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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 17:58

Le 17 août 2012, le Président chinois Hu Jintao a rencontré à Pékin une délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) conduite par Jang Song-thaek, directeur du département administratif central du Parti du travail de Corée (PTC). Il s'agit de la première rencontre bilatérale de haut niveau depuis l'accession au pouvoir de Kim Jong-un, Premier secrétaire du Parti du travail de Corée.  Elle fait suite à celle intervenue, deux semaines plus tôt à Pyongyang, entre le Premier secrétaire Kim Jong-un et Wang Jiarui, directeur du département des relations internationales du Parti communiste chinois (CNN). Si l'accent a été mis sur la coopération économique lors de la visite en Chine, les relations traditionnelles d'amitié entre la République populaire de Chine (RPC) et la RPD de Corée sont également de nature politique et militaire. S'étant tenues à la veille de nouveaux exercices militaires conjoints américano - sud-coréens qui, au-delà de la RPD de Corée, visent aussi la RP de Chine, ces rencontres de haut niveau sont intervenues après un accord militaire tripartite signé le 4 juin entre Washington, Tokyo et Séoul. Face à ce que les autorités chinoises ont qualifié de préfiguration d'une "OTAN de l'Extrême-Orient", la Chine et la RPD de Corée cherchent aussi à desserrer l'étau d'une nouvelle alliance militaire à direction américaine, dont elles estiment qu'elle ferait peser une menace directe sur leur sécurité.

Le 17 août, lors d'une rencontre à Pékin avec une délégation de la RPD de Corée conduite par Jang Song-thaek, directeur du département administratif central du PTC et vice-président de la commission de la défense nationale de la RPD de Corée, le président chinois Hu Jintao a déclaré, selon l'agence Xinhua, que "la Chine était prête à collaborer avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour porter à un nouveau niveau leurs relations d'amitié traditionnelles et de coopération". Il a aussi salué le rôle joué par Jang Song-thaek dans le développement des relations d'amitié entre la Chine et la RPD de Corée.

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La délégation nord-coréenne avait participé à une réunion du comité directeur conjoint (entre la Chine et la RPDC) pour le développement et la gestion de la zone économique et commerciale de Rason et de la zone économique de Hwanggumphyong et des îles Wihwa, toutes deux situées en RPD de Corée. Le président chinois Hu Jintao a exprimé son souhait de voir se poursuivre l'essor rapide des relations économiques entre la Chine et la RPD de Corée, mutuellement profitable à chaque Etat.

De nouveaux accords ont d'ailleurs été signés ou annoncés dans la foulée de la visite de Jang Song-thaek : la compagnie de construction et immobilière Yatai et le comité populaire de Rason se sont accordés sur le développement d'un complexe de matériaux de construction à Rason ; le 17 août 2012, dans un entretien au Quotidien du peuple, le directeur du groupe Ludi (dont les capitaux sont majoritairement publics) Zhang Yuliang a annoncé que son entreprise participerait au développement des infrastructures, notamment en énergie électrique, à Rason.

Avant cette visite, le Premier secrétaire du Parti du travail de Corée Kim Jong-un avait rencontré le 2 août, à Pyongyang, une délégation du département des relations internationales du Parti communiste chinois conduite par son directeur, Wang Jiarui. Les deux parties avaient convenu de renforcer les relations d'amitié traditionnelles entre les deux pays, forgées de génération en génération - depuis l'époque de la lutte commune en Mandchourie, puis dans la guerre de Corée.

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Comme l'indique le compte rendu par l'agence chinoise Xinhua de la visite de Jang Song-thaek en Chine, les aspects économiques ne sont toutefois qu'une des facettes de l'amitié traditionnelle sino - RPDC. Egalement secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Hu Jintao a souligné l'amitié "ancestrale" entre les deux pays, "voisins et amis reliés par l'eau et les montagnes", alors que le rôle décisif des volontaires chinois dans la guerre de Corée a encore été souligné récemment par la RPD de Corée dans un concert donné par le groupe Moranbong à l'occasion de la commémoration de la fin du conflit. Toujours selon Xinhua, les relations entre la Chine et la RPDC s'inscrivent, pour le secrétaire général du PCC Hu Jintao, dans "une perspective stratégique et à long terme", afin de développer toujours plus étroitement la coopération dans les affaires internationales et régionales.

