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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 23:01

Le 2 juin 2010, le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama a annoncé sa démission devant les députés de sa formation, le Parti démocrate (centriste), huit mois seulement après avoir conduit l'opposition à un succès électoral inédit, le 30 août 2009, qui avait mis fin à plus de soixante ans de pouvoir quasi-ininterrompu du Parti libéral-démocrate. Cette démission vise à sauver la majorité au Sénat où des élections sont prévues le 11 juillet. Si les scandales de financement occulte et les promesses déçues dans le domaine économique et social ont terni l'image du Premier ministre démissionnaire, confronté à une impopularité record (21 % de bonnes opinions), l'AAFC a souhaité revenir sur le revirement de la politique coréenne, et plus largement internationale, de Yukio Hatoyama, à l'origine immédiate de la chute de son gouvernement.

 

Yukio_Hatoyama_-VOA_Photo-.jpg

Il avait promis de changer le cours pro-américain de la diplomatie nippone, avec notamment le déménagement en dehors du Japon de la base américaine de Futenma, à Okinawa. Il avait promis de revoir les relations du Japon avec ses voisins, notamment la République de Corée (du Sud) et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en réservant à la Corée du Sud sa première visite à l'étranger en tant que Premier ministre. Song Il-ho, ambassadeur nord-coréen pour la normalisation des relations avec le Japon, n'avait-il pas déclaré à l'agence Kyodo "Avec une administration dirigée par le Parti démocrate du Japon, nous avons besoin d'avoir un nouveau départ (dans les discussions bilatérales pour un nouvel accord) basé sur l'esprit de la Déclaration de Pyongyang", signée en 2002 lors de la visite en RPDC du Premier ministre japonais Jun'ichirō Koizumi, laquelle prévoyait la normalisation des relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée ?

 

Là, aucun des changements attendus dans les relations nippo-coréennes n'a eu lieu, qu'il s'agisse de la remise en cause des manuels d'histoire japonais révisionnistes ou encore du statut de la minorité coréenne du Japon, notamment l'égalité en droit des écoles coréennes, seules à se voir refuser les subventions publiques.

 

La crise intercoréenne née du naufrage du Cheonan a précipité la chute du gouvernement Hatoyama, qui a emboîté le pas de Lee Myung-bak dans la mise en cause, sans nuance, de la Corée du Nord. Elle a été aussi l'occasion d'annoncer de nouvelles sanctions contre la RPD de Corée visant, en fait, les Coréens du Japon (en particulier, l'abaissement du plafond des sommes pouvant être transférées du Japon vers la Corée du Nord). Surtout, le naufrage du Cheonan a justifié un revirement quant à la base de Futenma. En visite sur place le 23 mai dernier, à peine connus les résultats de l'enquête officielle sur le Cheonan rendus publics trois jours plus tôt, Yukio Hatoyama avait demandé pardon aux habitants "pour avoir semé la confusion" : "Je m'excuse du fond du coeur de ne pas avoir été capable de respecter mes engagements", invoquant la situation dans la péninsule coréenne laquelle montrait, selon lui, "qu'il y a toujours des incertitudes considérables en termes de sécurité". Il avait ajouté: "si nous séparions les unités d'hélicoptères en déménageant les fonctions (de la base aérienne de Futenma), nous porterions sérieusement atteinte au fonctionnement des Marines". Le maire de la ville de Nago, à Okinawa, avait alors parlé de "trahison", tandis qu'une des formations de la coalition majoritaire, le Parti social-démocrate, retirait son soutien au gouvernement.

 

Les noms des successeurs de Yukio Hatoyama circulent déjà. Naoto Kan, ministre des finances, est favori. Mais un changement de nom suffira-t-il à réorienter le cours de la diplomatie japonaise, alors que le Parti démocrate reste tiraillé entre une aile droite, volontiers pro-américaine et plus hostile à la Corée du Nord, et une aile gauche minoritaire ? Les contradictions qui ont miné le gouvernement Hatoyama ne seront que ravivées par un éventuel revers aux élections sénatoriales du 11 juillet.

 

Sources : AAFC, aujourdhuilejapon

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 00:01

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de jeunes femmes asiatiques, dont de nombreuses Coréennes, ont été forcées de prostituer dans les bordels militaires japonais ou soumises aux travaux forcés dans les usines japonaises. Sept coréennes dont la jeunesse a été ainsi volée ont dû subir une nouvelle humiliation fin 2009 : à l'issue d'un procès de onze années, elles ont été indemnisées par le gouvernement japonais... à hauteur de 1 dollar américain. Alors que la lutte se poursuit, y compris sur le terrain judiciaire, cette aumône indigne a suscité une vague de protestations dans toute l'opinion publique coréenne, au Sud comme au Nord de la péninsule.

99-yen.jpg

Soumise aux travaux forcés dans les usines du groupe japonais Mitsubishi pendant la Seconde Guerre mondiale,

la Sud-Coréenne Yang Geum-deok (81 ans) exprime sa détresse au cours d'une manifestation

devant l'ambassade du Japon à Séoul, le 24 décembre 2009  (photo : Associated Press)

 

 

Le 24 décembre 2009, Yun Mi-hyang, représentant du Conseil sud-coréen pour une solution au Corps des volontaires (euphémisme désignant les travailleurs forcés), a publié une déclaration accusant les autorités japonaises d'insulter les femmes réduites en esclavage par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, après qu'un procès de onze années se fut soldé par le versement d'une indemnisation d'un montant indigne à sept victimes : 99 yen (environ 1.200 won sud-coréens), soit 1 dollar américain. En l'absence d'excuses du gouvernement japonais pour les agissements passés du Japon impérial, le lourd préjudice physique et psychique subi par ses victimes est aggravé par le versement d'une aumône. Une huitième plainte a été déclarée irrecevable, au prétexte qu'elle avait été intentée par les descendants d'une femme décédée en 1944, et non par cette dernière.

