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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 22:37

Le 17 février 2015, Patrick Kuentzmann, par ailleurs secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), devait débarquer à l'aéroport d'Incheon-Séoul, à l'invitation du Conseil national des pasteurs pour la paix et la justice de la République de Corée (Corée du Sud). Mais il n'a jamais franchi les limites de l'aéroport, car les autorités sud-coréennes ne l'ont pas autorisé à débarquer, invoquant - avec un minimum de justification digne des régimes les plus autoritaires - des motifs de sécurité publique. Au-delà du secrétaire général de l'AAFC, cette mesure inique, attentatoire à la liberté d'expression et à la liberté de réunion, vise bien l'Association d'amité franco-coréenne dans son ensemble en tant qu'organisation luttant pour la paix, la justice et la réunification en Corée. Alors qu'une terrible répression s'abat aujourd'hui sur les forces progressistes en Corée du Sud, les autorités sud-coréennes ont fait le choix délibéré de cibler à présent des personnalités et des organisations non coréennes qui agissent de manière totalement pacifique et dans un cadre parfaitement légal. Patrick Kuentzmann revient dans un entretien sur ce nouvel épisode noir du tournant autoritaire qu'a imprimé la présidente sud-coréenne Park Geun-hye : face à l'injustice et à la répression, l'AAFC ne doit pas se taire et ne se taira pas!

La très lacunaire explicitation du refus d'entrée en Corée du Sud de Patrick Kuentzmann

La très lacunaire explicitation du refus d'entrée en Corée du Sud de Patrick Kuentzmann

AAFC - Tu avais été invité à participer en République de Corée (Corée du Sud) à diverses manifestations par le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, mais tu as été refoulé à l'entrée du territoire sud-coréen, alors que la France fait partie des pays dont les ressortissants sont dispensés de visa pour entrer en Corée du Sud. Peux-tu nous dire comment s'est déroulée ton arrivée à l'aéroport d'Incheon? Quelles explications les autorités sud-coréennes t'ont-elles données?

PK - Le 16 février, à mon départ de France, l'enregistrement à l'aéroport s'est déroulé sans problème. Mais à mon arrivée à l'aéroport d'Incheon, le 17 février vers 14h, dès le contrôle de mon passeport, j'ai été retenu dans le bureau de l'immigration pour des vérifications supplémentaires. Il s'avère que je suis inscrit sur une "liste noire" (c'est le terme employé) à l'initiative d'une "agence gouvernementale" sud-coréenne (on n'a pas voulu me dire laquelle), ce que j'ignorais en partant de France.

En conséquence, on m'a signifié mon refus d'entrer en Corée du Sud en application des articles 11 et 12 de la loi sud-coréenne sur l'immigration et ma "déportation" (c'est aussi le terme employé) vers la France dès le lendemain. Le responsable du bureau de l'immigration a quand même bien voulu me préciser, oralement, que je suis plus particulièrement visé par le troisième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi : pour le ministre de la Justice de Corée du Sud, je suis "une personne au sujet de laquelle il existe de grands motifs d'inquiétude quant à la possibilité qu'elle commette des actes nuisant à l'intérêt national ou à la sécurité publique de la République de Corée". Je tiens à dire que les fonctionnaires du bureau de l'immigration ont été très courtois à mon égard, mais les mots servant à justifier mon interdiction d'entrer en Corée sont d'une violence assez inouïe! En répondant à l'invitation du Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, je n'avais, faut-il le préciser, aucune intention de commettre des actes nuisant à l'intérêt national ou à la sécurité publique de la République de Corée.

J'ai contacté l'ambassade de France à Séoul pour tenter d'en savoir plus sur cette décision du gouvernement sud-coréen. Il s'agit bien sûr d'une décision souveraine, mais je veux savoir quels faits précis me sont reprochés pour être ainsi considéré comme un criminel en Corée du Sud! Le 18 février, avant mon départ d'Incheon, l'ambassade m'a dit ne pas avoir pu obtenir davantage de précisions de la part du ministère sud-coréen de la Justice.

 

AAFC - Dans quelles conditions s'est passée l'attente en Corée du Sud, et le vol retour vers la France?

