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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 23:54

Le 23 février 2018, les autorités américaines ont annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - décrites comme "sans précédent" - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'encontre de sociétés de transport maritimes ou de navires qui, selon Washington, aideraient Pyongyang à contourner les sanctions. Parmi les entreprises sanctionnées figurent des sociétés chinoises, ce qui a entraîné une vive réaction de Pékin. Mais dans quelle mesure la Chine va-t-elle effectivement changer sa coopération avec les Etats-Unis sur le dossier coréen ? 

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Par un communiqué publié dès le 24 février 2018, les autorités chinoises ont vivement réagi à cette initiative américaine prise de manière unilatérale, menaçant qu'elle pourrait avoir des conséquences sur la relation bilatérale avec Washington pour le traitement du dossier coréen : 

La Chine est fermement opposée (...) à ce que les Etats-Unis se basent sur leur droit national pour imposer des sanctions unilatérales contre des entités et des individus chinois (...).

Nous avons déposé des protestations officielles auprès des autorités américaines, et exigé que les Etats-Unis mettent fin à leurs pratiques erronées, afin d'éviter de porter atteinte à notre coopération bilatérale sur le dossier [nord-coréen].

Comme l'a observé l'analyste James Dobbin, de la Rand corporation souvent décrite comme d'inspiration néo-conservatrice, la Chine est d'autant plus sensible à une telle interférence relevant du principe d'extraterritorialité (c'est-à-dire, empiétant sur sa souveraineté) qu'elle coopère à la mise en oeuvre du régime international de sanctions contre la Corée du Nord : 

La Chine est parmi les pays les moins susceptibles de se soumettre à une interférence extraterritoriale sur ses arrangements commerciaux. Néanmoins, la Chine a soutenu l'augmentation continue des sanctions internationales contre la Corée du Nord imposée par le Conseil de sécurité des Nations unies, alors qu'elle apprécie encore moins une Corée du Nord dotée d'armes nucléaires.

Ce point de vue fait le pari que la Chine, au fond, ne serait pas hostile aux sanctions contre la RPD de Corée - certains auteurs, comme Samuel Ramani, émettant l'hypothèse que les sanctions offrent un levier à Pékin pour "rétablir son hégémonie" sur la Corée du Nord. 

La fin de la coopération sino-américaine sur la question coréenne est enfin d'autant moins probable que la Chine protestait déjà, en 2014, contre les sanctions unilatérales américaines frappant des sociétés chinoises commerçant avec la Corée du Nord. Mais elle n'a alors pas abandonné le levier des sanctions, inscrivant de fait ses pas dans ceux de la diplomatie américaine.

Si l'administration Trump pratique volontiers une diplomatie tendant à aller jusqu'au point de rupture avec Pékin,  elle sait que ses dernières initiatives ne lui font pas courir un très grand danger, mais qu'elles pourraient relever davantage d'un "grand marchandage" entre Pékin et Washington (comme l'imagine James Dobbin) : le suivisme chinois dans l'adoption des sanctions internationales contre Pyongyang, et l'absence de contre-mesures aux initiatives unilatérales des Etats-Unis, a fait perdre beaucoup de leur crédibilité aux critiques chinoises émises ce 24 février. Pour redevenir un acteur majeur sur le dossier nord-coréen, où les autorités sud-coréennes sont revenues en force à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, la Chine ne devra pas de contenter de protestations verbales face à l'unilatéralisme américain, ou de déclarations de principe quant à la nécessité d'un dialogue direct entre Pyongyang et Washington - dont Séoul avait déjà dit quelques jours plus tôt, à l'issue de discussions intercoréennes lors de la clôture des Jeux olympiques, que la RPDC y était disposée.

Sources : 

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 15:54

Le dernier numéro de Diplomatie (n° 89, novembre-décembre 2017) propose un dossier sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de très bon niveau - malgré quelques erreurs et affirmations pour le moins contestables, essentiellement contenues dans l'article d'Antoine Bondaz - par ailleurs très pertinent et de bien meilleure qualité que son ouvrage grand public à sensation, multipliant les clichés et les manipulations photographiques (d'images sur fond invariablement gris et brumeux, signées Benjamin Decoin), et fort subtilement intitulé Corée du Nord, plongée au cœur d'un Etat totalitaire.

Il est ainsi erroné d'affirmer (p. 56) que le Président Lee Myung-bak aurait été élu président "notamment" par rejet de la politique du rayon du soleil, dans une campagne en réalité dominée par les questions économiques (et le ralentissement de la croissance, que le nouveau chef de l'Etat entendait relever à 7 % par an) - par ailleurs, si la question nord-coréenne avait pesé d'un aussi grand poids dans l'élection de 2007, le dissident conservateur Lee Hoi-chang, qui avait lui fait campagne sur une ligne anti-Corée du Nord après avoir échoué deux fois de très peu à accéder à la Maison bleue, n'aurait pas été aussi largement battu. De même, il est pour le moins hasardeux d'affirmer (p. 58), qu'une "très large majorité des Sud-Coréens" soutiendrait désormais l'alliance avec les Etats-Unis - sauf à discuter de ce qu'on appelle un soutien (en particulier, le déploiement du système américains de missiles antimissile THAAD, auquel s'est rallié le Président Moon Jae-in, est  toujours loin de faire l'objet d'un consensus au Sud de la Corée). Enfin, écrire sans nuances (p. 57) que la Présidente Park Geun-hye aurait sincèrement cherché à améliorer les relations intercoréennes après son élection relève d'une acceptation trop rapide des éléments de langage développés à cette époque par les autorités sud-coréennes, la réalité des faits montrant au contraire que, en quelques semaines, la Présidente Park a épousé les thèses des faucons néo-conservateurs, tout en refusant les offres de dialogue du Nord.

Sous ces réserves qui ne font que tempérer notre appréciation extrêmement positive sur ce dossier très fouillé et bien renseigné de Diplomatie, deux articles ont retenu notre attention, l'un et l'autre écrits par Théo Clément, doctorant à l'Université de Vienne. Théo Clément parle chinois et a enseigné à l'Université de science et de technologie de Pyongyang (acronyme anglais, PUST). Dans son article "Chine - Corée du Nord, cinquante nuances de méfiance", il montre notamment dans quelle mesure l'amitié entre la Chine et la RPD de Corée, régulièrement rappelée et célébrée par les deux parties, relève du "mythe fondateur" des relations bilatérales, "reconstruit a posteriori".

Le Président Kim Il-sung reçu à Pékin, le 1er janvier 1958, par le Premier ministre chinois Zhou Enlai

Le Président Kim Il-sung reçu à Pékin, le 1er janvier 1958, par le Premier ministre chinois Zhou Enlai

Il est des clichés qui ont la vie dure (y compris dans la tête de certains chefs d'Etat nord-américains), comme celui d'une alliance indéfectible entre la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée, que les mêmes chefs d'Etat se font fort de croire pouvoir remettre en cause à eux seuls. Mais en diplomatie, comme en politique, il n'y a pas d'amitié, seulement des convergences d'intérêts. La relation sino-nord-coréenne n'y fait pas exception : certes, les communistes coréens ont joué un rôle déterminant dans les combats menés par les forces communistes alliées en Mandchourie dans les années 1930, et ce soutien a été payé en retour par la Chine populaire lors de la guerre de Corée avec l'intervention des volontaires du peuple chinois - dont 420.000 auraient trouvé la mort sur le front coréen. Comme tous les mythes fondateurs, celui de l'amitié indéfectible sino-(nord-)coréenne magnifie des faits incontestables.

Sauf que, comme l'observe Théo Clément, il a toujours existé une profonde méfiance des Nord-Coréens vis-à-vis des Chinois, qui ont maintenu pendant des siècles une relation de suzerain à vassal avec leur étranger proche qu'étaient le Vietnam et la Corée. La période contemporaine reste ainsi marquée par des relations de méfiance qui, paradoxalement, ont atteint leur paroxysme pendant la guerre de Corée, du fait de la pratique chinoise de mise à l'écart des Nord-Coréens de la conduite des opérations :

L'épisode de la guerre de Corée fut en réalité un moment de tension extrême entre Pékin et Pyongyang, ainsi qu'une période humiliante pour la Corée du Nord, exclue du commandement opérationnel des troupes par la Chine et l'URSS. Dans sa gestion des affaires péninsulaires, Pékin a en effet eu régulièrement la main lourde, ce qui s'est avéré extrêmement frustrant pour les Nord-Coréens.

