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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 21:32

C'est avec beaucoup de tristesse que l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a appris la disparition d'Etienne Huchet le 31 août 2018 à Paris, à l'âge de 92 ans. Ancien rapporteur pour l'Asie au sein de la commission internationale du Parti socialiste - auparavant il avait été un militant radical, avant de rejoindre les rangs socialistes à la suite du référendum de 1969 - Etienne Huchet a oeuvré inlassablement pour la paix et la réconciliation en Asie de l'Est - au Cambodge, dont il était l'un des meilleurs connaisseurs français, mais aussi en Corée. A ce titre, sans adhérer à l'AAFC, Etienne Huchet, homme de grande valeur et de parole, était l'un de nos interlocuteurs réguliers et fidèles - abonné d'ailleurs à notre bulletin trimestriel. Nous saluons sa mémoire, en adressant nos condoléances à son épouse, Colette, à ses proches et à ses camarades. 

Etienne Huchet, au centre, avec S. E. Yun Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, et Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC.

Etienne Huchet, au centre, avec S. E. Yun Yong-il, délégué général de la RPD de Corée en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, et Guy Dupré, président d'honneur de l'AAFC.

Né en 1926, honoré de la Croix du combattant pour sa participation à la Résistance durant la Seconde guerre mondiale (et par ailleurs chevalier de la Légion d'honneur), Etienne Huchet avait ensuite vécu six ans au Cambodge et au Vietnam entre 1950 et 1956, en tant que cadre dans une plantation d'hévéa. A son retour en France, il s'était orienté vers le secteur du BTP, faisant de la sécurité sur les chantiers l'un de ses chevaux de bataille. Elu local en Saône-et-Loire (à Saint-Vincent-en-Bresse entre 1965 et 1977, puis en tant que maire de Montret de 1977 à 1982), où il avait soutenu dans ses débuts politiques Arnaud Montebourg, Etienne Huchet était aussi l'une des voix les plus écoutées sur l'Asie de la commission internationale du Parti socialiste. Familier de Norodom Sihanouk (qu'il avait notamment rencontré à Pyongyang lors de son exil), il avait activement participé au retour à la paix au Cambodge entre 1990 et 1993 - ce qui lui vaudra d'ailleurs le titre d'officier dans l'ordre royal du Cambodge. Il avait aussi contribué à faire adhérer à l'Internationale socialiste plusieurs partis d'Asie de l'Est partageant les valeurs de la social-démocratie et du socialisme. 

C'est cette même volonté d'ouverture réciproque entre la France et l'Asie qui l'avait conduit à s'intéresser à la question coréenne, et singulièrement à la situation au nord de la péninsule. En 1986, il avait ainsi conduit une délégation du Parti socialiste en Corée du Nord, avant d'être l'un des artisans des relations entre le Parti socialiste et le Parti du travail de Corée. Dans la période la plus récente, il avait plaidé - malheureusement sans être suivi - auprès du Quai d'Orsay et du Parti socialiste pour une compréhension de la question coréenne dans sa spécificité et en respectant la souveraineté coréenne, ce qui selon lui impliquait l'établissement de canaux d'échanges et de dialogue, ainsi que l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la République française et la République populaire démocratique de Corée, nonobstant les divergences sur la question nucléaire ou celle des droits de l'homme. Humaniste, Etienne Huchet savait mieux que d'autres qu'il faut respecter les autres cultures pour que naisse un dialogue fécond. 

L'AAFC remercie grandement Etienne Huchet pour avoir établi des contacts avec des spécialistes de l'Asie, y compris au sein du ministère des Affaires étrangères, et mis à disposition la très riche documentation qu'il avait recueillie, notamment des documents d'archives personnels. 

Photo : Alain Noguès (archives AAFC)

Sources : 

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 13:59

Le 7 novembre 2018, dans les locaux de la Fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité internationale universitaire de Paris, Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du Comité consultatif pour la réunification national (acronyme anglais : NUAC) de la République de Corée (Corée du Sud), est intervenu pour encourager les Coréens de France à "rassembler l'opinion publique" concernant la réunification, en soulignant qu'il était de leur "rôle et responsabilité" d'intervenir en ce sens, y compris auprès des autorités françaises. Des membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont répondu favorablement à l'invitation qui leur avait été donnée par la section française du NUAC d'assister aux discussions, qui se sont adressées en priorité à un public composé des associations des Coréens vivant en France, dont la très officielle Association des résidents coréens en France et les Jeunes actifs coréens en France, qui développent aujourd'hui une activité particulièrement importante dans la communauté coréenne de France. 

M. Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du NUAC

M. Kim Deok-ryong, vice-président exécutif du NUAC

Un vent nouveau se lève sur la péninsule coréenne, rendant à nouveau tangible l'espoir d'une réunification pacifique après les graves tensions de l'année 2017. Les Coréens de l'étranger doivent ainsi jouer un rôle auprès des opinions publiques de leurs pays respectifs pour montrer les opportunités du contexte actuel. Tel est le message qu'a délivré Kim Deok-ryeong, vice-président exécutif du NUAC (qui a rang de ministre), qui était à Paris avant de poursuivre en Allemagne son déplacement sur le continent européen. 

Organisme officiel créé en 1980, le Comité consultatif pour la réunification nationale a développé des propositions qui ont suivi les évolutions du gouvernement sud-coréen. Le NUAC regroupe 228 organisations en Corée du Sud, et 43 autres dans le monde. 

M. Kim Deok-ryeong faisait ainsi partie de la délégation qui a accompagné le Président Moon Jae-in en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 18 au 20 septembre 2018. Il a fait part de son émotion quand les Nord-Coréens réunis dans le stade du 1er mai à Pyongyang avaient alors applaudi le Président Moon Jae-in - dont une telle intervention en public au Nord de la Corée était sans précédent. Il a également exprimé sa confiance dans les engagements du Président Kim Jong-un à engager la dénucléarisation de son pays, la priorité étant désormais donnée au développement économique. Cette nouvelle situation nécessite également l'aide de la communauté internationale pour encourager le processus conduisant à la paix et à la réunification de la Corée, après que les Jeux olympiques de Pyeongchang eurent marqué l'avènement d'une ère nouvelle : "le climat de guerre froide qui a persisté entre les deux Corée commence aujourd'hui à se dissiper".

M. Kim Deok-ryeong a estimé que toutes les sanctions contre la Corée du Nord devaient être levées - une appréciation que partage pleinement l'AAFC - tout en mentionnant par ailleurs que la RPD de Corée devait procéder à sa dénucléarisation.

