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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 22:07

A l'occasion des cérémonies marquant le 70e anniversaire de la victoire en Asie lors de la Seconde guerre mondiale, la République populaire de Chine accueille (RPC) quelque trente chefs d'Etat et de gouvernement étrangers - dont le Russe Vladimir Poutine et la Sud-Coréenne Park Geun-hye. Cette dernière, présente à Pékin du 2 au 4 septembre 2015, se démarque des pays occidentaux, qui n'ont pas souhaité être représentés au plus haut niveau, notamment lors de la parade militaire dans la capitale chinoise le 3 septembre, tandis que le Japon est absent. Si l'actuelle diplomatie sud-coréenne entend ne pas choisir entre les Etats-Unis, principal allié politique et militaire, et la Chine, premier partenaire économique, ce choix  de Mme Park Geun-hye d'aller à Pékin traduit une marque d'indépendance vis-à-vis de Washington, qui tranche avec l'alignement systématique de son prédécesseur Lee Myung-bak. Cette évolution favorise un approfondissement des échanges intercoréens, alors que Pékin se pose en médiateur, encourageant le dialogue entre la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Rencontre au sommet entre Park Geun-hye et Xi Jinping

A l'occasion de leur sixième rencontre au sommet depuis 2013, la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye et le président chinois M. Xi Jinping ont convenu, le 2 septembre 2015, d'approfondir leur coopération bilatérale, traditionnellement forte dans le domaine économique. En particulier, le Président Xi Jinping a rappelé la mise en place officielle de l'accord de libre échange et les progrès réalisés au sein de la Banque asiatique d'investissement et de développement des infrastructures (BAII).

S'agissant de la péninsule coréenne, si l'agence officielle sud-coréenne Yonhap a joué son rôle d'organisme pro-gouvernemental en titrant sur une prétendue "mise en garde" vis-à-vis de la RPDC "contre toute provocation", le texte précis émanant de la Maison Bleue sud-coréenne (et confirmé par le communiqué de l'agence officielle chinoise Xinhua) indique simplement que "les deux parties se sont opposées à tout acte pouvant attiser les tensions". Il s'agit de la reprise très exactement de la position chinoise, hostile tant aux essais nucléaires nord-coréens qu'aux manoeuvres militaires américano - sud-coréennes au large de la péninsule. Mais la formulation elliptique permet à Séoul d'en donner une interprétation conforme à sa position traditionnelle.

L'élément le plus significatif est en fait que les deux chefs d'Etat "s’accordent à penser que les pourparlers à six doivent reprendre rapidement", suite notamment au récent accord sur le nucléaire iranien. Ces pourparlers, visant à la dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, impliquent les deux Corée, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Japon et sont interrompus depuis 2008. Si la Chine est favorable à leur reprise sans conditions préalables, de telles conditions sont régulièrement rappelées par Washington et Séoul. Le fait que le communiqué ne mentionne plus ces préconditions peut être interprété comme un pas de Séoul en faveur de la reprise du dialogue multilatéral, même si cette position doit encore être exprimée plus explicitement par la République de Corée.

Par ailleurs, dans un contexte de tensions toujours vives entre Séoul et Tokyo à propos du révisionnisme historique japonais, il est significatif d'observer la représentation de la République de Corée à Pékin au plus haut niveau, à l'occasion de cérémonies qui, selon l'agence chinoise Xinhua, célèbrent la "victoire de la Guerre de résistance du Peuple chinois contre l'agression japonaise et de la Seconde Guerre mondiale". Les deux chefs d'Etat ont rappelé qu'ils avaient lutté ensemble contre le Japon. Ils n'en ont pas moins convenu d'organiser un sommet trilatéral avec le Japon, fin octobre ou début novembre, pour relancer le dialogue trilatéral, bloqué par les contentieux territoriaux et historiques, la dernière réunion datant de 2012, Mme Park Geun-hye remerciant par ailleurs Pékin pour son rôle joué dans l'apaisement des tensions régionales.

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 01:18

Le 28 juillet 2015, à l'occasion du 62e anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée - célébré en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la victoire dans la guerre de libération de la patrie - le Maréchal Kim Jong-un et l'Armée populaire de Corée ont rendu hommage non seulement aux deux premiers dirigeants du pays (Kim Il-sung et Kim Jong-il), mais aussi aux combattants coréens et chinois, rappelant ainsi que le rôle joué par l'Armée des volontaires du peuple chinois constitue un des fondements de l'amitié et de la solidarité entre la République populaire de Chine et la RPD de Corée.

La RPDC a honoré les volontaires chinois de la guerre de Corée

En déposant une gerbe de fleurs au cimetière des martyrs de l'Armée des volontaires du peuple chinois, en présence des différentes composantes de l'Armée populaire de Corée, ainsi que de la Garde rouge des ouvriers et des paysans, le Maréchal Kim Jong-un a rendu hommage au sacrifice des volontaires chinois ayant combattu étroitement aux côtés des Coréens :

Je présente mes respects aux martyrs de l'Armée populaire de Corée et à l'Armée des volontaires du peuple chinois [qui] ont donné leur vie précieuse dans cette guerre sacrée pour la liberté et l'indépendance du pays et la paix.

Je présente également mes respects aux vétérans de l'Armée des volontaires du peuple chinois qui ont combattu côte à côte avec nos soldats de l'Armée populaire et qui ont payé de leur sang la liberté et l'indépendance du peuple coréen et la paix en Orient.

Alors que la guerre de Corée s'est conclue par un simple accord d'armistice, l'Association d'amitié franco-coréenne milite pour l'établissement d'un traité de paix qui permette de mettre fin aux accrochages meurtriers qui ont trop endeuillé la péninsule coréenne depuis 1953.

La RPDC a honoré les volontaires chinois de la guerre de Corée

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 22:45

Le 11 janvier 2015, les Etats-Unis ont rejeté la proposition faite par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de suspendre ses essais nucléaires si les Etats-Unis et leurs alliés (au premier rang desquels la République de Corée, Corée du Sud) renonçaient à leurs exercices militaires de grande ampleur autour de la RPDC, et dénoncés par Pyongyang comme des préparatifs de guerre. En fermant une nouvelle fois la porte du dialogue qu'avaient ouverte les Nord-Coréens, les Américains ont campé sur leur position de front de refus (ni dialogue, ni échanges et renforcement continu des sanctions - de nouvelles mesures ayant été prises au lendemain du piratage de Sony Pictures, dans lequel la RPD de Corée a pourtant nié toute implication et selon des accusations du FBI mises en doute par de nombreux experts occidentaux en sécurité informatique). Dans ce contexte, le rêve américain d'une coalition avec la République populaire de Chine sur la question nord-coréenne s'est avéré une nouvelle fois chimérique, un commentaire publié par l'agence de presse chinoise Xinhua, intitulé "La paix dans la péninsule coréenne requiert des actions réciproques" - dont nous reproduisons et commentons ci-après de larges extraits - montrant un élargissement du fossé entre Washington et Pékin, la Chine ayant soutenu de manière constante la résolution des différends dans la péninsule coréenne par la voie du dialogue.

