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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 23:31

A la différence de la Corée, la Chine est un État pluriethnique qui mélange plus d’une cinquantaine de « nationalités » (selon le lexique chinois), dont notamment l’ethnie ultramajoritaire Han qui compose 92% de la population de la République Populaire de Chine. Parmi les autres nationalités, on compte notamment les Ouïghours, les Tibétains, les Zhuang (un groupe vietnamien de Chine), les Hui et… les Coréens. Alors que les premiers, beaucoup plus importants en termes démographiques, disposent tous de régions autonomes de niveau national (respectivement le Xinjiang, le Tibet, le Guangxi, le Ningxia), les Coréens de Chine habitent d’abord la Préfecture Autonome Coréenne de Yanbian, située dans la province chinoise du Jilin et frontalière de la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). A l’occasion d’un séjour en RPDC courant mai, un adhérent de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a eu l’opportunité de séjourner dans la capitale de la préfecture autonome coréenne de Chine, Yanji, à la rencontre des Chaoxianju (Coréens de Chine).

 

Selon diverses estimations, il existe actuellement entre deux et trois millions de Chinois d’ethnie coréenne. Si l’immense majorité d’entre eux réside dans le nord-est chinois (le fameux Dongbei, composé du Liaoning, Jilin, Heilongjiang), ils sont particulièrement concentrés à Yanbian, puisque la préfecture en héberge plus de 800 000. La structuration de la minorité coréenne de Chine est particulièrement complexe puisque les Coréens de Chine sont à la fois issus de vagues d’immigration plus ou moins récentes, mais aussi de la mobilité extrême de la frontière Chine/Corée/Russie au fil des siècles. Rappelons-le, il y a de cela plusieurs siècles, l’actuel territoire coréen a été occupé au moins en partie par plusieurs dynasties « chinoises » (au sens politique plus qu’ethnique, certains empereurs chinois ayant occupé une partie de la péninsule coréenne étant issus de diverses ethnies mongoles – les dynasties Liao et Yuan notamment), d’où un métissage ethnique déjà relativement ancien et des liens culturels très forts : avant l’invention de l’alphabet syllabaire coréen en 1443 (appelé hangeul en Corée du Sud et chosongeul en Corée du Nord), la langue coréenne s’écrivait par exemple à l’aide des sinogrammes. Par ailleurs, comme les lecteurs réguliers du blog de l’AAFC le savent peut-être, parmi les Coréens ayant vécu une partie de leur vie dans le nord-est chinois et l’actuelle Yanbian, on trouve notamment Kim Il-sung (ayant animé en exil la guérilla antijaponaise) et son fils Kim Jong-il, respectivement président de la RPDC et Secrétaire Général du Parti du Travail de Corée.

 

Plus récemment, la frontière sino-(nord)-coréenne a été tracée à la fois à l’occasion des « traités inégaux » opposant la dynastie russe des Romanov à celle, sur le déclin, des Qing chinois (d’ethnie mandchoue), ce qui a eu pour principal effet la perte de la façade maritime chinoise (la ville de Vladivostok redevenant ainsi russe en 1860). Un siècle plus tard, avec l’avènement de la République Populaire de Chine (1949), et l’alliance sino-coréenne forgée dans le feu de la Guerre de Corée (1950-1953), naissait la « zone autonome » puis la « préfecture autonome » de Yanbian. Si la décentralisation importante de pouvoirs politiques à une ethnie n’était pas chose rare en Chine au début des années 1950 (c’est l’époque du fameux accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet), Yanbian revêt très vite un statut tout à fait particulier de par sa localisation stratégique : sas de communication et couloir économique de première importance entre Chine et Corée populaire, l’état-major militaire américain envisagera, au plus fort de la Guerre de Corée, de procéder à des frappes nucléaires sur la zone pour isoler la péninsule du continent (créer une « ceinture de cobalt radioactif » selon le vocable américain). Par ailleurs, l’histoire personnelle du dirigeant chinois Mao Zedong témoigne de l’importance prise par la préfecture de Yanbian : alors qu’est souvent évoqué le destin tragique de Mao Anying, fils de Mao disparu pendant la Guerre de Corée, il est moins connu que son propre neveu fut un temps (en pleine révolution culturelle) à la tête de Yanbian.

