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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 00:00

 

Alors qu'on vient de célébrer le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, presque rien n'est dit sur le mur qui divise la Corée depuis que, en 1945, un officier de l'armée des Etats-Unis traça une ligne le long du 38eme parallèle pour délimiter les zones d'influence américaine et soviétique dans la Corée libérée de l'occupation japonaise. Cette division fut encore aggravée avec l'établissement d'une  ligne de démarcation militaire en application de l'accord d'armistice à la fin de la guerre de Corée en 1953. Cette ligne traverse la zone démilitarisée (DMZ), no man's land long de 240 km et large de 4 km entre les deux Corée. La ligne de démarcation fut plus tard doublée, au sud, d'une véritable muraille de béton édifiée entre 1977 et 1979 par les forces américaines. Ce mur haut de 5 m et épais de 3 à 10 mètres coupe concrètement la péninsule coréenne en deux pour parer à une prétendue « menace d'invasion venue du Nord ». Pendant que, en novembre 1989, le Mur de Berlin était abattu sous les applaudissements, le Mur de Corée était donc bien debout. A cette même époque, pour briser le silence entourant la division de la Corée et l'occupation de son pays par des forces étrangères, l'étudiante sud-coréenne Rim Su-kyong, surnommée « la Fleur de la Réunification », brava toutes les interdictions pour aller en Corée du Nord. Emprisonnée à son retour en Corée du Sud, une vaste mobilisation internationale permit de la libérer.


Malgré la Loi de sécurité nationale qui interdit aux citoyens de Corée du Sud de se rendre en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sans autorisation préalable du gouvernement sud-coréen, Rim Su-kyong, alors âgée de  22 ans, déléguée de l'Alliance nationale des conseils étudiants de Corée du Sud (Chondaehyop), participa au 13eme Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, qui réunit du 1er au 8 juillet 1989, à Pyongyang, 22 000 personnes venues de 177 pays.


Pour déjouer les services secrets sud-coréens, elle avait dû passer par le Japon, Berlin-Ouest et Berlin-Est avant d'atterrir à l'aéroport Sunan de Pyongyang le 30 juin 1989. Là, d'une voix tremblante d'émotion, la jeune femme commença par adresser ces mots à la foule immense venue l'accueillir:


« Je suis Rim Su-kyong, étudiante en dernière année au département de français de l'Université Hanguk des Langues étrangères, en Corée du Sud. Je suis venue au Festival en tant que déléguée de la Chondaehyop. Cela m'a pris dix jours pour venir ici, voyageant au total pendant 24 heures par avion, alors qu'il ne faut que quatre heures de voiture pour parcourir la distance qui nous sépare. La Chondaehyop participera au festival de Pyongyang. La jeunesse et les étudiants du Nord et du Sud, unis, parviendront à tout prix à la réunification du pays !»


Plus tard, devant les journalistes, Rim Su-kyong ajouta :


« J'ai fait un long voyage pour venir car je pensais qu'un million d'étudiants et 40 millions de gens de Corée du Sud devraient venir ici par tous les moyens. Dès mon arrivée, en vous voyant m'accueillir de manière aussi chaleureuse, et même en pleurant, je me suis sentie vraiment fière d'être venue à vous, comme une de vos compatriotes. Quand je rentrerai chez moi, je ne passerai pas par d'autres pays, mais j'irai en Corée du Sud en passant par Panmunjom, prête à mourir s'ils ne me permettent pas de passer. »


Après le Festival, Rim Su-kyong se rendit donc à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée, avec d'autres marcheurs d'une trentaine de nationalités. Partie le 21 juillet 1989 du mont Paektu, à la frontière sino-coréenne, cette marche pacifique avait pour but d'atteindre le mont Halla, sur l'île de Jeju, partie la plus au sud de la Corée. Les marcheurs atteignirent Panmunjom le 27 juillet, exactement au 36eme anniversaire de la signature du cessez-le-feu de la guerre de Corée. Là, dans ce qui est appelé la « zone de sécurité conjointe » (Joint security Area, JSA), seule une bande de ciment, haute de 7 cm et large de 40 cm, marque la limite entre les deux Corée. « En franchissant la ligne de démarcation pour rejoindre mon foyer, je veux briser symboliquement la barrière artificielle qui déchire depuis quarante ans le peuple coréen », expliqua Rim Su-kyong. Mais les marcheurs ne furent pas autorisés à entrer en Corée du Sud, les autorités de Séoul ayant prévenu qu'elles s'opposeraient par la force à leur passage.


Ce même 27 juillet, à la demande de l'Association des prêtres catholiques pour la justice en Corée (APCJ), le père Moon Kyu-hyun rejoignit Rim Su-kyong (elle-même de confession catholique) pour garantir sa sécurité au moment de rentrer en Corée du Sud. Pour protester contre l'interdiction d'entrer en Corée du Sud, appeler au retrait des troupes américaines et exiger la signature d'un véritable traité de paix dans la péninsule coréenne, Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun menèrent une grève de la faim du 27 juillet au 1er août 1989.


Le 15 août 1989, 44eme anniversaire de la Libération de la Corée, Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun décidèrent d'emjamber la bande de ciment symbolisant la division de leur pays. C'était un geste inédit depuis l'établissement de la DMZ en 1953. Dès qu'ils posèrent le pied en Corée du Sud, Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun furent arrêtés. Affaiblie par ses cinq jours de grève de la faim, Rim Su-kyong fut envoyée à l'hôpital universitaire de Séoul pour y subir des examens. Le 18 août, elle fut arrachée de son lit par des agents des services de contre-espionnage sud-coréens et conduite dans un centre de l'Agence pour la sécurité nationale pour y être interrogée.

 

Face à l'attitude courageuse de l'étudiante, les autorités sud-coréennes ne reculèrent devant rien. Elles obtinrent - par quels moyens ? - que le propre père de Rim Su-kyong condamne publiquement sa fille, affirmant qu'elle est folle. La direction de la Chondaehyop dut, elle, entrer dans la clandestinité. 