Washington ferme la porte au dialogue avec Pyongyang : le refus américain est condamné par la Chine

Soulignant que l'offre de dialogue de Pyongyang avait non seulement été rejetée par Washington, mais dénoncée comme une "menace implicite", Xinhua regrette que le refus opposé au geste d'ouverture de Pyongyang ait éloigné la perspective d'une "solution pacifique" à la question coréenne, telle que la promeut la Chine dans le cadre, notamment, des pourparlers à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) sur la question nucléaire, dont les sessions se sont tenues à Pékin jusqu'à 2008. Pour la Chine, une solution pacifique aux différends en suspens implique tout particulièrement de créer un climat de confiance entre les différentes parties, que ne contribue pas à instaurer le rejet catégorique opposé par les Etats-Unis.

"En fait, l'offre, que les Etats-Unis considèrent comme une 'menace implicite', est en quelque sorte un acte de bonne volonté publié par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour une solution pacifique à la crise qui perdue depuis dix ans sur la péninsule coréenne.

La proposition est le dernier des efforts déployés ces derniers mois par l'administration Kim Jong Un pour apaiser les tensions et établir un dialogue basé sur la confiance ou un climat détendu avec les États-Unis et la Corée du Sud.

Malheureusement, cette proposition n'a pas été accueillie à bras ouverts."

 

La mention par Xinhua du changement d'administration à Pyongyang ("l'administration Kim Jong Un"), à un moment dont on peut observer qu'il marque la fin du deuil officiel de trois ans après la disparition du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, aurait pourtant dû favoriser un changement d'approche, selon l'agence de presse chinoise.

Soulignant implicitement (l'idée figure explicitement dans le titre de l'article) que des gestes doivent être accomplis de part et d'autre, le commentaire de Xinhua rappelle que la RPDC est "un pays isolé et sanctionné depuis des décennies" et que les préoccupations légitimes de Pyongyang quant à sa sécurité nationale conduisent logiquement à devoir lier la question nucléaire nord-coréenne et les exercices militaires américano-sud-coréens. Dissocier ces deux dossiers, comme veut le faire Washington, est un non-sens.  

"Les Etats-Unis n'ont pas remarqué, ou ont choisi d'ignorer, le changement positif potentiel à l'atmosphère intense entourant la péninsule coréenne qui pourrait être apporté si la proposition était mise en œuvre.

La sécurité nationale est la 'priorité des priorités' pour n'importe quel pays de la planète, et l'est encore plus pour une nation comme la RPDC qui est isolée et sanctionnée depuis des décennies.

Contrairement à ce qu'a dit Mme Psaki (porte-parole du département d'Etat américain), la possibilité d'essais nucléaires de Pyongyang et les exercices militaires américano-sud-coréens ne sont pas des dossiers distincts."

 

Soulignant que l' "arrogance aveugle" américaine n'a produit aucun résultat positif, ne faisant que renforcer l' "anxiété" et exacerber la "sensibilité" de la RPDC, le commentaire de Xinhua conclut en appelant les Etats-Unis à changer d'attitude et en soulignant que c'est à eux de prendre à présent les bonnes décisions, en répondant positivement aux "branches d'olivier" tendues par la Pyongyang : "la balle est maintenant dans le camp de Washington."

"Croyez-le ou non, la région et le monde en général ne bénéficiera en rien d'une RPDC acculée au mur et téméraire. L'arrogance aveugle et la négligence constante face aux branches d'olivier tendues par le pays pourraient s'avérer le coup de grâce pour la nation isolée.

Tout comme l'a exhorté la Chine à plusieurs reprises, un dialogue basé sur la confiance est la seule issue à l'impasse qui perdure depuis des décennies et pour la reprise des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule, et cela a été approuvé par la communauté internationale.

Il est vivement souhaité que les Etats-Unis saisissent l'opportunité et répondent à la dernière offre par la positive. Après tout, la paix sur la péninsule et le rapprochement entre les ennemis de longue date nécessitent des actions réciproques. La balle est maintenant dans le camp de Washington."

 

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 09:23

Le 10 octobre 2014, le ministre de la Justice de la République de Corée (Corée du Sud) a déclaré qu'un étudiant chinois - que nous appellerons Song - avait été expulsé du territoire sud-coréen en août et interdit définitivement d'y entrer pour avoir "aidé la Corée du Nord". Cette application exceptionnelle à un étranger de la loi de sécurité nationale (LSN) sud-coréenne plaide une fois encore pour l'abrogation d'une législation dénoncée comme contraire aux droits de l'homme, héritage des régimes autoritaires. La LSN interdit tout contact entre le Nord et le Sud de la péninsule et est toujours largement utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition, au prétexte que leurs activités favoriseraient la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - même si, dans l'immense majorité des cas, il n'y a aucun lien entre ces opposants et la Corée du Nord.

Tout d'abord, que s'est-il exactement passé ? La seule version des faits dans la presse a été donnée par le très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo, que les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) privilégient comme leur porte-voix et comme instrument de leurs campagnes de désinformation sur la Corée du Nord. Ce scoop du Chosun Ilbo n'est donc pas surprenant, eu égard à ses liens aujourd'hui quasi-organiques avec le NIS : le quotidien puise ses informations à bonne source et en donne une lecture conforme aux intérêts du NIS.

Selon le Chosun Ilbo, "Song" est originaire de la province de Guangdong. Il est arrivé en Corée du Sud fin 2012 pour apprendre le coréen. Pendant son séjour, il aurait posté des messages sur Facebook critiquant les autorités sud-coréennes et faisant l'éloge du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Le quotidien sud-coréen, prétendant avoir accès à une source gouvernementale (aveu quasi-implicite que ces informations viennent du NIS, alors que le ministère de la Justice a refusé de donner des détails), a ajouté que les messages, écrits en coréen et en chinois, donnaient "uniquement le point de vue nord-coréen" et continueraient d'être publiés même après son expulsion de la péninsule.

