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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 13:54

Sud-Coreens_quittant_Kaesong_27-04-2013.jpgSi les médias occidentaux se détournent de la péninsule coréenne, où la deuxième guerre de Corée, qu'ils ont déclarée une fois de plus, n'a pas eu lieu, la crise actuelle a déjà eu des conséquences désastreuses pour le dialogue intercoréen : la suspension des activités de la zone industrielle de Kaesong, le 9 avril dernier, est suivie du retrait en cours des employés sud-coréens qui y travaillent (photo à gauche, source RFI/Reuters). C'est le dernier legs majeur de la période de dialogue intercoréen de "la politique du rayon de soleil", sous les présidences démocrates à Séoul (1998-2008), qui est aujourd'hui menacé. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) plaide pour la reprise des échanges intercoréens et des activités à Kaesong, symbole de la réconciliation intercoréenne, ce qui suppose un dialogue sincère et sans exclusive entre toutes les parties.

 

A en croire les stratèges américains initiateurs du plan Playbook, au coeur de la dangereuse escalade des tensions autour de la péninsule coréenne, il n'y avait pas à craindre de réaction, autre que verbale, de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). C'était une grave erreur d'analyse. Non seulement les services de renseignement sud-coréens pronostiquent à présent la conduite imminente d'exercices militaires nord-coréens aériens et terrestres, en réponse aux exercices conjoints américano - sud-coréens de grande ampleur Key Resolve et Foal Eagle, mais les tensions ont déjà fait une victime : symbole de la réconciliation intercoréenne, la zone industrielle de Kaesong, au Nord de la DMZ, où 123 petites et moyennes entreprises sud-coréennes emploient plus de 53.000 ouvriers nord-coréens, a suspendu ses activités le 9 avril. Après le retrait des ouvriers nord-coréens, ce sont maintenant les cadres sud-coréens dont le retour au Sud de la péninsule est en cours, pour s'achever dans les tout prochains jours.

 

Dans une déclaration en date du 26 avril où il a dénoncé les initiatives prises par le gouvernement sud-coréen, dans le cadre notamment des exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis, le département politique de la Commission de la défense nationale (CDN) nord-coréenne a estimé que "la zone industrielle de Kaesong est maintenant au bord de l'effondrement. Cette situation est entièrement imputable à l'hystérie militaire incessante du gouvernement fantoche sud-coréen".

 

Quelques jours auparavant, le gouvernement sud-coréen avait demandé la reprise du dialogue Nord-Sud sur la zone de Kaesong, mais dans des délais si rapprochés que les observateurs avaient estimé qu'il n'y avait aucune chance d'une réponse favorable des autorités nord-coréennes. En fait, il s'agissait surtout, pour le gouvernement de Mme Park Geun-hye, de se rallier l'opinion publique conservatrice, en rejetant sur Pyongyang la responsabilité éventuelle d'une rupture. Comme toujours sur les questions de réunification, les médias conservateurs, qui dominent la scène médiatique à l'exception notable d'Internet, avaient fidèlement relayé les positions de la droite sud-coréenne.

 

Mais cette manoeuvre a accru la colère des autorités de la RPDC, qui ont dénoncé l'initiative de Séoul comme un ultimatum inacceptable. Ainsi que l'a déclaré le bureau général [nord-coréen] pour l'administration centrale de la zone spéciale, dans un entretien donné à l'agence KCNA le 27 avril, "il y a eu de nombreuses propositions de dialogue dans l'histoire des relations intercoréennes, mais il n'y a aucun précédent" à la situation actuelle où les autorités sud-coréennes "proposent un dialogue avec la menace d'une "étape décisive" après avoir fixé une date limite, et c'est également sans précédent dans l'histoire des relations internationales". Le bureau général pour l'administration de Kaesong fait référence à une réunion intergouvernementale sud-coréenne sur Kaesong, où différents scénarios ont été évoqués : le ministre de la défense Kim Kwan-jin avait alors évoqué une possible intervention militaire pour libérer des "otages" qui seraient retenus contre leur gré. Réagissant avec véhémence contre ces accusations, les autorités nord-coréennes ont souligné que tous les Sud-Coréens présents à Kaesong étaient libres de rester ou non dans la zone industrielle, et que l'initiative de leur retrait provenait du gouvernement sud-coréen. Côté nord-coréen également, il est jugé indispensable de gagner la bataille de l'opinion publique, et l'entretien donné à KCNA le 27 avril figure ainsi en bonne place sur la page d'accueil du site de KCNA.

