Naufrage du "Cheonan"

Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 02:56

 

CheonanLe 26 mars 2010, le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan entraînait la mort de 46 marins. Une enquête internationale, menée principalement par la Corée du Sud et les Etats-Unis, a imputé ce drame à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), laquelle continue de vigoureusement démentir toute responsabilité. Ailleurs, les conclusions de l'enquête officielle suscitent de nombreuses interrogations chez de nombreux observateurs et experts. Même le Conseil de sécurité des Nations Unies, d'habitude si prompt à voter des résolutions contraignantes à l'égard de la Corée du Nord, n'a adopté qu'une simple déclaration sur le naufrage du Cheonan, se gardant bien d'accuser la RPD de Corée. En France, les grands médias en restent aux conclusions de l'enquête américano-sud-coréenne (« un sous-marin nord-coréen a torpillé le Cheonan »), prétexte supplémentaire au renforcement de la présence militaire américaine en Asie du nord-est. Pourtant le combat pour faire toute la lumière sur les circonstances du naufrage continue en Corée du Sud, malgré les risques encourus. Aujourd'hui, c'est le réalisateur Baek Seung-woo qui, dans son nouveau film, met en évidence les failles de l'enquête officielle. Cette prise de position a attiré les foudres de l'armée sud-coréenne qui entend faire interdire ce film dans une nouvelle attaque contre tout ce qui ressemble à une voix « dissidente » en Corée du Sud

Présenté le 27 avril 2013 au quatorzième Festival international du film de Jeonju, en Corée du Sud, le film documentaire Project Cheonan Ship, réalisé par le cinéaste indépendant Baek Seung-woo, a fait sensation en pointant les insuffisances de l'enquête officielle diligentée par le gouvernement sud-coréen suite au naufrage de la corvette Cheonan, survenu en mars 2010.

Les faits sont les suivants : le 26 mars 2010, la corvette Cheonan de la marine sud-coréenne, avec 104 marins à son bord, a coulé au large de l'île de Baegnyeong, à l'ouest de la péninsule coréenne, entraînant la mort de 46 hommes de l'équipage. Pour élucider les causes de ce naufrage, le gouvernement sud-coréen a mis en place un groupe d'enquête composé d'experts civils et militaires de Corée du Sud (47), des Etats-Unis (15), de Suède (5), d'Australie (4) et du Royaume-Uni (3). Le 20 mai 2010, le groupe d'enquête a rendu son rapport intermédiaire (qu'il a confirmé le 13 septembre suivant), selon lequel un sous-marin nord-coréen avait coulé le Cheonan. Ces accusations ont aussitôt été rejetées par la RPD de Corée niant toute responsabilité dans le drame du 26 marsLe 9 juillet 2010, le Conseil de sécurité des Nations Unies, saisi par la Corée du Sud à propos du naufrage du Cheonan, a condamné l'« attaque » perpétrée contre le navire sud-coréen, mais sans identifier l'agresseur. Dans le même temps, les conclusions de l'enquête officielle ont été contredites par un ancien membre du groupe d'enquêtepar des scientifiques indépendants et par les experts de la marine russe invités par Séoul pour examiner les « preuves » de la culpabilité de la Corée du Nord.

Aujourd'hui, le film réalisé par Baek Seung-woo remet à son tour en question la version officielle sur le naufrage du Cheonan. Selon The Hollywood Reporter, une des principales revues consacrées à l'industrie cinématographique, son film Project Cheonan Ship est un « documentaire qui analyse en profondeur l'incident ». Cité par The Hollywood Reporter, Kim Young-jin, programmateur du Festival international du film de Jeonju, a déclaré : « Contrairement aux attentes selon lesquelles ce film serait contestataire et provocateur, Project Cheonan Ship donne l'impression d'un documentaire scientifique réalisé par un expert en raison de son ton constamment calme et de l'analyse qu'il fait de l'histoire. »

Project Cheonan Shipa été produit par Chung Ji-young, auteur de films très engagés politiquement tels que Unbowed (Bureojin Hwasal, 2011), dénonçant les dysfonctionnements de la justice sud-coréenne, et National Security (Namyeong-dong 1985, 2012), d'après l'histoire vraie d'un militant pro-démocratie enlevé et torturé en Corée du Sud sous le régime du général Chun Doo-hwan en 1985 (ces deux films sont inédits en France).

La création de Project Cheonan Ship n'a pas été un processus facile, rapporte The Hollywood Reporter, tous les investisseurs s'étant retirés à mi-parcours, laissant Chung Ji-young seul responsable du financement du film.

En tant que producteur, Chung a déclaré être satisfait du résultat : « Lorsque j'ai assisté au premier tournage du film, j'ai vu comment Baek accordait beaucoup d'attention à la production en fournissant un espace bien éclairé aux personnes interrogées. J'avais imaginé quelque chose d'un peu plus brut, et l'ai suggéré, mais il a poussé avec son propre style. Mais je pense que c'est une des choses qui ont fait que le film fonctionne auprès du public, parce que cela montre que c'est un projet très sérieux, sincère. »

Baek Seung-woo a affirmé avoir ressenti beaucoup de pression tout au long de la réalisation de Project Cheonan Ship: « Dès le début, c'était un lourd fardeau car le naufrage du Cheonan est un incident que tout le monde connaît en Corée, et que personne ne peut facilement comprendre. Je voulais l'expliquer le plus simplement possible mais plus je faisais de recherches plus c'était difficile pour moi. Je viens de terminer, la moitié doutant et l'autre moitié me faisant croire que j'avais raison. »

Pour Baek, l'objectif de son film n'était pas de fournir des réponses mais de partager un sentiment : « Quand l'incident [du naufrage du Cheonan] est survenu, j'ai ressenti beaucoup de frustration face à la manière avec laquelle il était traité par le gouvernement et par les médias. […] Je pense qu'il y a deux types de gens qui critiqueront mon film, ceux qui se situent politiquement à l'extrême-droite et ceux qui connaissent très bien l'incident [puisque le film parle de choses qu'ils savent déjà]. Mon film ne vise pas à trouver le coupable, mais à partager ce sentiment de frustration. »

Les intentions de Baek Seung-woo étaient donc relativement modestes, mais c'en est déjà trop pour l'armée sud-coréenne, laquelle demande l'interdiction d'un film qui « jette le doute sur la responsabilité de la Corée du Nord dans le naufrage de la corvette Cheonan », selon les termes du quotidien conservateur Chosun Ilbo,relai médiatique de cette campagne.

Après la projection de Project Cheonan Ship au festival de Jeonju, un responsable du ministère sud-coréen de la Défense a déclaré qu'étaient envisagées des poursuites pour diffamation, tout en reconnaissant qu'il est « juridiquement impossible pour le ministère de la Défense et la Marine d'être diffamés » et que « le ministre de la Défense et le chef de la Marine ont conclu qu'il est juridiquement ambigu d'établir que le film les diffame personnellement ».

Le ministère a donc essayé d'impliquer – pour ne pas dire instrumentaliser - les familles des marins décédés dans le naufrage du Cheonan en leur demandant d'identifier les parties du documentaire qui s'écartent des conclusions de l'enquête officielle, s'engageant à leur fournir une assistance juridique.

Pour le ministère sud-coréen de la Défense, le documentaire réalisé par Baek Seung-woo et produit par Chung Ji-young est « trompeur car il prétend que le Cheonan a coulé à la suite d'une collision ou d'un échouement et pourrait potentiellement causer la confusion parmi le public ».

En Corée du Sud, tous les moyens semblent bons pour que ne soit pas levée la chape de plomb recouvrant la vérité sur le naufrage du Cheonan.

 

Sources :

Lee Hyo-won, "Project Cheonan Ship Filmmakers Spill Secrets Behind the Controversial Doc",The Hollywood Reporter, 28 avril 2013

 "Military Wants to Ban Controversial Cheonan Documentary", Chosun Ilbo, 8 mai 2013


 

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Vendredi 7 décembre 2012 5 07 /12 /Déc /2012 21:47

cheonan epave rtbfEn mars 2010, le dramatique naufrage du navire sud-coréen Cheonan, à l'origine de la mort de 46 marins, avait été attribué à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) par une commission d'enquête internationale exclusivement constituée de représentants des Etats-Unis, de la Corée du Sud et de leurs alliés. Alors que la RPDC a farouchement nié toute implication dans cette affaire, les médias sud-coréens indépendants ont montré les nombreuses lacunes de l'enquête officielle. Les preuves scientifiques ont également été apportées de la vraisemblance d'un accident imputable aux seules forces armées américaines et sud-coréennes. Pour empêcher que la réalité ne se traduise par un fiasco pour les conservateurs au pouvoir à Séoul, les services secrets sud-coréens n'ont eu depuis de cesse de multiplier les opérations de manipulation de l'opinion publique. La dernière en date est particulièrement éclairante : elle prétend que les marins nord-coréens à l'origine du naufrage auraient été décorés. Mais tout sonne faux dans ce nouveau mensonge dont l'Association d'amitié franco-coréenne décrypte les ficelles très grossières pour toute personne un peu familière des méthodes d'espionnage contemporaines. Au demeurant, l'objectif de cette énième opération de désinformation est clair : à douze jours de l'élection présidentielle sud-coréenne du 19 décembre 2012, où l'avance de quelques points dans les sondages de la candidate de droite Park Geun-hye n'est pas suffisante pour garantir le maintien au pouvoir des conservateurs, l'appareil de sécurité sud-coréen fait souffler "le vent du Nord" dans les voiles de sa favorite, sur fond de manipulations et d'intoxications dont les campagnes électorales sud-coréennes sont hélas coutumières.

 

Dans une dépêche en date du 7 décembre 2012, l'agence publique sud-coréenne Yonhap, dont les positions relaient celles du pouvoir conservateur - à l'instar de l'ORTF naguère en France - l'affirme sans ambages : "les officiers de la marine nord-coréens responsables du naufrage meurtrier du navire de guerre sud-coréen Cheonan en 2010 ont été décorés, a affirmé ce vendredi un transfuge".

 

Tout d'abord, le nom du précieux transfuge n'est pas révélé : peut-être n'existe-t-il tout simplement pas. Appelons-le M. X. (même si l'agence Yonhap préfère l'appeler Ahn Cheol-nam, cela sonne plus vrai et en plus, son nom évoque furieusement celui du populaire Ahn Cheol-su, dont la droite sud-coréenne essaie de récupérer les voix à l'approche de l'élection présidentielle, après son retrait en faveur du candidat de centre-gauche Moon Jae-in).

 

On ne sait même pas où M. X. a fait ses révélations. Selon Yonhap, ce serait "lors d'un événement organisé par le Forum pour la paix en Corée". Y avait-il d'autres personnes participant à ce forum dont on connaîtrait l'identité ? Bien sûr que non, car dans ce cas l'identité de M. X. ne serait plus secrète ! Il s'agissait donc d'un forum secret, avec de mystérieux participants fantômes... En tout cas, l'idée d'un "Forum" est excellente (avec un "F" majuscule, il s'agissait d'un événement majeur, assurément... Quel dommage qu'on ne puisse pas savoir précisément quand ni où "l'évènement" de ce forum a eu lieu...).  

 

Mais peut-être M. X. détient-il des preuves matérielles de ce qu'il avance ? Là encore, nous n'avons pas de chance : il faut se référer à un contact de M. X (dont nous sommes heureux d'apprendre  par ce fait que, même au Sud, il dispose encore de tels contacts) : selon M. X, "l'un de mes contacts a affirmé que son gendre était l'ingénieur en chef du sous-marin responsable de l'attaque contre le Cheonan". Le mystérieux gendre serait d'autant mieux informé que, d'après Yonhap "le gendre, dont l’identité n’a pas été dévoilée, a été promu commandant en second et a reçu le titre de héros de la RPDC après le naufrage, selon Ahn". La boucle est bouclée : au nom de la protection des sources (et, quelle heureuse coïncidence, de la famille du contact), on ne peut rien savoir, ni rien vérifier.

 

1 beon number 1Doit-on ajouter qu'on ne trouve aucune trace - ni dans les médias nord-coréens, ni même dans les médias sud-coréens - que des marins nord-coréens auraient été promus héros de la RPDC après le naufrage? Seulement des rumeurs, complaisamment entretenues par la presse sud-coréenne de droite, qu'il y aurait eu de telles promotions, sans le début d'un commencement de preuve matérielle. Au demeurant, pour le naufrage du Cheonan, les pièces à conviction ont été fabriquées : la torpille nord-coréenne repêchée, quel heureux hasard, quelques semaines avant la conclusion officielle de "l'enquête" (qui cherchait alors désespérement un élément de preuve matérielle à exhiber) portait une inscription utilisant une graphie peu ou pas utilisée au Nord de la péninsule, et qui aurait dû disparaître sous l'effet de la chaleur de l'explosion. Par ailleurs, les éléments marins attachés à ladite torpille prouvaient qu'elle avait été immergée des mois avant la date du naufrage, apportant la preuve irréfutable qu'elle rouillait au fond de la mer bien longtemps avant le naufrage...

 

A défaut de preuves matérielles, il faudra donc se contenter des déclarations du mystérieux M. X., du gendre inconnu de M. X. et de ses contacts improbables au Nord de la péninsule.

 

Pour donner une apparence de crédibilité à ces pseudo-révélations diffusées complaisamment à douze jours de l'élection présidentielle sud-coréenne, des détails sont inventés : auraient été décorés "le capitaine, son adjoint, le chef mécanicien et le maître d'équipage du sous-marin" nord-coréen (et pas l'ingénieur en chef, le mystérieux gendre de M. X ? Il y a décidément des contradictions ou, tout au moins, des zones d'ombre dans les déclarations de M. X). Faut-il préciser qu'aucune preuve matérielle de la présence d'un sous-marin nord-coréen, au moment et sur les lieux de l'incident, n'a pu être produite par la pseudo-enquête officielle américano - sud-coréenne ?

 

De même, les décorations dateraient d'octobre 2010, soit dans le mois ayant précédé une attaque meurtrière sur l'île de Yeonpyeong, et pour laquelle il est indéniable qu'il y a eu des échanges de tirs de chaque côté, Nord comme Sud. Dans la fabrication des faux en renseignement, ce genre de procédé est habituel : les éléments inventés doivent s'inscrire dans un récit vraisemblable pour celui qui l'entendra. Seul problème : il n'a jamais été prouvé à aucun moment que les affrontements autour de l'île Yeonpyeong aient été prémédités par le Nord, bien au contraire.

 

Enfin, la nouvelle de ces révélations est bien tardive. Pourtant, M. X. est censé "a[voir] travaillé pour le gouvernement nord-coréen, a[voir] fait défection au Sud à la fin de l'année dernière". Depuis fin 2011, M. X. a donc mis bien du temps a retrouver la mémoire ou plutôt - si on croit ses révélations embrouillées - à renouer avec un contact sur une affaire vieille de deux ans (octobre 2010, selon ses dires). M. X. est décidément un cas exceptionnel et, pour tout dire, extraordinaire : c'est le seul officiel nord-coréen ayant fait défection au Sud et qui est mieux informé quand il vit en Corée du Sud que quand il travaillait pour le gouvernement nord-coréen !

 

Arrêtons-là l'ironie : l'agence Yonhap s'est prêtée à une misérable mise en scène des services sud-coréens et de la droite, affolée par la possibilité de perdre le pouvoir et ,sans doute aussi, par l'idée que la vérité émerge enfin, en cas d'alternance, sur le naufrage du Cheonan. M. X. n'existe évidemment pas, pas plus que le gendre de M. X., et l'événement du Forum où les révélations auraient été faites ne s'est jamais tenu. De tels mensonges ne servent pas la cause de la démocratie sud-coréenne, quand une grande agence de presse comme Yonhap abandonne tout esprit critique pour relayer la propagande du gouvernement sortant, qui la contrôle.

 

Sources : AAFC, Yonhap.