 

Cette décision inacceptable s'explique notamment par le choix comme référence de la valeur du yen lors de la guerre, sans tenir compte de l'inflation. Mais 99 yen, en 1945, ne correspondaient déjà qu'au prix de deux écharpes...

Les plaignantes font partie d'un groupe de 138 femmes du Sud Jeolla, envoyées dans les industries lourdes du groupe Mitsubishi d'octobre 1944 à août 1945. L'agence de sécurité sociale japonaise, responsable du paiement des retraites, avait reconnu en septembre dernier que les sept femmes survivantes avaient droit au versement d'une pension évaluée à 99 yen par la préfecture de Aichi où se trouve le siège de Mitsubishi.

Le principe même d'une indemnisation a toutefois constitué un premier pas vers la réparation du lourd préjudice causé notamment aux "femmes de réconfort"
exploitées par les soldats japonais pendant la guerre : comme l'observe Chung Chin-sung, conseil des victimes, le gouvernement japonais rejetait jusqu'à présent le principe d'une indemnisation, en estimant la question réglée par le traité de San Francisco de 1952 et l'accord bilatéral nippo-sud-coréen de 1965.

Le 4 janvier, un groupe civique de soutien a tenu une conférence de presse devant le centre d'exposition automobile de Mitsubishi-Industries lourdes à Kwangju, pour exhorter les autorités japonaises à réexaminer leur décision, en fixant un délai au 15 janvier, sous peine sinon de poursuivre l'action engagée. Yang Geum-deok, victime aujourd'hui âgée de 81 ans, a déclaré : "si le gouvernement japonais avait eu de la sensibilité, il ne nous aurait pas donné cette somme de misère."

Alors que l'année 2010 marque le centième anniversaire du début de l'occupation japonaise de la Corée, et que le Premier ministre japonais 
Yukio Hatoyama a fait un geste en direction d'une reconnaissance des préjudices causés par le Japon impérial, l'AAFC juge comme un devoir moral pour les autorités japonaises de reconnaître sans délai les crimes commis pendant l'occupation, et de verser une juste indemnisation.

Sources : 
Agence de presse allemande, Hankyoreh, KCNA

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 11:01

Avant même sa nomination comme Premier ministre suite au succès du Parti démocrate (centriste, alors dans l'opposition) aux élections législatives du 30 août 2009, Yukio Hatoyama, avait fait part de sa volonté de dialogue et de coopération avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette approche plus souple et plus pragmatique que celle de ses prédécesseurs s'inscrit dans une démarche globale d'amélioration des relations entre le Japon et l'ensemble de la péninsule coréenne, Yukio Hatoyama ayant choisi la République de Corée (Corée du Sud) pour sa première visite à l'étranger comme Premier ministre.

Yukio Hatoyama connaît la Corée et apprécie la culture coréenne, tant traditionnelle que moderne : réputé fan de la culture pop sud-coréenne, il a rencontré avec son épouse Miyuki l'acteur sud-coréen Lee Seo-jin à Tokyo en septembre dernier (photo Korea Times). De fait, les propositions qu'il a formulées sur la question coréenne sont le fruit d'une politique mûrement réfléchie, sur un dossier qu'il connaît bien pour l'avoir suivi personnellement. Celles-ci sont néanmoins empreintes d'une extrême prudence : l'opinion publique japonaise reste en effet largement hostile à la Corée du Nord. Cette situation s'explique en partie par le militantisme très actif des associations de défense des Japonais enlevés par les services secrets nord-coréens dans les années 1970 et 1980, alors que les Coréens soulignent le bilan beaucoup plus lourd de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), notamment la prostitution forcée des femmes de réconfort.

Alors député,
Yukio Hatoyama avait assisté en 2001 aux obsèques de Han Deok-su, président fondateur de l'Association des résidents coréens au Japon (Chongryon, proche de la RPD de Corée), et il avait visité la RPDC. Il est attendu qu'il s'inscrive dans la continuité de la Déclaration de Pyongyang signée en 2002 lors de la visite en RPDC de Jun'ichirō Koizumi, et qui prévoyait la normalisation des relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée. Le Japon, partie aux pourparlers à six sur la question nucléaire coréenne, reste l'une des rares puissances mondiales (avec les Etats-Unis et la France) à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC.

En septembre 2009, après la victoire électorale du Parti démocrate du Japon (PDJ) ayant conduit à la désignation de Yukio Hatoyama comme Premier ministre, Song Il-ho, ambassadeur nord-coréen pour la normalisation des relations avec le Japon, avait déclaré à l'agence Kyodo :

"Avec une administration dirigée par le Parti démocrate du Japon, nous avons besoin d'avoir un nouveau départ (dans les discussions bilatérales pour un nouvel accord) basé sur l'esprit de la Déclaration de Pyongyang." Bien que le PDJ dispose d'une majorité absolue à la chambre basse, le nouveau gouvernement japonais s'appuie sur une coalition tripartite, comportant également une formation de droite, le Nouveau parti populaire (plus critique que le PDJ vis-à-vis de la RPDC) et le Parti social-démocrate (héritier du Parti socialiste du Japon, et qui a été le principal relais au Japon des positions en faveur de la normalisation des relations diplomatiques nippo-nord-coréennes, après l'entrée des deux Corée aux Nations-Unies en 1991).  

