Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 07:48

122 anciennes « femmes de réconfort » ont porté plainte le mercredi 25 juin 2014 auprès de la chambre du district central de Séoul contre le gouvernement sud-coréen pour avoir été forcées à avoir des relations sexuelles avec des soldats américains dans des « zones spéciales » mises en place et gérées par le Gouvernement dans les années 1950-1960. Ces pratiques gouvernementales violant les droits des femmes font écho aux pratiques d’esclavage sexuel pratiquées par les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, pour lesquelles les victimes demandent une reconnaissance de ces crimes par les autorités japonaises ainsi qu'une compensation.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

Le général Park Chung-hee, après le coup d'Etat de 1961, avec le général Guy S. Meloy. Le général Park a exclu la prostitution pour l'armée américaine du champ d'application des lois contre la prostitution en Corée.

L’histoire contemporaine de la Corée est marquée à ses origines par une série de drames majeurs pour la péninsule jusqu’alors sous suzeraineté chinoise. En premier lieu, l’annexion par le Japon en 1910 ouvre la voie à 35 ans de colonisation brutale et d’exploitation des ressources comme des habitants pour alimenter l’empire et la machine de guerre nippons. Si les hommes sont réquisitionnés pour le travail forcé ou le service militaire, les femmes subissent également le joug de l’occupant qui cherche des distractions « sécurisées » pour ses troupes et ses travailleurs. Plusieurs centaines de milliers de jeunes femmes de toute l’Asie de l’Est ont été prostituées à disposition des soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, et c’est la péninsule coréenne qui a le plus souffert de cet esclavage.


La reddition du Japon en août 1945 voit les armées soviétique et américaine avancer jusqu’au 38ème parallèle, contribuant ainsi à diviser durablement la Corée jusqu’à la guerre civile de 1950 à 1953 qui entérine cette séparation. Dans les années 1950 – 1960, la jeune République de Corée (du Sud) cherche à divertir les troupes américaines et onusiennes pendant la guerre puis de garder les G.I.s sur son territoire pour sa protection avec le problème majeur d’occuper des soldats inactifs. Pendant la guerre de Corée, l'armée sud-coréenne met en place de manière structurée des bordels militaires à destination de l’armée américaine en enrôlant, souvent de manière trompeuse, de jeunes femmes. Même après la fin des hostilités, près de 60% des prostituées travaillent encore à proximité des camps américains. En 1960, deux membres de l’Assemblée nationale sud-coréenne font même une demande officielle auprès du Gouvernement pour la constitution d’un approvisionnement en prostituées aux troupes alliées afin d’empêcher celles-ci d’aller dépenser leur argent au Japon.


Le 25 juin 2014, 122 femmes ayant travaillé dans ces bordels militaires pour soldats américains - mis en place par l’administration Syngman Rhee pendant la guerre de Corée (1950 – 1953) - ont porté plainte collectivement contre le Gouvernement auprès de chambre du district central de Séoul pour esclavage sexuel et viol des droits de l’homme. Elles ont été forcées par les autorités à fournir des services sexuels dans des conditions dégradantes aux militaires dans les « zones spéciales » situées près des camps américains dès 1957. Toutes décrivent un système très organisé avec des visites médicales obligatoires et clament l’existence de camps géré par l’Etat destinés à accueillir celles d’entre-elles atteintes par des maladies sexuellement transmissibles (MST). Les plaignantes demandent  10 millions de won (9850$ / 7280€) à titre de compensation, une enquête publique pour dévoiler la vérité sur cet esclavage sexuel ainsi que des excuses officielles de la part du Gouvernement. Elles estiment avoir été sacrifiées pour permettre le décollage économique post-guerre de la Corée du Sud, alors que selon certaines estimations les activités générées par les camps américains - y compris la prostitution - auraient représenté jusqu'à 25 % du PIB sud-coréen dans les années 1960.


Si, depuis 2008, des ONG locales et régionales s’emploient à rassembler les témoignages de ces femmes abusées par les autorités qui prétendaient à l’époque recruter des « patriotes » et des « diplomates civiles », il s’agit cependant de la toute première plainte officielle en Corée du Sud concernant les bordels militaires à destination des alliés. Une situation extrêmement délicate pour les autorités sud-coréennes qui considèrent cette question des « femmes de réconfort » comme de la responsabilité unique du Japon de la Deuxième guerre mondiale et font des compensations ainsi que de la reconnaissance de ces crimes contre l’humanité un sujet primordial du dialogue bilatéral.

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement les démarches des victimes des soldats américains, qui ont dû se prostituer dans un cadre mis en place avec et par les autorités sud-coréennes, en considérant que rien ne saurait justifier de telles atteintes aux droits fondamentaux des personnes.

Sources :

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 14:54

Le 30 juin 2014, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était réunie, comme tous les ans, à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen (25 juin-27 juillet, dates de début et de fin de la guerre de Corée), coïncidant cette année avec le vingtième anniversaire du décès du Président Kim Il-sung (8 juillet 1994). En présence des diplomates de la délégation générale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en France, les responsables de l'AAFC ont évoqué l'action du Président Kim Il-sung en faveur de la réunification de la Corée, une question de justice pour le peuple coréen et de paix pour le monde entier.

 

S'exprimant en premier, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC en charge des actions de coopération, a rappelé que, le 7 juillet 1994, soit un jour avant sa disparition, le Président Kim Il-sung signait un document préparatoire à un futur sommet intercoréen qui aurait marqué un tournant décisif sur la voie de la réconciliation et de la réunification de la péninsule coréenne. Les événements en ont décidé autrement, et l’attitude des autorités sud-coréennes après la disparition du Président Kim Il-sung a alors reporté sine die toute perspective de sommet intercoréen. 

 

Benoît Quennedey a souligné que la contribution du Président Kim Il-sung à la réunification de la Corée, selon des propositions qu’il a formulées très tôt, dès le lendemain de la libération de la Corée en 1945 (voir ci-dessous), forment un corpus homogène qui a fondé, et détermine toujours, la position nord-coréenne dans les relations intercoréennes.

 

Si, côté Sud, la volonté de dialogue et ses modalités ont oscillé au gré des changements de régimes et de dirigeants, la République populaire démocratique de Corée témoigne pour sa part d’une constance quant à l’objectif de la réunification et les moyens d’y parvenir. L’ensemble des déclarations intercoréennes conclues depuis 1972 obéissent aux mêmes principes : réunification pacifique et indépendante de la Corée, par les Coréens eux-mêmes, transcendant les différences de systèmes existant au Nord et au Sud. 

