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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 19:57

Moon-Jae-in.jpgA un peu plus d'un an de l'élection présidentielle sud-coréenne de décembre 2012, à laquelle le président sortant Lee Myung-bak ne peut pas se représenter, le paysage politique à Séoul a évolué ces dernières semaines avec une percée des intentions de vote pour les candidats progressistes. Si le Grand parti national (GPN, conservateur) au pouvoir a essuyé une série de revers électoraux, il compte sur la nostalgie chez une partie des plus anciens de l'ère du général Park Chung-hee - dont le coup d'Etat en 1961 a mis en place un des régimes les plus autoritaires de l'histoire de la Corée, mais dont la présidence a aussi coïncidé avec le décollage économique de la Corée du Sud - pour faire élire sa fille, Park Geun-hye, au scrutin présidentiel de l'an prochain. Toutefois, le principal atout des conservateurs serait une division de l'opposition, qui se cherche aujoud'hui un chef de file incontesté. A cet égard, l'ascension récente de Moon Jae-in peut être de nature à changer la donne.

 

Qui sera le prochain chef de l'Etat en Corée du Sud ? A un peu plus d'un an du scrutin présidentiel qui se tiendra à la fin de l'année 2012, pour une entrée en fonctions deux mois plus tard, le suspense est d'autant plus grand à Séoul que les précédentes élections ont réservé des surprises - à commencer par l'élection en 2002 du démocrate Roh Moo-hyun, qui semblait hors course quelques mois plus tôt mais avait réussi à surmonter son handicap en menant notamment une campagne efficace auprès des jeunes, en général peu politisés en Corée du Sud.

 

Park Geun HyeLe camp conservateur sait pouvoir compter sur l'appui de l'armée, des églises (protestantes) et de la quasi-totalité des grands médias, en dépit de l'usure de quatre ans de pouvoir au cours desquels le président Lee Myung-bak a ruiné le dialogue intercoréen et fait peser un lourd climat sur la liberté d'expression, alors que les inégalités économiques, sociales et d'accès à l'éducation n'ont jamais été aussi importantes. La favorite de la droite est Park Geun-hye, la fille du très autoritaire général Park Chung-hee qui a gouverné la Corée du Sud d'une poigne de fer entre 1961 et 1979. Après l'assassinat de sa mère, Park Geun-hye avait servi comme première dame. Elle avait échoué de peu en 2007 face au président actuel, lors de l'élection primaire interne au camp conservateur.

 

Oh_se_hoon20100720.jpgLe paysage est aujourd'hui d'autant plus dégagé à droite pour Mme Park Geun-hye que le jeune et ambitieux maire de Séoul, Oh Se-hoon, qui ne dispose par ailleurs d'aucune majorité dans son propre conseil municipal, a déclaré renoncé à se présenter. Il a été récemment mis en cause pour avoir diminué le budget municipal de prévention des dégâts des eaux, alors que la péninsule coréenne a été frappée par les plus lourdes inondations depuis 1945.

 

L'opposition détient aujourd'hui la clé du scrutin, pour peu qu'elle parvienne à surmonter ses divisions et à affirmer sa crédibilité. Le front uni présenté lors des dernières élections partielles du 27 avril 2011 pourrait ainsi présager d'un soutien de la gauche au principal candidat de l'opposition, dont les formations les mieux représentées au Parlement se positionnent au centre et au centre-gauche. La gauche est elle-même divisée entre deux principales formations, dont la plus importante, le Parti démocratique du travail (PDT), est la plus favorable à Pyongyang. Mettant l'accent sur les questions sociales et de société, le Nouveau parti progressiste (NPP) a quitté le PDT après l'échec à la présidentielle de 2007 (moins de 4 % des voix), dont le mode de scrutin - uninominal à un tour - a jusqu'à présent toujours marginalisé les candidats de gauche. Mais les voix réalisées par la gauche peuvent peser lourd en cas d'élection présidentielle serrée. Aujourd'hui, le PDT et le NPP s'orientent vers des candidatures communes aux prochains scrutins, la concurrence ayant entraîné la dispersion des voix de gauche (9 % lors des élections législatives d'avril 2008, dont 6 % pour le PDT et 3 % pour le NPP, revenu au Parlement à l'occasion des élections législatives partielles du 29 avril 2009, avec l'élection à Ulsan de Cho Seung-soo).