Ayant réservé à la République de Corée (du Sud) sa première visite officielle à l'étranger en tant que Premier ministre, Yukio Hatoyama a détaillé la nouvelle politique coréenne du Japon, fondée sur son projet d'une Communauté d'Asie de l'Est, lors de sa conférence de presse conjointe avec le Président sud-coréen Lee Myung-bak du 9 octobre 2009 (photo ci-dessus Pool/Getty images) :

"Le Japon et la République de Corée ont une importante relation en tant que nations voisines partageant des valeurs communes, et cette relation forme le coeur de la politique asiatique du Japon. En approfondissant notre coopération dans différents domaines, je pense que nous pouvons faire un pas vers la réalisation d'une Communauté d'Asie de l'Est (...). Il reste, bien sûr, plusieurs questions importantes entre la République de Corée et le Japon, mais le nouveau gouvernement japonais est un de ceux qui aura le courage de regarder l'histoire complètement", le nouveau Premier ministre japonais s'inscrivant sur ce point en rupture avec ses prédécesseurs du Parti libéral-démocrate (conservateur) qui, en honorant par leurs visites au sanctuaire de Yasukuni les criminels de guerre japonais de la Deuxième guerre mondiale, avaient soulevé un tollé de protestations dans les pays alors victimes du militarisme japonais, au premier rang desquels la Chine et la Corée.

Ce concept d'une communauté d'intérêts en Asie de l'Est est aussi conçu comme un mécanisme pour garantir la paix dans cette partie du monde, de nature à conduire à des coopérations renforcées avec la RPD de Corée : des garanties économiques et de sécurité pourraient être apportées à Pyongyang en réponse à de premiers gestes de la RPDC, comme l'a déclaré Yukio Hatoyama dans la suite de sa conférence de presse avec le président Lee Myung-bak :
  
"Lors de la réunion de ce jour, nous avons pu parler de la Communauté d'Asie de l'Est et de la question nord-coréenne (...). Des questions comme le programme nucléaire nord-coréen et le développement de missiles balistiques doivent être perçues sous un jour global. Tant que la Corée du Nord n'aurait pas pris des mesures concrètes [conduisant à la résolution de ces questions] et manifesté sa volonté [de rechercher leur résolution], nous ne développerons pas la coopération économique."

La proposition de Communauté d'Asie de l'Est rappelle, dans son principe, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), voire - si l'on intègre sa dimension économique - la réconciliation franco-allemande après 1945 et la construction européenne depuis la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Elle n'est pas non plus éloignée des propositions de règlements de la question nucléaire coréenne esquissées par Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy pour la République populaire démocratique de Corée, dans les 
entretiens qu'il a donnés à la presse à son retour de Corée du Nord.

S'achemine-t-on vers un schéma de réconciliation et de coopération entre le Japon et les deux Corée en Asie du Nord-Est ? S'il est encore trop tôt pour y répondre, le contexte nouveau est historiquement l'un des plus favorables à une telle avancée depuis la libération de la Corée de la colonisation japonaise en 1945. Il n'est pas anodin que, contrairement à la proposition de "grand marchandage" du président sud-coréen Lee Myung-bak qu'elles ont rejetée, les autorités nord-coréennes continuent d'examiner la proposition japonaise de Communauté d'Asie de l'Est, qui suppose cependant le règlement d'autres questions bilatérales.

D'une part, l'opinion publique japonaise et son gouvernement sont extrêmement sensibles à la question des progrès nord-coréens dans les domaines balistique et nucléaire (dont l'opinion publique estime qu'il vise directement l'archipel), tandis que la réouverture par Pyongyang des enquêtes sur les citoyens japonais en RPDC reste attendue, en application de l'accord dit de Shenyang conclu en août 2008, mais non mis en oeuvre après la dégradation des relations bilatérales. D'autre part, la RPDC attend une condamnation claire par le Japon de la colonisation de la Corée, laquelle pourrait aussi donner lieu à des réparations japonaises, tandis que
l'application stricte par Tokyo des sanctions du Conseil de sécurité des Nations-Unies vis-à-vis de la RPDC, ainsi que la question des droits des citoyens nord-coréens au Japon, constituent d'autres dossiers à régler. S'il y a du "grain à moudre" pour le dialogue bilatéral, les sujets de désaccord restent nombreux jusqu'à la normalisation des relations bilatérales Tokyo-Pyongyang et, peut-être, l'accomplissement des premiers pas dans la réalisation d'une Communauté d'Asie de l'Est.

