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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 22:53

L'Association d'amitié franco-coréenne a déjà consacré plusieurs articles à ce qu'il est convenu d'appeler le "pont terrestre eurasiatique", la liaison ferroviaire qui rapprochera bientôt un peu plus l'Europe occidentale et l'Asie du Nord-Est, et dont la Corée constitue un maillon essentiel. En mars 2008, à l'avant-garde de ce vaste projet, la Fédération de Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), avaient convenu d'en entamer au plus vite les travaux. C'est chose faite depuis le 4 octobre.


Le 4 octobre 2008, dans la gare nord-coréenne de Tumangang, s'est tenu un événement dont on n'a pas fini de mesurer l'impact : le lancement des travaux de rénovation de la liaison ferroviaire (54 kilomètres) entre la cité portuaire de Rajin, en Corée du Nord, et la ville de Khasan, en Russie. Signe de l'importance de ce moment pour les deux pays, assistaient notamment à la cérémonie du lancement des travaux le ministre nord-coréen des Chemins de fer, Jon Kil-su, le président de la Compagnie des chemins de fer russes RZD, Vladimir Yakounine, le gouverneur du kraï de Primorsk (Russie extrême-orientale), Sergei Darkine, et le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexei Borodavkine.


Avec 1,2 million d'employés et 85.5000 kilomètres de voies, RZD est une des plus grandes sociétés ferroviaires du monde. Chaque année, elle transporte 1,3 milliard de passagers et 1,3 milliard de tonnes de fret, assurant plus de 3,6% du produit intérieur brut de la Russie et près de 80% des transports dans le plus vaste pays du monde.


Le projet pilote russo-coréen de réhabilitation de la liaison ferroviaire entre Khasan et Rajin figure dans un accord de coopération signé le 24 avril par RZD et le ministère des Chemins de fer de la RPDC. Outre 54 kilomètres de voies, ce sont 10 gares, 3 tunnels et plus de 40 ponts qui seront reconstruits. Un terminal pour conteneurs sera aussi édifié dans le port de Rajin, pouvant accueillir 400.000 conteneurs standard* par an, une capacité qui sera portée à 700.000 conteneurs par la suite.


Ce projet, d'une valeur estimée de 150 millions d'euros, permettra de relier le port en eaux profondes de Rajin, idéalement situé au nord-est de la RPDC, au chemin de fer transsibérien. Douze trains pourront emprunter quotidiennement, dans chaque sens, la liaison ferroviaire Khasan-Rajin, ce qui représente une capacité annuelle de 4 millions de tonnes. En passant par le port de Rajin puis par le Transsibérien, les marchandises mettront alors 14 jours pour arriver d'Asie en Europe, contre 45 jours par la mer aujourd'hui.


Au cours de la cérémonie du 4 octobre, le président de RZD a rappelé que ces travaux sont le fruit du sommet d'août 2001 entre le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et le président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC, Kim Jong-il. Soulignant la bonne coopération dans le domaine ferroviaire entre les deux pays, il a ajouté que ce n'était que la première étape d'un grand projet visant à connecter les chemins de fer transsibérien et transcoréen afin de créer le plus long corridor de transport entre l'Europe et l'Asie, d'une longueur de plus de 10.000 kilomètres. Vladimir Yakounine a aussi précisé que dès 2011, il sera possible de prendre en charge plus de 35.000 conteneurs à partir de Khasan, puis 70.000 en 2012 et jusqu'à 100.000 en 2013.


Le ministre nord-coréen des Chemins de fer a pour sa part souligné la siginification d'un tel événement peu après le soixantième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la RPDC et la Russie. Il a également noté que la liaison ferroviaire entre Rajin et Khasan, en plus de contribuer au développement de l'économie, des transports et du bien-être des peuples en Corée et en Russie, offre la perspective d'une route internationale assurant un transport sûr entre l'Asie et l'Europe.


La Compagnie des chemins de fer russe et le port de Rajin ont établi ensemble, pour une durée de 49 ans, une société qui signera les contrats des travaux de conception et de réalisation du projet. Cette société conjointe, détenue à 70% par la Fédération de Russie et à 30% par la RPD de Corée, exploitera ensuite le terminal du port de Rajin et la liaison Rajin-Khasan en fixant ses propres tarifs. Des discussions sont également en cours pour simplifier les procédures douanières aux gares frontalières de Tumangang et de Khasan, et il est envisagé de proposer des conditions tarifaires préférentielles aux transports passant par le territoire russe.


Il s'agit d'un projet stratégique pour la Russie qui entend saisir toutes les opportunités que lui offre sa géographie et trouver de nouveaux débouchés en Extrême-Orient. Le président de RZD déclarait ainsi dès le 9 septembre 2008 : "La Sibérie et l'Extrême-Orient sont inextricablement liées. Si des produits commencent à arriver de l'est, les revenus et la base d'imposition augmenteront en Sibérie. Dans cette perspective, les Chemins de fer russes commenceront, en Corée du Nord, à reconstruire la liaison ferroviaire entre Rajin et Khasan et à construire un terminal pour conteneurs dans le port de Rajin. C'est un élément important du développement des partenariats entre pays de la zone Asie-Pacifique, recherché par le gouvernement russe et d'autres régions de la Russie."


Outre la Russie et la RPDC, un tel projet intéresse aussi directement la Corée du Sud. Lors d'une réunion en 2006, les administrations ferroviaires russe, nord-coréenne et sud-coréenne ont convenu de coordonner leurs efforts pour moderniser le chemin de fer transcoréen, de renforcer leur coopération et de mettre en oeuvre des projets communs destinés à accroître la quantité de marchandises transportée par le chemin de fer transsibérien. La nouvelle société russo-coréenne envisage d'ores et déjà la création d'une compagnie spécialisée dans la logistique en partenariat avec les transporteurs sud-coréens afin d'organiser le trafic maritime entre le port de Pusan, en Corée du Sud, et le terminal de Rajin.


La reconstruction de l'ensemble du corridor de transport entre l'Asie du Nord-Est et l'Europe occidentale devrait coûter de 7 à 8 milliards de dollars (de 5 à 6 milliards d'euros, estimation provisoire). RZD suggère que cette reconstruction soit financée par un consortium international. Outre la Russie, la Corée du Nord et la Corée du Sud, des investisseurs d'Allemagne, Italie, Finlande, Japon et Chine seraient intéressés par le projet. La reconstruction de la liaison ferroviaire entre Rajin et la frontière chinoise permettrait aux marchandises chinoises d'emprunter aussi ce corridor de transport.

 
 

 

Par son ampleur, le projet ferroviaire initié en 2001 par les Russes et par les Coréens paraît de nature à changer radicalement la perception de l'espace eurasiatique et les rapports entre les nations au sein de cet espace. Il peut créer une dynamique et une nouvelle donne (en anglais "New Deal") à l'échelle de plusieurs pays et continents, d'autant plus urgentes et nécessaires que la crise financière née aux Etats-Unis menace de se propager à l'économie "réelle" dans le monde entier. (sources : ITAR-TASS, KCNA, Railway Gazette International, RIA-Novosti, RZD)


* Un conteneur standard TEU ("twenty-foot equivalent unit", ou "équivalent vingt pieds") représente une capacité d'environ 30 mètres cube.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Economie
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