 

C'est sur la base de ces principes que ce sont tenus, à Pyongyang, les sommets Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, écrivant ainsi une nouvelle page dans l’histoire des relations intercoréennes. Ces sommets ont jeté les bases d’une coopération et ont permis l’engagement d’un processus graduel de rapprochement, impliquant, dans un premier temps, des échanges accrus dans certains domaines, notamment économiques, la confiance peu à peu instaurée devant ensuite permettre de progresser plus avant sur la voie de la réunification.

 

Toute l'histoire du rapprochement intercoréen enseigne qu’il faut négocier avec ses partenaires tels qu’ils sont, et non tels qu’on voudrait qu’ils soient, a dit en conclusion Benoît Quennedey. C’est ce à quoi s’emploie l’Association d’amitié franco-coréenne, fondée en 1969, en œuvrant à la conclusion d’un véritable traité de paix et en encourageant les échanges bilatéraux de manière à briser le cycle sans fin des tensions et des sanctions, néfaste à la paix et à la prospérité dans la péninsule coréenne.

 

Prenant ensuite la parole, S.E. Kim Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France et ambassadeur de la RPDC auprès de l'UNESCO, a aussi souligné l'action continue du Président Kim Il-sung en faveur de la paix et de la réunification de la Corée. A cet égard, le délégué général a annoncé la dernière initiative en date de son pays, la proposition faite, le jour même, par la Commission de la défense nationale de la RPDC aux autorités de Corée du Sud de mettre fin aux hostilités entre les deux pays, en suspendant notamment les exercices militaires américano-sud-coréens annuels prévus au mois d'août.

Puis Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, est revenu sur l'injustice historique que représente pour le peuple coréen la division de son pays après la libération de 1945, et l'enjeu que constitue la réunification de la Corée pour la paix, dans la péninsule coréenne, bien sûr, mais aussi dans le monde.

 

La division de la Corée, annexée par le Japon en août 1910, est ainsi un processus largement initié par les grandes puissances, vainqueur de la Seconde Guerre mondiale : en novembre 1943, le document final de la Conférence du Caire, réunissant le président américain Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le chef du gouvernement de la République de Chine Tchang Kai-chef, stipule que « la Corée deviendra libre et indépendante le moment venu », sans davantage de précisions. Le 15 août 1945, la Corée est libérée du joug japonais mais aussitôt divisée en deux zones pour désarmer les troupes japonaises, les Etats-Unis choisissant arbitrairement, sans que l'URSS s'y oppose, le 38eme parallèle. Les Etats-Unis ne débarquent eux-mêmes en Corée que le 8 septembre 1945, instaurant au Sud un « gouvernement militaire de l'armée des Etats-Unis en Corée » (USAMGIK), alors que le Comité populaire provisoire est déjà établi au Nord. Au Sud, les élections séparées du 10 mai 1948, organisées à l'instigation des Etats-Unis, aboutissent à la création de la République de Corée le 15 août 1948, à laquelle répond, au Nord, la fondation de la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre suivant.

 

De 1945 à 1950, année du déclenchement de ce qu'il est convenu d'appeler la guerre de Corée, les affrontements intercoréens le long de l'artificielle frontière du 38eme parallèle font près de 100 000 victimes. En 1953, les combats de la guerre de Corée prennent fin sur un simple cessez-le-feu, et la péninsule coréenne reste donc techniquement en état de belligérance. Aujourd'hui, les Etats-Unis stationnent toujours près de 30 000 soldats en Corée du Sud et y mènent régulièrement des exercices militaires dirigés contre le Nord.

Répondant ensuite aux questions des membres et sympathisants présents de l'Association d'amitié franco-coréenne, les responsables de l'AAFC et les représentants de la RPDC ont à nouveau souligné l'importance d'une réunification indépendante et pacifique de la Corée pour la paix mondiale, alors que l'Asie orientale devient une priorité pour les Etats-Unis dans leur stratégie visant à contrer la montée en puissance de la Chine.

 

Le certain désintérêt, voire la crainte (en raison de son coût), d'une partie des citoyens sud-coréens face à une éventuelle réunification de la Corée a été mis sur le compte d'une confusion entre une réunification « à l'allemande » - en fait, l'absorption d'une partie par l'autre - et la réunification de la Corée telle que l'envisageait le Président Kim Il-sung et réaffirmée au plus haut niveau des deux Etats coréens dans les déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 : un Etat, deux systèmes, une coopération étendue dans tous les domaines.

 

Pour l'Association d'amitié franco-coréenne, il ne fait aucun doute que le peuple coréen peut être à la pointe de l'innovation politique, comme il sait déjà être à la pointe de l'innovation technique : les Coréens du Nord, du Sud et d'outre-mer disposent des ressources nécessaires pour réunifier, par leurs propres efforts, leur pays, selon un modèle original, réparant ainsi une injustice historique et rendant le monde plus sûr.

 

Un demi-siècle d'initiatives

en faveur d'une réunification indépendante et pacifique de la Corée

 

18 avril 1948 - Une conférence réunit à Pyongyang des représentants des forces politiques et sociales de l'ensemble de la péninsule coréenne, dont Kim Il-sung, alors président du comité populaire provisoire de Corée du Nord et le nationaliste Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud.

La proposition défendue par Kim Il-sung, et consistant à former une seule assemblée législative et un gouvernement unifié, n'est pas suivie : au Sud, à l'instigation des Etats-Unis, ont lieu en mai des élections séparées, boycottées par la gauche et une partie importante des nationalistes, aboutissant à la création de la République de Corée le 15 août 1948. 

Kim Il-sung, président du comité populaire provisoire de Corée du Nord, et Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud, à Pyongyang en avril 1948

Kim Il-sung, président du comité populaire provisoire de Corée du Nord, et Kim Ku, président du gouvernement provisoire de Corée du Sud, à Pyongyang en avril 1948

4 juillet 1972 - La République populaire démocratique de Corée (Nord) et la République de Corée (Sud) signent un communiqué conjoint posant trois principes pour une future réunification de la Corée :

- La réunification devra être atteinte de manière indépendante, sans recours aux forces étrangères ni ingérence.

- La réunification devra être atteinte par des moyens pacifiques, sans recours aux armes d'une partie contre l'autre.