Ayant rappelé que le gouvernement provisoire coréen avait été hébergé dans les locaux de la concession française à Shanghaï, puis que l'année 2019 marquerait le centième anniversaire du mouvement pour l'indépendance du 1er mars 1919 (qui est commémoré dans toute la Corée), il a fait un parallèle avec la Révolution française de 1789 en exhortant la diaspora coréenne à l'étranger à diriger un nouveau mouvement révolutionnaire, conduisant le monde vers un régime de paix permanente, en Asie du Nord-Est et au-delà. 

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 17:49

Les diplomaties de la République de Corée (Corée du Sud) et du Japon ont toujours été marquées par une approche différente du contentieux historique qui oppose les deux pays, du fait de la brutale colonisation japonaise de la péninsule (1910-1945) - et qu'exprime le drame des "femmes de réconfort", anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise sur le sort desquelles le très conservateur Shinzo Abe refuse de présenter des excuses au nom du gouvernement japonais, le révisionnisme servant plus que jamais de boussole diplomatique à Tokyo. Mais la question nord-coréenne constitue aussi un important point de divergence entre les deux pays qui multiplient les efforts pour rallier d'autres pays à leur cause. Quand le Président Moon Jae-in, en visite en Europe, a reçu des soutiens plus ou moins affirmés à sa politique de dialogue avec le Nord qui suppose de considérer la levée d'une partie des sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (en contrepartie des efforts déjà accomplis par la Corée du Nord sur la voie de sa dénucléarisation, avec de nouveaux engagements au point 5.1 de la déclaration conjointe Nord-Sud du 19 septembre 2018, tandis que Moscou et Pékin plaident quant à eux ouvertement pour une levée partielle des sanctions), le Premier ministre Shinzo Abe se pose en leader du front de refus - à savoir le refus de lever la moindre sanction envers Pyongyang avant la fin définitive du processus de dénucléarisation, ce qui aurait pour effet de ruiner le dialogue qui se met en place entre Washington et Pyongyang. En effet, la renonciation unilatérale et sans contreparties de la Corée du Nord à sa force de dissuasion nucléaire est perçue par cette dernière comme un diktat inacceptable et un marché de dupes (d'autres pays ont, par le passé, désarmé unilatéralement, avant de connaître un changement de régime à l'initiative des Etats-Unis et de leurs alliés : l'Irak en 2003 et la Libye en 2011). 

Le Président Moon Jae-in et le pape François, le 18 octobre 2018

Le Président Moon Jae-in et le pape François, le 18 octobre 2018

Le Vatican, l'Italie et la Thaïlande soutiennent ouvertement et sans réserves les efforts de Séoul pour la paix dans une péninsule coréenne sans armes nucléaires

Après la déconvenue de sa rencontre avec le très fermé Emmanuel Macron, insensible à son appel à la paix et au dialogue, le Président Moon Jae-in a trouvé dans le Premier ministre italien Giuseppe Conte un homme plus ouvert que le président français, car plus en phase avec la conception progressiste de la société internationale défendue par le Président Moon. Selon la présidence sud-coréenne citée par l'agence Yonhap, 

Le Premier ministre Conte a grandement apprécié le pouvoir d'influence de notre gouvernement, qui a apporté des changements positifs sur la péninsule coréenne, et a exprimé son soutien indéfectible à la politique nord-coréenne de notre gouvernement.

Yonhap

Les deux dirigeants ont signé un communiqué conjoint défendant l'approche du Président Moon Jae-in pour la paix et la dénucléarisation de la Corée, et saluant ouvertement les trois rencontres au sommet Nord-Sud de l'année 2018 : 

Le Premier ministre Conte a salué et exprimé son soutien total aux initiatives diplomatiques entreprises par le président Moon dans le cadre des trois sommets intercoréens afin de faire progresser les relations intercoréennes et de parvenir à la dénucléarisation complète et à une paix permanente dans la péninsule coréenne.

Le président Moon a grandement apprécié la contribution et le soutien constants de l'Italie au processus de résolution pacifique du problème nucléaire nord-coréen et d'établissement de la paix dans la péninsule coréenne. Les deux dirigeants ont estimé que la dénucléarisation doit être réalisée de manière complète, vérifiable et irréversible.

Communiqué conjoint Moon-Conte (cité par l'agence Yonhap)

Les deux dirigeants ont signé des accords de coopération dans les domaines de la défense, des services aériens et du commerce.

L'entretien qu'a ensuite eu le Président Moon Jae-in avec le Pape François a été exceptionnel à plus d'un titre - par sa durée et son horaire, et par le fait que certains éléments des échanges ont été rendus publics, contrairement à l'usage. Selon l'agence Yonhap, le Pape François a déclaré au Président Moon Jae-in, qui s'est par ailleurs présenté à lui comme catholique : 

Je soutiens fermement les efforts du gouvernement sud-coréen qui cherchent un processus de paix sur la péninsule coréenne.

Yonhap

De fait, le Vatican a toujours soutenu une solution à la question coréenne dans le cadre de la paix et du dialogue - y compris au plus fort des tensions à l'été et à l'automne 2017.

Concernant la possibilité d'une visite du Pape François en Corée du Nord, le souverain pontife a déclaré attendre une invitation formelle, écrite, des autorités nord-coréenne, après avoir reçu l'invitation orale du Président Moon Jae-in, que le Président Kim Jong-un lui avait donnée lors du sommet entre les deux hommes en RPDC (du 18 au 20 septembre 2018). Le pape a fait état de sa disponibilité à honorer cette invitation - selon son agenda - ce qui serait une première en Corée du Nord (il était prévu que le pape Jean-Paul II se rende à Pyongyang, mais cette visite n'avait finalement pas eu lieu).

Enfin, le Président Moon Jae-in a poursuivi sa recherche de soutiens à sa politique de dialogue avec le Nord lors de rencontres bilatérales en marge du sommet du dialogue Europe-Asie (ASEM), qui se tenait pendant son séjour à Bruxelles.


Dans ce cadre, lors d'un entretien avec le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-o-cha, le Président Moon Jae-in a obtenu une promesse de soutien à sa politique de dialogue et de la paix en Corée dans le cadre de l'ASEAN, lorsque la Thaïlande en assurera la présidence en 2019 :  

Le Premier ministre thaïlandais a affiché son soutien à l'initiative de paix de Séoul et a promis que son pays qui assumera la présidence de l'Asean l'année prochaine prendra les mesures nécessaires pour soutenir cette initiative.