De même, les ingérences chinoises dans la politique intérieure nord-coréenne - où les partisans d'une alliance resserrée avec Pékin ont occupé des positions importantes jusqu'en 1956 - ont été totalement contre-productives quant à l'influence de la Chine sur la RPD de Corée. Comme l'analyse encore Théo Clément :

En 1956, alors que Pyongyang cherche à purger l'appareil du Parti du Travail de Corée des éléments ayant manifesté une admiration trop prononcée pour les modes de développement chinois ou russe, Pékin ne prend pas de gants, en dépêchant sur place une délégation (co-dirigée par Peng Dehuai, celui-là même qui avait demandé la mise sur la touche des commandants militaires nord-coréens quelques années auparavant) chargée de ramener Pyongyang dans le droit chemin, en concertation avec Moscou.

On peut discuter des événements et de leur interprétation - selon une lecture historiographique dominante en Occident, les factions "pro-russe" et "pro-chinoise" auraient tenté de remettre en cause la position du Président Kim Il-sung, qui aurait ensuite réagi en démettant de leurs fonctions les dirigeants de ces deux factions, avant que les Russes et les Chinois ne volent ensuite au secours de ceux qui apparaissaient sinon comme leurs partisans, du moins comme leurs relais. En tout état de cause, en bon stratège le Président Kim Il-sung fit d'abord marche arrière en 1956, et rétablit - mais provisoirement - ceux qui étaient devenus ses adversaires, et qui seraient mis à l'écart peu de temps après (plusieurs d'entre eux sont alors partis à Moscou ou à Pékin, où ils ont entretenu une version des faits qui leur donne bien évidemment le beau rôle).

Ce qu'il faut retenir de ces deux faits - modalités de l'intervention chinoise dans la guerre de Corée, ingérence chinoise en 1956 dans la politique intérieure nord-coréenne - est qu'ils n'ont pas pu ne pas avoir d'effet sur la confiance des Nord-Coréens dans leurs camarades chinois. Moins de dix ans après la fondation de la RPD de Corée en 1948, le ton était ainsi donné des relations sino-nord-coréennes, traduisant des intérêts convergents, mais dans lesquelles la Corée du Nord chercherait à s'affranchir de toute tutelle de son trop grand voisin chinois. Exiger aujourd'hui de Pékin de remettre en cause son "alliance" avec Pyongyang, c'est non seulement méconnaître la nature exacte des relations RPDC-Chine, mais aussi saper la position de médiateur qu'entend jouer la Chine sur le dossier coréen.

En cette toute fin d'année 2017, un incident tend à éclairer le dilemme chinois, qui cherche à maintenir le statu quo et éviter tout risque de guerre, sans rompre avec Washington ni avec Pyongyang : des navires chinois auraient enfreint l'embargo sur les produits pétroliers à destination de la Corée du Nord, entraînant une réaction furieuse du Président Donald Trump. Pékin a protesté, rappelant que l'embargo n'était pas total. La vérité est que, quand bien même la Chine pourrait contrôler le commerce avec la RPDC aussi étroitement que le souhaitent les autorités américaines (ce dont on peut douter, la seule frontière terrestre sino-coréenne étant très poreuse), elle n'a aucun intérêt (stratégique, économique ou humain - en termes de flux migratoires) à provoquer l'effondrement de la Corée du Nord à laquelle tend, implicitement ou explicitement, la politique des Etats-Unis et de leurs alliés. S'engager sur une politique de levée des sanctions est la seule raisonnable dans cette partie du monde, au regard des intérêts des différentes parties. Moscou a encore tenté d'en convaincre Washington. Mais les idéologues qui tiennent le haut du pavé à la Maison Blanche sont-ils capables de sortir de l'ornière où les a conduits une politique à courte vue ?

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 22:25

Si la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est abstenue, depuis le 15 septembre 2017, de toute nouvelle initiative militaire (essai nucléaire, tir de missile) de nature à aggraver les tensions, tel n'est pas en revanche le choix opéré par l'administration américaine du Président Donald Trump : sous son impulsion, les Etats-Unis ont engagé de nouveaux exercices de guerre conjoints avec la République de Corée à compter du 11 novembre dernier, mis en place unilatéralement de nouvelles sanctions contre des organisations et des individus de nationalités chinoise et nord-coréenne et réinscrit la RPD de Corée sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Cette volonté américaine continue de faire peser des menaces de guerre, l'escalade n'étant évitée que par la retenue nord-coréenne - mais jusqu'à quand ? Dans ce contexte lourd de menaces, la Chine et la Russie ont présenté une feuille de route visant à revenir sur la voie de la paix et du dialogue en Asie du Nord-Est. Mais ces deux puissances seront-elles entendues ? Certains responsables politiques y font obstacle, comme le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Donald Trump à la base militaire de Camp Humphreys, en Corée du Sud, le 7 novembre 2017

Ce n'est malheureusement pas parce que la question coréenne n'est plus à la une de l'actualité que les tensions diminuent : le fait est que seules les initiatives nord-coréennes sont mises en exergue par les médias occidentaux, celles des Etats-Unis et de leurs alliés étant systématiquement sous-évaluées quant aux dangers qu'elles font courir sur la paix dans la région Asie-Pacifique.

La menace est d'abord d'ordre militaire : comme l'a souligné un article publié par BFM TV le 11 novembre 2017, les manoeuvres militaires qui ont été engagées du 11 au 14 novembre 2017 ont été exceptionnelles par l'ampleur des moyens déployés, en ayant mobilisé trois porte-avions de l'armée américaine : 

L'exercice conjoint dans le Pacifique occidental, qui doit se poursuivre durant quatre jours, mobilise les porte-avions USS Ronald Reagan, USS Nimitz et USS Theodore Roosevelt, ainsi que sept navires sud-coréens, dont trois destroyers, a précisé le ministère sud-coréen de la Défense. C'est la première fois depuis dix ans que des manœuvres de ce type mobilisent trois porte-avions.

L'administration américaine resserre par ailleurs son étau économique sur la Corée du Nord : le 21 novembre 2017, le département du Trésor américain a annoncé sanctionner une nouvelle personnalité chinoise, 13 entités chinoises et nord-coréennes supplémentaires ainsi que 20 nouveaux navires appartenant à des compagnies nord-coréennes, qui seront donc désormais coupés du système financier américain. Si, selon l'agence sud-coréenne Yonhap, ces mesures sont justifiées par des "soupçons" de financement des programmes militaires de la RPDC, aucune preuve n'est apportée quant à la réalité de ces accusations, les autorités américaines multipliant les arguments d'autorité sur de prétendus contournements des sanctions. Au contraire figurent dans cette liste des entités administratives nord-coréennes ayant des activités commerciales très générales, dont le nom même ("bureau de l'administration maritime", "ministère des Transports terrestres et maritimes") ne corrobore pas véritablement l'hypothèse d'une quelconque implication dans des activités militaires. Celle-ci est d'autant plus douteuse qu'il existe une séparation stricte entre l'administration civile et l'administration militaire en RPDC.

Montrant son peu de connaissance des réalités économiques nord-coréennes, le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a par ailleurs déclaré, à la suite de Donald Trump, que les sanctions commenceraient à avoir de l'effet comme le prouveraient "de longues queues d'attente dans les stations-service" - dans un pays où pourtant la grande majorité des habitants n'ont pas de voiture individuelle ou de véhicule professionnel. 

Enfin, la réinscription par Washington, toujours fin novembre, de la Corée du Nord dans la liste des Etats soutenant le terrorisme, sans faits nouveaux de nature à justifier cette décision, relève autant de l'unilatéralisme discrétionnaire américain (destiné à provoquer une réaction de Pyongyang, laquelle justifierait ainsi de nouvelles sanctions ?) que d'un plan d'asphyxie économique de la RPDC poursuivi de manière constante par les Etats-Unis, afin de provoquer l'effondrement de son système économique et social.


