Dans un contexte où le dialogue américano - nord-coréen est pour le moment suspendu, un certain nombre d'acteurs tentent de faire pencher la balance dans le sens d'un arrêt des discussions et d'un retour au cycle antérieur des tensions et des sanctions, dont ils espèrent qu'elles entraînent l'effondrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). C'est ainsi qu'un rapport émanant notamment de milieux du renseignement, publié par un groupe ("Beyond Parallel") relevant d'un certain Centre d'études stratégiques et internationales, a été publié fort à propos dans le New York Times, pour démontrer la "grande supercherie" à laquelle se livrerait la Corée du Nord, en entretenant un réseau d'au moins vingt bases secrètes de missiles balistiques. Sauf que le contenu du rapport n'a rien de scoop, et encore moins valeur de preuve quant à une supposée duplicité dont ferait preuve Pyongyang dans ses discussions avec les Etats-Unis.
Les photos de la base de Sakkanmol, présentées comme l'une des principales pièces à conviction
Comme toujours, le rapport présente toutes les garanties attendues d'un travail d'experts dont les conclusions seraient recoupées, vérifiées et indubitables, en se fondant sur des images satellitaires et de "nombreux" entretiens avec des experts occidentaux du renseignement et des transfuges nord-coréens.
Mais l'entreprise de déstabilisation du dialogue entre Washington et Pyongyang est tellement évidente, et par ailleurs contraire aux intérêts de Séoul, que c'est la présidence sud-coréenne (citée par l'agence Yonhap) a jugé nécessaire de démonter, une à une, les conclusions d'un rapport destiné, une fois encore, à dresser l'opinion publique occidentale contre le régime de la RPD de Corée, suivant des méthodes qui rappellent la salve médiatique menée à grande échelle à la veille de l'invasion de l'Irak en 2003.
Première faille du rapport : les informations données ne constituent pas un scoop, et sont d'ailleurs connues de longue date par Séoul et Washington qui dispose d'informations plus complètes et plus fiables. Selon Kim Eui-kyeom, porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par Yonhap :
Les autorités des services de renseignement de la Corée du Sud et des Etats-Unis ont des informations beaucoup plus détaillées fournies par les satellites militaires et sont en train de suivre étroitement (cela).
Deuxième faille : l'amalgame opéré entre les missiles balistiques intercontinentaux et les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Toujours selon le porte-parole de la présidence sud-coréenne cité par l'agence Yonhap, "les installations n'ont rien à voir avec les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et les missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM)".
Troisième faille : Pyongyang ne s'est engagé en rien sur ces sites de missiles et ne peut donc pas être accusé d'en avoir dissimulé l'existence. Selon Yonhap,
Le Nord n'a pas promis de fermer la base et il n'y a pas eu d'accord ou de négociations pour celle-ci, a souligné Kim.
Bref, beaucoup de bruit pour rien ? Non, car dans la guerre médiatique contemporaine l'ennemi à abattre doit faire l'objet d'attaques systématiques, sur tous les fronts, en engageant les grandes manoeuvres préalables sur le terrain de la manipulation des opinions publiques, sans laquelle aucune guerre ne peut aujourd'hui être menée en Occident, avant le déclenchement des hostilités.
Plus que jamais, l'Association d'amitié franco-coréenne amène à redoubler d'efforts dans le combat contre la désinformation, pour le dialogue et pour la paix.
Le bureau présidentiel Cheong Wa Dae a minimisé ce mardi l'importance du nouveau rapport sur les sites de missiles "non déclarés" de la Corée du Nord en disant que les services de renseignemen...
Après la publication d'un rapport d'une ONG américaine sur les droits des femmes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dont la large et soudaine médiatisation rappellent les méthodes traditionnelles du gouvernement américain et/ou d'officines pour influencer l'opinion publique, une initiative américaine prend le contre-pied de la politique suivie par l'administration Trump depuis juin 2018 sur le dossier coréen : à compter du 5 novembre 2018 les manoeuvres navales conjointes ont repris entre les armées américaine et sud-coréenne - alors que le président américain s'était engagé à suspendre ce qu'il qualifiait d' "exercices de guerre" et de "provocations". Faut-il y voir dans la publication du rapport de Human Rights Watch et les exercices militaires des provocations délibérées, ou seulement une manifestation supplémentaire des méthodes très peu diplomatiques de négociation de l'administration Trump - consistant à exercer une pression maximale pour faire céder l'interlocuteur, placé dos au mur ? L'incertitude est d'autant plus grande que les autorités américaines sont traversées de profondes divisions internes sur le dossier coréen, et qu'une partie de l'appareil d'Etat a, dès l'origine, tout fait pour faire échouer le dialogue en cours, souhaitant ardemment revenir à la vieille politique de l'étranglement économique et militaire des régimes non amis, malgré l'échec patent de cette politique pour empêcher la Corée du Nord de se doter d'une force de frappe nucléaire susceptible d'atteindre le territoire américain.
Exercices conjoints le 19 septembre 2017 à Pohang
Certes, ce ne sont pas les manoeuvres militaires de grande ampleur - les plus importantes au monde en temps de paix - qu'effectuaient plusieurs fois par an Washington et Séoul aux abords immédiats de la Corée du Nord. Mais comme le souligne l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, il s'agit des premiers exercices conjoints depuis juin 2018, ce qui envoie un signal inquiétant vis-à-vis des autorités nord-coréennes. Suivant les éléments de langage de Séoul - totalement en phase avec ceux de Washington :
La Corée du Sud et les Etats-Unis ont repris des exercices navals conjoints ce lundi pour la première fois depuis qu'ils ont été suspendus en juin pour faciliter la détente dans la péninsule coréenne.
Les alliés ont entamé le Korea Marine Exercise Program (KMEP), qui mobilise 500 hommes du corps des Marines sud-coréen, de la Force navale américaine stationnée à Okinawa, au Japon, et des équipements militaires comme des véhicules d'assaut amphibies.
La reprise des exercices fait suite à la décision des alliés de continuer leurs exercices au niveau des bataillons et de petite envergure alors qu'ils songent apparemment à suspendre les manœuvres de grande ampleur pour ne pas provoquer le régime communiste dans un contexte d'efforts pour la paix.
Toujours pour banaliser ce qui est une décision majeure, l'agence officielle Yonhap énumère le nombre d'exercices similaires conduits les années passées. Mais quel que soit l'habillage, une provocation reste une provocation, et le risque est que la Corée du Nord ne se considère plus liée par son engagement réciproque de suspendre ses tirs balistiques et nucléaires. Dès lors, une escalade peut survenir - et il faudra alors se souvenir que ce sont les Américains qui auront lancé les hostilités, avec l'accord des Sud-Coréens.