L'amalgame, vieille ficelle des services de renseignement du monde entier, fonctionne ici à plein régime : d'un regret que Song donne un point exclusivement nord-coréen nous glissons à l'éloge supposée du Maréchal Kim Jong-un, ce qui n'est évidemment pas la même chose. Naturellement, aucune preuve ni aucune citation des messages en question n'est fournie, permettant au NIS et au Chosun Ilbo de donner leur version exclusive des faits.

Mais pourquoi avoir choisi de communiquer ? La LSN est vivement critiquée par les ONG, le gouvernement américain, allié de la Corée du Sud, et la commission des droits de l'homme des Nations Unies comme contraire à l'exercice des libertés publiques. Quel est l'intérêt des autorités sud-coréennes, en pointe dans la dénonciation des droits de l'homme en Corée du Nord, de prêter elles-mêmes le flanc à la critique sur ce même terrain des droits de l'homme ?

Non seulement le NIS et la droite sud-coréenne, obsédées par le danger que constituent à leurs yeux la Corée du Nord et le "communisme", ne sont pas conscientes des atteintes aux droits de l'homme commises au nom de la LSN (ou les minimisent), mais elles les revendiquent comme un élément fondamental du respect de l'ordre et des institutions sud-coréennes. C'est grâce à la LSN, par exemple, qu'est interdit le débat sur les véritables causes du naufrage du Cheonan, ou que le député Lee Seok-ki a été déchu de son mandat et condamné à une peine de prison ferme en violation du principe universel d'inviolabilité du mandat parlementaire, fondement de la séparation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires.

Le cas Song est d'autant plus inquiétant qu'il applique la sinistre LSN à un étranger, ce qui semble sans précédent, du moins dans l'époque récente. Par ailleurs, Song n'avait pas participé à des manifestations, ni mené des actions publiques : c'est bien l'expression de ses opinions qui était jugée inacceptable, révélant par ailleurs un contrôle toujours accru d'Internet et des réseaux sociaux par les autorités sud-coréennes.

Le but n'est-il pas d'intimider les étrangers vivant en Corée du Sud ? Mais pas seulement : l'article de presse déplore que ces messages continuent d'être postés... à l'étranger ! Or la loi de sécurité nationale, comme toute loi nationale, ne s'applique pas en dehors des frontières sud-coréennes. Et ce n'est malheureusement pas la première fois que les services secrets sud-coréens feignent de l'ignorer : il a été rapporté à l'AAFC que le NIS avait dénoncé des Français vivant en France au motif qu'ils violeraient la LSN. Les actions du NIS étaient clairement illégales, entraînant l'ouverture d'enquêtes judiciaires et une réaction du contre-espionnage français pour défendre la souveraineté nationale de notre pays et l'intégrité de ses ressortissants et des personnes placées sous la protection des lois françaises.

Face à ces expressions d'une évolution autoritaire en Corée du Sud, l'AAFC juge urgente l'abrogation de la loi de sécurité nationale ainsi que l'instauration qu'un contrôle politique du NIS, incluant l'opposition, comme dans toutes les démocraties parlementaires, pour mettre fin aux dérives de cette agence de renseignement qui confond sécurité nationale et intérêts partisans.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 08:39

En visite en République de Corée (Corée du Sud) les 3 et 4 juillet 2014, le président chinois Xi Jinping a mis l'accent sur le renforcement des liens économiques et diplomatiques traditionnels entre Pékin et Séoul, afin d'enrichir le "partenariat coopératif stratégique" entre les deux pays. L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur les principaux résultats de cette visite.

Le Président Xi Jinping à Séoul (source : Le Monde / Reuters)

Le Président Xi Jinping à Séoul (source : Le Monde / Reuters)

Depuis l'établissement des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et la République de Corée (Corée du Sud) en 1992, les deux pays ont noué d'importantes relations économiques et politiques dans le cadre desquelles s'inscrit la visite du numéro un chinois Xi Jinping en Corée du Sud, ces 3 et 4 juillet 2014.

Les relations économiques et commerciales ont figuré au premier plan, avec la tenue d'un forum de coopération économique et commercial bilatéral le 4 juillet. L'un des objectifs affirmés a été de porter le commerce bilatéral à 300 milliards de dollars en 2015, en mettant l'accent sur des domaines tels que les nouvelles énergies, les télécommunications et les systèmes de fabrication intelligents. Les négociations bilatérales sur un accord de libre échange doivent s'accélérer en vue d'une conclusion avant la fin de cette année, la Chine souhaitant en outre établir un système de compensation du yuan. Par ailleurs, des dispenses de visa ont été évoquées par le président chinois afin d'encourager les échanges de personnes, alors que les deux pays doivent s'engager dans le cadre d'années croisées sur le tourisme en 2015 et 2016.

S'agissant des relations internationales, Pékin et Séoul ont insisté sur la nécessité d'une reconnaissance par le Japon du crime commis à l'encontre des "femmes de réconfort" - les anciennes esclaves sexuelles de l'armée nippone pendant la Seconde guerre mondiale. Ils ont par ailleurs dénoncé les déclarations du Premier ministre Shinzo Abe sur la possibilité que le Japon engage des troupes pour aider ses alliés en cas d'attaque comme étant contraire à la Constitution pacifiste japonaise - la position de Tokyo ayant en revanche reçu le soutien des Etats-Unis. L'année prochaine marquera le 70ème anniversaire de la victoire dans la Seconde guerre mondiale, les Chinois et les Coréens ayant été les uns et les autres victimes du militarisme japonais.

Alors que la construction de la base navale dans l'île de Jeju, qui pourra accueillir des équipements américains, apparaît comme implicitement dirigée contre la Chine, les deux pays ont simplement envisagé d'engager des discussions sur leurs frontières maritimes.