Conscientes des risques de conflit que comporte une telle escalade des tensions, la Chine et la Russie plaident, de manière constante, pour un double gel : de ses essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, de la poursuite de leurs manoeuvres militaires et de l'alourdissement continu des sanctions par les Etats-Unis et leurs alliés. Lors d'une session du club de discussions Valdaï, qui réunit hommes politiques, experts et universitaires ainsi qu'hommes d'affaires, qui s'est tenue à Séoul le 27 novembre 2017, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Igor Morgoulov a présenté les trois étapes de la feuille de route russo-chinoise :

- tout d'abord, le "double gel", avec une révision à la baisse des exigences attendues de la part de Washington (non plus la suspension des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, mais la diminution de leur intensité et de leur ampleur), afin de faire baisser les tensions diplomatiques et militaires ;

- puis l'engagement de négociations bilatérales directes entre Pyongyang et Washington d'une part, Séoul et Pyongyang d'autre part ;

- enfin, des négociations multilatérales portant sur la mise en place d'un dispositif collectif de maintien de la paix et de la sécurité en Asie du Nord-Est, impliquant notamment la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Si le gouvernement allemand - dans un pays où le sentiment pacifiste est très puissant - a soutenu la proposition du "double gel", celle-ci continue de se heurter à l'hostilité de plusieurs puissances internationales de premier plan. Au premier rang de celles-ci figure, le Japon, dont le Premier ministre a profité des tensions militaires actuelles pour provoquer et remporter largement des élections législatives anticipées en se déclarant "100 % d'accord" avec Donald Trump - suivant une position réaffirmée par le ministre des Affaires étrangères Taro Kono lors d'une rencontre à Moscou avec son homologue russe Sergueï Lavrov, le 24 novembre 2017.


Mais la France serait peut-être aussi sur la ligne dure, de manière plus surprenante au regard des déclarations du Président Emmanuel Macron quant au nécessaire retour à une tradition diplomatique "gaullo-mitterrandienne". Il est vrai cependant que le porte-parole de ces étranges déclarations de sympathie pour les "faucons" américains était le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lors d'une rencontre à Pékin avec le Premier ministre chinois Li Keqiang. Or M. Le Drian est effet un des "transfuges" les plus visibles de la présidence de François Hollande, sous le mandat duquel il avait exercé les fonctions de ministre de la Défense et été en pointe dans l'engagement de la France sur de multiples terrains de guerre à l'étranger, comme la Syrie. En prenant le contrepied de la ligne diplomatique du Président Emmanuel Macron, sans doute M. Le Drian jouait-il l'une de ses innombrables partitions personnelles qui lui ont valu de devoir changer de département ministériel au printemps 2017 et d'être encadré par une administration plus respectueuse des lignes politiques fixées par le nouveau chef de l'Etat.

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne reste comme toujours solidaire de toute initiative tendant à favoriser la paix et le dialogue en Asie du Nord-Est, quels qu'en soient les initiateurs. 

Sources : 

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 20:32

Après le congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui a donné lieu à des échanges habituels de messages de félicitations entre le PCC et le Parti du travail de Corée (PTC), Song Tao, chef du bureau des relations internationales du PCC est arrivé en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en qualité de représentant du Président chinois Xi Jinping. Si les médias occidentaux - ou encore le Président Donald Trump - ont voulu interpréter cette visite au regard du rôle que pourrait jouer la Chine pour abaisser les tensions dans la péninsule coréenne, quelques jours après la fin de la tournée asiatique du chef d'Etat américain, les autorités chinoises ont insisté sur la stricte corrélation entre cette visite et l'usage d'informer le PTC des résultats du dernier congrès.

Rencontre entre la délégation nord-coréenne conduite par Choe Ryong-hae et la délégation chinoise dirigée par Song Tao

Rencontre entre la délégation nord-coréenne conduite par Choe Ryong-hae et la délégation chinoise dirigée par Song Tao

Il faut connaître le fonctionnement des démocraties populaires et l'importance des relations de parti à parti, dans le contexte des relations traditionnelles entre Pékin et Pyongyang, pour comprendre que, si une telle visite n'avait pas eu lieu, elle aurait en tout cas signifié la remise en cause de liens noués depuis trois générations entre les dirigeants chinois et nord-coréens.

Song Tao a été accueilli à l'aéroport de Pyongyang par Ri Chang-gun, vice-directeur de département du PTC. Il a ensuite été reçu par Choe Ryong-hae, vice-président du Comité central du PTC, témoignant de la reconnaissance du niveau de la délégation chinoise.

Il est d'usage, lors de telles visites, d'aborder des sujets d'intérêt commun aux deux partis. L'application par la Chine des récentes sanctions internationales à l'encontre de la RPDC a donc probablement été évoquée, même si les comptes rendus publics des échanges sino-nord-coréens n'ont pas vocation à évoquer un tel sujet où les divergences de vues sont réelles.

En tout cas, la Chine a réaffirmé à l'occasion de cette visite qu'elle était favorable à un "double moratoire" (de ses essais nucléaires et balistiques par Pyongyang, de leurs exercices militaires par Washington), contredisant ouvertement les déclarations du Président Donald Trump qui avait affirmé, lors de sa récente visite en Chine, que Pékin était sur une position comparable à celle des Etats-Unis d'accroître la pression sur la RPDC.

Une fois encore, la Chine s'affirme comme un médiateur potentiel de premier rang pour diminuer les tensions dans la péninsule coréenne, en défendant le principe d'un dialogue suivant des positions qui ne sont donc celles ni de Pyongyang, ni de Washington.

Source :

 

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 15:52

Alors que d'aucuns prédisaient (à tort) un tir de missile balistique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) lors de l'ouverture du 19e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC), le 18 octobre 2017, cet événement a donné lieu, comme par le passé, à l'envoi d'un message de félicitations du Parti du travail de Corée (PTC) au Président Xi Jinping, tandis qu'un responsable du Département international du Comité central du PCC a rappelé, le 21 octobre 2017, l'importance de l'amitié traditionnelle entre les deux partis dans les échanges bilatéraux.

Au premier plan, Xi Jinping, lors de l'ouverture du Congrès du PCC le 18 octobre 2017.

Au premier plan, Xi Jinping, lors de l'ouverture du Congrès du PCC le 18 octobre 2017.

La mise en œuvre par la Chine des sanctions internationales contre la RPD de Corée a assurément refroidi les relations bilatérales, mais de part et d'autre l'heure n'est certainement pas à la rupture des échanges entre partis La solidarité doit être affichée, ne serait-ce qu'au regard d'un passé de luttes menées en commun : les communistes coréens ont soutenu leurs camarades chinois lors des combats menés conjointement contre le militarisme nippon, avant la Seconde guerre mondiale, tandis que pendant la guerre de Corée (1950-1953) la jeune République populaire de Chine a envoyé de nombreux volontaires dans la péninsule coréenne combattre, aux côtés des Nord-Coréens, les troupes des Nations unies sous commandement américain. Par ailleurs, dans les régimes de démocratie populaire, les congrès des partis communistes et ouvriers constituent des événements politiques de premier ordre, lors desquels il est d'usage d'envoyer des messages de félicitations. De même que le Comité central du Parti communiste chinois (PCC) avait envoyé un message de félicitations au Comité central du Parti du travail de Corée (PTC) lors de son septième Congrès, en mai 2016, le Comité central du PTC a adressé ses "chaleureux vœux" de succès au Président Xi Jinping à l'occasion du 19e Congrès du PCC, en ajoutant que :

Le peuple de Chine a réalisé de grandes avancées en conduisant la construction du socialisme sous la juste direction du Parti communiste chinois.

Côté chinois, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 21 octobre 2017, en marge du 19e Congrès du PCC, Guo Yezhou, vice-ministre du Département international du Comité central du PCC a observé, selon l'agence chinoise Xinhua, que "le Parti communiste chinois (PCC) maintient la communication et le dialogue avec le parti au pouvoir de la République populaire démocratique de Corée (RPDC)", en précisant que :

Les échanges entre le PCC et le Parti des travailleurs de Corée jouent un rôle important dans les relations entre les deux pays (...) Protéger, développer et consolider la coopération amicale entre la Chine et la RPDC répond aux intérêts bilatéraux, mais constitue aussi un facteur important pour la paix et la stabilité régionales.

