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29 octobre 2022 6 29 /10 /octobre /2022 10:46

Sous le titre "Est-il temps d'accepter la Corée du Nord comme une puissance nucléaire ?", la journaliste de CNN Paula Hancocks donne la parole à plusieurs experts de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) qui estiment que la position des Etats-Unis et de leurs alliés (une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord), qui aussi celle du Conseil de sécurité des Nations unies, ne correspond plus à la réalité. Dans ce contexte, il conviendrait de reconnaître la RPD de Corée comme une puissance nucléaire et s'efforcer plutôt de contrôler et de limiter le développement de son programme nucléaire militaire. Cette logique s'inscrirait dans une limitation globale des arsenaux militaires des différentes protagonistes, par un accord international. Elle n'a rien de nouveau ni d'exceptionnel - c'est ce qu'avaient négocié les Etats-Unis et l'URSS pendant la détente, à la fin de la guerre froide - mais a été jusqu'à présent refusée par les Etats-Unis et leurs alliés vis-à-vis de Pyongyang, tout en acceptant en revanche qu'Israël, l'Inde et le Pakistan soient des puissances nucléaires.

Kim Jong-un inspectant un tir de missile (KCNA, octobre 2022)

Kim Jong-un inspectant un tir de missile (KCNA, octobre 2022)

Alors qu'un nouveau essai nucléaire nord-coréen est considéré comme imminent par un certain nombre d'experts, et que les sanctions contre le programme nucléaire et balistique nord-coréen n'en ont pas empêché les progrès, la journaliste de CNN donne la parole à des spécialistes qui appellent à changer de politique.

Selon Jeffrey Lewis, professeur adjoint au centre James Martin des Etudes de Non-Prolifération à l'Institut Middlebury d'études des relations internationales à Monterey, il convient de reconnaître au moins implicitement (comme pour l'Inde et Israël) la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire :

Je pense qu'une étape fondamentale que le (président américain Joe Biden) doit franchir est qu'il doit être clair, tant pour lui que pour les Etats-Unis, que nous n'allons pas conduire la Corée du Nord à désarmer et que nous devons fondamentalement accepter la Corée du Nord comme un Etat nucléaire. Vous n'avez pas nécessairement besoin de le reconnaître légalement.

Selon le Professeur Andreï Lankov, de l'Université Kookmin, la guerre en Ukraine a rappelé que "les armes nucléaires sont la seule garantie fiable de sécurité", et que dans ces conditions Pyongyang ne peut pas accepter de discuter de sa dénucléarisation.


Pour le Professeur Cheong Seong-chang, de l'Institut Sejong, les efforts pour empêcher la Corée du Nord de se doter de l'arme nucléaire ont échoué, et continuer de rechercher la dénucléarisation de la Corée du Nord revient à "courir après un miracle".

Selon les chercheurs cités par CNN, le gel par Pyongyang de son programme nucléaire, en contrepartie de la levée d'une partie des sanctions, doit ainsi être envisagé - ce qui revient à retourner à la voie des négociations où s'était engagé Donald Trump, mais dans des conditions moins favorables aujourd'hui qu'en 2019.


C'est dans ce contexte qu'un appel à négocier un contrôle des armements et une réduction des risques sécuritaires a été ouvertement exprimé, lors d'une conférence le 27 octobre 2022, par Bonnie Jenkins, sous-secrétaire d'Etat pour le contrôle des armements : 

S'ils voulaient discuter avec nous... un contrôle des armements peut souvent être une option si vous avez deux parties désireuse de s'asseoir à la table des négociations et de discuter (...) Et il ne s'agit pas seulement de contrôle des armements mais de réduction des risques - tout ce qui conduit à un traité classique de contrôle des armements avec les différents aspects de ce contrôle que nous devons avoir avec eux. Nous avons dit très clairement à la RPDC (...) que nous sommes prêts à discuter avec eux - nous n'avons pas de conditions préalables.

Ces déclarations ont soulevé une levée de boucliers - à commencer par le département d'Etat américain, dont le porte-parole a déclaré qu'il n'y avait aucun changement dans la position de l'administration américaine sur la dénucléarisation de la RPDC.


Mais dans un contexte où de plus en plus d'experts soulignent l'impasse des sanctions, n'est-il pas temps de réellement envisager de changer de politique ? Car ce qui est en jeu est aussi la paix dans la région la plus fortement militarisée au monde : la dangereuse escalade à laquelle nous assistons ne peut que nous inciter à ne pas balayer d'un revers de main toute proposition réaliste pour empêcher qu'un nouveau conflit meurtrier endeuille l'Asie du nord-est et, au-delà, n'ait des répercussions sur la planète tout entière.

 

Sources :

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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 09:40

Dans le bras-de-fer qui l'oppose aux Etats-Unis et à leurs alliés sud-coréens et japonais, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a poursuivi ses tirs de missile, en les intensifiant. Le 12 octobre 2022, selon l'agence nord-coréenne KCNA le dirigeant Kim Jong-un aurait personnellement supervisé les lancements de deux missiles de croisière stratégiques - c'est-à-dire pouvant transporter des armes nucléaires tactiques - ayant parcouru 2000 kilomètres à des altitudes plus basses que les missiles balistiques - rendant ainsi plus difficile leur détection et leur interception. Le développement d'armes nucléaires tactiques avait ainsi été défini comme une priorité par Pyongyang lors du Congrès du Parti du travail de Corée de janvier 2021.

Pyongyang a lancé des missiles de croisière stratégiques à longue portée

Dans un communiqué publié le 10 octobre 2022, l'agence nord-coréenne KCNA avait présenté ces tirs de missile conduits du 25 septembre au 9 octobre comme s'inscrivant dans une logique de dissuasion face aux menaces que font peser sur la RPD de Corée les Etats-Unis et leurs alliés : le 23 septembre, le porte-avions à propulsion nucléaire USS Ronald Reagan était au large de la péninsule coréenne, et des manoeuvres militaires ont été menées par les Etats-Unis conjointement avec la Corée du Sud du 26 au 29 septembre, puis avec le Japon et la Corée du Sud le 30 septembre, avant de nouveaux exercices militaires le 6 octobre puis les 7 et 8 octobre. Dans ce même communiqué, l'agence KCNA a déploré "une attitude regrettable tendant à une escalade continue des tensions dans la région tout en faisant peser une menace militaire sur la RPDC". Dans ces circonstances, la RPD de Corée estime n'avoir eu d'autre choix que de mener des exercices pour pouvoir réagir en cas de guerre, simulant des manoeuvres de "guerre réelle" impliquant des frappes sur des cibles situées dans le sud de la péninsule coréenne. 