Sur la question très attendue du nucléaire, la déclaration conjointe a réaffirmé que les deux pays étaient opposés à la présence d'armes nucléaires dans la péninsule coréenne et que cette question devait être réglée dans le cadre des pourparlers à six, la Chine ayant une "évaluation active" (et pas explicitement un soutien) des "efforts" sud-coréens pour améliorer les relations intercoréennes en vue d'une réunification pacifique de la péninsule. La rédaction employée se réfère à toute la péninsule coréenne (Nord comme Sud), sans mention explicite des armes nucléaires nord-coréennes dans la déclaration conjointe. Les formules utilisées tiennent compte de l'équilibre des relations qu'entretient la Chine avec les deux gouvernements coréens.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 23:31

A la différence de la Corée, la Chine est un État pluriethnique qui mélange plus d’une cinquantaine de « nationalités » (selon le lexique chinois), dont notamment l’ethnie ultramajoritaire Han qui compose 92% de la population de la République Populaire de Chine. Parmi les autres nationalités, on compte notamment les Ouïghours, les Tibétains, les Zhuang (un groupe vietnamien de Chine), les Hui et… les Coréens. Alors que les premiers, beaucoup plus importants en termes démographiques, disposent tous de régions autonomes de niveau national (respectivement le Xinjiang, le Tibet, le Guangxi, le Ningxia), les Coréens de Chine habitent d’abord la Préfecture Autonome Coréenne de Yanbian, située dans la province chinoise du Jilin et frontalière de la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). A l’occasion d’un séjour en RPDC courant mai, un adhérent de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a eu l’opportunité de séjourner dans la capitale de la préfecture autonome coréenne de Chine, Yanji, à la rencontre des Chaoxianju (Coréens de Chine).

 

Selon diverses estimations, il existe actuellement entre deux et trois millions de Chinois d’ethnie coréenne. Si l’immense majorité d’entre eux réside dans le nord-est chinois (le fameux Dongbei, composé du Liaoning, Jilin, Heilongjiang), ils sont particulièrement concentrés à Yanbian, puisque la préfecture en héberge plus de 800 000. La structuration de la minorité coréenne de Chine est particulièrement complexe puisque les Coréens de Chine sont à la fois issus de vagues d’immigration plus ou moins récentes, mais aussi de la mobilité extrême de la frontière Chine/Corée/Russie au fil des siècles. Rappelons-le, il y a de cela plusieurs siècles, l’actuel territoire coréen a été occupé au moins en partie par plusieurs dynasties « chinoises » (au sens politique plus qu’ethnique, certains empereurs chinois ayant occupé une partie de la péninsule coréenne étant issus de diverses ethnies mongoles – les dynasties Liao et Yuan notamment), d’où un métissage ethnique déjà relativement ancien et des liens culturels très forts : avant l’invention de l’alphabet syllabaire coréen en 1443 (appelé hangeul en Corée du Sud et chosongeul en Corée du Nord), la langue coréenne s’écrivait par exemple à l’aide des sinogrammes. Par ailleurs, comme les lecteurs réguliers du blog de l’AAFC le savent peut-être, parmi les Coréens ayant vécu une partie de leur vie dans le nord-est chinois et l’actuelle Yanbian, on trouve notamment Kim Il-sung (ayant animé en exil la guérilla antijaponaise) et son fils Kim Jong-il, respectivement président de la RPDC et Secrétaire Général du Parti du Travail de Corée.

 

Plus récemment, la frontière sino-(nord)-coréenne a été tracée à la fois à l’occasion des « traités inégaux » opposant la dynastie russe des Romanov à celle, sur le déclin, des Qing chinois (d’ethnie mandchoue), ce qui a eu pour principal effet la perte de la façade maritime chinoise (la ville de Vladivostok redevenant ainsi russe en 1860). Un siècle plus tard, avec l’avènement de la République Populaire de Chine (1949), et l’alliance sino-coréenne forgée dans le feu de la Guerre de Corée (1950-1953), naissait la « zone autonome » puis la « préfecture autonome » de Yanbian. Si la décentralisation importante de pouvoirs politiques à une ethnie n’était pas chose rare en Chine au début des années 1950 (c’est l’époque du fameux accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet), Yanbian revêt très vite un statut tout à fait particulier de par sa localisation stratégique : sas de communication et couloir économique de première importance entre Chine et Corée populaire, l’état-major militaire américain envisagera, au plus fort de la Guerre de Corée, de procéder à des frappes nucléaires sur la zone pour isoler la péninsule du continent (créer une « ceinture de cobalt radioactif » selon le vocable américain). Par ailleurs, l’histoire personnelle du dirigeant chinois Mao Zedong témoigne de l’importance prise par la préfecture de Yanbian : alors qu’est souvent évoqué le destin tragique de Mao Anying, fils de Mao disparu pendant la Guerre de Corée, il est moins connu que son propre neveu fut un temps (en pleine révolution culturelle) à la tête de Yanbian.

 

Un temps « minorité modèle », les Coréens de Yanbian ont subi coup sur coup un certain nombre de revers économiques majeurs, notamment la perte d’attractivité du Dongbei (aujourd’hui cœur industriel en net déclin) après la disparition de l’Union Soviétique, et la concurrence des provinces côtières exportatrices du sud de la Chine (Guangdong, Fujian) après « l’ouverture » menée par Deng Xiaoping dans les années 1980. Frontalière à la fois de la Corée du Nord et de la Russie, Yanbian a connu à la fois un sévère ralentissement économique consécutif à l’implosion soviétique et la « dure marche » en RPDC dans les années 1990. Aujourd’hui, les choses semblent lentement évoluer positivement, grâce notamment à l’investissement sud-coréen (en témoignent les nombreux édifices chrétiens de Yanji) et aux perspectives offertes par la Zone Économique Spéciale nord-coréenne de Rajin-Sonbong située à moins de 50km au sud. Cette dernière offre à Yanbian un débouché sur la mer de l’Est qui permet de désenclaver l’ensemble du nord-est chinois et offre une alternative au port russe de Vladivostok, qui gèle durant l’hiver. La mise en valeur relativement nouvelle de cette situation de carrefour (la ZES de Rason a été ouverte en 1991, mais le projet n’a véritablement pris forme qu’avec l’inspection du dirigeant Kim Jong-il en 2009) n’est pas sans soulever beaucoup d’espoir pour l’ensemble de l’Asie du nord-est, dont l’économie stagne depuis plusieurs années. Certains programmes soutenus par l’ONU (notamment le Greater Tumen Initiative) ont d’ailleurs pour objet de développer les infrastructures nord-coréennes et les liaisons entre Yanbian et la RPDC (ainsi que, dans une moindre mesure, la Russie). En effet, une part importante des investisseurs chinois en RPDC sont d’ethnie coréenne, issus de Yanbian, ce qui explique notamment la présence d’une délégation commerciale de la ZES de Rason dans la capitale de la préfecture, Yanji. Nous avons eu l’occasion de rencontrer des investisseurs chinois (et coréens américains) actifs dans la zone, qui ont pu nous exposer les difficultés mais aussi les perspectives offertes par le commerce transnational.