Yonhap

Egalement en marge du sommet de l'ASEM, le Président Moon Jae-in a obtenu un soutien de la chancelière allemande Angela Merkel. Selon l'agence Yonhap, elle aurait alors déclaré : 

J'apprécie le courage et la détermination dont le président Moon a fait preuve et salue les progrès accomplis dans le processus de dénucléarisation rendu possible grâce à la détermination du président et du président (Donald) Trump.

Yonhap

Front du refus : Emmanuel Macron en zélé défenseur de l'ultra-nationaliste Shinzo Abe

Le front du refus rassemble des éléments disparates : des chrétiens évangélistes, notamment américains, des partisans de la guerre (hier en Irak, demain en Iran... ou en Corée du Nord ?) et et de sa version soft (les sanctions qui tuent femmes et enfants en mettant à genoux des populations entières), très en cour dans certains milieux américains qui ont obtenu de Donald Trump qu'il s'engage - même s'il rencontre et parle avec les Nord-Coréens - à ne pas lever les sanctions avant la dénucléarisation complète de Pyongyang (que, dans leur jargon, ces va-t-en-guerre qualifient de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" ou CVID, suivant son acronyme anglais, la pertinence du distinguo étant pour le moins douteuse). Le front du refus rallie aussi des gouvernements, au premier rang desquels les ultra-nationalistes au pouvoir au Japon, engagés dans une politique de discrimination raciale tous azimuts. Shinzo Abe et ses acolytes ont applaudi aux bruits de bottes dans la péninsule coréenne en 2017, y voyant aussi une bonne occasion de provoquer des législatives anticipées, largement remportées en dépit des scandales de corruption. Tous ont besoin que le dialogue échoue,nécessairement, pour continuer à engranger les dividendes politiques des tensions et des crises. 

Les motivations de cet attelage de nationalistes, de fondamentalistes religieux, d'atlantistes en mal de nouvelle guerre sainte pour répandre les valeurs occidentales dites universelles, en font aussi les porteurs de valises du lobby militaro-industriel (pour lesquels les crises d'aujourd'hui sont les guerres de demain et les profits d'après-demain).  

Une des figures moins médiatisée du front de refus, malgré ses positions sans ambiguïté, est le Président Emmanuel Macron, qui s'était déjà distingué en répondant sèchement "non", de manière très peu diplomatique, au Président Moon Jae-in venu plaider un soutien français à sa politique de paix et de dialogue. Quelques jours plus tard, le jeune président a enfoncé le clou, en applaudissant des deux mains le plaidoyer du très droitier Shinzo Abe, rencontré en marge du dialogue Europe Asie à Bruxelles : dans un article de Brice Pedroletti, le quotidien Le Monde titre sans ambiguïté que "Shinzo Abe trouve en Macron un allié sur les sanctions contre la Corée du Nord". En soutenant sans réserves Shinzo Abe dans sa douteuse politique inspirée par le racisme anti-coréen, Emmanuel Macron, qui prétend lutter contre les nationalismes en Europe, approuve ouvertement un chef d'Etat sur lequel planent de forts relents de révisionnisme et de racisme, partisan bon teint du réarmement et du militarisme japonais. 

En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).
En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).

En haut : Emmanuel Macron étreignant l'ultra-nationaliste japonais Shinzo Abe. En bas : simple poignée de mains et sourire forcé d'Emmanuel Macron avec le progressiste sud-coréen Moon Jae-in (le 9 juillet 2017).

Si Emmanuel Macron soutient la politique "en même temps" de droite et d'extrême-droite de Shinzo Abe, cette complicité vient de loin : elle est le fruit d'une pénétration lente et ancienne de l'appareil d'Etat français par les réseaux japonais sur la question coréenne, ayant déjà permis au drapeau japonais, symbole des crimes de guerre de l'empire nippon, de flotter sur les Champs Elysées le 14 juillet 2018. 

Vu le 14 juillet 2018 à Paris : le drapeau de guerre japonais (un disque solaire rouge rayonnant sur fond blanc), un symbole des atrocités de guerre japonaises

Vu le 14 juillet 2018 à Paris : le drapeau de guerre japonais (un disque solaire rouge rayonnant sur fond blanc), un symbole des atrocités de guerre japonaises

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 20:28
 

Le 15 octobre 2018, à l'issue de sa rencontre avec le président sud-coréen Moon Jae-in, Emmanuel Macron a déclaré que la France « n'envisage pas d'établir des relations diplomatiques à ce stade » avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et que ces relations « sont évaluées à l'aune des progrès sur le dossier nucléaire et balistique, des relations inter-coréennes et la situation des droits de l'homme ». « C'est en fonction des évolutions qui seront constatées sur le terrain que nous envisagerons d'une part des évolutions en terme de relations bilatérales diplomatiques et d'autre part des évolutions en terme de politique des sanctions », a ajouté le président français. Ces déclarations sont dans la droite ligne de celles faites depuis au moins dix ans par le ministère français des Affaires étrangères, notamment en réponse aux questions de l'Association d'amitié franco-coréenne.

La France rate ici une troisième occasion d'établir des relations diplomatiques avec la RPDC (après 1994 et 2000). Outre son caractère parfaitement contraire à la tradition diplomatique française - qui est de reconnaître des États et non des gouvernements ou des régimes politiques -, cette attitude marque la difficulté de la diplomatie française à appréhender l'évolution de la situation en Corée, marquée par les sommets d'avril, de mai et de septembre 2018 entre les dirigeants des Corée du Nord et du Sud, et par le sommet de juin 2018 entre les dirigeants de la Corée du Nord et des États-Unis d'Amérique. Les propos d'Emmanuel Macron sont totalement décontextualisés et marginalisent un peu plus la France parmi les acteurs pouvant exercer une influence positive dans la résolution de la crise coréenne et, plus généralement, dans la zone Asie-Pacifique.

La France a voulu s'aligner sur la position américaine de « pression maximum » à l’égard de la Corée du Nord en votant toutes les sanctions économiques à l’ONU. Or, aujourd'hui, la levée des sanctions n'est pas seulement une exigence logique de réponse aux efforts déjà accomplis par la RPDC, à commencer par l'arrêt des tests nucléaires et balistiques et le démantèlement de ses sites d'essais : la levée des sanctions est une nécessité pour ne pas faire de la vie des populations la variable d'ajustement des besoins diplomatiques du moment.