- Une grande union nationale devra être encouragée, transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de système.

Lee Hu-rak, directeur des services de renseignement sud-coréens, et Kim Il-sung, Premier ministre de la RPD de Corée, à Pyongyang en mai 1972

Lee Hu-rak, directeur des services de renseignement sud-coréens, et Kim Il-sung, Premier ministre de la RPD de Corée, à Pyongyang en mai 1972

 

10 octobre 1980 - Le Président Kim Il-sung présente la proposition de création de la République fédérale démocratique de Koryo lors du sixième congrès du Parti du travail de Corée. Il s’agit de fonder un Etat neutre, fédéral, dotée d’une assemblée unique et d’un seul gouvernement compétent sur les questions politiques, militaires et diplomatiques, parallèlement à la mise en place d’un comité permanent Nord-Sud. L’armée de la République fédérale démocratique de Koryo serait limitée à 100 000 hommes.

 

Le Président Kim Il-sung devant le sixième congrès du Parti du travail de Corée, à Pyongyang en octobre 1980

Le Président Kim Il-sung devant le sixième congrès du Parti du travail de Corée, à Pyongyang en octobre 1980

13 décembre 1991 - La République populaire démocratique de Corée et la République de Corée signent l’Accord sur la réconciliation, la non-agression, les échanges et la coopération entre le Nord et le Sud, qui permet notamment l’entrée simultanée des deux Etats coréens aux Nations Unies.

 

6 avril 1993 - Le Président Kim Il-sung présente le Programme en dix points pour une grande union de la nation :

- Il faut fonder un Etat unifié, indépendant, pacifique et neutre, grâce à une grande union de toute la nation.

- Il faut s’unir sur la base de l’esprit d’indépendance nationale.

- Il faut s’unir selon le principe consistant à favoriser la coexistence, la coprospérité et les intérêts communs.

- Il faut mettre fin à toute querelle dans le domaine politique qui soit de nature à favoriser la division et la confrontation entre les compatriotes.

- Il faut se débarrasser des craintes quant à l’éventualité d’une invasion de l’un par l’autre, d’une victoire sur le communisme ou d’une communisation.

- Il faut faire grand cas de la démocratie et agir de concert, au lieu de mettre à l’index l’autre partie en prétextant les différences d’idéologie et d’opinion.

- Il faut protéger les biens matériels et spirituels des particuliers et des organisations et favoriser leur utilisation en faveur de la grande union nationale.

- Tous les membres de la nation doivent se comprendre mutuellement et se fier les uns aux autres à travers les contacts, la circulation et les dialogues.

- Tous les Coréens au Nord, au Sud et à l’étranger doivent renforcer leur solidarité en faveur de la réunification de la patrie.

- Il  faut apprécier hautement ceux qui ont contribué à la grande union nationale et à la cause de la réunification de la patrie.

 

Les trois principes pour la réunification (1972), le projet de fondation de la RFD de Koryo (1980) et le programme en dix points (1993) constituent les « Trois Chartes pour la réunification de la Patrie » symbolisées par un monument de Pyongyang

Les trois principes pour la réunification (1972), le projet de fondation de la RFD de Koryo (1980) et le programme en dix points (1993) constituent les « Trois Chartes pour la réunification de la Patrie » symbolisées par un monument de Pyongyang

Partager cet article
Repost0
29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 00:18

Il y a soixante-dix ans, des centaines de milliers de femmes asiatiques, coréennes, chinoises ou originaires d'autres pays d'Asie envahis par le Japon, ont été réduites en esclavage sexuel par le gouvernement japonais dans les bordels militaires de l'armée nippone. La venue en France et en Europe de l'une des anciennes "femmes de réconfort", Mme Kil Won-ok, avec la présidente du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort", Mme Yun Mi-hyang, a donné lieu à un ensemble de manifestations à Paris pour exiger que le Japon reconnaisse les crimes de guerre qu'il a commis et apporte une juste indemnisation aux victimes de l'esclavage sexuel - car le combat en faveur des "femmes de réconfort" a une portée universelle, afin que plus jamais les femmes ne soient des armes de guerre. Comme en septembre 2013 à l'occasion de la visite en France de Mme Kim Bok-dong, puis lors des actions conduites en janvier et en avril 2014 à Paris dans le cadre de la campagne de pétition internationale, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a pleinement soutenu les initiatives menées par le Conseil coréen des femmes de réconfort, en relayant l'information auprès de ses contacts, en aidant matériellement à l'organisation de manifestations - c'est sous l'égide de l'AAFC qu'une salle a été mise à disposition à Paris le 24 juin 2014 - et en continuant à sensibiliser l'opinion publique. Pour les droits des femmes et pour que justice soit enfin rendue aux anciennes victimes de l'esclavage sexuel japonais, poursuivons le combat jusqu'à la victoire !

Mme Kil Won-ok, ancienne "femme de réconfort" victime de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise, le 25 juin 2014 place du Trocadéro à Paris

Mme Kil Won-ok, ancienne "femme de réconfort" victime de l'esclavage sexuel par l'armée japonaise, le 25 juin 2014 place du Trocadéro à Paris

Kil Won-ok n'avait que 12 ans quand elle est devenue, en 1940, une esclave sexuelle de l'armée japonaise. Soixante-dix ans plus tard, la blessure est toujours vive, à l'instar de ces centaines de milliers de femmes dont la vie a été défintivement brisée. Mais dans les témoignages qu'elle donne, la gravité le dispute aussi à une capacité à prendre de la distance : sans doute est-ce aussi cette forme d'optimisme indéfectible qui lui a permis de tenir bon, pendant toutes ces années, puis de surmonter l'opprobre pendant les décennies au cours desquelles on préférait, en Corée, taire le crime qui avait été commis à l'encontre des "femmes de réconfort" - avant que le Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" ne rende pleinement compte, depuis 1992, de cette violation inacceptable des droits humains fondamentaux.

La visite en Europe de Mme Kil Won-ok, accompagnée de Mme Yun Mi-hyang, président du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" a donné lieu à un ensemble de manifestations à Paris qu'a soutenues l'AAFC et auxquelles nous avons participé.


