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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 23:13

kenneth-bae_pae-jun-ho_bae-jun-ho_photo.jpgDans notre édition du 22 décembre 2012, nous rendions compte de l'arrestation à Rason, en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), d'un Américain d'origine coréenne, Pae Jun-ho (nom américain : Kenneth Bae), pour des faits qualifiés de crime dans la législation nord-coréenne, en soulignant la rareté de telles situations. La récente condamnation de Pae Jun-ho à 15 ans de prison a conduit à une mise au point du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, en réponse à l'agence nord-coréenne KCNA, le 5 mai 2013.

 

Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée, Pae Jun-ho a été condamné à 15 ans de prison pour complot contre les institutions de la République populaire démocratique de Corée, en liaison avec des puissances étrangères, après être entré en RPD de Corée sous une fausse identité et avoir reconnu les faits qui lui sont reprochés. Des effets personnels, pris sur lui, ont été considérés comme ayant apporté des preuves supplémentaires. 

 

A l'annonce de l'arrestation de Pae Jun-ho, un expert sud-coréen lié au milieu du renseignement, Cheong Seong-chang, avait évoqué la possibilité d'une arrestation comme d'un "prétexte" qu'utiliserait Pyongyang pour engager des négociations avec Washington. Nous avions alors souligné que cette hypothèse était d'autant moins crédible que l'arrestation avait été bien antérieure à la montée des tensions en Asie du Nord-Est, à partir de décembre 2012. En réponse à l'agence KCNA le 5 mai 2013, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a rejeté comme "ridicule et fausse" l'hypothèse, avancée par certains médias occidentaux, notamment américains, selon laquelle cette arrestation serait une "monnaie d'échange". En faisant également référence à des visites d' "officiels de haut niveau" (en fait, celles des anciens présidents américains Bill Clinton en 2009, pour deux journalistes américaines, et Jimmy Carter en 2010, pour un activiste religieux, Aijalon Mahli Gomes) afin d'obtenir la libération d'autres citoyens américains ayant, par le passé, violé la législation nord-coréenne, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a souligné qu'il n'y aurait plus de  telles mesures de clémence, dans la mesure où n'avaient pas été tenues les promesses américaines de ne pas réitérer les actes à l'origine des arrestations de plusieurs de leurs concitoyens en RPDC. De fait, le secrétariat particulier de Jimmy Carter a jugé utile de démentir une possible visite de ce dernier en Corée du Nord ,en vue de la libération de Pae Jun-ho. Dans le cas des Américains graciés en 2009 et 2010, les sentences prononcées avaient été moins lourdes (respectivement, douze ans et huit ans de prison), mais il ne s'agissait pas d'agents de renseignement étrangers condamnés en tant que tels.

 

L'extrême discrétion avec laquelle les médias américains ont rendu compte de l'arrestation de Pae Jun-ho, qui a d'abord été médiatisée par les Nord-Coréens, est de nature à accréditer la thèse d'une opération d'espionnage en Corée du Nord ayant mal tourné, en utilisant comme agent une personnalité - Pae Jun-ho - visitant régulièrement la RPDC, et ayant donc une certaine confiance de ses interlocuteurs nord-coréens. Si cette hypothèse est exacte, Pae Jun-ho aurait agi sous la double couverture d'agent de voyage et de militant humanitaire. Les éléments révélés, certes a minima sur ce dossier sensible, par le ministère des Affaires étrangères nord-coréen - fausse identité, documents compromettants - corroborent cette thèse, avancée à mi-mots par les Nord-Coréens (ils n'emploient pas le terme d'espionnage, mais évoquent des actes hostiles à l'encontre de la RPDC) et que se gardent de réfuter les autorités américaines. Des indices convergents sont le lieu de l'arrestation (la ville de Rason, près de la frontière sino-coréenne, lieu de passage de nombreux trafics), et le profil de Pae Jun-ho, protestant chrétien lié aux réseaux évangéliques. Ces derniers sont en effet très actifs dans les actions tendant, d'une part, aux départs illégaux de Nord-Coréens à l'étranger, et d'autre part à un changement de régime en RPD de Corée.

 

 A l'époque de la guerre froide, les arrestations réciproques d'espions à l'Est et à l'Ouest ne donnaient pas lieu à des mesures de clémence, mais à des échanges de personnes. S'il n'y a pas aujourd'hui d'espions nord-coréens - ou considérés comme tels - qui soient aujourd'hui détenus aux Etats-Unis à notre connaissance, en revanche de nombreux prisonniers politiques, accusés de sympathies communistes, restent emprisonnés en Corée du Sud. Toutefois, il participe de la crédibilité, par des mesures de soutien au moral de ses agents, de tout service de renseignement d'obtenir la libération d'un des siens arrêté en opération, y compris en versant des fonds secrets. Les Etats-Unis ne voulant pas aujourd'hui parler d'espionnage (les médias américains parlent seulement de photos d'orphelins, donnant ainsi à la couverture humanitaire de Kenneth Bae sa seule motivation), et encore moins donner de la publicité à une affaire embarrassante, il n'est pas certain qu'ils souhaitent la médiatisation qu'entraînerait la visite d'une personnalité de haut rang, dans le seul but d'obtenir la libération d'un de leurs concitoyens emprisonnés. Mais au regard du précédent du navire espion américain Pueblo, capturé par les Nord-Coréens le 23 janvier 1968, il serait cependant possible que ces derniers poussent leur avantage : si les Américains arrêtés avaient finalement été libérés à l'issue d'un long feuilleton politico-diplomatique en contrepartie d'une humiliante lettre d'excuses, le Pueblo n'en reste pas moins le seul bâtiment de guerre américain aujourd'hui capturé à l'étranger.

 

Sources : AAFC, KCNA (dépêche du 5 mai 2013) et Voice of America (dont photo).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée
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