Sources principales : AAFC,
AP, site du Premier ministre du Japon 

Autres articles sur les relations entre la Corée et le Japon, sur les blogs de l'AAFC et de l'AAFC-Bourgogne :

(1) Relations diplomatiques entre les deux Corée et le Japon

-
Yukio Hatoyama, président du Parti démocrate du Japon, prône "le dialogue et la coopération" avec la Corée du Nord (article publié le 23 août 2009)
-
Le plus terrifiant des deux (24 octobre 2008)
-
Dokdo : rappel de l'ambassadeur sud-coréen au Japon (16 juillet 2008)
-
Relations avec Pyongyang : Tokyo allège les sanctions, Paris s'isole (14 juin 2008)
-
Reprise des pourparlers Japon - RPD de Corée (8 juin 2008)
-
Le Japon prolonge de six mois les sanctions contre la Corée du Nord (12 avril 2008)
-
Lee Myung-bak renforce les liens avec le Japon le jour de son investiture
(25 février 2008)

(2) Les Coréens du Japon

-
Un appel de la Chongryon (25 octobre 2009)
-
Han Duk-su, président fondateur de la Chongryon (22 septembre 2009)
-
Les footballeurs coréens du Japon (9 juillet 2009)
-
Les Coréens du Japon, frères ennemis pendant la guerre de Corée (18 juin 2009)
-
La Corée du Nord va aider les écoles de la Chongryon (12 avril 2009)
-
Il y a 50 ans... le rapatriement des Coréens du Japon (18 février 2009)
-
Les Coréens du Japon (8 août 2008)
-
Jong Tae-se, étoile montant du football nord-coréen (24 juin 2008)
-
Solidarité de l'AAFC avec les Coréens du Japon (8 mai 2008)
-
Un architecte coréen du Japon : Itami Jun (21 mai 2008)

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 12:41

A sept jours des élections législatives japonaises qui devraient voir le succès du Parti démocrate du Japon (PDJ, opposition centriste), Yukio Hatoyama, président du PDJ, a déclaré sur le chaîne Fuji TV qu'il était favorable au "dialogue et à la coopération" avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dans un contexte marqué par le réchauffement des relations de Pyongyang avec Washington et Séoul. Cette position tranche avec celle de son prédécesseur à la tête du PDJ, et surtout avec l'intransigeance du Premier ministre sortant, Taro Aso (Parti libéral-démocrate, conservateur).

Alors que les rencontres de Bill Clinton et de Mme Hyun Jeong-eun, présidente de Hyundai, avec Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la RPD de Corée, augurent d'une reprise du dialogue à la fois entre les Etats-Unis et les deux Corée, le Japon ne pouvait pas rester à l'écart des évolutions diplomatiques en Extrême-Orient, au risque sinon d'être marginalisé.

C'est ce qu'a compris Yukio Hatoyama, président du Parti démocrate du Japon (PDJ, opposition centriste), en déclarant sur la chaîne Fuji TV, le 23 août 2009, qu'il encouragerait "le dialogue et la coopération" avec la Corée du Nord, si sa formation remportait les élections législatives du 30 août, comme le lui prédisent les sondages. Yukio Hatoyama a observé que "même le président Obama a commencé à rechercher le dialogue et la coopération". Prudent sur un sujet extrêmement sensible au sein de l'opinion publique japonaise (qui perçoit négativement la Corée du Nord
à une majorité écrasante de 90 %), il n'a toutefois pas exclu la fermeté en cas d'échec du dialogue : "dans la poursuite du dialogue et de la coopération, si la Corée du Nord ne nous écoute pas, nous envisagerons l'adoption de mesures sévères".

Malgré ces nuances importantes, selon des formules qui rappellent celles des
démocrates américains avant l'élection de Barack Obama, la position prise par Yukio Hatoyama tranche singulièrement avec celle de son prédécesseur à la tête du PDJ, Ichiro Ozawa, contraint de démissionner en mai dernier suite à un scandale de corruption. Partisan de la fermeté et des sanctions vis-à-vis de Pyongyang, ce dernier avait prôné le rapprochement avec le président sud-coréen Lee Myung-bak, dans une opposition commune à la Corée du Nord. D'importants débats internes au PDJ sont en effet à prévoir, ce parti n'étant pas une formation homogène. Couvrant un large spectre politique, de la droite au centre-gauche, le PDJ est issu du rassemblement de dissidents du Parti libéral-démocrate (PLD, conservateur), au pouvoir àTokyo pratiquement sans interruption depuis 1945, de diverses autres formations minoritaires de droite, et de la majorité de l'ex-Parti socialiste, qui avait été le relais de la RPDC pour les discussions, infructueuses, entre Tokyo et Pyongyang en vue de l'établissement de relations diplomatiques, au début des années 1990. 

Pour sa part, Yukio Hatoyama, né le 2 février 1947, est l'héritier d'une riche dynastie politique issue des rangs du PLD, parfois comparée aux Kennedy : son père, Iichirō Hatoyama, a été ministre des Affaires étrangères (1976-1977), son grand-père, Ichirō Hatoyama, a été Premier ministreà plusieurs reprises entre 1954 et 1956, notamment pendant la guerre de Corée, son arrière-grand-père, l'ancien samouraï Kazuo Hatoyama, a présidé la Chambre des représentants de 1896 à 1897. Enfin, le frère de Yukio Hatoyama, Kunio Hatoyama (à droite sur la photo, avec son frère Yukio au centre et leur grand-père, l'ancien Premier ministre Ichirō Hatoyama), a détenu plusieurs portefeuilles ministériels, mais dans des gouvernements PLD, entre 2007 et 2009.

Distancé dans les sondages, le Premier ministre sortant Taro Aso a fait de l'hostilité à la Corée du Nord, présentée comme une "menace", l'un de ses chevaux de bataille au cours de sa campagne. Alors que le Japon, qui a colonisé la Corée entre 1910 et 1945, a procédé à une exploitation économique et humaine de la péninsule au profit de l'empire nippon, en recourant en particulier à la 
prostitution forcée des "femmes de réconfort", notamment coréennes, les médias japonais publient régulièrement des reportages sur les enlèvements de ressortissants japonais par des agents nord-coréens dans les années 1970 et 1980.