Un premier témoignage a eu lieu le lundi 23 juin à la Sorbonne, à l'invitation du professeur Jean Salem, en présence de quelque 70 invités, coréens, français mais aussi japonais, chinois, originaires d'autres pays asiatiques, arabes ou africains, tant la question de l'esclavage sexuel des femmes reste d'une brûlante actualité, trop souvent liée aux crimes de guerre commis dans les zones en conflit.

Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"

Le mardi 24 juin, une rencontre très émouvante a eu lieu avec, notamment, des jeunes Sud-Coréens en visite en France et en Europe dans le cadre de la campagne pour la paix "Papillons de l'espoir" - coïncidant avec le centième anniversaire du début de la Première guerre mondiale.

Le mercredi 25 juin, Mme Kil Won-ok a livré son témoignage à la Maison du barreau, en présence de et grâce à Roland Weyl, de l'Association internationale des juristes démocrates. En effet, refuser la guerre et les crimes commis sous le prétexte des conflits exige de porter un regard lucide sur l'histoire : telle est l'une des missions qui incombent aux juristes, et qui justifient que les militants coréens ont porté la question des "femmes de réconfort" aux Nations Unies, pour obtenir une reconnaissance par le Japon.

A cette fin, la visite de Mme Kil Won-ok a aussi été l'occasion de rencontres avec des personnalités françaises, notamment la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin, présidente de la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, et la sénatrice Mme Michèle André, ancienne ministre des droits des femmes. Le dépôt, la discussion et l'adoption en France d'une résolution parlementaire relative aux "femmes de réconfort", à l'instar des démarches accomplies par les Parlements d'autres pays, permettraient de faire reculer les violences ainsi faites aux femmes, par la reconnaissance officielle du préjudice subi par les anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise. Une des questions abordées a aussi été la création d'un monument commémoratif, en France, pour ne pas oublier ce qui s'est passé.

Enfin, l'un des points d'orgue des manifestations a été le rassemblement place du Trocadéro, sur le parvis des droits de l'homme, le 25 juin 2014. Il coïncidait avec les manifestations du mercredi, organisées chaque semaine par les anciennes victimes de l'esclavage sexuel. Mme Kil Won-ok et Mme Yun Mi-hyang y ont pris la parole, de même que, parmi d'autres orateurs, Benoît Quennedey et Patrick Kuentzmann, respectivement vice-président chargé des actions de coopération et secrétaire général de l'AAFC. 

 L'AAFC a souligné que le rassemblement coïncidait avec le 64ème anniversaire du début de la guerre de Corée, et montrait la nécessité de la signature d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, le conflit s'étant terminé par un simple accord d'armistice. Enfin, la question de l'esclavage sexuel et le combat pour la paix sont liés, les guerres coïncidant avec les pires violences perpétrées contre les femmes. Cette situation de "ni guerre ni paix" conduit à une militarisation de la société coréenne tout entière ; la reconnaissance, qu'exigent les militants pacifistes sud-coréens, de l'objection de conscience et de formes civiles de service national s'inscrivent dans le combat pour les droits de l'homme que mène l'AAFC avec les militants sud-coréens.

Les jeunes Coréens en visite en Europe dans le cadre de la campagne 2014 pour la paix ont pris une place très active dans le rassemblement au Trocadéro ce 25 juin 2014. Le spectacle dansé qu'ils ont donné, révélant une synchronisation parfaite, a retenu l'attention de la foule. Des chants et les banderoles déployées ont donné une ambiance festive à cette "manifestation du mercredi" d'un genre inédit, tandis que les papillons dessinés sur une toile posée à même le sol ont symbolisé l'espoir d'une envolée vers la paix : les jeunes militants pacifistes poursuivent à présent  vers d'autres contrées européennes leur rêve des papillons pour un monde sans guerre.

Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"
Campagne à Paris et en Europe pour refuser les crimes sexuels commis contre les "femmes de réconfort"

Photos Alain Noguès

 

Site du Conseil coréen pour les "femmes de réconfort" : www.womenandwar.net

Partager cet article
Repost0
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 08:21

Au risque de décevoir les tintinophiles, le Migouk (qui peut aussi être orthographié Miguk) n'a rien à voir avec le Yéti - ou Migou. "Migouk" est le nom sous lequel les Coréens désignent les Etats-Unis depuis le 19ème siècle.  Retour sur l'origine du mot.

A la fin du XVIIIème siècle, le catholicisme tente de s'introduire en Extrême-Orient. Les lettrés confucéens orthodoxes, qui dominaient alors culturellement le royaume de Corée (Choson), s'opposèrent à cette influence. Ils lui assimilèrent les expéditions conduites par les puissances impérialistes européennes et américaine pour forcer la Corée à s'ouvrir au commerce extérieur, voire coloniser la péninsule, tout en pillant au passage certains trésors du pays - et qu'ils tentaient de justifier notamment par la condamnation à mort de prêtres catholiques entrées illégalement et secrètement en Corée.

Les Etats-Unis ne furent pas inactifs sur ce terrain. En 1853, une canonnière américaine, l'USS South America, resta dix jours à Pusan. Un des incidents le plus connu est celui du General Sherman, en 1866, du nom d'un navire de la compagnie commerciale britannique Meadows and Co., et qui - contrairement à l'expédition de 1853 - se solda par la mort de l'équipage, tué par les habitants de Pyongyang - dont le grand-père paternel du Président Kim Il-sung, Kim Un-u, selon l'historiographie nord-coréenne. Ce dénouement servit de prétexte à l'expédition américaine en Corée en 1871, qui conduisit à la mort de 300 Coréens. En 1882, le royaume de Choson dut signer un traité commercial avec les Etats-Unis.

La Corée, qui avait choisi une politique diplomatique isolationniste, se tourna vers la puissance suzeraine chinoise pour savoir qui étaient les nouveaux venus en Extrême-Orient. Les Chinois désignèrent les Américains comme venant du pays nommé "America" qui, par transformations phonétiques successives et l'utilisation du mot "guk" (pays ou Etat en coréen), devint - et demeura - "Miguk".