Manifestation pour la paix en Corée, organisée à Paris le 24 septembre 2022

Manifestation pour la paix en Corée, organisée à Paris le 24 septembre 2022

Comme l'a observé Le Monde dans un article publié avec l'AFP, "les tests de missiles de croisière ne sont pas interdits par les Nations unies (ONU), contrairement aux tirs de missile balistiques". Plus précisément, les sanctions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) visent à interdire les essais nucléaires et les tirs de missiles balistiques intercontinentaux. Dans le contexte diplomatique actuel, il apparaît toutefois improbable que la Russie et la Chine n'opposent pas leur veto à une nouvelle résolution du CSNU qui viserait à accroître les sanctions contre la Corée du Nord - une tentative de renforcement des sanctions par le CSNU, en mai 2022, avait ainsi déjà échoué. 

En septembre 2022, la RPD de Corée avait réaffirmé que son statut de puissance nucléaire était "irréversible", et donc non négociable, tout en rappelant que la force de dissuasion nucléaire ne serait pas utilisée contre un Etat non doté de l'arme nucléaire - ce qui vise donc les Etats-Unis, en excluant la République de Corée et le Japon. En tant que force de dissuasion, l'arme nucléaire permet à la RPDC de compenser un très net déséquilibre en sa défaveur des forces militaires, conventionnelles mais aussi nucléaires, selon le principe de dissuasion du faible au fort qui est aussi au coeur de la doctrine nucléaire française.

Alors que les négociations sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne sont au point mort, la réouverture de discussions sur un moratoire concernant le nucléaire et les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) - comme cela avait été le cas à partir de 2018, en contrepartie de la fin des manoeuvres américano-sud-coréennes de grande ampleur - permettrait d'abord de diminuer le niveau des tensions et de créer les conditions d'une confiance mutuelle pour aller ensuite plus loin sur le long chemin menant à la paix et au désarmement. Mais il est probable que si Pyongyang s'engage sur cette voie, elle exigera des contreparties en termes de levée partielle des sanctions qui la frappent - ce que Washington et ses alliés n'ont pas accepté jusqu'à présent.

Sources :

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 21:39

Il y a 15 ans, le 4 octobre 2007, la deuxième rencontre Nord-Sud au plus haut niveau conduisait à l'adoption d'une Déclaration pour le développement des rapports Nord-Sud, la paix et la prospérité. Pourtant, aujourd'hui, les rapports intercoréens ont été pratiquement réduits à néant. Pis, une nouvelle phase d'escalade militaire est en cours - marquée par le survol du Japon par un missile nord-coréen le 4 octobre 2022, ce qui était une première depuis 2017. Dans ce contexte lourd de menaces de guerre, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme plus que jamais son engagement pour la paix en Corée et dans le monde. 

Déclaration intercoréenne du 4 octobre 2007

Déclaration intercoréenne du 4 octobre 2007

Dans la matinée du 4 octobre 2022, un missile nord-coréen - identifié par l'armée sud-coréenne comme étant un missile balistique de portée intermédiaire - a survolé le Japon. Il s'agissait d'une réponse à des exercices militaires anti-sous-marins menés le 30 septembre 2022 par les Etats-Unis, la République de Corée (Corée du Sud) et le Japon - les premiers depuis 2017. 

Dans un contexte diplomatique profondément dégradé, des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes de grande ampleur avaient été menées fin septembre. Ces exercices militaires avaient conduit la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à réagir en lançant six missiles balistiques de courte portée en mer de l'Est (mer du Japon), entre le 25 et le 29 septembre.

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, a dénoncé ce qui est "clairement une escalade".

L'escalade militaire n'est malheureusement pas la première autour de la péninsule coréenne - l'été et l'automne 2017 ayant marqué un précédent point paroxysmique dans la montée des tensions. Mais il n'y a pas de fatalité à la crise : c'est ce qu'avait affirmé l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) lors d'une marche pour la paix organisée le 24 septembre à Paris, lors de laquelle Yves-Jean Gallas, du Mouvement de la paix, avait pris la parole, aux côtés de représentants de l'AAFC et des organisateurs coréens.  Tous avaient alors réaffirmé leur refus des exercices de guerre américano - sud-coréens - point de départ de l'actuelle montée des tensions - et appelé à renouer le dialogue pour résoudre les conflits latents.  

Manifestants pour la paix, place du Trocadéro à Paris, le 24 septembre 2022

Manifestants pour la paix, place du Trocadéro à Paris, le 24 septembre 2022

Alors que la paix en Corée constitue l'une des plus brûlantes questions de l'actualité dans la péninsule, l'AAFC s'est engagée plus largement pour la paix dans le monde en rejoignant le Collectif national des marches pour la paix, coordonné par le Mouvement de la paix, et les manifestations organisées partout en France le 21 septembre à l'occasion de la Journée de la paix.

Source : 

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17 septembre 2022 6 17 /09 /septembre /2022 20:57

Promulguée le 16 août 2022 par le président américain Joe Biden, la loi sur la réduction de l'inflation (en anglais : Inflation Reduction Act, IRA) comporte une disposition qui a créé un contentieux avec la République de Corée (Corée du Sud) : en instaurant un crédit d'impôt (jusqu'à 7 500 dollars) pour tout achat d'un véhicule électrique assemblé en Amérique du Nord, la loi IRA exclut les véhicules assemblés en Corée du Sud, notamment ceux des marques Hyundai et Kia. Protestant contre une mesure jugée discriminatoire par les constructeurs sud-coréens, Lee Do-hoon, vice-ministre des Affaires étrangères de la République de Corée, a annoncé qu'il se rendrait aux Etats-Unis du 19 au 23 septembre pour s'entretenir à ce sujet avec des responsables américains au Gouvernement et au Congrès, notamment Jose W. Fernandez, sous-secrétaire d'Etat à la croissance économique, à l'énergie et au développement. 

A droite : Jose W. Fernandez. A gauche : Lee Do-hoon. A droite : Jose W. Fernandez. A gauche : Lee Do-hoon.

A droite : Jose W. Fernandez. A gauche : Lee Do-hoon.

C'est dans des négociations difficiles que s'est engagée la République de Corée : en tentant de faire revenir les Etats-Unis sur le champ d'application d'un crédit d'impôt pour l'achat par les ménages américains d'une voiture électrique, dont sont exclus les véhicules assemblés à l'étranger, elle cherche à remettre en cause une mesure de protectionnisme économique (et de relocalisation industrielle) populaire dans l'opinion publique américaine - qui plus est avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. 

