréens à changer leurs noms pour des noms japonais dans le but d'éradiquer complètement l'identité nationale coréenne.


Les deux parties expriment le souhait qu'en cette année de commémoration de la lutte anti-japonaise commune, tous les Coréens du Nord, du Sud et d'outre-mer mèneront activement le combat solidaire de toute la nation pour exposer et condamner les 100 ans d'histoire des crimes commis par le Japon contre la nation coréenne, et pour exiger de lui des excuses et des réparations.


Source : KCNA, « Joint Statement Issued on Centenary of Death of An Jung Gun », Pyongyang, 26 mars 2010   (traduction : AAFC)

 

 

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:39

Il y a cinquante ans, Cho Bong-am, opposant de gauche à Syngman Rhee, était exécuté à l'issue d'un procès truqué. Le peuple coréen attend toujours la réhabilitation de cette figure historique de la lutte pour l'indépendance et de la réunification pacifique de la péninsule, dont l'Association d'amitié franco-coréenne appelle à honorer la mémoire.

Le destin tragique de Cho Bong-am, exécuté il y a cinquante ans à l'instigation du dictateur Syngman Rhee, est celui d'un homme d'honneur, dont la vie s'est confondue avec la lutte pour l'indépendance et la réunification de la Corée. Pourtant, un demi-siècle après, le combat pour sa réhabilitation reste à gagner.

Né en 1898, Cho Bong-am participa au
soulèvement du 1er mars 1919. Journaliste au Chosun Ilbo, il fut, en 1925, l'un des fondateurs du Parti communiste de Corée. Son combat pour libérer la Corée de l'occupation japonaise lui valut d'être emprisonné, à deux reprises, à partir de 1932.

Après l'indépendance de la Corée en 1945, Cho Bong-am fut élu député. Dans un contexte de répression anticommuniste au Sud, Cho Bong-am quitta le mouvement communiste, quand d'autres dirigeants communistes du Sud - tels Pak Heon-yeong - choisirent finalement de rejoindre le Nord de la péninule. Déclarant désormais s'opposer tant à la "dictature du prolétariat qu'à l'autoritarisme capitaliste", Cho Bong-am devint ministre de l'Agriculture et de la forêt en 1948, avant d'occuper les fonctions de vice-président de l'Assemblée nationale.

Lors de l'élection présidentielle de 1952, Cho Bong-am atteignit la deuxième place derrière le président sortant Syngman Rhee (11,36 % selon les résultats officiels).

Le 15 mai 1956, le dictateur Syngman Rhee était à nouveau reconduit dans ses fonctions de chef de l'Etat, à l'issue d'élections largement entachées de fraudes. Malgré l'ampleur de la manipulation des résultats, Cho Bong-am, obtenait un résultat remarquable en tant que candidat du Comité de promotion du Parti progressiste (2,16 millions de voix selon les résultats officiels, soit 30,01 % des suffrages exprimés, contre 5,04 millions à Syngman Rhee et 1,85 million de suffrages nuls, dont une majorité pour Shin Ik-hui, candidat du Parti démocrate, opposant de droite décédé pendant la campagne).

Devenu un des principaux adversaires de Syngman Rhee, Cho Bong-am s'employa à organiser le Parti progressiste, fondé en novembre 1956, dont le programme prônait une politique sociale d'aide aux plus pauvres et la réunification pacifique de la Corée, refusant ainsi une division du pays qui n'était que le produit de la guerre froide.

cho bong-amPar des campagnes d'intimidation et de terreur, la police de Syngman Rhee empêcha la constitution des fédérations du Parti progressiste, avant de viser Cho Bong-am et les autres dirigeants du Parti progressiste : arrêté le 13 janvier 1958, il fut condamné en première instance à cinq ans de prison pour port d'arme non autorisé, avant d'être condamné à mort en appel, pour espionnage en faveur de la Corée du Nord, en application de la
loi de sécurité nationale (à gauche, Cho Bong-am lors de son procès en octobre 1958). La sentence fut confirmée par la Cour suprême, et Cho Bong-am exécuté le 31 juillet 1959. Ainsi s'achevait un des procès truqués les plus retentissants de l'ère Syngman Rhee, dont il devait accélérer la chute lors de la révolution du 19 avril 1960, tout en ayant décapité la gauche sud-coréenne qui ne fut pas en mesure de conquérir le pouvoir lors de la parenthèse démocratique de 1960-1961.

Cho Bong-am est aujourd'hui enterré au cimetière du parc Manguri.