 

En février 1990, pour avoir ainsi enfreint la Loi de sécurité nationale, Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun furent condamnés, respectivement, à dix ans et huit ans de prison. En juin de la même année, un premier appel, pointant des irrégularités dans leur procès, permit de réduire leur peine à cinq ans. Mais, en septembre, un autre appel fut rejeté par la Cour suprême sud-coréenne qui statua que, si une loi récente avait bien levé certaines restrictions quant à la coopération inter-coréenne, cela ne s'appliquait pas à Rim Su-kyong et au père Moon car « leur visite [en Corée du Nord] n'était pas propice à l'amélioration de la coopération Nord-Sud ».


Le sort de Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun émut le monde entier, déclenchant une vaste campagne de mobilisation en leur faveur.

 

En France, dès le 25 septembre 1989, le député Louis Pierna posa une question au gouvernement, rappelant notamment que le seul crime de Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun était « d'avoir séjourné quelques jours en Corée du Nord lors du festival mondial de Pyongyang, d'avoir bravé les interdits imposant à la Corée une séparation en deux Etats soutenue notamment par les Etats-Unis qui maintiennent en Corée du Sud une armée de plus de 43 000 hommes. »


« II serait tout à fait inadmissible que la volonté de Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun d'attirer l'attention internationale sur les conséquences de la coupure de la Corée se termine par une tragédie pour les intéressés dans l'indifférence des pays développés et notamment celle du pays de la Déclaration des droits de l'homme », concluait le député Pierna.


Dans sa réponse datée du 25 novembre 1989, alors qu'un mur venait de tomber à Berlin, le ministère français des Affaires étrangères dit « [ne pas pouvoir] se prononcer sur les motifs des incarcérations [de Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun] sur lesquels il ne dispose pas d'éléments suffisants », ne pouvant « que déplorer, dans ce cas comme dans d'autres, les restrictions apportées aux déplacements des hommes et des femmes qui souhaitent quitter leur pays ou le rejoindre ». Le ministère des Affaires étrangères ajoutait que « le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats interdit au Gouvernement français d'intervenir directement auprès des autorités sud-coréennes . De plus, une intervention n'apporterait aucune solution aux difficultés de circulation entre les deux Corée ».

 

Force est de constater que le gouvernement français n'a pas toujours fait preuve de la même volonté de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un autre Etat, en particulier dans ses réponses aux questions de l'AAFC sur les raisons de la non reconnaissance de la RPDC par la France...  La visite du président sud-coréen Roh Tae-woo, prévue en France au début du mois de décembre 1989, n'était sans doute pas  étrangère à l'extrême prudence de la réponse du gouvernement français. A Paris, pendant que ceux qui oeuvraient à la coopération entre les deux parties de la Corée et à la réunification étaient pourchassés, le président sud-coréen put ainsi déclarer, le plus sérieusement du monde, que « l'aspiration des hommes à plus de liberté et de bonheur est en train de renverser un mur qui divisait le grand village qu'est notre planète ».

 

Le Comité international de liaison pour la réunification et la paix en Corée (CILRECO, auquel est affiliée l'Association d'amitié franco-coréenne) lança une pétition internationale pour la libération de Rim Su-kyong et de Moon Kyu-hyun, signée par diverses personnalités, parmi lesquelles Hugues Auffray, Jean Ferrat, Gilles Perrault, Catherine Ribeiro, Siné...  

 

Lors de la réunion de l'automne 1990 de la Conférence épiscopale, les évêques sud-coréens décidèrent d'envoyer une lettre au président Roh Tae-woo, demandant la libération du père Moon, de Rim Su-kyong et de tous les prisonniers politiques afin de créer une atmosphère de réconciliation ne pouvant que faciliter la réunification de la Corée. Les évêques sud-coréens étaient pourtant réputés s'opposer sur un certain nombres d'initiatives prises par les catholiques engagés dans le mouvement pro- réunification, comme les prêtres de l'APCJ. En 1989, les évêques avaient même publié un communiqué pour s'opposer au voyage « illégal » du père Moon Kyu-hyun en RPDC, et affirmer que c'était au gouvernement d'établir des contacts avec la Corée du Nord.

 

Malgré le peu d'empressement du gouvernement français, et grâce à cette mobilisation internationale, Rim Su-kyong et Moon Kyu-hyun furent libérés le 24 décembre 1992. Liberté conditionnelle.


Après sa libération, Rim Su-kyong resta longtemps sous la surveillance constante des services de sécurité sud-coréens. Considérée comme « non convertie idéologiquement », elle pouvait retourner en prison à la moindre activité suspecte.


Elle passa d'abord beaucoup de temps à donner des interviews. Sans se plaindre, bien au contraire : « Un emploi du temps chargé me convient tout à fait, surtout quand je repense à cette solitude insupportable quand j'étais en prison. J'ai réalisé à quel point la solitude peut faire souffrir quelqu'un », disait-elle en février 1993.

 

Finalement « réhabilitée » en 1999, elle obtint même l'autorisation de se rendre aux Etats-Unis pour y étudier.

 

Dans le sillage de l'historique Déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000, elle se rendit, officiellement, à Pyongyang en août 2001 avec la délégation sud-coréenne participant à une grande manifestation en faveur de la réunification. C'est ainsi que, douze ans plus tard, Rim Su-kyong put à nouveau fouler le sol nord-coréen.


Devenue journaliste, elle s'intéressa aussi aux questions d'environnement, tenant en 2004 une rubrique régulière intitulée « Les personnes magnifiques rencontrées par Rim Su-kyong » dans le mensuel Haein, un magazine lu majoritairement dans les milieux religieux et culturels. Rim Su-kyong voulait ainsi « rapporter les histoires de gens qui se dévouent pour améliorer l'environnement naturel et social tout en restant fidèles à leurs propres positions ».


Mais les milieux conservateurs sud-coréens ne lui ont jamais pardonné son voyage de l'été 1989 en RPDC. Quand le site Internet du quotidien conservateur Chosun Ilbo rapporta la mort accidentelle de son petit garçon âgé de huit ans, en juillet 2005, plusieurs lecteurs du site allèrent jusqu'à se réjouir de cette tragédie. Malgré son chagrin, Rim Su-kyong trouva la force de poursuivre en justice les auteurs des commentaires insultant son fils et répandant des rumeurs obscènes à son sujet.


Après ce drame, elle se retira dans un temple, puis voyagea dans plusieurs pays. Elle suivit aussi des études à l'Institut international pour la paix, à Vienne (Autriche), avant de rentrer en Corée du Sud en janvier 2009.