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Lundi 3 septembre 2012 1 03 /09 /Sep /2012 20:55

Le dramatique naufrage du Cheonan, qui a causé la mort de 46 marins sud-coréens en mars 2010, avait été attribué à une torpille nord-coréenne par l'équipe d'enquête officielle composée d'Américains, de Sud-Coréens et d'autres représentants des pays occidentaux. Si les lacunes de l'enquête officielle avaient été aussitôt dénoncées par la presse sud-coréenne indépendante, montrant l'inconsistance de la thèse de la torpille nord-coréenne, les vraies causes du naufrage ont donné lieu à diverses interprétations. Une étude scientifique internationale, publiée par deux experts de sismologie, le Sud-Coréen Kim So-gu et l'Israélien Yefim Gitterman, a levé un coin du voile en montrant que les données de l'explosion étaient conformes à l'hypothèse que la naufrage du Cheonan est dû à une mine abandonnée par la marine sud-coréenne, comme l'avaient déjà conclu les experts de la Marine russe ayant examiné les causes de l'accident. En d'autres termes, l'armée sud-coréenne serait elle-même responsable de la catastrophe du Cheonan : alors que les mines sud-coréennes devaient torpiller des navires nord-coréens qui se seraient aventurés dans les eaux contestées de l'Ouest de la Corée, l'armée sud-coréenne aurait ainsi été prise à son propre piège. Kim So-gu et Yefim Gitterman infirment également les résultats d'une autre étude scientifique qui avait cherché à valider l'hypothèse officielle de la torpille nord-coréenne : quels que soient les scénarios retenus, les données scientifiques disponibles rendent impossible d'attribuer le naufrage à une torpille nord-coréenne. Enfin, l'équipe officielle d'experts du gouvernement sud-coréen a écarté de manière arbitraire l'hypothèse de la mine sud-coréenne. Nous publions ci-après une traduction de l'anglais d'un article d'Oh Cheol-woo, publié dans le quotidien sud-coréen Hankyoreh le 27 août 2012 sous le titre "Selon une nouvelle étude, le Cheonan a été coulé par une mine, pas par une torpille nord-coréenne" - et faisant le compte rendu de l'étude de Kim So-gu et Yefim Gitterman, publiée dans la revue internationale Pure and Applied Geophysics.

 

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Un article publié dans une revue académique internationale explique que l'explosion qui a coulé le navire de guerre sud-coréen Cheonan en mars 2010 aurait été causée non par une torpille nord-coréenne, mais par une mine abandonnée par la marine sud-coréenne.

 

C'est la seconde étude scientifique sur le naufrage du Cheonan publiée dans une revue académique, la première étant une analyse sismique publiée l'an dernier par le professeur Hong Tae-kyung du département des sciences de la Terre. Cette étude soutenait les conclusions de l'équipe d'enquête conjointe du gouvernement.

 

Dans l'étude publiée par la revue académique internationale Géophysique pure et appliquée (Pure and Applied Geophysics), Kim So-gu, directeur de l'Institut coréen de sismologie, et Yefim Gitterman, de l'Institut de géophysique d'Israël, écrivent que l'analyse des vagues sismiques, des vagues acoustiques et de la fréquence de la formation des bulles montrent clairement qu'une explosition sous-marine s'est produite.

 

Ils disent que la magnitude sismique de l'explosion est de 2,04, soit 136 kg de TNT et l'équivalent de la charge individuelle d'un grand nombre des mines terrestres abandonnées par la marine [sud-]coréenne après leur installation dans les années 1970.

 

Les conclusions sont remarquables en ce qu'elles diffèrent grandement de celles du groupe conjoint d'enquête civilo-militaire (GCECM, note du traducteur : l'équipe officielle mandatée par le gouvernement sud-coréenne), qui a donné comme cause du naufrage une torpille nord-coréenne CHT-02D avec une charge de 250 kg de TNT, qui a explosé à une profondeur de six à neuf mètres, et ayant produit un séisme de magnitude 1,5.

 

A l'appui de sa thèse, l'équipe de recherche a analysé les causes de l'explosion sous-marine par des équations, des modèles et des simulations examinant la fréquence des bulles de gaz qui se forment rapidement après une explosion, et la quantité de charge explosive nécessaire pour les produire.

 

La dilatation et la contraction répétées des bulles, qui se développent rapidement avec l'explosion puis diminuent en raison de la pression de l'eau, endommagent les navires.

 

Le délai nécessaire à la dilatation et à la contraction est appelé rythme des bulles. D'après les données observées, Kim et Gitterman ont calculé que le rythme des bulles - une valeur nécessaire pour déterminer la charge explosive et la profondeur de l'explosion - était de 0.990 seconde.

 

Kim et Gitterman ont alors fait des calculs selon diverses hypothèses de charges explosives et de profondeur et déterminé qu'une explosion de 136 kg de TNT à une profondeur de 8 m avait produit le rythme de bulles selon les données observées.

 

Kim et Gitterman ont déclaré que des tentatives de confirmation, suivant plusieurs méthodes, de l'hypothèse d'une explosion de 250 kg de TNT avait produit des résultats trop discordants avec le rythme de bulles observé. 

 

Le groupe conjoint d'enquête civilo-militaire (GCECM) avait aussi examiné l'hypothèse d'une explosion par une mine terrestre.

 

D'après le rapport de conclusions du GCECM publié en 2010, la marine [sud-]coréenne, suivant une décision de 1985, avait abandonné sur le plancher océanique ses mines terrestres, considérées comme n'étant plus nécessaires, après un processus de désactivation impliquant de les désamorcer. Les mines avaient été placées autour des îles de la mer de Corée occidentale, le long de la Ligne de limite nord  (Northern Limit Line), en 1977.

 

Le GCECM a exclu les mines comme une cause possible de l'explosion, en affirmant qu'une mine terrestre avec une charge de 136 kg de TNT aurait été incapable de couper en deux la coque d'un navire de 47 mètres, compte tenu de la profondeur des eaux à l'endroit où l'incident a eu lieu.

 

Kim a déclaré : "Les résultats de l'enquête du GCECM ne respectent pas suffisamment les données de base des explosions sous-marines et de la dynamique des bulles. D'autres hypothèses pouvant être soulevées, une nouvelle enquête devrait être menée pour étudier scientifiquement les causes de l'explosion".

 

 

L'étude en anglais Underwater Explosion (UWE) Analysis of the ROKS Cheonan Incident (So Gu Kim and Yefim Gitterman) est disponible à l'adresse suivante :

http://www.springerlink.com/content/c861379488372070/

Pure and Applied Geophysics

2012, DOI: 10.1007/s00024-012-0554-9

 

 

Source : Hankyoreh, traduit de l'anglais par l'AAFC (dont photo).

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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 00:01

Il y a deux ans, le 26 mars 2010, le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan causait 46 morts. Une enquête internationale, composée principalement d'experts américains et sud-coréens, avait imputé ce drame à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui avait vigoureusement démenti toute implication. Alors que l'enquête officielle a suscité de nombreuses interrogations, notamment d'un ancien membre de l'équipe d'enquête choisi par l'opposition sud-coréenne et de membres de la Marine russe, un spécialiste français de la péninsule coréenne, Claude Helper - qui a accompli de nombreuses missions tant au Nord qu'au Sud de la Corée au début des années 1990 - a démonté les arguments officiels américano - sud-coréens pour conclure à l'évidence : "Le naufrage du Cheonan n'a pas été provoqué par une torpille nord-coréenne (...) ce naufrage a très probablement été provoqué par une mine" (Corée du Nord : dénucléarisation et succession de Kim Jong-il, L'Harmattan, 2010, p. 248). L'AAFC reprend les différents points développés par Claude Helper dans l'ouvrage (pp. 236-248), à partir notamment de sources que nous avions eu l'occasion de citer dans les mois ayant suivi le naufrage.

 

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L'inscription en coréen sur la torpille

 

Brandie comme la pièce à conviction de l'implication de la RPD de Corée dans le naufrage du Cheonan, l'hélice rouillée d'une torpille nord-coréenne (photo ci-dessus) exhibée par les experts américains et sud-coréens, et portant des caractères qui seraient seulement utilisés au Nord de la péninsule, a finalement apporté la preuve la plus concluante de la mise en scène opérée par Washington et Séoul. Dans un article publié par le Asia-Pacific Journal le 12 juillet 2010 (et dont l'AAFC a publié une traduction en français), le professeur Lee Seung-hun (de l'Université de Virginie), assisté du professeur Jae-jung Suh (de l'Université Johns Hopkins), indique notamment qu'à la température de l'explosion (autour de 1 000 °C) les inscriptions auraient dû disparaître, comme la peinture recouvrant ces pièces et qui a, elle, bien disparu. Mieux encore, la peinture des inscriptions aurait dû se consumer à une température moins élevée (150 °C) que la peinture des pièces (350 °C) qui a seule brûlé... La conclusion d'évidence, rappelée par Claude Helper, est que les signes en coréen (du Nord) ont "été gravés ou peints par dessus la rouille" (ibid., p. 237).

 

Claude Helper rappelle également les conclusions d'une équipe d'experts de la Marine russe, à l'origine pourtant sollicités par Séoul pour faire taire les critiques persistantes d'une grande partie de l'opinion publique sud-coréenne. La publication du rapport des experts russes, sans cesse reportée, ne paraîtra finalement jamais officiellement... avant qu'un journal d'opposition, le Hankyoreh, n'y ait accès, et livre les conclusions de la Marine russe : le naufrage a été causé par une mine, et non par une torpille ; le navire sud-coréen, lors d'une manoeuvre à l'endroit peu profond où il devait couler, aurait agrippé un filet de pêche et dragué accidentellement une mine, ainsi à l'origine de l'explosion.

 

Précisons que la plupart des mines dans cette région ont été disposées par le gouvernement sud-coréen depuis l'armistice de 1953, pour empêcher une intrusion nord-coréenne dans une zone qui, au moment des faits, était le théâtre de manoeuvres militaires à grande échelle.

 

Outre ce rappel des faits, Claude Helper a eu le mérite de mettre en perspective les raisons pour lesquelles les gouvernements américain et sud-coréen s'en sont tenus à une version officielle aussi peu convaincante. En effet, les experts russes n'en seraient pas restés à leurs premières conclusions publiées par le Hankyoreh. Après le fiasco causé par cet article, le gouvernement sud-coréen leur a fourni de plus amples informations... qui eurent, une fois encore, l'effet inverse. Une preuve en a été apportée par un témoin digne de foi, peu suspect de sympathie pro-Corée du Nord, Donald P. Gregg, ancien conseiller pour la sécurité nationale de George H. Bush de 1982 à 1988, puis ancien ambassadeur américain à Séoul, aujourd'hui président d'honneur de la Korean Society. Selon un article du International Herald Tribune, publié en septembre 2010 et cité par Claude Helper, Donald P. Gregg aurait obtenu la réponse suivante d'un contact russe, au fait du dossier, sur les raisons du silence prolongé des experts de la Marine russe : "Because it would do much political damage to President Lee Myung-bak and would embarrass President Obama" (car "cela ferait beaucoup de tort politique au Président Lee Myung-bak et embarrasserait le Président Obama").

 

De fait, ce sont des experts américains qui ont dû être dépêchés en catastrophe sur place, alors que le gouvernement Lee Myung-bak était très vite dépassé par les événements - et en particulier par la colère des familles des marins d'abord portés disparus avant de mourir, un deuxième scandale étouffé ayant été l'incapacité à les sauver, alors qu'ils étaient encore enfermés dans l'épave. Associés aux experts d'autres pays tous alliés (ainsi que d'experts suédois, mais dont le silence n'a été que plus assourdissant), les analystes américains ont pu mettre en place les éléments justificatifs de la thèse officielle. Pour leur part, les médias sud-coréens acquis au gouvernement de droite, soit parce qu'ils sont à capitaux publics (comme KBS ou Yonhap), soit parce qu'ils sont d'orientation conservatrice, ont fait leur une pendant des semaines sur un "11 septembre" coréen, avant de marteler la thèse officielle de la torpille nord-coréenne - tandis que la répression faisait taire les voix dissidentes.

 

Claude Helper a, pour sa part, mis sur l'accent sur les bénéfices retirés de la présentation de la thèse officielle par le gouvernement sud-coréen, au niveau international : resserrement de l'alliance avec les Etats-Unis ; intensification des exercices de guerre menés conjointement avec Washington, à un rythme et en engageant un niveau de forces sans précédent ; raidissement de la Corée du Nord justifiant l'abandon de la politique d'ouverture au Nord des anciens présidents démocrates, en exigeant préalablement des "excuses" de Pyongyang.

 

Quant à elle, l'AAFC dénonce vigoureusement la politique de confrontation avec le Nord menée de manière constante par le gouvernement Lee Myung-bak. Pour que cessent les atteintes à la démocratie perpétrées par les conservateurs au pouvoir à Séoul, sur la vérité concernant le naufrage du Cheonan comme plus largement pour l'expression de la liberté d'opinion, elle forme le voeu que les élections législatives du 11 avril en Corée du Sud sanctionnent les dirigeants sud-coréens qui ont non seulement menti à leur peuple sur le naufrage du Cheonan, mais aussi cherché à manipuler l'opinion internationale.

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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 15:43

cheonan epave rtbf Le 13 septembre 2010, le groupe mixte d'enquêteurs civils et militaires sud-coréens, américains, britanniques, australiens et suédois a rendu son rapport final sur le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan, le 26 mars dernier en mer de l'Ouest (mer Jaune), un drame qui a tué 46 marins. Les conclusions figurant dans le rapport final sont les mêmes que celles figurant dans le rapport intermédiaire du 20 mai : le Cheonan aurait été torpillé par un sous-marin nord-coréen.  Depuis le début, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) nie être impliquée dans le naufrage du Cheonan, proposant même l'envoi de ses propres enquêteurs à Séoul, une proposition toujours refusée par les autorités sud-coréennes. Malgré les pressions, de nombreux citoyens de Corée du Sud continuent de s'interroger sur les véritables causes du naufrage et, en Corée du Sud comme à l'étranger, plusieurs scientifiques et spécialistes de renom  considèrent que les conclusions de l'enquête officielle s'appuient sur des preuves trop faibles et servent trop d'intérêts pour être crédibles. Particulièrement en Corée du Sud, les appels se multiplient pour une réouverture de l'enquête afin de connaître de manière certaine la vérité sur le naufrage du Cheonan, une question considérée, à juste titre, essentielle pour la sauvegarde de la paix dans la péninsule coréenne, en Asie du Nord-Est et dans le monde. Ceux qui appellent à la réouverture de l'enquête sur le Cheonan sont désormais aidés dans ce combat par un documentaire et une base documentaire créés par des Sud-Coréens et disponibles en anglais sur Internet. Pour que l'opinion publique mondiale ne puisse pas dire un jour « Nous ne savions pas » .

 

 Le 12 novembre 2010, Hani TV, département audiovisuel du quotidien sud-coréen Hankyoreh, a édité une version anglaise de son documentaire intitulé Beneath the Surface: the investigation into the sinking of the Cheonan (Sous la surface : l'enquête sur le naufrage du Cheonan). Ce documentaire est désormais disponible sur les sites YouTube (youtube.com/watch?v=SDITkTEDVNA) et HaniTV (hanitv.com/sisa/sub_index.php?depth1_idx=4).

 

Avec l'aide de députés de l'Assemblée nationale sud-coréenne, de spécialistes des opérations de sauvetage, de scientifiques et de membres d'organisations civiques, les journalistes de Hani TV ont analysé le rapport final du groupe mixte d'experts civils et militaires mandaté par le gouvernement sud-coréen pour enquêter sur le naufrage du Cheonan.

 

Ce documentaire de 26 minutes s'intéresse principalement aux aspects scientifiques de l'enquête officielle sur le drame du 26 mars, en soulignant les failles significatives des preuves avancées par les experts du groupe mixte qui imputent le naufrage à la Corée du Nord. Les auteurs du documentaires font notamment référence à l'autre enquête menée par les experts de la Marine russe, dont les conclusions – non rendues publiques à ce jour mais obtenues par le Hankyoreh - infirment la thèse officielle dite de la torpille nord-coréenne.

 

Le film présenté par Hani TV replace aussi le naufrage du Cheonan dans son contexte. Pour les auteurs du documentaire, la précipitation avec laquelle le groupe mixte a rendu ses premières conclusions incriminant la RPDC dès le 20 mai 2010 - après moins de deux mois d'enquête - s'explique par deux facteurs : les tensions entre les deux alliances que forment la Corée du Sud et les Etats-Unis d'un côté, la Corée du Nord et la Chine de l'autre ; les élections locales du 2 juin en Corée du Sud.