Bien qu'issu du courant nationaliste du PLD, le Premier ministre Jun'ichirō Koizumi, au pouvoir entre 2001 et 2006, avait recherché une normalisation des relations diplomatiques avec Pyongyang, notamment lors de deux voyages en RPD de Corée, en septembre 2002 et mai 2004. Aux "profonds regrets" exprimés par Jun'ichirō Koizumi sur l'attitude japonaise pendant l'occupation de la Corée avaient répondu les "excuses" du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il pour les enlèvements de ressortissants japonais, avec des garanties que de tels événements ne se reproduiraient pas et que les responsables de ces actes avaient été punis. Si cinq ressortissants japonais enlevés survivants avaient ainsi été autorisés à retourner au Japon, les familles des autres personnes disparues, décédées depuis selon Pyongyang, n'avaient pas été convaincues par les arguments nord-coréens. Elles avaient relancé une campagne médiatique à ce sujet, régulièrement épaulées par les Premier ministres  conservateurs japonais successifs, confrontés à des taux d'impopularité records. Les essais nucléaires nord-coréens d'octobre 2006 et mai 2009 ont ainsi justifié le régime de sanctions contre la RPDC le plus sévère au monde, ayant notamment
visé la minorité nord-coréenne du Japon.

Avec les Etats-Unis et
la France, le Japon reste l'un des derniers pays au monde à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. 

Sources : AAFC,
Bloomberg, wikipédia, Hong Nack-nim, "Japanese - North Korean Relation Under the Koizumi Government", in Young Whan-kihl et Hong Nack-nim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gates Book, New York, 2006, pp. 161-182.

Autres articles sur les relations entre la Corée et le Japon, sur les blogs de l'AAFC et de l'AAFC-Bourgogne :

(1) Relations diplomatiques entre les deux Corée et le Japon

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Le plus terrifiant des deux (article publié le 24 octobre 2008)
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Reprise des pourparlers Japon - RPD de Corée (8 juin 2008)
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(2) Les Coréens du Japon

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Un architecte coréen du Japon : Itami Jun (21 mai 2008)

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 15:00

Le 11 octobre 2008, les Etats-Unis ont décidé de retirer la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme" et la RPDC a repris le processus de désactivation de ses installations nucléaires. Les pourparlers à six pays (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen semblent donc repartis sur de bonnes bases. Mais la décision américaine a aussi provoqué la colère du gouvernement japonais qui entend se servir de ces pourparlers pour régler l'affaire de l'enlèvement de citoyens japonais par des agents nord-coréens au cours des années 1970 et 1980. En avançant des exigences "hors sujet" dans le contexte de négociations sur le nucléaire, le Japon prend le risque d'un nouveau blocage du délicat processus des pourparlers à six tout en semblant ignorer ses propres responsabilités historiques dans la péninsule coréenne.

 

Le 30 septembre 2008, le ministre japonais des Affaires étrangères, Hirofumi Nakasone, a annoncé la prolongation de six mois des sanctions économiques prises par le Japon contre la RPD de Corée. Imposées pour la première fois en octobre 2006 suite à l’essai nucléaire nord-coréen, ces sanctions interdisent notamment l'importation des produits nord-coréens, l'entrée des navires nord-coréens dans les ports du Japon et l’accès du territoire japonais aux citoyens nord-coréens. Depuis 2006, ces sanctions ont été reconduites tous les six mois. Nakasone a justifié cette nouvelle reconduction par le fait que la RPDC était en train de préparer le redémarrage de ses installations nucléaires et refusait d'enquêter sur le dossier de seize citoyens japonais enlevés dans les années 1970 et 1980 par les services de renseignement de la RPDC afin de servir d'instructeurs de langue japonaise ou de fournir de fausses identités aux agents nord-coréens.

Mais, depuis la décision japonaise de prolonger les sanctions, les Etats-Unis ont annoncé, le 11 octobre, le retrait de la RPDC de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme". Le retrait de la Corée du Nord de la liste noire américaine est une avancée essentielle vers l'amélioration des relations entre la RPDC et les Etats-Unis, car il constitue un préalable à la fin de l'application de la "Loi sur le commerce avec les pays ennemis", à la levée de l'embargo, à la transformation de l'armistice de 1953 en un véritable traité de paix et à l'établissement de relations diplomatiques complètes entres les deux pays. Compte tenu de ce réel progrès, la RPDC a repris le processus de désactivation de ses installations nucléaires.

 

Il ne reste donc plus au Japon que l'argument de l'enlèvement de seize de ses citoyens par des agents nord-coréens, un argument suffisant aux yeux du gouvernement japonais pour maintenir les sanctions à l'encontre de la RPDC mais aussi ne pas respecter les engagements pris lors des pourparlers à six. En effet, les accords signés par les six pays les 13 février et 3 octobre 2007 [1] prévoient la fourniture d'une aide énergétique d'un million de tonnes de fioul à la RPDC au titre des compensations économiques pour l'abandon de ses programmes nucléaires. Mais le Japon, qui devait à l'origine assurer la livraison de 200.000 tonnes de fioul, demande d’abord le règlement du dossier des enlèvements. Les autres pays négociant avec la RPDC semblent même résignés à chercher l'assistance d’un autre partenaire que le Japon (peut être l'Australie ou l'Union européenne). 