Alors que, selon l'agence nord-coréenne KCNA, la dernière rencontre entre le Maréchal Kim Jong-un de la RPD de Corée et une délégation chinoise date d'octobre 2015 (à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du PTC), Guo Yezhou n'a pas apporté de précisions concernant le niveau actuel des échanges de parti à parti, observant seulement que, "en ce qui concerne les dates des échanges et le niveau des communications", ceux-ci "dépendaient des besoins et des préférences des deux parties". Le dialogue se poursuit, mais au regard de la situation actuelle particulièrement tendue (et des pressions continues qu'exercent les Etats-Unis sur la Chine pour sanctionner et isoler la RPDC), communiquer publiquement à ce sujet n'apparaît pas opportun.

Sources :

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 22:00

En application de la résolution 2375 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), adoptée le 11 septembre 2017, le gouvernement chinois a annoncé, le 28 septembre 2017, la fermeture des coentreprises de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) présentes sur son territoire dans un délai de 120 jours à compter de l'adoption de la résolution 2375, soit d'ici le 8 janvier 2018. Cette mesure, pleinement en phase avec la résolution 2375, témoigne de la volonté chinoise d'appliquer les sanctions contre la RPD de Corée, et aura un impact négatif significatif - bien que non quantifié - sur les ressources en devises et l'économie nord-coréennes, la Chine étant - de loin - le premier partenaire commercial de la Corée du Nord. 

Déchargement des importations nord-coréennes dans la ville chinoise de Dandong, à la frontière sino-coréenne.

Déchargement des importations nord-coréennes dans la ville chinoise de Dandong, à la frontière sino-coréenne.

La portée exacte de la mesure - mais aussi les exceptions qu'elle prévoit, en particulier "les projets d’infrastructure non commerciaux qui servent l’intérêt général et sont sans but lucratif", est clairement précisée au paragraphe 18 de la résolution 2375 : 

18. Décide que les États doivent interdire l’ouverture, le maintien en fonctionnement et l’exploitation, par leurs nationaux ou sur leur territoire, de toute coentreprise ou entité de coopération, existante et nouvelle, avec des entités ou des personnes de la République populaire démocratique de Corée, agissant ou non pour le compte ou au nom du Gouvernement de la République populaire démocratique de Corée, sauf dans le cas de coentreprises ou d’entités de coopération préalablement approuvées par le Comité au cas par cas, en particulier les projets d’infrastructure non commerciaux qui servent l’intérêt général et sont sans but lucratif, décide également que les États doivent mettre fin à toute coentreprise ou entité de coopération existante dans les 120 jours suivant l’adoption de la présente résolution si cette coentreprise ou entité de coopération n’a pas été approuvée par le Comité au cas par cas et, le cas échéant, dans les 120 jours suivant la décision de non-approbation rendue par le Comité, et décide que la présente disposition ne s’applique pas aux projets d’infrastructure d’énergie hydroélectrique entre la Chine et la République populaire démocratique de Corée ni au projet de liaison portuaire et ferroviaire Rajin-Khasan entre la Russie et la République populaire démocratique de Corée devant servir exclusivement à l’exportation de charbon d’origine russe, comme l’autorise le paragraphe 8 de la résolution 2371 (2017) ;

http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/2375(2017)

La mise en application de cette interdiction incombera aux gouvernements des provinces chinoises.

Cette annonce est intervenue à la veille de l'arrivée en Chine, le 30 septembre 2017, du secrétaire d'Etat Rex Tillerson - qui a donné lieu à la réaffirmation traditionnelle par Pékin de la nécessite de renouer le dialogue avec Pyongyang. S'il est probable que Pékin cherche à réengager Washington sur la voie d'un tel dialogue (d'autant que Rex Tillerson n'est pas partisan d'une issue militaire à la crise), jusqu'à présent il n'y a pas eu de discussions multilatérales mais seulement un alourdissement sans précédent des sanctions contre la RPD de Corée - correspondant à l'atteinte de leurs objectifs par les seuls Etats-Unis. En tout état de cause, les positions prises par Pékin ne peuvent qu'irriter un peu plus Pyongyang contre son puissant voisin, et encourager la RPD de Corée à rechercher un dialogue direct avec les Etats-Unis sans passer désormais par le médiateur chinois, traduisant ainsi le recul sans précédent des capacités d'influence chinoises sur la Corée du Nord.

Principale source : 

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 22:31

Taïwan et la RPDC n'entretiennent pas actuellement entre elles de relations diplomatiques. Toutefois l'histoire, l'économie ainsi que le tourisme et le problème des déchets nucléaires, la présence de la Chine Populaire et des Etats-Unis, font que ces deux pays ne sont pas de facto si éloignés que cela. Article rédigé par Florent Charles, docteur en droit.

A) L'Histoire

À la suite de la guerre civile chinoise, le gouvernement nationaliste du Kuomintang se replie sur des îles, dont les principales sont Haïnan et Taïwan. Un exode massif de civils accompagne l'état-major nationaliste et les troupes rescapées : Taipei est proclamée capitale provisoire de la République de Chine.

Alors que les États-Unis avaient reconnu le gouvernement de Tchang Kaï-chek comme le seul représentant légitime de toute la Chine, le président Harry Truman annonce le 5 janvier 1950 qu'ils ne s'impliqueraient pas dans un conflit éventuel entre la Chine populaire et Taïwan. Toutefois, le déclenchement de la guerre de Corée modifie la position américaine au sujet de Taïwan.

Le président Truman déclare le 27 juin 1950 que :

L'attaque sur la Corée fait comprendre clairement que le communisme a dépassé l'utilisation de subversion pour conquérir des nations indépendantes et va maintenant utiliser l'invasion armée et la guerre. Il a défié les ordres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies conçu pour préserver la paix et la sécurité internationales. Dans ces circonstances, l'occupation de Formose par les forces communistes serait une menace directe pour la sécurité de la région du Pacifique et aux forces des États-Unis exerçant leurs fonctions légitimes et nécessaires dans ce domaine. En conséquence, j'ai ordonné à la 7ème flotte d'empêcher toute attaque contre Formose. Comme corollaire de cette action, je fais appel au gouvernement chinois de Formose de cesser toutes opérations aériennes et maritimes contre le continent. La 7ème flotte veillera à ce que cela soit réalisé. La détermination du statut futur de Formose doit attendre le rétablissement de la sécurité dans le Pacifique, un accord de paix avec le Japon, ou d'examen par les Nations-Unies.

Ainsi, sans l'intervention des États-Unis Taïwan ne serait pas de facto un État. Par ailleurs, sans l'intervention chinoise dans la guerre de Corée, la RPDC n'existerait sûrement plus.

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

Utilisation du napalm par les Américains pendant la guerre de Corée

La RPD de Corée ne doit sa survie qu'à la décision de Mao Tsé-Tung qui s'est débarrassé des nationalistes chinois de jouer un rôle de premier plan en Asie. Ainsi début novembre, près d'une cinquantaine de divisions chinoises franchissent le Yalu. Si officiellement il s'agit de volontaires, dans les faits l'armée chinoise impliquée ressort bien de Pékin. Dans les airs elle est couverte par une aviation aux commandes de Soviétiques qui alignent les fameux Mig 15.

Devant un tel déploiement de forces les troupes de MacArthur ne peuvent que reculer, la RPDC est rapidement libérée par les troupes chinoises. La situation est tellement sérieuse pour les Américains que MacArthur demande au président Truman de faire exécuter des frappes nucléaires sur la Mandchourie. Ces demandes et la radicalité de son engagement anti-chinois lui vaudront d'être remplacé par le général Ridgway. Après avoir frôlé la catastrophe durant l'hiver 1950-1951, les troupes onusiennes et sud-coréennes se ressaisissent et la guerre de mouvement cède peu à peu la place à une guerre de position coûteuse. A l'été 1953 la ligne de front s'est stabilisée non loin du 38ème parallèle. La RPDC et la République de Corée commencent alors leur reconstruction, laquelle sera plus rapide pour la première.
 