Pour y parvenir, Séoul devra s'employer à mobiliser tous ses relais aux Etats-Unis. Le président Yoon Suk-yeol a ainsi rencontré le 16 septembre Larry Hogan, gouverneur du Maryland, et son épouse d'origine coréenne, Yumi Hogan, en déplacement dans la péninsule coréenne, pour qu'ils puissent obtenir des avantages équivalents à ceux des véhicules assemblés aux Etats-Unis pour les constructeurs coréens.

Quelques jours plus tôt, Ahn Duk-geun, ministre du commerce, s'était rendu aux Etats-Unis pendant une semaine et avait obtenu que s'engagent des discussions de haut niveau, en vue de réduire l'impact de la mesure de la loi IRA sur les entreprises sud-coréennes : 

Il n'est pas facile d'un point de vue pratique de modifier la loi avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis en novembre. Mais nous restons ouverts à toutes les possibilités et recherchons diverses mesures pour trouver des solutions avec le Congrès américain et son gouvernement

C'est dans ce contexte que Lee Do-hoon, vice-ministre des Affaires étrangères, a annoncé le 15 septembre qu'il se rendrait à son tour aux Etats-Unis pour discuter de la loi IRA. Lee Do-hoon est un diplomate expérimenté, qui connaît bien ses interlocuteurs américains après avoir été un des principaux négociateurs pour Séoul dans les pourparlers multilatéraux sur le nucléaire nord-coréen pendant la présidence de Moon Jae-in.

Alors que l'opinion sud-coréenne reste prompte à renouer avec l'anti-américanisme, les gestes de bonne volonté qu'apporteront les Etats-Unis seront aussi de nature à montrer leur volonté de renouer véritablement avec une approche davantage multilatérale des relations internationales, qui plus est à l'égard d'un de leurs principaux alliés en Asie de l'est.

 

Sources : 

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 21:23

Alors que les sanctions internationales de plus en plus lourdes prises contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à partir de 2006 ont pu être adoptées grâce au ralliement de la Russie et de la Chine aux propositions des Etats-Unis et de leurs alliés au Conseil de sécurité des Nations unies, le nouveau contexte international, marqué par les tensions croissantes entre les Etats-Unis, d'une part, la Russie et la Chine, d'autre part, offre une opportunité pour Pyongyang de renforcer ses échanges avec Moscou et Pékin - alors que la RPDC a annoncé réouvrir ses frontières après avoir déclaré terminée l'épidémie de "fièvre" (interprétée comme une épidémie de Covid-19) - et fermé ses frontières avec la Chine il y a plus de deux ans et demi, en début d'année 2020. 

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Rencontre à Vladivostok, Le 25 avril 2019, entre Kim Jong-un, président de la Commission des affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie.

Si le renforcement des relations bilatérales de la RPDC avec la Russie et la Chine s'était traduit, en 2019, par des rencontres au sommet entre leurs dirigeants (du Président Kim Jong-un à Vladivostok en avril 2019, et du Président Xi Jinping en RPD de Corée les 20 et 21 juin 2019), la fermeture des frontières dans le contexte international de la lutte de pandémie de Covid-19 avait mis fin à ces échanges au plus haut niveau quelques mois plus tard. Durement touchée par les sanctions internationales, l'économie nord-coréenne avait nettement reculé, selon les estimations occidentales - en l'absence de statistiques officielles publiées par la RPDC.

Le nouveau contexte international offre à Pyongyang une opportunité de renforcer ses échanges avec ses deux principaux voisins - et tout d'abord au plan diplomatique. Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, la RPDC a dénoncé la responsabilité selon elle des Etats-Unis et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) - dénonçant par ailleurs les perspectives de création d'un OTAN asiatique qui se constituerait autour des alliances militaires privilégiées de Washington avec Tokyo et Séoul. De fait, l'agence de renseignement sud-coréenne a été la première, en Asie, à rejoindre cette année le groupe de défense cyber de l'OTAN.

La possibilité d'un axe Moscou-Pékin-Pyongyang apparaît dans les analyses partagées de ces trois puissances contre l'hégémonie américaine, nonobstant la position de la Chine qui, sur la guerre en Ukraine, modère son ton pour préserver ses relations économiques avec les puissances occidentales. 

Entre la Russie et la RPD de Corée, le fait le plus notable est la reconnaissance par Pyongyang des républiques de Donetsk et de Lougansk le 13 juillet 2022. La RPD de Corée est également apparue prête à participer à la reconstruction économique de ces zones en guerre, par l'envoi de travailleurs - ce qui s'inscrirait dans le prolongement d'une pratique ancienne, naguère de la Corée du Sud, et de la Corée du Nord jusqu'aux récentes sanctions internationales l'interdisant à Pyongyang. De fait, les sanctions ne seraient alors plus appliquées par la Russie - du moins, sur ce point.  

A l'occasion de l'anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945, les courriers échangés au niveau des chefs d'Etat traduisent la volonté de renforcer les relations bilatérales. Vladimir Poutine a rappelé les combats menés "entre l'Armée rouge et les patriotes de Corée" pour la libération de la péninsule de l'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, et exprimé son souhait de renforcer "la sécurité et le stabilité de la Corée". Kim Jong-un lui a répondu en observant qu'un "front commun" permettait de contrer "les menaces et les provocations des forces hostiles".

Alors que Pyongyang a critiqué la visite de Nancy Pelosi à Taïwan, et rappelé sa position de principe sur une seule Chine (à l'instar de Moscou), les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes d'août 2022 (les plus importantes depuis 2018, bien que d'une ampleur non rendue publique) ont été dénoncées non seulement par la RPD de Corée, mais aussi par la Chine - et par l'ambassadeur russe à Pyongyang. Alors que les experts occidentaux s'attendent à un nouvel essai nucléaire nord-coréen, il semble improbable que Pékin et Moscou accepteraient alors de renforcer les sanctions contre la RPD de Corée, voire même de se joindre à une condamnation verbale. Le 26 mai 2022, la Chine et la Russie avaient opposé leur veto à une proposition de résolution, d'origine occidentale, appelant à renforcer les sanctions contre la RPD de Corée après le lancement par cette dernière de plusieurs missiles balistiques. La Chine et la Russie appellent à présent au dialogue avec Pyongyang et à commencer à lever les sanctions. Si les Occidentaux venaient à prendre de nouvelles sanctions contre la RPDC, celles-ci n'auraient qu'une portée somme toute réduite - vu la quasi-absence de relations et d'échanges avec la Corée du Nord.