Rim Su-kyong est réapparue en public en mai et en août 2009, pour rendre hommage aux anciens présidents Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung qui venaient de décéder. De 1997 à 2007, Kim Dae-jung puis Roh Moo-hyun avaient commencé à donner corps aux espoirs de réunification de la Corée qu'elle même portait en 1989. En se recueillant devant l'autel dressé pour le Président Roh, qui lui aussi franchit à pied la limite entre le Sud et le Nord en octobre 2007, peut-être Rim Su-kyong pensait-elle à sa propre expérience de l'été 1989 et à tout le chemin parcouru en 18 ans.


Elle donne aujourd'hui des cours de journalisme à l'université et présente l'émission « One Corea » sur une radio sud-coréenne, Radio 21. Dans un entretien accordé à l'occasion du vingtième anniversaire de son voyage à Pyongyang, Rim Su-kyong dit, sans le regretter, que les étudiants ne la reconnaissent plus :


« A l'Université des Langues étrangères, il y avait un tableau me représentant, mais personne ne m'a reconnu. Tant mieux pour moi. Si un étudiant me reconnaît, je lui dis de demander à sa mère. Pour les étudiants d'aujourd'hui, mon histoire ressemble à celles que j'entendais quand j'étais moi-même étudiante. Je ne veux pas être vue comme quelqu'un se faisant de la publicité avec une histoire vieille de vingt ans. »


Vingt ans après, l'histoire personnelle de Rim Su-kyong a fini par appartenir à l'histoire de la Corée, mais c'est presque malgré elle que la « Fleur de la Réunification » reste un symbole du combat contre un mur toujours debout.

 

Le mur érigé au sud de la ligne de démarcation miltaire,

tel qu'observé par la délégation de l'AAFC pendant le voyage d'août 2006 en RPD de Corée.


Principales sources :

Union of Catholic Asian News, "Korea priests arrested in attempt to help student re-enter South Korea", 2 août 1989, sur le site de l'Association des prêtres catholiques pour la justice

Bruno Peuchamiel,  « Kidnappée ! », L'Humanité, 19 août 1989, p.8

Réponse du ministre des Affaires étrangères à la question écrite n°17805 du député Louis Pierna, Journal officiel de la République française - Débats parlementaires de l'Assemblée nationale, 27 novembre 1989, p. 5212

« Le président a-t-il parlé de Rim », L'Humanité, 2 décembre 1989, p.12

« Appel international pour Rim », L'Humanité,  13 février 1990, p.32

Eglises d'Asie - Agence d'information des missions étrangères de Paris, « Les évêques demandent la libération des prisonniers politiques », bulletin n°100, 1er décembre 1990

The People's Korea, "Liberation Day celebration underlines pan-national will to reunification" , 25 août 2001

Jean K. Min, "Korean ex-activist sues for Web slander", OhmyNews, 25 janvier 2006

Comité européen pour la Déclaration du 15 juin 2000, "[이 종탁이 만난 사람]‘통일의 꽃’ 임수경", 11 octobre 2009

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 10:33

Le 10 novembre 2009, des affrontements armés intercoréens se sont produits en mer de l'Ouest, pour la première fois depuis sept ans, après les précédents de 1999 et 2002. Alors que les deux gouvernements coréens donnent des interprétations contradictoires sur l'origine des combats et leur bilan, l'AAFC avait déjà souligné que, en l'absence de traité de paix dans la péninsule depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, la situation de tension permanente entre les deux Corée comporte des risques réels d'escalade, pouvant déboucher sur un conflit ouvert. Le dialogue est la seule solution viable pour parvenir à une paix durable dans cette partie du monde et que, plus jamais, des Coréens n'ouvrent le feu sur d'autres Coréens.

Ce mardi 10 novembre, des affrontements armés ont eu lieu entre des patrouilleurs nord et sud-coréens en mer de l'Ouest, pour la première fois depuis 2002.  Ces événements sont intervenus une semaine avant la venue à Séoul du président américain Barack Obama. Le mercredi 11 novembre, la secrétaire d'Etat américaine, Mme Hillary Clinton, a par ailleurs déclaré que n'était pas remise en cause la décision américaine d'envoyer à Pyongyang M. Stephen Bosworth, ambassadeur en charge des pourparlers à six sur la question nucléaire.

Comme c'est généralement le cas dans les situations de conflit, les deux parties donnent des versions contradictoires des faits. Pour le ministre de la Défense sud-coréen Kim Tae-young, le navire nord-coréen aurait pénétré intentionnellement à 1,6 km au Sud dans les eaux sud-coréennes. Après des signaux d'avertissement, les Sud-Coréens auraient procédé à des tirs d'avertissement et le bâtiment du Nord aurait ouvert le feu avant de se replier, en flammes. Toujours selon Séoul, les seules pertes seraient nord-coréennes (un mort et trois blessés).

Pour le ministère nord-coréen de la Défense, il s'agirait d'une "grave provocation armée du Sud" et les navires sud-coréens auraient ouvert le feu alors que le bâtiment du Nord se trouvait au Nord de la ligne de séparation maritime entre les deux Corée. Selon les médias officiels nord-coréens, le navire du Nord "n'aurait pas perdu de temps pour asséner en représailles un coup rapide aux provocateurs".

Si l'on compare les deux versions, la Corée du Sud ne semble pas nier avoir tiré la première, même si - selon Séoul - il s'agissait de "tirs d'avertissement", après les sommations d'usage. La nature et le contexte de ces tirs est contestée par Pyongyang, qui n'a par ailleurs pas donné d'informations quant à d'éventuelles pertes.

L'absence d'accord sur la ligne de démarcation Nord entre les deux Corée (Northern Limitary Line, NLL), frontière de fait définie par les seuls Américains à la fin de la guerre de Corée à la faveur de la supériorité de leurs forces navales en 1953, est de nature à occasionner de telles escalades meurtrières entre les deux Corée, qui sont heureusement restées circonscrites. Après
l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009, la Corée du Sud avait rejoint l'Initiative de sécurité contre la prolifération (acronyme anglais, PSI), attisant les tensions intercoréennes, l'AAFC avait analysé différents scénarios possibles d'affrontement, y compris les accrochages en mer de l'Ouest qui viennent de se produire à nouveau, en exhortant toutes les parties à la retenue pour éviter que des Coréens n'attaquent militairement d'autres Coréens. Il y a ainsi lieu de s'interroger sur la décision de Séoul d'envoyer deux nouveaux navires de patrouille de 1.800 tonnes après les affrontements de mardi : regrouper des forces de guerre risque d'être perçu comme le signal à de possibles nouveaux accrochages.