Cinquante ans après l'exécution de Cho Bong-am, le combat pour sa réhabilitation et la défense de sa mémoire reste à gagner. Le 30 juillet 2009, 130 parlementaires - de la majorité (Chung Eui-hwa, Won Hee-ryong, Chung Doo-un, Yim Tae-hee...) comme de l'opposition (dont Choo Mi-ae, Moon Hee-sang et Park Jie-won) - ont plaidé pour rétablir son honneur après sa mort, dans une déclaration rendue publique au Centre coréen de la presse, à Séoul : "Il doit être procédé de manière correcte à une évaluation historique du rôle du combattant pour l'indépendance, qui a posé les fondations de la mise en place de la nation et poursuivi la réunification pacifique de la Corée". Les signataires ont appelé la Cour suprême à réouvrir son procès, alors qu'en 2007 la Commission Vérité et Réconciliation avait qualifié son exécution d' "acte inhumain de suppression politique portant atteinte aux droits de l'homme", en l'absence de preuves sur les motifs de sa condamnation à mort.

Cho Bang-am avait-il renié ses idéaux communistes en occupant des fonctions importantes dans les institutions sud-coréennes mises en place après la fondation de la République en Corée en 1948, à l'issue d'élections législatives largement boycottées par l'opposition, de droite comme de gauche, ou avait-il choisi une position tactique de critique au sein des institutions, ce qui lui avait finalement permis de s'affirmer comme l'un des principaux opposants à Syngman Rhee dès 1952, avant même la fin de la guerre de Corée ? Dans l'impossibilité de trancher ce débat, il convient de saluer les positions courageuses et visionnaires défendues par Cho Bang-am, pour la justice sociale et la réunification pacifique de la Corée. Plus encore, il convient d'honorer la mémoire d'un combattant de l'indépendance et d'un martyr de la liberté, victime d'un procès arbitraire. La veille de son exécution, Cho Bong-am déclara que "l'unique crime qu'il avait commis était son engagement politique".


Sources principales :

- Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 77-80
- The Korea Times
- The Chosun Ilbo (dont photo ; ce quotidien ultra-conservateur sud-coréen défend un de ses anciens journalistes - quand il s'agissait d'un titre favorable à l'indépendance de la Corée - tout en présentant Cho Bong-am comme un démocrate de gauche, opposé aux régimes tant nord que sud-coréens)
-  
JoongAng Daily (biographie d'un des titres conservateurs de la presse sud-coréenne, orientée dans un sens défavorable à Cho Bong-am mais consultée toutefois pour certaines données factuelles avant 1950)
-
wikipédia

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:08

Ayant marqué une étape essentielle dans la démocratisation de la République de Corée (du Sud), le soulèvement populaire qui atteignit son point culminant en juin 1987 est également exemplaire de l'action coordonnée des forces démocratiques, jusqu'au rétablissement de l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Nous avons choisi de retenir sur la genèse et les principales phases de ce mouvement couronné de succès - à la différence du soulèvement de Kwangju, en 1980, ou des manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en 2008 - à partir de l'analyse de Seo Joong-seok, dans un ouvrage de référence sur l'histoire récente de la Corée du Sud publié en plusieurs langues (coréen, anglais, japonais, allemand et français) par la Fondation coréenne pour la démocratie (Korea Democracy Foundation. Celle-ci a été créée par une loi du 24 juillet 2001 pour transmettre l'esprit du mouvement démocratique et en commémorer les grandes dates.

Comme de nombreux mouvements démocratiques, le soulèvement de juin 1987 en Corée du Sud a été l'aboutissement de mouvements de contestation plus anciens, en réaction aux mesures antidémocratiques adoptées par le régime militaire du général Chun Doo-hwan (à gauche, en 1985) dans la seconde moitié de l'année 1986.

Le point de départ a été la mort d'un étudiant à l'Université nationale de Séoul, Park Jeong-chol, le 14 janvier 1987, suite à des tortures à l'eau par les forces de police que cherchèrent à dissimuler le gouvernement. Réclamant la vérité sur la mort de Park Jeong-chol, un comité spécial pour honorer la mémoire de ce martyr de la liberté a organisé le 3 mars une "Grande marche pacifique nationale pour l'abolition de la torture et la démocratisation". La junte militaire se raidit en annonçant le 13 avril l'interdiction de toute discussion sur la révision de la Constitution. Suite aux révélations apprises par un dissident politique emprirsonné, Yi Bu-yeong, le père Kim Seung-hun, de l'Association des prêtres catholiques pour la justice, annonça publiquement le 18 mai l'implication de hauts responsables dans l'assassinat par torture de Park Jeong-chol, entraînant un profond remaniement ministériel et le limogeage du directeur de la police nationale.