 

Un temps « minorité modèle », les Coréens de Yanbian ont subi coup sur coup un certain nombre de revers économiques majeurs, notamment la perte d’attractivité du Dongbei (aujourd’hui cœur industriel en net déclin) après la disparition de l’Union Soviétique, et la concurrence des provinces côtières exportatrices du sud de la Chine (Guangdong, Fujian) après « l’ouverture » menée par Deng Xiaoping dans les années 1980. Frontalière à la fois de la Corée du Nord et de la Russie, Yanbian a connu à la fois un sévère ralentissement économique consécutif à l’implosion soviétique et la « dure marche » en RPDC dans les années 1990. Aujourd’hui, les choses semblent lentement évoluer positivement, grâce notamment à l’investissement sud-coréen (en témoignent les nombreux édifices chrétiens de Yanji) et aux perspectives offertes par la Zone Économique Spéciale nord-coréenne de Rajin-Sonbong située à moins de 50km au sud. Cette dernière offre à Yanbian un débouché sur la mer de l’Est qui permet de désenclaver l’ensemble du nord-est chinois et offre une alternative au port russe de Vladivostok, qui gèle durant l’hiver. La mise en valeur relativement nouvelle de cette situation de carrefour (la ZES de Rason a été ouverte en 1991, mais le projet n’a véritablement pris forme qu’avec l’inspection du dirigeant Kim Jong-il en 2009) n’est pas sans soulever beaucoup d’espoir pour l’ensemble de l’Asie du nord-est, dont l’économie stagne depuis plusieurs années. Certains programmes soutenus par l’ONU (notamment le Greater Tumen Initiative) ont d’ailleurs pour objet de développer les infrastructures nord-coréennes et les liaisons entre Yanbian et la RPDC (ainsi que, dans une moindre mesure, la Russie). En effet, une part importante des investisseurs chinois en RPDC sont d’ethnie coréenne, issus de Yanbian, ce qui explique notamment la présence d’une délégation commerciale de la ZES de Rason dans la capitale de la préfecture, Yanji. Nous avons eu l’occasion de rencontrer des investisseurs chinois (et coréens américains) actifs dans la zone, qui ont pu nous exposer les difficultés mais aussi les perspectives offertes par le commerce transnational.

 

Si les grandes villes de la zone comme Yanji ou Tumen évoquent surtout la tristesse granitique de beaucoup de villes chinoises de cette importance, il ne faut pas s’y tromper : il existe encore de nombreuses traces d’architecture coréenne traditionnelle à découvrir, ainsi que de vibrants quartiers coréens, qui mélangent des Coréens du Nord, du Sud, de Chine ainsi que quelques Coréens américains. Située à trois heures de route de la ZES de Rason, deux heures du mont Paektu (Changbai en chinois) et une demi-heure de la frontière sino-nord-coréenne, il est plus que conseillé aux lecteurs intéressés par l’amitié sino-coréenne de s’attarder dans cette troisième Corée.

Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise

Sources :

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 23:08

Les 24 et 25 mai 2014, 2 000 délégués de l'Association générale des résidents coréens au Japon (Chongryon) se sont réunis à l'occasion du 23e Congrès de l'organisation, en présence notamment de représentants des partis Komeito, démocrate et social-démocrate. Les orientations adoptées pour les quatre prochaines années - qui verront notamment la commémoration du 60e anniversaire de la Chongryon, le 25 mai 2015. Le rapport adopté a mis l'accent sur la défense des droits des Coréens du Japon, l'organisation de la communauté coréenne (et en particulier des écoles coréennes) et les activités à conduire pour la réunification indépendante et pacifique de la Corée, l'accent était porté sur le soutien aux efforts conduits en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pour l'édification d' "un pays puissant et prospère". Une lettre a été adressée au Maréchal Kim Jong-un, Président de la commission de la défense nationale de la RPD de Corée.

