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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 00:48

 

Alors que le bilan humain du bombardement de l'île de Yeonpyeong par l'artillerie nord-coréenne, le 23 novembre 2010, en réponse à des tirs sud-coréens, s'est encore alourdi (quatre morts du côté sud-coréen, dont deux civils), les Etats-Unis ont annoncé l'envoi en mer de l'Ouest (mer Jaune) de plusieurs bâtiments de guerre dont un porte-avions à propulsion nucléaire, afin de « dissuader » la Corée du Nord. Loin de contribuer à la résolution du conflit dans cette zone disputée par les deux Corée depuis 1953, un tel déploiement de force militaire ne fait qu'attiser les tensions qui ont abouti aux violents accrochages du 23 novembre.

 

USS George WashingtonDu 28 novembre au 1er décembre 2010, le porte-avions américain USS George Washington et son groupe aéronaval composé des croiseurs lance-missiles USS Cowpens, USS Shiloh, USS Stethem et USS Fitzgerald participeront à des manoeuvres avec la marine sud-coréenne à l'ouest de la péninsule coréenne, a annoncé le Commandement des forces combinées américano-sud-coréennes (CFC). Ce nouvel exercice militaire est présenté comme purement défensif par le CFC qui déclare démontrer ainsi « la force de l'alliance entre les Etats-Unis et la République de Corée [du Sud] et notre engagement pour la stabilité régionale par la dissuasion ».

 

Le 23 novembre, les tirs nord-coréens contre l'île de Yeonpyeong avaient été provoqués par des exercices militaires sud-coréens menés à quelques kilomètres seulement de la ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) tracée unilatéralement par les Etats-Unis en 1953 en mer de l'Ouest et refusée depuis par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Les manoeuvres navales américano-sud-coréennes prévues du 28 novembre au 1er décembre se dérouleront aussi en mer de l'Ouest mais dans les eaux internationales. L'Armée populaire de Corée (du Nord) craint néanmoins que ces manoeuvres dissimulent une réelle attaque. « L'Armée populaire de Corée procédera sans hésiter à une deuxième et à une troisième puissante attaque de représailles physiques » en cas de nouvelles « provocations militaires », a indiqué la mission de Panmunjom de l'Armée populaire de Corée dans un avertissement envoyé aux troupes américaines en Corée du Sud.

 

La République populaire de Chine est, elle aussi, résolument opposée à des manoeuvres américano-sud-coréennes au large de ses côtes. Après le bombardement de Yeonpyeong, le gouvernement chinois, tout  en déplorant les pertes humaines et matérielles, a déclaré que les parties concernées doivent trouver des solutions pacifiques négociées à leurs litiges et œuvrer ensemble à la préservation de la paix et de la stabilité de la péninsule coréenne. Le gouvernement chinois s'oppose à tout acte qui porte atteinte à cette paix et à cette stabilité, à l'instar de manoeuvres aéronavales américano-sud-coréennes en mer Jaune.

 

Lors d'un précédent exercice américano-sud-coréen, en juillet 2010, le gouvernement chinois avait déjà été très clair à ce sujet : « Nous nous opposons fermement à toute activité menée par les navires et les avions militaires étrangers en mer Jaune et dans les autres zones au large des côtes chinoises, qui affecte nos intérêts sécuritaires. Nous espérons que les différentes parties concernées pourront, dans le contexte actuel, faire preuve de sang-froid et de retenue pour éviter une escalade de la tension dans la région. »

 

A l'époque, la Corée du Nord venait d'être accusée d'avoir coulé une corvette sud-coréenne, le Cheonan, le 23 mars 2010 au large de l'île de Baengnyeong, toujours à proximité de la NLL contestée. Les conclusions de l'enquête américaine et sud-coréenne imputant le naufrage du Cheonan à la RPDC ont depuis été contestées, notamment par un membre de l'équipe d'enquête, par des scientifiques indépendants et par les experts de la Marine russe.

 

La Corée du Sud et les Etats-Unis mènent régulièrement des exercices militaires en commun, perçus par la RPDC comme autant de répétitions d'une attaque contre elle. Ces exercices ont été nombreux en 2010, surtout après le naufrage du Cheonan, mobilisant des moyens aéronavals importants, particulièrement du côté américain :

 

Du 8 au 18 mars 2010, les exercices annuels Key Resolve et Foal Eagle ont mobilisé 10 000 soldats des forces américaines stationnées en Corée du Sud et 8 000 soldats américains venus de l'étranger. Il est à noter qu'une partie de ces exercices s'est prolongée jusqu'au 30 avril, alimentant la thèse du « tir ami » pour expliquer le naufrage du Cheonan.