Ce message est capital : au moment où les troupes américano - sud-coréennes engagent des exercices de grande envergure Ulji Freedom Guardian, la stratégie américaine consistant à imposer sa suprématie dans le Pacifique se heurte à la vision chinoise de relations harmonieuses et équilibrées dans les relations internationales. Alors que la Chine n'a jamais établi de bases militaires en dehors de son territoire national, le système d'alliance états-unien est d'abord fondé sur le réseau le plus étendu possible de bases militaires : dans le Pacifique, outre la VIIème flotte de l'Océan Pacifique ouest, 35.600 soldats américains sont stationnés au Japon et 25.400 GIs en Corée du Sud, auxquels s'ajoutent les troupes des bases de Guam (3.000 hommes) et de Singapour (122 hommes). Une nouvelle base navale est en construction dans l'île sud-coréenne de Jeju, qui sera susceptible d'accueillir les porte-aéronefs nucléaires de l'US Navy.

Les alliés américains sont également engagés dans une course aux armements. Depuis le début 2012, la Corée du Sud négocie de considérables commandes militaires américaines, composées notamment de chasseurs-bombardiers KF-16 et de missiles de croisière d'une portée de 1.500 kilomètres. Le montant de ces commandes était initialement envisagé à 12 milliards de dollars, soit plusieurs fois l'ensemble des dépenses militaires annuelles nord-coréennes, mais cette évaluation initiale a été dépassée, sans que son montant exact ne soit révélé. Si l'on prend en compte que, en 2010, les dépenses militaires américaines (698 milliards de dollars) étaient près de six fois supérieures à celles de la Chine (119 milliards de dollars), et plus de 100 fois celles de la RPD de Corée, il est clair que l'impressionnante démonstration de force américaine conduite dans le cadre des exercices de guerre Ulji Freedom Guardian a bien comme but de tirer avantage d'une écrasante supériorité des forces, avec pour adversaire implicite la République populaire de Chine.

Une autre menace est la renaissance d'un nationalisme nippon à consonances militaristes, sur fond de velléités japonaises de s'affranchir des dispositions de l'article 9 de sa Constitution pacifiste, qui interdit tout engagement des "forces d'autodéfense" japonaises sur des théâtres d'intervention extérieure. Membre du Parti démocrate (au pouvoir), le maire d'Osaka Toru Hashimoto a pris la tête d'une demande de référendum pour l'abrogation de l'article 9 de la Constitution. Le Japon et la Corée du Sud se sont par ailleurs engagés dans la signature d'un accord militaire visant notamment l'échange de renseignements militaires, contre la Chine et la Corée du Nord, avant que la révélation de ces négociations secrètes dans l'opinion publique sud-coréenne ne fasse capoter l'accord au dernier moment. Dans ce cadre, la récente montée des tensions nippo - sud-coréennes autour des îles Dokdo - puis la demande du Président sud-coréen Lee Myung-bak d'excuses japonaises pour l'esclavage sexuel des femmes de réconfort  pendant la Seconde guerre mondiale - apparaissent à beaucoup d'observateurs comme des manoeuvres de diversion pour faire oublier la désastreuse tentative d'accord secret avec le Japon.

Dans ce contexte tendu, le 15 août des militants de Hong Kong ont débarqué dans des îles revendiquées par la Chine et le Japon, appelées Diaoyu par les Chinois et Senkaku par les Japonais, ces derniers y maintenant une unité de garde-côtes. Après l'expulsion des Hong-Konguais, ce sont 150 nationalistes japonais qui, à l'initiative du groupe Ganbare Nippon, ont débarqué dans les territoires disputés. Le comportement du gouvernement japonais a été vivement critiqué par Pékin et aussi, de manière inhabituelle, par les autorités de Taïwan. 

L'accord militaire signé le 4 juin dernier entre les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud, dans le cadre duquel s'inscrivait la controversée alliance militaire nippo-sud-coréenne, a ainsi couronné un nouvel édifice militaire dominé par les Etats-Unis dans le Pacifique. Le gouvernement chinois y a dénoncé la préfiguration d'une OTAN de l'Extrême-Orient. Face à la menace d'une nouvelle alliance militaire offensive dirigée contre elles, la Chine et la RPD de Corée n'ont d'autre choix que de renforcer leur coopération traditionnelle.

Sources (dont photos) : AAFC, Hankyoreh, KCNA (dont dépêche du 2 août 2012), Xinhua.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Chine-Corée
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