Peu après l'engagement des exercices maritimes, une nouvelle visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo a été reportée - sans qu'il ne soit précisé, à ce stade, quelle partie avait pris cette décision, ni pour quels motifs. Au printemps, le Président Donald Trump avait déjà annulé le sommet prévu avec le Président Kim Jong-un - avant de le rétablir après une médiation sud-coréenne. En août, il avait à nouveau reporté sine dieun déplacement en Corée du Nord de Mike Pompeo, avant que les autorités nord-coréennes ne mettent en scène leur volonté intacte de dialogue lors des cérémonies de célébration du soixante-dixième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 2018 - ce qu'avait alors hautement apprécié Donald Trump. Les changements de ligne sont une constante de la méthode du coup de poing sur la table du chef d'Etat américain, mais qui en diplomatie sape plus sûrement la confiance mutuelle que dans une négociation commerciale où les objectifs à atteindre sont objectivement quantifiables. En tout état de cause, à Pyongyang, la question doit à présent se poser s'il l'on n'a pas fait preuve d'une trop grande faiblesse et d'une confiance excessive envers l'administration américaine.
Le 25 octobre 2018, les deux gouvernements coréens ont achevé le processus de démilitarisation de la zone commune de sécurité (acronyme anglais : JSA) située de part et d'autre du 38e parallèle, dans la zone démilitarisée. L'Association d'amitié franco-coréenne salue cette mesure qui met en oeuvre l'une des dispositions des mesures adoptées conjointement lors du sommet de Pyongyang de septembre 2018, permettant de diminuer les tensions ainsi que les risques d'affrontement accidentels, et s'inscrit dans le cadre de la déclaration du 19 septembre 2018 : mettre un terme aux rapports hostiles militaires en adoptant des mesures de confiance mutuelle, dont la portée dépasse de loin la dimension symbolique.
Pendant 20 jours, à compter du 1er octobre 2018, Nord et Sud-Coréens ont procédé à un travail de déminage dans la JSA, qui a par ailleurs permis de mettre à jour les restes de soldats morts pendant la guerre de Corée. Les vérifications sont prévues les 26 et 27 octobre 2018.
Le 25 octobre, le retrait des postes militaires, des troupes et des armes à feu est devenu effectif à 13 h (heure locale), dans ce qui est devenu désormais l'une destoutes premières zones tampons, démilitarisée, entre les deux parties de la Corée. Chacune des deux parties (Nord et Sud) pourra stationner 35 hommes (dont 5 officiers) dans la zone, qui sera ouverte aux civils coréens et aux touristes étrangers de 9h à 17h.
Des discussions vont désormais définir le statut de l'organisme conjoint qui sera chargé de la gestion de la JSA.
Le processus de désarmement a été mené conjointement avec le Commandement des Nations unies en Corée (acronyme anglais : UNC), traduisant ainsi l'implication des Etats-Unis au-delà des échanges Nord-Sud. Alors que les secteurs (minoritaires) de l'opinion sud-coréenne hostiles à la politique de rapprochement inter-coréen avaient dénoncé une attitude qui consistait, selon eux, à mettre les Etats-Unis devant le fait accompli (traduisant que ces néo-conservateurs se sentent plus américains que sud-coréens...), une des vertus de cette mesure est également d'engager concrètement Washington sur la voie de la paix et du désarmement dans la péninsule coréenne - alors que le dialogue entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée en est encore à ses débuts..
Les deux Corées et le Commandement des Nations unies (UNC) ont terminé aujourd'hui le processus de désarmement de la Zone commune de sécurité (JSA) dans la Zone démilitarisée (DMZ), a annonc...
La visite du secrétaire d'Etat Mike Pompeo à Pyongyang - après le sommet de Sentosa du 12 juin 2018 entre les dirigeants nord-coréen et américain - s'était déjà soldée par un semi-échec, avant que le Président Donald Trump n'annule un nouveau déplacement au nord de la Corée de son secrétaire d'Etat fin août - en raison, selon lui, du manque de progrès dans la dénucléarisation de la République populaire démocratique de Corée. Mais depuis le dialogue bilatéral a repris au plus haut niveau, avec une nouvelle rencontre à Pyongyang entre le Président Kim Jong-un et Mike Pompeo, le 7 octobre 2018. Ce réchauffement s'explique largement par les nouveaux gestes de bonne volonté accomplis par les Nord-Coréens : alors que la parade militaire du 9 septembre 2018, pour les 70 ans de la fondation de la RPDC, a évité de mettre en avant les missiles balistiques et les avancées du programme nucléaire, la visite à Pyongyang du président sud-coréen Moon Jae-in du 18 au 20 septembre 2018 a consacré de nouveaux engagements du Président Kim Jong-un : aux termes de la déclaration commune du 19 septembre 2018, "le Nord a exprimé son intention de continuer à prendre des dispositions supplémentaires, telles que celles concernant la suppression perpétuelle des installations nucléaires de Nyongbyon, si les Etats-Unis prennent les mesures correspondantes selon l’esprit de la déclaration conjointe du 12 Juin RPDC-USA".
Kim Jong-un et Mike Pompeo, le 7 octobre 2018
En termes diplomatiques, cela s'appelle un échange approfondi, visant à mettre sur la table tous les sujets de désaccord pour poser les termes de la discussion : le 7 octobre 2018, Mike Pompeo a rencontré pendant cinq heures et demie (deux réunions de deux heures avant et après le déjeuner, et un déjeuner d'une heure et demie) le dirigeant Kim Jong-un. sauf pendant le déjeuner, le président de la Commission des Affaires d'Etat de la République populaire démocratique de Corée n'était accompagné que de sa sœur, Kim Yo-jong - témoignant ainsi de son implication personnelle sur le dossier des relations avec Washington.
D'après la dépêche de l'agence nord-coréenne KCNA, les discussions ont porté sur la mise en œuvre de la déclaration du 12 juin 2018, les "propositions" de Pyongyang pour "résoudre la question de la dénucléarisation" et en ce qui concerne "des sujets d'intérêt commun", et enfin l'organisation d'un second sommet avec le Président Donald Trump - dont la date et le lieu restent à fixer. Un autre site que Singapour semble probable.
Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a ensuite rendu compte de ces échanges, qu'il a qualifiés de "productifs", à Séoul, avant de prendre le chemin de Pékin. Selon le président sud-coréen, il est prévu un déplacement à Moscou du Président Kim Jong-un (témoignant ainsi de la volonté nord-coréenne de rehausser le statut de la Russie comme un des partenaires privilégiés de Pyongyang, après ses visites du printemps en Chine), ainsi qu'une visite à Pyongyang du président chinois Xi Jinping (qui serait donc le premier chef d'Etat non coréen à se rendre au Nord depuis l'accession du Président Kim jong-un aux plus hautes fonctions du Parti et de l'Etat), tandis qu'est envisagé un sommet entre le Japon et la RPD de Corée. Ce dernier point est probablement le plus compliqué à mettre en œuvre, au regard de la position intransigeante de Tokyo sur la question coréenne, y compris en ce qui concerne les droits de la minorité coréenne qui réside au Japon. Mais la RPD de Corée avait là aussi fait le premier pas lors des cérémonies de célébration de la fondation de la République, le 9 septembre 2018, en évitant notamment les allusions trop marquées à la colonisation japonaise.