 

Sohn_Hak_Kyu_2010.jpgElu député sur un siège détenu par le GPN lors d'une des législatives partielles d'avril 2011, le président du Parti démocrate (PD, principal parti d'opposition), Sohn Hak-kyu, s'est alors hissé à la deuxième place des sondages pour la présidentielle de 2012, mais toujours loin dernière Park Geun-hye. Né le 22 novembre 1947, ancien gouverneur de la province de Gyeonggi, M. Sohn est un orateur brillant, mais qui souffre de son image de transfuge après avoir quitté le GPN à la veille des élections présidentielles de 2007, en désaccord sur la politique nord-coréenne du GPN. Il avait fini second de la primaire interne au camp démocrate lors de la présidentielle de 2007. Conscient du handicap que peut constituer son profil centriste, surtout si la gauche devait soutenir une candidature commune à laquelle elle prendrait part, mis en cause sur sa position vis-à-vis de l'accord de libre échange avec l'Union européenne dont il n'a pas voté la ratification, Sohn Hak-kyu a mis l'accent sur la nécessaire amélioration des relations Nord-Sud, en se prononçant notamment pour une co-organisation avec la Corée du Nord des Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang. Les JO de Pyeonchang se tiendront au début de l'année 2018, à la fin du mandat du président qui sera élu en décembre 2012.

 

Rhyu-Si-Min-621x321.jpg

Rhyu Si-min, ancien ministre de la Santé et de la protection sociale du Président démocrate Roh Moo-hyun, est l'un des principaux fondateurs du Parti pour la participation du peuple (PPP), formé de dissidents du PD dont beaucoup ont été des proches du Président Roh Moo-hyun. Ecrivain engagé à gauche avant de rallier le centre-gauche, Rhyu Si-min a gagné en popularité suite à l'émotion suscitée par le suicide du Président Roh. Mais le PPP reste une formation mineure, et M. Rhyu a échoué à faire la différence lors des campagnes électorales auxquelles il a participé, soit directement lors des élections régionales dans le Gyeonggi-do en juin 2010, soit en s'engageant derrière Lee Bong-soo, engagé en avril 2011 dans un bras-de-fer difficile face au GPN à Gimhae.

 

600px-Han_Myeong_Sook_2006.pngLes autres candidats jusqu'ici testés dans les sondages pour le camp démocrate apparaissent en retard sur Sohn Hak-kyu et Rhyu Si-min. Une femme, Han Myeong-sook, a été Premier ministre de Roh Moo-hyun entre avril 2006 et mars 2007. Militante pour la démocratie, elle a été emprisonnée entre 1979 et 1981 suite à des aveux obtenus sous la torture. Après avoir échoué de peu dans la conquête de la mairie de Séoul en juin 2010, elle vient d'être acquittée dans une affaire de corruption que l'opposition considère avoir été montée par le GPN pour tenter de la discréditer : l'épreuve subie par Mme Han la fortifie en tant que candidate potentielle.

 

Chung_dong_young.jpgUn come back semble aujourd'hui improbable pour l'ancien candidat démocrate à l'élection présidentielle de 2007, Chung Dong-young. Après avoir été élu député en avril 2009 lors d'une élection partielle à Deokji, où il avait concouru comme indépendant face à un candidat du PD, le télégénique Chung Dong-young a rejoint le PD après son élection. Ancien ministre de la Réunification, soutien fervent de la "politique du rayon de soleil" d'ouverture du Nord des anciens présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, il a toutefois échoué à prendre la direction du PD après l'avoir été intégré, ayant été battu par Chung Sye-kyun.

 

Dans ce paysage jusqu'ici assez stable, les dernières semaines ont vu la montée en puissance de Moon Jae-in, ancien directeur de cabinet du Président Roh Moo-hyun, sur fond de progression des intentions de vote en faveur des candidats progressistes. Président de la Fondation Roh Moo-hyun, artisan de l'union des forces d'opposition, notamment à Pusan, deuxième ville du pays qui est traditionnellement un bastion du GPN et dont les voix compteront lors des prochains scrutins, Moon Jae-in a été en pointe dans le combat contre la réforme des médias engagée par le GPN. Tout en refusant aujourd'hui de se déclarer candidat, il se classe dorénavant troisième dans les enquêtes d'opinion pour la présidentielle, encore loin derrière Park Geun-hye, mais au coude-à-coude avec Sohn Hak-kyu, et ayant pour la première fois dépassé Rhyu Si-min dans un sondage récemment publié.

 

Les enquêtes d'opinion en Corée du Sud pour l'élection présidentielle testant l'ensemble des candidats potentiels (ce qui n'est du reste pas absurde, compte tenu des fréquentes dissidences sur tout l'échiquier politique, de gauche à droite, lors de chacun des précédents scrutins), il convient, pour avoir une image plus réelle de l'état des forces, d'additionner les intentions de vote dans chaque camp. A cette aune, pour la première fois en juin 2011, le total des voix des candidats progressistes (PD et NPP) a été équivalent à celui de Park Geun-hye, montrant les chances de l'opposition de succéder à un GPN impopulaire. A cet égard, les élections législatives du printemps 2012 seront un test et une chance pour l'opposition, ce mode de scrutin étant plus susceptible de lui conférer une majorité que l'élection présidentielle, très personnalisée. Et peut-être d'offrir une rampe de lancement au candidat qui portera ses couleurs en décembre 2012.

 

Sources : AAFC, Asian Correspondent (dont photo).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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