Dans un courrier - en anglais - adressé à l'AAFC le 1er mai 2014, Ho Jong-man, Président du Comité exécutif central de la Chongryon, réélu lors du 23e Congrès, a rappelé que l'organisation comptait 47 sièges locaux et 241 branches régionales, et qu'elle gérait 135 écoles coréennes dans l'archipel nippon, de la maternelle à l'université. Dans un contexte de répression des autorités japonaises, André Aubry, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, a adressé en réponse, le 7 mai 2014, un message de soutien et de félicitations, en anglais et en français, que nous reproduisons ci-après.

(mise à jour le 31 mai 2014) Le 31 mai 2014, le Président Ho Jong-man a remercié l'AAFC pour son message de félicitations et s'est félicité de nos efforts pour renforcer l'amitié et la solidarité franco-coréennes.

Message de l'AAFC à la Chongryon à l'occasion de son 23e Congrès

Dear Friends,

Founded in 1969, the France-Korea Friendship Association (in French : Association d'amitié franco- coréenne, AAFC) fully supports the goals of the General Association of Korean Residents in Japan : helping the Koreans in Japan from both material and cultural point of view, considering your huge successes in promoting Korean culture and language in Japan. We appreciate your efforts for a peaceful, democratic and independent reunification of the Korean peninsula, as well as your long- standing contribution to promote economic and cultural exchanges with the Democratic People's Republic of Korea on the road to socialism. What you have done is a model for us, French people, to promote more actively ties between France and the DPRK in all fields.

For decades, AAFC has supported your efforts to fight against discriminations towards Koreans living in Japan. We also know that the Japanese authorities are currently trying to crack down on your activities. Please be assured that we fully support your stuggle not to be deprieved of your national seat. Several times, we published articles supporting Chongryon and calling for the recognition by the Japanese Government of the crimes committed during the Second World War, especially against "comfort women".


We are confident that you will continue to be successful in your activities and we are ready to cooperate with you more extensively, including welcoming the members of your association who would stay in France or visit France in the future.

We send you our congratulations on the occasion of your 23rd General Meeting, and hope that your work will be even more successful in the future.

Best regards

André Aubry
Former French Senator
Former Mayor of Antony
President of France-Korea Friendship Association

Chers Amis,

Fondée en 1969, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) soutient pleinement les buts de l'Association générale des résidents coréens au Japon : soutenir les Coréens du Japon sur le plan tant matériel que culturel, en prenant en compte les grands succès que vous avez remportés dans la promotion de la culture et de la langue coréennes au Japon. Nous apprécions vos efforts pour une réunification pacifique, indépendante et démocratique de la Corée, ainsi que vos contributions de longue date pour promouvoir les échanges économiques et culturels avec la République populaire démocratique de Corée sur la voie du socialisme. Ce que vous avez fait est un modèle pour nous, Français, pour développer encore plus fortement les liens entre la France et la RPDC dans tous les domaines.

Depuis des décennies, l'AAFC a soutenu vos efforts pour lutter contre les discriminations qui touchent les Coréens du Japon. Nous savons également que les autorités japonaises s'efforcent aujourd'hui de réprimer vos activités. Soyez assurés que nous soutenons pleinement votre combat pour ne pas être privés de votre siège national. A plusieurs reprises, nous avons publié des articles soutenant la Chongryon et appelant à la reconnaissance par le Gouvernement japonais des crimes qu'il a commis pendant la Seconde Guerre mondiale, tout particulièrement à l'encontre des « femmes de réconfort ».

Nous sommes certains que vous remporterez de nouveaux succès dans vos activités et nous sommes prêts à coopérer encore plus étroitement avec vous, y compris en accueillant les membres de votre association qui séjourneraient en France ou visiteraient la France à l'avenir.

Nous vous adressons nos félicitations à l'occasion de votre 23ème Assemblée générale, en souhaitant que vos travaux soient pleinement couronnés de succès.