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

Timbre édité en 1964 en RPD de Corée, commémorant l'attaque du "General Sherman" (1866)

Partager cet article
Repost0
15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 12:58

kim-il-sung_kim-jong-suk_kim-jong-il.jpgAlors que la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) célèbre ce 15 avril 2014 le 102ème anniversaire de la naissance de son fondateur, le Président Kim Il-sung, le pouvoir qu'il a établi s'est fondé non seulement sur ses activités dans la guérilla anti-japonaise, mais aussi sur sa capacité à gagner à la cause de la révolution coréenne après 1945 de nouvelles couches sociales jusqu'alors marginalisées, comme l'a notamment montré l'universitaire américain Charles K. Armstrong dans son ouvrage de référence sur cette période, qui utilise notamment d'abondantes sources d'archives nord-coréennes prises par l'armée américaine pendant la guerre de Corée. En favorisant la participation politique des Coréens plus jeunes et de ceux qui n'appartenaient pas à la noblesse, tout en s'appuyant sur la paysannerie alors dominante, Kim Il-sung (à gauche avec sa femme Kim Jong-suk et leur fils Kim Jong-il) s'est également démarqué d'autres leaders politiques, comme ceux du groupe de Yanan, plus proche de la Chine. Dans ce contexte, la loi du 30 juillet 1946 sur l'égalité hommes-femmes, largement impulsée par Kim Il-sung et ses partisans, a bousculé le vieil ordre confucéen traditionnel et été parmi les plus avancées d'Asie à cette époque, comme l'observe Charles K. Armstrong dans son ouvrage précité dont nous traduisons ci-après des extraits.
    
"Les femmes ont constitué la troisième cible majeure de la législation réformiste. La légalisation de l'égalité entre les sexes a été fortement influencée par le précédent soviétique, mais la libération des femmes faisait également partie du programme des bases de guérilla en Mandchourie (...). Les documents nord-coréens suggèrent que Kim Il-sung et son groupe de guérilla étaient plus favorables à l'égalité des sexes que le groupe de Yanan, qui était plus populiste dans d'autres domaines mais davantage conservateur quand on en venait aux questions de genre, peut-être en partie du fait de la différence d'âges entre les dirigeants des deux groupes (Kim Tu-bong, le leader du groupe de Yanan, était beaucoup plus âgé que Kim Il-sung et avait une formation universitaire plus comme il faut)1. Il est difficilement contestable que les discriminations contre les femmes dans la Corée traditionnelle étaient sévères, même en comparaison avec les autres pays d'Asie de l'Est, et que rechercher un soutien parmi les femmes coréennes opprimées de longue date correspondait tout à fait à la politique de Kim Il-sung et du Comité populaire provisoire de Corée du Nord (CPPCN)a de mobiliser les éléments marginalisés de la société nord-coréenne. Les femmes, comme les paysans pauvres, étaient une majorité opprimée dont le soutien et la participation modifieraient radicalement le paysage politique coréen. 

"La loi sur l'égalité des genres promulguée par le CPPCN et soutenue par les Soviétiquesb était extrêmement radicale au regard des critères de l'histoire coréenne récente, et sur le papier au moins donnait plus de droits aux femmes nord-coréennes que n'importe quelles autres femmes d'Asie à cette époque. La loi a été adoptée le 30 juillet [1946] afin de libérer les femmes, comme le soulignait la propagande autour de la loi, de la "triple subordination" dans la famille, la société et en matière politique2. La loi donnait les mêmes droits aux femmes pour la participation politique, les activités économiques, le droit à l'éducation, la liberté de choix pour le mariage et le divorce. Elle interdisait la polygamie et la vente des femmes comme veuves ou concubines, et abrogeait toutes les anciennes lois coréennes et japonaises relatives aux femmes. La réception par la population de la loi sur l'égalité des genres a été mitigée, et quelques membres du groupe de guérilla de Yanan ont exprimé leur inquiétude qu'il s'agissait d'une attaque trop radicale contre le patriarcat profondément ancré dans la société coréenne. Se fondant apparemment sur les comptes rendus de réfugiés mécontents du Nord, un rapport de renseignement américain en concluait que "en général, cette loi a eu pour effet de créer un sentiment d'irresponsabilité parmi les jeunes femmes et d'engendrer une amertume profonde parmi les hommes"3c.

"Les questions relatives aux femmes figuraient en bonne place dans les réformes sociales de la Corée du Nord parmi les objectifs révolutionnaires plus larges du régime. Outre la loi sur l'égalité des sexes elle-même, d'autres lois portaient sur les droits des femmes, dont celui de devenir propriétaires dans le cadre de la réforme agraire, le droit à l'interruption volontaire de grossesse et le droit à un salaire égal à celui des hommes dans le cadre de la loi sur le travail4".

Notes de Charles K. Armstrong
1 Pour une vue d'ensemble de la politique nord-coréenne envers les femmes pendant les deux premières années après la libération, lire Pak Hyonson, "La politique des femmes dans la période de la révolution démocratique antiféodale anti-impérialiste", HCI, vol. 5
2 Haebanghu Choson, 93.
3 Pak Choson pomnyongjip, 201-202, "North Korea Today", 16.
4 "North Korea Today", 16.

Notes du traducteur
a Avant la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en 1948, le gouvernement provisoire a été exercé par le Comité populaire provisoire de Corée du Nord.
b Le Nord de la péninsule était alors occupé par les troupes soviétiques, et le Sud par les troupes américaines.
c Au Sud, où l'occupation militaire américaine était plus visible et s'ingérait davantage dans la vie politique que celle Soviétique au Nord, un des choix du commandement américain a été de freiner les réformes économiques et sociales, ce qui a grandement fragilisé le Gouvernement de Syngman Rhee, largement défait aux élections locales du printemps 1950 qui ont précédé le déclenchement de la guerre de Corée.

Source : Charles K. Armstrong, The North Korean Revolution, 1945-1950, Cornell University Press, New York, 2003, p. 91-92. Traduction de l'anglais : AAFC-SB.

Partager cet article
Repost0
8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 23:03
Paopga (파업가, littéralement Le chant de la grève) est l'un des chants de lutte sud-coréens (minjung gayo, 민중가요les plus connus. Composé en 1988 par Kim Ho-chol, au lendemain du soulèvement démocratique de juin 1987 qui devait conduire à la fin du régime militaire, il a symbolisé le déplacement des luttes démocratiques sur le terrain également des droits des travailleurs.
    
jeon-tae-il_coree_statut.JPGPaopga est apparu pour la première fois dans les manifestations publiques en novembre 1989, lors de la célébration du combat de Jeon Tae-il - un jeune ouvrier du textile qui s'était immolé par le feu, le 13 novembre 1970, pour dénoncer les conditions de travail des ouvriers sud-coréens (photo de sa statue à gauche). Outre la fête traditionnelle des travailleurs le 1er mai, le deuxième week-end de novembre est aussi l'occasion d'importantes manifestations ouvrières en République de Corée (Corée du Sud).

