(Article mis à jour le 11 août 2011, à 00h05) Le 10 août 2011, des tirs d'artillerie sont intervenus à proximité de la Ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) qui sépare les deux Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune). Les circonstances ne sont pas claires : la Corée du Sud a affirmé, par la voix de son ministère de la Défense, avoir procédé à des tirs en riposte après qu'un des tirs d'obus nord-coréens qu'elle dit avoir entendus est tombé au Sud de la NLL, tandis que d'autres sources sud-coréennes font état d'un obus qui aurait « presque » atteint cette ligne... Pour sa part, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a démenti avoir procédé à des tirs d'artillerie : les détonations entendues correspondraient à l'utilisation d'explosifs pour des travaux de construction. La Corée du Nord dénonce une provocation de la Corée du Sud, qui s'engage une nouvelle fois dans des exercices militaires de grande ampleur, conjoints avec les Etats-Unis, et vivement critiqués par la Corée du Nord. Toujours selon Séoul, ses tirs n'auraient - évidemment - pas atteint la NLL, qui apparaît donc comme une « frontière » que la Corée du Sud et son allié américain veulent défendre coûte que coûte, malgré son caractère contestable. Eclairage.
Ce mercredi 10 août 2011, la Ligne de limite nord (Northern Limit Line, NLL) a montré qu'elle reste une zone d'extrême tension, comme l'avaient rappelé les tirs d'artillerie du 23 novembre 2010 sur l'île de Yeonpyeong. Fixée unilatéralement par l'armée américaine en 1953 pour délimiter le Nord et le Sud de la Corée en mer de l'Ouest (mer Jaune), la NLL est refusée par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Les Etats-Unis réaffirment quant à eux régulièrement leur engagement à défendre cette « frontière » maritime aux côtés de leurs alliés sud-coréens, y compris en organisant des manoeuvres militaires d'envergure à proximité de cette zone dangereuse. Mais les responsables de l'administration américaine savent que la NLL est légalement indéfendable, au moins depuis le début des années 1970.
Interrogé sur l'avis de l'administration américaine quant à la NLL en 2010 après les affrontements de Yeonpyeong, le porte-parole du département d'Etat Philip Crowley avait préféré renvoyer vers les responsables militaires. C'est donc le colonel Jonathan Withington, porte-parole du Commandement des Nations Unies et des forces américaines en Corée du Sud, qui a répondu que la NLL ne devrait pas être renégociée car elle est « une mesure de surveillance militaire mise en place pour prévenir un conflit armé ». Le colonel Withington a ajouté : « Des actes hostiles tels que le torpillage du Cheonan et l'attaque de l'île de Yeonpyeong par la Corée du Nord, qui ont tous les deux eu lieu au sud de la NLL, constituent clairement de graves violations de l'accord d'armistice. »
Pourtant, « en cas d'arbitrage, la décision serait probablement de déplacer la ligne plus au sud », estime Mark J. Valencia, juriste maritime et chercheur au think tank National Bureau of Asian Research.
Une note rédigée par la CIA en juin 1953 révèle que, un mois avant l'armistice de la Guerre de Corée, le président sud-coréen Syngman Rhee refusait d'envisager une trêve. Dans ses mémoires parues en 1954, Du Danube au Yalu, le général Mark W. Clark, commandant en 1953 les forces des Nations Unies en Corée, décrit Syngman Rhee comme une « mèche allumée conduisant à un baril de poudre ». Mais si le Sud voulait poursuivre la guerre, celle-ci était devenue impopulaire aux Etats-Unis et Clark avait reçu du président américain Eisenhower l'ordre de rechercher une « paix honorable ».
C'est dans ce contexte que, selon certains spécialistes, la Ligne de limite nord a été tracée par le général Clark et ses collaborateurs, la « frontière » maritime de la mer de l'Ouest étant initialement destinée à empêcher la Corée du Sud de perturber l'armistice mettant fin aux combats de la Guerre de Corée. C'est notamment l'avis de Narushige Michishita, professeur associé à l'Institut national universitaire d'études politiques de Tokyo et de Larry Niksch, ancien spécialiste des affaires asiatiques au Service de recherche du Congrès des Etats-Unis. Pour Niksch, « il y avait des inquiétudes quant au président Rhee et à ce qu'il pourrait faire ». Mais, rappelle Michishita, la Corée du Nord n'a pas pas été consultée sur le tracé de la NLL.