PK - Une fois l'ordre de "déportation" signifié, on m'a rendu ma valise et remis un billet de retour par le vol de 12h30 le 18 février. En revanche mon passeport a été confisqué et ne m'a été restitué qu'à Paris par la Police de l'air et des frontières (la PAF). Les fonctionnaires du bureau de l'immigration voulaient que je quitte tout de suite le bureau pour la zone de transit afin d'y attendre mon départ du lendemain. Mais j'ai obtenu de pouvoir rester dans le bureau jusqu'à sa fermeture à 20h. En fait, j'espérais que la situation s'arrange, ce qui n'est pas arrivé.

Une fois dans la zone de transit, j'ai choisi de prendre une chambre d'hôtel pour passer les douze prochaines heures. Ca m'a permis de me laver, de communiquer par Internet avec mes amis et ma famille et de me reposer (un peu). Et le 18 février à 8h30, j'ai pris place devant la porte d'embarquement numéro 47, toujours avec ma valise qu'il fallait bien mettre en soute à un moment. J'ai été rejoint par un couple d'amis coréens qui prenaient un autre vol et, grâce à eux, l'attente a été un moment agréable. J'étais même triste de les quitter. On a pris le petit déjeuner ensemble, mon premier repas depuis une vingtaine d'heures, mais, avec tous ces événements, je ne pensais même plus à manger. Et, à midi, ma valise et moi avons enfin embarqué pour Paris. Inutile de dire que, pendant le vol, le personnel de bord avait mission de s'assurer que j'étais bien à ma place.

A Paris, j'ai été remis dans les mains de la Police de l'air et des frontières qui doit toujours procéder à quelques vérifications en pareil cas. Les policiers de la PAF ont été plutôt surpris de mon aventure, surpris aussi que mon passeport n'ait été accompagné d'aucun document explicatif. J'étais refoulé de Corée du Sud, c'est tout.

AAFC - Ce refus d'entrée est-il exceptionnel? Comment expliques-tu que tu aies pu visiter à plusieurs reprises la Corée du Sud par le passé, mais plus maintenant?

PK - Je ne connais pas les statistiques sur les refus d'entrée en Corée du Sud. Mais, dans la période récente, il y a eu quelques cas spectaculaires d'expulsion de Corée du Sud, assorties d'interdiction de séjour. En mars 2012, notre compatriote Benjamin Monnet a été expulsé en raison de sa participation, aux côtés des habitants de l'île de Jeju, aux manifestations contre le projet de base militaire sur l'île. Il avait même été emprisonné pour ça. Le mois dernier, Shin Eun-mi, Américaine d'origine coréenne, a été expulsée pour avoir tenu, lors d'une conférence sur ses voyages en Corée du Nord, des propos violant la loi sud-coréenne de sécurité nationale. Pourtant, Mme Shin avait déjà écrit un livre consacré à ses voyages en Corée du Nord, livre qui avait bénéficié d'une large diffusion en Corée du Sud, avec l'appui des pouvoirs publics!

En mai 2009, quand j'ai visité la Corée du Sud pour la dernière fois, je faisais déjà partie de l'Association d'amitié franco-coréenne, avec toute la visibilité qu'offrait le site Internet de l'AAFC, et je n'ai rencontré aucun problème. Toutefois, pendant mon séjour à Séoul, il y eut une vague de répression contre les associations pro-réunification avec l'arrestation de plusieurs membres de Alliance pan-coréenne pour la réunification. Le site Internet de l'AAFC en avait d'ailleurs rendu compte.

En six ans, il y a eu un double mouvement : d'une part, en France, les activités de l'AAFC en faveur de la paix et de la réunification de la Corée ont pris de l'ampleur, et j'en suis devenu le secrétaire général, avec les responsabilités que cela implique ; d'autre part, la loi de sécurité nationale de 1948, qui réprime déjà durement ceux qui, en Corée du Sud, militent pour la paix et la réunification et sont ainsi accusés d'être "pro-Nord", est de plus en plus utilisée par les autorités sud-coréennes pour faire taire toute voix discordante, notamment dans le domaine des luttes sociales. A sa manière, l'Association d'amitié franco-coréenne se retrouve donc visée par la loi de sécurité nationale de Corée du Sud avec l'application de cette fameuse disposition de l'article 11 de la loi sur l'immigration. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est la rançon du succès.