 

La RPDC accuse donc le Japon de vouloir perturber, voire "torpiller", les pourparlers à six, le journal nord-coréen Rodong Sinmun rappelant que ces pourparlers ne constituent pas une plate-forme de discussion sur la "question des enlèvements" mais sont  bien destinés à trouver une solution à la question du nucléaire dans la péninsule coréenne.

Dès septembre 2002, à l'issue d'un sommet entre le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le dirigeant coréen Kim Jong-il, la RPDC a reconnu l'enlèvement de treize citoyens japonais, un acte pour lequel ce pays a présenté des excuses officielles et promis de punir les coupables. Cinq citoyens japonais enlevés purent retourner au Japon, les huit autres étant décédés. Toutes les enquêtes et les rencontres entre représentants japonais et nord-coréens n'ont pas permis de retrouver la trace d'autres "enlevés".

   

L'enlèvement de citoyens innocents d'un pays par les agents d'un autre pays est parfaitement condamnable et la République populaire démocratique de Corée a présenté des excuses officielles pour cela. Mais depuis près de 500 ans, et spécialement au siècle dernier, les Coréens ont eux-mêmes eu à souffrir de crimes d'une tout autre ampleur perpétrés par les Japonais, sans recevoir la moindre excuse de la part de ces derniers :

En 1592, en l'absence de toute provocation, le Japon, fort d'une armée de 300.000 hommes, envahit la Corée, dévastant la péninsule. Une force navale coréenne, avec à sa tête l'amiral Yi Sun-sin,  parvint à détruire la marine japonaise mais, en 1597, les Japonais revinrent avec la même férocité. Une fois encore, ils furent chassés par l'amiral Yi mais enlevèrent aussi plus de 7.000 civils coréens réduits en esclavage au Japon.

En 1910, le Japon annexa officiellement la péninsule coréenne, début d'un pouvoir colonial qui ne prit fin qu'en 1945. Le 1er mars 1919, des Coréens manifestèrent pacifiquement pour réclamer leur indépendance. Ce mouvement fut impitoyement réprimé par les forces d'occupation japonaises qui tuèrent 7.500 Coréens

Le 1er septembre 1923, Tokyo fut ravagé par un grave séisme. Une rumeur se répandit parmi les Japonais, accusant les résidents coréens d'être à l'origine de pillages et d'incendies. Il s'ensuivit de nombreux massacres de Coréens.  Selon les estimations officielles des autorités japonaises, plus de 6.000 Coréens furent assassinés.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un nombre incalculable de jeunes Coréens furent contraints de travailler dans les usines d'armement, les mines et les chantiers navals du Japon. Après la guerre, beaucoup retournèrent en Corée sans aucune aide du gouvernement japonais. La plupart des Coréens résidant actuellement au Japon sont d'ailleurs les descendants de ces travailleurs forcés et subissent des 
discriminations.
 
 

L'histoire la plus terrible concerne les 200.000 "femmes de réconfort", un euphémisme désignant les Coréennes arrachées à leur pays pour servir d'esclaves sexuelles aux soldats japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Les quelques survivantes peuvent témoigner de ce que les autorités japonaises cherchent encore à nier.

   

En insistant sur la "question des enlèvements" de seize citoyens japonais par des agents nord-coréens, le gouvernement japonais a voulu faire pression sur l'administration et le Congrès des Etats-Unis pour qu'ils ne retirent pas la RPDC de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme", au risque de bloquer des négociations vitales pour la paix en Asie du Nord-Est. Mais, au regard de l'histoire, quel pays est le plus terrifiant ? (sources : KBS, KCNA, Korean American National Coordinating Council)


[1] Le 13 février 2007, aux termes de l'accord intervenu à Pékin à l'issue de négociations à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen, la Corée du Nord s'est engagée à désactiver son programme nucléaire en échange d'une aide énergétique et alimentaire et de garanties de sécurité par les Etats-Unis.
Le 3 octobre 2007, un nouvel accord a été signé par les gouvernements des six pays, concernant le processus de démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes : la Corée du Nord acceptait de démanteler ses trois principales installations nucléaires à Yongbyon avant le 31 décembre 2007, sous la supervision d'un groupe d'experts. Elle s'engageait dans le même temps à donner la liste complète de ses programmes nucléaires en échange d'une aide énergétique équivalente à un million de tonnes de fioul lourd.

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 14:14

Suite à la décision du gouvernement japonais de mentionner, dans les manuels scolaires, que feraient partie de son territoire les îles Dokdo, dont Tokyo conteste la souveraineté coréenne, Séoul a décidé de rappeler son ambassadeur au Japon.

Dès son investiture, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait opéré un
rapprochement spectaculaire vis-à-vis du Japon, avant de se rendre à Tokyo et d'inviter en Corée l'empereur du Japon. Mais la question de la souveraineté des îles Dokdo vient de rappeler les contentieux toujours latents entre les deux Etats.

Dans le cadre des instructions gouvernementales sur les programmes scolaires, déjà empreintes d'un révisionnisme justifiant le militarisme nippon pendant la Seconde Guerre mondiale, Tokyo a informé Séoul que les programmes scolaires devraient désormais présenter les îles Dokdo (en japonais, Takeshima ; nom international, rochers de Liancourt) comme faisant partie du territoire nippon. La Corée du Sud a réagi en rappelant son ambassadeur au Japon.