 

Cette idée est notamment défendue par Jong Se-hyun, ministre sud-coréen de la Réunification de 2001 à 2004.

 

Le documentaire de Hani TV ne prétend pas dire ce qui est arrivé le 26 mars 2010 en mer de l'Ouest. Plus modestement, il pointe les failles de l'enquête officielle et la manipulation de l'opinion publique qui en a résulté.

 

Est-il possible de réouvrir l'enquête sur le Cheonan en soulignant ses insuffisances criantes? Le combat pour la vérité, ou contre le mensonge et la manipulation, vaut-il la peine d'être mené? Oui, répondent les auteurs du documentaire,  en rappelant le précédent d'un autre drame naval, celui de l'USS Iowa.

 

USS_Iowa_BB61_Iowa_Explosion_1989.jpgLe 19 avril 1989, au large de Porto Rico, l'explosion d'une tourelle de tir sur le cuirassé américain USS Iowa fit 47 victimes parmi les membres d'équipage. La première enquête de la Marine américaine concluait que l'explosion avait été délibérément provoquée, à l'aide d'un détonateur, par un marin affecté au canon de la tourelle. Les familles des victimes, les médias et le Congrès des Etats-Unis critiquant les conclusions de la Marine, le comité des forces armées du Sénat et le comité des forces armées de la Chambre des représentants se penchèrent sur cette enquête avant d'en contester les résultats. Le Government Accountability Office (GAO), organisme d'audit, d'évaluation et d'investigation du Congrès américain, réexamina donc l'enquête de la Marine, aidé par des scientifiques qui démontrèrent qu'une surcharge des sacs de poudre dans la culasse du canon aurait pu provoquer l'explosion sur l'USS Iowa. La Marine mena alors de nouveaux tests confirmant la probabilité de ce scénario et dut réouvrir l'enquête. Finalement, en 1991, la Marine américaine conclut que la cause de l'explosion du 19 avril 1989 ne pouvait être déterminée et exprima ses regrets à la famille du marin qui avait été accusé...

 

Le documentaire produit par Hani TV sera utilement complété du site Internet   www.truthcheonan.info.

 

Ce site en anglais et en coréen a été créé par quatre universitaires d'origine coréenne travaillant dans des disciplines différentes : Jaejung Suh de l'Ecole des études internationales avancées de l'Université Johns Hopkins (sciences politiques), Seunghun Lee de l'Université de Virginie (physique), Sunwon Park de la Brookings Institution (sciences politiques) et Panseok Yang de l'Université du Manitoba (géologie). Dès le mois de juillet, Suh et Lee avaient souligné les insuffisances et incohérences graves de l'enquête offficielle sur le naufrage du Cheonan

 

Grâce à ce site Internet, véritable base documentaire, les universitaires veulent « contribuer à découvrir pourquoi et comment la corvette Cheonan de la Marine de la République de Corée a coulé le 26 mars 2010 en mer de l'Ouest, rassembler les rapports du gouvernement, les analyses indépendantes et les articles de presse relatifs à l'incident du Cheonan, et partager ces éléments avec tous ceux qui recherchent la vérité. »

 

La pression de scientifiques indépendants poussera-t-elle à réouvrir l'enquête sur le Cheonan? Déjà, à l'issue du G20 des 11 et 12 novembre 2010, le gouvernement sud-coréen a fait savoir que des « excuses » de la part de la RPDC pour le naufrage du Cheonan ne constituent plus une condition pour une reprise des pourparlers à six pays sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. En annonçant, le 24 mai 2010, des mesures de rétorsion à l'encontre de la Corée du Nord, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait pourtant fait de telles excuses un préalable. En y renonçant, Lee Myung-bak satisfait les exigences de la République populaire de Chine et de la Fédération de Russie, parties aux pourparlers à six et soucieuses de la stabilité de la péninsule coréenne. Implicitement, il reconnait aussi les failles de l'enquête officielle et sa propre responsabilité dans l'aggravation des tensions en Corée depuis plusieurs mois.

 

 

 

Sous la surface : l'enquête sur le naufrage du Cheonan

Corée du Sud - novembre 2010 - 26 mn

(en anglais)

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Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 13:10

Après le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan qui a causé 46 morts, le 26 mars dernier, une enquête internationale composée notamment d'experts américains et sud-coréens a imputé ce drame à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui a vigoureusement démenti et aussitôt proposé d'envoyer sur place sa propre équipe d'experts - ce qu'a refusé la Corée du Sud. Alors que l'enquête officielle a suscité de nombreuses interrogations, notamment d'un ancien membre de l'équipe d'enquête choisi par l'opposition sud-coréenne et de membres de la Marine russe pourtant invités par la Corée du Sud à examiner les "preuves" prétendument recueillies, le Conseil de sécurité des Nations Unies a pris une position équilibrée évitant toute sanction. Mais les Etats-Unis, la Corée du Sud ou d'autres Etats occidentaux, comme le Canada, ont choisi d'adopter unilatéralement de nouvelles sanctions qui touchent les populations nord-coréennes, en tirant argument de la responsabilité nullement démontrée de Pyongyang pour refuser, jusqu'à ce jour, une reprise des discussions bilatérales et multilatérales, malgré les gestes de dialogue et d'apaisement répétés de la RPD de Corée. Dans ce contexte de blocage, Pyongyang a apporté ses propres éléments de réfutation, point par point, aux résultats de l'enquête officielle américano - sud-coréenne.

 

Cheonan questionDans le bras-de-fer qui se joue entre Washington et Séoul, d'une part, et Pyongyang, d'autre part, les premiers exigeant de la seconde des "excuses" pour le naufrage du Cheonan dans lequel la RPD de Corée nie toute implication, des éléments nouveaux ont été apportés par la partie nord-coréenne.

 

Dans un communiqué publié le 2 novembre 2010, la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dénonce une "pure fabrication" et une "farce", en soulignant quelques-unes des failles de l'enquête officielle conduite par une équipe civilo-miltaire, formée notamment d'experts américains et sud-coréens :

 

- alors que la pièce à conviction des enquêteurs sud-coréens et américains est un fragment de torpille en aluminium, la Corée du Nord a indiqué que ses torpilles, dont elle fournirait des échantillons, étaient composées d'acier, et non d'aluminium ;

 

- l'inscription "n° 1" en coréen, sur ce même fragment, n'utilise pas la graphie utilisée au Nord de la péninsule, et la chaleur de l'explosition aurait dû l'effacer ;

 

- selon Pyongyang, aucun sous-marin ne serait basé dans le port de la côte occidentale, d'où serait parti selon Washington et Séoul - deux ou trois jours avant le naufrage - le sous-marin lanceur de torpilles incriminé.

 

Les Américains et leurs alliés sud-coréens ont déclaré qu'il n'y avait "rien de nouveau" dans ces déclarations, faites quelques jours après l'échec de nouvelles négociations entre la Corée du Nord et le commandement des Nations Unies, à direction américaine, stationné en Corée du Sud. Mais les réponses formulées, laconiques, sont loin d'apporter les preuves irréfutables exigées par Pyongyang :

 

 - des photos satellites montrant des sous-marins nord-coréens à proximité du port d'attache supposé par les Etats-Unis et la Corée du Sud (alors même que le principe d'un sous-marin est d'être mobile...),

 

- des témoignages de Nord-Coréens ayant fait défection - et dont l'objectivité peut être mise en doute - tendant à attester que la graphie coréenne de l'inscription sur la torpille serait aussi utilisée au Nord, alors que des linguistes ont observé qu'une telle graphie est peu utilisée au Nord, et non qu'elle ne l'est jamais.

 

Enfin, les scientifiques sud-coréens et américains observent un silence gêné sur des éléments encore plus confondants, comme le fait que l'inscription n'ait pas été effacée par la chaleur de l'explosion - alors même que ces interrogations ont été soulevées non seulement par les Nord-Coréens, mais aussi par les experts indépendants sud-coréens et russes. Ces derniers, qui ont avancé la thèse d'un échouement accidentel du Cheonan, ont d'ailleurs observé que le fragment de torpille, retrouvé après de longues semaines de recherche par l'équipe américano - sud-coréenne, avait été immergé pendant au mois six mois, et ne pouvait donc pas être à l'origine d'un naufrage survenu deux mois plus tôt...

 

Sources : AAFC, Associated Press

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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Dimanche 22 août 2010 7 22 /08 /Août /2010 12:24

Le 20 mai 2010, le groupe mixte civil et militaire constitué par le gouvernement sud-coréen pour enquêter, avec l'assistance d'experts étrangers - en majorité américains -, sur le naufrage du Cheonan a rendu ses premières conclusions : la corvette sud-coréenne aurait sombré le 26 mars en mer de l'Ouest, suite à l'explosion d'une torpille nord-coréenne. Ces accusations, rejetées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ont contribué à accroître les tensions autour de la péninsule coréenne. Pourtant, le moins qu'on puisse dire est que le rapport du groupe d'enquête mixte a pris quelques libertés avec la science... C'est ce que démontre Seung-hun Lee, physicien d'origine coréenne travaillant à l'Université de Virginie (Etats-Unis). Pour lui, il y a tellement d'incohérences dans ce rapport que certaines données pourraient purement et simplement avoir été fabriquées afin de servir la thèse d'une attaque à la torpille nord-coréenne. En attendant que les grands médias français et francophones fassent état des contre-expertises sur les causes du naufrage du Cheonan, l'Association d'amitié franco-coréenne propose la traduction d'un article du professeur Seung-hun Lee, assisté du professeur Jae-jung Suh de l'Université Johns Hopkins, résumant ses travaux et réfutant de manière scientifique les conclusions du groupe d'enquête mixte. Les professeurs Lee et Suh appellent à l'ouverture d'une nouvelle enquête « aussi exhaustive, objective et scientifique qu'il est humainement possible » afin de connaître – enfin - la vérité sur le naufrage du Cheonan. Les avis de chimistes et de physiciens sont les bienvenus, cette question étant primordiale pour la paix en Asie et dans le monde.

 

 

Un jugement hâtif

Les incohérences du rapport sud-coréen sur le naufrage du Cheonan

 

Par Seung-hun Lee, Département de physique de l'Université de Virginie,

et Jae-jung Suh, Ecole des études internationales avancées de l'Université Johns Hopkins

 

The Asia-Pacific Journal, 12 juillet 2010


 

Dans la nuit du 26 mars 2010, le Cheonan, corvette de 1.200 tonnes de la Marine de la République de Corée (RdC, Corée du Sud) a été coupé en deux avant de couler au large de l'île de Baengnyeong en mer de l'Ouest (mer Jaune). Quarante-six membres d'équipage ont trouvé la mort dans cet incident. Après presque deux mois d'enquête, le gouvernement sud-coréen a publié un rapport intermédiaire imputant la cause du naufrage du Cheonan à l'explosion d'une torpille nord-coréenne. [1] Cependant, ce rapport comporte de nombreuses incohérences remettant en question les conclusions du gouvernement et l'intégrité même de l'enquête. Afin de répondre à ces incohérences et de restaurer la confiance du public dans l'enquête, le gouvernement sud-coréen doit constituer une nouvelle équipe et reprendre l'enquête depuis le début. Nous recommandons à la communauté internationale de continuer à insister pour une enquête objective et exhaustive, tout en réaffirmant son engagement pour la paix et la stabilité de la péninsule coréenne.

 

Le groupe mixte d'enquêteurs civils et militaires (Joint Civil-Military Investigation Group, JIG), composé de 22 experts militaires, de 25 experts venant d'instituts de recherche liés à l'armée, et de trois experts civils recommandés par le Parlement [sud-coréen] [2], a mené une enquête scientifique presque digne des Experts [3] avec test d'explosion, simulation par ordinateur, et analyses faisant appel à des techniques de pointe telles que la spectrométrie dispersive en énergie (energy dispersive spectrometry, EDS) et la diffractométrie de rayons X (X-ray diffraction, XRD). Dans son rapport intermédiaire rendu public lors d'une conférence de presse le 20 mai, le JIG a fait trois constatations principales :

1) Le naufrage du Cheonan a été provoqué par une explosion extérieure au navire.

2) Cette explosion était celle d'une torpille.

3) Cette torpille a été fabriquée par la Corée du Nord.

Sur la base de ces constatations, le JIG a logiquement conclu que la Corée du Nord était responsable du naufrage du Cheonan. Il s'agit en effet d'une conclusion logique, pour peu que les trois constatations soient correctes.

 

Cependant, après avoir examiné minutieusement le rapport et les preuves du JIG, et après avoir effectué nos propres tests physiques, nous découvrons que le JIG n'a réussi ni à justifier son affirmation d'une explosion extérieure, ni à établir un lien de cause à effet entre le naufrage du Cheonan et la torpille, ni à démontrer que la torpille a été fabriquée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

Les trois « constats » du JIG ne s'appuient sur aucune preuve crédible, et ils sont en contradiction et incompatibles avec les faits. Tous les trois présentent des failles si sérieuses que la conclusion du JIG en devient indéfendable. En outre, il existe de fortes chances que les données des analyses EDS ou XRD aient été fabriquées. Nos résultats montrent que les « preuves décisives » avancées par le JIG ne supportent pas sa conclusion que le naufrage du Cheonan a été provoqué par la prétendue torpille nord-coréenne. Au contraire, des données contradictoires renforcent les soupçons qu'il ait lui-même fabriqué ces données.

 

Premièrement, le JIG n'a pas pu avancer de preuve concluante, ou au moins convaincante au-delà du doute raisonnable, d'une explosion extérieure. Alors que le JIG soutient dans son rapport que le type des déformations et ruptures subies par le navire est cohérent avec les dommages causés par un effet de bulle dû à explosion extérieure, aucune preuve ne vient appuyer cette affirmation. Au moment de la publication de son rapport, le JIG n'avait pas effectué de simulation montrant comment une bulle aurait pu se former suite à une explosion sous-marine, et comment elle aurait pu sectionner le Cheonan, comme l'a reconnu le 24 mai la Commission spéciale du Parlement [sud-coréen] sur le naufrage du Cheonan. [4] La simulation présentée lors de la conférence de presse montre seulement une bulle se former et toucher la partie inférieure du navire, déformant le navire et provoquant une petite fissure dans la coque. [5] Cette simulation ne montre jamais le Cheonan être entièrement sectionné en son milieu par la bulle, comme décrit dans le rapport du JIG. Le magazine scientifique sud-coréen Dong-a Science, appartenant au groupe conservateur de médias Dong-a, a publié davantage d'informations sur cette simulation, vraisemblablement grâce à des données fournies ou à des fuites organisées par le JIG, au lendemain des questions soulevées par Jae-jung Suh au sujet de l'effet de bulle. [6] Etonamment, ces nouvelles informations n'ont pas réussi à montrer comment une bulle pourrait avoir brisé le Cheonan. D'après les fuites, après que la bulle eut touché le navire et provoqué une petite fissure, il a commencé à se contracter et a montré des signes de craquement. Au moment de la rédaction du présent article, soit plus de 30 jours après le 20 mai et la publication du rapport d'enquête du JIG, le ministère sud-coréen de la Défense, s'exprimant au nom des enquêteurs du JIG, admet qu'il n'existe aucune simulation de bulle cohérente avec les informations présentées dans le rapport du JIG. Si tel est le cas, sur quelles bases s'appuie le JIG pour affirmer que le Cheonan a été endommagé et brisé par un effet de bulle? Nous avons posé publiquement cette question, sans recevoir de réponse. [7]

 

Non seulement la simulation présentée par le JIG en conférence de presse n'a pas réussi à démontrer qu'un effet de bulle pourrait avoir brisé le Cheonan, mais cette simulation n'est pas non plus cohérente avec le type de dommages subis par le navire. Si la partie inférieure du navire avait été touchée par une bulle, elle devrait présenter une déformation sphérique concave épousant la forme de ladite bulle, comme le suggère la propre simulation du JIG (voir la partie droite de la figure 1), mais ce n'est pas le cas. La partie inférieure de l'avant du navire est soulevée en formant des angles, comme le montre la ligne jaune à gauche de la figure 1, ce qui correspond davantage à une collision avec un objet dur. La ligne de rupture dans la simulation du JIG a une forme circulaire correspondant à une déchirure dans la zone de la coque touchée par la bulle. Tout aussi important, si un jet de bulle a été provoqué par l'explosion externe d'une charge de 250 kg, comme le soutient le JIG, cette explosion aurait dû générer tout de suite avant la bulle une onde de choc d'une force d'au moins 5.000 psi (livres par pouce carré) touchant la partie inférieure du Cheonan. [8] Le fond et la surface brisée du navire ne comportent aucun signe d'un choc d'une telle ampleur (comparer la figure 1 avec la figure 2 montrant les dégâts causés par une surpression de 5 psi sur une maison), les instruments et éléments internes sont restés intacts à leur place initiale, et aucun membre d'équipage n'a subi le genre de blessure qu'on peut attendre d'un tel choc (figure 3). Etant donné qu'une explosion sous-marine produit à la fois un effet de bulle et une onde de choc, cette dernière étant d'habitude de 6 à 10 fois plus destructrice, on peut dire que ni l'état du navire ni celui de l'équipage ne correspondent aux dommages attendus d'une explosion extérieure. [9]

 

Même si le JIG pouvait présenter une simulation montrant un effet de bulle brisant le Cheonan, rien ne prouve que cet effet de bulle a vraiment été produit par une explosion. La preuve repose sur un type de dommage causé au navire, cohérent avec la simulation d'un effet de bulle. Mais, en l'occurrence, la simulation présentée par le JIG lors de la conférence de presse du 20 mai n'a pas montré de cassure du navire et le ministère sud-coréen de la Défense a lui-même admis qu'il n'existe aucune simulation d'effet de bulle aboutissant à une telle cassure. De plus, la simulation du 20 mai ne correspond pas aux déformations subies par le navire. La prétendue première constatation du JIG n'est donc qu'une allégation sans fondement et est contredite par les propres preuves avancées par le JIG et par au moins une analyse des explosions sous-marines figurant dans la littérature militaire.