Au moment où le Président Moon Jae-in effectue une tournée en Europe, il est déplorable que la France continue une diplomatie d’agressivité contre la RPDC, héritée de la période de la guerre de Corée (1950-1953). La France, dernier pays de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas reconnaître la RPDC, va jusqu'à se retrouver à contre-courant des autres pays de l'Union et, de fait, au moins officiellement, des États-Unis eux-mêmes ! Ce cavalier seul d'une France tournant le dos à ses meilleures traditions diplomatiques pour obéir aux pires logiques néo-conservatrices ne saurait toutefois être qualifié de politique authentiquement indépendante.

L'Association d'amitié franco-coréenne salue les déclarations inter-coréennes des 27 avril 2018 et 19 septembre 2018, lesquelles posent des bases solides pour établir une paix durable, promouvoir les échanges et favoriser la réunification entre les deux parties divisées de la péninsule coréenne, et appelle l'ensemble des acteurs de la communauté internationale à favoriser effectivement la mise en place d'un système de sécurité collective, corollaire indispensable à une prévention efficace des conflits, au désarmement et à la démilitarisation.

Militant depuis près de cinquante ans pour la paix et la réunification de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne a toujours refusé la voie de l'escalade militaire et de l'isolement de la République populaire démocratique de Corée sur la scène internationale. Aujourd'hui confortée dans ses choix pour la paix et la réunification de la Corée, l'Association d'amitié franco-coréenne réitère son appel aux autorités françaises pour que la France ait - enfin - dans cette partie du monde une politique à la hauteur de son rang. Cela passe nécessairement par la prise en compte du caractère historique du processus en cours dans la péninsule coréenne, par la levée des sanctions et par l'établissement de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée.

 

Contact : M. Benoît Quennedey, président de l'AAFC - 06 87 24 93 00

Télécharger la déclaration du bureau national de l'AAFC

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 20:50

Si les échanges entre le président sud-coréen Moon Jae-in et son homologue français ont été particulièrement décevants pour les autorités sud-coréennes et pour la paix dans la péninsule, compte tenu de la position ultra-conservatrice d'Emmanuel Macron, les autres rencontres inscrites au programme de la visite en France du président de la République de Corée, le 16 octobre 2018, ont été nettement plus prometteuses pour l'avenir des relations franco-coréennes. Retour sur ces échanges.

Avec Edouard Philippe : cap sur les coopérations économiques vecteurs de modernisation technologique

Edouard Philippe, Anne Hidalgo, Audrey Azoulay : le contenu de leurs échanges avec Moon Jae-in

Si l'augmentation du nombre de vols directs entre la France et Séoul a été l'aspect le plus commenté par l'agence officielle Yonhap des échanges entre le Président Moon Jae-in et le Premier ministre Edouard Philippe, c'est plus largement l'essor des relations économiques qui a été mis en avant, en étant resituées dans une perspective historique (introduction de la technologie du TGV à Séoul, développement conjoint d'un satellite). Selon les services de la présidence sud-coréenne,

En notant que l'introduction du train à grande vitesse (TGV) en Corée du Sud durant les années 1990 et d'autres projets économiques conjoints, tels que le développement conjoint d'un satellite au cours des années 2000, ont fourni de grands avantages aux peuples des deux pays, le président Moon et le Premier ministre Philippe ont convenu de continuer à explorer de nouveaux domaines de coopération en étendant continuellement le commerce et les investissements entre les deux pays.

Parmi les nouveaux secteurs de coopération ont ainsi été mentionnés le changement climatique, l'intelligence artificielle et les technologies de l'information et de la communication. Toujours selon les autorités sud-coréennes, il s'agit de secteurs clés pour la "quatrième révolution industrielle". Dans un contexte de ralentissement de la croissance économique en Corée du Sud, cette approche s'inscrit dans une conception du progrès économique telle qu'analysé par Joseph Schumpeter - selon laquelle les innovations technologiques déterminent les cycles de croissance.

Lors de ses rencontres avec les milieux économiques, le Président Moon Jae-in a aussi observé que l'établissement d'un régime de paix durable dans la péninsule coréenne sera un facteur de croissance économique.

Anne Hidalgo a apporté son soutien à l'organisation conjointe des Jeux olympiques de 2032 par toute la Corée

Edouard Philippe, Anne Hidalgo, Audrey Azoulay : le contenu de leurs échanges avec Moon Jae-in

Si la réception dans les salons de l'hôtel de ville de Paris d'un chef d'Etat en visite officielle en France fait partie des usages protocolaires, la maire de Paris Anne Hidalgo a appuyé le projet du Président Moon Jae-in d'une candidature conjointe des deux Etats coréens à l'organisation des Jeux olympiques de 2032. La première édile parisienne a observé que ce projet était conforme à l'esprit de l'olympisme.

Tout en témoignant de sa connaissance du rôle de la France et de Paris dans le mouvement de libération de la Corée alors soumise à la colonisation japonaise, le Président Moon Jae-in a aussi plaidé pour un soutien de la ville de Paris à la participation conjointe d'athlètes nord et sud-coréens aux Jeux Olympiques de Paris en 2024, alors que la constitution d'équipes conjointes inter-coréennes lors de récents événements sportifs est l'une des manifestations les plus éclatantes du renouveau du dialogue et des échanges Nord-Sud.

Avec Audrey Azoulay : augmentation du soutien de l'Unesco aux programmes éducatifs à destination de la RPDC

Lors de leur rencontre, le Président Moon Jae-in et la directrice générale de l'Unesco, la Française Audrey Azoulay, ont convenu de favoriser la coopération et la paix dans la péninsule coréenne, par une augmentation des aides à la Corée du Nord dans le domaine de l'éducation et en promouvant la désignation de la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corée comme réserve mondiale de biosphère.

Sources :

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 18:33

Le 15 octobre 2018, le Président Moon Jae-in a été reçu par son homologue Emmanuel Macron dans le cadre de sa visite en France. Le président français a adopté une position de fermeture particulièrement nette (refus de considérer tout allègement des sanctions contre Pyongyang, refus d'envisager l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée - Corée du Nord) qui s'inscrivent dans le droit fil des déclarations hostiles à tout dialogue de certains de ses collaborateurs. Sur le dossier coréen, Emmanuel Macron s'est posé en émule de John Bolton, qui souhaite l'échec du dialogue entre Washington et Pyongyang et a été, à ce titre, mis à l'écart sur le dossier nord-coréen par le président Donald Trump.