 

Si les grandes villes de la zone comme Yanji ou Tumen évoquent surtout la tristesse granitique de beaucoup de villes chinoises de cette importance, il ne faut pas s’y tromper : il existe encore de nombreuses traces d’architecture coréenne traditionnelle à découvrir, ainsi que de vibrants quartiers coréens, qui mélangent des Coréens du Nord, du Sud, de Chine ainsi que quelques Coréens américains. Située à trois heures de route de la ZES de Rason, deux heures du mont Paektu (Changbai en chinois) et une demi-heure de la frontière sino-nord-coréenne, il est plus que conseillé aux lecteurs intéressés par l’amitié sino-coréenne de s’attarder dans cette troisième Corée.

Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 21:03

Dans une dépêche en date du 9 mai 2014, l'agence de presse nord-coréenne KCNA indique que Kim Jong-un, dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), a répondu aux messages de félicitations que lui ont adressé les dirigeants de partis politiques et les chefs d'Etat étrangers pour sa réélection comme Premier Président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, le 9 avril 2014. Si la dépêche ne prétend pas à l'exhaustivité (notamment pour les dirigeants de partis frères du Parti du travail de Corée), elle offre un aperçu des liens diplomatiques privilégiés qu'entretient la RPD de Corée avec des alliés de longue date.

Si la dépêche de l'agence KCNA mentionne (dans cet ordre) les dirigeants de partis et les chefs d'Etat, la particule "et" a un sens cumulatif : il s'agit bien de viser les plus hautes autorités de leur pays, en particulier dans les Etats socialistes où la fonction de dirigeant du Parti est, en pratique, la plus élevée dans l'exercice du pouvoir - même si le chef de l'Etat peut être protocolairement le numéro un, qui ont personnellement félicité le Maréchal Kim Jong-un pour sa réélection comme Premier Président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée.

La liste, par nature incomplète, donnée par l'agence KCNA présente un autre intérêt - l'ordre de désignation apparaît également révélateur d'une certaine hiérarchie dans les amitiés de la RPD de Corée :

- en premier, la Chine, avec Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste chinois et Président de la République populaire de Chine ; la Chine est traditionnellement l'allié le plus étroit de la RPD de Corée, depuis les combats menés en commun contre l'occupant japonais puis lors de la guerre de Corée ; aujourd'hui, la Chine est - de loin - le premier partenaire économique de la Corée du Nord, à laquelle la lie par ailleurs un traité de coopération et d'assistance mutuelle ; enfin, contrairement à ce qu'escomptaient certains dirigeants occidentaux - américains en tête - Xi Jinping poursuit la longue tradition d'amitié sino-coréenne, exprimée notamment par les rencontres au sommet entre le dirigeant Kim Jong-il et le président Hu Jintao ;

Hu Jintao et Kim Jong-il, août 2010

Hu Jintao et Kim Jong-il, août 2010

- en deuxième, Raul Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba, président du Conseil d'Etat et président du Conseil des ministres de Cuba ; si Cuba, compte tenu de son éloignement de la Corée du Nord, n'est pas un de ses partenaires économiques majeurs, la solidarité est étroite et ancienne entre les deux pays socialistes, Cuba faisant partie des Etats ayant toujours choisi, jusqu'à ce jour, de ne pas établir de relations diplomatiques officielles avec la République de Corée (du Sud) ; chacun des deux Etats célèbre les fêtes politiques de l'autre ;

Che Guevara, en visite à Pyongyang en 1965, avec le Président Kim Il-sung

Che Guevara, en visite à Pyongyang en 1965, avec le Président Kim Il-sung

- en troisième, le président népalais Ram Baran Yadav ; il est intéressant de noter que la solidarité de la RPD de Corée avec les autorités népalaises transcende les liens traditionnels avec les principaux partis communistes, le Parti communiste du Népal (maoïste) et le Parti communiste du Népal (marxiste-léniniste unifié), puisque le Président Ram Baran Yadav est issu des rangs du Parti du Congrès ;

Ram Baran Yadav, président de la République démocratique fédérale du Népal

Ram Baran Yadav, président de la République démocratique fédérale du Népal

- en quatrième est mentionné Choummaly Sayasone, secrétaire général du Comité central du Parti révolutionnaire du peuple lao, qui avait été un des tout premiers chefs d'Etat étrangers à rencontrer le futur Maréchal Kim Jong-un, lors de sa visite officielle en RPD de Corée du 21 au 23 septembre 2011 ;

Le président Choummaly Sayasone, à Pyongyang, aux côtés du dirigeant Kim Jong-il et du général Kim Jong-un

Le président Choummaly Sayasone, à Pyongyang, aux côtés du dirigeant Kim Jong-il et du général Kim Jong-un

- en cinquième, Thein Sein, président de Myanmar ; les relations entre la Birmanie, qui avait participé à la guerre de Corée dans le bataillon des Nations Unies, sous commandement américain, avaient ensuite été équilibrées entre les deux Etats coréens avant d'être stoppées vis-à-vis de la RPD de Corée après 1983, puis ont connu un nouvel essor dans les années 2000 ;

- en sixième, le président mongol Tsakhiagiin Elbegdorj ; comme pour le Népal, les relations de coopération traditionnelles entre la Mongolie et la Corée du Nord dépassent les relations partisanes privilégiées du Parti du travail de Corée et des formations qui ont succédé au parti unique mongol, puisque Tsakhiagiin Elbegdorj est issu des rangs du Parti national démocratique ; des rencontres de très haut niveau ont eu lieu à plusieurs reprises entre la Mongolie et la RPD de Corée (notamment avec la visite à Pyongyang, en octobre 2013, du président mongol), et la Mongolie a effectué à plusieurs reprises des missions de bons offices avec les deux Corée pour un système de paix et de sécurité collective en Asie du Nord-Est, où elle partage avec les deux Etats coréens d'être un pays relativement petit entouré de puissants voisins ; les intérêts économiques sont également présents dans la relation bilatérale, notamment au regard de la présence de travailleurs nord-coréens en Mongolie et de la position de débouché maritime privilégié pour la Mongolie que peut constituer le port nord-coréen de Rason ;