 

  SHLee Fig1

Figure 1-  La proue endommagée du Cheonan et les dommages tels que simulés par le JIG

 

SHLee Fig2

Figure 2 -  Dégâts causés par une surpression de 5 psi sur une maison

 

SHLee Fig3

Figure 3 - La salle des machines Diesel et la turbine à gaz

 

Deuxièmement, même si le JIG parvenait à prouver qu'une explosion extérieure a bien eu lieu – et il ne l'a pas fait –, il reste à démontrer que cette explosion était due à la torpille retrouvée par le JIG. Mais l'affirmation selon laquelle la torpille « retrouvée » a explosé à l'extérieur du Cheonan ne s'appuie sur aucune base scientifique. Deux éléments de preuve ont été avancés pour soutenir cette affirmation : les composés blancs – les « matériaux absorbés » dans le rapport du JIG (nous avons analysé la version coréenne du rapport) – trouvés sur la torpille correspondent à ceux trouvés à la surface de l'épave du Cheonan ; et ces composés sont le résultat d'une explosion. Nous sommes d'accord avec le JIG sur le premier point, mais nous croyons que le second ne repose sur rien. [10] Les analyses par spectrométrie dispersive en énergie (EDS) et par diffractométrie de rayons X (XRD), effectuées par le JIG, prouvent sans ambiguïté que les composés blancs trouvés sur le navire (AM-1 [AM pour absorbed materials, matériaux absorbés]) [11] et sur la torpille (AM-2) ont des compositions atomique et chimique identiques, confortant le premier élément de preuve. Mais, dans les données EDS de AM-1 et AM-2, le rapport d'intensité entre le pic d'oxygène et le pic d'aluminium est très différent de l'oxyde d'aluminium (alumine) AI2O3 formé, selon le JIG, au cours de l'explosion. Cela signifie que les échantillons AM-1 et AM-2 n'ont rien à voir avec une explosion, et sont plus vraisemblablement de l'aluminium qui a rouillé après une longue exposition à l'humidité ou à l'eau. [12] Un scientifique indépendant, le Dr. Panseok Yang, membre du département des sciences géologiques de l'Université du Manitoba, a découvert que le rapport d'intensité entre l'oxygène et l'aluminium dans les composés, mesuré par EDS, est loin d'atteindre celui de l'alumine AI2O3 qui, d'après le JIG, constitue ces mêmes composés. Il correspond plutôt à de l'hydroxyde d'aluminium AI(OH)3. [13] Cela suffit pour dire que AM-1 et AM-2 ne sont pas liés à une explosion. En outre, le type de diffraction des rayons X sur un troisième échantillon AM-3 extrait d'un test d'explosion effectué par le JIG est totalement différent du type de diffraction des rayons X sur AM-1 et AM-2. La principale différence est la présence de nets pics pour AM-3, indiquant que

1) seule une fraction d'aluminium AI s'est oxydée pendant l'explosion,

2) l'aluminium non oxydé a conservé sa forme cristalline,

alors qu'il n'y a aucun signe de présence d'aluminium dans les échantillons AM-1 et AM-2. [14] Le JIG prétend que les composés ont des structures cristallines différentes parce que la vraie explosion de torpille a généré une température plus élevée et a été refroidie plus rapidement par l'eau de mer que lors de d'explosion reproduite en laboratoire par le JIG, et que, en conséquence, presque 100% de l'aluminium s'est oxydé et presque 100% de l'alumine oxydée est devenue amorphe. Cependant, plusieurs expériences scientifiques approchant les conditions d'une explosion réelle ont permis de conclure que les composés d'aluminium qui en résultent sont à la fois de l'alumine cristalline, appelée alpha-AI2O3, et de l'alumine amorphe, appelée gamma-AI2O3. [15] L'un d'entre nous, Seung-hun Lee, a effectué en laboratoire un test consistant à chauffer un échantillon d'aluminium au-delà de sa température de fusion et à le refroidir rapidement avec de l'eau, imitant ainsi les conditions de l'explosion. Quand les matériaux obtenus ont été examinés par EDS et rayons X, il s'est avéré que seule une fraction de l'aluminium était oxydée, le composé contenant de l'aluminium non oxydée et de l'alumine alpha-AI2O3, cristallins tous les deux. Cela est cohérent avec les études scientifiques précédentes, et indique que l'expérience de réchauffement et de refroidissement de l'aluminium ressemble à une vraie explosion, sur le plan qualitatif si ce n'est quantitatif. En fait, les données de l'étude par rayons X de l'échantillon AM-3 (les données de l'expérience effectuée par le JIG) révèlent de forts signaux d'aluminium cristallin et de faibles signaux d'alumine cristalline, cohérents avec les résultats de l'expérience de Lee. Toutefois, quand les médias ont rapporté les résultats de nos expériences et les incohérences entre AM-3 et les deux autres échantillons, le ministère sud-coréen de la Défense a répondu que le signal d'aluminium cristallin trouvé dans l'échantillon AM-3 était dû à une erreur d'expérimentation, ce que nous considérons être un pur mensonge. [16] En résumé, nos expériences et nos analyses scientifiques nous amènent à conclure que

1) les échantillons AM-1 et AM-2 du JIG ne provenaient pas d'une explosion,

2) certaines données du JIG, et très probablement les données EDS de AM-3, pourraient avoir été fabriquées. [17]

 

Ainsi, les « preuves décisives »avancées par le JIG pour établir un lien entre le naufrage du Cheonan et une prétendue explosion de torpille n'ont aucun fondement scientifique et ont peut-être été fabriquées.

 

SHLee Fig4

Figure 4 - Analyses par spectrométrie dispersive en énergie (EDS) et par diffractométrie de rayons X (XRD) effectuées par le JIG

 

Troisièmement, le JIG a présenté les fragments de torpille retrouvés sur la zone de l'explosion présumée comme des « preuves décisives » reliant l'explosion à la Corée du Nord, mais ces « preuves décisives » présentent de sérieuses incohérences jetant un doute sur leur intégrité. La surface externe de l'élément de propulsion de torpille qui a été retrouvé était fortement corrodé, vraisemblablement parce que la couche de peinture protégeant le métal a brûlé pendant l'explosion. La peinture brûlée et la corrosion du métal qui en a résulté sont cohérentes avec la forte chaleur communément dégagée par l'explosion de bombes et de torpilles. Et pourtant, l'inscription en coréen faite à l'encre bleue - « 1bon » [« numéro 1 »] - est restée intacte en dépit du fait que le point d'ébullition de l'encre – environ 150 degrés Celsius – est plus faible que celui de la peinture – environ 350 degrés Celsius -, ce qui aurait dû faire brûler l'encre de l'inscription avec le revêtement de peinture externe. Une simple estimation suggère que la torpille a dû être soumise à une température d'au moins 350 degrés Celsius, et probablement de plus de 1.000 degrés, suffisamment élevée pour brûler la peinture et donc l'encre. Cette incohérence – une peinture supportant les fortes chaleurs a été brûlée alors qu'une encre ne supportant qu'une faible chaleur ne l'a pas été – ne peut pas être expliquée et jette un doute sérieux sur la validité de la torpille en tant que « preuve décisive ». [18] En outre, des Coréens du Sud comme du Nord peuvent inscrire « 1bon » en coréen, et nous doutons qu'un tribunal normal considère cette marque comme preuve d'une inscription exclusivement nord-coréenne. [19]

 

SHLee Fig5

Figure 5 - L'inscription en coréen sur la torpille

 

En résumé, le JIG a la charge de démontrer au-delà de tout doute raisonnable ces trois constatations afin d'appuyer la conclusion selon laquelle une torpille nord-coréenne a détruit et coulé le Cheonan, mais chaque constatation contient de sérieuses incohérences. Compte tenu des graves failles de ces trois affirmations, la conclusion du JIG qui se base dessus est au moins aussi gravement atteinte. Tout en relevant que nos propres constatations ne prouvent pas que la Corée du Nord n'est pas responsable, notre conclusion est que le JIG n'a pas réussi à prouver qu'elle l'est. La gravité des incohérences fait douter non seulement de la validité des conclusions du JIG, mais aussi de l'intégrité de l'enquête. Nous soupçonnons au moins certaines données EDS d'avoir été fabriquées, et recommandons qu'une commission impartiale soit constituée afin de vérifier l'intégrité des données du JIG.

 

Compte tenu de la gravité de ces incohérences, nous recommandons que le gouvernement de la République de Corée ouvre une nouvelle enquête et forme une nouvelle, et plus objective, équipe d'enquêteurs. [20] Nous appelons le Parlement [sud-]coréen à ouvrir sa propre enquête sur l'enquête menée par le JIG afin d'en évaluer de manière critique l'intégrité, ainsi que celle des expériences et des données. Aux Etats-Unis, l'administration Obama devrait apporter son soutien et son aide à une enquête objective et exhaustive, tout en affirmant clairement l'engagement des Etats-Unis à contribuer au maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne. Compte tenu de la nature problématique des conclusions du JIG, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait presser la République de Corée [du Sud] de fournir un rapport plus convaincant et objectif avant le début des délibérations du Conseil. Une enquête aussi exhaustive, objective et scientifique qu'il est humainement possible est nécessaire pour remonter aux origines de l'incident du Cheonan et en découvrir la cause et l'auteur. Après tout, 46 vies ont été perdues, et la paix et la sécurité en Corée et en Asie du Nord-Est sont en jeu. Les marins décédés méritent une telle enquête. La communauté internationale aussi.

 

 

La liste des membres du groupe d'enquête mixte (JIG) est consultable ici.

 

 

Notes

[1] Le rapport publié le 20 mai 2010 par la République de Corée [du Sud] est bien un rapport intermédiaire. Le rapport final était prévu pour la fin juillet 2010. Non seulement le gouvernement sud-coréen a émis un jugement hâtif sur les causes de l'incident du Cheonan, comme écrit dans cet article, mais il a pris précipitamment des mesures punitives contre la RPDC, y compris en demandant au Conseil de sécurité des Nations Unies d'agir sur la base de ce rapport intermédiaire.

[2] Un des trois experts civils, Shin Sang-cheol, recommandé par le Parti démocratique (opposition), a été exclu du JIG avant la publication du rapport. Shin a alors été poursuivi par la Marine sud-coréenne pour l'avoir « diffamée » en propageant la « fausse allégation » d'un échouement du Cheonan. Voir Kim Kwi-kun, « La Marine poursuit Shin Sang-cheol pour l'avoir "diffamée" », Yonhap News, 19 mai 2010 (en coréen).

[3] Les Experts (CSI, Crime Scene Investigation, en version originale) est une populaire série télévisée américaine qui décrit l'utilisation de techniques scientifiques et médico-légales de pointe par la police pour enquêter et résoudre les crimes.

[4] Yun Deok-yong, coprésident du JIG, a déclaré le 24 mai 2010, lors de son audition par la Commission parlementaire spéciale sur le Cheonan, « nous continuons notre simulation et le résultat final en sera connu en juillet », tout en reconnaissant que « la simulation n'a pas encore réussi à montrer la colonne d'eau [normalement générée par un effet de bulle], mais elle sera entièrement démontrée quand la simulation sera achevée. » Park Jeong-i, autre coprésident, a ajouté que l'« Institut coréen de machinerie et de matériaux [Korea Institute of Machinery and Materials, KIMM, en charge de la simulation] a dit qu'il terminera la simulation le 15 juillet. » Voir Kim Nam-gwon et Kim Peom-hyeon, « Le ministre de la Défense Kim : "Nous répliquerons immédiatement si le Nord attaque [notre] matériel de guerre psychologique" », Yonhap News, 24 mai 2010 (en coréen), et « Commission spéciale sur le Cheonan : controverse sur la "présence d'une colonne d'eau" », Yonhap News, 24 mai 2010 (en coréen)

[5] Les résultats de la simulation du JIG sont consultables ici. Malgré la mise à jour de cette simulation par le ministère sud-coréen de la Défense, il n'a toujours pas été montré après le 2 juillet 2010 comment le Cheonan a été coupé en deux.

[6]  Suh Jae-jung, « Il n'y a pas eu d'effet de bulle », Pressian, 27 mai 2010 (en coréen). Jeon Dong-hyeok, « Une seconde après l'explosion... Comment la partie inférieure du Cheonan a été déformée », Dong-A Science, 28 mai 2010 (en coréen)

[7]  Suh Jae-jung, op.cit.

[8] Ce calcul de Suh s'appuie sur la formule figurant dans le rapport australien de Warren D. Reid, "The Response of Surface Ships to Underwater Explosions [La réaction des navires de surface aux explosions sous-marines]", Organisation des sciences et des technologies de Défense, département de la Défense, Melbourne, Australie, 1996

[9] Ibid., page 1. Le ministère sud-coréen de la Défense a d'abord déclaré que 70% de l'énergie dégagée par l'explosion d'une torpille se traduit par une onde de choc. Après que Suh eut demandé dans un article pourquoi le Cheonan ne montrait aucun signe de dommages provoqués par une onde de choc, le ministère abaissa ce pourcentage à 54% puis à 46%. Ces pourcentages varient en fonction du type d'explosif et de la proportion d'autres ingrédients tels que la poudre d'aluminium. Concernant la position initiale du ministère de la Défense, voir Kim Byeong-nyun, « Torpille et mine marine, la puissance d'une explosion sous-marine », ministère de la Défense nationale, 28 avril 2010 (en coréen). Concernant les nouveaux chiffres avancés, voir Kim Byeong-nyun, « L'explosion sous-marine de la torpille détruit le navire par onde de choc et effet de bulle », ministère de la Défense nationale, 22 mai 2010 (en coréen).

[10] Seung-hun Lee, "Comments on the Section "Adsorbed Material Analysis" of the CheonAn Report made by the South Korean Civil and Military Joint Investigation Group (CIV-MIL JIG) [Commentaire sur la partie 'Analyse des matériaux absorbés' du rapport sur le Cheonan rendu par le groupe d'enquête mixte civil et militaire sud-coréen]", ArXiv, 6 juin 2010

[11] Le terme « matériaux absorbés » n'apparaît pas dans la version en anglais du rapport d'enquête sud-coréen sur le Cheonan, mais apparaît en anglais (« absorbed materials ») dans la version coréenne. AM-1, AM-2 et AM-3 sont des désignations utilisées par Seung-hun Lee dans un article scientifique écrit par lui et passant en revue l'analyse du JIG sur les matériaux absorbés.