 

Au-delà du débat sur les causes et les responsabilités de chaque partie dans la suspension des activités de la zone de Kaesong, le fait est que sa fermeture serait non seulement catastrophique pour les relations intercoréennes, mais qu'elle aurait aussi de lourdes conséquences au plan économique. Les autorités nord-coréennes affirment être en mesure de faire face à ces conséquences qui pèseraient d'abord, selon elles, sur la Corée du Sud. L'activité de la zone spéciale représente des revenus annuels pour la RPD de Corée estimés à 90 millions de dollars. Son interruption aurait aussi un impact négatif pour attirer les investisseurs étrangers en RPD de Corée, alors que les Nord-Coréens cherchent à diversifier leurs partenariats économiques avec, notamment, d'autres pays que la Chine. Toutefois, la RPD de Corée a toujours placé au premier plan la défense de sa sécurité et de sa souveraineté nationale, et il serait hasardeux d'évaluer l'intérêt de Kaesong pour les Nord-Coréens au seul plan économique. Au demeurant, la proximité immédiate de Kaesong avec la DMZ lui confère une valeur stratégique : l'intérêt de la Corée du Sud n'est pas que cette zone économique, constituant aujourd'hui une enclave en Corée du Nord, devienne une région militaire. 

 

Les médias publics sud-coréens, comme l'agence Yonhap, s'efforcent de rassurer les PME présentes à Kaesong, qui sont les premières exposées dans la situation actuelle. Dans une dépêche en date du 28 avril, l'agence Yonhap souligne ainsi que "le gouvernement sud-coréen a annoncé qu'il formera une organisation spéciale afin d'aider les entreprises forcées de quitter Kaesong. Séoul a déjà indiqué mercredi dernier avoir pris des mesures pour fournir des fonds suffisants aux entreprises", plusieurs d'entre elles étant menacées de cessation de paiement. Les termes mêmes employés par l'agence Yonhap, parlant d' "entreprises forcées de quitter Kaesong", sont inquiétants : l'auteur sud-coréen de la dépêche (seulement identifié par son adresse courriel rainmaker0220@yna.co.kr) n'anticipe-t-il pas un peu hâtivement le départ de tout ou partie des PME sud-coréennes présentes à Kaesong ? Pour l'heure actuelle, les activités ne sont que suspendues, et on ne compte que quelques très rares cas d'entreprises sud-coréennes ayant dû quitter la zone industrielle pour des raisons économiques. Malgré les tensions intercoréennes apparues suite à l'entrée en fonctions du conservateur Lee Myung-bak à Séoul, en février 2008, les activités de la zone de Kaesong avaient toujours continué à croître, et le nombre d'entreprises présentes à augmenter. Les craintes d'une suspension des activités à Kaesong, plusieurs fois exprimées, notamment au plus fort des tensions intercoréennes, ne s'étaient jamais matérialisées. En 2012, le commerce extérieur intercoréen a atteint les 2 milliards de dollars en volume annuel, ces données traduisant la seule dynamique de la zone de Kaesong, après la suspension de la plupart des autres canaux d'échanges commerciaux suite aux sanctions prises par Séoul contre la RPD de Corée au printemps 2010, après le naufrage du Cheonan.

 

Dans un article en date du 10 avril, le quotidien sud-coréen Hankyoreh avait fait part du désarroi des chefs d'entreprise de la zone de Kaesong (photo ci-dessous). Les investissements de ces PME à Kaesong s'élèvent à 855 millions de dollars. 93 des 123 entreprises présentes disposent d'assurances dans la limite de 6,1 millions de dollars, tandis que les 30 autres entreprises n'ont aucune assurance pour couvrir une perte d'activités, révélant une faille du système de couverture assurantiel sud-coréen - a contrario, les investissements chinois en RPD de Corée disposent de garanties d'Etat. Les chefs des entreprises sud-coréennes de Kaesong, qui ont fait le choix d'un engagement personnel pour la réconciliation et la réunification de la Corée, ont déclaré qu'ils feraient tout leur possible pour un retour à la normale dans les meilleurs délais. Formons l'espoir qu'ils soient entendus.

 

Kaesong_chefs-d-entreprise_10_avril-2013.jpg

 

Sources : Hankyoreh, KCNA, Yonhap.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)