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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 05:29

L'île volcanique de Jeju, au sud de la péninsule coréenne, a connu une longue tradition d'auto-gouvernement, dans lequel les plongeuses de l'île ont joué un rôle important. Après avoir été un des bastions de la résistance à l'occupation japonaise, Jeju s'est dotée, à la Libération, d'un comité populaire qui a représenté le vrai gouvernement de l'île jusqu'en 1948 - alors que les comités populaires du reste de la partie sud de la péninsule étaient démantelés par l'administration militaire américaine. Mais la répression dans un bain de sang des manifestations gigantesques du 1er mars 1947, jour anniversaire du soulèvement du 1er mars 1919 et auxquelles auraient participé 50 000 insulaires (sur une population de 300 000 personnes), conduite par les forces de police aux ordres des Etats-Unis, accélère le cours des événements, en entraînant le déclenchement d'une grève générale le 14 mars 1947 - suivie à plus de 95 %. Les autorités d'occupation américaine réagissent en dépêchant des forces de police supplémentaires ainsi que des groupes paramilitaires qui se distinguent par leur extrême violence : issus de la Ligue de la jeunesse du nord-ouest, ils sont constituée de jeunes anticommunistes venus de la partie nord de la péninsule. Le Parti du travail (communiste), qui domine désormais le comité populaire de Jeju (et dont les services secrets américains estime que ses membres représentent au moins 20 % en 1948 de la population de l'île), encouragé par le Parti du travail sud-coréen dirigé par Pak Hon-yong, refuse la tenue des élections séparées dans la seule moitié sud de la péninsule prévues le 10 mai 1948. Cinq semaines avant le processus électoral, une action coordonnée est lancée par 3 500 insurgés contre la Ligue de la jeunesse du nord-ouest et 11 des 24 commissariats de police de l'île. Cette date marque le début officiel du soulèvement de Jeju. D'anciens collaborateurs des Japonais sont également tués.

L'offensive atteint son but premier : l'île de Jeju est le seul endroit du sud de la Corée où les élections ne peuvent pas se tenir le 10 mai 1948 - le taux de participation est si faible que les deux sièges réservés à Jeju sont laissés vacants. Mais l'administration militaire américaine est décidée à mater la rébellion : entre fin mars et mi-mai 10 000 habitants de l'île sont arrêtés et un régiment militaire ainsi que des forces de police supplémentaires, constitués chacun de 1 700 hommes coréens, sont envoyés à Jeju. Le lieutenant-général Kim Ik-ryeol reçoit l'ordre de pratiquer la politique de la "terre brûlée". 

Mais Kim Ik-ryeol choisit au contraire de négocier avec les rebelles : il conclut un accord avec Kim Dal-sam, qui dirige le Parti du travail dans l'île. Toutefois, l'accord est menacé par le massacre de partisans retournés à Orari et tués par les forces de police (crime que les Américains font passer comme ayant été perpétré par les insurgés). Surtout, si l'accord avait été approuvé par le colonel américain Mansfield (des responsables américains étaient arrivés dans l'île le 29 avril pour permettre sa mise en oeuvre), ses supérieurs le désapprouvent : le général Dean oppose son veto et une épuration violente de l'administration sud-coréenne est justifiée par la défection du gouverneur civil de Jeju, un Coréen conservateur choisi par l'administration américaine qui a rejoint les insurgés le 29 avril. Accusé de sympathies communistes, le lieutenant Moon Sang-gil est exécuté sommairement à Séoul, de même que trois sergents à Jeju, qui tous travaillaient pour les forces militaires américaines.

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Kim Dal-sam, dirigeant de l'insurrection à Jeju

Après l'échec de l'accord avec la guérilla, celle-ci se replie à l'intérieur de l'île, notamment autour du mont volcanique Halla et dans les forêts, tandis que les zones côtières sont sous le contrôle du gouvernement - grâce notamment à la flotte américaine, qui opère un blocus en positionnant l'USS John R.Craig le 12 mai. Les affrontements avec la police sont violents et iront crescendo.

En effet, devenu Président de la République de Corée le 15 août 1948 à l'issue des élections législatives du 10 mai boycottées par la plupart des forces politiques, Syngman Rhee est déterminé à éradiquer le soulèvement. Néanmoins, les élections à l'Assemblée populaire suprême, réunie à Pyongyang en septembre et organisées clandestinement dans la partie sud de la péninsule le 25 août, se tiennent avec un certain succès à Jeju : la guérilla revendique un taux de participation de 85 % (77,52 % pour l'ensemble de la Corée du Sud selon le Parti du travail), quand des sources américaines évoquent une participation de 25 % du corps électoral - en tout état de cause bien supérieur à celui des élections du 10 mai. Parmi les 1 002 délégués sud-coréens qui se réunissent ensuite à Haeju pour désigner les députés à l'Assemblée populaire suprême, 5 sont originaires de Jeju - dont Kim Dal-sam, qui rejoindra finalement la moitié nord de la péninsule en mars 1949.