En renonçant unilatéralement, à ce stade, à exiger des engagements contraignants de Pyongyang (qu'il s'agisse d'un calendrier de dénucléarisation ou d'une liste des armes nucléaires nord-coréennes), les Etats-Unis ont contourné les points de blocage à un approfondissement du dialogue avec Pyongyang. Mais ils doivent aussi, à présent, mettre sur la table d'autres propositions que la suspension des manœuvres militaires avec la Corée du Sud, alors que la Corée du Nord a précisé que la conclusion formelle d'un traité de paix ne pouvait pas constituer la contrepartie à sa dénucléarisation. Garanties de sécurité, contreparties économiques (à commencer par la levée des sanctions), établissement de relations diplomatiques (à un niveau à préciser) : l'éventail de ce qu'attend Pyongyang est large. Reste à savoir ce que Washington est prêt à accorder, suivant le principe d'une démarche "action pour action" où la confiance mutuelle s'établit lorsque chacune des deux parties accomplit un pas vers l'autre. Mike Pompeo a d'ailleurs reconnu le bien-fondé de la démarche, en déclarant qu'un nouveau "pas" avait été effectué - un pas qui, selon nous, conduit plus avant sur la voie du désarmement, de la paix, de la prospérité et de la sécurité collective.
Il y a un an, le Président américain Donald Trump menaçait de "détruire complètement" la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à la tribune des Nations Unies. Lors du débat général de la 73e session, qui s'est ouvert le 25 septembre 2018, le ton a radicalement changé - alors que les deux Etats coréens se sont engagés, depuis le début de l'année 2018, dans un processus accéléré de rapprochement et ont plaidé conjointement pour la dénucléarisation, la paix et la sécurité collective dans la péninsule coréenne. L'Association d'amitié franco-coréenne examine les déclarations et positions adoptées par trois des protagonistes du dossier coréen dans le contexte de la session 2018 de l'assemblée générale : les Etats-Unis d'Amérique, la République de Corée et le Japon.
La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies
Donald Trump, entre enthousiasme réel et répétition à la tribune des éléments de langage préparés par son administration
Le 26 septembre, dans le contexte de l'assemblée générale des Nations Unies, Donald Trump a fait état d'une "lettre extraordinaire" qu'il a reçue du Président Kim Jong-un, avant un second sommet dont la préparation conduira à une nouvelle visite du secrétaire d'Etat Mike Pompeo en RPD de Corée dès octobre. Tout en remerciant pour leurs efforts diplomatiques la Corée du Sud (il avait reçu le Président Moon Jae-in le 24 septembre), la Chine et (plus curieusement, effet de l'alliance nippo-américaine ?) le Japon, le président américain a exprimé sa conviction que la RPD de Corée était déterminée à avancer sur la voie de la paix et de la prospérité :
Je viens de montrer une lettre que j'ai reçue hier du dirigeant Kim, qui est une lettre extraordinaire (...) J'ai reçu d'autres lettres du dirigeant Kim. Il veut voir se réaliser des choses formidables pour la Corée du Nord, pour en faire une puissance économique, et ils ont le potentiel pour accomplir cela (...) Je crois que le dirigeant Kim Jong-un, un homme que j'ai appris à connaître et à aimer bien, veut la paix et la prospérité pour la Corée du Nord (...) Beaucoup de choses se passent dans les coulisses, loin des médias, ce que personne ne sait, mais elles se produisent néanmoins et elles se déroulent de manière très positive. Je pense donc que vous aurez de très bonnes nouvelles en provenance de Corée du Nord dans les mois et les années à venir.»
Conscient que fixer une date butoir pour la dénucléarisation de la RPD de Corée (comme l'y appellent les faucons de son administration) est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, le Président Donald Trump a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il refusait de se laisser prendre dans un "jeu du calendrier", et que l'essentiel était de poursuivre le moratoire sur les essais nucléaires et balistiques (auxquels il semble avoir assimilé les tests d'engins spatiaux, dont les finalités sont pourtant très différentes) :
Si cela prend deux ans, trois ans ou cinq mois, peu importe. Il n'y a pas de test nucléaire et il n'y a pas de test de fusées.
Ces propos font écho aux déclarations du Président Kim Jong-un rapportés par des officiels sud-coréens, selon lesquels le dirigeant nord-coréen envisagerait une dénucléarisation de la péninsule coréenne avant la fin du mandat de quatre ans du président américain (soit fin 2021). Cette date butoir n'a toutefois été confirmée ni par des sources nord-coréennes, ni dans le cadre du dialogue américano-nord-coréen. Elle est revanche crédible avec la volonté probable de Pyongyang d'éviter qu'un changement éventuel de locataire à la Maison Blanche ne remette en cause la pérennité du processus engagé.
En même temps, le discours de Donald Trump devant les Nations Unies - probablement écrit par ses conseillers - a été en revanche très conventionnel, sans aspérités ni déclaration marquante, en réaffirmant surtout qu'il n'y aurait pas de levée des sanctions avant l'achèvement du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Une telle affirmation est le meilleur moyen de faire échouer le dialogue avec Pyongyang, et correspond à une constante du discours américain actuel.
Moon Jae-in : favoriser la pleine intégration de Pyongyang sur la scène internationale
Soucieux de convaincre les autres membres des Nations Unies de la nécessité de prendre en compte la nouvelle priorité accordée par la RPD de Corée à l'économie, le Président Moon Jae-in a exhorté la communauté internationale à aider à la pleine intégration de la RPD de Corée :
Le 20 avril, la Corée du Nord a officiellement mis fin à sa politique de développement nucléaire et concentre à présent tous ses efforts dans le développement économique (...) La Corée du Nord est sortie d'elle-même de son long isolement pour s'ouvrir à nouveau au monde (...) Maintenant, il est temps pour la communauté internationale de répondre au nouveau choix et aux efforts de la Corée du Nord.
S'agissant des relations inter-coréennes, Séoul a d'ailleurs formulé de nouvelles propositions : le 27 septembre 2018, Kim Young-choon, ministre de la Pêche et des Océans, a fait part de la possibilité - discutée avec ses interlocuteurs nord-coréens - de créer une zone de pêche commune près de la frontière maritime occidentale ainsi que de moderniser certains ports nord-coréens.