Car il n'est pas d'engrenage irrésistible de la violence. Le troisième point de la déclaration commune intercoréenne Nord-Sud du 4 octobre 2007 spécifiait ainsi : "[le Nord et le Sud] ont décidé d'ouvrir à Pyongyang dans le courant du mois de novembre de cette année des pourparlers entre le ministre des Forces armées populaires du Nord et le ministre de la Défense du Sud pour délibérer sur les mesures à prendre pour instaurer la confiance militaire dont le projet consistant à fixer un secteur de pêche commun pour la prévention de conflits inopinés sur la mer de l'Ouest et à en faire un secteur de paix et les mesures d'assurance militaire en faveur de toutes sortes de collaboration".

L'AAFC espère que les leçons du récent affrontement permettront - enfin - de mettre en oeuvre les accords nécessaires à la prévention d'autres conflits, pour une paix durable dans la péninsule coréenne. 

Sources :
AFP, AP. Carte Gene Thorn, The Washington Post

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 23:06

Lors des dernières discussions entre les Croix-Rouges des deux Corée, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) aurait, selon les médias sud-coréens, lié l'organisation de nouvelles rencontres de familles séparées - après celles ayant eu lieu du 26 septembre au 1er octobre 2009, à l'initiative de Pyongyang, pour la première fois depuis deux ans - à une reprise de la fourniture par les Sud-Coréens de céréales à leurs compatriotes du Nord, toujours soumis à une situation alimentaire critique. En annonçant le 18 octobre dernier qu'il n'envisageait la fourniture d'une "aide alimentaire" qu'en quantités limitées, le ministère de la réunification sud-coréen remet en cause une tradition de solidarité intercoréenne, qui a bénéficié tant au Nord qu'au Sud de la péninsule depuis la partition du pays en 1948. L'AAFC condamne ce chantage à l'arme alimentaire.

La Corée est une : c'est au nom du principe de solidarité nationale, au-delà des clivages politiques, que les Coréens du Nord comme du Sud de la péninsule ont toujours porté secours à leurs compatriotes situés de l'autre côté de la DMZ en cas de grave catastrophe naturelle. Ainsi, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a approvisionné le Sud en électricité après la partition pour pallier de graves pénuries, avant de fournir une aide de 12 millions de dollars aux victimes d'inondations en Corée du Sud en 1984. Réciproquement, les autorités sud-coréennes ont répondu à la situation alimentaire critique au Nord après les catastrophes climatiques des années 1990, en fournissant aux populations nord-coréennes, sous l'administration Roh Moo-hyun, 440.000 tonnes de riz et 300.000 tonnes d'engrais par an. De même, le gouvernement sud-coréen, à l'instar de nombreux citoyens et ONG au Sud de la péninsule, ont répondu présents, lors de l'appel lancé par la RPD de Corée à la communauté internationale après les inondations catastrophiques de l'été 2007.

Mais ce principe de solidarité nationale semble avoir vécu avec l'entrée en fonctions à Séoul, en février 2008, du président conservateur Lee Myung-bak. Les livraisons de céréales et d'engrais au Nord ont cessé, et malgré la demande qui aurait été formulée en ce sens, pour la première fois depuis février 2008, par la Croix-Rouge nord-coréenne lors de réunions préparatoires de nouvelles rencontres de familles séparées, le porte-parole du ministère sud-coréen de la réunification, M. Lee Jong-joo, aurait rejeté "toute aide massive", selon les termes de la presse sud-coréenne : suivant des déclarations faites à la presse le 25 octobre 2009, si aide il devait y avoir, celle-ci serait limitée aux enfants et aux nourrissons, sans dépasser un volume de 50.000 tonnes de céréales.

L'AAFC déplore d'autant plus vivement ce chantage à l'aide alimentaire, tel qu'il est pratiqué depuis près de deux ans par l'administration Lee en subordonnant les actions de solidarité à des critères politiques, que le rapporteur spécial des Nations-Unies pour la Corée du Nord, le Thaïlandais Vitit Muntarbhorn a lancé un cri d'alarme. Ce dernier, toujours très critique vis-à-vis de Pyongyang,
a jugé la situation alimentaire "désespérée", suite à des récoltes 2009 qui pourraient être aussi mauvaises qu'en 2007. Le manque de bonne volonté des donateurs internationaux n'a permis au Programme alimentaire mondial que de recevoir un tiers des besoins pour la Corée du Nord. Faut-il rappeler que les enfants sont les premières victimes des pénuries alimentaires, en affectant leur développement physique et intellectuel pendant leur vie entière ? 

Sources principales : AAFC,
AFP.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 23:13

Il y a deux ans se tenait à Pyongyang, du 2 au 4 octobre 2007, la deuxième rencontre intercoréenne au plus haut niveau, entre Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Roh Moo-hyun, Président de la République de Corée (Corée du Sud). La déclaration commune intercoréenne signée à l'issue de ce sommet, le 4 octobre 2007, ouvrait la voie à un approfondissement des échanges et du dialogue intercoréens, en vue de la réunification de la péninsule, en réaffirmant les principes et en élargissant les politiques découlant de l'accord intercoréen du 15 juin 2000. Deux ans après, alors que la politique intercoréenne du nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur) semble avoir tourné le dos à celle de ses prédécesseurs démocrates menée sur la base des déclarations communes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, quel bilan tirer de la déclaration du 4 octobre 2007 ? Si l'intransigeance de Lee Myung-bak a conduit les relations intercoréennes au bord du gouffre, le niveau aujourd'hui atteint par les échanges intercoréens montre que la déclaration du 4 octobre n'est pas restée, loin s'en faut, lettre morte.