La situation géopolitique actuelle a déjà fait une victime : les relations intercoréennes, qui s'étaient réchauffées pendant la présidence du démocrate Moon Jae-in en République de Corée (Corée du Sud), sont au plus bas. Le nouveau président conservateur Yoon Suk-yeol, qui avait déjà qualifié la RPD de Corée d' "ennemi principal" de la Corée du Sud pendant la campagne électorale en mars 2022, a profité de l'anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août 2022, pour formuler une proposition consistant à apporter une aide économique au Nord en contrepartie de sa dénucléarisation. Les observateurs étaient sceptiques sur la réponse de Pyongyang à ce qui apparaissait surtout comme une opération de communication à peu de frais pour apparaître vouloir un dialogue : en effet, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait formulé une proposition très proche en 2008, qui avait été rejetée par le Nord. Sans surprise, la RPD de Corée avait répondu quelques jours plus tard que sa sécurité internationale n'était pas négociable - et pas à vendre.

Alors que la France et l'Union européenne se démarquent des Etats-Unis sur la montée des tensions avec la Chine (notamment, s'agissant de la France, lors de la conclusion de l'alliance militaire AUKUS entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, en septembre 2021), il apparaîtrait utile de promouvoir le dialogue et de prévenir les risques d'escalade et de tensions à la frontière est de la Russie, dans et autour de la péninsule coréenne. Dans le site d'analyse de référence sur la Corée du Nord 38 North, Jagannath Panda ne dit pas autre chose, en soulignant qu' "il est impératif d'empêcher une confrontation de type russe en Asie du Nord-est". Nous faisons nôtres ces propos raisonnables et de bon sens.

 

Sources :

Jagannath Panda, "Will Pyongyang's NATO tirades pay dividends", 38 North, 19 août 2022

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 21:41

Alors que l'opinion publique française est alertée sur la situation terrible de Sébastien Raoult, jeune hacker français de 21 ans détenu au Maroc et menacé d'extradition vers les Etats-Unis, un citoyen britannique est menacé d'un sort similaire : Christopher Emms est actuellement détenu en Arable Saoudite, risquant une extradition vers les Etats-Unis après l'émission d'un mandat d'arrêt par le FBI. Pourtant, un Britannique ne devrait pas être soumis à une juridiction américaine pour des faits commis en dehors du territoire américain : le principe d'extraterritorialité est contraire aux règles de droit international. Les accusations à l'encontre de Christopher Emms sont par ailleurs absurdes : pour avoir participé à une conférence internationale sur la blockchain en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en avril 2019, il deviendrait soudainement co-organisateur de cette conférence selon la justice américaine - et à ce titre coupable de complot pour avoir tenté de soustraire la RPD de Corée aux sanctions internationales. Christopher Emms encourt vingt ans de prison aux Etats-Unis. L'Association d'amitié franco-coréenne se joint aux défenseurs de l'informaticien britannique, qui rejette catégoriquement les accusations à son encontre, pour qu'il puisse enfin bénéficier de la protection consulaire des autorités britanniques en étant rapatrié au Royaume-Uni, et que dans son pays il puisse se défendre librement d'accusations dont tout indique qu'elles sont infondées.

Justice et liberté pour Christopher Emms !

Les poursuites contre Christopher Emms - ainsi que l'Espagnol Alejandro Cao de Benos - s'inscrivent dans le prolongement de la condamnation du développeur d'Ethereum, Virgil Griffith, à 63 mois de prison par la justice américaine. Tous les trois avaient participé à une conférence sur la blockchain, organisée en 2019 à Pyongyang par Alejandro Cao de Benos. Après avoir défendu n'avoir apporté aucune information sensible de nature à permettre aux Nord-Coréens d'échapper aux sanctions internationales, Virgil Griffith avait finalement plaidé coupable à la suite d'un placement en détention provisoire - ce qui lui avait permis de réduire la très lourde peine à laquelle il était exposé (jusqu'à 20 ans de prison). Après sa condamnation, Christopher Emms et Alejandro Cao de Benos sont poursuivis pour complicité en ayant prétendument aidé les Nord-Coréens à utiliser les crypto-monnaies pour contourner les sanctions internationales. Ni l'un ni l'autre ne sont pourtant américains et les faits incriminés n'ont pas été commis aux Etats-Unis. L'affaire Julian Assange a apparemment donné des ailes aux procureurs américains pour faire appliquer la loi américaine partout dans le monde, en méconnaissance du principe de souveraineté des Etats.

 

Comme l'a souligné Christopher Emms, non seulement il n'était pas impliqué dans l'organisation de la conférence à Pyongyang, mais la description qu'il en donne peut difficilement laisser penser qu'une quelconque information utile ait pu être apportée aux Nord-Coréens : 

Nous n'avons reçu aucune préparation, on nous a donné un tas de merde, des copiés-collés de Google qui nous ont été donnés par [Cao de Benós] avec différents sujets de discussion, des trucs de haut niveau comme “Blockchain et technologie” et “Blockchain et la paix.”

Blockworks

De la description qu'il donne de son voyage (payant) en RPD de Corée, Christopher Emms ne peut vraiment pas être décrit comme un défenseur à quelque titre que ce soit du régime nord-coréen. Pourtant, à en croire le FBI, il aurait permis aux Nord-Coréens d'acquérir des connaissances pour échapper aux sanctions frappant la RPDC... 

 

Non seulement Christopher Emms est détenu en Arabie Saoudite, dans un état de pression psychologique intense, mais ses comptes bancaires ont été bloqués par décision de la justice américaine et il en est réduit à emprunter de l'argent à sa famille et ses amis.

 

Malgré l'engagement courageux en sa faveur du député britannique conservateur Crispin Blunt, les autorités londoniennes ont manifestement abandonné l'un de leurs ressortissants.  Tout ce qu'il demande est de pouvoir retourner au Royaume-Uni et se défendre :

Emms maintient qu'il est innocent, mais même s'il ne l'était pas, il considère qu'il a le droit de “rentrer à la maison et de traiter avec le système judiciaire britannique, ce qui n'est pas, je pense, une énorme chose à demander, même aux Américains”

Coingeek

Les poursuites contre Christopher Emms s'inscrivent plus largement dans un mouvement inquiétant de criminalisation des activités liées aux crypto-monnaies, ainsi que de mise en oeuvre d'un délit d'opinion - ce dont a également souffert le président de l'AAFC : au fond, la principale critique contre Christopher Emms n'est-elle pas d'avoir dénoncé comme particulièrement injustice la gestion par les autorités américaines du système monétaire global ? Les fondateurs des crypto-monnaies ont rêvé d'un monde meilleur en instituant un système monétaire qui puisse échapper aux Etats ; aujourd'hui, l'appareil répressif des Etats cherche à étouffer leurs voix indépendantes et libres.