- en septième, le roi du Cambodge Norodom Sihamoni ; les liens bilatéraux sont fondés sur la relation d'amitié privilégiée qu'avaient nouée le Président Kim Il-sung et le roi Norodom Sihanouk, qui avait pu trouver refuge au Nord de la péninsule coréenne lorsqu'il avait dû quitter son pays, et avait hautement apprécié la fidélité en amitié de son homologue de RPD de Corée, malgré qu'il n'occupât alors plus le pouvoir ;

Le souverain cambodgien Norodom Sihanouk et le Président Kim Il-sung

Le souverain cambodgien Norodom Sihanouk et le Président Kim Il-sung

- en huitième, Truong Tan Sang, président du Vietnam et président du Conseil de la défense nationale et de la sécurité du Vietnam (cette fonction étant explicitement mentionnée, sans doute par parallélisme avec les fonctions du Maréchal Kim Jong-un comme Premier Président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée) ; les deux pays socialistes entretiennent traditionnellement de très bonnes relations, des pilotes de la RPD de Corée ayant participé à la guerre du Vietnam aux côtés du Nord, alors que la Corée du Sud avait fourni le deuxième contingent militaire étranger (après les Etats-Unis) au Sud-Vietnam ;

Le Président Ho Chi Minh et le Président Kim Il-sung

Le Président Ho Chi Minh et le Président Kim Il-sung

- en neuvième, Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo ; comme pour d'autres pays du Tiers Monde, le soutien à la RPD de Corée est, historiquement, largement transpartisan, le Zaïre alors dirigé par le Président Mobutu ayant été un des premiers Etats d'Afrique subsaharienne à ouvrir une ambassade à Pyongyang ;

 

- en dixième, le président angolais Jose Eduardo Dos Santos, et en onzième, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, dont les messages de félicitations et les réponses qu'ils ont reçus s'inscrivent dans une longue tradition de soutien de la RPD de Corée aux mouvements de libération nationale, notamment dans ces deux pays - la Corée du Nord ayant ainsi été le premier pays non arabe à reconnaître le gouvernement provisoire algérien.

Sources :

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:38

Dans l'éditorial de son édition du 6 février 2013 en anglais et en chinois, le quotidien public chinois Global Times a évoqué les conséquences qu'aurait un troisième essai nucléaire effectué par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur les relations bilatérales avec la République populaire de Chine, en déclarant que Pyongyang devrait payer "un prix élevé". La presse occidentale a donné un large écho à ces déclarations, qu'il faut replacer dans le cadre du débat public en Chine sur les relations avec la Corée du Nord, mais dont le ministère des Affaires étrangères a rappelé qu'elles ne reflétaient pas les positions de la diplomatie chinoise.

 

Selon le Global Times, "si la Corée du Nord insiste sur un troisième essai nucléaire en dépit des tentatives pour l'en dissuader, elle devrait payer un prix élevé. L'assistance qu'elle pourrait recevoir de la Chine pourrait être réduite".

 

Ces déclarations ont fait l'effet d'une bombe chez certains commentateurs de la presse occidentale : la Chine s'apprêterait-elle à abandonner son allié nord-coréen après un troisième essai nucléaire, attendu de manière imminente ? En fait, il n'est pas nouveau que des médias chinois s'interrogent sur l'évolution des relations entre la RPDC, proches comme "les dents et les lèvres" selon le proverbe au regard des liens historiques noués dans les combats communs contre le Japon impérial, puis dans la guerre de Corée, où l'intervention des volontaires chinois a été un facteur décisif du recul des troupes onusiennes sous commandement américain.

 

De même, il n'est pas nouveau que la Chine considère avec les plus grandes réticences la RPDC accéder au statut d'Etat doté de l'arme nucléaire, craignant une escalade des tensions qui conduirait notamment le Japon, dont le nouveau Gouvernement a adopté une posture ultra-nationaliste, à acquérir l'arme nucléaire. La Chine avait déjà participé aux sanctions internationales prises par le Conseil de sécurité des Nations Unies après les deux premiers essais nucléaires en 2006 et 2009, et le commerce bilatéral avec la RPDC - notamment les livraisons de céréales et d'énergie - avaient déjà pâti de la détérioration momentanée des relations entre Pékin et Pyongyang. Toutefois, la RPDC montre également, en renforçant son arsenal nucléaire, qu'elle est une puissance indépendante de la Chine, assurant la défense de ses intérêts nationaux par ses propres moyens.

 

En outre, sur le moyen et le long termes la Chine et la RPD de Corée ont des intérêts stratégiques et économiques convergents, alors que la commerce bilatéral dépassé à présent 5 milliards de dollars par an et que la RPDC fournit la Chine en nombreuses matières premières essentielles à son économie, tout en pouvant représenter un concurrent des plus sérieux pour la Chine dans l'exploitation des terres rares. Fondamentalement, au plan stratégique, la Chine ne souhaite pas d'instabilité au Nord de la péninsule, et encore moins une situation de chaos qui la conduirait à intervenir en cas d'action des troupes américaines bénéficiant des supplétifs sud-coréens, en application du traité d'amitié et de coopération signé en 1961 entre Pékin et Pyongyang.

 

S'il est attendu que la Chine réagisse négativement à un troisième essai nucléaire nord-coréen, comme elle l'a fait en 2006 et en 2009, seules de profondes évolutions des données géopolitiques pourraient conduire la Chine et/ou la RPDC à réviser leurs partenariats actuels. Or rien ne permet aujourd'hui de présager d'un rapprochement intercoréen ou d'un dialogue stratégique entre Washington et Pékin - alors que se profile la menace d'une "OTAN en Asie de l'Est". Seul un dialogue direct et une coopération entre les Etats-Unis et la RPDC pourraient effectivement conduire à réviser la relation d'amitié traditionnelle entre la Chine et la Corée du Nord, comme le craint d'ailleurs l'article du Global Times, mais aujourd'hui il n'existe pas de telle coopération et la Chine serait bien mal inspirée de retirer ses positions au Nord de la péninsule en sacrifiant ainsi des intérêts mutuels avec la Corée du Nord : le destin des deux puissances asiatiques reste profondément lié, quelles que puissent être les vicissitudes dans l'évolution momentanée des relations bilatérales.

 

Sources : AAFC, Times of India.