Le 27 mai était constitué le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, à l'origine de la manifestation du 10 juin contre le meurtre de Park Jeong-chol et les mensonges du gouvernement. Au signal lancé par le retentissement de la cloche de la cathédrale de l'Eglise anglicane de Corée, les automobilistes de Séoul se joignirent au mouvement de protestation par un concert de klaxons, alors que les étudiants manifestaient sous les mots d'ordre d'abolition de la Constitution et de rejet de la dictature. La répression policière - il fut procédé à 3.800 arrestations - amplifia la contestation : interdits, les sit-in se poursuivirent dans l'enceinte de la cathédrale de Myeongdong, où le cardinal et les prêtres firent barrage à l'intrusion des forces de l'ordre. Les manifestations et les débats, quotidiens, eurent lieu à Séoul et en province, à l'appel notamment des associations d'étudiants, comme le Conseil des représentants d'étudiants de l'agglomération de Séoul. Des manifestations furent organisées dans 59 universités le 15 juin, 65 universités le 16 juin, 70 universités le 17 juin, 79 universités le 19 juin.

Le 18 juin, à l'appel du Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique, 1,5 million de personnes (selon les organisateurs) manifestèrent dans 16 villes pour l'interdiction des gaz lacrymogènes, après l'émoi suscité par les images de Yi Han-yeol, étudiant tombé le visage en sang, le 9 juin, blessé par une grenade lacrymogène (image ci-dessous). Les forces de l'ordre procédèrent à 1.487 nouvelles arrestations le 18 juin. Manquant de grenades lacrymogènes, les policiers affrontèrent les protestataires dans des corps à corps, avant de procéder à 3.467 arrestations. Des cocktails Molotov avaient incendié ou endommagé deux commissariats, 29 postes de police et quatre permanences du parti au pouvoir, le Parti démocrate de la justice (PDJ).



Malgré les positions internes (minoritaires) des principales figures de l'opposition, Kim Young-sam et Kim Dae-jung, appelant à ouvrir des négociations avec le gouvernement soupçonné de vouloir proclamer l'état d'urgence, le Quartier général du Mouvement national pour une constitution démocratique décida d'appeler à la poursuite de la lutte, par l'organisation d'une marche le 26 juin, qui ajouta aux mots d'ordre "Abolition de la constitution scélérate !" et "A bas la dictature !" celui d' "Election du président au suffrage direct !". La Grande marche pacifique du 26 juin fut la plus grande manifestation organisée simultanément dans toute l'histoire de la Corée du Sud, dans 33 villes et 4 communes rurales, avec la participation de 1,5 million de personnes selon les organisateurs (200.000 selon le pouvoir, relayé par les médias conservateurs comme le quotidien Dong-a Ilbo).

Désemparé face à l'ampleur croissante des contestations, le pouvoir annonça par la voix de son candidat à l'élection présidentielle de décembre, Roh Tae-woo, la Déclaration du 29 juin, en 8 points, dont le rétablissement du suffrage universel direct pour l'élection du chef de l'Etat, l'amnistie de nombreux opposants politiques (dont Kim Dae-jung), des mesures en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d'action des partis politiques. Les funérailles immenses de Yi Han-yeol, décédé le 3 juillet des suites de ses blessures - qui réunirent 1 million de personnes à Séoul, 500.000 à Kwangju et 300.000 à Pusan - indiquent que, sans les mesures d'apaisement du 29 juin, le régime militaire encourait le risque d'être balayé.

Ni les militaires au pouvoir, ni semble-t-il les Etats-Unis de Ronald Reagan, ne souhaitaient un bain de sang à la veille des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Plus fondamentalement, le régime de Chun Doo-hwan semblait confiant dans sa capacité à remporter l'élection présidentielle du fait de la division de l'opposition entre Kim Young-sam et Kim Dae-jung, ce qui fut effectivement le cas. Mais un cap avait été franchi dans la démocratisation de la Corée du Sud : les acquis démocratiques de juin 1987 ne purent jamais être abolis.

Source : Seo Joong-seok, La Corée du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et étapes du mouvement démocratique, Fondation coréenne pour la démocratie, Séoul, 2007, pp. 299-317

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 14:46

Active notamment en Mandchourie, où l'un ses principaux dirigeants a été Kim Il-sung, futur président de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la résistance coréenne à l'occupation japonaise (1910-1945) a mis en place des gouvernements soviétiques, aujourd'hui appelés gouvernements populaires révolutionnaires par les historiens de la RPDC. Leur organisation préfigure les futures réformes démocratiques conduites, après la Libération, au Nord de la péninsule coréenne. Nous nous appuyons ici sur les travaux d'un chercheur américain, Charles K. Armstrong, élève de Bruce Cumings, dont l'ouvrage de référence The North Korean revolution (1945-1950) se fonde sur des sources d'époque, notamment des documents nord-coréens, déclassifiés, saisis par les troupes américaines pendant la guerre de Corée (1950-1953).