L'appel à saisir la main tendue par Pyongyang s'adressait en premier lieu aux pays qui n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée - parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon et la France. Le Japon a exprimé sa volonté d'améliorer les relations bilatérales avec Pyongyang, tandis que la France, une fois de plus, a occulté la question coréenne dans l'intervention à la tribune d'Emmanuel Macron.
Shinzo Abe : pour une rencontre avec Kim Jong-un, vraiment ?
Le Japon étant manifestement soucieux de ne pas être à la remorque des Etats-Unis en se faisant marginaliser sur le dossier nord-coréen, son Premier ministre Shinzo Abe a exprimé sa volonté d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen, mais en le limitant visiblement à un unique objet - le rapatriement des Japonais enlevés par les services nord-coréens il y a plusieurs décennies, et constituant un dossier que Pyongyang tend à considérer comme ayant été réglé.
Pour pouvoir résoudre le problème des enlèvements, je suis également prêt à mettre fin à la méfiance mutuelle avec la Corée du Nord, prendre un nouveau départ et rencontrer en face-à-face le président Kim Jong-un.
Mais le Japon est-il sincère dans sa volonté de dialogue avec Pyongyang - Shinzo Abe ayant quand même dû préciser qu'aucun sommet n'est en cours actuellement ? On peut en douter, tant le Japon a été en pointe, au cours de l'année 2017, pour sanctionner toujours davantage la Corée du Nord, et au regard de l'opportunité qu'ont alors constitué les tensions autour de la péninsule coréenne pour que le Premier ministre conservateur dissolve la chambre basse et élargisse sa majorité - en surfant sur un discours violemment anti-RPDC.
Sans répondre à la proposition japonaise, le Rodong Sinmun, quotidien du Parti du travail de Corée, a répondu que le Japon devait d'abord s'excuser pour ses crimes de guerre (des millions de travailleurs forcés, des centaines de milliers d'esclaves sexuelles et également des centaines de milliers de conscrits malgré eux à la fin de la colonisation japonaise) et apporter des compensations - comme il l'a fait par ailleurs sur ce point en 1965, lors de la normalisation des relations diplomatiques entre Séoul et Tokyo :
Notre peuple n'a pas oublié les péchés commis dans le passé par le Japon, même maintenant (...) Sans repentance, excuses et compensations pour les péchés du passé, (le Japon) ne pourra pas vivre avec confiance dans la communauté internationale.
La visite du Président Moon Jae-in au nord de la Corée, du 18 au 20 septembre 2018, a permis d'acter de nouveaux progrès vers la dénucléarisation de la péninsule coréenne, aux termes de la déclaration commune signée à Pyongyang le 19 septembre 2018 : d'une part, "le Nord a décidé d’abord de détruire à jamais le champ d’essai de moteurs et la rampe de lancement de fusées de la commune de Tongchang en autorisant la visite d’experts des pays intéressés", et d'autre part "le Nord a exprimé son intention de continuer à prendre des dispositions supplémentaires, telles que celles concernant la suppression perpétuelle des installations nucléaires de Nyongbyon, si les Etats-Unis prennent les mesures correspondantes selon l’esprit de la Déclaration conjointe du 12 Juin RPDC-USA". C'est fort de ces engagements de Pyongyang que le Président Moon Jae-in a rencontré à New York, le 24 septembre 2018, le Président Donald Trump, auquel le Président Kim Jong-un avait proposé une nouvelle rencontre, après leur sommet du 12 juin 2018 à Singapour. Le président américain, qui avait favorablement réagi au message délivré par Pyongyang lors de la célébration du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (pas de missiles balistiques intercontinentaux, pas d'armes nucléaires lors du défilé militaire), a annoncé qu'un nouveau sommet RPDC-Etats-Unis aurait lieu à une date "prochaine".
Le Président Trump aime cultiver les effets d'annonce ; il n'a pas failli à sa réputation en distillant les informations aux journalistes quant au prochain sommet entre Pyongyang et Washington, avant sa rencontre avec le Président Moon Jae-in :
Ce sera entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, donc dans un format similaire à celui que nous avons eu précédemment, probablement en un autre lieu. A nouveau, ce sera annoncé très bientôt.
Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, dont le Président Donald Trump avait différé fin aoûtsine die une nouvelle visite en RPD de Corée, se rendra à nouveau à Pyongyang d'ici la fin de l'année, pour préparer ce second sommet, qui devrait préciser les engagements pris lors du sommet historique de Singapour - qui était le premier de l'histoire entre un dirigeant suprême nord-coréen et un président américain en exercice, et ainsi d'une portée comparable à celle du premier sommet israélo-palestinien.
Alors que les Nord-Coréens ont multiplié depuis ce printemps les gestes de bonne volonté, Washington tarde à préciser ses engagements en matière de sécurité collective et de non-agression vis-à-vis de Pyongyang - lesquels seraient le corollaire indispensable à un traité de paix, clôturant 65 ans d'affrontements sporadiques, ayant trop souvent endeuillé les deux parties divisées de la Corée depuis la fin des combats de la guerre de Corée (25 juin 1950 - 27 juillet 1953).
Une déclaration officielle de la fin de la guerre de Corée et des garanties de sécurité ont été évoquées lors du sommet entre les présidents Donald Trump et Moon Jae-in au titre des "mesures correspondantes" en contrepartie des mesures de dénucléarisation déjà prises par les autorités nord-coréennes. Toujours selon les termes du compte rendu de la rencontre utilisés par l'agence officielle sud-coréenne Yonhap. les deux dirigeants ont discuté des mesures à prendre pour "récompenser la Corée du Nord pour ses mesures de dénucléarisation". Le Président Moon Jae-in a transmis à son homologue américain un message personnel du Président Kim Jong-un dont le contenu n'a pas été rendu public. Le Président Donald Trump a été élogieux à l'égard du dirigeant nord-coréen, en déclarant au Président Moon, toujours selon Yonhap :
Le président Kim est vraiment très ouvert et formidable, franchement, et je pense qu'il souhaite voir quelque chose se passer.
Si ces paroles doivent à présent se traduire en actes concrets, elles n'en témoignent pas moins d'une volonté manifestement de sortir de l'impasse. Il reste à présent à négocier le plus difficile, à savoir les étapes et le contenu du processus de dénucléarisation de la RPD de Corée, ainsi que (entre autres) un traité de paix et des garanties de sécurité pour Pyongyang, parallèlement à une levée des sanctions qui devra être menée par étapes et non en fin de processus si l'on souhaite que celui-ci aboutisse.
UNITED NATIONS (Sputnik) - US President Donald Trump ahead of a bilateral meeting with South Korean President Moon Jae-in on Monday told reporters that there will be a second summit between the ...