Il s'est alors imposé comme le principal chant de combat des ouvriers sud-coréens, éclipsant Le combat dans l'unité.

Chant de lutte, bref et rythmé, Paopga appelle à l'unité des travailleurs, jusqu'à la victoire, en poursuivant le combat de génération en génération  : "Si nous nous divisons, nous mourrons (...) Nous honorerons la promesse faite à nos camarades, même si notre crâne est brisé en deux." Une autre thématique est le rejet de la violence des milices patronales (en coréen, gusadae) : "Nous avons vaincu la violence des milices patronales." La lutte pour les droits des travailleurs est présentée comme inséparable de l'émancipation de l'humanité : "Nous marchons sous la bannière de l'émancipation."

 
Chants de lutte sud-coréens téléchargeables à l'adresse : offree.net/1789
Partager cet article
Repost0
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 22:25
Chaque année, le 3 avril sera désormais commémoré comme le jour du souvenir pour les dizaines de milliers de civils morts pendant le massacre de l'île de Jeju, en 1948, dans l'une des plus brutales répressions en Corée du Sud qui devait consacrer la mise en place du régime autoritaire du Président Syngman Rhee. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) se joint à l'hommage rendu aux victimes du massacre de Jeju. 
 
Le 3 avril a été reconnu en 2004, pour la première fois, par le Président Roh Moo-hyun, qui a présenté des excuses au nom du gouvernement coréen pour le massacre commis.  
 
La Présidente Park Geun-hye a annoncé que le 3 avril serait désormais un jour du souvenir, ce qui signifie que des cérémonies commémoratives officielles se tiendront chaque année.  
 
Parmi les témoignages sur le massacre commis à Jeju, l'AAFC rappelle que le film Jiseul de O Muel (photo ci-dessous) a été récompensé au Festival Sundance

135935064382_20130129.jpg
 
Partager cet article
Repost0
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 23:01

Kim-Il-Sung_congres_PTC_1946.jpgLe 10 octobre est célébré en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la fondation du Parti : en effet, le 10 octobre 1945 s'ouvrait à Pyongyang le congrès constitutif du Comité organisationnel central du Parti communiste de Corée du Nord. Dans un discours prononcé trois jours plus tard devant les cadres responsables du Parti dans l'ensemble des provinces intitulé "De l'édification d'une Corée nouvelle et du front uni national", dont nous reproduisons ci-après de larges extraits, le Président Kim Il-sung soulignait la nécessité de réaliser l'union la plus large de l'ensemble des patriotes, jetant ainsi les bases de la formation d'un front uni national démocratique, qui sera constitué ultérieurement autour notamment du Parti du travail de Corée (issu de la fusion, en août 1946, du Parti communiste de Corée du Nord et du Parti Néo-démocratique de Corée, à gauche photo du Président Kim Il-sung au congrès de 1946), du Parti démocratique, créé en novembre 1945, et du Parti chondogyo, fondé en février 1946. Dans le contexte de la mise en place d'une république populaire démocratique (qui sera proclamée le 9 septembre 1945), la constitution du front uni national renvoyait aux stratégies de front populaire engagées par d'autres partis communistes, en particulier dans la lutte antifasciste des années 1930. Mais la notion de front uni renvoie fondamentalement à une alliance non d'organisations, mais de classes sociales (la paysannerie, les ouvriers, les intellectuels et les capitalistes nationaux), ouverte également aux croyants, poursuivant un objectif commun : la lutte contre les vestiges du féodalisme et de l'impérialisme japonais, l'édification d'une société nouvelle dont les discours du 13 octobre 1945 énonce déjà quelques-unes des principales réformes - à commencer par la réforme agraire.

"Permettez-moi tout d'abord de parler des expériences du front uni dans d'autres pays avant d'aborder la question du front uni national.

Dans son rapport "L'offensive du fascisme et la tâches du Komintern dans la lutte pour l'unité de la classe ouvrière contre le fascisme" présenté au VIIème Congrès du Komintern en 1935, le camarade Dimitrov avança la ligne de conduite consistant à former un large front populaire anti-fasciste sur la base de l'unité et de la cohésion de la classe ouvrière. A cette époque-là, la dictature fasciste de Hitler, la plus barbare, dominait en Allemagne, tandis qu'en Italie la dictature fasciste de Mussolini se renforçait toujours davantage.

Les fascistes tentaient d'asservir non seulement le peuple de leur pays mais également toute l'humanité et de fasciser le monde entier. Dans de nombreux pays européens il était nécessaire de former un front populaire en vue de la lutte contre la dictature sanglante et la politique d'agression des fascistes. Non seulement les travailleurs, la classe ouvrière en tête, mais aussi les capitalistes réclamant la liberté et la démocratie pouvaient participer au front populaire. C'est que non seulement pour le peuple travailleur, à commencer par les ouvriers et les paysans, mais aussi pour certains capitalistes, il était d'une nécessité urgente de contre-attaquer le fascisme international qui tentait de conquérir le monde entier et d'asservir toute l'humanité. La conquête de l'Ethiopie par l'Italie fasciste fut un signal d'éclatement de la Seconde guerre mondiale. C'est face à une telle crise que le VIIème Congrès du Komintern avait soulevé la question du front populaire. Le congrès conseilla aux partis communistes de tous les pays de former un front populaire anti-fasciste. Le Parti Communiste Français et le Parti Communiste Espagnol furent les premiers à adopter la ligne tactique en matière de formation d'un front populaire.

En Orient, étant donné que les complots d'agression des impérialistes japonais visant à conquérir les peuples d'Asie se révélaient de plus en plus ouvertement, il était indispensable de former des fronts unis nationaux contre l'impérialisme japonais.

Dans les pays en lutte contre la domination coloniale de l'impérialisme et pour la liquidation du danger de colonisation, on organisait le front uni national, et dans les pays en danger de fascisation, tels que la France et l'Espagne, on organisait le front populaire. Le front populaire et le front uni national étaient identiques par essence en ce sens que tous deux s'opposaient au fascisme et à l'agression impérialiste, mais il y avait ces deux formes, en raison des conditions concrètes de chaque pays (...).