Comme la République populaire de Chine et la République socialiste du Vietnam, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est née du combat de la résistance antijaponaise : les réformes conduites après la Libération ont été inspirées de l'expérience des gouvernements soviétiques, aujourd'hui appelés gouvernements populaires révolutionnaires par les historiens nord-coréens, et qui ont d'abord servi de bases pour les combattants actifs en Mandchourie. Les sources japonaises de l'époque, peu suspectes de sympathie pour les armées de guérilla, estiment à 20.000 la population des gouvernements populaires révolutionnaires, dont 6.000 pour le plus grand d'entre eux. La plupart de ces bases arrières, déjà destinées à organiser la résistance contre le Japon et le gouvernement du Guomindang, auraient compté chacune entre 2.000 et 3.000 personnes.

Détruits par les Japonais lorsqu'ils ont été découverts, les gouvernements soviétiques - ou gouvernements populaires révolutionnaires - n'ont duré au plus que deux ans et demi à trois ans. Dans un rapport écrit en 1942, le futur Président Kim Il-sung date leur formation des années 1932 à 1935, en établissant un étroit lien entre libération nationale, combat anti-impérialiste et lutte contre le régime féodal, dans le combat mené en commun avec les communistes chinois.

S'agissant de leur organisation, l'historien américain Charles K. Armstrong observe que "les dirigeants étaient démocratiquement élus par tous les adultes âgés de plus de 16 ans, et que différents groupes patriotiques, de paysans, de jeunes, de femmes, y étaient organisés. Par ailleurs, des écoles étaient établies dans certains des camps et des journaux et des magazines révolutionnaires publiés" (The North Korean Revolution, p. 34) Ces institutions préfigurent celles de la Libération, notamment au Nord de la péninsule, où les organisations de masse - de jeunes, de femmes et de paysans - ont joué un rôle majeur dans la mise en oeuvre des réformes démocratiques, sans équivalent dans les démocraties populaires de l'Est de l'Europe. Toujours selon Charles K. Armstrong, les objectifs étaient de "réaliser l'unité des masses, la réforme agraire et l'égalité, quel que soit le sexe, la race ou la religion" (ibid.).

Dans une nation coréenne alors constituée avant tout de paysans, la
réforme agraire de 1946 a été une des mesures les plus emblématiques de la nouvelle organisation économique et sociale. Ses principes ont été directement inspirés par l'expérience des gouvernements populaires révolutionnaires. La réforme agraire a garanti un large soutien aux autorités nord-coréennes : les services de renseignement américains, pourtant enclins à survaloriser les témoignages des opposants, ont estimé à 70 % ce soutien parmi les paysans en 1946.

Selon les services de renseignement japonais, la réforme agraire des gouvernements populaires révolutionnaires a été conduite selon des principes généralisés en 1946 à toute la moitié Nord de la péninsule, notamment la priorité accordée à la redistribution des terres aux paysans pauvres et la perspective finale de la nationalisation pour des usages collectifs (ibid.) :

"
1. Oter la terre seulement à la classe des propriétaires et à leurs "fantoches" (qu'ils soient chinois, japonais ou coréens), en la retirant des mains de la paysannerie riche et moyenne.

2. Redistribuer selon le principe de la capacité de travail, en gardant toujours à l'esprit les intérêts des paysans pauvres.

3. Souligner la distribution des terres aux femmes et "l'élimination complète des vestiges du féodalisme".

4. Après redistribution, toutes les terres restantes devaient être sous la direction du "Soviet". A cette époque les terres ordinaires pouvaient être achetées et vendues, mais la "nationalisation" finale des terres restantes serait encouragée et des efforts conduits pour rendre certaines des terres à un usage collectif
".

Comme l'a illustré la réforme agraire, Charles K. Armstrong souligne que les anciens combattants en Mandchourie autour de Kim Il-sung - comme d'ailleurs des communistes du groupe de Yanan - ont recherché "le soutien des éléments pauvres et marginaux de la société", plutôt que "le travail à travers une avant-garde" (id., p. 71). Cette pratique, qui s'éloigne des standards soviétiques, est cohérente avec les conditions de la lutte antijaponaise.

