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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:43

Les autorités sud-coréennes viennent d'arrêter Lee Chun-geun, célèbre producteur de télévision accusé d'avoir diffusé des fausses informations qui auraient encouragé les manifestations du printemps et de l'été 2008 contre le président Lee Myung-bak (Grand parti national, conservateur). Une nouvelle atteinte à la liberté d'expression qui fait peser des craintes sur les libertés publiques en Corée du Sud, avec un retour du contrôle de l'Etat sur les médias.

Le carnet du producteur, réalisé par Lee Chun-geun, a été une des émissions phares de la télévision sud-coréenne. Les téléspectateurs devront désormais d'habituer à une autre information, après l'arrestation de Lee Chun-geun arrêté dans la nuit du mercredi 25 mars 2009, pour diffamation contre le gouvernement [ici Choi Young-ki, président de l'Association des producteurs indépendants, demande à rencontrer le procureur de la République à Séoul, photo : Hankyoreh]. Lee Chun-geun est accusé d'avoir diffusé délibérément de fausses nouvelles qui auraient encouragé les immenses manifestations du printemps et de l'été 2008 contre la décision du président Lee Myung-bak (conservateur) de réouvrir le marché sud-coréen aux importations de boeuf américain, en l'absence de réévaluation des risques pour la santé humaine de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, dite maladie de la "vache folle"). Le gouvernement sud-coréen avait finalement mis fin aux protestations pacifiques du printemps dernier, les plus importantes depuis la chute du régime militaire en 1987, par la répression, en arrêtant les leaders du mouvement. Devenu très impopulaire, Lee Myung-bak avait été contraint de négocier des garanties sanitaires et de présenter publiquement des excuses pour sa mauvaise gestion de la situation.

Les émissions de Lee Chun-geun ont été passées au peigne fin par la justice, afin de multiplier la découverte d'indices qui tendraient à prouver une intention délibérée de diffamer les autorités sud-coréennes : une image de vache ne pouvant pas marcher mais n'étant en réalité pas atteinte par l'ESB, la traduction inexacte en coréen du nom de la maladie (maladie de la "vache folle" et non de Creutzfeldt-Jakob) par la mère d'une victime, ce qui aurait imposé comme une évidence la transmission à l'homme... 

Les émission de Lee Chun-geun avait d'autres torts, notamment le fait d'avoir mis en cause le maintien de la
loi de sécurité nationale, promulguée en décembre 1948, instrument de répression des mouvements d'opposition sous couvert de lutte contre le communisme.

L'affaire Lee Chun-geun n'est que la dernière en ce qui concerne la liberté de la presse :

- la veille, dans la nuit du mardi 24 mars, Noh Jong-myeon [ici au centre, photo : The Korea Times], dirigeant du syndicat de Yonhap Television News (YTN), a été arrêté pour avoir critiqué la nomination de Ku Bon-hong, ancien conseiller à la presse de Lee Myung-bak, à la direction de YTN ; Amnesty International a alors dénoncé "le développement inquiétant de ce qui apparaît comme un effort concerté grandissant du gouvernement de contrôler les médias sud-coréens" ;

- un blogueur,
Minerve, a également été arrêté, pour avoir diffusé de fausses informations qui auraient déstabilisé les marchés financiers... et dont le blog avait surtout le grand tort d'être devenu l'un des médias les plus populaires en Corée du Sud.

Faut-il interpréter ces évolutions dans le sens d'une dérive autoritaire ? De fait, les indices préoccupants se multiplient d'une volonté délibérée de contrôle de l'information et d'inclination au pouvoir personnel :

- créée en 2001 pour défendre les droits des citoyens, la
commission nationale des droits de l'homme a annoncé qu'elle entendait saisir la justice si le gouvernement confirmait son intention d'en réduire les effectifs (de 208 à 164 emplois) : le gouvernement Lee Myung-bak entend limiter les moyens d'une structure dont le rôle se rapproche, en France, de celui du Médiateur de la République, puisqu'elle formule des recommandations non contraignantes pour l'administration, mais de nature à améliorer les pratiques administratives ; une telle stuation créerait un imbroglio juridique, nécessitant de définir préalablement l'indépendance de la commission par rapport au ministère de l'administration publique et de la sécurité ;

- le 20 février 2009,
l'assaut de la police contre les occupants d'un immeuble à Séoul a entraîné six morts : le gouvernement n'a pas donné suite à la demande de l'opposition de constituer une commission d'enquête sur les circonstances exactes du drame ;

- en décembre 2008 et janvier 2009,
l'opposition a dû bloquer l'accès au Parlement pour permettre l'examen dans des conditions normales de 85 projets de loi, que Lee Myung-bak entendait voir adopter lors d'une session extraordinaire convoquée pendant les vacances de Noël : parmi les textes controversés figure la possibilité que les  groupes de presse ou les conglomérats, acquis aux conservateurs au pouvoir, puissent contrôler les diffuseurs audiovisuels ;

- le 15 août 2008, l'opposition a boycotté les cérémonies de la Libération de la Corée, en protestant contre la
volonté du gouvernement de réécrire l'histoire ;

- à l'automne 2008, 676 historiens spécialistes de la Corée, dont 114 étrangers, ont signé un
communiqué de l'Organisation des historiens coréens contre la volonté du gouvernement Lee Myung-bak de contrôler le contenu des manuels d'histoire ; comme l'a souligné l'historien américain Bruce Cumings, "l'administration Lee vit dans le passé, se souvenant toujours de la manière d'agir de Park Chung-hee et Chun Doo-hwan. Il est très anachronique pour les politiciens de penser pouvoir contrôler l'histoire, ou les manuels d'histoire (...) Après dix années vraiment nouvelles et différentes dans l'histoire de la Corée d'après-guerre, l'administration Lee essaie de revenir en arrière, et de s'opposer aux progrès énormes accomplis depuis 1997 sous Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, une meilleure compréhension de l'histoire d'après-guerre, la promotion de la réconciliation au sein du peuple du Sud et avec le Nord, et un changement spectaculaire d'attitude de toute la population de République de Corée [RdC, Corée du Sud] vis-à-vis du Nord." 

Quand les militaires dirigeaient la Corée du Sud, l'arrestation des dirigeants de mouvements d'opposition et le contrôle des médias constituaient les moyens privilégiés pour mettre fin à la contestation sociale et politique. A cet égard, il convient de rappeler que Grand parti national de Lee Myung-bak intègre les anciens partisans du régime militaire. Ces pratiques avaient nettement reculé pendant les deux mandats (1998-2008)  des deux présidents démocrates, Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung, lui-même ancien opposant enlevé à l'étranger par les services secrets sud-coréens et qui n'avait dû d'avoir la vie sauve que grâce à une campagne de mobilisation internationale pour sa libération. Cette campagne avait été relayée aux Etats-Unis et en France par diverses organisations politiques, dont le Parti socialiste.

L'AAFC estime qu'il est aujourd'hui temps que les alliés de Séoul, au premier rang desquels les Etats-Unis et les Etats membres de l'Union européenne, ainsi que les organisations politiques et sociales de ces pays, prennent la mesure des événements en cours à Séoul, en faisant pression sur les autorités sud-coréennes. Lesquelles s'érigent, par ailleurs, en donneurs de leçons sur les droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée. (principale source : Financial Times).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)