Inhabitées mais représentant un enjeu pour la délimitation des zones économiques exclusives et les droits sur la pêche en mer, les îles Dokdo sont depuis 1954 sous le contrôle des garde-côtes sud-coréens. Les revendications japonaises sont récentes : c'est en 1905 que Tokyo, dans sa conquête de l'Asie, prend le contrôle des îles, qui ont ainsi été le premier territoire coréen à être annexe par le Japon à l'aube de la brutale colonisation du Pays du matin calme (1910-1945), durant laquelle les Japonais nièrent l'identité nationale coréenne en interdisant l'usage du coréen et en rendant obligatoire l'adoption de noms japonais.

Conformément à la déclaration de Postdam du 26 juin 1945, la souveraineté japonaise a été limitée aux "îles de Honshu, Hokkaido, Kyushu, Shikoku et d'autres petites îles que nous [les Alliés] désignerons". Puis les directives du Commandement Suprême Allié, du 29 janvier 1946, ont explicitement exclu les îles Dokdo du territoire japonais. Mais celles-ci n'ont pas été mentionnées dans le traité de paix signé par le Japon en 1951 : bien que cette omission ne remette pas en cause les textes antérieurs, elle a été utilisée par le Japon pour appuyer sa revendication territoriale des îles Dokdo.

Pour sa part, la République populaire démocratique de Corée considère que les îles appartiennent à la nation coréenne, et elle rejette fermement les demandes du Japon.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 16:52

Alors que le Japon et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'entretiennent pas de relations diplomatiques officielles, les pourparlers en vue de leur normalisation de leurs relations doivent reprendre à Pékin, les mercredi 11 et jeudi 12 juin 2008, après neuf mois d'interruption.

Conjointement à la signature à Pékin de l'accord dans les pourparlers à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon), le 13 février 2007, en vue de la résolution de la question nucléaire nord-coréenne, des discussions se sont ouvertes entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Etats-Unis, d'une part, et le Japon, d'autre part, en vue de la normalisation de leurs relations diplomatiques.

Les discussions nippo - nord-coréennes, suspendues depuis la dernière rencontre bilatérale officielle à Oulan-Bator en septembre 2007, doivent reprendre à Pékin les 11 et 12 juin 2008, suite à une rencontre le samedi 7 juin à Pékin entre Akitaka Saiki, directeur général du Bureau des affaires d'Asie et d'Océanie du ministère japonais des Affaires étrangères, et Song Il-ho, ambassadeur de la RPDC pour les discussions de normalisation des relations avec le Japon.

Après la colonisation japonaise de la Corée de 1910 à 1945, le Japon a établi des relations officielles avec la seule Corée du Sud depuis 1965. Sans s'excuser pour la colonisation, notamment la prostitution forcée des femmes de réconfort, Tokyo a versé indirectement des réparations en contribuant financièrement, à l'instar des Etats-Unis, au développement économique de la Corée du Sud par des investissements massifs.
Le président sud-coréen Lee Myung-bak affiche par ailleurs non seulement un tropisme pro-américain, mais également sa nippophilie. Pour sa part, la Corée du Nord n'a reçu aucun soutien du Japon au titre de la colonisation.

Par ailleurs, le Japon n'a versé aucune des contreparties en énergie prévues dans le cadre de l'accord de Pékin du 13 février 2007,
tout en reconduisant les sanctions prises contre la RPDC après l'essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006.

Une autre pierre d'achoppement est la question du sort des Japonais enlevés par les services secrets nord-coréens dans les années 1970 et 1980 : bien que 5 survivants soient revenus au Japon et que le dirigeant Kim Jong-il ait assuré que les auteurs de ces actions avaient été punis, Tokyo affirme ne pas être convaincu par le décès des autres Japonais enlevés. Le chemin à parcourir est encore long sur la normalisation des relations nippo - nord-coréennes. (Sources : Japan Today, AFP, AAFC)

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 00:05

Le 11 avril 2008, le Japon a prolongé pour six mois les sanctions prises contre la Corée du Nord à l'automne 2006. Des mesures qui traduisent l'alignement de Tokyo sur les néo-conservateurs américains.

Le 11 avril 2008, le gouvernement japonais a décidé de prolonger pour six mois les sanctions prises contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) après l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006. Ces mesures consistent en une fermeture des ports japonais aux navires nord-coréens et en des interdictions des exportations nord-coréennes vers le Japon.

Le gouvernement japonais a justifié la reconduction des sanctions au regard du différend entre les Etats-Unis et la RPDC sur la déclaration complète des activités nucléaires militaires nord-coréennes, la liste remise par Pyongyang en novembre 2007 étant jugée incomplète par Washington.

En fait, parmi les six parties (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon) à l'accord de Pékin du 13 février 2007 sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, le Japon a toujours eu la position la plus fermée. Malgré les progrès enregistrés depuis cette date sur le dossier nucléaire nord-coréen, à aucun moment le Japon n'a levé les sanctions prises en octobre 2006. Le critère de la liste incomplète remise par Pyongyang n'était pas d'actualité il y a six mois, et Tokyo invoque à chaque fois de nouveaux arguments pour justifier la reconduction des sanctions chaque semestre.