B) L'option taïwanaise

Selon Roger Cavazos ancien membre de l'armée américaine ayant travaillé au contact de nombreux pays d' Extrême-Orient, quand les leaders politiques chinois souhaitent que la RPDC ne soit pas un pays développant des armes de destruction massive, il se peut qu'ils fassent aussi référence au fait que Taïwan puisse obtenir de Pyongyang de telles armes afin de se défendre. Selon Mycal Ford, consultant associé auprès de l'université américaine dans l’État de Washington aux États-Unis, sans aller vers des relations aussi extrêmes entre les deux pays, on peut considérer qu'entre Taipei et Pyongyang existe un minimum d'échanges.

Il est relativement rare d'entendre parler de Taïwan sur la scène internationale sauf lorsque la République populaire de Chine tire des missiles dans le détroit de Taïwan ou tente de s'imposer militairement sur les quelques îles de l'ouest ou du sud de la mer de Chine. Cela ne veut pas dire pour autant que la RPDC ne prend pas acte de l'existence de Taïwan.

Les relations entre les deux États sont à la création de la RPDC quasi-inexistantes. En effet, les chinois nationalistes ont souhaité se battre contre la Corée du Nord lors de la guerre de Corée en aidant les États-Unis et dès l'arrivée des Chinois continentaux à Taïwan la RPDC a préféré se ranger du côté de son allié, Pékin.

Par ailleurs le Parti communiste chinois a toujours été soutenu sur le plan politique par Pyongyang lorsqu'il s'agit de l'unité de la Chine et du problème de la réintégration de Taïwan à l'ONU. La République populaire de Chine a reconnu l’État sud-coréen en 1992 mais la RPDC n'a jamais reconnu le régime de Taipei, un tel acte serait un suicide économique pour Pyongyang.

Régulièrement, Pyongyang condamne les autorités taïwanaises lorsqu'elles souhaitent organiser un référendum concernant le retour de Taïwan à l'ONU et lorsqu'elles tentent de quelque façon que ce soit de rejoindre cette organisation. Un tel référendum toujours selon Pyongyang poserait des problèmes majeurs concernant les relations entre la Chine populaire et Taïwan et déstabiliserait les équilibres géopolitiques extrême-orientaux. La RPDC soutient le principe d'une réunification chinoise basée sur le principe d'une seule Chine et d'un pays deux systèmes.

Mais que se passerait-il si les relations sino-nord-coréennes s'étendaient à Taïwan, si les sinophones de plus en plus nombreux en Corée du Nord avaient la possibilité de communiquer avec Taïwan ?

La RPDC depuis plusieurs années considère sérieusement l'hypothèse de développer ses relations économiques et touristiques avec l'étranger. Avec Taïwan, Pyongyang a de rares relations commerciales non officielles. Pékin interdit tout tourisme entre la Corée du Nord et Taipei. Ces considérations nous font prendre conscience que Taïwan pour la Corée du Nord n'est en aucun cas une alternative commerciale à la Chine.

Lorsqu'une relation commerciale ou touristique s'établit entre Taïwan et la RPDC elle revêt un caractère éminemment politique et diplomatique mais reste cachée. Par exemple en juin 2012 le journal taïwanais Huanqiu Shibao a révélé l'existence d'un voyage non prévu à Taipei effectué par Zhao Chengkui, vice-ministre du bureau du tourisme de la Corée du Nord, non invité par le gouvernement de Taïwan.

Zhao Chengkui a rencontré lors de son déplacement des agences de voyage taïwanaises afin de faire fructifier les échanges touristiques entre les deux pays en permettant aux Taïwanais de se rendre plus facilement dans son pays en y dépensant leur argent.

Le ministère des Affaires étrangères de Taïwan (acronyme anglais : MOFA) n'a pas été consulté ni prévenu de la visite de ce diplomate nord-coréen alors que le MOFA est une structure administrative et politique importante et que les deux pays n'entretiennent pas entre eux de relations diplomatiques. Celui-ci n'a pas violé les lois taïwanaises de l'immigration parce qu'il est arrivé à Taipei avec un visa de touriste. C'est toutefois uniquement en regardant les informations à la télévision taïwanaise que les membres du MOFA ont pu savoir quelques heures après que Zhao Chengkui était bien à Taïwan.

On peut se demander si le déplacement d'un tel vice-ministre est légal à Taïwan parce que celui-ci a un rang officiel dans son pays et qu'il lui a été accordé un visa pour touriste uniquement. Le MOFA ne s'est pas montré intransigeant en le laissant rentrer à Taïwan. Les États-Unis auraient pu s'insurger contre une telle visite mais Taipei aurait pu répondre qu'il n'en savait rien. En effet la loi taïwanaise est assez souple en ce qu'elle permet aux officiels nord-coréens arrivant à Taïwan d'obtenir un visa sur place et oblige uniquement les services de l'immigration d'informer le MOFA après la délivrance d'un tel visa.

Taïwan malgré tout n'a pas fourni à Zhao Chenkui un visa diplomatique parce que les États-Unis auraient été contre et ces derniers auraient pu remettre en cause la fourniture de ventes d'armes de Washington à Taipei.

La RPDC en plus de vouloir attirer des touristes dans son pays souhaite lors de foires commerciales qui se tiennent à Dandong en Chine tout près de la frontière nord-coréenne attirer des entreprises taïwanaises dans son pays en montrant à ces dernières la qualité de sa main d’œuvre.

Lors de ces foires, des petites entreprises taïwanaises vendent différents produits comme des composants électroniques, des produits cosmétiques, des vélos et du thé. Par ailleurs, des restaurants taïwanais sont présents sur place. C'est grâce à une décision provenant du gouvernement nord-coréen que les entreprises taïwanaises sont invitées régulièrement à Dandong.

La main d’œuvre nord-coréenne est peu onéreuse et très qualifiée selon les Taïwanais qui participent à ces foires. Pour les Nord-Coréens pouvant se rendre en Chine, travailler pour des entreprises taïwanaises est une expérience de grande importance. En fait, Taipei n'a jamais vraiment rompu complètement ses relations commerciales avec la Corée du Nord. Il y a environ cent entreprises taïwanaises installées en RPDC par l'intermédiaire de sociétés chinoises qui exportent majoritairement des produits chimiques et du matériel médical.


C) Les déchets nucléaires


Le Liberty Times, un journal taïwanais très populaire sur l'île reflétant souvent les idées du Parti démocrate progressiste local a en 2013 informé le public que la RPDC a décidé d'assigner en justice la société taïwanaise Taipower qui gère la production et la gestion du nucléaire en République de Chine.

Pyongyang n'en démord pas selon le journal : Taipower a rompu un contrat d'une durée de seize ans conclu entre la Corée du Nord et Taïwan qui donnait la possibilité à cette société d'exporter des déchets radioactifs de faible intensité dans le nord de la péninsule coréenne pour y être stockés en 1996.

Taipower devait payer à la RPDC 8,72 millions de dollars américains dans le cadre de ce contrat non écrit. Pyongyang, par l'intermédiaire de l'avocat Caihui Ling, lui réclame maintenant 300 millions de dollars américains de dédommagements.

Le ministère de l'économie taïwanais a tenu à préciser suite à la révélation de cette affaire que ce contrat a dû être suspendu en raison d'une importante pression politique provenant de Séoul et de Washington. Cependant, deux ans après en 1998 Taipower et la RPDC ont signé ce contrat malgré les réticences internationales : Pyongyang devait continuer à construire à un prix élevé des sites dans son pays où les déchets nucléaires taïwanais allaient être déposés, et par la suite Taipei règlerait la somme d'argent prévue dans le contrat.

L'entreprise taïwanaise n'a jamais pu respecter les termes du contrat parce qu'elle n'obtint jamais de la part de l'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais le droit d'exporter de tels déchets nucléaires à l'étranger. L'auteur Mycal Ford pense que Taipower n'a pas pu résister à la pression internationale et au fait qu'il était délicat de commercer avec un État « paria qui laisse mourir de faim sa population ». En fait, le gouvernement taïwanais ne voulait pas froisser les États-Unis qui lui vendent de nombreuses armes défensives pour rééquilibrer le rapport de force militaire dans le détroit de Taïwan.