Bien à vous,
André Aubry ancien Sénateur
Ancien Maire d'Antony
Président de l'Association d'amitié franco-coréenne

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 23:12

Le 25 mars 2014, le Comité central de l'Association générale des Coréens résidant au Japon (nom abrégé coréen : Chongryon) a tenu une conférence de presse pour dénoncer une décision de la cour de justice de Tokyo relative à la vente de son siège dans la capitale nippone, qu'elle juge discriminatoire, et qui constitue le dernier épisode en date d'une pression continue sur la Chongryon et la communauté nord-coréenne au Japon.

nam-sung-u_chongryon_conference-de-presse_25-03-2014.jpgLors de la conférence de presse tenue le 25 mars 2014, Nam Sung-u, vice-président du Comité central de la Chongryon, a dénoncé la décision rendue la veille par la cour de justice de Tokyo, ayant écarté une entreprise mongole - qui avait pourtant formulé l'offre la plus élevée - pour la vente du terrain et du bâtiment du siège de la Chongryon. Le tribunal nippon a  ainsi placé en position d'acquéreur l'entreprise immobilière japonaise Marunaka Holdings Co. Ltd. Pour Nam Sung-u, cette décision - dont les motivations sont politiques - est discriminatoire et méconnaît la législation japonaise. La Chongryon a décidé de faire appel, mais reste sous la menace d'une expulsion de ses locaux.

Depuis le premier essai nucléaire auquel a procédé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en octobre 2006, les Nord-Coréens affiliés à la Chongryon ont été victimes de discriminations croissantes, et les autorités nippones ont utilisé le levier fiscal pour exercer une pression croissante sur la Chongryon : en particulier, la remise en cause du régime d'exonération fiscale des bâtiments de la Chongryon a fragilisé considérablement la situation financière de l'organisation, la contraignant à vendre son siège. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est solidaire du combat de la Chongryon pour pouvoir continuer à exercer ses activités, notamment éducatives, au sein de la communauté coréenne au Japon, et elle plaide pour le respect des droits des Coréens vivant au Japon.

Ce nouveau coup dur pour la Chongryon intervient dans le contexte d'une reprise, au plus haut niveau depuis 2012, des contacts entre le Japon et la RPD de Corée. Selon les médias japonais, la délégation nord-coréenne a vivement dénoncé la décision de justice du 24 mars 2014, et plus généralement la situation des Coréens du Japon, comme un obstacle à l'amélioration des relations bilatérales. Sans se référer directement au contenu des discussions en cours entre Tokyo et Pyongyang, qui se tiennent dans des pays tiers, les médias nord-coréens ont effectivement donné une large publicité aux conditions de vente du siège de la Chongryon, ce qui indique implicitement qu'il s'agit d'un des sujets actuels de négociation. Alors que les Nord-Coréens du Japon ont été les premières victimes de la dégradation des relations nippo - nord-coréennes, il y a lieu d'espérer qu'ils puissent bénéficier d'une amélioration des relations bilatérales.

Sources : Asahi ShimbunKCNA. Photo : Kyodo News.


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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 23:01

La perspective d'exclure les seules écoles coréennes d'un programme gratuit d'enseignement dans les lycées japonais avait soulevé un tollé dans l'archipel nippon. La mobilisation nationale et internationale a porté ses fruits : une source proche du ministère de l'Education a fait savoir, mercredi 4 août, que la dizaine d'établissements secondaires au Japon dispensant un enseignement en coréen seraient bien inclus dans le dispositif d'aides publiques.

 

korean schools yoyogi park march 2010C'est manifestement l'heureux dénouement de plus de quatre mois de luttes, marquées notamment, le 27 mars 2010, par un rassemblement au parc Yoyogi, au centre de Tokyo (photo à gauche, source Labornet), pour protester contre l'exclusion des seules écoles coréennes du Japon d'un programme de gratuité de l'enseignement dans les lycées de l'archipel nippon. En effet, le 4 août 2010, une source proche du ministère japonais de l'Education a indiqué, selon Kyodo News, l'éligibilité des établissements d'enseignement en coréen dans ce dispositif.

 

Alors que l'enseignement des écoles coréennes suit celui des programmes japonais, l'exclusive qui aurait frappé ces seuls établissements aurait été contraire au principe d'égalité en droit national et international. Elle se serait inscrite dans une politique continue de discrimination au Japon à l'encontre de la minorité coréenne, forte de 700.000 membres, bouc émissaire du gouvernement nippon suite à la dégradation des relations entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

 

Si l'AAFC se félicite du succès de la mobilisation internationale, elle n'en continue pas moins de marquer sa préoccupation pour la situation de la minorité coréenne qui réside en permanence dans l'archipel nippon, héritage de trente-cinq ans d'une colonisation brutale de la péninsule coréenne, entre 1910 et 1945, par l'empire japonais.