 

Sources :

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 10:43

Le 19 août 2022, à l'initiative de Mme Kim un rassemblement pour la paix en Corée s'est tenu à Paris, place du Trocadéro - suscitant l'intérêt du public pour un conflit qui n'a jamais pris fin depuis l'armistice du 27 juillet 1953. Cette manifestation a été organisée à la veille de nouveaux exercices militaires américano - sud-coréens. Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne réaffirme sa position de principe pour la paix et le dialogue, ainsi que pour la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes.

Manifestation à Paris pour la paix en Corée

A partir du 22 août 2022 les forces militaires américaines et sud-coréennes conduisent des manœuvres militaires de grande ampleur intitulées « Bouclier de la liberté Ulchi », dans et autour de la péninsule coréenne. Elles combinent les moyens de toutes les armes – notamment le recours à des bombardiers F35 – et des actions cyber, la guerre cybernétique représentant aujourd’hui l’une des menaces majeures qui pèse sur la sécurité mondiale en l’absence de toute régulation par le droit international public.

Ces exercices de guerre constituent le plus vaste déploiement de forces militaires en dehors d’un conflit armé. Ils avaient été interrompus en 2019 par le Président de la République de Corée (Corée du Sud) Moon Jae-in, en vue de favoriser le dialogue et les échanges intercoréens. Leur reprise dans un contexte marqué par une escalade des tensions, en Asie du Nord-Est et dans le monde, constitue le pire signal pour toutes celles et tous ceux qui sont épris de paix

Les manœuvres militaires menées conjointement par les soldats américains et sud-coréens sont régulièrement dénoncées par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la répétition d’une invasion de la péninsule coréenne. Elles font courir un grave risque de montée des tensions, justifiant la poursuite par la Corée du Nord de son programme nucléaire et balistique. Elles interviennent cette année après des exercices militaires conduits par la Chine autour de Taïwan, signalant une dangereuse montée des tensions dans la zone Asie-Pacifique, la plus militarisée au monde.

La montée des tensions n’est pas une fatalité : il est urgent de renouer le dialogue en Asie du Nord-Est, en mettant fin à l’escalade militaire et en opérant une levée des sanctions qui frappent durement les populations nord-coréennes : c’est la seule voie crédible vers la paix et la dénucléarisation de l’ensemble de la péninsule coréenne.

Le dialogue, engagé fermement à la suite des déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, permettra aux Coréens – à tous les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora – de redevenir maîtres de leur destin, en vue de la réunification de leur patrie.

Toute l’initiative du rassemblement du 19 août 2022 place du Trocadéro, à Paris, en revient au cri du cœur de Kim, Coréenne mariée à un Français. Elle avait préparé lors de son précédent et récent voyage en Corée une série de panneaux légers dont les sérigraphies sont, à la coréenne, propres et clairs aussi bien pour les textes que pour les couleurs. Etait notamment présent à ses côtés Olivier, dont le timbre de stentor est impressionnant.

Après cette sensibilisation réussie, les organisateurs se sont donnés rendez-vous pour poursuivre la mobilisation, en envisageant de se retrouver autour d'un repas coréen à Paris et d'organiser de nouveaux rassemblements.

Manifestation à Paris pour la paix en Corée
Manifestation à Paris pour la paix en Corée
Manifestation à Paris pour la paix en Corée

Photos : AAFC / Dominique de Miscault

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 00:19

Si la visite à Taïwan de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, a été amplement commentée car elle s’est accompagnée d’un regain de tensions entre Pékin et Washington à propos de l’île nationaliste, ce déplacement s’inscrivait dans le cadre plus large d’une tournée est-asiatique qui a également conduit la délégation parlementaire menée par Nancy Pelosi à Singapour, en Malaisie et en République de Corée (Corée du Sud) , avant de rejoindre le Japon. C’était le premier déplacement d’un président de la Chambre des représentants américaine en Corée du Sud depuis 2002.

Lors de sa visite de deux jours en Corée du Sud, Nancy Pelosi, loin d’appeler au dialogue intercoréen et à la désescalade, a tenu un discours au contraire de nature à attiser les tensions en mettant l’accent sur la démocratie et la défense de la Corée du Sud, visant – bien qu’en évitant de la nommer directement – la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) :

Les Etats-Unis et la Corée du Sud partagent un lien fort formé pour la sécurité et forgé par des décennies d’amitié chaleureuse (…) Notre délégation du Congrès a voyagé à Séoul pour réaffirmer nos liens précieux et notre engagement commun à faire progresser la sécurité et la stabilité, la croissance économique et la gouvernance démocratique.

Sa visite dans la zone démilitarisée a mis en avant que les questions sécuritaires étaient considérées par Nancy Pelosi comme primordiales dans la relation américano – sud-coréenne, la délégation parlementaire américaine choisissant par ailleurs d’être hébergée symboliquement, pour sa visite dans la péninsule coréenne, dans la base aérienne américaine d’Osan, ouverte pendant la guerre de Corée et ayant joué à ce titre un rôle essentiel pour couvrir la Corée d’un tapis de bombes. Enfin, Nancy Pelosi a loué la présence militaire américaine en Corée du Sud : dans un entretien téléphonique avec le président sud-coréen Yoon Suk-yeol, elle a remercié ce dernier « pour l’hospitalité coréenne des 28 000 militaires américains et de leurs familles » et « exprimé la gratitude du Congrès et du pays pour le service patriotique de nos militaires, qui sont des sentinelles de la démocratie sur la péninsule coréenne ».

La RPD de Corée a réagi en dénonçant Nancy Pelosi comme la « pire destructrice » de la paix internationale et de la sécurité, et estimé que sa visite dans la zone démilitarisée témoignait de la « politique hostile de l’actuelle administration américaine » à son encontre. Jo Yong-nam, directeur général du département de la presse et de l’information du ministère nord-coréen des affaires étrangères, a justifié ses critiques contre la Présidente Nancy Pelosi en rappelant sa visite en Ukraine en avril, ainsi que son récent voyage à Taïwan. Un porte-parole de la RPDC avait alors dénoncé l’ingérence américaine dans les affaires intérieures de la Chine et la remise en cause de son intégrité territoriale, en voyant dans l’attitude américaine la source des menaces sur la paix et la sécurité dans la région. 

Nancy Pelosi a aussi délibérément occulté que les exercices militaires de grande ampleur qui se tiennent régulièrement autour de la péninsule coréenne sont menées ici non pas par Pékin, mais bien par les Etats-Unis et leur allié sud-coréen. Ces manœuvres sont dénoncées par Pyongyang comme des préparatifs à une guerre d’invasion. Pourtant, les chancelleries occidentales ne disent pas autre chose lorsqu’elles dénoncent les manœuvres militaires chinoises au large de Taïwan. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » ?