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 00:07

Xi-Jinping.jpgMeilleure alliée de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans cette partie du monde, la République populaire de Chine connaît aujourd’hui de grands bouleversements institutionnels, voyant la « tête pensante » du Comité central du Parti Communiste Chinois (PCC), plus grand parti politique du monde avec ses 83 millions de cartes, renouveler ses membres pour une période d’au moins cinq ans. Le Maréchal Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée (le parti « frère » du PCC) et Commandant suprême du Comité de défense nationale de la RPDC, a été parmi les premiers chefs d’Etat du monde à adresser ses « bons sentiments »  pour « le succès du XVIIIème congrès et  votre élection », dans un communiqué à l’adresse de Xi Jinping, nouveau secrétaire général du PCC.

Forgée dans le feu de la guerre de Corée (1950-1953), quand plusieurs centaines de milliers de volontaires chinois avaient épaulé l’Armée populaire de Corée face aux troupes américaines, l’amitié sino-coréenne est une donnée fondamentale pour qui veut comprendre les rapports de forces en œuvre en Asie du Nord-est. En effet, cette guerre particulièrement meurtrière et destructrice (Pyongyang a souffert de plus de bombes qu’elle n’avait d’habitants et Mao Zedong y a perdu un fils, Mao Anying) est considérée comme étant le creuset des liens forts unissant les deux pays, qui depuis n’ont cessé de se rapprocher pour former une des alliances les plus stables de la planète.  Comme le dit poétiquement Kim Jong-un dans son communiqué repris par l'agence de presse KCNA, « la Chine et la Corée du Nord sont liées par les mêmes montagnes et les mêmes rivières », faisant implicitement référence au mont sacré Paektu (connu pour les Chinois sous le nom de « Changbaishan », le mont des neiges éternelles), véritable foyer identitaire pour la péninsule coréenne dont le lac au sommet est partagé par la frontière sino-coréenne.

ZhangDejiangLa composition de la nouvelle équipe de direction chinoise annonce plutôt de bonnes choses pour la coopération sino-coréenne puisque parmi les sept membres du comité permanent du bureau politique, qui constituent le cœur du pouvoir chinois, on trouve l’ancien étudiant de langue coréenne de la préfecture autonome coréenne de Yanbian, Zhang Dejiang. Ce natif du Shandong, berceau de la « sinité », fut en effet un étudiant de coréen d’abord à Yanbian puis à la prestigieuse université Kim Il-sung de Pyongyang, où il suivit un cursus d’économie. Par ailleurs, sa nomination à la tête de la ville-province de Chongqing (32 millions d’habitants), réputée pour ses valeurs progressistes par rapport au modèle de développement côtier (dit modèle du Guangdong) est un symbole de plus nous permettant de prédire un grand avenir aux relations diplomatiques, économiques et culturelles sino-coréennes, comme le dit de manière explicite la dépêche de l’agence officielle nord-coréenne : « la traditionnelle amitié RPDC-Chine qui existe depuis des générations va continuer de se développer conformément à nos deux peuples. »

Première partenaire économique de la Corée du Nord, la Chine partage avec sa voisine plus que de simples rapports économiques, puisque leurs modèles politiques sont issus du même système idéologique, même si évidemment il existe nombre de différences culturelles et politiques. En effet, la direction collégiale du Parti communiste (ou Parti du travail dans le cas coréen) ainsi que son rôle central dans la conduite des politiques économiques et politiques sont des constantes de chaque côté du fleuve Amnok (fleuve frontalier connu sous le nom de Yalu pour les Chinois), tout comme le rôle central de l’Armée populaire dans la défense des intérêts du peuple (principe politique de priorité à l’armée - Songun - en RPDC, et développement constant de l’Armée populaire de libération en Chine, première armée mondiale en termes d’effectifs et dont le budget augmente de 10 à 20 % chaque année). Enfin, et c’est peut-être le plus important, le rôle idéologique central des classes ouvrière et paysanne dans la vie politique est une donnée fondamentale pour la compréhension du fonctionnement des régimes chinois et nord-coréen, même si ce principe a été nuancé en Chine dans le cadre de la théorie des « Trois représentations » sous la présidence de Jiang Zemin. 

En cette année de renouvellement politique des deux côtés de la frontière, une période de forte continuité s’annonce néanmoins pour l’amitié sino-coréenne, puisque, comme le disait le dirigeant de la RPDC Kim Jong-il, disparu l’année dernière, « les peuples chinois et coréen partagent la même cause, la construction du socialisme et la réunification de la péninsule coréenne ».



Sources : AAFC, KCNA, Le Monde

Photos : Xinhua 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 17:58

Le 17 août 2012, le Président chinois Hu Jintao a rencontré à Pékin une délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) conduite par Jang Song-thaek, directeur du département administratif central du Parti du travail de Corée (PTC). Il s'agit de la première rencontre bilatérale de haut niveau depuis l'accession au pouvoir de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée.  Elle fait suite à celle intervenue, deux semaines plus tôt à Pyongyang, entre le Premier secrétaire Kim Jong-un et Wang Jiarui, directeur du département des relations internationales du Parti communiste chinois (CNN). Si l'accent a été mis sur la coopération économique lors de la visite en Chine, les relations traditionnelles d'amitié entre la République populaire de Chine (RPC) et la RPD de Corée sont également de nature politique et militaire. S'étant tenues à la veille de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens qui, au-delà de la RPD de Corée, visent aussi la RP de Chine, ces rencontres de haut niveau sont intervenues après un accord militaire tripartite signé le 4 juin entre Washington, Tokyo et Séoul. Face à ce que les autorités chinoises ont qualifié de préfiguration d'une "OTAN de l'Extrême-Orient", la Chine et la RPD de Corée cherchent aussi à desserrer l'étau d'une nouvelle alliance militaire à direction américaine, dont elles estiment qu'elle ferait peser une menace directe sur leur sécurité.

Le 17 août, lors d'une rencontre à Pékin avec une délégation de la RPD de Corée conduite par Jang Song-thaek, directeur du département administratif central du PTC et vice-président de la commission de la défense nationale de la RPD de Corée, le président chinois Hu Jintao a déclaré, selon l'agence Xinhua, que "la Chine était prête à collaborer avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour porter à un nouveau niveau leurs relations d'amitié traditionnelles et de coopération". Il a aussi salué le rôle joué par Jang Song-thaek dans le développement des relations d'amitié entre la Chine et la RPD de Corée.

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La délégation nord-coréenne avait participé à une réunion du comité directeur conjoint (entre la Chine et la RPDC) pour le développement et la gestion de la zone économique et commerciale de Rason et de la zone économique de Hwanggumphyong et des îles Wihwa, toutes deux situées en RPD de Corée. Le président chinois Hu Jintao a exprimé son souhait de voir se poursuivre l'essor rapide des relations économiques entre la Chine et la RPD de Corée, mutuellement profitable à chaque Etat.