WASHINGTON - President Donald Trump said Monday he would be holding a second summit with North Korean dictator Kim Jong Un "in the not too distant future." In New York for high-level meetings at the
Le président Moon Jae-in et son homologue américain Donald Trump ont discuté lundi d'éventuels moyens de récompenser la Corée du Nord pour ses mesures de dénucléarisation parmi lesquels un ...
Le 9 septembre 2018 a été célébré le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée. A cette occasion, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était présente en RPD de Corée - et un compte rendu de son déplacement sera publié prochainement. Les cérémonies - une fois encore grandioses - ont mis l'accent sur la volonté de dialogue de Pyongyang, à la veille par ailleurs du sommet inter-coréen qui se tiendra à Pyongyang du 18 au 20 septembre 2018. L'offensive diplomatique en cours se caractérise aussi par le nombre et le niveau des délégations qui étaient présentes aux cérémonies de commémoration à Pyongyang.
Le Président Kim Jong-un, lors de la cérémonie d'ouverture des nouveaux jeux gymnastiques de masse, le 9 septembre 2018
Une parade militaire et civile le matin du 9 septembre, puis le soir la première représentation du nouveau spectacle de gymnastique de masse intitulé "La patrie brillante" et le lendemain soir un défilé aux flambeaux : le programme des célébrations a été conforme à un scénario bien huilé, les prouesses techniques atteignant de nouveaux sommets - notamment lors du défilé aux flambeaux sur la place Kim Il-sung, qui a été combiné avec le recours à des éléments colorés formant des motifs géants, dans la tradition des mouvements d'ensemble, ainsi qu'à des feux d'artifice et des jets d'eau.
Cependant, le contenu même des cérémonies a envoyé un message sans ambiguïté sur la volonté de Pyongyang d'approfondir le dialogue - tant vis-à-vis des Etats-Unis (en l'absence remarquée, cette année, de présentation des missiles balistiques intercontinentaux lors du défilé, l'accent étant mis sur les armes défensives, et il n'y pas eu davantage de mention des armes nucléaires lors du spectacle de gymnastique de masse) que de la République de Corée - l'apparition sur écran géant de l'image du Président Kim Jong-un étant combinée à celle du Président Moon Jae-in, à Panmunjom le 27 avril 2018, si bien que ce sont bien les deux chefs d'Etat qui ont alors été applaudis.
Au-delà de la forte portée symbolique des messages des cérémonies de célébration, les autorités nord-coréennes sont à l'initiative pour relancer le processus avec les Etats-Unis engagé lors du sommet historique entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin 2018 : le Président Kim Jong-un a écrit au chef d'Etat américain pour lui proposer une deuxième rencontre. S'agissant des relations inter-coréennes, le progrès le plus marquant a été l'inauguration à Kaesong, le 14 septembre 2018, du bureau de liaison qui constituera un canal d'échanges permanent Nord-Sud, concrétisant l'un des engagements pris lors de la déclaration du Panmunjom du 27 avril 2018. A la veille des cérémonies du 9 septembre, le Président Kim Jong-un avait reçu une délégation spéciale du Président Moon Jae-in conduite par Chung Eui-yong, chef du Bureau de la sécurité nationale à la présidence de la République de Corée.
Pour autant, la RPD de Corée ne néglige pas ses relations avec ses autres partenaires, dont beaucoup étaient représentés au niveau gouvernemental lors des cérémonies de commémoration de la fondation de la République : - aux côtés du dirigeant nord-coréen se trouvait Li Zhanshu, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central (CC) du Parti communiste chinois (PCC) et président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine (RPC), en visite en qualité de délégué spécial de Xi Jinping, Secrétaire général du CC du PCC et Président de la RPC ; le Président Kim Jong-un a organisé une représentation artistique et un banquet en l'honneur de la délégation chinoise ; - la Russie était représentée par Valentina Matvienko, Présidente du Conseil de la Fédération de Russie, en visite officielle en RPD de Corée ; - une délégation du Parti et de l'Etat cubains était conduite par Salvador Antonio Valdes Mesa, premier vice-président de Cuba, membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de Cuba ; - Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie, était également présent à Pyongyang pour les cérémonies de commémoration.
Malgré un début de mise en œuvre par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de ses engagements pris lors du sommet de Singapour le 12 juin 2018, les relations entre Washington et Pyongyang patinent : l'administration américaine a reporté un nouveau déplacement du secrétaire d'Etat Mike Pompeo en RPD de Corée, faute selon elle de progrès suffisants dans la dénucléarisation de la Corée du Nord, tandis que le Président Donald Trump a dû démentir l'hypothèse d'une reprise dans un futur proche des exercices de guerre américano - sud-coréens, dont il avait annoncé lui-même la suspension au lendemain du sommet de Singapour. Décryptage.
En apparence, les deux Etats regardent dans des directions opposées : les Etats-Unis veulent une dénucléarisation complète et vérifiable de la Corée du Nord avant tout allègement des sanctions, la RPD de Corée veut un début de levée des sanctions et que les Américains précisent enfin le contenu des garanties de sécurité à apporter en contrepartie d'un calendrier de dénucléarisation. Un moyen terme pourrait être de progresser sur la voie de la conclusion d'un traité de paix et de sécurité collective, permettant de clore la situation de ni guerre, ni paix ouverte par l'armistice du 25 juillet 1953. Mais une telle hypothèse donne des poussées d'urticaire aux "faucons" des administrations occidentales, à Washington, Tokyo ou encore Paris, qui n'ont jamais envisagé de négociation avec la Corée du Nord sans préalablement la capitulation de Pyongyang. Seul problème : dans l'histoire diplomatique, aucun Etat n'a jamais accepté de diktat sauf à y être contraint. Mais les "faucons" n'en ont cure, car ils vivent dans un monde où, convaincus de la supériorité et du bon droit de l'Occident, ils estiment que les régimes des autres pays doivent se soumettre ou être démis - comme dans le cas de l'Irak en 2003 et de la Libye en 2011, dont les guerres avec leurs cortèges de morts et d'atrocités sont autant de modèles à suivre et à reproduire pour John Bolton et consorts.
L'échec du cycle de dialogue entre Washington et Pyongyang est-il pour autant gravé dans le marbre ? Non, car aucune des deux parties ne souhaite un échec et un retour à la situation de confrontation ex ante. A Pyongyang, on s'est bien gardé de tout commentaire sur le report de la visite de Mike Pompeo, ou de toute critique du président américain ; mieux, le dirigeant nord-coréen avait adressé quelques semaines plus tôt une lettre personnelle (dont le contenu n'a pas été rendu public) au Président Donald Trump . Et ce dernier se targue de ses excellentes relations personnelles avec le Président Kim Jong-un : en étant le seul chef d'Etat occidental en exercice à avoir rencontré le leader coréen, il joue sur la carte de la proximité d'homme à homme qui a fait ses preuves en d'autres circonstances (par exemple, Tony Blair qui s'était rendu en Russie pour visiter Vladimir Poutine dès le début de l'année 2000) et il envisage ouvertement une nouvelle rencontre au sommet qui pourrait débloquer la situation.
