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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 15:00

Le 11 octobre 2008, les Etats-Unis ont décidé de retirer la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme" et la RPDC a repris le processus de désactivation de ses installations nucléaires. Les pourparlers à six pays (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen semblent donc repartis sur de bonnes bases. Mais la décision américaine a aussi provoqué la colère du gouvernement japonais qui entend se servir de ces pourparlers pour régler l'affaire de l'enlèvement de citoyens japonais par des agents nord-coréens au cours des années 1970 et 1980. En avançant des exigences "hors sujet" dans le contexte de négociations sur le nucléaire, le Japon prend le risque d'un nouveau blocage du délicat processus des pourparlers à six tout en semblant ignorer ses propres responsabilités historiques dans la péninsule coréenne.

 

Le 30 septembre 2008, le ministre japonais des Affaires étrangères, Hirofumi Nakasone, a annoncé la prolongation de six mois des sanctions économiques prises par le Japon contre la RPD de Corée. Imposées pour la première fois en octobre 2006 suite à l’essai nucléaire nord-coréen, ces sanctions interdisent notamment l'importation des produits nord-coréens, l'entrée des navires nord-coréens dans les ports du Japon et l’accès du territoire japonais aux citoyens nord-coréens. Depuis 2006, ces sanctions ont été reconduites tous les six mois. Nakasone a justifié cette nouvelle reconduction par le fait que la RPDC était en train de préparer le redémarrage de ses installations nucléaires et refusait d'enquêter sur le dossier de seize citoyens japonais enlevés dans les années 1970 et 1980 par les services de renseignement de la RPDC afin de servir d'instructeurs de langue japonaise ou de fournir de fausses identités aux agents nord-coréens.

Mais, depuis la décision japonaise de prolonger les sanctions, les Etats-Unis ont annoncé, le 11 octobre, le retrait de la RPDC de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme". Le retrait de la Corée du Nord de la liste noire américaine est une avancée essentielle vers l'amélioration des relations entre la RPDC et les Etats-Unis, car il constitue un préalable à la fin de l'application de la "Loi sur le commerce avec les pays ennemis", à la levée de l'embargo, à la transformation de l'armistice de 1953 en un véritable traité de paix et à l'établissement de relations diplomatiques complètes entres les deux pays. Compte tenu de ce réel progrès, la RPDC a repris le processus de désactivation de ses installations nucléaires.

 

Il ne reste donc plus au Japon que l'argument de l'enlèvement de seize de ses citoyens par des agents nord-coréens, un argument suffisant aux yeux du gouvernement japonais pour maintenir les sanctions à l'encontre de la RPDC mais aussi ne pas respecter les engagements pris lors des pourparlers à six. En effet, les accords signés par les six pays les 13 février et 3 octobre 2007 [1] prévoient la fourniture d'une aide énergétique d'un million de tonnes de fioul à la RPDC au titre des compensations économiques pour l'abandon de ses programmes nucléaires. Mais le Japon, qui devait à l'origine assurer la livraison de 200.000 tonnes de fioul, demande d’abord le règlement du dossier des enlèvements. Les autres pays négociant avec la RPDC semblent même résignés à chercher l'assistance d’un autre partenaire que le Japon (peut être l'Australie ou l'Union européenne). 

 

La RPDC accuse donc le Japon de vouloir perturber, voire "torpiller", les pourparlers à six, le journal nord-coréen Rodong Sinmun rappelant que ces pourparlers ne constituent pas une plate-forme de discussion sur la "question des enlèvements" mais sont  bien destinés à trouver une solution à la question du nucléaire dans la péninsule coréenne.

Dès septembre 2002, à l'issue d'un sommet entre le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le dirigeant coréen Kim Jong-il, la RPDC a reconnu l'enlèvement de treize citoyens japonais, un acte pour lequel ce pays a présenté des excuses officielles et promis de punir les coupables. Cinq citoyens japonais enlevés purent retourner au Japon, les huit autres étant décédés. Toutes les enquêtes et les rencontres entre représentants japonais et nord-coréens n'ont pas permis de retrouver la trace d'autres "enlevés".

   

L'enlèvement de citoyens innocents d'un pays par les agents d'un autre pays est parfaitement condamnable et la République populaire démocratique de Corée a présenté des excuses officielles pour cela. Mais depuis près de 500 ans, et spécialement au siècle dernier, les Coréens ont eux-mêmes eu à souffrir de crimes d'une tout autre ampleur perpétrés par les Japonais, sans recevoir la moindre excuse de la part de ces derniers :

En 1592, en l'absence de toute provocation, le Japon, fort d'une armée de 300.000 hommes, envahit la Corée, dévastant la péninsule. Une force navale coréenne, avec à sa tête l'amiral Yi Sun-sin,  parvint à détruire la marine japonaise mais, en 1597, les Japonais revinrent avec la même férocité. Une fois encore, ils furent chassés par l'amiral Yi mais enlevèrent aussi plus de 7.000 civils coréens réduits en esclavage au Japon.

En 1910, le Japon annexa officiellement la péninsule coréenne, début d'un pouvoir colonial qui ne prit fin qu'en 1945. Le 1er mars 1919, des Coréens manifestèrent pacifiquement pour réclamer leur indépendance. Ce mouvement fut impitoyement réprimé par les forces d'occupation japonaises qui tuèrent 7.500 Coréens

Le 1er septembre 1923, Tokyo fut ravagé par un grave séisme. Une rumeur se répandit parmi les Japonais, accusant les résidents coréens d'être à l'origine de pillages et d'incendies. Il s'ensuivit de nombreux massacres de Coréens.  Selon les estimations officielles des autorités japonaises, plus de 6.000 Coréens furent assassinés.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un nombre incalculable de jeunes Coréens furent contraints de travailler dans les usines d'armement, les mines et les chantiers navals du Japon. Après la guerre, beaucoup retournèrent en Corée sans aucune aide du gouvernement japonais. La plupart des Coréens résidant actuellement au Japon sont d'ailleurs les descendants de ces travailleurs forcés et subissent des 
discriminations.
 
 

L'histoire la plus terrible concerne les 200.000 "femmes de réconfort", un euphémisme désignant les Coréennes arrachées à leur pays pour servir d'esclaves sexuelles aux soldats japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Les quelques survivantes peuvent témoigner de ce que les autorités japonaises cherchent encore à nier.

   

En insistant sur la "question des enlèvements" de seize citoyens japonais par des agents nord-coréens, le gouvernement japonais a voulu faire pression sur l'administration et le Congrès des Etats-Unis pour qu'ils ne retirent pas la RPDC de leur "liste des Etats soutenant le terrorisme", au risque de bloquer des négociations vitales pour la paix en Asie du Nord-Est. Mais, au regard de l'histoire, quel pays est le plus terrifiant ? (sources : KBS, KCNA, Korean American National Coordinating Council)


[1] Le 13 février 2007, aux termes de l'accord intervenu à Pékin à l'issue de négociations à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon) sur le programme nucléaire nord-coréen, la Corée du Nord s'est engagée à désactiver son programme nucléaire en échange d'une aide énergétique et alimentaire et de garanties de sécurité par les Etats-Unis.
Le 3 octobre 2007, un nouvel accord a été signé par les gouvernements des six pays, concernant le processus de démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes : la Corée du Nord acceptait de démanteler ses trois principales installations nucléaires à Yongbyon avant le 31 décembre 2007, sous la supervision d'un groupe d'experts. Elle s'engageait dans le même temps à donner la liste complète de ses programmes nucléaires en échange d'une aide énergétique équivalente à un million de tonnes de fioul lourd.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Japon-Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)