 

Du 25 au 28 juillet 2010, suite au naufrage du Cheonan, les marines américaine et sud-coréenne ont mené les manoeuvres « Invincible Spirit » avec, notamment, la participation d'un porte-avions, d'un sous-marin à propulsion nucléaire, de nombreux avions dont des chasseurs furtifs. Initialement prévu en mer de l'Ouest, cet exercice s'est finalement déroulé en mer de l'Est (mer du Japon), suite aux protestations du gouvernement chinois. Selon le Commandement des forces combinées, cet exercice de lutte anti-sous-marine était destiné à « envoyer à la Corée du Nord un message clair que son comportement agressif doit cesser ».

 

Du 16 au 26 août 2010, l'exercice annuel Ulji Freedom Guardian a mobilisé 30.000 soldats américains et 56.000 soldats sud-coréens.

 

Du 27 septembre au 1er octobre 2010, après un report, le deuxième exercice de lutte anti-sous-marine de la série entamée en juillet avec « Invincible Spririt » a eu lieu, cette fois en mer de l'Ouest.

 

Ces déploiements de force à répétition, prenant à chaque fois la RPDC pour cible, n'ont fait qu'accroître la tension autour de la péninsule coréenne, notamment en mer de l'Ouest, jusqu'aux affrontements du 23 novembre. Ils tuent l'espoir de voir se créer une zone de paix en mer de l'Ouest, création pourtant prévue dans la Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité signée le 4 octobre 2007 par les dirigeants du Nord et du Sud de la Corée :

 

« Le Nord et le Sud ont décidé d'établir une 'zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest' englobant Haeju et ses environs maritimes et de promouvoir activement l'établissement d'un secteur de pêche commun et d'un secteur maritime de paix, la construction d'une zone économique spéciale, l'utilisation du port de Haeju, le passage direct des navires civils à ce port et l'utilisation commune de l'embouchure du fleuve Rimjin. »

 

ZonedePaix_MOuest.jpgProjets inter-coréens pour la zone spéciale de paix et de collaboration de la mer de l'Ouest prévue dans la Déclaration du 4 octobre 2007  : (1) zone de pêche commune, (2) port de Haeju, (3) zone industrielle de Haeju, (4) zone maritime de l'embouchure du fleuve Rimjin, (5) route maritime directe vers Haeju (source : Korea Report)

 

A partir de 2008, le président sud-coréen le conservateur Lee Myung-bak, reniant la parole de la République de Corée, a méthodiquement liquidé la « Sunshine Policy », la politique dite du rayon de soleil menée par ses prédécesseurs Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, symbolisée par l'historique Déclaration du 15 juin 2000. Au nom d'une prétendue réciprocité dans les rapports Nord-Sud, Lee Myung-bak a exigé que la Corée du Nord renonce préalablement à son programme nucléaire militaire. Pourtant, le programme nucléaire nord-coréen ne concerne pas les relations inter-coréennes mais bien les relations entre la RPDC et les Etats-Unis en l'absence de traité de paix entre ces deux pays. Les présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun avaient bien compris la singularité des relations entre les deux Corée : l'essai nucléaire effectué par la RPDC en octobre 2006 n'a pas empêché, un an plus tard, la signature de la Déclaration du 4 octobre 2007. Quand il regarde les ruines fumantes de Yeonpyeong, Lee Myung-bak pense-t-il à la « Sunshine Policy » qu'il a détruite ?

 

 

Sources :

- Xinhua, « La RPDC accuse les USA de "déformer" l'incident de tirs d'obus et menace de représailles en cas de nouvelles "provocations », 25 novembre 2010

- Reuters, "Why are U.S.-S.Korea drills so sensitive", 25 novembre 2010

- Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, sur l'échange de tirs entre la RPDC et la République de Corée, Beijing, 24 novembre 2010

- Communiqués de presse du Commandement des forces combinées : "Combined Forces Command will conduct the annual Key Resolve and Foal Eagle 2010 exercises March 8-18 with portions of Foal Eagle continuing until April 30", 17 février 2010 ; "Exercise Ulchi Freedom Guardian Announced", 23 juillet 2010 ;  "Combined Alliance Naval and Air Exercise Concludes", 29 juillet 2010 ; "Anti-Submarine Warfare Exercise", 24 septembre 2010 ; "Naval Readiness Exercise Announced", 24 novembre 2010

- Quotidien du Peuple, « La RPDC dénonce les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes », 19 août 2010

- Korea Report, "Confrontation in the West Seat Area Begs Peaceful Settlement", 24 novembre 2010

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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