La déclaration conjointe intercoréenne, signée le 4 octobre 2007 à l'issue de la deuxième rencontre Nord-Sud au plus haut niveau, avait soulevé un immense espoir parmi tous les Coréens d'une accélération du processus de dialogue et d'échanges, devant conduire à la réunification de leur patrie divisée depuis soixante ans. Deux ans après, si les orientations du nouveau président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak (élu deux mois plus tard, en décembre 2007), ont sérieusement altéré les relations intercoréennes en tournant le dos à la politique du "rayon de soleil" de ses prédécesseurs démocrates, doit-on pour autant considérer comme caduc l'accord du 4 octobre 2007 ?

La spectaculaire reprise des échanges intercoréens, suite notamment à la rencontre à Pyongyang,
le 17 août dernier, entre le président de la Commission de la défense nationale de la RPDC Kim Jong-il et la présidente du conglomérat sud-coréen Hyundai, Mme Hyun Jeong-eun, a non seulement conduit à la reprise des échanges interrompus, mais également permis la mise en oeuvre de plusieurs des principes contenus dans la déclaration du 4 octobre 2007 :

- le rétablissement de la liaison ferroviaire intercoréenne, qui avait été ouverte le 1er décembre 2007 en application directe de l'accord intercoréen du 4 octobre 2007, avant d'être interrompue un an plus tard ;

- de
nouvelles réunions de familles séparées - les premières en deux ans - qui viennent de s'achever à la veille de la traditionnelle fête coréenne de Chuseok ;

- la perspective d'ouvrir au tourisme intercoréen les monts Kumgang, au Nord de la péninsule.

Ces points positifs ne doivent cependant pas occulter l'absence d'avancées, voire des reculs, sur de nombreux autres points de la déclaration du 4 octobre, qu'il s'agisse de nouveaux domaines de coopération bilatérale (comme la création d'une zone de pêche commune autour du port de Haeju), ou de la perspective d'un traité de paix dans la péninsule coréenne pour remplacer l'accord d'armistice de 1953 - suite notamment à la
décision de Séoul de rejoindre l'initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (PSI). De même, le commerce intercoréen, au cours des huit premiers mois de 2009, a diminué de plus de 20 % par rapport à 2008, même si cette situation est autant imputable à la dégradation des relations intercoréennes qu'à la crise économique internationale (les dernières prévisions tablent sur un recul de 1 % du produit intérieur brut sud-coréen en 2009).

Au final, une mise en oeuvre plus complète de l'accord du 4 octobre 2007 dépendra d'abord de la volonté des deux parties. Au Nord, à l'occasion du deuxième anniversaire de l'accord, le quotidien Rodong Sinmun l'a salué comme un texte fondateur qui apporte des lignes directrices pour la réunification du pays, en appelant à son application intégrale. Au Sud, la situation reste ambiguë : si
l'opposition démocrate appelle à l'application des déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007 en revendiquant l'héritage des anciens présidents Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung, l'un et l'autre récemment décédés, le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak n'a pas formellement déclaré caducs ces deux accords intercoréens conclus au nom des gouvernements sud et nord-coréens, et qui continuent donc à engager chacun des Etats. Il a toutefois ouvert le procès des relations intercoréennes sous l'ère Roh Moo-hyun en poursuivant les partisans de la réunification, tout en formulant des propositions alternatives à la politique du "rayon de soleil". La dernière en date, appelée "grand marchandage" (sic), a à nouveau proposé des garanties de sécurité à Pyongyang et une aide économique, en contrepartie pour la RPDC de renoncer d'abord unilatéralement et inconditionnellement à ses armes nucléaires. Mais comme par le passé les pourparlers sur le nucléaire coréen ont buté sur le non-respect de leurs engagements par les autres parties que la RPDC, c'est sans surprise que le gouvernement nord-coréen a rejeté cette énième reformulation du "plan 3.000" du président Lee Myung-bak (visant à porter le produit intérieur brut par habitant de la Corée du Nord à 3.000 dollars à moyen terme, en contrepartie du renoncement à ses armes nucléaires et de réformes économiques). Les autorités nord-coréennes avaient dénoncé le "plan 3.000" comme une démarche misérabiliste fondée sur une ingérence dans ses affaires intérieures, contraire aux déclarations du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, et en dissociant les relations intercoréennes de la question de l'arme nucléaire, considérée comme une garantie de sécurité contre toute attaque américaine. Au demeurant, l'histoire ne fournit aucun exemple d'un Etat ayant accepté volontairement de procéder à son désarmement unilatéral, sauf à renoncer à sa souveraineté militaire (comme dans le cas de Panama, par exemple).  

Tout  accord suppose le consentement des différentes parties : les déclarations Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, même remises en cause par le pouvoir sud-coréen actuel, restent de plus sûrs fondements des relations intercoréennes que les schémas intellectuels du président sud-coréen Lee Myung-bak.

Sources : AAFC,
AP, Xinhua

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 09:33

Pour la première fois depuis 2007, les réunions de famille séparées par la division de la Corée ont repris aujourd'hui dans les Monts Kumgang, au nord de la péninsule, et se poursuivront jusqu'à jeudi, juste avant la traditionnelle fête des moissons (Chuseok) pendant laquelle les Coréens honorent leurs ancêtres.

C'est un moment qu'ils attendaient depuis plus de soixante ans : du samedi 26 septembre au jeudi 1er octobre, plus de 880 Coréens - 545 du Sud, et 339 du Nord - rencontreront les membres de leurs familles, de l'autre côté de la DMZ, qu'ils n'ont pas revus ni contactés depuis deux générations. Alors que les deux Corée sont toujours techniquement en état de guerre depuis l'armistive ayant mis fin à la guerre de Corée en 1953, la loi de sécurité nationale - toujours en vigueur à Séoul - interdit aux Sud-Coréens de téléphoner, d'écrire ou d'envoyer un courriel aux Nord-Coréens sans autorisation gouvernementale.  

Les réunions de familles séparées qui commencent ce samedi sont le résultat de la
rencontre, le 16 août dernier, entre Kim Jong-il président de la commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Mme Hyun Jeong-eun, présidente du conglomérat Hyundai Asan, alors que l'intransigeance du président sud-coréen Lee Myung-bak, au pouvoir depuis février 2008, avait enrayé le dialogue intercoréen.