L'organisme officiel à l'énergie atomique taïwanais prit malgré tout la décision de vérifier si en Corée du Nord le site où les déchets radioactifs de son pays allaient être déposés avait été bien construit. Il n'en fut rien. L'auteur s'interroge également sur le fait de savoir comment Taipower avait pu faire autant confiance en la capacité pour la RPDC à construire un tel site de dépôt de déchets radioactifs alors que celui-ci faisait face à une sévère pénurie alimentaire dans les années 1990. Quoiqu'il en soit l'avocat qu'a choisi Pyongyang continue toujours de travailler sur cette rupture de contrat de la part de Taipower.

Ce que l'on doit retenir selon Mycal Ford c'est qu'il est compliqué de s'engager dans des relations commerciales avec Pyongyang, particulièrement pour Taïwan qui est un allié des États-Unis. Par ailleurs, cet engagement peut poser un problème au regard de la réputation de l'île qui se veut être démocratique et constituer une alternative à la Chine continentale.

Si le problème des déchets nucléaires taïwanais a pu se poser pour la RPDC qui était censé les recevoir, la question se pose aussi de déchets radioactifs nord-coréens qui seraient entreposés au large des côtes taïwanaises. Cette information a pu voir le jour suite à une déclassification de documents officiels italiens par le service de renseignement militaire italien.

Ces déchets ont été entreposés durant les années 1990 selon ces documents et l'auraient été par l'intermédiaire d'un homme d'affaire italien Giorgio Comerio qui aurait fait fortune en entreposant également d'autres déchets près des côtes méditerranéennes et somaliennes.

Le fait d'entreposer de tels déchets était une pratique acceptée avant que l'organisation non gouvernementale Greenpeace s'empare de l'affaire. Les documents déclassifiés ont révélé que M. Comerio a commencé à collaborer avec le gouvernement de la RPDC vers 1995. L'affaire était simple : il obtint 227 millions de dollars américains et on lui confia 200.000 barils de déchets radioactifs à entreposer près des côtes taïwanaises, à un endroit où il est possible d'enfouir très profondément de tels barils.

La révélation de cette affaire en février 2017 coïncide avec le renouvellement de sanctions par l'ONU contre la RPDC après le succès de tirs de missiles balistiques stratégiques nord-coréens.

Des organisations environnementales taïwanaises ont été offusquées suite à cette révélation et ont protesté en demandant que le gouvernement taïwanais éclaircisse ce problème en souhaitant qu'il soit procédé à des tests pour savoir si l'environnement taïwanais et l'océan Pacifique avaient été impactés et que soit trouvé le lieu des déchets. Contrairement à ce qui s'est passé en Europe, la police du pays n'est pas intervenue pour disperser les manifestants.

Le cabinet du conseil à l'énergie atomique taïwanais a répondu aux manifestants qu'il n'était pas au courant des informations déclassifiées par le gouvernement italien.

 

    D) Les relations avec les États-Unis

      La décision de Donald Trump d'accepter de répondre à un appel téléphonique de la part de la nouvelle présidente taïwanaise Tsai Ing-wen pour la féliciter d'être parvenue à ce poste a créé une nouvelle donne dans les relations entre les États-Unis et la Chine populaire, non pas pour le contenu de l'appel mais pour cet appel lui-même.

      Tsai Ing-wen

      Tsai Ing-wen

      Si les États-Unis veulent jouer la carte taïwanaise en humiliant la Chine et le Parti communiste Chinois en revenant sur le principe d'une seule Chine, il n'est pas sûr du tout que le président Xi Jinping ne réagisse pas. En effet, ce dernier considère que Taïwan est une province chinoise qui devra un jour où l'autre être contrôlée par Pékin et non plus par les autorités locales taïwanaises.

      Le président chinois pourrait tout à fait entraîner une escalade des tensions entre Pékin et Washington en reconsidérant les relations sino-nord-coréennes et en agissant de trois façons différentes si le président Trump était amené à donner plus de contenu aux rapports entre les États-Unis et Taïwan. On pourrait imaginer une administration Trump acceptant de recevoir des officiels taïwanais aux États-Unis et une administration taïwanaise acceptant de recevoir des officiels américains.

      La Chine populaire pourrait ne plus voter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU allant à l'encontre de la RPDC en ne la sanctionnant plus économiquement lorsque cette dernière teste de nouveaux missiles ou procède à une nouvelle expérimentation nucléaire.

      La Chine populaire pourrait également ignorer les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU à l'encontre de la RPDC. La récente résolution 2321 du Conseil votée avec l'accord de Pékin est une résolution qui isole économiquement encore plus Pyongyang. Pékin pourrait ne plus la respecter et cela redonnerait de l'oxygène à l'économie nord-coréenne. Cela permettrait à la Corée du Nord de se maintenir et ainsi d'éviter une réunification éventuelle de la péninsule coréenne par absorption qui aboutirait à une présence possible des troupes américaines jusqu'à la frontière nord-coréenne ou à un exode massif de Nord-Coréens en Chine populaire, ce que redoute Pékin.

      Pékin pourrait aussi changer radicalement sa politique envers la RPDC si Washington prévoyait de discuter avec Taipei d'une façon de plus en plus formelle sur le plan diplomatique. La Chine populaire pourrait alors soutenir une Corée du Nord nucléarisée. La position stratégique de la Chine en Asie-Pacifique n'a jamais été déséquilibrée par la présence d'une Corée du Nord nucléarisée.

      D'après Daniel R. DePetris, analyste en géostratégie auprès de la société Wikistrat, les États-Unis doivent choisir. Selon eux est-il préférable que Taïwan ait une stature internationale plus importante que maintenant pour relever le niveau de la sécurité géostratégique dans le Pacifique, ou faut-il permettre à moyen terme que la péninsule coréenne soit dénucléarisée ?

      Les règles du jeu ne sont pas aussi simples dans le domaine des relations internationales. Le 1er mai 2013 un tribunal américain de l'Illinois a sanctionné une société taïwanaise et un ressortissant taïwanais pour avoir enfreint les lois américaines relatives aux règles régissant l'interdiction de la prolifération des armes de destruction massive en commerçant avec la RPDC. Il n'y a pas qu'un bon et qu'un méchant.

      Si ces considération relatives aux prises de position des États-Unis face au problème chinois ne concernent pas directement les relations entre Taïwan et la RPDC, on peut remarquer à travers ces informations que Washington a une influence importante en Extrême-Orient, quoique pondérée par la présence de Pékin.

      C'est en redéfinissant ici leurs relations avec Taïwan que les États-Unis peuvent avoir une emprise directe sur les relations qu'entretiennent l'île et la RPDC, tout comme lorsque Washington tente de faire évoluer ses relations avec Pyongyang vers plus ou moins d'ouverture entre les deux capitales.


      La RPDC et Taïwan n'entretiennent donc pas entre elles de relations diplomatiques. Il existe cependant des bribes de relations économiques et touristiques entre ces deux pays, notamment par l'intermédiaire de la Chine populaire. L'influence des États-Unis en Extrême-Orient a des conséquences non négligeables sur ces relations.

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      12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:52

      Face à l'attitude belliqueuse des Etats-Unis (qui ont dépêché le porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson, avec sa flotte d'escorte, au large de la péninsule coréenne), tant la République de Corée (du Sud) que le Japon ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas de frappes américaines sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui feraient courir le risque d'un embrasement de la région - Séoul et Tokyo étant alors aux premières loges. Dans ce contexte particulièrement tendu - où il convient de relativiser la portée de la démonstration de force de Donald Trump (le porte-avions USS Carl Vinson est déjà dans la région Pacifique depuis janvier) - un pays porte le poids des efforts diplomatiques pour une issue négociée, loin des réactions passionnées et impulsives et faisant appel à la raison : la République populaire de Chine.

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Donald Trump et Xi Jinping lors de leur rencontre en Floride, le 8 avril 2017

      Dans la diplomatie chinoise, on évalue la situation la tête froide sans réaction impulsive - un peu le contraire de l'Américain Donald Trump lorsqu'il a pris la décision de frapper la Syrie, faisant planer une menace de guerre dans la péninsule coréenne, théâtre de très larges exercices de guerre.