[12]  Kang Yang-gu, « Les données sur le Cheonan comportent des failles fatales... L'aluminium ne ment pas », Pressian, 24 juin 2010 (en coréen)

[13] Suite à une analyse minutieuse des données EDS du JIG, Yang soupçonne que AM-1 et AM-2 ne soient pas de l'oxyde d'aluminium, mais plus vraisemblablement de hydroxyde d'aluminium AI(OH)3 qu'on trouve communément dans la nature sous le nom de gibbsite. Voir Kang Yang-gu et Hwang Chun-ho, « Le Cheonan au Pays des merveilles... Il n'y avait pas d'oxyde d'aluminium », Pressian, 30 juin 2010, et Hankyoreh, 30 juin 2010 (en coréen)

[14]  Lee, 6 juin 2010, op. cit.

 [15] Seung-hun Lee et Panseok Yang, “Was the 'Critical Evidence' presented in the South Korean Official Cheonan Report Fabricated? [les « preuves décisives » présentées par le rapport sud-coréen officiel sur le Cheonan ont-elle été fabriquées?]”, 28 juin 2010

[16] Seung-hun Lee, « La "preuve décisive" du JIG est une fabrication », Pressian, 16 juin 2010 (en coréen). Pour la réponse du ministère de la Défense sud-coréen, voir « Réponses aux allégations du professeur Lee Seung-hun rapportées par un média Internet », ministère de la Défense nationale, 21 juin 2010 (en coréen)

[17]  Lee et Yang, op. cit.

[18] Le JIG soutient que l'explosion de la torpille a généré une température supérieure à 3.000 degrés Celsius et que la poudre d'aluminium contenue dans l'explosif a fondu et s'est transformée en oxydes d'aluminium amorphes qui ont adhéré à l'hélice de la torpille. Les oxydes d'aluminium en poudre ne peuvent pas adhérer à un autre métal, et doivent être à l'état liquide pour ça. Etant donné que la température de fusion est de 660 degrés Celsius pour l'aluminium et de 2.000 degrés pour l'oxyde d'aluminium, la partie arrière de la torpille doit donc avoir été soumise à une température comprise entre 660 et 2.000 degrés Celsius, pour que le JIG ait raison. Que la température ait été de 660, 2.000 ou 3.000 degrés Celsius, il est impossible d'expliquer scientifiquement pourquoi elle n'a eu aucun d'effet sur l'inscription à l'encre.

[19] Le ministère sud-coréen de la Défense a rapporté le 29 juin que l'encre est composée de « solvent blue-5 ». Reconnaissant qu'il s'agit d'un composant courant utilisé dans les marqueurs du monde entier, le ministère a concédé qu' « il pourrait être difficile de conclure que l'encre est fabriquée en Corée du Nord ». Un responsable militaire a ajouté que le résultat de l'analyse de l'encre ne sera pas inclus dans le rapport final sur l'incident du Cheonan, initialement prévu pour la fin juillet 2010. Voir « Du solvent blue-5 retrouvé dans l'encre de l'inscription "1bon" », Yonhap News, 29 juin 2010 (en coréen)

[20] Malgré son intitulé – groupe d'enquête mixte civil et militaire –, la majorité absolue des membres du JIG, soit 65 sur 74, travaillent pour le ministère sud-coréen de la Défense ou pour des instituts et centres d'études liés au ministère. Un des deux dirigeants du JIG, Park Jeong-i, était général trois étoiles au moment de l'enquête et a été promu à quatre étoiles après la publication du rapport.

 

 

Source : Seung-hun Lee et Jae-jung Suh, "Rush to Judgment: Inconsistencies in South Korea’s Cheonan Report", The Asia-Pacific Journal, 28-1-10, 12 juillet 2010 (Traduction : AAFC)

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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Lundi 2 août 2010 1 02 /08 /Août /2010 02:09

Embleme_Marine-russe.JPG Le 26 juillet 2010, le quotidien sud-coréen Hankyoreh a publié les résultats de l’enquête menée en mai et juin derniers par les experts de la Marine russe sur le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan (PCC-772) qui a coulé le 26 mars 2010 en mer de l'Ouest (mer Jaune), provoquant la mort de 46 marins. Même si les autorités de la Fédération de Russie ont pour l'heure évité toute déclaration officielle de nature à remettre en cause leur politique d'équilibre  entre Séoul et Pyongyang, les résultats de l'enquête d'ores et déjà publiés par le Hankyoreh contredisent les conclusions du groupe mixte d’experts civils et militaires convoqué par le ministère sud-coréen de la Défense, imputant le drame du 26 mars à une torpille tirée par un sous-marin de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Compte tenu des conséquences désastreuses des accusations lancées par la Corée du Sud contre la RPDC – laquelle nie toute implication dans le naufrage –, une nouvelle enquête dont les résultats seront cette fois incontestables apparaît nécessaire.

 

Du 30 mai au 7 juin 2010, une équipe d’experts de la Marine russe s’est rendue en Corée du Sud pour y examiner le rapport du groupe d’enquête mixte civil et militaire constitué par le gouvernement sud-coréen afin de déterminer les causes du naufrage du Cheonan et imputant ce drame à la RPDC.

 

Les conclusions de l’enquête russe figurent dans un document intitulé « Données de l'enquête du groupe d'experts de la Marine russe sur la cause du naufrage du navire sud-coréen Cheonan » qui n'a pas encore été rendu public mais dont le quotidien sud-coréen Hankyoreh a révélé les principaux points le 26 juillet.

 

Les enquêteurs russes sont parvenus à la conclusion que la perte du Cheonan a bien été provoquée par une explosion sous-marine externe sans contact, ce qui est aussi la conclusion de l'enquête menée par le groupe mixte civil et militaire composé d'experts sud-coréens, américains, britanniques, australiens et suédois.

 

Mais le Hankyoreh révèle que les résultats de l'enquête des experts russes se distinguent des conclusions de l'enquête du groupe mixte sur au moins trois autres points : l'heure de l'explosion, l'échouement du Cheonan sur des hauts-fonds avant le naufrage, l'authenticité du fragment de torpille présenté par les autorités sud-coréennes.

 

L'heure de l'explosion

 

Selon le rapport des experts de la Marine russe, l’heure officielle de l’explosion donnée par le groupe d’enquête mixte (21h21mn58s) ne correspond ni à l’heure estimée en se basant sur les enregistrements existants, ni à la dernière heure enregistrée par le système de vidéo-surveillance du Cheonan (21h17mn03s) qui s’est arrêté lorsque l’électricité a été coupée à bord.

 

D'autre part, on apprend que des marins du Cheonan ont utilisé leurs téléphones cellulaires à 21h12mn3s pour informer un poste militaire côtier que des personnes étaient blessées à bord. Cette heure est différente de celle fournie par le groupe d’enquête mixte.

 

Réagissant à ces informations suggérant que la situation est devenue hors de contrôle à bord du navire quatre à cinq minutes avant l'heure annoncée par la Corée du Sud, le ministère sud-coréen de la Défense explique que l'heure indiquée sur le système de vidéo-surveillance du Cheonan était en retard de près de 4 minutes par rapport à l'heure réelle, un fait jamais rendu public auparavant. Le ministère dit aussi ne disposer d'aucune information sur un appel téléphonique signalant des blessés à bord du Cheonan.

 

L'échouement du Cheonan

 

A partir des examens qu'ils ont pu effectuer en Corée du Sud, les experts de la Marine russe ont abouti à la conclusion que, avant le naufrage, le Cheonan a touché un haut-fond, un accident qui a endommagé toutes les pales de son hélice tribord ainsi que deux des pales de son hélice bâbord. Le frottement a été tel que les hélices endommagées sont devenues brillantes et ont été éraflées par endroits. Le bord d’une pale de l’hélice tribord est même entaillé, ce qui est incompatible avec l’avis du groupe mixte d’enquête sud-coréen selon lequel les déformations subies par l’hélice sont dues à l’arrêt brutal de l’axe d’hélice.

 

Les enquêteurs russes ont trouvé des restes de filets de pêche enroulés autour de l’axe de l’hélice tribord, en contradiction avec l'affirmation des autorités sud-coréennes qu’aucune zone de pêche ne se trouvait sur le trajet du Cheonan.

 

Le fragment de la « torpille numéro 1 »

 

Le fragment d'une « torpille nord-coréenne », présenté par les autorités sud-coréennes comme la preuve irréfutable – le smoking gun - de la culpabilité de la RPDC, porte l'inscription « numéro 1 » en coréen.

 

Selon les experts de la Marine russe, cette inscription ne correspond pas aux normes habituelles de marquage, qu’il s’agisse de son emplacement ou de la méthode utilisée.

 

En outre, après un examen visuel du fragment de torpille, les experts russes estiment que cet objet est resté immergé pendant au moins six mois. Il est donc impossible que la « torpille nord-coréenne » en question soit à l’origine du naufrage du 26 mars, survenu deux mois avant la découverte supposée de cette pièce.

 

Le scénario des experts russes et ses conséquences

 

A partir de ces éléments, les experts de la Marine russe ont tenté de reconstituer le scénario du naufrage du Cheonan :

 

1. Naviguant dans une zone peu profonde à proximité de la côte de l'île de Baengnyeong, le Cheonan a touché le fond de la mer.

 

2. Un filet de pêche s’est pris dans l'hélice tribord, endommageant les pales et rendant le Cheonan lent et peu manœuvrable.

 

3. Le Cheonan a entamé des manœuvres pour rejoindre la haute mer, quand sa partie inférieure a dû toucher l’antenne d'une mine sous-marine, ce qui a provoqué l’explosion de l’engin.

 

NLL Baengnyeong

 

Le risque de mines sous-marines est en effet élevé dans la zone de l'accident, de nombreuses mines de fond ayant été posées par l'armée sud-coréenne dans les années 1970 pour empêcher un éventuel débarquement sur l'île de Baengnyeong située juste en face des côtes nord-coréennes. Pour cette raison, les points d’amarrage et les voies de passage font l’objet de restrictions au large de la côte ouest de la péninsule coréenne. 

 

Les experts de la Marine russe n'écartent pas non plus la possibilité que le navire, dont le système de navigation fonctionnait mal et dont la capacité de manœuvre était restreinte, ait été touché par une torpille sud-coréenne.

 

Il est noter que l'échouement du Cheonan sur des hauts-fonds est une hypothèse déjà formulée par Shin Sang-cheol, expert des questions maritimes et ancien membre du groupe d’enquête mixte sud-coréen. Pour avoir émis cette hypothèse, Shin est aujourd’hui poursuivi par le ministère sud-coréen de la Défense. Toutefois, concernant l'autre facteur ayant entraîné la perte du Cheonan, Shin ne croit pas à l'explosion d'une mine ou d'une torpille, mais à une collision.

 

A ce stade, il ne s’agit pas de dire que les enquêteurs russes ont raison et que les autres ont tort. Mais, face aux multiples remises en cause des conclusions de l’enquête du groupe mixte d’experts civils et militaires sud-coréens, américains, britanniques, australiens et suédois - laquelle se voulait pourtant « scientifique et objective » - il devient urgent qu’une nouvelle enquête, incontestable celle fois, fasse toute la lumière sur les vraies causes du naufrage du Cheonan. La RPDC a déjà proposé d’envoyer ses propres enquêteurs, essuyant le refus des autorités sud-coréennes. En Corée du Sud, l’opposition a pris position pour une enquête parlementaire.

 

VladimirVyssotski.jpgLes résultats de l’enquête des experts de la Marine russe n’ont pas encore été rendus publics, ni par la Russie, ni par la Corée du Sud. Initialement attendus vers le 10 juin, les résultats de l'enquête russe avaient été reportés, le 9 juin, d'un mois, le temps d'analyser des fragments du navire et de l'explosif supposé. Ces délais semblent traduire un embarras face aux conséquences politiques que pourraient avoir les conclusions de l'enquête russe. Le 24 juillet, deux jours avant les révélations du Hankyoreh, l'amiral Vladimir Vyssotski, commandant en chef des forces navales russes, a seulement déclaré que « les résultats de l'enquête effectuée par les experts russes suscitent des interrogations. Nous n'avons pas reçu de réponses claires. Mais je n'en dirai pas plus » Les questions en suspens recevront-elles un jour une « réponse claire » ? « Cela ne dépend pas de nous. La situation dans la région Asie-Pacifique a toujours été compliquée », a répondu l’amiral Vyssotski, laissant entendre que Moscou pourrait bien ne pas se départir de sa traditionnelle position prudente d'équilibre entre Séoul et Pyongyang. Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, avait ainsi déclaré le 14 juillet que « le plus important » était de « calmer la situation » et de « commencer à préparer les conditions pour une reprise des pourparlers à six » pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

 

La situation est effectivement très compliquée, pour reprendre le mot de l'amiral Vyssotski… surtout pour le gouvernement sud-coréen et son parrain américain qui veulent absolument que la « communauté internationale » sanctionne la RPDC pour l’incident du 26 mars. Or, le 9 juillet, le Conseil de sécurité des Nations Unies, saisi par la Corée du Sud début juin, a fait une déclaration pour condamner l'attaque du Cheonan mais sans accuser directement la RPDC. Et, le 23 juillet, la déclaration finale du Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, principal canal pour le dialogue et la coopération sur la sécurité multinationale dans la région Asie-Pacifique, a seulement exprimé « son inquiétude profonde et ses condoléances suite au naufrage du Cheonan », tout en demandant aux parties concernées de reprendre les pourparlers à six. Deux échecs successifs pour la diplomatie sud-coréenne – et américaine – qualifiés de « flop énorme » par des médias conservateurs sud-coréens dépités.

 

En revanche, prenant prétexte du naufrage du Cheonan et des preuves qu'ils ont eux-mêmes réunies contre la RPDC, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont décidé d'une série de sanctions et de manoeuvres militaires « dissuasives » contre la Corée du Nord. En Corée du Sud, une campagne d'intimidation s’est aussi développée contre ceux qui doutent de la version officielle imputant le naufrage du Cheonan à la RPDC.

 

Les autorités américaines et sud-coréennes pourraient donc avoir tiré profit du drame 26 mars et délibérément manipulé les renseignements en leur possession afin de servir certains intérêts - tels que gagner des élections ou conserver un avantage stratégique en Asie du Nord-Est -, au risque d’aggraver les tensions déjà vives autour de la péninsule coréenne. L'ampleur du scandale potentiel pourrait expliquer la discrétion de la Russie, discrétion qui, comme l'a expliqué l'amiral Vyssotski, « ne dépend pas d'elle ». Moscou a développé d'importantes relations commerciales avec la Corée du Sud, ce qui pourrait expliquer pourquoi la Russie n'a pas souhaité - jusqu'à présent - rendre publiques les conclusions de ses propres enquêteurs : Séoul a fait de la mise en cause de Pyongyang dans le naufrage du Cheonan l'axe essentiel d'une diplomatie tous azimuts, y compris en direction de pays traditionnellement proches de la RPD de Corée, comme le Cambodge. La Corée du Sud dispose d'importants moyens de rétorsion économiques contre les Etats qui voudraient aller plus loin qu'une prudente condamnation du naufrage évitant de citer la RPDC, en prenant ouvertement position contre la thèse officielle sud-coréenne.

 

Principales sources :

"Russian Navy Expert Team’s analysis on the Cheonan incident", Hankyoreh, 27 juillet 2010

"Russia’s Cheonan investigation suspects that the sinking Cheonan ship was caused by a mine in water", Hankyoreh, 27 juillet 2010

"'Complex combination of factors' responsible for Cheonan sinking, Russian investigation concludes", Hankyoreh, 27 juillet 2010

« Cheonan: les experts russes hésitent sur les causes du naufrage (amiral) », RIA Novosti, 24 juillet 2010

"A diplomatic belly flop", JoongAng Ilbo, 26 juillet 2010

"Russia's Lavrov calls for calm over S. Korea ship sinking to resume six-party talks", RIA Novosti, 14 juillet 2010

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 18:08

Les forces navales américaines et sud-coréennes mèneront des manœuvres conjointes du 25 au 28 juillet 2010 au large la péninsule coréenne, prétendument pour lutter contre les intrusions de sous-marins nord-coréens accusés d’avoir coulé une corvette sud-coréenne le 26 mars. De telles manœuvres contredisent l’appel au maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne et dans l’ensemble de l’Asie du Nord-Est, figurant dans la déclaration adoptée le 9 juillet 2010 par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ces manœuvres semblent aussi s’inscrire dans la vaste stratégie américaine d’endiguement de la Chine initiée par les néo-conservateurs US sous la présidence de George W. Bush. Comme si l’élection de Barack Obama n’avait rien changé dans la politique américaine en Asie du Nord-Est.