Comme dans les gouvernements révolutionnaires populaires de Mandchourie, la libération des femmes, occupant une position sociale peu enviable dans la société coréenne patriarcale traditionnelle, a été fortement encouragée par Kim Il-sung et ses partisans. D'après Charles K. Armstrong, la loi sur l'égalité des sexes du 30 juillet 1946 a "au moins sur le papier donné aux femmes nord-coréennes plus de droits que les femmes d'aucun autre Etat d'Asie à cette époque" (id., p. 93). Une femme a d'ailleurs occupé des fonctions de ministre dès la formation du premier gouvernement de la RPD de Corée : Ho Chong-suk, veuve d'un vétéran du groupe de Yanan dans la lutte antijaponaise, a été ministre de la Culture et de la propagande, et sera à nouveau ministre de la Justice en 1959. Image ci-dessus : rassemblement de la Ligue des femmes, en RPD de Corée (source : Archives nationales américaines, documents saisis pendant la guerre de Corée)

L'expérience de la guérilla en Mandchourie a ainsi directement inspiré les objectifs de la reconstruction nationale en Corée après 1945. Même si les combattants coréens de la lutte antijaponaise avaient une bonne connaissance de l'Union soviétique et de la Chine, qui a été prise en compte pour certaines formes d'organisation, notamment politiques, Charles K. Armstrong observe que les réformes économiques et sociales ont eu comme source majeure d'inspiration l'expérience des gouvernements révolutionnaires populaires. Le socialisme coréen est indépendant du "modèle" soviétique, quand beaucoup d'analystes - critiques - de la République populaire démocratique de Corée ont commis l'erreur de la considérer comme imposée par les forces d'occupation soviétiques (1945-1948). Au contraire, l'occupation soviétique au Nord a été moins lourde que celle des Américains au Sud, et le transfert de pouvoir aux autorités coréennes plus rapide.

De même, bien que Kim Il-sung ait rencontré Staline avant de revenir en Corée à la Libération, les Soviétiques avaient davantage confiance dans les Coréens soviétiques, dont l'attachement à l'URSS était plus ancien. Kim Il-sung s'est imposé par son prestige au sein de la guérilla, et non par un appui que lui auraient apporté les Soviétiques.

La disparition de l'URSS et des démocraties populaires d'Europe de l'Est, en 1989-1991, avait conduit de nombreux observateurs occidentaux à prédire une évolution comparable en Asie, en méconnaissance des caractéristiques propres à ces pays. Le maintien du socialisme en Chine, au Vietnam et en RPD de Corée s'explique notamment par leur caractère endogène, puisant ses origines et sa légitimité dans l'histoire nationale.

Source : Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, New York, 2003.

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 20:16

Des vestiges datant de l'ère du Koguryo (37 avant J.-C. - 668), le plus ancien royaume coréen, ont été découverts pour la première fois dans l'Extrême-Orient russe, offrant une preuve archéologique indiscutable de l'extension de l'Etat du Koguryo dans l'actuel territoire de Primorski. La poursuite des fouilles, menées conjointement par des équipes sud-coréennes et russes, pourraient conduire à d'autres découvertes majeures sur le site de la forteresse de Kraskino.

La découverte est d'une importance majeure pour l'histoire du Koguryo (37 avant J.-C. - 668) : si des sources écrites prouvaient l'extension du plus ancien royaume coréen dans l'actuel extrême-orient russe, des preuves archéologiques ont montré pour la première fois que la culture du Koguryo s'est diffusée dans l'actuel territoire de Primorski, au-delà du fleuve Tumen qui marque l'actuelle frontière entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Les travaux de fouille du site de la forteresse de Kraskino ont été menés conjointement par la Fondation pour l'Histoire de l'Asie du Nord-Est, l'Université Nationale Pukyong en Corée du Sud, et la branche d'extrême-orient de l'Académie russe des sciences.

Les reliques comportent des fragments d'objet en terre cuite, de ceintures, d'instruments agricoles et de fours en tuile, provenant de cinq sites qui se répartiraient entre deux zones d'habitat et trois lieux de commerce.

La forteresse, longue de 1,2 kilomètre, recourt à la même méthode de construction que celle utilisée pendant l'ère Koguryo et au début du Palhae (698-926) : des pierres déterminant la fondation recouvertes de terre. Un four retrouvé est aussi caractéristique du Koguryo.

Selon le professeur Kang In-wook, de l'Université Nationale Pukyong, les fouilles pour la première fois à une telle profondeur ont une grande valeur scientifique, et leur poursuite pourrait donner des résultats encore plus importants.

Source : Irish Sun, 22 juillet 2009

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