      Dans ce contexte, le Président chinois Xi Jinping a pris acte des frappes américaines en Syrie (intervenues pendant son sommet aux Etats-Unis), réaffirmé la volonté de Pékin d'agir de concert avec Washington (qui a menacé d'agir unilatéralement), notamment sur la question coréenne, en plaidant pour le multilatéralisme. Médiateur de longue date entre les Etats-Unis et leurs alliés d'une part, la RPD de Corée d'autre part, sur la question coréenne, la Chine a agi avec calme, en appelant une nouvelle fois les différentes parties à la retenue - alors que la RPD de Corée est par ailleurs soupçonnée de pouvoir procéder à un essai nucléaire ou un essai balistique avant le 15 avril 2017, 105e anniversaire de la naissance du fondateur du pays, le Président Kim Il-sung.

      Cette fois, le Président Xi Jinping a choisi d'appeler lui-même son homologue américain Donald Trump le 12 avril 2017, afin de le dissuader d'une action aux conséquences imprévisibles. Selon le Korea Times, le Président américain aurait été pressé de

      trouver une solution pacifique aux tensions croissantes autour du programme nucléaire nord-coréen.

      Dans un éditorial cité par Courrier international, le Huanqiu Shibao a souligné les limites d'une aventure militaire unilatérale américaine :

      Si l’Amérique veut agir seule, le ‘résultat’ sera là, mais le soutien international sera faible. La question nucléaire nord-coréenne ne se résume pas à une question militaire, il faudra toujours au bout du compte parvenir à une solution politique, et la coopération internationale ne devra pas faire défaut.

      Le même éditorial incitait par ailleurs Pyongyang à s'abstenir de toute initiative dans le contexte présent, "pour sa propre sécurité et pour préserver sa capacité de négociation". Au même moment, l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée s'est réunie pour prendre des décisions budgétaires (le budget militaire a été accru de 5,4 % par rapport à 2016, pour faire face aux menaces américaines, représentant ainsi 15,8 % du budget national), et reconstituer par ailleurs une commission des Affaires étrangères - traduisant la volonté de relancer la diplomatie parlementaire.

      Si la Chine sanctionnerait probablement une nouvelle fois la RPDC en cas d'essai nucléaire, elle a aussi ses propres intérêts stratégiques (qui l'amène à s'opposer au déploiement de THAAD en Corée du Sud) et entend exercer ses responsabilités de grande puissance pour préserver la paix et la stabilité dans son environnement immédiat.

      Sources :

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      25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 22:24

      Le 16 mars 2017, le journal russe en ligne Vzgliad, dont la fréquentation estimée à 20 millions de visiteurs par mois, a publié un article d'Andrei Rezchikov intitulé (en français) : "Les « mises en garde » chinoises sur la défense anti missiles commencent à produire leur effet", revenant sur la montée des tensions dans la péninsule coréenne, à la suite notamment du déploiement dans le Sud de la Corée du système américain de missiles antibalistique Terminal High Altitude Area Defense (THAAD). Nous reproduisons ci-après une traduction en français de cet article par Marianne Dunlop, par ailleurs adhérente de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), publiée sur le site Histoire et société. L'AAFC a ajouté les liens dans cet article vers d'autres articles du blog de l'AAFC.

      Moon Jae-in, favori de l'élection présidentielle anticipée sud-coréenne du 9 mai 2017.

      Moon Jae-in, favori de l'élection présidentielle anticipée sud-coréenne du 9 mai 2017.

      Il semble bien que la Corée du Sud ait l’intention de reconsidérer sa décision de déployer sur son territoire le système de défense antimissile des États-Unis. Des allusions en ce sens ont commencé à apparaître au sein du parti dont le représentant est susceptible de diriger le pays après la prochaine élection. La Chine a trouvé des arguments très sensibles pour les Coréens.

      Jeudi, le chef de l’opposition parlementaire sud-coréenne « Toburo » (« Ensemble ») A San-ho a appelé à renoncer à l’installation du système anti-missile US THAAD – tant que le pays n’aura pas obtenu le consentement de la Russie et de la Chine.

      Le politicien a expliqué que le déploiement du système anti-missile n’est possible que si cela ne porte pas atteinte aux relations de Séoul avec les pays voisins, rapporte TASS en référence à « Yonhap. » « Nous devons être très prudents dans cette affaire délicate, – a-t-il dit. – La Chine exerce une forte pression économique ».

      Début mars, le commandement du contingent américain en Corée du Sud a annoncé avoir commencé le déploiement du complexe anti- missile THAAD. Les deux premiers lanceurs ont été acheminés vers une base militaire près de la ville de Pyeongtaek, à 70 km de Séoul. Selon la position officielle de Washington, la raison de l’installation de THAAD dans la région a été la menace nucléaire de la Corée du Nord.

      Initialement le déploiement de THAAD était prévu pour l’été, mais le processus a été accéléré après que la Corée du Nord a mené une série de lancements de missiles. A Moscou, le Conseil de la Fédération a qualifié l’apparition de THAAD en Corée du Sud « un nouveau défi à la Russie », une tentative de « l’encercler par l’est et l’ouest. » La Chine est encore plus préoccupée. Pékin estime que la puissance de THAAD est excessive pour dissuader la Corée du Nord, et son véritable objectif est la surveillance de la partie nord-est de la Chine avec l’aide d’un puissant radar. « Nous ne permettrons pas de porter atteinte à nos intérêts de sécurité nationale », – a déclaré à cette occasion le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hong Lei.

      Le fait que ce soit la gauche qui s’oppose au déploiement du système antimissile américain n’est pas un hasard. Selon un expert de la Corée, le Professeur de l’Université d’Etat de St. Petersbourg Irina Lantsova, la vie politique de la Corée du Sud comprend principalement : une aile droite conservatrice, qui est basée sur une alliance étroite avec les Etats-Unis, et un groupe de partis, dont le « Toburo », qui peut être qualifié de centre-gauche. Ils préconisent une politique étrangère plus équilibrée avec un appui non seulement sur les États-Unis mais aussi d’autres puissances régionales.

      « Déjà au printemps et en été de l’année dernière, beaucoup de personnalités de centre-gauche se sont opposées au système de défense antimissile en Corée. La société en Corée du Sud n’est pas unie sur cette question. Et maintenant, avec la crise politique que connaît le pays, lorsque les chances pour l’arrivée du centre-gauche au pouvoir sont accrues, des voix s’élèvent à nouveau pour que soit révisée la décision sur la défense antimissile », – dit Lantsova à notre journal.

      Pour rappel, des élections présidentielles anticipées sont prévues à la date du 9 mai. Elles ont été rendues nécessaires après que le Parlement a voté la destitution de la présidente Park Geun-hye, et maintenant la décision a été approuvée par la Cour constitutionnelle. Selon Lantsova, après le fiasco de Park Geun-hye, la cote de la droite a chuté et les chances d’arrivée au pouvoir du centre-gauche sont grandes. Comment l’écrivait jeudi « Kommersant », le favori incontesté de la course est aujourd’hui le représentant du parti « Toburo », Moon Jae-in.

      Des sanctions non annoncées officiellement, mais néanmoins efficaces

      En outre, un grand impact sur la politique de Séoul a été exercé par les sanctions de la Chine, qui a commencé à restreindre le commerce avec son voisin, y compris l’annulation officieuse des tournées de chanteurs et la diffusion de films en provenance de Corée du Sud. « La Chine est le principal partenaire économique de la République de Corée. Les restrictions commerciales concernent principalement les biens de consommation de la jeunesse. En outre, les Chinois ont limité la présence de grandes sociétés coréennes comme le groupe Lotte », – dit-elle. Le ministère de la Défense coréen a reconnu que la tension dans ce domaine s’est également amplifiée – la coopération militaire entre les deux pays est presque au point mort. C’est la société Lotte qui a fourni un emplacement sur le territoire de Corée pour l’installation de THAAD, et maintenant la moitié de son réseau de supermarchés en Chine a déjà fermé – sous divers prétextes.