De fait, en fixant seulement les principes du dialogue qui s'ouvrait, la déclaration de Singapour du 12 juin 2018 était avare de détails. Il convient à présent de rentrer dans le vif du sujet, et tel pourrait être l'enjeu d'une nouvelle rencontre entre les présidents américain et nord-coréen.
En outre, le calendrier d'une nouvelle visite de Mike Pompeo fin août / début septembre 2018 était peu favorable : la question nord-coréenne est difficilement dissociable de celle des relations Etats-Unis - Chine, qui connaît un nouveau point bas avec la relance - par Washington - de la guerre commerciale, tandis que Donald Trump met en cause la Chine dans l'application des sanctions contre la RPD de Corée. Au moment où le Président Xi Jinping est attendu à Pyongyang pour la commémoration du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, le 9 septembre 2018, il est urgent d'attendre que la situation se décante, Washington n'ayant aucun intérêt à voir la Chine jouer une partition différente de la sienne sur l'application des sanctions contre Pyongyang. En attendant, le resserrement de l'alliance sino - nord-coréenne renforce la position de négociation de la RPD de Corée vis-à-vis de Washington, dont le durcissement de ton ne trouve d'écho ni à Pékin, ni à Séoul.
Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a dû le concéder : les négociations avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sont longues et difficiles, les Nord-Coréens ayant le mauvais goût de ne pas renoncer unilatéralement, immédiatement et sans garanties de sécurité à leurs armes nucléaires, qui sont leur assurance-vie face aux menaces d'agression américaines. Dans ce contexte, les autorités américaines brandissent à nouveau la menace des sanctions - un rapport que des "experts" viennent opportunément de remettre Conseil de sécurité des Nations unies déplorant que les Nord-Coréens sont des méchants et des hors-la-loi qui cherchent à contourner des sanctions destinées à les étrangler économiquement et à tuer des populations - hommes, femmes, enfants... - prises dans des enjeux qui leur sont étrangers. Mais qui sont vraiment les criminels : ceux qui refusent de négocier un pistolet sur la tempe, ou ceux qui tiennent le pistolet et prennent des populations entières en otage ?
Le conseil de sécurité des Nations unies
Tout d'abord, examinons les pièces du procès fait à la Corée du Nord :
- des transbordements de produits pétroliers auraient lieu en mer, et auraient porté sur 500 000 barils depuis le début de l'année, c'est-à-dire 6 heures de la consommation nationale de pétrole en France, soit moins de 1/1.400e de la consommation annuelle française, alors que la population nord-coréenne atteint près de la moitié de celle de la France ; oui, vous avez bien lu, l'objectif des sanctions est qu'il n'y ait plus du tout de pétrole en Corée du Nord, ramener le pays et sa population à l'âge de pierre étant sans doute le plus sûr moyen de l'amener à accepter les diktats américains et de leurs alliés ; - la vente de petits armements et d'armes légères, pour des montants certainement si dérisoires (en centaines de milliers d'euros, pour des exportations d'armes de la Corée du Nord qui étaient auparavant en dizaines ou en centaines de millions d'euros ?) qu'ils ne sont même pas indiqués ; - l'existence de plus de 200 "co-entreprises" avec la Corée du Nord, le rapport d'experts omettant naturellement de préciser si les co-entreprises en question ont (encore ?) une activité, si les comptes bancaires associés sont actifs et quel est le volume des transactions financières opérées, seul vrai critère en la matière, tout en pointant opportunément du doigt la Russie, autre pays dans le viseur des sanctions américaines ; - des exportations "illégales" de charbon, de fer, d'acier et d'autres marchandises nord-coréennes, notamment à la Chine et à l'Inde, qui auraient rapporté 14 millions de dollars à la Corée du Nord entre octobre 2017 et mars 2018, soit un peu plus de 2 million de dollars par mois... ou moins de 1 % des exportations mensuelles de la Corée du Nord avant l'imposition du plus drastique régime de sanctions jamais mis en place sous l'égide des Nations unies.
Au regard de ces chiffres, la conclusion s'impose d'elle-même : si les "experts" n'ont rien trouvé, malgré des efforts déployés des mois durant, c'est soit qu'ils sont très mauvais (mais dans ce cas, pourquoi faire autant de bruit pour rien ? ), soit qu'il n'y a rien - ou plutôt quasiment rien - à trouver.
Mais s'est alors que s'est opéré le miracle de cette arme qu'est la propagande : comme disait Goebbels, un mensonge cent fois répété devient une grande vérité. Or, quelle vérité nous assènent nos "experts" des Nations unies ? Que les sanctions imposées l'an dernier seraient "sans effet" ! Les exportations nord-coréennes se sont effondrées, les preuves de contournement de l'embargo sont pratiquement inexistantes... bref les sanctions fonctionnent à plein régime, mais ce n'est pas encore assez. Comme le bourreau qui torture sa victime, tant que celle-ci n'est pas morte, quelques raffinements de cruauté seront les bienvenus pour extorquer les aveux tant attendus (en l'espèce, la dénucléarisation immédiate, unilatérale et sans contreparties tangibles de la Corée du Nord).
Et alors que les sanctions sont devenues pour les Etats-Unis une des alternatives privilégiées à la guerre ouverte (avec l'avantage qu'elles coûtent moins de vies en soldats américains, que les pacifistes n'ont généralement pas conscience de l'effet criminel des sanctions et se mobilisent bien faiblement contre ces guerres qui ne disent pas leur nom, et enfin que les morts - de faim - sont moins visibles que les charniers des champs de bataille et peuvent être mis sur le compte du régime honni avec cet argument imparable "s'ils faisaient ce qu'on leur dit de faire, leurs populations ne mourraient pas"), la presse occidentale entonne le grand air des vilains Nord-Coréens qui violeraient l'ordre juridique international, forcément incontestable, représenté par le Conseil de sécurité des Nations unies - qui, en l'espèce du moins , est pourtant instrumentalisé au profit des intérêts de la superpuissance américaine, en violation flagrante des principes de la charte des Nations unies.
Lisons en effet ce que nous disent quelques médias français.
Pour RFI / Reuters, le coupable, c'est la Corée du Nord, qui "viole" les sanctions et refuse de dénucléariser (deux arguments massue, le premier systématisé et exagéré contre toute évidence et le second largement contestable ; ces arguments sont une reprise en droite lignes des "éléments de langage" - comme l'on dit aujourd'hui pour éviter le mot "propagande", réservée aux régimes ennemis - de l'administration américaine) :
(...) la Corée du Nord a dénoncé l'impatience de Washington sauf qu'il n'y a toujours aucun véritable signe de dénucléarisation. Dans un rapport remis à l'ONU hier, plusieurs experts détaillent comment le régime de Kim Jong-un viole les sanctions prises par les Nations-Unies.