AAFC - Comment a réagi le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix, qui t'avait invité, à l'annonce de ton refus de séjour?

PK - En tant qu'invitant, le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix a tout de suite été averti de mon interdiction par les autorités sud-coréennes. En discutant avec le directeur du bureau de l'immigration de l'aéroport d'Incheon, le Conseil a obtenu une information intéressante : mon inscription sur la "liste noire" remonte à 2013. Il est exact que l'année 2013 a été particulièrement chargée en activités de l'AAFC susceptibles de déplaire aux autorités sud-coréennes, avec, entre autres, en octobre, la rencontre à Paris avec les villageois de l'île de Jeju en lutte contre la base militaire, en novembre et décembre, la couverture des manifestations parisiennes des résidents sud-coréens en France contre la Présidente Park Geun-hye dont l'élection en décembre 2012 est entachée de fraude, ou encore, en novembre, ma participation à la conférence internationale de Potsdam sur la paix et la réunification de la péninsule coréenne, réunissant responsables associatifs et universitaires de divers pays. Il est à noter que les participants sud-coréens de la conférence de Potsdam, l'avocat Jang Kyung-uk et le pasteur Lee Jeok, ont ensuite été inquiétés dans leur pays.

Dès mes ennuis connus, la mobilisation de nos amis coréens a été étonnante et même émouvante. Des militants de plusieurs organisations ont immédiatement pris la direction de l'aéroport pour une petite manifestation improvisée dans le hall. Ils avaient même l'espoir de pouvoir me rencontrer, ce qui était impossible. Des messages de soutien ont été postés sur les réseaux sociaux. Je sais aussi que le Conseil national des pasteurs pour la justice et la paix a saisi un député de l'opposition pour qu'il interpelle le gouvernement sud-coréen sur cette affaire qui porte préjudice au Conseil, bien sûr, mais aussi à l'image de la République de Corée. Il y a eu d'autres signes de solidarité, notamment le 18 février devant l'ambassade du Japon à Séoul, lors de la manifestation hebdomadaire en faveur des anciennes "femmes de réconfort", où il était prévu que je prenne la parole. Mais, à ce moment précis, j'étais dans l'avion du retour.

Les Coréens sont formidables et nous avons vraiment de la chance d'avoir de tels amis.

AAFC - Que comptes-tu faire à présent pour faire connaître la réalité du gouvernement sud-coréen actuel?

PK - Je vais continuer mon travail au sein de l'Association d'amitié franco-coréenne, plus que jamais, ai-je envie de dire. Il convient d'alerter les autorités françaises sur ma mésaventure des 17 et 18 février, mais elles le sont déjà via l'ambassade de France à Séoul. Je vais quand même adresser une lettre à Monsieur le Président de la République qui a récemment annoncé qu'il se rendrait en Corée du Sud cette année. J'espère qu'il prendra le temps de faire part, directement, à la Présidente Park Geun-hye de notre préoccupation face à la dérive autoritaire dans ce pays. Il est scandaleux qu'un responsable d'une association française, menant ses activités en France dans les strictes limites des lois françaises, soit ainsi traité comme un criminel. Mais ce n'est pas mon cas personnel qui importe. Pour ce qui me concerne, je suis tranquillement installé à Paris pour mener mes activités associatives, même si nous ne sommes pas à l'abri des calomnies et autres diffamations. Je m'inquiète surtout pour les Sud-Coréens qui subissent la répression parce qu'ils luttent, par des moyens pacifiques, pour la paix et la justice dans leur pays, et la division imposée à la Corée depuis 70 ans est la première des injustices. A l'AAFC, nous sommes bien placés pour savoir que la paix en Corée détermine largement la paix du monde et donc la nôtre. Au moins pour ça, on ne peut pas se désintéresser du sort de ces gens. Il se trouve, en plus, que ce sont nos amis. C'est le nouvel an lunaire et je leur souhaite de tout coeur une très très bonne année!

 

AAFC - Merci

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, refoulé de Corée du Sud

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Relations France-Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)