La Seconde guerre mondiale a été une guerre libératrice des forces démocratiques du monde entier contre le fascisme. Grâce au rôle décisif de l'Armée Soviétique, l'Allemagne, l'Italie et le Japon ont été défaits dans la Seconde guerre mondiale, ce qui a amené de nombreux pays d'Europe et d'Asie à se libérer du joug fasciste.

Quelle voie la Corée libérée devra-t-elle prendre ? Il existe un fait fondamental, le plus important, dont nous devons absolument tenir compte dans la définition de la voie que devra suivre la Corée. Il s'agit du fait que la Corée a été pendant longtemps une colonie de l'impérialisme japonais. A cause de la domination de l'impérialisme japonais, le développement du capitalisme en Corée avait été extrêmement freiné et la société coréenne était demeurée une société coloniale très marquée par les survivances féodales. Conséquence particulière, les rapports d'exploitation féodaux dominent dans nos campagnes.

D'où les tâches qui s'imposent aujourd'hui au peuple coréen : accomplir la révolution démocratique anti-impérialiste et anti-féodale et fonder une république populaire démocratique (...).

Pour l'édification d'une république populaire démocratique, il faut former un front uni englobant toutes les forces patriotiques et démocratiques comprenant non seulement la classe ouvrière et la paysannerie mais aussi les capitalistes nationaux. Ce n'est pas simplement par des paroles mais par la lutte effective pour la fondation d'une république populaire que nous pourrons gagner à nous les masses.

Nous devons savoir que les intellectuels, les croyants et les capitalistes sont, eux aussi, en mouvement à l'heure actuelle, bien qu'ils ne soient pas organisés. Plus nos organisations et nos forces se consolideront, plus ils s'organiseront eux aussi, graduellement, en se dégageant de leur état de dispersion (...).

Bien sûr, le front uni dont nous parlons, ayant pour but l'édification d'une république populaire démocratique, il nous est impensable de nous unir avec les laquais de l'impérialisme. Nous pouvons nous unir - et d'ailleurs nous devons nous unir - avec les capitalistes nationaux consciencieux qui exigent l'édification d'un Etat démocratique et indépendant. C'est seulement en formant un tel front uni que nous pourrons édifier une république populaire démocratique et rassembler toutes les classes et couches des masses populaires (...).

Les capitalistes nationaux éprouvent eux aussi une grande peur de notre lutte contre les éléments survivants de l'impérialisme japonais. Car ils ont eux aussi servi plus ou moins l'impérialisme japonais dans le passé. C'est un erreur que de prétendre qu'il ne faut pas dénoncer et critiquer leurs crimes alors que nous préconisons le front uni national. Dans le cadre du front uni nous devons nous en tenir au principe consistant à les combattre tout en nous unissant avec eux. C'est seulement ainsi que nous pourrons élever le niveau de conscience politique des masses laborieuses et mettre fin à l'indécision des capitalistes nationaux (...).

Pour former, à l'heure actuelle, un front uni, nous devons tout d'abord renforcer l'alliance des ouvriers et des paysans et gagner à nous les paysans innombrables. Or, pour défendre les intérêts des paysans et gagner ceux-ci, nous devons commencer par lutter pour diminuer le taux de fermage, puis entreprendre graduellement la lutte pour confisquer les terres de tous les propriétaires fonciers et les distribuer aux paysans, tout en menant la lutte pour confisquer les terres des impérialistes japonais et de leurs laquais. De la sorte, la lutte, de petite ampleur au début, doit s'élargir graduellement jusqu'à prendre une grande envergure (...).

La question de réussir ou non à édifier une Corée nouvelle démocratique, dépend entièrement du résultat, positif ou négatif, de notre travail pour le renforcement du Parti Communiste, la formation du front uni national et le rassemblement des grandes masses autour du Parti Communiste. Chaque membre du Parti communiste doit militer activement pour grossir et consolider constamment les rangs du Parti, coopérer sincèrement avec les partis amis et gagner les grandes masses".

Source : Kim Il-sung, Oeuvres choisies, tome I, éditions en langues étrangères de Pyongyang, 1976, pp. 1-10.   

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 23:59

kim-il-sung_1670436c--2-.jpgLe 9 septembre 2013 marquera le 65ème anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). A cette occasion, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a souhaité revenir sur un aspect parfois méconnu : la première Assemblée populaire suprême, qui a proclamé la RPD de Corée, a compris des députés représentant l'ensemble de la péninsule coréenne, et comprenant un grand nombre d'indépendants affiliés à aucun parti.

Du 3 au 10 septembre 1948, la première Assemblée populaire suprême (APS) s'est réunie à Pyongyang et a adopté la Constitution de la RPD de Corée, inspirée du projet présenté par le Comité populaire quatre mois plus tôt, le 1er mai. Le texte constitutionnel a consacré, entre autres, la réforme agraire, l'égalité entre les hommes et les femmes, la nationalisation des ressources publiques et les droits au travail et à la retraite, c'est-à-dire les réformes qualifiées de démocratiques adoptées depuis la Libération de l'occupation japonaise de la Corée. Vétéran de la guérilla antijaponaise, le Président Kim Il-sung (photo ci-dessus à gauche) a été élu Premier ministre par l'APS.

Alors que les élections organisées plus tôt au Sud avaient été boycottées par la plupart des formations de gauche et certains partis centristes et de droite, hostiles à ce qu'ils percevaient comme une première étape dans la division du pays, l'APS souhaitait représenter effectivement l'ensemble des Coréens, du Nord comme du Sud de la péninsule. Selon les autorités nord-coréennes, les élections à l'APS organisées au Sud réunirent 77,5 % de votants, désignant 1 002 délégués qui, à Haeju, désignèrent à leur tour les 360 députés représentant le Sud de la péninsule à l'APS.

La composition de l'APS témoigne de la diversité des composantes politiques qu'elle représentait : le Parti du travail nord-coréen a obtenu 17,9 % des sièges (et le Parti du travail sud-coréen 9,6 %) ; le Parti démocrate nord-coréen, 6,2 % ; le parti Chungwoo, 6,2 % ; l'Alliance de l'union du travail, 4,7 % ; l'Alliance paysanne, 4,7 % ; le Parti du peuple travailleur (sud-coréen), 3,5 % ; le Parti social-démocrate (Sud), 3,5 % ; le Parti de l'indépendance de la Corée (droite, implanté au Sud), 1,2 %. On constate donc que les indépendants occupaient 42,5 % des sièges de la première APS, étant majoritaires pour les délégués représentant le Sud de la péninsule.  