Les raisons de politique intérieure sont essentielles : les médias japonais diffusent régulièrement des émissions sur les treize Japonais enlevés par les Nord-Coréens dans les années 1970 et 1980. Bien que cinq d'entre eux, survivants, soient déjà retournés au Japon, et que Pyongyang ait annoncé que des sanctions ont été prises contre ses agents ayant procédé aux enlèvements, le gouvernement japonais refuse de croire Pyongyang lorsque la Corée du Nord annonce que les huit autres Japonais enlevés sont décédés. Alors que les médias japonais mettent en exergue les récits des enlèvements, la brutalité de la colonisation japonaise de la Corée entre 1910 et 1945 est occultée. Le gouvernement japonais refuse toujours, pour sa part, de s'excuser pour la prostitution forcée des femmes de réconfort coréennes pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Il faut par ailleurs tenir compte de l'impopularité du gouvernement japonais de Yasuo Fukuda (selon un sondage conduit les 5 et 6 avril 2008 par Mainichi, seulement 24 % des Japonais approuvent l'action de leur gouvernement). Une situation politique aussi délicate n'incite pas à des mesures d'ouverture vis-à-vis de Pyongyang, qu'une majorité de Japonais pourrait désapprouver.

Alors que le Japon abrite une minorité coréenne de 600.000 personnes, dont plus d'un tiers de Nord-Coréens membres de la Chongryon,  les activités économiques de la Chongryon ont été très fortement entravées par les autorités japonaises. En s'attaquant à la Chongryon, le Japon tarit les flux financiers des Nord-Coréens du Japon vers leur pays. Les sanctions prises contre Pyongyang concourent ainsi à
l'objectif poursuivi par les néo-conservateurs américains : asphyxier financièrement Pyongyang. Alors que le Japon était le troisième partenaire commercial de la Corée du Nord il y a dix ans, les échanges bilatéraux tendent à disparaître.

L'AAFC dénonce vivement la reconduction des sanctions japonaises prises contre Pyongyang, dont l'étendue n'a pas d'équivalent parmi les pays qui étaient au premier rang des partenaires économiques de la Corée du Nord, d'autant plus que ces mesures méconnaissent les progrès enregistrés sur le dossier nucléaire. L'AAFC exprime par ailleurs sa solidarité avec les Coréens du Japon et leurs organisations, victimes de mesures discriminatoires des autorités japonaises. (source : the Associated Press)

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 13:11

La rencontre entre le nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak et le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, le jour même de l'investiture de Lee le 25 février 2008 à Séoul, ouvre la voie à un renforcement des relations bilatérales entre le Japon et la République de Corée (Corée du Sud), malgré les contentieux historiques, politiques et économiques entre les deux pays.

Dès son élection le 19 décembre 2007, le nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak avait manifesté sa volonté de resserrer les liens entre la République de Corée et les Etats-Unis, d'une part, et le Japon, d'autre part.

L'accord avec le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, le 25 février 2008, seulement quelques heures après l'investiture du président Lee, conforte sa volonté de rapprochement avec le Japon :


- des rencontres régulières sont prévues entre les deux dirigeants de l'exécutif, conformément à un accord de 2004 qui était resté lettre morte: le président Lee doit se rendre au Japon en avril, tandis que Yasuo Fukuda visiterait la Corée du Sud au second semestre de l'année 2008;

- dans le domaine économique, la levée des barrières tarifaires entre les deux pays doit renforcer leurs échanges économiques, alors que les modalités d'ouverture des marchés agricoles avaient bloqué les négociations, fin 2004, en vue d'un accord de libre-échange;


- au plan stratégique, le Japon et la Corée du Sud partagent certes l'objectif d'un abandon par la Corée du Nord de son programme nucléaire militaire, mais ils ont jusqu'ici adopté des positions divergentes dans les discussions multilatérales à six (les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie) pour résoudre cette question : parmi les cinq Etats négociant avec la Corée du Nord, le Japon a eu l'attitude la plus intransigeante vis-à-vis de Pyongyang.


undefinedEnfin, un important contentieux territorial demeure : situées en mer de l'Est, les îles Dokdo (nom international : rochers de Liancourt), inhabitées mais contrôlées de fait par les gardes-côtes sud-coréens, sont revendiquées par le Japon qui les appelle Takeshima.

Les différends entre Sud-Coréens et Japonais trouvent largement leur origine dans la colonisation japonaise de la Corée, entre 1910 et 1945 : la politique d'assimilation des Coréens par les Japonais (jusqu'à l'interdiction des noms coréens), et la prostitution des "femmes de réconfort" sud-coréennes par les soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, ont conduit les Coréens à exiger des excuses du gouvernement japonais.

Après la capitulation japonaise en 1945, il faudra attendre vingt ans pour que le traité du 22 juin 1965 normalise les relations entre le Japon et la Corée du Sud, malgré les vives protestations de l'opinion publique coréenne... dont celle de Lee Myung-bak, alors étudiant, emprisonné plusieurs mois pour avoir manifesté contre l'accord de 1965.


Le traité de 1965 prévoyait le versement non pas de réparations de guerre, mais d’une assistance japonaise au développement de la Corée d'un montant de trois cents millions de dollars, auxquels s’ajoutaient cinq cents millions de dollars de prêts bancaires.

Rue commerçante à Pyongyang, pendant l'occupation japonaise de la Corée


L'accord du 25 février 2008 témoigne à nouveau de la priorité des dirigeants sud-coréens au développement des relations économiques avec le Japon, en mettant au second plan les sujets politiques. Lee Myung-bak a précisé qu'il se concentrerait sur l'avenir des relations nippo-sud-coréennes et ne demanderait pas de nouvelles excuses au Japon pour la colonisation de la Corée.

Symboliquement, cet accord est intervenu le jour de l'investiture du nouveau chef d'Etat sud-coréen. La levée des barrières douanières est par ailleurs conforme aux orientations économiques libérales du président Lee, malgré les vives protestations des paysans sud-coréens contre l'ouverture du marchés agricole à la concurrence internationale.  
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