 

A l'occasion de la visite effectuée à Séoul par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le secrétaire à la Défense américain Robert Gates, dans le cadre de la réunion « 2+2 » avec leurs homologues sud-coréens, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont annoncé qu'ils mèneront des manœuvres navales conjointes du 25 au 28 juillet 2010 à l’est des côtes coréennes.

 

Ces manœuvres, les premières d'une série exercices militaires américano-sud-coréens en mer de l'Ouest (mer Jaune) et en mer de l'Est (mer du Japon), font partie des mesures de rétorsion dévoilées le 24 mai par le gouvernement sud-coréen suite aux accusations lancées contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans l’affaire du naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars en mer de l’Ouest. A l'issue d'une enquête – contestée – menée par des experts civils et militaires issus de pays alliés des Etats-Unis, le naufrage du Cheonan a été imputé à une torpille tirée par un sous-marin nord-coréen. La RPDC nie toute implication dans ce naufrage et demande à pouvoir examiner les preuves avancées contre elle, ce que refusent toujours les Etats-Unis et la Corée du Sud.

 

Les manœuvres des marines américaine et sud-coréenne étaient initialement prévues pour la fin du mois de juin en mer de l'Ouest, mais elles ont été reportées en raison de la saisine du Conseil de sécurité par la Corée du Sud, le 4 juin, au sujet du naufrage du Cheonan. Le 9 juillet, une déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné l'attaque contre le Cheonan, mais sans accuser directement la RPDC – dont la position a été prise en compte dans la déclaration -, au grand dam des autorités sud-coréennes et américaines qui ont décidé d’appliquer leurs propres sanctions contre la RPDC.

 

USS_George_Washington.jpgDu côté américain, participeront aux manœuvres navales le porte-avions géant USS George Washington (97.000 tonnes), une vingtaine de navires et bâtiments de guerre, un sous-marin à propulsion nucléaire de classe Ohio de 18.751 tonnes et de nombreux avions de chasse, dont des avions de chasse furtifs F-22. Du côté sud-coréen, seront déployés une dizaine d’avions de chasse F-15K et F-16, une dizaine de destroyers de type KDX-I et II ainsi que deux ou trois sous-marins.

 

Dans le communiqué publié par les forces combinées de la Corée du Sud et des Etats-Unis, le chef d'état-major interarmes sud-coréen, le général Han Min-koo, a déclaré : « Ces exercices permettront d’affûter notre capacité de réponse militaire en améliorant l’interopérabilité ainsi que la capacité opérationnelle combinée », et « nous sommes entièrement prêts à répondre militairement à toute nouvelle provocation nord-coréenne », en allusion au naufrage du Cheonan.

 

Le général Walter Sharp, commandant en chef des 28.500 soldats américains toujours stationnés en Corée du Sud a, lui, affirmé que ces manœuvres navales « amélioreraient les capacités de défense et prépareraient l’alliance [entre les Etats-Unis et la Corée du Sud] à se défendre contre des menaces communes ».

 

La RPDC a dénoncé avec véhémence ces manœuvres à grande échelle comme « extrêmement dangereuses et irresponsables et visant à perturber la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et du reste de l’Asie du Nord-Est en faisant monter la tension dans la région. »

 

Avant l’ouverture, le 23 juillet 2010 à Hanoi, du 17eme Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le porte-parole de la délégation nord-coréenne, Ri Tong-il, a de nouveau mis en garde contre la menace pour la paix et la stabilité de la région que font peser les manœuvres navales conjointes américano-sud-coréennes. Le porte-parole nord-coréen a aussi condamné les nouvelles sanctions envisagées par les Etats-Unis contre la RPDC, comme constituant une violation de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’affaire du Cheonan.

 

« La déclaration présidentielle du Conseil de sécurité des Nations Unies recommande le dialogue et la négociation pour résoudre le problème de la péninsule coréenne tout en maîtrisant l’agitation des esprits, et l’annonce [le 21 juillet de sanctions par les] Etats-Unis va à l’encontre de la demande des Nations Unies», a déclaré Ri Tong-il.

 

Après s'être retirée en avril 2009 des pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, pour protester contre sa condamnation par le Conseil de sécurité de l'ONU suite au lancement d'un satellite de télécommunications, la RPDC s'est déclarée prête à reprendre les pourparlers après la visite du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il en Chine au début du mois de mai 2010. « Nous avons déjà proposé la reprise des pourparlers à six et nous n’avons pas changé. Ils correspondent aussi à l’esprit de la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité », a dit le porte-parole de la délégation nord-coréenne au Forum régional de l'ASEAN. Toutefois, « si les Etats-Unis veulent vraiment la dénucléarisation de la péninsule coréenne, ils devront faire en sorte d’assurer l’égalité dans les négociations au lieu de faire des exercices militaires ou de nous imposer des sanctions », a-t-il ajouté.

 

Réunissant 26 pays, dont tous les pays participant aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, et l'Union européenne, le Forum régional annuel de l'ASEAN est le principal canal pour le dialogue et la coopération sur la sécurité multinationale dans la région Asie-Pacifique. Il est à noter que les Etats-Unis et la RPDC ont signé le Traité d’amitié et de coopération initié en 1976 par les membres fondateurs de l'ASEAN et engageant ses signataires à régler pacifiquement leurs conflits, à renoncer à l'usage de la force ainsi qu'à toute ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires. Les Etats-Unis n’ont signé ce traité qu’en 2009 après avoir hésité, selon certains observateurs, de peur de réduire leur marge de manœuvre sur les questions politiques et de sécurité en Asie, alimentant les spéculations sur les ambitions américaines – y compris un recours à la force - dans cette région. Les Etats-Unis auraient fini par signer le Traité d’amitié et coopération de l’ASEAN pour ne pas perdre du terrain en Asie au profit des nouveaux géants que sont l’Inde et la Chine.

 

La Chine s’est aussi montrée très irritée par la perspective d'exercices militaires massifs à proximité de son territoire. En réaction, l'armée chinoise a organisé début juillet un exercice de tir à balles réelles en mer de Chine orientale, à 800 km de la Corée du Sud. La Chine estime en effet que les manœuvres des Etats-Unis et de la Corée du Sud, lesquels prétendent ainsi préparer leurs forces navales à de possibles intrusions de sous-marins nord-coréens, visent en réalité à recueillir des informations sur le dispositif militaire chinois en mer Jaune.

 

Interrogé le 15 juillet sur le déploiement de la marine américaine, le porte-parole du ministère chinois des Affaire étrangères, Qin Gang, a été très clair : « Nous nous opposons fermement à toute activité menée par les navires et les avions militaires étrangers en mer Jaune et dans les autres zones au large des côtes chinoises, qui affecte nos intérêts sécuritaires. Nous espérons que les différentes parties concernées pourront, dans le contexte actuel, faire preuve de sang-froid et de retenue pour éviter une escalade de la tension dans la région. »

 

Le département de la Défense américain a rejeté les préoccupations de la Chine au sujet des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens. « Ces manœuvres n’ont aucune raison de susciter l’inquiétude de la Chine ou de toute autre partie », a ainsi déclaré le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrel. « Il s’agit d’envoyer un message à la Corée du Nord, pas à la Chine. Il ne faut pas l’interpréter de cette manière. » Les Etats-Unis ont encore tenté de lever les inquiétudes chinoises en n'organisant les premiers exercices navals qu'en mer de l'Est.

 

Les craintes de la Chine sont-elles fondées ?


En janvier 2001, l’administration Bush est entrée en fonction avec un objectif clair : ressusciter la doctrine de domination permanente énoncée dans les Directives pour le plan de défense (Defense Planning Guidance, DPG) pour les années 1994-1999, premier exposé formel des buts stratégiques des Etats-Unis après la disparition de l’Union soviétique. Selon la première version de ce document, sortie dans la presse au début de 1992, le premier objectif stratégique des Etats-Unis était d’empêcher l’apparition d’un futur concurrent susceptible de défier la supériorité militaire américaine.

 

« Notre premier objectif est de prévenir la réapparition d’un nouveau rival [...] qui présente une menace de l’ordre de celle présentée autrefois par l’Union soviétique », était-il écrit dans ce document. En conséquence, « nous devons nous efforcer d’empêcher toute puissance hostile de dominer une région dont les ressources, contrôlées ensemble, suffiraient à donner une puissance mondiale. »


En 1992, la doctrine de domination permanente ne spécifiait pas l’identité des futurs concurrents dont il fallait empêcher l’émergence par une action coercitive. Les stratèges américains s’inquiétaient alors d’un ensemble de rivaux potentiels, parmi lesquels la Russie, l’Allemagne, l’Inde, le Japon et la Chine ; chacun d’entre eux, pensaient-ils, pouvait devenir en quelques décennies une superpuissance, et ils devaient donc tous en être dissuadés. Cependant, quand George W. Bush fut élu président des Etats-Unis en 2000, le nombre des rivaux potentiels s’était réduit. Aux yeux des stratèges de Washington, seule la République populaire de Chine possédait la capacité économique et militaire de défier les Etats-Unis et d’aspirer à la superpuissance. Dorénavant, perpétuer la supériorité américaine dans le monde impliquait de contenir la puissance chinoise.

 

Pendant la campagne présidentielle de 2000, Condoleezza Rice, alors conseillère pour la politique étrangère du candidat républicain George W. Bush, signa dans la revue Foreign Affairs, publiée par le Council on Foreign Relations, influent think tank américain, un article suggérant que la République populaire de Chine défierait inévitablement les intérêts vitaux des Etats-Unis.

 

« la Chine n’est pas une puissance du ‘statu quo’, mais une puissance qui aimerait changer en sa propre faveur l’équilibre du pouvoir en Asie. Cela seul suffit à en faire un concurrent stratégique, et non pas ce que l’administration Clinton a qualifié une fois de ‘partenaire stratégique’ », écrivait Condoleezza Rice en 2000. Elle insistait sur l'importance d’adopter une stratégie prévenant l’émergence de la Chine comme puissance régionale. En particulier, écrivait Rice, « les Etats-Unis doivent approfondir leur coopération avec le Japon et la Corée du Sud et s’engager à maintenir une forte présence militaire dans la région »,  Washington devant aussi « prêter davantage attention au rôle de l’Inde dans l’équilibre régional », et intégrer ce pays dans un système d’alliance contre la Chine.

 

En 2006, pendant le second mandat du président Bush, l’Examen quadriennal de la Défense (Quadrennial Defense Review, QDR), réaffirmant le précepte général énoncé dans les DPG de 1992, identifia la Chine comme la superpuissance concurrente la plus probable et la plus dangereuse : « Parmi les puissances émergentes majeures, la Chine a le plus fort potentiel pour rivaliser militairement avec les Etats-Unis et capter des techniques militaires perturbatrices qui pourraient au bout d’un certain temps contrebalancer les avantages militaires traditionnels des Etats-Unis. »


Le QDR en appelait donc à un renforcement des moyens de combat dans la zone Asie-Pacifique, insistant particulièrement sur les moyens navals : « La flotte sera davantage présente dans l’océan Pacifique », note le document. Pour y parvenir, « la Marine envisage d’ajuster la position et l’implantation de ses forces pour fournir dans le Pacifique au moins six porte-avions opérationnels et disponibles ainsi que 60% de ses sous-marins à des fins d’engagement, de présence et de dissuasion ».

 

Chaque porte-avions étant au centre d’un large déploiement de navires de soutien et d’avions de protection, une concentration des forces navales américaines était à prévoir dans l’ouest du Pacifique, nécessitant également une extension substantielle du complexe des bases américaines dans la région. On sait aujourd'hui que,  prenant prétexte du naufrage du Cheonan et de la prétendue implication de la Corée du Nord, l’armée américaine conservera au moins jusqu’en 2015 le contrôle opérationnel de l’armée sud-coréenne en temps de guerre, et non jusqu’en 2012 comme négocié en 2007, ainsi que sa base militaire sur l’île japonaise d’Okinawa, contrairement à ce qu’avait promis l’ancien Premier ministre nippon Yukio Hatoyama poussé à la démission pour ce reniement.

   

 

L’administration Obama semble donc marcher dans les pas de l’administration Bush en poursuivant méthodiquement une stratégie d’endiguement de la Chine, se traduisant par une accumulation de moyens militaires américains aux limites maritimes et terrestres (en Asie centrale) de ce pays. Bien évidemment, hier comme aujourd’hui, aucun haut responsable de l’administration américaine ne peut le dire aussi clairement, surtout lorsqu'il s'agit du premier créancier des Etats-Unis... Mais, à mesure que la première puissance mondiale étale sa force de façon disproportionnée face à la Corée du Nord, petit pays de 23 millions d'habitants soumis à un embargo féroce depuis 60 ans (« Le pays le plus sanctionné du monde », avouait lui-même le président Bush en 2008), le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan apparaît pour ce qu’il est vraiment : un prétexte commode au service des intérêts stratégiques américains. Comme au début du XXème siècle, la péninsule coréenne se retrouve prise dans le jeu des grandes puissances, avec une Corée du Sud ravalée au rang de base avancée et de simple supplétif des Etats-Unis.

 

 

Sources :

Yonhap, « Quatre jours d’exercices militaires navals conjoints à partir du 25 juillet dans les eaux sud-coréennes », 20 juillet 2010 

Conférence de presse de M. Qin Gang,  porte-parole du Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, 15 juillet 2010

Yonhap, « Les Etats-Unis rejettent les préoccupations de la Chine sur les exercices militaires conjoints sud-coréano-américains », 16 juillet 2010

KCNA, "S. Korea and US Joint War Maneuvers Assailed", 16 juillet 2010

Yonhap, « "Les nouvelles sanctions des Etats-Unis sont une violation de la déclaration onusienne" », 22 juillet 2010

Michael T. Klare, "Containing China", Tomdispatch.com, 18 avril 2006 (traduction française sur le site de l'association belge Korea-is-One) 

 

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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 21:03


CSNU 09072010Le vendredi 9 juillet 2010, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une déclaration suite au naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan.  La Corée du Nord et la Corée du Sud ont toutes les deux exprimé leur satisfaction sur ce texte, fruit d'un accord entre les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France), dans un message de paix et de dialogue dont s'est félicitée la Chine. La Corée du Sud se félicite de l'emploi du terme  « attaque » et de la référence à l'enquête internationale conjointe civilo-militaire qu'elle a conduite avec des experts américains, britanniques, australiens et suédois. Mais l'absence d'imputation directe de la Corée du Nord est, de l'aveu des observateurs, un recul par rapport aux attentes de Séoul, à l'origine de la saisine du Conseil de sécurité. Pour la Corée du Nord, qui nie toute implicaton dans le naufrage, il s'agit d'une  « grande victoire diplomatique », la déclaration prenant en compte les réponses de Pyongyang. La Corée du Nord a réaffimé par ailleurs son engagement à  « faire tout son possible pour découvrir la vérité sur cet incident », le terme d'« incident » étant également employé dans la déclaration des Nations Unies, ainsi qu'à la reprise des pourparlers à six, à laquelle appelle le Conseil de sécurité.


 
« Le Conseil de sécurité prend note de la lettre datée du 4 juin 2010, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la République de Corée auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2010/281), et de la lettre datée du 8 juin 2010, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2010/294).

Le Conseil déplore l’attaque perpétrée le 26 mars 2010, qui a provoqué le naufrage du Cheonan, un navire de la marine sud-coréenne, entraînant le décès tragique de 46 personnes.


Le Conseil constate qu’un tel incident met en danger la paix et la sécurité dans la région et au-delà.

Le Conseil déplore les morts et les blessés et exprime sa profonde sympathie et ses plus vives condoléances aux victimes et à leurs proches, ainsi qu’au peuple et au Gouvernement de la République de Corée, il recommande que des mesures appropriées et non violentes soient prises à l’encontre des auteurs de cet incident en vue de régler ce problème par des moyens pacifiques conformément à la Charte des Nations Unies et à toutes les dispositions pertinentes du droit international.