Rencontre Moon Jae-in - Emmanuel Macron : le président français se pose en émule de John Bolton

Emmanuel Macron a-t-il les moyens de faire échouer le dialogue, la réconciliation et la marche vers la paix dans la péninsule coréenne ? Sollicité par le président sud-coréen Moon Jae-in pour soutenir sa politique de discussion avec le Nord, le président français s'est en tout cas posé en Monsieur Niet, refusant de prendre en compte les évolutions diplomatiques en cours autour de la péninsule coréenne depuis neuf mois.

Pour ce faire, le jeune président français n'a pas hésité à travestir la réalité. Ainsi, il a cru judicieux d'affirmer devant son visiteur sud-coréen que Pyongyang n'aurait pris aucun engagement précis ou concret sur la voie de sa dénucléarisation, ce qui est un mensonge. Selon lui, 

Nous attendons maintenant des engagements précis de Pyongyang démontrant sa volonté réelle de s'engager dans un processus de démantèlement de ses programmes nucléaire et balistique.

Pour enfoncer le clou, Emmanuel Macron a "martelé" (dixit l'AFP) que dans l'attente de ces engagements vers une "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible", la communauté internationale doit maintenir les sanctions contre Pyongyang, en se montrant hermétique aux arguments du Président Moon Jae-in, qui a observé à juste titre que Pyongyang n'a aucune raison de s'engager dans un désarmement unilatéral sans garanties de sécurité :

La Corée du Nord, en plus de laisser de côté l'arme nucléaire, doit pouvoir garantir sa sécurité. Ils doivent être assurés qu'ils aient fait le bon choix en acceptant la destruction de l'arme nucléaire.

Conséquence de cette politique de fermeture catégorique et ne méritant aucune discussion : non à l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la Corée du Nord, alors que la France est le dernier pays de l'Union européenne - avec l'Estonie - à ne pas avoir franchi le cap de la reconnaissance diplomatique. Toujours selon le Président Emmanuel Macron,

La France n'envisage en revanche pas "à ce stade" de reconnaître la Corée du Nord. "Il est bon de garder des leviers pour s'assurer qu'il y ait des changements", a-t-il insisté.

Emmanuel Macron feint ainsi de croire que la France disposerait de leviers pour faire évoluer la Corée du Nord sur la voie de la dénucléarisation et de l'amélioration des droits de l'homme, alors qu'elle a choisi une politique de retrait sur le dossier coréen (souligné par des parlementaires de tous bords politiques) qui restreint définitivement toute marge de manoeuvre.

Les arguments du président français n'ont rien de nouveau : ce sont ceux que martèle le néo-conservateur John Bolton, partisan hier de la guerre en Irak au nom d'armes de destruction massive... qui n'existaient pas. Ce qui n'empêche pas John Bolton de défendre, encore aujourd'hui, une guerre dévastatrice qui a aussi nourri le terreau du terrorisme islamique qui frappe l'Occident.

Source :




 

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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 19:30

Les 10, 11 et 13 octobre à Paris - respectivement, place Saint-Michel, place de la République et place du Trocadéro - des expositions de photos et des représentations du spectacle intitulé "Les fleurs fanées fleuriront à nouveau" ont eu lieu à Paris, à l'initiative de l'association Machangjin - qui défend les anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise ("femmes de réconfort") dans les villes sud-coréennes de Masan, Changwon et Jinhae - et de Coréens de France regroupés engagés auprès des victimes du naufrage du ferry Sewol. Mobilisée de longue date sur la question toujours non résolue des femmes de réconfort, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) rend compte ci-après de la performance du 13 octobre 2018 des artistes Bae Dallae (peintre travaillant également sur le thème de la division de la Corée) et Lee Jung-hun (mime, travaillant en collaboration avec plusieurs artistiques), magnifiquement servis par les musiciens Moon Jiyoon (violoncelliste) et Lee Han-joo (enseignant de musique à l'université de typographie PaTI à Paju, producteur d'instruments de musique et auteur d'improvisations expérimentales). Rhee Jae-yong et Kim Tae-kyun ont photographié l'événement.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Comment exprimer la souffrance endurée par ces centaines de milliers de femmes, coréennes mais aussi chinoises, indonésiennes, philippines, vietnamiennes..., obligées de se prostituer pendant des années dans les bordels militaires japonais, avant et pendant la Seconde guerre mondiale ? Comment agir pour empêcher que de tels crimes de guerre ne se reproduisent ?

C'est le tour de force qu'ont réussi les artistes réunis pour l'occasion à l'initiative de l'association Machangjin : sobriété des couleurs - le blanc, symbole de pureté, et le noir, exprimant les blessures dans leur chair de ces femmes souvent vierges lorsqu'elles ont été prises de force à leurs familles - élégance des danses mais aussi violence muette du rapt de ces jeunes femmes, qui ont pris ici les traits de l'artiste plasticienne Bae Dallae, face aux attaques sexuelles des Japonais, figurés par Lee Jung-hun. Ces violences âpres sont contextualisées - en période de guerre, dans l'Asie et l'Est et le Pacifique : mais elles ont une portée qui dépasse les années 1932-1945, et qui rend aussi compte avec force de la violence que revêt la domination sexuelle masculine. C'est sur toutes les femmes victimes de viols que les artistes ont braqué les projecteurs.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier
Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Représentante de l'association Machangjin ayant accompagné la troupe artistique à Paris, Lee Kyung-hee a souligné l'exemplarité du combat pour que justice soit rendue aux femmes de réconfort, en surmontant l'histoire de cette tragédie et en agissant pour la justice et les droits de l'homme : les femmes ne doivent plus être les victimes des crimes commis en temps de guerre, hier en Asie-Pacifique, aujourd'hui et demain partout dans le monde.

A cet égard, l'association fait signer la pétition pour que les voix enregistrées des "femmes de réconfort", recueillies grâce à 14 organisations privées, des universitaires et des instituts de recherche dans 9 pays, soient inscrites au patrimoine mondial de l'humanité. L'AAFC soutient pleinement ce combat, pour la mémoire, pour l'honneur et pour la dignité.

Femmes de réconfort : des représentations artistiques à Paris pour ne pas oublier

Photos : AAFC.

Pour signer la pétition : contacter l'association Masangjin (hersstory@hanmail.net).