Des
rencontres entre les représentants des Croix-Rouge des deux Corée ont préparé ces réunions, qui se tiennent dans le complexe touristique dans les montagnes de diamant (les Monts Kumgang), au Nord de la DMZ, géré par Hyundai Asan. Deux groupes vont se rencontrer successivement pendant trois jours dans les Monts Kumgang. Yoo Chong-ha, président de la Croix-Rouge sud-coréenne, conduit le premier groupe sud-coréen, et son homologue nord-coréen, Chang Jae-un, le premier groupe nord-coréen.

La première rencontre était prévue ce samedi 26 septembre à 15 h 00 (heure locale), avant des réunions individuelles à partir de demain.


 

Sources : The Korea Herald, Xinhua

Photo : Tongil News

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 09:08

Après une montée des eaux du fleuve Imjin ayant causé six morts en Corée du Sud, la Corée du Nord a expliqué avoir dû libérer d'urgence les eaux d'un barrage sur le fleuve pour des raisons de sécurité. Le gouvernement sud-coréen a réagi vivement en réclamant des excuses de Pyongyang, qui s'est engagé, pour l'avenir, à informer plus amplement Séoul. Dix jours après cet incident tragique, l'AAFC a souhaité apporter des éléments d'analyse complémentaires, qui pointent également les responsabilités des autorités sud-coréennes dans la gestion de la crise, et appelle à mettre en oeuvre un accord de coopération intercoréenne pour que de tels drames ne se reproduisent plus.

C'est un événement tragique, qui pourrait avoir aussi de graves conséquences sur les relations intercoréennes dans un contexte pourtant porté à la détente : six Sud-Coréens sont morts après une montée des eaux du fleuve Imjin le 6 septembre dernier, en raison de la libération de 40 millions de tonnes d'eau à un barrage situé au Nord de la péninsule. Le gouvernement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a expliqué avoir dû procéder ainsi pour des raisons de sécurité, compte tenu de la montée des eaux en amont du barrage : les autorités de la République de Corée (du Sud) n'ont pas été satisfaites de ces déclarations, exigeant des excuses et menaçant de saisir les tribunaux internationaux pour violation du droit coutumier. La presse, largement acquise au gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, a abondé en son sens, en parlant d' "arme de l'eau" et en suggérant ainsi une volonté intentionnelle de Pyongyang. De même, il a été abondamment souligné que des soldats nord-coréens avaient quitté la zone peu auparavant. Cette présentation, partielle et partiale, omet toutefois les responsabilités que porte également le gouvernement sud-coréen.

Tout d'abord, la thèse d'une volonté intentionnelle de la Corée du Nord n'est pas crédible : elle ne tient compte ni des gestes récents de détente accomplis par Pyongyang, ni d'une réaction différente à celle observée par le passé dans de précédents situations similaires. Lors des lâchers d'eau qui ont eu lieu presque chaque année depuis 2001 dans la région de Paju-Yeoncheon, Pyongyang n'a pas informé Séoul : manifestement soucieux de ne pas dégrader les relations intercoréennes, le gouvernement nord-coréen a fourni cette fois-ci des explications dans des délais rapides et s'est engagé, pour l'avenir, à prévenir préalablement Séoul. Enfin, l'évacuation par la Corée du Nord de ses ressortissants de la zone concernée, située à proximité de la DMZ - en l'occurrence, des militaires - est une réaction normale de gestion de ses ressortissants par un Etat en cas de crise.

Certes, Pyongyang ne s'est pas soucié des possibles conséquences sur des civils sud-coréens en dehors de son territoire, mais ceux-ci n'auraient pas dû être présents aux abords du fleuve Imjin au moment du lâcher des eaux. Que faisaient les victimes, des campeurs, dans une zone à risque, de surcroît la plus militarisée au monde ? Pourquoi les systèmes d'alerte en cas de crise n'ont-ils pas fonctionné à Séoul ? Comme le reconnaît la chaîne de télévision et de radio sud-coréenne KBS, "il ne faut pas oublier non plus la responsabilité des autorités sud-coréennes qui n’ont pas su réagir rapidement au moment de l’accident". Les autorités de Séoul ont d'ailleurs reconnu implicitement n'être pas préparées à de telles situations, en annonçant l'accélération des travaux de construction d'autres barrages sur le fleuve Imjin.

Si le gouvernement sud-coréen a été en mesure d'observer - probablement par satellite - l'évacuation de ses soldats par Pyongyang dans les zones concernées, il avait également les moyens de suivre la montée des eaux en temps réel, pour parer à la tragédie qui a eu lieu. Enfin, si Pyongyang n'a pas voulu donner plus de détails sur les raisons qui l'ont conduit à lever un barrage, une enquête sud-coréenne est en cours. Alors que ses résultats n'ont pas encore été rendus publics, le gouvernement sud-coréen, soucieux de rejeter la faute sur Pyongyang, n'a pas remis en cause les raisons invoquées par le Nord. Cette (non-)réaction est le meilleur indice que Séoul dispose certainement d'informations sur la montée des eaux en d'autres points du fleuve Imjin, ayant conduit la Corée du Nord à la réaction d'urgence de libérer les eaux du fleuve.

L'AAFC regrette profondément la perte de vies humaines. Notre conviction est que de tels drames ne doivent pas se reproduire : il est temps de mettre en oeuvre un accord sur la prévention des crues du fleuve Imjin, conclu en 2003 lors de la cinquième rencontre du comité de promotion de la coopération économique intercoréenne, et qui prévoit des études conjointes et des systèmes de prévention. L'annonce par le gouvernement nord-coréen qu'il informera Séoul, à l'avenir, des prochaines levées d'eau sur ses barrages, est un premier pas en ce sens. Pour sa part, le gouvernement sud-coréen, confronté à la colère de l'opinion publique, doit tenir compte des intérêts du peuple coréen, et non chercher à éluder ses responsabilités en mettant en cause la Corée du Nord.

Sources :  AAFC,
AP, KBS (y compris photo), Le Monde

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 07:44

Selon un sondage publié par le quotidien conservateur sud-coréen JoongAng Ilbo, à l'issue d'une enquête conduite en août 2009 auprès de 1.000 personnes, une nette majorité de Sud-Coréens (62 %) sont favorables à l'ouverture d'un dialogue avec la Corée du Nord sans conditions préalables. Après les gestes d'ouverture de Pyongyang en août dernier, le président sud-coréen Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur), qui souhaite au contraire mettre des préalables au dialogue intercoréen, peut difficilement ignorer les aspirations de l'opinion publique contraires à ses propres vues.