 

Sources : AAFC, Kyodo News

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 19:02

Le 11 juillet 2010, une manifestation a eu lieu à Kyoto contre l'exclusion des seules écoles coréennes d'un programme gratuit d'enseignement dans les lycées japonais. Une mesure discriminatoire que condamne d'autant plus vivement l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) que les écoles coréennes ont fait l'objet, dès leur création, de mesures vivant à empêcher un enseignement dans sa langue natale pour la minorité coréenne du Japon, forte de 700 000 membres ayant choisi de demeurer dans l'archipel après la fin de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945).

 

korean_schools_yoyogi_park_march_2010.jpgLes Coréens du Japon sont en colère. Le 27 mars 2010, un rassemblement a eu lieu au parc Yoyogi, au centre de Tokyo (photo à gauche, source Labornet), pour protester contre l'exclusion des seules écoles coréennes du Japon d'un programme de gratuité de l'enseignement dans les lycées de l'archipel nippon. A l'initiative d'un collectif d'organisations civiques et d'étudiants (dont la Société Keiji pour soutenir les écoles coréennes et la Société des étudiants de Kyoto pour l'amitié nippo-coréenne), une nouvelle manifestation a eu lieu à Kyoto, le 11 juillet 2010. Les organisateurs ont appuyé une campagne de collecte de 500.000 signatures contre une telle mesure discriminatoire, qui s'inscrirait dans la continuité des décisions prises par les autorités japonaises après la libération de la Corée de la colonisation nippone : non seulement les écoles coréennes s'étaient vu refuser toute reconnaissance officielle, mais il avait été procédé à des milliers d'arrestations et à des fermetures de classes. Un manifestant coréen avait également trouvé la mort.

 

Yukio Hatoyama, qui avait conduit le Parti démocrate du Japon à une victoire historique sur le Parti libéral-démocrate lors des élections législatives d'août 2009, semblait pourtant prêt à la fois à revenir sur les mesures discriminatoires qui frappent la minorité coréenne au Japon, et à étendre un système de protection sociale parmi les plus déficients des pays industrialisés. Le programme d'éducation gratuit s'inscrit dans cette perspective, en visant tous les établissements d'enseignement, quel que soit leur statut, devenant récipiendaires de subventions publiques. Après avoir renvoyé à la Diète le soin de trancher la question de l'application ou non du dispositif aux écoles coréennes, Yukio Hatoyama a ensuite dû démissionner de ses fonctions de Premier ministre, suite notamment au reniement de ses engagements sur le départ de la base américaine d'Okinawa.

 

hiroshi_nakai.jpgMizuho Fukushima, qui dirige le Parti social-démocrate du Japon (membre de la coalition au pouvoir à Tokyo), a proposé d'inclure les écoles coréennes dans le programme gouvernemental. Manifestement, le gouvernement japonais a été plus sensible aux arguments d'un ses membres, Hiroshi Nakai, actuel président de la commission de la sécurité publique nationale (photo à droite), qui considère qu'il s'agit d'une mesure de sanction supplémentaire contre la République populaire démocratique de Corée - quitte à oublier que, dans le contentieux historique coréano-japonais, le Japon a une responsabilité écrasante, un siècle après avoir soumis les Coréens à l'une des colonisations les plus brutales de l'histoire.