La Ligne de limite nord serpente donc le long de la presqu'île nord-coréenne d'Ongjin, en laissant cinq îles sous le contrôle de la Corée du Sud : Baengnyeong, Daecheong, Socheong, Yeonpyeong, et U. Mais, et c'est peut-être le plus important, l'accord d'armistice du 27 juillet 1953 ne mentionne à aucun moment le tracé de la « frontière » inter-coréenne en mer de l'Ouest. Ce tracé ne figure sur aucune carte établie par les Nations Unies à cette époque.
En 1953, Clark a fixé la ligne de partage entre le Nord et le Sud selon la règle des 3 milles marins (5,56 kilomètres) qui était le standard à l'époque. Aujourd'hui, presque tous les pays, y compris les deux Corée, utilisent la règle des 12 milles marins (22,22 kilomètres). En suivant la règle des 12 milles marins, les cinq îles de l'ouest administrées par la Corée du Sud – dont l'île de Yeonpyeong – se trouvent en territoire nord-coréen. Actuellement, l'île la plus éloignée administrée par la Corée du Sud en mer de l'Ouest – l'île de Baengnyeong, à proximité de laquelle a coulé la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars 2010 - se situe à 160 kilomètres d'Incheon, le grand port sud-coréen le plus proche...
Rien qu'entre octobre et novembre 1973, vingt ans après avoir été tracée, la Ligne de limite nord aurait été franchie à 43 reprises par des navires nord-coréens, selon un bilan établi par la Marine sud-coréenne. Le Nord déclarait alors opérer dans ses propres eaux territoriales et considérait la NLL comme non valide. Cette revendication était rejetée par le Commandement des Nations Unies - dirigé par les Etats-Unis -, mais des télégrammes diplomatiques aujourd'hui déclassifiés révèlent que l'administration américaine s'est alors beaucoup inquiétée de la légalité de la limite fixée entre les deux Corée en mer Jaune et de l'attitude à adopter vis-à-vis de l'allié sud-coréen dans cette affaire.
Ainsi, le 18 décembre 1973, l'ambassadeur américain à Séoul Francis Underhill écrivait dans un câble adressé à Washington que beaucoup de pays pourraient considérer que la Corée du Sud et les Etats-Unis « ont tort » en cas d'incident dans les zones frontalières disputées.
Le 22 décembre 1973, un message adressé conjointement par les départements d'Etat et de la Défense à l'ambassade américaine à Séoul disait que la Corée du Sud « se trompe si elle suppose que nous [les Etats-Unis]nous joindrons à une tentative d'imposer la NLL » à la Corée du Nord.
Le 28 février 1975, le secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger reconnaissait dans un télégramme diplomatique que la Ligne de limite nord « a été fixée de manière unilatérale et n'a pas été acceptée par la Corée du Nord ». Et d'ajouter : « Dans la mesure où [la NLL] consiste en une division unilatérale des eaux internationales, elle est clairement contraire à la loi internationale. »
La RPDC a justifié ses tirs d'artillerie du 23 novembre 2010 contre l'île de Yeonpyeong en déclarant qu'il s'agissait d'une riposte aux obus tirés par la Corée du Sud dans des eaux revendiquées par le Nord. « Yeonpyeong est située loin à l'intérieur des eaux territoriales » de la RPDC, affirmait ainsi l'agence nord-coréenne KCNA le 24 novembre 2010.
Deux jours plus tard, le président américain Barack Obama condamnait l'attaque « non provoquée » lancée par le Nord et déclarait que les Etats-Unis se tenaient aux côtés du Sud.
Le président sud-coréen Roh Moo-hyun (2003-2008) voulait réduire la présence militaire sur les îles situées en mer de l'Ouest afin de réduire les tensions dans cette zone, dans l'esprit de la Déclaration Nord-Sud du 4 octobre 2007. Prenant une fois de plus le contre-pied de la politique de rapprochement inter-coréen menée par ses prédécesseurs, le président Lee Myung-bak a donné l'ordre de faire des cinq îles de la mer de l'Ouest une « forteresse militaire ».
Pour défendre une frontière jugée illégale depuis plus de 30 ans, le ministère sud-coréen de la Défense débloquera en 2011 plus de 200 millions d’euros destinés à renforcer son arsenal militaire en mer de l'Ouest. L’armée sud-coréenne prévoit de déployer des armes de pointe et des troupes supplémentaires sur les cinq îles qui s'y trouvent. Ce projet s’inscrit dans le budget de la défense 2011, en hausse de plus de 6%, voté par l'Assemblée nationale sud-coréenne le 8 décembre 2010.
