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26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 21:06

Le 13 janvier 2018, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), et Damien Jamet, membre du comité régional Grand Est de l'AAFC (créé en novembre 2017), étaient dans les studios de Radio Primitive pour une émission du magazine Larchmütz qui était consacrée à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang, en février 2018. Nous revenons sur cette émission (téléchargeable à cette adresse), Larchmütz étant diffusée le troisième vendredi de chaque mois à 18h et rediffusée le quatrième dimanche du mois à 10h, sur Radio Primitive (Reims, 92.4). 

L'AAFC sur Radio Primitive : la Corée du Nord au-delà "des fake news et des anecdotes farfelues"

Larchmütz, ou l'émission en désaccord : le parti pris des réalisateurs était de dépasser les clichés auxquels trop souvent se réduit l'actualité médiatique sur la RPDC, en donnant la parole à l'Association d'amitié franco-coréenne : 

La Corée du Nord, c'est surtout des fake news et des anecdotes farfelues dans les médias.

Ce mois-ci, dans Larchmütz, on a eu envie de vous proposer d'autres clefs de lecture. Pour ce, on a invité, dans les locaux de Radio Primitive, l'association d'amitié franco-coréenne qui vient justement de créer un comité dans la région Grand Est.

Cet échange a été enregistré le 13 janvier dernier.

On va parler histoire, réunification, échanges, relations France-Corée... Du Nord, du Sud.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a d'abord resitué le contexte historique de constitution d'une identité nationale qui est propre à la Corée, dont la division - de part et d'autre du trente-huitième parallèle -, avant d'être consacrée par la guerre de Corée, a obéi à des contingences historiques au lendemain de la capitulation japonaise en 1945 : ce sont deux officiers américains qui ont dessiné la ligne de division, sur une carte du National Geographic, permettant de scinder la péninsule en deux moitiés approximativement égales en superficie mais plaçant la capitale (Séoul) dans la zone sud (sous influence américaine, le nord étant sous influence soviétique). Puis la guerre de Corée s'est soldée par un accord d'armistice, en l'absence encore à ce jour d'un traité de paix pour lequel milite l'AAFC. La force de dissuasion nucléaire qu'a ensuite développée la Corée du Nord s'est inscrite dans une logique de dissuasion du faible au fort - suivant une doctrine nucléaire d'ailleurs très proche de celle mise en place en France par le général de Gaulle.

Dans ce contexte, l'AAFC, fondée en 1969 et ayant rassemblé depuis cette date des personnalités de sensibilités politiques très diverses (gaullistes, communistes, socialistes, chrétiens...), est - il est utile de le rappeler - une association indépendante de la Corée du Nord, dont elle ne reçoit aucune subvention, et ayant ses propres orientations. Ses actions visent à informer sur la situation en Corée, à intervenir auprès des autorités françaises pour qu'elles développent une position plus équilibrée vis-à-vis des deux Etats coréens, et à encourager des actions de coopération concrètes en jouant un rôle de facilitateur et de mise en contact - par exemple, dans le domaine du cinéma (avec la présentation de jeunes réalisateurs au Festival international du film de Pyongyang), de l'agriculture (en mettant en relation des agriculteurs français et coréens, ou en organisant des déplacements des diplomates nord-coréens en France dans des fermes ou sur des sites industriels agro-alimentaires) ou de la coopération universitaire. A cet égard, Damien Jamet a observé que la France, contrairement à d'autres pays européens (l'Allemagne, l'Italie), décourage les coopérations universitaires - du moins dans son domaine (les mathématiques et l'informatique) - même lorsqu'elles relèvent de programmes européens comme Erasmus. Damien Jamet a cité son expérience personnelle : il s'est adressé à l'AAFC en 2014 pour entrer en contact avec un chercheur nord-coréen ayant la même spécialité que lui, ayant ainsi pu se rendre à l'Université Kim Il-sung de Pyongyang en juin 2015 (déplacement dont il a rendu compte à l'IUT de Saint-Dié-des-Vosges en septembre 2015), avant cependant de ne pouvoir retourner en RPDC qu'à titre personnel, pour poursuivre ces échanges universitaires, en décembre 2017. Manifestement, la montée des tensions internationales autour de la péninsule coréenne, entre 2015 et 2017, a expliqué ce revirement des autorités françaises qui ont refusé tout nouveau déplacement dans un cadre universitaire fin 2017 : il y a bien un boycott universitaire de la Corée du Nord par la France et propre à notre pays, un Korean ban à défaut d'un Muslim ban. Comme l'observe Damien Jamet, 

Ceux qui décident ne sont pas ceux qui comprennent. Pour eux, les mots en "ique" riment avec "bombe atomique". Alors que mon domaine de recherche est la géométrie.