Pour sa part, l’Association d’amitié franco-coréenne plaide encore et toujours pour le dialogue et la paix dans la péninsule coréenne, seule la désescalade pouvant prévenir tout risque de dérapage vers un conflit dont les Coréens seraient les premières et innocentes victimes. La diplomatie parlementaire doit y contribuer – et non attiser les braises de conflits loin d’être éteints – et dont la guerre en Ukraine nous rappelle qu’ils ont de lourdes conséquences, y compris économiques et sociales, dans le monde entier.

 

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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 15:39

Le 1er janvier 2020, pour la première fois depuis 2013, Kim Jong-un, chef d’État de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et président du Parti du travail de Corée (PTC) n’a pas prononcé de discours de Nouvel An. En revanche, il s’est exprimé au cours de la 5ème session plénière du 7ème Comité central du PTC qui s'est tenue du 28 au 31 décembre 2019. La durée exceptionnelle de cette session et le choix d'une intervention devant les plus hauts cadres du PTC, plutôt que d’une allocution publique, traduisent sans doute la gravité de la situation, dans un contexte où semble s'achever la phase diplomatique amorcée avec les Etats-Unis en 2018, et marquée par les sommets RPDC-Etats-Unis de juin 2018 et février 2019 (auxquels il convient d'ajouter une rencontre « impromptue » à Panmunjom le 30 juin 2019). Les discussions entre la RPDC et les Etats-Unis n’ont permis aucune avancée concrète sur les questions de l'établissement d'un régime de paix permanent en Corée, de la dénucléarisation de la péninsule coréenne et de la levée des sanctions à l'encontre de la RPDC. Au cours de son discours, Kim Jong-un semble donc avoir tiré le bilan de l'absence d'avancées diplomatiques et tracé une nouvelle voie pour 2020, tant dans la conduite des affaires diplomatiques qu’en matière de politique intérieure et de développement économique.

Faute d'avancées diplomatiques, la RPDC prône le renforcement de la défense et l'autosuffisance en 2020

Si, en théorie, ni les Etats-Unis ni la RPDC n’ont annoncé leur volonté de mettre fin à leurs négociations, les dernières semaines de l'année 2019 semblent avoir, en pratique, sonné le glas de tout espoir d’un accord, alors que se rapprochait la date butoir du 31 décembre fixée par Kim Jong-un dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême. Devant le Comité central du PTC, Kim Jong-un a déclaré que « l’intention des Etats-Unis est de tergiverser sous couvert de dialogue et de négociations afin d’atteindre leurs visées politiques et diplomatiques et en même temps de maintenir indéfiniment leurs sanctions dans le but d’user et d’affaiblir de plus en plus nos forces ».

De fait, incapables de présenter un plan de route crédible ni de faire la moindre concession permettant de parvenir à un accord équilibré, les Etats-Unis ont favorisé ce qui s’apparente à un « retour à la case départ ». Kim Jong-un a ainsi rappelé les efforts engagés par son pays en vue d'apaiser les tensions et l'hostilité constante manifestée par les Etats-Unis : « Rien que ces deux dernières années où notre République avait pris des mesures préalables de haute importance pour la création de la confiance entre la RPDC et les Etats-Unis, notamment la cessation des essais nucléaires et des tests de lancements de fusées balistiques intercontinentales et la suppression de la base d’essai nucléaire, les Etats-Unis, loin d’y répondre par leurs mesures correspondantes, ont effectué à des dizaines de reprises les exercices militaires conjoints d’une grande et petite envergure que le Président américain avait promis lui-même de cesser, et introduit en Corée du Sud des matériels de guerre de pointe pour nous menacer militairement, et adopté plus de dix fois des mesures de sanctions séparées contre nous. Ils ont ainsi montré de nouveau au monde que leur ambition d’écraser notre régime est invariable. »

Même si Donald Trump ne parle plus de « détruire complètement » la Corée du Nord, comme en septembre 2017 devant l'Assemblée générale des Nations unies, le risque d’un affrontement armé en Corée est désormais plus élevé. Le discours de Kim Jong-un au sujet des impératifs de la défense nationale tient évidemment compte de cette nouvelle donne et il a souligné la nécessité de prendre des « mesures offensives pour assurer efficacement la souveraineté et la sécurité de notre Etat ».

Deux informations d’une particulière importance ont été annoncées. Premièrement, la RPDC ne s'estime plus tenue par ses engagements de suspendre les essais nucléaires et les tests de lancements de missiles balistiques. Deuxièmement, la RPDC va développer de nouvelles « armes stratégiques » que « le monde verra dans un proche avenir ».

Justifiant ces annonces, Kim Jong-un a déclaré que, « à cause des actes brutaux des Etats-Unis, l’environnement extérieur de notre République ne change nullement à une heure où nous concentrons toutes nos forces sur l’édification économique, comme à l’époque où nous poursuivions la voie du développement parallèle [de l'économie et d'une force de dissuasion nucléaire], et les actes hostiles, la menace et le chantage nucléaires ne cessent de s’accentuer ». Tirant les conséquence de cette situation, le dirigeant de la RPDC a ajouté que, « dans cette circonstance, nous ne pouvons pas délaisser la sécurité de notre avenir en aspirant uniquement aux succès économiques concrets et au bien-être ».

La session plénière du Comité central du PTC a aussi abordé les difficultés économiques rencontrées en RPDC. Avec l'absence d'avancées diplomatiques avec les Etats-Unis, l’espoir d’un allègement des sanctions économiques semble s’éloigner et, avec lui, la possibilité d’une amélioration rapide de l’économie nord-coréenne.

Dans son discours, Kim Jong-un n’a ainsi pas caché l’existence des difficultés causées par les sanctions et les souffrances qui en découlaient pour la population : « Comme de tangibles succès n’ont pas été enregistrés dans la direction unifiée et la gestion stratégique des affaires économiques ni dans l’amélioration des méthodes de gestion et d’administration des entreprises, l’Etat n’a pas réussi à jouer son rôle d’organisation de l’économie, et de sérieux problèmes surgissent dans l’effort pour rajuster, étoffer et activer l’économie dans son ensemble et la porter à une étape d’accroissement. »

La RPDC devra continuer à privilégier le chemin de l’« autosuffisance », lequel a montré qu’il constituait une alternative crédible, notamment par le développement de grands projets d’infrastructures et de constructions. Le mot d’ordre est donc le suivant : « Plus nous renforçons notre propre force et créons de précieuses richesses sur la base de l'autonomie et de l'autosuffisance, plus les ennemis seront entraînés dans une agonie profonde et plus tôt viendra le jour de la victoire du socialisme. »

Dans ce cadre, Kim Jong-un a proposé un plan pour réaliser un « tournant décisif dans le développement de l'économie du pays et du niveau de vie de la population ». L’accent a notamment été mis sur les questions des sciences, de la santé et de l’éducation.