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 12:46

La venue en Europe (et notamment en France) de Moon Jae-in, Président de la République de Corée (Corée du Sud), était largement connue depuis plusieurs semaines dans les milieux coréens en France (les Coréens en France étant appelés à s'inscrire pour rencontrer le chef de l'Etat), mais elle n'a été annoncée officiellement qu'en ce début de semaine. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) détaille les objectifs diplomatiques de cet important déplacement, qui conduira le Président Moon Jae-in en France, en Italie, au Vatican, en Belgique et au Danemark, du 13 au 21 octobre 2018 - alors que la délégation économique sud-coréenne comprendra notamment Lee Hae-jin, fondateur du moteur de recherche coréen Naver. Naver est très actif sur le marché français : l'entreprise a créé en 2017 la filiale française Naver France SA, racheté en juin 2017 le centre de recherche de Xerox à Grenoble et financé, à hauteur de 200 millions d'euros, le fonds d'investissement Korelya capital, fondé par l'ancienne ministre Fleur Pellerin, d'origine coréenne.

Le Président Moon Jae-in, catholique, rencontrera le pape François.

Le Président Moon Jae-in, catholique, rencontrera le pape François.

Des événements culturels sont prévus pour la partie française de la tournée européenne du Président Moon Jae-in, du 13 au 16 octobre 2018 : en particulier, le groupe Bangtan Boys (BTS) (lauréat en 2018 d'un Favorite Social Artist aux American Music Awards, et intervenu également à la tribune des Nations unies) donnera un concert à Paris, qui réunira également d'autres groupes de K-Pop.

Le Président Moon Jae-in et le groupe BTS

Le Président Moon Jae-in et le groupe BTS

Lors de sa visite en France, le Président Moon Jae-in tentera très certainement de gagner un soutien français plus explicite à sa politique d'ouverture et de paix avec la Corée du Nord, alors que des parlementaires français soulignaient récemment le nécessaire "réinvestissement" de la diplomatie française sur la question coréenne - les évolutions récentes étant enregistrées presque à regret dans certains cercles du pouvoir, plus à l'aise avec une politique de pression maximale (c'est-à-dire de sanctions) sur la Corée du Nord, bien que cette approche soit de nature à faire échouer le début du rapprochement en cours entre Pyongyang et Washington.

Sobrement, la présidence sud-coréenne indique que "les questions diplomatiques et sécuritaires" seront à l'ordre du jour des rencontres en France, dont il est rappelé qu'elle est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

Avec l'Italie, ce sont les domaines des "sciences et des technologies de pointe" qui sont mis en avant comme de possibles champs de coopération.

Catholique revendiqué (ce qui joue un rôle indéniable dans sa vision politique, notamment sa politique inter-coréenne de paix et de dialogue), le Président Moon Jae-in est attendu au Vatican les 17 et 18 octobre. Le 17 octobre, une messe pour la paix sur la péninsule coréenne devrait être célébrée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'Etat du Saint-Siège, à la basilique Saint-Pierre. Lors d'une entrevue le lendemain avec la pape François, le Président Moon devrait recevoir une bénédiction et le soutien du pape sur sa politique de dialogue avec le Nord. A cette occasion, il remettra la lettre d'invitation du pape François en République populaire démocratique de Corée, que lui a remis le Président Kim Jong-un lors du sommet inter-coréen de Pyongyang des 18-20 septembre 2018 (visiblement sur la suggestion de Séoul).

En Belgique, le Président Moon Jae-in assistera au Dialogue Asie-Europe (Asem). il aura une rencontre avec le président du Conseil européen, dans le cadre d'un sommet entre l'Union européenne et la République de Corée (18-19 octobre 2018). Les deux parties ont établi en 2010 un partenariat stratégique.

Se rendant enfin au Danemark, le dirigeant sud-coréen assistera au sommet "Partenariat pour la croissance verte et les objectifs de développement durable (P4G)", alors que la République de Corée poursuit un programme d'essor de l'économie verte et qu'a été acté un plan de sortie progressive du nucléaire civil (à horizon 2060).

Sources principales :

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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 14:23

Alors que les rencontres internationales au sommet autour de la Corée en ce printemps 2018 prônent la dénucléarisation de l'ensemble de la péninsule, l'établissement d'un régime de paix par la mise en place de mécanismes de sécurité collective, la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale a préconisé, dans un rapport d'information sur l'arme nucléaire dans le monde 60 ans après l'adoption du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), publié après six mois de travaux (auditions, déplacements), que la France cesse de faire cavalier seul dans l'Union européenne en continuant de refuser d'envisager l'établissement de relations diplomatiques  complètes avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Les recommandations sur ce point des deux auteurs du rapport, le centriste Michel Fanget et le communiste Jean-Paul Lecoq, sont apparues largement partagées au sein de la commission de l'Assemblée, et conformes à une position constante de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) pour laquelle cette non-reconnaissance diplomatiques constitue un facteur d'affaiblissement de la France sur la scène coréenne.

De haut en bas : les députés Jean-Paul Lecoq et Michel FangetDe haut en bas : les députés Jean-Paul Lecoq et Michel Fanget

De haut en bas : les députés Jean-Paul Lecoq et Michel Fanget

Dressant l'historique du programme nucléaire nord-coréen et soulignant la nécessité de parvenir à une dénucléarisation de toute la péninsule coréenne, les deux co-auteurs du rapport soulignent l'effacement de la diplomatie française - mais aussi européenne - sur le dossier nucléaire nord-coréen :

Dans le cas de la Corée du Nord, il faudrait donc que la France se positionne pour défendre la ratification du TICE [Traité d'interdiction complète des essais nucléaires]. Cela impliquerait qu’elle se positionne dans un processus diplomatique dont elle est, pour le moment, largement exclue, de même que tous les pays européens.

Pour pallier cette carence de la diplomatie française, les deux députés recommandent tout d'abord de renforcer l'expertise de la France, dans le cadre d'un "nécessaire réinvestissement intellectuel et diplomatique de la France sur la question nord-coréenne" en abordant d'autres thématiques que la seule question nucléaire :

Recommandation n°7 : La France devrait faire en sorte d’accroître son expertise sur la Corée du Nord, de façon à avoir une compréhension plus fine de la situation de ce pays et ne pas l’aborder trop exclusivement sous l’angle de la prolifération nucléaire.

Selon les deux représentants de la nation, ce "réinvestissement", au plan diplomatique, passe par envisager la mise en place d'une ambassade de plein exercice, alors qu'actuellement "la France n’a pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord, mais simplement un « bureau de représentation » au sein de l’ambassade allemande à Pyongyang", tout en rappelant la tradition diplomatique française consistant à reconnaître des Etats et non des régimes (ce qui implique qu'il n'y a pas de rupture des relations diplomatiques en cas de changement de gouvernement ou de régime dans un pays étranger) :

Recommandation n°8 : la France devrait envisager le rétablissement de relations diplomatiques avec la Corée du Nord, lequel ne vaudrait pas approbation du régime nord-coréen.