Compte tenu des résultats de la Commission d’enquête mixte civilo-militaire dirigée par la République de Corée, avec la participation de cinq États, qui a conclu que la République populaire démocratique de Corée était responsable du naufrage du Cheonan, le Conseil exprime sa profonde préoccupation.

Le Conseil prend note des réactions des autres parties concernées, dont celle de la République populaire démocratique de Corée, qui a déclaré qu’elle n’avait rien à voir avec cet incident.

En conséquence, le Conseil condamne l’attaque qui a entraîné le naufrage du
Cheonan.

Le Conseil souligne qu’il importe d’empêcher que de nouvelles attaques ou des actes d’hostilité soient perpétrés contre la République de Corée ou dans la région.

Le Conseil se félicite de la retenue dont fait preuve la République de Corée et souligne qu’il importe d’assurer le maintien de la paix et de la stabilité dans la péninsule de Corée et l’ensemble de l’Asie du Nord-Est.


Le Conseil demande que la Convention d’armistice de Corée soit pleinement respectée et encourage le règlement des problèmes en suspens dans la péninsule de Corée par des moyens pacifiques pour permettre la reprise d’un dialogue et de négociations directs par les voies appropriées dès que possible, l’objectif étant d’éviter les conflits et d’empêcher que la situation se dégrade.


Le Conseil de sécurité réaffirme qu’il importe que tous les États Membres défendent les buts et les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. »


 

Sources :

Département de l'information de l'Organisation des Nations Unies, « Le Conseil de sécurité déplore l'attaque qui a provoqué le naufrage du navire de la marine sud-coréenne Cheonan », communiqué de presse, New York, 9 juillet 2010

 «  L'ONU condamne l'attaque de la corvette sud-coréenne », Le Monde, 9 juillet 2010

Photo :

ONU/Eskinder Debebe

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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 20:30

Le gouvernement sud-coréen a saisi le 4 juin le Conseil de sécurité de l'ONU en vue d'y faire adopter une résolution contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), accusée d'avoir torpillé un navire sud-coréen, le Cheonan, le 26 mars en mer de l'Ouest. La RPDC nie ces accusations et demande à pouvoir mener sa propre enquête, ce que refusent toujours les autorités sud-coréennes. Le 14 juin, les deux parties ont été entendues séparément par le Conseil de sécurité qui avait auparavant reçu une lettre d'une association civique sud-coréenne pointant les insuffisances de l'enquête officielle, avec le souci légitime d'éviter l'adoption d'une résolution préjudiciable à la paix dans la péninsule coréenne sur la base d'informations biaisées. Pour ce type d'initiative, ceux qui doutent des conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, ou s'inquiètent seulement des conséquences de cette enquête pour la paix en Corée, subissent aujourd'hui des pressions insupportables en Corée du Sud, parfois encouragées par les autorités sud-coréennes elles-mêmes.

 

Fondée en 1994, l'association sud-coréenne Solidarité populaire pour une démocratie participative (SPDP) se présente comme une organisation cherchant à promouvoir la justice et les droits humains dans la société coréenne grâce à la participation du peuple. Voulant lutter contre les abus de pouvoir, SPDP mène régulièrement des campagnes de sensibilisation, pose des questions dans les domaines social et politique, résout des litiges administratifs et publics, et lance des pétitions pour l'adoption de lois.

 

Dès le 10 juin, l'association sud-coréenne a adressé aux 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU une lettre - en anglais - accompagnée d'un dossier de 27 pages détaillant les problèmes posés par les conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, qui imputent ce naufrage à la RPDC.

 

Dans sa lettre, SPDP affirme que tous les résultats de l'enquête sur le Cheonan n'ont pas été dévoilés. L'association s'inquiète aussi des graves problèmes politiques et diplomatiques que pourraient provoquer les mesures de rétorsion contre la Corée du Nord annoncées par le gouvernement sud-coréen. En conclusion, SPDP exprime l'espoir que le Conseil de sécurité de l'ONU prendra une décision raisonnable et juste pour la paix dans la péninsule coréenne, en prenant en compte tous les éléments.

 

Le dossier joint à la lettre - et que nous présentons ci-après - pose plusieurs questions sur des points non résolus par l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, tels que la colonne d'eau qu'aurait dû provoquer l'explosion sous-marine d'une torpille, la rupture de la coque du navire, et le processus même de l'enquête.

 

Le gouvernement sud-coréen a attaqué l'initiative de SPDP, qualifiée d'interférence dans son action diplomatique, et des accusations de trahison ont même été lancées par des responsables du gouvernement. En réponse, Solidarité populaire pour une démocratie participative a réaffirmé son droit à écrire une telle lettre en tant qu'organisation non gouvernementale dotée – depuis 2004 - d'un statut consultatif auprès de l'Organisation des Nations Unies. Le gouvernement Lee Myung-bak a beau clamer que l'association cherche ainsi à diviser l'opinion publique, selon SPDP la responsabilité du gouvernement est encore plus grande car il a porté devant la communauté internationale un sujet sur lequel n'existe aucun consensus en Corée du Sud.

 

Pour certaines organisations conservatrices sud-coréennes, l'initiative de SPDP est un acte favorisant l’ennemi et  elles ont appelé à poursuivre l’association pour avoir violé la Loi sur la sécurité nationale en vigueur depuis 1948 en Corée du Sud.

 

Depuis le 15 juin, lendemain de l'audition des représentants des deux Corée par le Conseil de sécurité de l'ONU au sujet du naufrage du Cheonan, les membres de Solidarité populaire pour une démocratie participative travaillent sous la menace de plusieurs organisations conservatrices sud-coréennes qui manifestent violemment devant le siège de SPDP sous le slogan « Eliminons SPDP, association ennemie! », en lançant des objets divers sur  le bâtiment, et en n'hésitant pas à s'en prendre aux personnes qui en sortent. Le 16 juin, le directeur du comité politique de SPDP, Kim Ki-sik, a ainsi été roué de coups par des manifestants alors qu'il quittait son bureau. A l'intérieur du bâtiment cerné par 200 policiers qui empêchent les manifestants d'entrer, consigne a été donnée de laisser les stores baissés et d'éviter de sortir.

 

Manif_anti-SPDP_17062010.JPGDes membres d'oganisations conservatrices sud-coréennes affrontent la police

pendant une manifestation devant le siège de SPDP, le 17 juin à Séoul (photo : Hankyoreh)

 

Face au climat de terreur qui s'installe en Corée du Sud vis-à-vis de ceux qui remettent en question les conclusions de l'enquête officielle sur le naufrage du Cheonan, plusieurs citoyens et organisations civiques ont accusé le gouvernement Lee Myung-bak, le Grand Parti national (GNP) au pouvoir et les divers groupes conservateurs de se livrer à une véritable chasse aux sorcières à l'encontre de SPDP. Les manifestations violentes  ont débuté au lendemain des élections locales du 2 juin 2010, où le GNP a essayé en vain d'utiliser le naufrage du Cheonan à des fins politiques, et alors que les efforts diplomatiques du gouvernement sud-coréen aux Nations Unies, visant à faire condamner la Corée du Nord, sont loin de produire les résultats espérés.

 

La Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, se sont jusqu'ici montrées réticentes à condamner la RPDC sur la seule foi des éléments avancés par le gouvernement sud-coréen. Dans ces conditions, il est peu probable que le Conseil de sécurité adopte une résolution contre la RPDC, comme le souhaite le gouvernement sud-coréen, lequel dispose de peu de moyens de pression sur la Chine et la Russie. « Si la diplomatie du gouvernement Lee échoue, il est fort possible qu'il essaiera d'en rejeter la responsabilité sur SPDP », a déclaré le secrétaire général adjoint de SPDP, Lee Tae-ho, un des rédacteurs du rapport adressé le 10 juin au Conseil de sécurité.

 

Certains voient aussi des signes inquiétants d'un retour à un passé barbare dans les attaques de groupes conservateurs contre des organisations telles que Solidarité populaire pour une démocratie participative.

 

« Le gouvernement [sud-coréen] est en train de 's'épuiser' dans une diplomatie concernant le naufrage du Cheonan afin d'échapper à sa propre responsabilité dans l'échec aux élections locales, et réagit avec une mentalité de Guerre froide insistant sur le patriotisme et le nationalisme », a ainsi déclaré Cho Dae-yeop, professeur de sociologie à l'université de Corée. « Les actions du gouvernement vont à l'encontre de la tendance mondiale évoluant vers une mentalité post-Guerre froide », a dit le professeur Cho. « Il est très regrettable que la police et les groupes conservateurs y ont contribué. »

 

« Il semble que les groupes conservateurs, lesquels ont développé une forte hostilité envers la Corée du Nord et les forces progressistes au cours des dix dernières années, ont décidé que l'arrivée du gouvernement de Lee Myung-bak a créé un environnement politique et social autorisant les actions extrémistes », a quant à lui déclaré Shin Jin-wook, professeur de sociologie à l'université Chungang. « Le gouvernement actuel et le parti au pouvoir, les médias conservateurs et les organisations de la nouvelle droite disent qu'ils ne refusent pas la démocratie, mais encouragent un 'terrorisme d'extrême-droite' en soulevant des questions qui permettent à des groupes de la droite extrême de s'engager dans des actions radicales. »

 

Si on en croit les analyses des professeurs Cho Dae-yeop et Shin Jin-wook, les actions radicales menées depuis le 15 juin contre des associations telles que Solidarité populaire pour une démocratie participative ont au moins reçu les « encouragements » du ministre sud-coréen de la Défense, Kim Tae-young. Ainsi, lors d’une conférence sur la cybersécurité le 8 juin, le ministre a déclaré que le gouvernement devait rapidement s’occuper de ceux qui propagent des rumeurs sur Internet en remettant en cause les résultats de l’enquête internationale sur le naufrage du Cheonan, allant jusqu'à qualifier ces actions de « cyberterrorisme ». Il est à noter que ces propos - témoignant, pour le moins, d'un manque de sérénité du gouvernement sud-coréen - ont été tenus au lendemain de la fin de l'enquête menée par un groupe d'experts de la Marine russe sur le naufrage du Cheonan. En effet, la Russie doute des conclusions de l’enquête des experts civils et militaires sud-coréens, américains, britanniques, canadiens, australiens et suédois, et a voulu effectuer sa propre enquête dont les résultats sont attendus dans le courant du mois de juillet.


Sources :

Solidarité populaire pour une démocratie participative

Hankyoreh, "Civic group takes unresolved Cheonan issues to UN", 15 juin 2010

Hankyoreh, "Far-right groups launch violent protests against PSPD", 18 juin 2010

Yonhap, « Pour le chef de la défense, les rumeurs en ligne sur le Cheonan sont du "cyberterrorisme" », 8 juin 2010

 


SPDP Rapport-Cheonan

« Position de SPDP quant au naufrage du navire Cheonan »

rapport adressé au Conseil de sécurité de l'ONU le 10 juin 2010

par le Centre pour la paix et le désarmement

de Solidarité populaire pour une démocratie participative

(cliquer sur l'image pour télécharger le document)

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 19:08

Comme il l'avait annoncé le 24 mai 2010, le gouvernement sud-coréen a saisi le 4 juin le Conseil de sécurité de l'ONU à propos du naufrage d'un navire de la marine sud-coréenne , le 26 mars, qui a coûté la vie à 46 marins. Le 20 mai, une enquête menée par un groupe d'experts civils et militaires  a conclu que le navire avait été la cible d'une torpille tirée par un sous-marin de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). La RPDC a rejeté ces conclusions et nié toute responsabilité dans l'incident maritime du 26 mars. Le 14 juin, les 15 membres du Conseil de sécurité ont donc entendu séparément des représentants sud-coréens et nord-coréens. Le 15 juin, le représentant permanent de la RPDC auprès de l'Organisation des Nations Unies a donné une conférence de presse au siège de l'ONU, à New-York, pour réaffirmer le point de vue défendu la veille devant les membres du Conseil de sécurité, et prévenir un scénario « à l'irakienne » : une manipulation des renseignements qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la paix dans la péninsule coréenne.


SinSonHo.jpg « Une guerre peut éclater à tout moment », a déclaré lors d'une conférence de presse, le 15 juin 2010, le représentant permanent de la RPD de Corée auprès de l'ONU, Sin Son-ho, en imputant ce risque aux manœuvres navales « inconscientes » de la Corée du Sud.


Le représentant de la RPDC a réaffirmé que son pays n’est pour rien dans le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars dernier.


La seule manière de faire toute la lumière sur cette affaire, a-t-il estimé, est d’autoriser la RPDC à mener sa propre enquête.


Ce sont les autorités sud-coréennes et américaines qui ont concocté cette affaire, a accusé Sin Son-ho, en jugeant qu’elle bénéficie bien aux Etats-Unis. Devant une salle comble, le représentant de la RPDC a démonté plusieurs points de l’enquête internationale et regretté la position sud-coréenne.


Plutôt que d’accepter la proposition de la RPDC, a-t-il dit, les autorités sud-coréennes ont préféré saisir le Conseil de sécurité des conclusions de l’enquête qu’ont menée des experts civils et militaires sud-coréens, américains,  britanniques, canadiens, australiens et suédois.


« Les résultats sont complètement fabriqués », a plaidé le diplomate nord-coréen, en voyant là une « affaire montée de toute pièce » pour servir les intérêts sud-coréens. Il a fait remarquer que la date de parution du rapport d’enquête a coïncidé opportunément avec les élections locales en Corée du Sud et la visite au Japon de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.


Remettant en cause la composition, les règles, les procédures et l’indépendance des enquêteurs, le représentant nord-coréen s’est demandé pourquoi des navires de guerre américains et sud-coréens nombreux à ratisser la zone de l’accident, avec des moyens de pointe, n’ont pas réussi à collecter des « preuves substantielles ».


« C’est une farce. C’est de la fiction », a-t-il commenté. Comment se fait-il, s’est-il interrogé, que les restes de la torpille ou encore des inscriptions toujours très lisibles aient résisté à l’explosion et à la chaleur? 


Le représentant permanent a affirmé que le jour même du naufrage, les Américains et les Sud-Coréens menaient un exercice militaire commun sur les lieux de l’incident.  Il est improbable, dans ces conditions, que les « petits » sous-marins nord-coréens aient atteint le Cheonan, s’est-il défendu.


Dénonçant les restrictions imposées aux enquêteurs internationaux et le silence auquel ont été contraints les survivants du naufrage, Sin Son-ho a accusé les Etats-Unis d’être à l’origine du naufrage, en arguant, par exemple, du fait que le Premier ministre japonais ait reconnu que cet incident était la raison pour laquelle il avait accepté la demande des États-Unis de déplacer leur base militaire d'Okinawa.


De leur côté, a ajouté M. Sin, les autorités sud-coréennes ont vu dans cet incident l’occasion de renforcer les forces conservatrices dans leur pays, de créer des tensions avec la RPDC et de la brouiller avec la Chine.


Lors de la séance informelle du Conseil de sécurité du 14 juin, a-t-il dévoilé, certains pays ont dit que cette affaire devrait être discutée au sein de la Commission d’armistice militaire. Mais, a-t-il rétorqué, les Etats-Unis ont déjà paralysé le fonctionnement de la Commission en mars 1991, en remplaçant le chef du Commandement des Nations Unies par un général sud-coréen (la Corée du Sud n'a pas signé l'accord d'armistice de 1953).


Le Conseil de sécurité, a-t-il averti, risque de se faire duper par une seule partie, comme ce fut le cas en février 2003 pour l’Irak. Les Etats-Unis et le Conseil de sécurité devront alors partager la responsabilité des conséquences de cet incident, a-t-il estimé.


Le représentant a refusé de s’étendre sur le retour de la RPDC aux pourparlers à six pays (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, se contentant de souligner que l’arme nucléaire est une arme de dissuasion. Quant au dixième anniversaire de la Déclaration commune du 15 juin 2000 sur la réunification de la péninsule coréenne, il a regretté que le gouvernement sud-coréen au pouvoir depuis 2008, ait renié cet accord.