      Le politologue de Corée du Sud Pak No-ja a expliqué au journal VZGLIAD que, selon les sondages, la plupart des Coréens considèrent déjà ces sanctions comme une menace pour l’économie du pays, jusqu’à 30% du commerce étant effectué avec la Chine (en comptant Taiwan et Hong Kong). « Du point de vue de nombreux Coréens, qui sont essentiellement préoccupés par la survie économique, THAAD  est de la folie complète », – a dit Pak.

      Le parti « Toburo » s’appuie sur de grands conglomérats tels que Samsung et Hyundai, qui sont maintenant liés à la Chine, et non aux États-Unis. La plus grande usine de Samsung pour la production de semi-conducteurs se trouve en Chine. « Du point de vue du capital monopoliste coréen, une rupture avec la Chine serait un coup mortel, couvrir de telles pertes à court terme serait absolument impossible », – dit-il.

      En fin de compte, tout se résume à qui l’emportera, du grand capital en alliance avec les libéraux et le centre-gauche, ou de la droite étroitement associée au lobby militaire, puisque le ministère de la Défense est le principal soutien du THAAD. Pak prévoit que l’élection de mai portera sans doute au pouvoir l’opposition, et le président sera le représentant de « Toburo » Moon, et ensuite, avec le soutien de la grande entreprise, le nouveau chef va se battre contre le ministère de la Défense. « Le résultat de cette lutte montrera quels sont les rapports de forces sociales et politiques dans la société, leur influence, leurs possibilités », – prédit Pak No-ja.

      Dans le cas d’une telle lutte, l’expert n’exclut pas que les Etats-Unis par la suite abandonnent le système de défense antimissile en Corée du Sud, afin de conserver leur influence sur la partie sud de la péninsule coréenne. « Les Etats-Unis comprennent qu’il leur faut maintenir l’hégémonie idéologique. Il faut que la majorité des Coréens soient persuadés que la suprématie politique et militaire américaine en fin de compte est à leur avantage », – a-t-il conclu.

      La situation autour du radar américain en Corée du Sud ressemble à celle autour du radar américain en Pologne. Les États-Unis envisagent de déployer un radar en Pologne pour surveiller la Russie, de même que leur radar en Corée du Sud est conçu pour avoir un œil sur la Chine. Cependant, la peur de fâcher la Chine en Corée du Sud, semble-t-il, a été beaucoup plus forte que la peur de fâcher la Russie en Pologne.

      Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

      Sources :

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      8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 13:14

      Après le tir de quatre missiles par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) le 6 mars 2017, en réaction au lancement de manoeuvres militaires conjointes américano - sud-coréennes d'une ampleur sans précédent, la tension a encore monté d'un cran avec le début du déploiement, au sud de la péninsule, du dispositif américain de missiles antibalistiques Terminal High Altitude Area Defense (THAAD), dont les premiers équipements sont arrivés à Osan, au sud de Séoul le 7 mars 2017. La République populaire de Chine a réagi par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui, lors d'une conférence de presse s'étant tenue le 8 mars, a réitéré l'opposition de son pays au déploiement de THAAD, tout en esquissant les voies d'une sortie de crise qui permettrait de préserver la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est.

      Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

      Wang Yi, lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017.

      Dans la doxa néoconservatrice, l'affaire est entendue : la Chine serait toujours in fine l'alliée d'une Corée du Nord belliqueuse et aventurière, et la course aux armements entretenue en Asie du Nord-Est par les Etats-Unis relèverait de la légitime défense du Japon et de la République de Corée (Corée du Sud) face à un adversaire pourtant infiniment moins puissant (le budget militaire américain est plus de 100 fois supérieur à celui de la Corée du Nord).

      Mais avec le début du déploiement de THAAD en Corée du Sud, Pékin dénonce à présent ouvertement l'utilisation du prétexte nord-coréen pour redéployer les forces armées américaines dans la région Asie-Pacifique et bien contrecarrer, en premier lieu, la montée en puissance de la Chine. Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a rappelé "solennellement" l'opposition de son pays au déploiement de THAAD :


       

      Nous demandons à la Corée du Sud de ne pas insister à vouloir prendre ce chemin, car le résultat ne peut qu'être dommageable pour les autres et ne peut que faire du mal à soi-même.

      Plus qu'un moyen d'intercepter un hypothétique missile nord-coréen (dont la réussite technique serait de surcroît hasardeuse), le dispositif THAAD permet un espionnage militaire de la Russie et de la Chine, et affaiblit donc les capacités d'autodéfense de Pékin et Moscou.

      Wang Yi a usé d'une métaphore ferroviaire pour analyser la situation en Corée, en évoquant l'image de

       

      deux trains qui accélèrent l'un en face de l'autre sans qu'aucun des deux ne veuille céder le passage.

      Dans ce contexte, la Chine renvoie dos à dos les deux Etats coréens. Vis-à-vis de Pyongyang, Pékin a suspendu les importations de charbon nord-coréen suite à l'essai balistique auquel a procédé la RPD de Corée le 12 février 2017. Selon une source très proche des services de renseignement américains (Radio Free Asia), la RPD de Corée aurait réagi en suspendant ses exportations de terres rares vers la Chine. Enfin, la Chine a donné son accord sur le communiqué de presse du Conseil de sécurité des Nations unies, rédigé par les Etats-Unis,  condamnant les tirs de missiles balistiques nord-coréens du 6 mars 2017, adopté à l'unanimité des membres du Conseil de sécurité.

      Il n'est pas nouveau que la Chine applique les sanctions internationales contre la Corée du Nord, dont elle a toujours désapprouvé le programme nucléaire. En revanche, les sanctions économiques prises à l'encontre de la Corée du Sud suite au déploiement de THAAD sont relativement inédites par leur ampleur. Ainsi, les agences de voyages chinoises ont suspendu leurs circuits touristiques en Corée du Sud. 

      Un autre sujet concerne le conglomérat sud-coréen de l'agroalimentaire Lotte, qui a cédé à l’armée sud-coréenne un terrain de golf pour accueillir le système THAAD. Les activités de 23 magasins du groupe Lotte ont été suspendues par les autorités chinoises pour infraction aux règles de sécurité incendie. Les autorités sud-coréennes dénoncent une mesure de rétorsion contre THAAD et entendent saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC). En tout état de cause, des manifestations appelant au boycott des produits sud-coréens ont éclaté en Chine, alors qu'un nombre croissant de voix appelle, en Chine, à "sanctionner la Corée du Sud".

      Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

      Manifestation à Jilin (Chine) contre le déploiement de THAAD et pour le boycott des produits sud-coréens.

      Dans ce contexte, les propositions chinoises d'une sortie de crise ne doivent pas être interprétées comme de nature à favoriser la Corée du Nord ou bien les Etats-Unis et la Corée du Sud, mais traduisent bien une volonté de renouer le dialogue - tout en préservant les intérêts chinois.

      Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2017, Wang Ji a ainsi déclaré :

      Afin de désamorcer la crise qui se prépare dans la péninsule, la Chine propose que, dans un premier temps, [la Corée du Nord] suspende ses programmes nucléaire et balistique, en échange de l'arrêt des manœuvres militaires à grande échelle des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

      Cette proposition est raisonnable : elle reprend le principe "action contre action" qui avait permis d'aboutir à de précédents accords sur la question nucléaire en Asie du Nord-Est, en visant à créer un climat de confiance mutuel et à engager une désescalade par étapes, dans laquelle  chacune des parties s'engage à accomplir simultanément un geste d'apaisement. De fait, les Etats-Unis avaient déjà arrêté leurs exercices de guerre dans les années 1990 pour créer les conditions d'un dialogue avec Pyongyang - et une telle initiative ne serait donc pas nouvelle. Pour sa part, la Corée du Nord a proposé à de multiples reprises de suspendre son programme nucléaire et balistique contre la reprise de dialogue en vue de parvenir à des garanties de sécurité, qui pourraient lui permettraient de renoncer in fine à sa force de dissuasion nucléaire - mais elle ne peut pas accepter le diktat de l'administration Obama consistant en un désarmement nucléaire complet, unilatéral et sans contreparties.

      La proposition chinoise est désormais sur la table. Les Etats-Unis et la Corée du Sud vont-ils sérieusement l'envisager, ou préfèreront-ils s'entêter dans une course aux armements qui ne peut que précipiter les dangers de guerre en Asie ?

      Principales sources :

       

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