Bien qu'exprimées en termes mesurés, ces recommandations prennent à contre-pied la très conservatrice diplomatie française, qui consiste d'une part en une présence diplomatique minimale (en termes de moyens humains et financiers) pour un pays de l'importance politique et stratégique de la RPD de Corée, et d'autre part en une volonté de ne pas faire évoluer les grilles d'analyse traditionnelles malgré les changements en cours - la France s'alignant de facto sur les positions des "faucons" néo-conservateurs américains(pourtant en perte de vitesse à Washington) et japonais partisans, sinon de la guerre, tout au moins de sanctions maximales qui sont une alternative à un conflit ouvert et tuent de nombreux civils innocents, y compris des femmes et des enfants.

Dès lors, le débat en commission s'est focalisé sur ces deux propositions, néanmoins partagées par des élus de toutes sensibilités politiques.

Parmi les députés qui rejoignent les positions de Michel Fanget et Jean-Paul Lecoq figure le député (LREM) Jacques Maire, partisan d'un "rapprochement" avec la Corée du Nord :


 

(...) je pense que si nous sommes irréprochables sur la question iranienne, en termes d’implication et de présence, nous sommes très absents sur le sujet de la Corée du Nord. Plusieurs députés de cette commission, même issus de la majorité, ont exprimé le souhait d’un rapprochement avec cet Etat.

La députée LREM Jacqueline Maquet a rappelé que l'objectif des récents sommets internationaux était la dénucléarisation de toute la Corée, et pas seulement de sa moitié Nord - alors que la République de Corée est sous le parapluie nucléaire des Etats-Unis et que des équipements porteurs d'armes nucléaires peuvent y être stationnés, comme dans le base navale de l'île de Jeju :

(...) cette année 2018 aura été marquée par deux faits majeurs, tous deux corrélés directement à la politique américaine. D’un côté, une annonce en apparence saine sur la péninsule coréenne – j’insiste sur le terme de « péninsule » car la rencontre entre les deux présidents ne portait pas sur le seul désarmement de la Corée du Nord mais sur le désarmement de la péninsule.

Beaucoup plus prudente a été en revanche la position du député (également LREM) Joachim Son-Forget qui incite - au diapason du ministère français des Affaires étrangères... - à éviter toute précipitation dans l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la RPD de Corée, en évoquant l'ouverture de "bureaux" de représentation... qui existent déjà (sic) et ont même été remplacés, à Paris, par une délégation nord-coréenne en place depuis plus de trois décennies (!). Le député des Français de l'étranger est en revanche plus audacieux s'agissant du renforcement des effectifs diplomatiques français et Pyongyang ainsi que d'échanges économiques (aujourd'hui proches du néant) :

S’agissant de nos relations avec la Corée du Nord, je pense que nous devons aller vers le rapprochement et la normalisation, mais très progressivement, en ouvrant par exemple un bureau réciproque. Je plaide pour qu’on élargisse la représentation française à Pyongyang. Mais nous ne devons pas nous précipiter : nous devons progresser de concert sur le rapprochement des peuples et les aspects de vérification, avec l’aide d’organismes multilatéraux. Nous pourrions aussi nouer un partenariat économique. Il est certain que notre désengagement sur cette question est problématique ; nous risquons de rater les développements importants qui se feront dans la péninsule coréenne.

Le député (LREM) Jean-François Mbaye propose de conditionner l'établissement de relations diplomatiques entre Paris et Pyongyang à la définition par la RPD de Corée d'un calendrier de dénucléarisation :

Je voulais revenir sur la recommandation n°8 concernant le rétablissement des relations diplomatiques avec la Corée du nord. Je trouve que c’est un objectif ambitieux ; mais est-ce que ces relations diplomatiques permettraient d’exiger de la Corée du Nord qu’elle établisse un véritable calendrier pour sa dénucléarisation ? On ne peut pas dialoguer avec elle si elle conçoit l’arme nucléaire non pas comme une arme de paix, mais comme un instrument de négociation, et n’envisage pas sérieusement de s’en séparer.

La seule voix réellement dissonante a finalement été celle de la députée (LR) Valérie Boyer, qui a adopté une position de principe de défense de "la civilisation" occidentale, dans la veine de la pensée néo-conservatrice :

Je me joins à mes collègues pour féliciter les co-rapporteurs pour leur travail passionnant. Ce rapport nous permet d’avoir une vision plus claire des dangers pour notre civilisation. Ces dangers sont d’abord celui de la Corée du Nord, avec le président Kim Jong-un qui menace la paix dans le monde, avec ce qu’il semble considérer comme des jouets destinés à attirer l’attention sur lui et à lui permettre de narguer la Corée du Sud, le Japon et l’Occident.

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 14:17

L'affaire Alexandre Benalla a pris des proportions inédites dans la France de la Cinquième République - le comportement d'un proche du chef de l'Etat tendant à dominer la vie politique et à occulter d'autres débats pourtant essentiels, de la révision constitutionnelle à la politique économique et sociale du gouvernement. A l'Association d'amitié franco-coréenne, cette focalisation sur l'entourage d'un chef d'Etat évoque pour nous une autre affaire - l'affaire Choi Soon-sil, du nom de la confidente de l'ombre de la Présidente Park Geun-hye, dont les révélations ont entraîné la destitution de la présidente sud-coréenne, par ailleurs aujourd'hui en prison. Toutes proportions gardées (il n'y a pas de comportement fautif d'Emmanuel Macron au regard de la loi française, contrairement à Mme Park Geun-hye, et pas davantage aujourd'hui de mouvement de masse en France tendant au départ du Président de la République française), nous avons souhaité établir une comparaison quant aux ressorts et aux déroulés politiques des deux affaires, qui illustrent le poids pris par les médias et le rôle des oppositions politiques et de citoyens non membres d'un mouvement politique dans les régimes parlementaires, à tendance présidentialiste, que sont la République française et la République de Corée.

A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.

A gauche, manifestation "pour aller chercher Macron" à Paris, le 28 juillet 2018 ; à droite, manifestation contre la Présidente Park Geun-hye, à Séoul, le 10 décembre 2016.