A la question "Pensez-vous que les deux Corée doivent se rencontrer pour résoudre les questions en suspens sans conditions, ou que les discussions doivent avoir lieu après des progrès sur la question nucléaire ?", la réponse des Sud-Coréens est sans ambiguïté, selon un sondage publié par le quotidien conservateur sud-coréen JoongAng Ilbo, à l'issue d'une enquête conduite en août 2009 : "oui" au dialogue inconditionnel pour 61,9 % des personnes interrogées, "oui" au dialogue soumis à des progrès préalables sur le nucléaire pour 36,5 %, tandis que 1,6 % des personnes interrogées n'ont pas répondu. L'option d'un non-dialogue avec Pyongyang, comme y appellent les franges les plus conservatrices du parti au pouvoir, n'avait même pas été proposée. La marge d'erreur du sondage est de 3,1 %.

Une fois encore, le président sud-coréen Lee Myung-bak, qui a mis comme préalable à un dialogue intercoréen des progrès sur la question nucléaire, est désavoué par sa propre opinion publique, alors qu'il vient de nommer
un Premier ministre décrit comme "pragmatique", souhaitant apparemment infléchir sa politique économique dans un sens moins ultra-libéral.

En août 2009, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a multiplié les gestes d'ouverture à l'égard de la Corée du Sud : accord pour de 
nouvelles réunions de familles séparées, reprise des échanges touristiques intercoréens, libération d'un ingénieur de Hyundai Asan emprisonné pour avoir critiqué le régime nord-coréen à Kaesong et incité à la défection une ouvrière nord-coréenne, libération de pêcheurs sud-coréens ayant pénétré dans les eaux territoriales du Nord... Après la mort de Kim Dae-jung, partisan du dialogue intercoréen sans conditions préalables, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait envoyé une délégation au Sud pour les funérailles du chef d'Etat défunt, laquelle a rencontré le président sud-coréen Lee Myung-bak auquel elle a remis un message du président Kim Jong-il appelant à la reprise du dialogue intercoréen.

La mort du président Kim Dae-jung, artisan au Sud de la réconciliation intercoréenne, après le
suicide en mai de son successeur Roh Moo-hyun qui avait poursuivi sa politique d'ouverture au Nord, a modifié la donne politique en Corée du Sud, en rappelant les effets négatifs de la politique intransigeante de Lee Myung-bak sur les échanges intercoréens. Le Parti démocrate, principale force d'opposition, a vivement critiqué Lee Myung-bak sur sa politique intercoréenne et pourrait remporter les élections législatives si elles avaient lieu aujourd'hui, selon les sondages. Ce sont autant d'éléments de contexte que ne peut pas ignorer Lee Myung-bak, dont l'opinion publique attend une attitude plus "pragmatique" non seulement sur les dossiers économiques, mais aussi dans les relations intercoréennes.

Source :
Angus Reid Global Monitor

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 08:20

La séparation des familles, de part et d'autre du trente-huitième parallèle, est un des drames humains les plus criants créé par la division de la péninsule coréenne. L'accord conclu le 28 août 2009, entre les Croix-Rouges nord et sud-coréennes, pour de nouvelles réunions de familles séparées répond aux espoirs et aux attentes de millions de Coréens.

Ce vendredi 28 août 2009, les représentants des Croix-Rouges des deux Corée (le chef de délégation du Nord, Choe Song-ik, et derrière lui son homologue du Sud, Kim Young-chol, photo Reuters) ont conclu un accord pour de nouvelles réunions de familles séparées par la division de leur pays : du 26 septembre au 1er octobre 2009, peu avant la traditionnelle fête coréenne de Chuseok durant laquelle sont honorés les ancêtres défunts, 100 familles de chaque côté de la DMZ se retrouveront dans les Monts Kumgang, au Nord, dans le complexe touristique géré par le groupe sud-coréen Hyundai Asan, selon une déclaration du ministère sud-coréen de la réunification.

Il s'agit de la mise en oeuvre d'un des points clés de
l'accord intercoréen signé suite à la visite, au Nord, de la présidente de Hyundai Asan, après sa rencontre avec le président Kim Jong-il. Par ailleurs, au lendemain de la mort de Kim Dae-jung, le président sud-coréen Lee Myung-bak a rencontré, à sa demande, la délégation nord-coréenne venue pleurer l'ancien chef d'Etat sud-coréen, dans un geste d'ouverture inédit de Pyongyang, alors que l'intransigeance de Lee Myung-bak dans sa politique intercoréenne, depuis son entrée en fonctions en février 2008, a entraîné la suspension de presque toutes les actions de coopération Nord-Sud.
 
L'aboutissement des discussions entre les deux Croix-Rouges intervient dans un contexte de réchauffement des relations diplomatiques en Extrême-Orient, y compris entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), après la
visite à Pyongyang de l'ancien président américain Bill Clinton : selon les médias américains et sud-coréens, des officiels nord-coréens ont discuté la reprise des livraisons alimentaires à la RPDC par les Etats-Unis, et la Corée du Nord aurait invité le représentant américain aux pourparlers sur le nucléaire, Stephen Bosworth. Néanmoins, d'après le porte-parole du département d'Etat américain, ce dernier n'envisagerait pas de se rendre à Pyongyang. Si tel était le cas, cela signifierait que Washington ne serait pas (encore ?) prêt à accepter la main tendue par les Nord-Coréens, à contre-courant de l'idée reçue dans la plupart des médias occidentaux selon laquelle ce serait Pyongyang qui refuserait le dialogue, tant avec le Sud qu'avec les Etats-Unis.

Source principale :
TVNZ, d'après Reuters

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 16:08

La délégation officielle nord-coréenne, qui s'est rendue à Séoul pour les funérailles de l'ancien président Kim Dae-jung dans un geste d'ouverture sans précédent de Pyongyang à l'égard d'un dirigeant politique du Sud, a rencontré le président Lee Myung-bak. Elle a remis à ce dernier un message du dirigeant Kim Jong-il, soulevant l'espoir du peuple coréen de la paix et de la réconciliation dans la péninsule. La réunification était le voeu le plus cher du président Kim Dae-jung, dans l'hommage post mortem que lui rendent ainsi tous les Coréens.