Kim Jong-un a beaucoup insisté sur la nécessité de réformer l’organisation économique, particulièrement dans les « secteurs industriels clés, piliers de l’économie indépendante », tels que notamment les « industries métallurgique, chimique, houillère et mécanique, des matériaux de construction, du transport ferroviaire et de l’industrie légère ». La nécessité de lutter contre les désastres naturels et d’agir en faveur de l’environnement a aussi été rappelée.

A l'issue de la réunion, la 5ème session plénière du 7ème Comité central du PTC a adopté un projet de résolution comportant les huit décisions suivantes :

1 - Mettre en ordre de nouveau les assises économiques du pays et mobiliser toutes les potentialités de production pour faire face aux nécessités du développement économique et de la vie du peuple ;

2 - Accorder de l’importance à la science et à la technique et améliorer l’enseignement et la santé publique reflétant l’aspect du régime socialiste ;

3 - Protéger l’écosystème et prendre des mesures de gestion de la crise dans le cadre de l’Etat pour faire face aux calamités naturelles ;

4 - Garantir la victoire de la lutte pour vaincre de front les difficultés grâce à la puissante offensive politique, diplomatique et militaire ;

5 - Intensifier la lutte contre les actes antisocialistes et non socialistes, instaurer la discipline morale et soigner l’éducation idéologique dans les organisations de travailleurs ;

6 - Renforcer le Parti, état-major de la révolution, et accroître sa capacité de direction considérablement ;

7 - Les cadres, personnel dirigeant de la révolution, se dévoueront pour s’acquitter de leur responsabilité et de leur devoir assumés devant le Parti, la révolution et le peuple dans la lutte pour surmonter de front les difficultés rencontrées sur la voie de l’édification du socialisme ;

8 -Les organisations du Parti à tous les échelons et les organismes politiques soigneront le travail d’organisation et la politique pour appliquer cette décision et les organismes concernés, notamment le Présidium de l’Assemblée populaire suprême et le Cabinet, prendront des mesures pratiques pour réaliser parfaitement les tâches définies dans la décision.

KCNA, 1er janvier 2020

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 19:18

Après que le président des Etats-Unis Donald Trump a limogé le 10 septembre 2019 son conseiller à la sécurité nationale, le « super faucon » John Bolton, les perspectives semblent meilleures pour une reprise des négociations entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et les Etats-Unis, susceptibles cette fois d'aboutir à un accord sur le programme nucléaire de la RPDC, acceptable par les deux parties. Ces perspectives de dialogue ne sont même pas compromises par les trois nouveaux essais balistiques de la RPDC (16 août, 24 août et 10 septembre), en réaction aux manœuvres militaires conjointes des armées américaine et sud-coréenne. Ces essais n'auront pas non plus dissuadé la Corée du Sud de mettre fin à un accord de partage des renseignements militaires avec le Japon, pourtant un élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis.

Après les séries d'essais de missiles à courte portée et de lance-roquettes mutliples effectués en mai 2019 et en juillet-août 2019, la RPDC a procédé une série de trois nouveaux essais du 16 août au 10 septembre 2019 :

Le 16 août, la RPDC a testé sur sa côte orientale ce qu'elle a présenté comme une « nouvelle arme », sans donner davantage de renseignements sur l'arme en question. Selon l'armée sud-coréenne, il s'agirait de deux missiles balistiques de courte-portée similaires, au moins par leur aspect, au Army Tactical Missile System (ATACMS) de l'armée américaine. Les projectiles testés auraient parcouru 230 km à une altitude maximale de 30 km.

Essai ballistique mené par la RPD de Corée le 16 août 2019 (photo : KCNA)

 

Le 24 août, la RPDC a testé, toujours depuis sa côte orientale un « lance-roquettes multiple de très grande taille nouvellement développé » d'une portée présumée d'au moins 400 km.

Enfin, le 10 septembre, la RPDC a procédé à l'essai d'un autre « lance-roquettes multiple de très grande taille », cette fois depuis sa région occidentale, dont deux projectiles ont parcouru environ 330 kilomètres selon l'armée sud-coréenne.

L'essai du 10 septembre constituait le dixième de l'année 2019 et les armes testées, qu'il s'agisse de missiles à courte portée ou de lance-roquette multiples sont capables d'atteindre les forces que déploient les Etats-Unis dans la péninsule coréenne et ses alentours.

C'est néanmoins le 10 septembre que le président américain Donald Trump a choisi de se séparer de son conseiller à la sécurité nationale, le très belliciste John Bolton, ensuite remplacé par Robert O'Brien.

Bolton est considéré comme le principal responsable de l'échec du sommet de Hanoï des 27 et 28 février 2019. A Hanoï, Les deux parties avait échoué à s'entendre sur les étapes de la dénucléarisation de la RPDC et de la levée des sanctions frappant cette dernière, Bolton plaidant pour l'application du « modèle libyen », soit la renonciation par la Corée du Nord à son programme d'armement nucléaire comme préalable à d'hypothétiques concessions de la part des Etats-Unis.

John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis

 

« [John Bolton] a fait de très grosses erreurs. Quand il a parlé du modèle libyen pour Kim Jong-un, ce n'était pas une bonne déclaration à faire », a déclaré Donald Trump le 11 septembre aux journalistes à la Maison-Blanche. « Voyez ce qui s'est passé avec Kadhafi. Ce n'était pas une bonne déclaration à faire, et cela nous a retardés. »

Pour mémoire, la Libye a abandonné son programme d'armement nucléaire en 2003, huit ans avant le renversement et l'assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi par des forces rebelles soutenues par l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

« Voyez ce qui est arrivé à Kadhafi avec le modèle libyen. Et il se sert de cela pour conclure un accord avec la Corée du Nord ? », a déclaré Donald Trump. « Je ne blâme pas Kim Jong-un pour ce qu'il a dit après cela. Et il ne voulait rien avoir à faire avec John Bolton. Dire quelque chose comme ça, ce n'est pas une question d'être dur, c'est une question de ne pas être intelligent. »

Ces déclarations sont plutôt de nature à rassurer la RPDC sur les intentions des Etats-Unis. De fait, le départ du « super faucon » Bolton a coïncidé avec la proposition de la Corée du Nord de reprendre à la fin du mois de septembre les négociations sur la dénucléarisation, dans l'impasse depuis le sommet sans accord de février entre les dirigeants nord-coréen et américain.