 

Les motifs allégués par les autorités japonaises pour justifier l'exclusion des écoles coréennes ne résistent à l'analyse. Ils produisent de surcroît des effets contraires aux conventions internationales des droits de l'homme, auxquelles le Japon est partie, en niant le droit à l'éducation. Tout d'abord, l'argument avancé par Yukio Hatoyama selon lequel le Japon n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique (RPD) de Corée, qui subventionne par ailleurs en partie les établissements d'enseignement coréen au Japon, est de pure opportunité, et limité à la seule RPD de Corée : en effet, les écoles relevant de la République de Chine à Taïwan, Etat qui n'est pas davantage reconnu par Tokyo, sont, elles, incluses dans le nouveau dispositif. L'argument du contenu de l'enseignement est spécieux : non seulement celui-ci suit les programmes japonais (il est vrai sans les serments d'allégeance à l'empereur du Japon...), mais il est en plus publiquement connu. Quant à voir dans les écoles coréennes de simples relais de Pyongyang, il s'agit d'une vision passéiste, dépassée par la réalité : près de la moitié des élèves inscrits dans les écoles coréennes au Japon font aujourd'hui partie de la minorité coréenne ayant opté pour la nationalité de la République de Corée (du Sud).

 

La discrimination des écoles coréennes s'inscrit dans une politique plus large visant la communauté coréenne au Japon. En décembre 2009, un groupe d'extrême-droite japonais avait saccagé une école primaire coréenne à Kyoto en proférant des chants racistes. Bien qu'une vidéo ayant circulé sur Internet ait apporté des preuves irréfutables, il n'y a pas eu d'arrestations par la police japonaise.

 

Sources :

- KCNA, "Solution to Issue of Korean Schools in Japan Demanded", 25 juillet 2010.

- "Tuition-free schooling", éditorial du Asahi Shimbun, 9 mars 2010.

- Yujiro Tsuneno, "Korean Schools to Be Excluded from a Policy for All", 26 mars 2010, sur le site Dissident Voice.

- Kyodo News, "SDP chief urges tuition-free program to cover pro-Pyongyang schools", 14 mars 2010.

Kyodo News, "Minister proposes Korean schools be exempt from free-tuition system", 21 février 2010.

 

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 00:33
Lors de la Libération de la Corée à l'issue de la Deuxième Guerre Mondiale quelque 2 millions de Coréens vivaient dans l'archipel nippon, dont 600.000 restèrent au Japon. A l'issue d'une campagne internationale, 100.000 Coréens purent être rapatriés en République populaire démocratique de Corée à compter du 14 décembre 1959, malgré les obstacles posés par les autorités japonaises et le gouvernement de Séoul.

L'une des conséquences de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945)  a été le maintien, dans l'archipel nippon, d'une communauté coréenne issue de migrations volontaires ou forcées. Après la Libération, 600 000 Coréens restèrent au Japon où, de nos jours encore, ils continuent à subir différentes formes de discrimination, au quotidien, notamment dans l'accès à l'éducation, à l'emploi et au crédit. Dans le contexte de la division de leur patrie, les Coréens qui résident au Japon se sont organisés en deux associations, la Chongryon et la Mindan, favorables respectivement à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et à la République de Corée (du Sud).

A la fin des années 1950, dans un contexte d'industrialisation rapide de la Corée du Nord au lendemain de la guerre de la Corée, de nombreux Coréens du Japon expriment leur souhait d'être rapatriés en République populaire démocratique de Corée. Le 11 août 1958, au sein de la Chongryon, les membres de la branche de Nagatome du chapitre de Kawasaki dans la préfecture de Kanagawa, ont exprimé leur souhait de revenir en Corée, en adressant une lettre en ce sens au Président Kim Il-sung. Comme l'a observé le président fondateur de la Chongryon, M. Han Duk-su (à droite, avec le Président Kim Il-sung, en 1988, source), "la question du rapatriement des Coréens du Japon n'était pas seulement la question des citoyens d'outre-mer d'un pays qui reviendraient simplement dans leur patrie, mais celle de l'élimination de l'humiliation et du malheur dans lequel les militaristes japonais avaient jeté le peuple coréen, et c'était une question importante, pour les Coréens du Japon, de pouvoir exercer leurs droits légitimes comme citoyens d'outre-mer d'un Etat souverain" (source : Han Duk-su, Juche Thought and Practice in the Expatriate Movement, Institute of Social Science, Korea University, Tokyo, Japan, 1991, pp. 173-174).