Revenant sur les sanctions internationales, Patrick Kuentzmann a observé qu'elles sont devenues un instrument de politique internationale de plus en plus utilisée par les Etats-Unis, suivant une logique très ancienne - celle de la poliorcétique, de la forteresse assiégée qu'il faut faire tomber en affamant ceux qui sont réfugiés derrière des remparts. Comme la Corée du Nord ne s'est pas effondrée d'elle-même, contrairement aux prédictions formulées à la fin de la guerre froide, l'administration Trump l'y aide en mettant en place nouveau train de sanctions sur nouveau train de sanctions, quelle que soit par ailleurs la politique nord-coréenne - Pyongyang ayant par ailleurs affirmé qu'elle poursuivrait sa politique de dissuasion nucléaire, quelles que soient les sanctions à son encontre.

Revenant sur les espoirs de réunification, réanimés par les Jeux olympiques de Pyeongchang, les représentants de l'AAFC ont rappelé leur soutien à la "politique du rayon de soleil" mise en place par les administrations démocrates au pouvoir à Séoul (1998-2008), alors que les bases du dialogue intercoréen (réunification indépendante, pacifique et dans le cadre d'une grande union nationale, au-delà de différences de systèmes économiques et politiques) ont été posées dès 1972, et ont conduit à deux sommets intercoréens au plus haut niveau en 2000 et en 2007. Puis est intervenue la rupture de tous les canaux de relations intercoréens pendant deux mandats présidentiels conservateurs à Séoul (2008-2017) - ce dont les membres de l'AAFC ont subi les dommages collatéraux, Patrick Kuentzmann ayant été placé sur liste noire en 2013 et interdit d'entrée en Corée du Sud en 2015 au motif que sa présence sur le sol sud-coréen aurait représenté une menace pour la sécurité nationale. L'élection du démocrate Moon Jae-in (un ancien artisan de la "politique du rayon de soleil") à la présidence sud-coréenne ouvre l'espoir, encore fragile, du retour à une phase de dialogue intercoréen.

En ce qui concerne les relations France - RPD de Corée, la France est l'un des deux derniers pays de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la Corée du Nord. Les motifs invoqués (droits de l'homme, question nucléaire, relations intercoréennes) apparaissent de circonstance au regard des relations qu'entretient la République française avec des pays aussi éloignés d'elle en matière de droits de l'homme (comme l'Arabie Saoudite) ou étant également des puissances nucléaires (le Pakistan, l'Inde et Israël). La position de la France sur la question nord-coréenne tranche avec l'usage diplomatique français de reconnaître les Etats et non les régimes. Le nouveau président Emmanuel Macron a toutefois montré une certaine volonté que la France soit plus autonome des Etats-Unis en Asie ; ces paroles doivent à présent se traduire en acte, alors que les Nord-Coréens sont déçus que le pays des Lumières aligne aujourd'hui trop souvent sa diplomatie sur celle de Washington.

Présentant enfin le traitement médiatique de la question nord-coréenne, les intervenants ont observé que, si les télévisions françaises tendent à colporter les rumeurs les plus folles et à faire preuve de paresse dans l'analyse, un certain nombre de titres de la presse écrite effectuent un travail de fond, grâce à leurs correspondants qui connaissent le dossier coréen - en citant Philippe Pons pour Le Monde et Dorian Malovic pour La Croix

Prenant appui sur un paradoxe dans la réaction française par rapport à la Corée du Nord, Damien Jamet a appelé à dissocier les actions menées avec les habitants d'un pays du regard qu'on peut avoir sur le gouvernement de ce pays : lui-même n'est pas accusé de soutenir la base américaine de Guantanamo quand il se rend aux Etats-Unis, pourquoi devrait-il être coupable de sympathies pro-Corée du Nord quand il travaille avec des collègues nord-coréens, comme il le fait avec des collègues américains ? Il serait utile que de grandes figures nationales se mobilisent sur la question coréenne - comme elles ont pu le faire en s'engageant sur d'autres dossiers internationaux, tels que l'Ethiopie et le Kurdistan.

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