Ainsi, le 10 septembre, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Choe Son-hui, a déclaré dans un communiqué que la RPDC souhaitait reprendre les négociations sur la dénucléarisation avec les Etats-Unis à la fin de septembre, en demandant que Washington vienne avec une nouvelle proposition acceptable.

« Nous sommes disposés à nous asseoir avec la partie américaine pour des discussions complètes sur les enjeux que nous avons abordés à une date et un endroit à déterminer à la fin de septembre », a dit la vice-ministre Choe.

Choe Son-hui, vice-ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée

 

Pour la vice-ministre, les Etats-Unis ont eu « suffisamment de temps » pour réviser leur méthode de calcul, conformément au souhait exprimé par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un dans son discours du 12 avril 2019 lors de la première session de la 14ème législature de l'Assemblée populaire suprême de RPDC.

« Je pense que les Etats-Unis viendront avec une proposition adaptée aux intérêts de la RPDC et des Etats-Unis et basée sur une méthode de calcul acceptable pour nous », a déclaré Choe Son-hui.

La position nord-coréenne a été réaffirmée par Kim Myong-gil, ancien ambassadeur nord-coréen au Vietnam et nouveau représentant de la RPDC pour les négociations avec les Etats-Unis.

Dans un communiqué publié le 21 septembre, l'ambassadeur Kim a favorablement accueilli les propos du président américain qui a suggéré une « nouvelle méthode » pour sortir les négociations de dénucléarisation de l'impasse.

« En tant que chef de la délégation de la partie de la RPDC aux négociations de travail RPDC-Etats-Unis, j'aimerais saluer la décision politique judicieuse du président Trump d'aborder les relations RPDC-Etats-Unis d'un point de vue plus pratique », a déclaré Kim Myong-gil.

« Pour le moment, je ne suis pas tout à fait certain de ce que [le président Trump] sous-entend dans sa proposition de "nouvelle méthode" mais il me semble qu'il veut dire qu'une solution par étape en commençant d'abord par les choses faisables, tout en construisant une confiance mutuelle, serait la meilleure option », a-t-il dit.

« J'aimerais rester moi-même optimiste quant aux résultats des prochaines négociations RPDC-Etats-Unis en prévoyant que la partie américaine viendra aux négociations avec une méthode de calcul correcte », a-t-il encore ajouté.

La position de la RPDC constitue un grand changement par rapport aux critiques émises à l'égard des Etats-Unis au cours de l'été 2019. Ainsi, en août, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, avait qualifié son homologue américain Mike Pompeo de « toxine conservatrice de la diplomatie américaine », Pompeo ayant déclaré que toutes les sanctions imposées contre la RPDC seraient maintenues jusqu'à sa dénucléarisation. Pour sa part, la vice-ministre nord-coréenne des affaires étrangères Choe Son-hui avait déclaré fin août que les attentes pour le dialogue avec les Etats-Unis étaient « en train de disparaître progressivement ».

La mise à l'écart de John Bolton, champion des néoconservateurs adeptes de « changements de régime » dans les pays considérés comme hostiles, aura donc permis de sortir de l'impasse les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, les essais balistiques menés par la RPDC en juillet et août n'ont pas empêché la Corée du Sud de mettre un terme à l'accord de partage de renseignements militaires avec le Japon, élément essentiel de l'alliance entre la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis tant désirée par ces derniers pour affronter la Chine avec la prétendue menace nord-coréenne comme prétexte.

En effet, le 22 août 2019, la Corée du Sud a annoncé sa décision de ne pas renouveler l'Accord de sécurité générale d'informations militaires (General Security of Military Information Agreement, GSOMIA) avec le Japon, accord arrivant à échéance en novembre et considéré comme l'une des rares plates-formes de sécurité pour promouvoir la coopération trilatérale en matière de défense entre les deux pays et leur allié commun, les Etats-Unis.

La décision sud-coréenne est intervenue sur fond de conflit commercial avec le Japon. Début août, le Japon a décidé de supprimer la Corée du Sud de sa liste des partenaires commerciaux dignes de confiance, justifiant cette décision par des « problèmes sécuritaires », après avoir imposé le 4 juillet des restrictions d'exportation vers la Corée du Sud de trois matériaux clés dans le cadre de représailles apparentes contre les verdicts rendus par la Cour suprême sud-coréenne quant au travail forcé en temps de guerre.

Dans un rapport préparé pour une réunion parlementaire, le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a indiqué : « Nous avons déterminé qu'il n'était plus dans l'intérêt national de maintenir un pacte conclu pour partager des informations militaires sensibles avec le gouvernement japonais qui a soulevé des questions sur la confiance endommagée et les préoccupations sécuritaires. »

Le département d'Etat américain a quant à lui fait part de sa « profonde inquiétude et déception sur le fait que l'administration Moon a refusé le renouvellement » du GSOMIA, et le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a manifesté ses préoccupations sur la décision de la Corée du Sud de mettre fin à l'Accord dans un entretien téléphonique avec son homologue sud-coréen.

Le prétexte de la « menace nord-coréenne » a donc fait long feu. Les négociations entre la RPDC et les Etats-Unis en vue de la signature d'un accord de dénucléarisation mutuellement acceptable sont à nouveau sur les rails, et la Corée du Sud n'hésite plus à mettre en avant les intérêts coréens, communs aux Coréens du Sud, du Nord et d'outre-mer, quitte à s'opposer aux intérêts stratégiques des Etats-Unis.

Tout cela fait émerger en Corée un nouveau contexte - un nouveau monde? - et il n'y a plus guère que la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne pour condamner les mesures prises par la RPDC pour sa propre défense, comme ils l'ont encore fait le 27 août en convoquant une session, à huis clos, du Conseil de sécurité des Nations unies, et en faisant une déclaration par laquelle, tels la mouche du coche de la fable, ils appellent la Corée du Nord à « s'engager dans des négociations significatives avec les Etats-Unis »Mais, aussi significatif, si ce n'est plus, que les négociations réclamées par Paris, Londres et Berlin, les Etats-Unis ne se sont pas associés à cette déclaration, sans doute pour ne pas nuire aux efforts visant la reprise des négociations avec la RPDC.

La nouvelle modération de l'administration américaine en Corée l'éloigne de la rhétorique habituelle des néoconservateurs dans le style de John Bolton, lequel aura au moins la satisfaction de savoir qu'il est un peu regretté dans certaines capitales européennes.

 

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