La question du rôle et de la place des confidents de l'ombre et de la réaction du chef d'Etat à la tempête médiatique

Le pouvoir moderne, dans les régimes dits de démocratie parlementaire, prône la transparence de la vie politique. Mais les conseillers de l'ombre et confidents ont toujours existé, et ne sont pas prêts de disparaître, car ils remplissent des fonctions essentielles pour les chefs d'Etat qui, ne serait-ce que parce que ce sont des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses, ont besoin de s'appuyer sur des personnes de confiance, situées en dehors de tout organigramme officiel. Sur ce point, un bémol est cependant à souligner entre Choi Soon-sil et Alexandre Benalla : la première n'avait aucune fonction dans l'appareil d'Etat, quand le second était un chargé de mission (certes dont les fonctions n'apparaissent pas, comme d'autres, dans les publications de la composition des cabinets ministériels au Journal officiel de la République française), parfaitement identifié et identifiable dans l'entourage d'Emmanuel Macron - même si le grand public ne l'a découvert que tardivement.

Cependant, les opinions publiques ont des réactions de rejet comparables : à la dénonciation de la "gourou" Mme Choi fait écho celle du "barbouze" M. Benalla, l'un et l'autre réduits au statut d'affreux.

Dans ce contexte, la volonté de Mme Park Geun-hye - comme celle d'Emmanuel Macron - d'attendre pour réagir publiquement, de minimiser la portée des révélations des médias et (surtout) de ne pas se désolidariser de leurs (anciens) conseillers, sans présenter d'excuses, autorise toutes les interprétations, réelles ou fantasmées, quant au fait qu'on cacherait quelque chose de bien plus grave à l'opinion publique. Cette défiance à l'encontre du détenteur de l'autorité politique permet dès lors qu'il y ait place pour le déroulement d'un feuilleton médiatique, chaque jour apportant de nouvelles révélations.

Si la nature des relations entre Emmanuel Macron et Alexandre Benalla dépassait la seule sphère publique (comme dans le cas de Park Geun-hye et de Choi Soon-sil), puisqu'on vient d'apprendre qu'Alexandre Benalla possédait les clés de la résidence de Brigitte Macron au Touquet, mais reste encore peu connue, une différence de taille est qu'Emmanuel Macron existe politiquement indépendamment d'Alexandre Benalla, apparu tardivement dans l'entourage du chef de l'Etat (en 2016) - contrairement à Choi Soon-sil, qui dominait totalement l'ancienne présidente Park depuis les années 1970.

Pouvoir et contre-pouvoirs

La République de Corée, comme la République française, ayant mis des places des systèmes d'équilibre des pouvoirs, le rôle des médias et des oppositions est crucial et sujet à débats dans le développement des deux affaires.

Emmanuel Macron, comme avant lui Park Geun-hye, dénonce une tempête dans un verre d'eau, surmédiatisée et instrumentalisée selon lui par l'opposition. L'un et l'autre ont également choisi de ne pas affronter directement sur ce point les journalistes réputés proches de l'opposition, nourrissant ainsi des critiques sur leur prétendu autoritarisme (avéré dans le cas de la Présidente Park, objet pour le moins de débats dans le cas d'Emmanuel Macron si l'on considère les discussions que suscite le projet de révision constitutionnelle, mais entaché par l'attitude violente d'Alexandre Benalla). Cependant, quelque autoritaire qu'ait été Mme Park Geun-hye, et bien qu'ayant envisagé le recours à la loi martiale, elle n'a pas fait tirer sur les manifestants et n'a pas engagé l'appareil d'Etat dans une répression systématique. Dans un régime de démocratie parlementaire où s'exerce l'alternance politique, des freins puissants existent à l'usage immodéré de la force par la puissance publique.

S'agissant des oppositions politiques, celles-ci ont eu une attitude d'abord prudente en Corée du Sud (avant de se mettre au diapason des manifestants et de l'opinion publique), quand en France les parlementaires d'opposition sont au contraire aux avant-postes dans la dénonciation du pouvoir. Cette différence montre d'ailleurs que la tradition parlementaire est plus ancrée dans la vie politique française - en Corée du Sud, le Parlement a finalement eu le dernier mot, en votant la destitution de la Présidente Park, mais seulement après des mois de controverses politiques.

Si des manifestations - liées seulement marginalement aux mouvements politiques traditionnels - sont à relever dans les deux affaires, celles-ci ont pour l'heure une ampleur limitée dans le cas de l'affaire Benalla. En Corée du Sud, au contraire, elles ont été un facteur déterminant dans la chute de la Présidente Park Geun-hye. 

Les dénouements politiques et juridiques

Dans le cas de l'affaire Choi Soon-sil, la destitution de la Présidente Park Geun-hye n'était pas écrite d'avance, mais a été rendue possible par une conjonction de facteurs qui n'existent pas en France :

- la majorité parlementaire de la Présidente Park Geun-hye était étroite depuis les élections législatives d'avril 2016, ce qui n'est pas le cas pour Emmanuel Macron, qui dispose d'une large majorité à l'Assemblée nationale ;
- les luttes de factions sont intenses en Corée du Sud, si bien qu'une partie des députés conservateurs n'était pas favorable à la Présidente Park et a joint ses voix à celles de l'opposition pour la destituer ; en France, la République en Marche a été créée par et pour Emmanuel Macron et son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale fait bloc autour du chef de l'Etat ; l'incertitude pourrait venir de députés issus d'autres partis politiques (notamment, PS, LR, UDI, PRG...), dont le destin politique est moins lié à celui du Président de la République française, mais jusqu'à présent et dans la tradition parlementaire française, la pratique des transfuges est exceptionnelle (et plutôt dans le sens de rejoindre les rangs de la majorité, comme en 1988) ; bref, si le droit constitutionnel français autorise théoriquement la destitution du chef de l'Etat, tous les constitutionnalistes s'accordent pour dire qu'une telle hypothèse n'a aucune chance de se produire aujourd'hui en France ; 
- non rééligible, la Présidente Park Geun-hye avait été affaiblie par une série de scandales et de mauvaises gestions de crise, notamment le naufrage du ferry Sewol, alors que dans le cas de l'affaire Benalla, il s'agit plutôt d'une première crise politique pour le Président Emmanuel Macron.

Enfin, le volet judiciaire de l'affaire Benalla est aujourd'hui très limité, et circonscrit au seul cas de l'ancien conseiller présidentiel : s'il y a bien eu usurpation d'attributs de la fonction publique, l'affaire n'a pas de volet financier, contrairement à l'affaire Park Geun-hye où les détournements de fonds publics ont conduit à des condamnations à des peines de plusieurs dizaines d'années de prison pour Choi Soon-sil et Park Geun-hye.

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