Sauf que le rapport parle du contournement des sanctions, pas de la poursuite des programmes nucléaires et balistiques ! L'idée subliminale est ainsi de faire croire que si ces programmes se poursuivent, c'est parce que les sanctions sont violées. Habile, n'est-ce pas ? Le Pentagone n'aurait pas trouvé mieux. Même si la suite de l'article est plus mesurée et évoque les positions nord-coréennes, tout bon communicant sait que de nombreux articles de journaux ne sont pas lus au-delà de leur titre et (souvent) des premiers paragraphes. Les nuances échappent à 90 % des lecteurs, et c'est à eux que ciblent les opérations de désinformation massive.
Paresse intellectuelle à Libération - même dépêche AFP reprise sans recul ni esprit critique, et même titrage fallacieux qui, cette fois, opère directement le lien entre contournement supposé des sanctions et poursuite des programmes nucléaires et balistiques :
La Corée du Nord poursuit son programme nucléaire et contourne les sanctions de l’ONU
Les spin doctors que sont les communicants aux ordres de la Maison Blanche et du Pentagone peuvent être fiers d'eux : la presse occidentale a gobé avec empressement la propagande qui lui a été servie sur un plateau, en en rajoutant dans la surenchère.
A partir du 4 août 2018 les représentants de 27 pays se réuniront à Singapour dans le cadre du Forum régional de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE, plus connue sous son acronyme anglais : ASEAN), où la question coréenne devrait être une nouvelle fois abordée. Dans ce contexte, un premier bilan peut être établi de la mise en oeuvre des engagements pris, près de deux mois plus tôt, lors du sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump (Etats-Unis d'Amérique) et Kim Jong-un (République populaire démocratique de Corée, RPDC ou Corée du Nord). Afin de mener une analyse objective, nous sommes partis du texte de la déclaration signée entre les deux hommes d'Etat , en commençant par le point 4 de ce texte et dans l'ordre inverse jusqu'au point 1, c'est-à-dire en commençant par les engagements les plus précis, les plus concrets et les plus immédiats, et en terminant par les engagements plus globaux et à plus long terme, dont l'atteinte est largement déterminée par la création d'un climat de confiance que doit permettre d'instaurer la réalisation des objectifs de plus court terme.
"Les Etats-Unis et la RPDC s’engagent à récupérer les restes de prisonniers de guerre/portés disparus, y compris à rapatrier immédiatement ceux qui ont déjà été identifiés"
La question du rapatriement des restes de soldats américains morts en Corée est une question extrêmement sensible et un baromètre des relations bilatérales, comme nous l'avions souligné dans notre édition du 22 juin 2018, tout en nous interrogeant sur la portée d'une déclaration ambiguë alors faite par le Président Donald Trump selon laquelle les restes de dépouilles de 200 GIs américains auraient été rapatriés.
Sur ce point, la déclaration de Singapour a toutefois déjà porté ses fruits : une cérémonie a eu lieu le 1er août 2018 sur la base américaine aérienne d'Osan à Pyeongtaek, en République de Corée (Corée du Sud), pour marquer le rapatriement de 55 lots de dépouilles de soldats américains morts pendant la guerre de Corée, après une restitution par les Nord-Coréens le 27 juillet 2018 - date symbolique marquant le 65e anniversaire de l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée.
Un minutieux travail d'identification doit à présent être mené, comme l'a souligné une dépêche de l'agence sud-coréenne Yonhap :
Après la restitution par l'Etat communiste vendredi, les restes ont été examinés et catalogués à la base aérienne d'Osan par l'US Defense POW/MIA Accounting Agency (DPAA) jusqu'à mardi. POW signifie Prisoners of War (prisonniers de guerre) et MIA Missing in Action (disparus au combat).
Après la cérémonie de rapatriement, les restes seront transportés vers un laboratoire de la DPAA à la base commune de Pearl Harbor-Hickam à Hawaï, où des historiens et scientifiques travailleront pour leur identification médico-légale, a précisé le commandement.
Au laboratoire de la DPAA, qui compte plus de 30 anthropologues, archéologues et odontologistes légistes, les dépouilles seront examinées pour établir des profils biologiques qui comprendront le sexe, la race et l'âge des défunts. Les scientifiques utilisent diverses techniques, telles que l'analyse des restes du squelette et l'échantillonnage de l'ADN mitochondrial. Ils analysent également les preuves matérielles, y compris les uniformes, les effets personnels et les étiquettes d'identification.
Lorsque le processus d'identification est terminé, les dépouilles seront retournées à leurs plus proches parents pour être enterrées.
"En réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018, la RPDC s'engage à oeuvrer à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne"
Après le sommet de Singapour, le Président Donald Trump s'est félicité que la RPD de Corée a commencé à démanteler un de ses sites de lancement de missiles. Dans le même temps, les autorités nord-coréennes, tout en poursuivant le gel de leurs essais nucléaires et balistiques, n'entendent nullement mettre fin à leurs programmes nucléaires et balistiques tant que les Etats-Unis n'auront pas pris des engagements concrets (en matière de garanties de sécurité et de relations bilatérales, cf. infra) - suivant le principe "mesure contre mesure", appliqué lors des précédents cycles de négociations sur le nucléaire nord-coréen.
Les négociations entre Washington et Pyongyang sont ainsi sur une crête étroite, comme l'a reconnu le secrétaire d'Etat Mike Pompeo devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain le 25 juillet 2018, en déclarant tour à tour que les Nord-Coréens "continuent à produire des matières fissiles", c'est-à-dire qu'ils poursuivent leurs programmes d'enrichissement de matières fissiles (uranium et plutonium) pour produire des bombes nucléaires, tout en évoquant des "progrès" dans les discussions bilatérales (à cet égard, le rapatriement des restes de soldats américains en a apporté une illustration deux jours après son audition, cf. supra).
Une deuxième révélation, faite cette fois-ci par le Washington Post, a indiqué quelques jours plus tard que la RPD de Corée poursuit activement ses programmes balistiques, en construisant de nouveaux missiles intercontinentaux de type Hwasong-15, ces nouvelles se basant sur des sources du renseignement américain :
Des preuves obtenues récemment, y compris des photos prises par satellites ces dernières semaines, indiquent que le travail est en cours sur au moins un, voire peut-être deux, ICBM (missile intercontinental, NDLR) à carburant liquide dans un grand complexe de recherche à Sanumdong, à proximité de Pyongyang
Mais le Washington Post a aussitôt pris soin d'indiquer qu'il ne fallait pas y voir le signe d'une rupture par Pyongyang de ses engagements pris à Singapour. Toujours selon le quotidien,
Ces nouveaux renseignements ne suggèrent pas une augmentation des capacités de la Corée du Nord, mais cela montre que le travail sur des armements avancés se poursuit plusieurs semaines après que le président Trump a déclaré sur Twitter que Pyongyang "n'est plus une menace nucléaire".