La rencontre a finalement eu lieu : le dimanche 23 août 2009, à la Maison Bleue, siège de la présidence de la République, le président sud-coréen Lee Myung-bak a rencontré la délégation nord-coréenne conduite par Kim Ki-nam (photo AP), secrétaire du Parti du travail de Corée. La délégation était venue à Séoul pour rendre hommage au président défunt Kim Dae-jung, dont la politique d'ouverture au Nord avait permis d'enclencher une dynamique de dialogue et de coopération entre les deux Corée. C'est la première rencontre à ce niveau depuis l'entrée en fonctions de Lee Myung-bak, qui avait condamné la "politique du rayon de soleil" de ses deux prédécesseurs démocrates, entraînant la remise en cause des déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

La délégation nord-coréenne a transmis à Lee Myung-bak un message verbal du dirigeant Kim Jong-il, au cours d'une entrevue d'une demi-heure décrite par un porte-parole de la présidence sud-coréenne comme "très sérieuse et courtoise". Selon le porte-parole de la Maison Bleue Lee Dong-kwan, la délégation nord-coréenne aurait transmis  les voeux du dirigeant Kim Jong-il d'un progrès dans les relations intercoréennes, et la réponse du président Lee Myung-bak aurait été un appel à la reprise du dialogue entre les deux pays, tout en déclarant aux Nord-Coréens qu'il n'y avait pas de sujet que les deux parties ne pouvaient pas résoudre, si elles parlaient avec sincérité. L'administration présidentielle sud-coréenne a déclaré à l'agence Yonhap : "nous pouvons dire qu'il y a eu un changement de paradigme".

L'espoir que soulève cette rencontre est à l'image de la douleur du peuple coréen après la mort de l'ancien président Kim Dae-jung, qui a reçu des funérailles d'Etat dimanche après-midi, pendant que des dizaines de milliers de personnes s'étaient réunies à l'extérieur du Parlement. Son engagement continu en faveur de la paix et de la réconciliation en Corée, avant même le premier contact intergouvernemental en 1972, l'avait alors fait accuser de "communisme", tout en ayant été l'objet d'une tentative d'attentat, d'un enlèvement et de condamnations à mort par le pouvoir militaire sud-coréen. L'ouverture de ces derniers jours, à l'initiative du Nord, est le plus bel hommage qui puisse lui être rendu.

Lors de son investiture, en février 2008, Lee Myung-bak avait refusé la présence d'une délégation nord-coréenne. Sa rencontre avec Kim Ki-nam est déjà, en soi, le signe d'un infléchissement notable. Lee Myung-bak ne peut pas ignorer le changement de contexte international, après les
rencontres de Bill Clinton et de Mme Hyun Jeong-eun, présidente de Hyundai, avec Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de la République populaire démocratique (RPD) de Corée, à l'instar du Parti démocrate du Japon, aux portes du pouvoir, dont le président prône le dialogue avec Pyongyang. Dans ce cadre, le gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, qui a été un interlocuteur régulier de la RPD de Corée aux Etats-Unis, a rencontré récemment deux diplomates nord-coréens en poste aux Nations-Unies. Il est ressorti de ces échanges l'attente par Pyongyang d'un dialogue bilatéral direct avec les Etats-Unis, ainsi qu'un intérêt marqué pour les questions d'énergie.

Pour le pouvoir sud-coréen, la difficulté sera de répondre aux attentes des Coréens, du Sud comme du Nord, d'une reprise du dialogue et des échanges, sans apparaître renier trop ouvertement les
principes de fermeté et de réciprocité qui, après être devenus les marques de fabrique de la politique nord-coréenne de Lee Myung-bak, ont mené les relations entre les deux Etats au bord de l'affrontement militaire.

Source principale : Blaine Harden, Washington Post

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 19:05
  1. Après la mort de l'ancien président Kim Dae-jung, initiateur de la politique d'ouverture sud-coréenne en direction du Nord, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a adressé un message de condoléances à la famille de l'homme d'Etat disparu. KCNA, agence officielle de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), a annoncé, le mercredi 19 août 2009, qu'une délégation du Parti du travail de Corée se rendrait à Séoul les 21 et 22 août. Il s'agit d'une démarche exceptionnelle de Pyongyang, dont l'un des rares précédents a eu lieu lors de la mort du fondateur du groupe Hyundai, Chung Ju-yung, à l'origine de plusieurs projets de coopération intercoréens.

    Dans une dépêche en date du 19 août 2009, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a annoncé : "avec l'autorisation de Kim Jong-il, président de la Commission de la défense nationale de RPDC, un groupe d'envoyés spécial conduit par Kim Ki-nam, secrétaire du Comité central du Parti du travail de Corée, visitera Séoul les 21 et 22 août pour pleurer la mort de l'ancien Président Kim Dae-jung". Selon Park Jie-won, ancien collaborateur de Kim Dae-jung, les autorités nord-coréennes auraient demandé d'envoyer une délégation de cinq personnes.

    De nombreux Coréens, souvent habillés de noir, se réunissent au centre de Séoul devant un portrait géant de l'ancien prix Nobel de la paix, pour lui rendre un dernier hommage.

    La communion de Coréens du Nord et du Sud est un geste exceptionnel, rappelant le rôle joué par un des principaux artisans de la réconciliation intercoréenne, au sud de la péninsule. Par le passé, une délégation officielle nord-coréenne de condoléances ne s'était rendue en Corée du Sud que dans de très rares circonstances, notamment lors de la mort du fondateur du groupe Hyundai, Chung Ju-yung, qui avait impulsé d'importants projets de coopération économique intercoréens. 

    L'AAFC espère que ce geste exceptionnel des autorités de République populaire démocratique de Corée, à la hauteur du rôle joué par Kim Dae-jung pour la paix et la réconciliation en Corée, sera l'occasion pour le gouvernement Lee Myung-bak d'accepter la reprise du dialogue avec le Nord.

    Sources : KCNA, Daily Express

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