Dans un discours prononcé le 8 septembre 1958, à l'occasion du dixième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, le président Kim Il-sung a accueilli favorablement la demande des Coréens du Japon, formalisée lors du 16ème plénum élargi du comité central  de la Chongryon qui s'est réuni du 8 au 10 octobre 1958, en la considérant comme un "devoir national" pour la RPD de Corée qui fournirait les moyens matériels du retour et de l'installation en Corée. Il restait toutefois à lever les obstacles juridiques, notamment l'obtention d'un accord des autorités japonaises, alors que le Japon et la RPD de Corée n'ont pas de relations diplomatiques officielles, et que les autorités sud-coréennes mènèrent une violente campagne contre le rapatriement, relayée au Japon par la Mindan, jusqu'à tenter de s'opposer physiquement aux opérations de retour.

La Chongryon a alors initié une campagne nationale et internationale en faveur du retour en Corée : le 30 octobre 1958, appelé "jour pour exiger la rapatriation", plus de 73.000 Coréens du Japon se réunirent dans 586 lieux sur l'ensemble du territoire japonais, remettant leurs revendications aux autorités japonaises. La campagne fut relayée au Japon par des organisations non-coréennes, dans les médias et à l'étranger, notamment par la Croix-Rouge et l'Association internationale des juristes. Un accord de principe du gouvernement japonais fut donné le 13 février 1959. Mais face aux atermoiements, et à la campagne d'opposition des autorités sud-coréennes qui organisèrent une manifestation à Séoul, des rassemblements se tinrent à nouveau au Japon le 3 mars 1959. Les actions en faveur du rapatriement ont constitué, pendant plus d'un an, une des activités principales de la Chongryon. A elles seules, les manifestations menées du 18 septembre au 2 octobre 1959 ont réuni 250.000 personnes.

Les négociations concernant les modalités pratiques du rapatriement étant d'ordre humanitaires, elles incombèrent aux Croix-Rouges du Japon et de la RPD de Corée, qui signèrent un accord à Calcutta le 13 août 1959 puis éditèrent, le 3 septembre 1959, un guide pratique. Le 14 décembre 1959, le premier navire pour la RPD de Corée quitta le port japonais de Niigata, avec à son bord 975 rapatriés qui  arrivèrent dans le port de Chongjin le 16 décembre, avant d'être reçus par le Président Kim Il-sung le 8 janvier 1959. Depuis un demi-siècle, quelque 100.000 Coréens du Japon, parfois accompagnés d'un conjoint japonais, sont revenus en RPD de Corée, principalement entre 1959 et 1962. Conformément à la promesse du Président Kim Il-sung, ils ont bénéficié de conditions favorables d'accueil, dans l'exercice notamment de leurs droits au logement et à l'emploi.

Source : Han Duk-su, Juche Thought and Practice in the Expatriate Movement, Institute of Social Science, Korea University, Tokyo, Japan, 1991.





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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 18:28

Le 5 février 2009, l'Assemblée nationale sud-coréenne a reconnu le droit de vote aux 2,4 millions de citoyens de la République de Corée vivant à l'étranger à compter de 2012.  Une mise en conformité avec la Constitution, qui met fin à une atteinte aux droits civiques datant de l'époque du général Park Chung-hee.

Les 2,4 millions de Sud-Coréens expatriés pourront voter aux élections législatives et présidentielles de 2012 : telle est la conséquence d'un projet de loi adopté par le Gukhoe, l'Assemblée nationale sud-coréenne, le 5 février 2009, largement attendu après une décision en ce sens de la Cour constitutionnelle en juin 2007 (cf. photo ci-joint ; des citoyens coréens au Japon fêtant, le 29 juin 2007, la décision de la Cour constitutionnelle, source Hankyoreh Ilbo), puis un avis officiel adressé, en octobre 2008, par la Commission électorale nationale sud-coréenne à l'Assemblée nationale.


L'AAFC se félicite que soit ainsi mis fin à une atteinte aux droits civils qui datait du régime militaire autoritaire du général Park Chung-hee (1961-1979), lequel avait privé les Coréens d'outre-mer de leur droit de vote dans la crainte que leur poids politique ne lui fasse perdre l'élection présidentielle, même si d'autres arguments avaient évidemment été avancés - comme le fait que les Sud-Coréens à l'étranger ne paient pas d'impôts et ne soient pas soumis au service militaire obligatoire. Mais c'est oublier qu'ils contribuent au rayonnement économique, social et culturel de leur pays à l'étranger, dont ils sont les meilleurs ambassadeurs. La diaspora sud-coréenne - au moins 5 millions de personnes, dont 13.000 en France - est la cinquième plus nombreuse au monde.