Sources :
« Nouvel échange d'artillerie entre les deux Corée », Metro France, 10 août 2011 (dont photo AFP : exercices militaires de la marine sud-coréenne, mars 2010).
« La Corée du Nord dément des tirs d'artillerie près de la frontière », in Romandie News, 11 août 2011
Chico Harlan, "North, South Korea exchange fire along disputed border", Washington Post, 10 août 2011.
Daniel Ten Kate, Peter S. Green, "Defending Korea Line Seen Contrary to Law by Kissinger Remains U.S. Policy", Bloomberg, 17 décembre 2010.
« Séoul renforce ses capacités militaires en mer Jaune », KBS, 9 décembre 2010.
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Lors d'une réunion régionale du comité olympique à Tokyo le 13 juillet 2011 - qui marquait par ailleurs une rare visite de fonctionnaires nord-coréens au Japon - Jang Ung, responsable du comité olympique de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et membre du CIO (
Ce samedi 18 juin 2011 un Airbus de la compagnie sud-coréenne Asiana Airlines descendait sur l'aéroport de Incheon-Séoul, avec à son bord 119 passagers et membres d'équipage en provenance de Chengdu en Chine, lorsque deux soldats de la marine sud-coréenne ont ouvert le feu pendant dix minutes, en utilisant des fusils d'assauts K-2. L'appareil n'a heureusement pas été touché, car il était hors de portée des tirs. Toujours selon l'agence officielle sud-coréenne Yonhap citant des sources militaires anonymes, les Marines sud-coréens auraient pris l'Airbus de la compagnie Asiana pour un avion militaire nord-coréen.
Dans une réunion qui s'est tenue au parc Imjingak, près de la frontière avec la Corée du Nord, Sohn Hak-kyu, leader de la principale formation d'opposition, le Parti démocrate, a appelé les autorités nord et sud-coréennes à organiser un nouveau sommet intercoréen.
En mai 2011, des réservistes sud-coréens ont utilisé comme cibles pour leurs exercices de tirs des photos des dirigeants nord-coréens. Les faits se sont produits dans des centres d'entraînement de l'armée, qui a donc cautionné des actes de dénigrement de la RPD de Corée qui restaient jusqu'ici l'apanage des seuls activistes d'extrême-droite, que le gouvernement Lee Myung-bak s'est toujours refusé à interdire - contrairement à certaines manifestations de gauche. Une attitude qui révèle une inquiétante conception de la liberté d'expression, puisque si des soldats sud-coréens peuvent manifestement, en toute impunité, mettre gravement en cause un Etat étranger et ses dirigeants, plusieurs dizaines d'autres officiers sud-coréens sont, eux, menacés de poursuites pour s'être inscrits sur un forum de discussion classé pro-Nord par les autorités sud-coréennes.
Refus du président sud-coréen Lee Myung-bak de recevoir Jimmy Carter et trois anciens chefs d'Etat et de gouvernement, qui ont dû se contenter de rencontres avec le ministre sud-coréen des Affaires étrangères et le 

Le gouvernement sud-coréen a réfuté entièrement ces affirmations qu’il juge « sans fondement », préférant ne pas y répondre.
Le 6 avril 2011, le gouvernement sud-coréen a proposé la tenue d'une nouvelle session de discussions avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur la recherche volcanique, en proposant une réunion le 12 avril dans la ville nord-coréenne de Kaesong. Les négociations ont été engagées le mois dernier, sur la proposition de Pyongyang. Une première rencontre a eu lieu le 29 mars dans la ville sud-coréenne de Munsan, où une délégation nord-coréenne de 13 membres conduite par Yoon Yong-geun a rencontré 4 géologistes sud-coréens.
Le chef de la diplomatie sud-coréenne a affirmé devant la presse que l'offre de Pyongyang est "insuffisante et ne correspond pas à la position des autres parties qu'il faut créer les justes conditions d'un dialogue". Mais cette affirmation péremptoire ignore les positions d'au moins deux des autres Etats parties aux pourparlers à six, puisque l'offre de dialogue de la RPDC est précisément le résultat des discussions russo-chinoises, puis des échanges entre les officiels nord-coréens et le représentant russe en visite à Pyongyang, le vice-ministre des Affaires étrangères Alexei Borodavkin.
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