Le représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée auprès de l’ONU avait déjà adressé le 8 juin une lettre au président du Conseil de sécurité, Claude Heller, pour mettre en garde le Conseil contre une manipulation des renseignements  par la partie sud-coréenne et ses alliés américains au sujet du naufrage du Cheonan :


« Je vous adresse la présente lettre compte tenu de l’aggravation récente de la situation dans la péninsule coréenne.

« Le 20 mai 2010, les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud ont publié les "résultats" d’une "enquête" qui établit avec véhémence un lien entre le naufrage du bâtiment de combat sud-coréen Cheonan et la République populaire démocratique de Corée.

« La République populaire démocratique de Corée a immédiatement rejeté en bloc les "résultats de l’enquête", indiqué clairement qu’elle n’avait rien à voir avec cet incident et proposé d’envoyer sur les lieux sa propre commission d’enquête relevant de la Commission de la Défense nationale afin d’évaluer en toute objectivité les "résultats de l’enquête".

« Il serait très utile de ne pas oublier les doutes et les critiques de plus en plus nombreux qui ont été exprimés par la communauté internationale, au-delà des frontières intérieures de la Corée du Sud, dès la publication des "résultats de l’enquête".

« Au fil des jours, l’analyse militaire objective et scientifique et les circonstances dans lesquelles l’incident en question s’est produit montrent qu’il s’agit d’un scénario fabriqué de toutes pièces aux seules fins de servir les objectifs politiques et militaires des États-Unis d’Amérique.

« Pour régler cette affaire, il faudra que la République populaire démocratique de Corée, qui en est la victime, puisse procéder à la vérification des "résultats de l’enquête" et les examiner selon une méthode scientifique et objective.

« Il faut absolument que le Conseil de sécurité ne soit pas à nouveau l’instrument de l’arrogance et de l’hégémonie des États-Unis d’Amérique, qui l’avaient utilisé pour légitimer leur invasion armée de l’Irak, en se fondant seulement sur les mensonges proférés en février 2003 par le secrétaire d’État américain Powell.

« Le Conseil de sécurité a pour devoir de respecter rigoureusement les principes de souveraineté et d’impartialité des États membres de l’Organisation des Nations Unies, qui sont consacrés par la Charte des Nations Unies.

« La mission essentielle du Conseil de sécurité est le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Si le Conseil, conformément à sa mission, souhaite véritablement voir régner la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne, où l’incident du Cheonan a créé une situation de grande instabilité, il lui appartient d’agir pour que les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud reçoivent la commission d’enquête de la Commission de la défense nationale, comme la République populaire démocratique de Corée, qui est la victime, l’a déjà proposé afin de contribuer à la vérification des "résultats de l’enquête".

« Ce faisant, le Conseil de sécurité devrait se donner pour priorité absolue de faire toute la lumière sur cet incident de façon impartiale et objective.

« Si les "résultats de l’enquête", qui ont été fabriqués unilatéralement, étaient inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité et faisaient l’objet d’un débat alors que la partie qui en est la victime directe n’a pas pu procéder à une vérification, cela constituerait très clairement une atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la République populaire démocratique de Corée et nul n’ose imaginer la gravité des conséquences d’un tel acte sur la paix et la sécurité dans la péninsule coréenne.

« Je saisis cette occasion pour vous faire tenir ci-joint le texte de la réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée datée du 4 juin 2010 et vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre et de la réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères comme document du Conseil de sécurité. » [voir ci-après]


Après l'exposé du 14 juin par les représentants de la Corée du Sud et de la Corée du Nord, le Conseil de sécurité de l'ONU a lancé un « appel fort aux parties afin qu'elles s'abstiennent de tout acte qui pourrait conduire à une escalade des tensions dans la région » et en faveur de la préservation de la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne.


Une condamnation, voire une résolution assortie de nouvelles sanctions, à l'encontre de la RPDC qui rejette toute responsabilité dans le naufrage du Cheonan entraînera fatalement des contre-mesures nord-coréennes. Tout dépend désormais de l'attitude de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité et détenant à ce titre un droit de veto.


Si la France et la Grande-Bretagne se déclarent convaincues par les éléments avancés par la Corée du Sud et les Etats-Unis, imputant à la RPDC le naufrage du Cheonan, la Chine et la Russie se montrent, elles, plus sceptiques, les résultats d'une contre-enquête menée par les experts russes étant attendus dans le courant du mois de juillet.


Sources :

Département de l'information de l'Organisation des Nations Unies, « Conférence de presse du représentant de la RPDC sur la suite à donner à l'enquête internationale sur le naufrage d'un navire sud-coréen », communiqué de presse, New York, 15 juin 2010

Conseil de  sécurité de l'Organisation des Nations Unies, document S/2010/294

KCNA, "DPRK Permanent Representative Sends Message to President of UNSC", 9 juin 2010

AFP, « L'ONU met en garde les deux Corées contre une intensification des tensions », 14 juin 2010 

Photo : ONU/Mark Garten

 


Annexe à la lettre datée du 8 juin 2010 adressée au président du Conseil de sécurité

par le représentant permanent de la République populaire démocratique de Corée

auprès de l’Organisation des Nations Unies

Réponse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères

de la République populaire démocratique de Corée

aux questions posées le 4 juin 2010 par l’Agence centrale de presse coréenne

concernant la tentative faite par les États-Unis d’Amérique et ses partisans

de saisir le Conseil de sécurité de l’affaire du naufrage du Cheonan

tout en impliquant la République populaire démocratique de Corée

 
Ainsi que la République populaire démocratique de Corée l’a déjà expliqué, les « résultats de l’enquête » sur l’affaire qui ont été annoncés par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud ont été fabriqués de toutes pièces. S’ils étaient véridiques, les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud n’auraient aucune raison de refuser de recevoir la commission d’enquête de la Commission de la Défense nationale de la République populaire démocratique de Corée, qui a déjà proposé de faire confirmer objectivement ces « résultats ».

La condition incontournable au règlement de cette affaire est que la République populaire démocratique de Corée, qui est la victime, procède à une inspection et à la vérification des « résultats de l’enquête » présentés par les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud.

Pour commencer, la « commission d’enquête » concoctée par les autorités sud-coréennes, à la suite d’une manipulation des États-Unis d’Amérique, n’est qu’une vague entité qui ne respecte pas toutes les normes internationales. Les autorités militaires ont le dernier mot et la commission d’enquête comprendrait certains étrangers, mais il n’a pas été indiqué officiellement selon quelles procédures ceux-ci avaient été sélectionnés ni s’ils avaient tous signé les « résultats de l’enquête ». C’est pour cette raison que les autorités sud-coréennes se sont vues obligées de lui donner le nom, bancal et jusqu’alors ignoré du monde entier, de « commission d’enquête mixte civilo-militaire », au lieu de l’appeler « équipe d’enquête internationale ». À présent, elles s’efforcent d’apaiser la communauté internationale, qui a jugé douteux les « résultats de l’enquête », en invitant des experts de pays qui ne sont pas victimes de l’affaire en question.

Le Conseil de sécurité ne doit pas reproduire le précédent lors duquel les États-Unis d’Amérique l’ont sali de leurs mensonges concernant l’Irak. Il importe que les États membres du Conseil de sécurité s’intéressent en priorité à la recherche objective de la vérité et veillent à tirer leurs propres conclusions pour que le Conseil ne soit pas à nouveau utilisé à mauvais escient en raison de l’arrogance des États-Unis d’Amérique et de leurs pratiques arbitraires. Si le Conseil est saisi de cette question, il devrait avant tout prendre les mesures voulues pour que les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud reçoivent la commission d’enquête de la Commission de la Défense nationale, comme l’a déjà proposé la République populairedémocratique de Corée, et laissent cette commission d’enquête confirmer les « résultats de l’enquête ».

Si les États-Unis d’Amérique et leurs partisans saisissent le Conseil de sécurité de cette affaire alors qu’ils ne disposent que des « résultats de l’enquête » obtenus unilatéralement, dont ils refusent que l’authenticité soit confirmée objectivement, cela prouvera irréfutablement qu’ils ont des motifs inavoués.

Dès lors, ni les États-Unis d’Amérique ni le Conseil de sécurité n’auront rien à dire si la République populaire démocratique de Corée riposte par les plus sévères mesures, comme elle l’a fait dans le passé, et ils ne pourront nier leur responsabilité dans le blocage de la dénucléarisation et le déclenchement d’un conflit dans la péninsule coréenne.

 

Source : Conseil de  sécurité de l'Organisation des Nations Unies, document S/2010/294

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 00:01

Alors que de nombreux Sud-Coréens sont sceptiques quant à la thèse officielle sur le naufrage du Cheonan, les médias occidentaux commencent, à leur tour, à s'interroger sur les conclusions de l'enquête diligentée par le gouvernement Lee Myung-bak. Ce dernier, qui voit dans une attaque nord-coréenne l'argument idéal pour interrompre un rapprochement intercoréen auquel il a toujours été hostile, a saisi le Conseil de sécurité des Nations-Unies le 4 juin, en vue de condamner - voire de sanctionner - Pyongyang.

Dans les médias francophones, un contributeur au média citoyen AgoraVox, Morice, ouvertement hostile à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), condamne la version officielle sud-coréenne comme un "mensonge éhonté" et une "opération de manipulation manifeste" : d'une part, il s'interroge sur la présence de ce qui ressemble à des "balanes" et qui témoigneraient d'une présence dans l'eau de la pièce à conviction plus longue que celle attendue (moins de deux mois) ; d'autre part, il montre que la torpille ne ressemble pas à celles utilisées par les Nord-Coréens, mais plutôt au modèle Mk-44, très courant aux Etats-Unis (lire "Une torpille, au goût de golfe du Tonkin").

Enfin, parmi les grandes chaînes francophones, la Radio télévision belge francophone (RTBF), publique, émet de sérieux doutes sur l'enquête officielle sud-coréenne, en détaillant les failles de l'enquête, Pyongyang étant le "coupable idéal". Nous reproduisons ci-après l'article de Christophe Bastin et Ju. VI, publié sur le site de la RTBF le 3 juin 2010. Notons que leurs auteurs sont eux aussi critiques sur le régime politique de la RPDC, mais les menaces qui pèsent aujourd'hui sur la paix dans la péninsule coréenne exigent de connaître la vérité sur les causes réelles du naufrage, quelles que puissent être par ailleurs les opinions de chacun.

 

cheonan_epave_rtbf.jpg

 

Naufrage en Corée du Sud : la Corée du Nord accusée à tort ?

 

Le naufrage du Cheonan avait fait 46 victimes sud-coréennes le 26 mars dernier. Une enquête internationale avait attribué cette catastrophe à une attaque nord-coréenne. Il semble toutefois qu'il faille nuancer cette version officielle.

 

Le 26 mars dernier la corvette sud-coréenne Cheonan faisait naufrage suite à une explosion. Bilan: 46 morts.

 

Juste après l'incident, alors que l'armée sud-coréenne déclare n'avoir détecté aucun vaisseau de guerre nord-coréen, le gouvernement n'exclut cependant pas la possibilité d'une implication du Nord.

 

Mi-avril, l'épave est ramenée à la surface et une enquête peut enfin commencer. Selon les premières conclusions, l'incident n'aurait pas été causé par une attaque directe sur la coque mais plutôt par une explosion externe s'étant produite à proximité du vaisseau.

 

Le 20 mai, soit un mois plus tard, une commission d'enquête internationale met pourtant directement en cause la Corée du Nord. La conclusion est sans nuance: un sous-marin nord-coréen a torpillé la corvette Cheonan.

 

Une enquête internationale devenue thèse officielle à Séoul

 

Les résultats de l'enquête sont largement diffusés par les médias du monde entier. Le Président sud-coréen Lee Myung-bak, fort des résultats de l'enquête internationale, s'empresse de dévoiler la liste des mesures de représailles. Suite à cette annonce, la Corée du Nord, qui nie depuis le début toute implication dans l'incident, décide de rompre toute relation avec le Sud et met fin à un accord militaire sur la prévention des conflits maritimes. Lee Myung-bak en appelle alors au Conseil de Sécurité de l'ONU afin de durcir encore les sanctions. C'est l'escalade.

 

Après avoir enchaîné des déclarations contradictoires, le gouvernement sud-coréen se base donc sur les résultats de l'enquête internationale pour accuser fermement Pyongyang.

 

Or, cette enquête soulève de nombreuses interrogations et est remise en question par une grande partie de la population sud-coréenne relayée notamment par le Parti démocratique, les quotidiens d'opposition, ainsi que par un réseau d'associations civiles.

 

Une enquête entachée de failles

 

Tout d'abord, la validité de la principale pièce à conviction est plus que discutable. Il s'agit d'un fragment de torpille retrouvé dans les fonds marins presque deux mois après l'incident et sur lequel on peut lire le caractère coréen: 1beon (1번 : numéro 1). Premier problème, le caractère coréen est écrit à la main avec un feutre indélébile, un feutre dont l'encre résisterait à la chaleur extrême d'une explosion, et à l'immersion en mer pendant plusieurs semaines. Deuxième problème, la Corée du Nord n'utilise généralement pas le caractère beon (번) mais plutôt le caractère ho (호).

 

Ensuite, la déclaration suivant laquelle la torpille a été lancée par un sous-marin nord-coréen est également remise en question. Début avril, tant le ministre de la Défense sud-coréen que le commandant des forces américaines stationnées en Corée du Sud avaient affirmé n'avoir détecté aucun mouvement inhabituel des militaires nord-coréens.

 

Enfin, au moment de l'incident, un exercice naval conjoint americano-sud-coréen impliquant plusieurs navires de guerre étaient en cours et le Cheonan étant lui-même un patrouilleur de combat spécialisé dans la guerre anti-sous-marine. L'infiltration de ce cordon maritime par un sous-marin nord-coréen semble pour certains experts techniquement très peu probable.

 

L'enquête semble donc comporter des failles. Pourquoi alors cet empressement à accuser le voisin du nord ?

 

Pyongyang : coupable idéal ?

 

Pyongyang, dictature totalitaire et dernier régime stalinien de la planète (1), a toujours nié son implication et a exprimé sa volonté d'envoyer une délégation chargée d'examiner les résultats de l'enquête.

 

Le gouvernement du Sud a rejeté cette proposition. Un refus qui n'est pas étonnant et ce à plusieurs égards.

 

Tout d'abord, il faut savoir que Lee Myung-bak et son Grand Parti National ont leurs principaux soutiens dans les milieux conservateurs. Ces dirigeants conservateurs ont toujours été hostiles au mouvement de rapprochement des deux Corées initié en 1998 par les dirigeants précédents issus du Parti Démocrate.

 

Depuis son élection en 2008, Lee Myung-bak a opté pour une politique beaucoup plus dure envers son voisin du Nord, quitte à saper les progrès qui avaient été réalisés depuis dix années en faveur d'une réunification.

 

Ensuite, rappelons que ce 2 juin ont eu lieu les élections régionales en Corée du Sud. Ces élections ont toutes leur importance, elles sont perçues comme un prélude aux élections parlementaires et présidentielles prévues en 2012.

 

L'incident constitue donc une occasion de faire souffler une fois de plus le "vent du nord" sur la société sud-coréenne. La menace du Nord permet de légitimer la ligne politique actuelle de Séoul qui se démarque de la main tendue et de la politique de pacification initiée par Kim Dae-Jung à la fin du siècle dernier.

 

Précisons qu'une grande partie de la population sud-coréenne reste en faveur d'une relation pacifique avec le Nord et craint de voir partir en fumée dix ans d'efforts pour une réunification de la péninsule coréenne.

 

Christophe Bastin et Ju. Vl.

 Crédit photo : Archive EPA

 

Source : RTBF

 


(1) NdR - L'AAFC ne partage pas cette appréciation du régime politique de la République populaire démocratique de Corée qui tend à en ignorer le caractère spécifiquement coréen. Comme l'a montré , notamment, le chercheur américain Charles K. Armstrong, les institutions de la RPD de Corée s'inspirent de l'expérience des gouvernements populaires révolutionnaires de la guérilla coréenne établis en Mandchourie entre 1932 et 1935. D'autres démocraties populaires d'Asie, comme la Chine et le Vietnam, sont également issues des luttes de libération nationale.

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Naufrage du "Cheonan"
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