L'enjeu politique est de taille : une première estimation basse, selon laquelle 2,4 millions de Sud-Coréens pourraient participer aux prochains scrutins nationaux (à l'exclusion des élections locales et des élections partielles), porterait la part de ces derniers dans le corps électoral (37,8 millions d'inscrits) à 6,3 %. De fait, tant le Grand parti national (au pouvoir) que l'opposition du Parti démocratique ont complété leurs réseaux à l'étranger pour s'attirer les suffrages de ces nouveaux électeurs. Des questions restent à trancher : le mode de représentation (par des sièges réservés aux Coréens d'outre-mer, comme c'est déjà le cas en République populaire démocratique de Corée, et qui pourraient être répartis au scrutin proportionnel), les modalités de vote et de campagne : si celui-ci sera effectué notamment dans les représentations diplomatiques à l'étranger, d'autres bureaux de vote seront-ils ouverts ? Enfin, dans quelles conditions se dérouleront la campagne électorale et l'envoi du matériel de vote ? Le vote électronique et le vote pas correspondance seront-ils autorisés ?

Sur toutes ces questions, l'AAFC invite les Sud-Coréens à s'inspirer des réponses apportées par notre pays aux quelque 2,3 millions de Français de l'étranger : s'ils seront représentés à partir de 2012 par des députés, ils disposent déjà, depuis 1946, d'une représentation au Sénat français. Contrairement aux Sud-Coréens à partir de 2012, les Français de l'étranger peuvent participer à tous les scrutins, y compris locaux, sous condition d'être inscrits sur les listes d'une commune. (Sources : AAFC, The Korea Times)

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 00:34

Depuis l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006, l'Association des résidents coréens du Japon (Chongryon) fait l'objet d'une répression sans précédent dans l'archipel nippon. L'AAFC est solidaire de la Chongryon face aux violations des droits de l'homme dont sont victimes les Coréens du Japon.

En octobre 2006, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) procédait à son premier essai nucléaire. En rétorsion, le gouvernement japonais a décidé d'imposer des sanctions qui ont frappé en premier lieu les résidents nord-coréens du Japon, affiliés à la Chongryon :

- interdiction des voyages par ferry entre la Corée et le Japon, empêchant de nombreux Coréens du Japon,
notamment les personnes âgées et handicapées, de se rendre dans leur pays, la RPDC, compte tenu également du coût quatre à cinq fois plus élevé du transport par avion ;


- remise en cause du régime d'exonération fiscale des bâtiments de la Chongryon (ci-contre, le siège de la Chongryon) ;


- descentes de police dans les établissements de la Chongryon, y compris les écoles, sous couvert de lutte contre le terrorisme ou de non-respect des régles fiscales, alors que d'ordinaire de telles infractions supposées donnent lieu préalablement à des règlements amiables ;


- interdiction de manifestations culturelles ;


- entraves à l'aide qu'a voulu apporter l'association des résidents coréens du Japon à la RPDC après les très graves inondations d'août-septembre 2007 dans ce pays...


Ces mesures prennent place dans un contexte de multiplication des atteintes aux personnes et d'intimidations (par exemple, la destruction des bureaux de la Chongryon à Okayama par un incendie criminel), mollement réprimées par les autorités japonaises. Le 16 septembre 2006, le président de la Chongryon a par exemple été destinataire d'une lettre de menaces contenant, à l'intérieur, un doigt coupé...


Face à la multiplication des atteintes aux droits de l'homme, qui ont conduit la Chongryon à saisir le conseil des droits de l'homme des Nations-Unies, l'AAFC a exprimé, par lettre, son entière solidarité avec les Coréens du Japon, refusant qu'ils soient pris en otage par le gouvernement japonais dans ses relations avec la RPDC.

 

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