 

Cette répartition des sièges est conforme au principe du Front démocratique uni, mis en place par la RPD de Corée, pour regrouper un ensemble de forces politiques et sociales alliées au Parti du travail qui, toujours en 1948, n'était que le plus important des partis politiques, mais pas le seul. Par la suite, seules deux formations continuèrent à être représentées en tant que telles à l'APS : le Parti démocrate (regroupant des sociaux-démocrates du Sud) et le Parti chondoïste, d'inspiration religieuse, tandis que des indépendants continuent de siéger à l'APS, de même qu'aujourd'hui des représentants des Nord-Coréens ayant le statut de résident permanent au Japon.

 

Dans la rivalité qui s'instaure en 1948 entre le Nord et le Sud de la péninsule, chacun des deux Gouvernements aspire alors à représenter toute la péninsule coréenne. L'engagement du dialogue intercoréen change ensuite la donne, avec le principe d'une seule nation mais de deux gouvernements et de deux Etats commençant à s'engager dans un processus d'échanges et de dialogue en vue de la réunification du pays.


Source principale : Histoire générale de la Corée, éditions en langues étrangères, Pyongyang.

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 20:38

Il y a quarante-et-un ans, le 4 juillet 1972, la déclaration conjointe Nord-Sud fut rendue publique simultanément à Séoul et à Pyongyang. Même si les échanges alors engagés entre les deux Corée prirent fin dès 1973, il s'agissait du premier accord intercoréen, qui définissait les principes d'un dialogue entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et la République de Corée (du Sud), moins de vingt ans après l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée. Alors que les deux Etats aspiraient jusqu'alors à représenter l'ensemble de la péninsule coréenne, la déclaration du 4 juillet a reconnu la séparation de facto et défini les principes qui, aujourd'hui encore, doivent guider le principe d'une réunification future, au-delà des différences de systèmes politiques et économiques.

 

6 août 1971. A l'occasion d'une manifestation organisée à Pyongyang en l'honneur de son hôte Norodom Sihanouk, le Président Kim Il-sung fait part de son intention de rencontrer, à tout moment, les représentants de l'ensemble des partis et des organisations sociales du Sud de la Corée. Quelques mois plus tôt, l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée avait déjà soumis au Sud une déclaration en huit points.

 

Les représentants du gouvernement sud-coréen répondirent favorablement à cette demande, dans un contexte international et intérieur complexe pour les autorités de Séoul. La situation diplomatique était marquée par la détente, le rapprochement sino-américain puis, en mai 1972, un sommet entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Au plan intérieur, le 27 avril 1971, le général Park Chung-hee avait remporté difficilement l'élection présidentielle qui où il s'était opposé à Kim Dae-jung (avec un score de 53,2 % contre 45,3 % à son principal adversaire, selon les résultats officiels contestés par l'opposition)

 

lee_hu_rak_pak_song_chol.jpgLes négociations intercoréennes s'engagèrent d'abord, à partir du 20 septembre 1971, entre les Croix-Rouge des deux Etats, à sept reprises et alternativement au Nord et au Sud, puis en mai-juin 1972 au niveau politique. Lee Hu-rak, directeur des services de renseignement sud-coréens, dirigeait la délégation du Sud. Kim Yong-ju, chef du département de l'organisation du Comité central du Parti du travail de Corée, puis Pak Song-chol, deuxième vice-Premier ministre de la RPD de Corée, conduisirent les négociations pour le Nord (ci-contre, Lee Hu-rak, à gauche, et Pak Song-chol, à droite).

 

La déclaration rendue publique le 4 juillet 1972 énonçait trois principes fondamentaux pour le dialogue et les échanges intercoréens :

- tout d'abord, la réunification de la Corée en toute indépendance, sans ingérence extérieure ;

- ensuite, la réunification par la voie pacifique, en excluant tout recours à la force des armes ;

- enfin, "promouvoir une grande union nationale en transcendant les différences d'idéologie, d'idéal et de régime".

 

Les deux parties s'engageaient aussi "à ne pas se critiquer ou se calomnier réciproquement", ainsi qu'à prévenir les incidents militaires fortuits en créant un climat de confiance mutuel.

 

Le 4 novembre 1972, le Comité de coordination Nord-Sud se réunit pour la première fois. Il devait tenir trois réunions. Des désaccords apparurent sur la composition des sous-comités chargés des questions politiques, diplomatiques et militaires.

 

Par ailleurs, le durcissement politique au Sud semblait faire du dialogue intercoréen un prétexte au renforcement du régime autoritaire du général Park Chung-hee, qui en octobre 1972 faisait promulguer la Constitution Yusin, puis fit enlever à Tokyo Kim Dae-jung, son adversaire de l'élection présidentielle de 1971. Cette action avait été entreprise par le chef de la délégation sud-coréenne. Les autorités nord-coréennes blâmèrent également la déclaration spéciale du général Park Chung-hee, publiée le 23 juin 1973. Ce texte, en prônant l'adhésion simultanée des deux Corée à l'ONU, était accusée de perpétuer la division. Le même jour, un rassemblement de masse se tint à Pyongyang, préconisant de diminuer les tensions et d'instituer une assemblée commune au Nord et au Sud et l'institution d'une confédération, la République confédérale de Koryo, qui adhèrerait aux Nations Unies.

 

Pour sa part, le Sud désapprouva le Nord de vouloir d'abord résoudre les questions politiques, retenant une approche gradualiste, et Park Chung-hee accusa le Nord de cherche avant tout à obtenir le retrait des troupes américaines du Sud de la péninsule.

 

En août 1973, le premier dialogue intercoréen était rompu. Il avait cependant jeté les bases des premiers échanges Nord-Sud et défini les principes (indépendance, réunion pacifique, grande union nationale) qui, aujourd'hui encore, guident les échanges Nord-Sud.

 

Sources :

- Robert Charvin et Guillaume Dujardin, La Corée vers la réunification, L'Harmattan, Paris, 2009, pp. 118-121.

- Kim Chang-ho et Kang Kun-jo, Histoire générale de la Corée, tome III, éditions en langues étrangères, Pyongyang, 1996, pp. 272-274 ;

- Koo Young-nok, Corée : vers la réunification ?, Syllepse, 2002, pp. 24-29.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?