En réalité, la RPD de Corée n'avait pas pris d'engagements sur ses programmes balistiques à Singapour le 12 juin 2018. Le fait que de telles informations sortent dans les médias doit en réalité s'interpréter comme un avertissement lancé par les Américains aux Nord-Coréens sur le mode : "nous ne disons pas que vous ne respectez pas vos engagements, mais nous savons ce que vous faites et cela ne va pas dans le sens d'une dénucléarisation. Nous laissons les médias, qui sont chez nous indépendants, parler à ce sujet... et l'opinion publique pourrait douter elle aussi de vos intentions. Que pouvons-nous faire contre l'opinion publique ? Il faut que vous nous apportiez des signes tangibles de dénucléarisation, avec un calendrier". En d'autres termes, cela s'appelle mettre la pression (les Nord-Coréens, courroucés, avaient déjà parlé, quant à eux, de "méthodes de gangster"). En tout état de cause, les Nord-Coréens ne peuvent pas ignorer les signes d'impatience de l'administration Trump, qui a besoin de résultats à faire valoir aux électeurs avant les élections parlementaires de mi-mandat, cet automne.
"Les Etats-Unis et la RPDC joindront leurs efforts pour construire un régime de paix durable et stable sur la péninsule coréenne"
Comme l'a souligné une autre dépêche de l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, il s'agit d'un objectif partagé des deux Etats coréens, souligné lors du sommet de Panmunjom du 27 avril 2018 entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in, et réaffirmé par le leader nord-coréen lors de sa rencontre au sommet avec le Président Donald Trump :
Un mouvement pour concrétiser cette initiative avant la fin de l'année a été promis par Moon et le leader nord-coréen Kim Jong-un lors de leur premier sommet intercoréen qui s’est déroulé le 27 avril. Les dirigeants des Corées divisées se sont revus le 26 mai.
Kim a réaffirmé son engagement à instaurer la paix dans la péninsule coréenne lorsqu'il a rencontré le président américain Donald Trump à Singapour le 12 juin.
Dans la mesure où la Chine a participé aux combats de la guerre de Corée, elle devrait également être partie prenante à la signature d'un traité de paix - et le sujet a d'ailleurs fait l'objet de discussions bilatérales entre Séoul et Pékin en juillet 2018.
Or des interrogations demeurent sur la volonté américaine de parvenir effectivement à un traité de paix : si le Président Donald Trump avait salué avec enthousiasme le sommet intercoréen de Panmunjom du 27 avril 2018 en évoquant la perspective de la paix, ce thème a été depuis occulté dans sa communication. Faut-il y voir des hésitations américaines sur les contours du mécanisme de sécurité collective, multipartite, qui serait le corollaire indispensable à un traité de paix ? En tout état de cause, cette question est intimement liée à deux autres enjeux : la dénucléarisation de la péninsule coréenne et les relations bilatérales entre Washington et Pyongyang.
"Les Etats-Unis et la RPDC s'engagent à établir de nouvelles relations Etats-Unis-RPDC en conformité avec le désir des peuples des deux pays pour la paix et la prospérité"
Chaque mot de la déclaration ayant été pesé, celle-ci n'évoquait pas - pas encore - la normalisation des relations entre les Etats-Unis d'Amérique et la République populaire démocratique de Corée. Toujours est-il que les autorités nord-coréennes avaient immédiatement mis en oeuvre cet engagement, en supprimant les signes d'hostilité vis-à-vis de l'impérialisme américain, comme l'avaient souligné plusieurs journalistes occidentaux à Pyongyang - par exemple, Chloé de Saint-Laurent pour Le Figaro.
Ce premier point de la déclaration de Singapour doit être mis en relation avec un autre engagement que les Etats-Unis ont toutefois pris soin de faire figurer dans le préambule de la déclaration et non dans les quatre points de leur déclaration commune,"le président Trump s’est engagé à fournir des garanties de sécurité à la RPDC". Les autorités nord-coréennes ont manifesté leur mécontentement lors de la dernière visite à Pyongyang du secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui était son premier déplacement dans le pays depuis le sommet du 12 juin, en l'absence, manifestement, de toute proposition américaine (calendrier, contenu) au titre des "garanties de sécurité" attendues des Etats-Unis - évoquant des "méthodes de gangster"... et renouant ainsi avec une rhétorique anti-américaine.
Le Président Donald Trump avait toutefois fait un geste immédiatement après le sommet de Singapour, en suspendant les "exercices de guerre" américano-sud-coréens, et avait ainsi pris une mesure essentielle pour l'établissement d'un climat de confiance entre les deux parties.
En ce qui concerne la "prospérité" de (toute) la Corée, celle-ci passe non seulement par une diminution du fardeau des dépenses militaires, mais aussi par une levée - au moins partielle - des sanctions internationales contre la RPD de Corée : la question des sanctions a été délibérément absente de la déclaration de Singapour du 12 juin 2018 (comme celle des programmes balistiques nord-coréens), ce texte marquant seulement une première étape dans le dialogue américano-nord-coréen en évitant d'afficher ouvertement les points de désaccord, à ce stade des échanges. Pour les Etats-Unis, les sanctions ne seront levées qu'à la fin du processus de dénucléarisation - même si une brèche pourrait être ouverte en utilisant la possibilité qu'offrent les textes de lancer des coopérations économiques autorisées chacune, à titre d'exception, par la commission des sanctions des Nations unies (ce qu'a aujourd'hui en tête la Corée du Sud pour favoriser les échanges économiques inter-coréens, à présent quasi-inexistants).
En conclusion, et pour reprendre une formule de Mike Pompeo lors d'une audition par le Sénat américain le 25 juillet 2018, il reste bien "un très long chemin à parcourir" jusqu'à la dénucléarisation de la RPDC et (précisons-nous) pour la définition d'un régime de paix permanent en Asie du Nord-Est, la normalisation des relations entre Washington et Pyongyang et la levée des sanctions qui frappent les populations nord-coréennes. Mais comme l'a précisé une dépêche du Monde et de Reuters citant le secrétaire d'Etat américain lors de cette même audition, le terme de ce processus est, au plus tard, la fin du mandat du Président Donald Trump, c'est-à-dire janvier 2021 :
Mike Pompeo a admis mercredi qu’il restait « un très long chemin à parcourir » mais a déclaré que le but de Washington était d’obtenir de Pyongyang une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible avant la fin du mandat actuel de Trump, qui prend fin en janvier 2021. « Et si possible, avant », a ajouté le secrétaire d’Etat.