De nouveaux accords ont d'ailleurs été signés ou annoncés dans la foulée de la visite de Jang Song-thaek : la compagnie de construction et immobilière Yatai et le comité populaire de Rason se sont accordés sur le développement d'un complexe de matériaux de construction à Rason ; le 17 août 2012, dans un entretien au Quotidien du peuple, le directeur du groupe Ludi (dont les capitaux sont majoritairement publics) Zhang Yuliang a annoncé que son entreprise participerait au développement des infrastructures, notamment en énergie électrique, à Rason.

Avant cette visite, le Premier secrétaire du Parti du travail de Corée Kim Jong-un avait rencontré le 2 août, à Pyongyang, une délégation du département des relations internationales du Parti communiste chinois conduite par son directeur, Wang Jiarui. Les deux parties avaient convenu de renforcer les relations d'amitié traditionnelles entre les deux pays, forgées de génération en génération - depuis l'époque de la lutte commune en Mandchourie, puis dans la guerre de Corée.

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Comme l'indique le compte rendu par l'agence chinoise Xinhua de la visite de Jang Song-thaek en Chine, les aspects économiques ne sont toutefois qu'une des facettes de l'amitié traditionnelle sino - RPDC. Egalement secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Hu Jintao a souligné l'amitié "ancestrale" entre les deux pays, "voisins et amis reliés par l'eau et les montagnes", alors que le rôle décisif des volontaires chinois dans la guerre de Corée a encore été souligné récemment par la RPD de Corée dans un concert donné par le groupe Moranbong à l'occasion de la commémoration de la fin du conflit. Toujours selon Xinhua, les relations entre la Chine et la RPDC s'inscrivent, pour le secrétaire général du PCC Hu Jintao, dans "une perspective stratégique et à long terme", afin de développer toujours plus étroitement la coopération dans les affaires internationales et régionales.

Ce message est capital : au moment où les troupes américano - sud-coréennes engagent des exercices de grande envergure Ulji Freedom Guardian, la stratégie américaine consistant à imposer sa suprématie dans le Pacifique se heurte à la vision chinoise de relations harmonieuses et équilibrées dans les relations internationales. Alors que la Chine n'a jamais établi de bases militaires en dehors de son territoire national, le système d'alliance états-unien est d'abord fondé sur le réseau le plus étendu possible de bases militaires : dans le Pacifique, outre la VIIème flotte de l'Océan Pacifique ouest, 35.600 soldats américains sont stationnés au Japon et 25.400 GIs en Corée du Sud, auxquels s'ajoutent les troupes des bases de Guam (3.000 hommes) et de Singapour (122 hommes). Une nouvelle base navale est en construction dans l'île sud-coréenne de Jeju, qui sera susceptible d'accueillir les porte-aéronefs nucléaires de l'US Navy.

Les alliés américains sont également engagés dans une course aux armements. Depuis le début 2012, la Corée du Sud négocie de considérables commandes militaires américaines, composées notamment de chasseurs-bombardiers KF-16 et de missiles de croisière d'une portée de 1.500 kilomètres. Le montant de ces commandes était initialement envisagé à 12 milliards de dollars, soit plusieurs fois l'ensemble des dépenses militaires annuelles nord-coréennes, mais cette évaluation initiale a été dépassée, sans que son montant exact ne soit révélé. Si l'on prend en compte que, en 2010, les dépenses militaires américaines (698 milliards de dollars) étaient près de six fois supérieures à celles de la Chine (119 milliards de dollars), et plus de 100 fois celles de la RPD de Corée, il est clair que l'impressionnante démonstration de force américaine conduite dans le cadre des exercices de guerre Ulji Freedom Guardian a bien comme but de tirer avantage d'une écrasante supériorité des forces, avec pour adversaire implicite la République populaire de Chine.

Une autre menace est la renaissance d'un nationalisme nippon à consonances militaristes, sur fond de velléités japonaises de s'affranchir des dispositions de l'article 9 de sa Constitution pacifiste, qui interdit tout engagement des "forces d'autodéfense" japonaises sur des théâtres d'intervention extérieure. Membre du Parti démocrate (au pouvoir), le maire d'Osaka Toru Hashimoto a pris la tête d'une demande de référendum pour l'abrogation de l'article 9 de la Constitution. Le Japon et la Corée du Sud se sont par ailleurs engagés dans la signature d'un accord militaire visant notamment l'échange de renseignements militaires, contre la Chine et la Corée du Nord, avant que la révélation de ces négociations secrètes dans l'opinion publique sud-coréenne ne fasse capoter l'accord au dernier moment. Dans ce cadre, la récente montée des tensions nippo - sud-coréennes autour des îles Dokdo - puis la demande du Président sud-coréen Lee Myung-bak d'excuses japonaises pour l'esclavage sexuel des femmes de réconfort  pendant la Seconde guerre mondiale - apparaissent à beaucoup d'observateurs comme des manoeuvres de diversion pour faire oublier la désastreuse tentative d'accord secret avec le Japon.

Dans ce contexte tendu, le 15 août des militants de Hong Kong ont débarqué dans des îles revendiquées par la Chine et le Japon, appelées Diaoyu par les Chinois et Senkaku par les Japonais, ces derniers y maintenant une unité de garde-côtes. Après l'expulsion des Hong-Konguais, ce sont 150 nationalistes japonais qui, à l'initiative du groupe Ganbare Nippon, ont débarqué dans les territoires disputés. Le comportement du gouvernement japonais a été vivement critiqué par Pékin et aussi, de manière inhabituelle, par les autorités de Taïwan. 

L'accord militaire signé le 4 juin dernier entre les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud, dans le cadre duquel s'inscrivait la controversée alliance militaire nippo-sud-coréenne, a ainsi couronné un nouvel édifice militaire dominé par les Etats-Unis dans le Pacifique. Le gouvernement chinois y a dénoncé la préfiguration d'une OTAN de l'Extrême-Orient. Face à la menace d'une nouvelle alliance militaire offensive dirigée contre elles, la Chine et la RPD de Corée n'ont d'autre choix que de renforcer leur coopération traditionnelle.

Sources (dont photos) : AAFC, Hankyoreh, KCNA (dont dépêche du 2 août 2012), Xinhua.

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