Le 20 octobre 1948, des soldats se mutinent et tuent leurs supérieurs, refusant d'aller combattre les habitants de Jeju.

Le 17 novembre 1948 la loi martiale est décrétée dans l'île : l'afflux de forces du continent, ainsi que de membres des groupes paramilitaires, qui pratiquent le viol et la torture et en profitent pour s'enrichir en accaparant les terres de ceux qu'ils éliminent, réduisent progressivement les positions des insurgés, mal armés, malgré l'offensive lancée le 1er janvier 1949. Les forces gouvernementales lancent une campagne d' "éradication" en mars 1949, tuant indistinctement femmes et enfants parlant le dialecte de Jeju. Le 17 août 1949, le principal dirigeant de la guérilla, Yi Tuk-ku, est tué : les insurgés ont perdu la bataille, et ne regagneront pas le terrain perdu malgré l'envoi en mars 1950 de soldats par la Corée du Nord, pour relancer - en vain - le mouvement de guérilla.

Il y a 70 ans : les habitants de l'île de Jeju se soulevaient contre l'autoritarisme et la division de la Corée

Les massacres commis à Jeju, essentiellement par les forces gouvernementales et para-militaires équipées et soutenues par les Américains qui portent aussi une lourde responsabilité dans les massacres en ayant fait échouer l'accord trouvé en avril 1948, ont longtemps été un sujet tabou dans l'île : les évoquer était un crime, exposant à la torture et à de lourdes peines d'emprisonnement. Un courant révisionniste conservateur sud-coréen continue de justifier l'action des forces gouvernementales menée principalement entre 1947 et 1950 (mais ces massacres se sont poursuivis jusqu'en 1954) par la lutte selon eux nécessaire contre la "subversion" communiste - alors qu'il est acquis que le soutien local de la guérilla dépassait très largement les seuls rangs de la gauche, et a fortiori des communistes du Parti du travail. 

La commission vérité et réconciliation, mise en place par les administrations démocrates (1998-2008), a recensé - de manière par nature incomplète - 14 373 victimes, dont 86 % par les forces gouvernementales et 14 % par les rebelles. Par extrapolation, le nombre de morts couramment admis est de 30 000 (les estimations les plus hautes étaient de 60 000 à 70 000 morts), pour une population de 300 000 habitants dans l'île en 1948. La majorité des villages ont été détruits, les forêts ont été rasées. Des preuves des massacres - comme dans la grotte de Darangshi - sont encore retrouvées, des décennies plus tard. Aux habitants de l'île tués s'ajoutent ceux qui ont fui, principalement au Japon où se seraient réfugiés 40 000 insulaires, dont Kim Sok-bom, écrivain né en 1925 dont l'oeuvre - notamment le roman fleuve L'île du volcan - est notamment consacrée au soulèvement de Jeju (son roman La mort du corbeau a été traduit en français et publié par L'Harmattan en 2000). Le film Jiseul, de 2012, est consacré au massacre de Jeju.

Le 31 octobre 2003, le Président Roh Moo-hyun a présenté des excuses pour les massacres qui ont été commis à Jeju - mais l'indemnisation des victimes reste largement à conduire. Les particularités propres aux insulaires de Jeju ont fait qualifier le massacre de ses habitants en 1948-1949 de génocide, notamment par l'historien américain Bruce Cumings.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Des restes humains retrouvés dans la grotte de Darangshi, preuve des massacres de 1948.

Principale source : George Katsiaficas, Asia'sunknown uprisings : South Korean social movements in the 20th century, PM Press, 2012, Oakland, Californie, pp. 86-97.

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 21:16

Dans les années 1860, des paysans coréens fuyant l'oppression féodale commencèrent à s'établir dans l'extrême-orient russe - où ils furent ensuite rejoints par des résistants coréens au régime de protectorat (à partir de 1905) puis à la colonisation (1910) imposés par le Japon. Les conditions sociales objectives de la minorité coréenne, ainsi que son aspiration à la libération nationale, expliquent l'accueil favorable de la Révolution d'Octobre 1917 par les résistants coréens, ainsi que l'implication de militants coréens aux côtés des bolchéviques - tout particulièrement en Extrême-Orient, où ils constituaient alors une forte minorité. 

Alexandra Kim (Kim Aerim)

Alexandra Kim (Kim Aerim)

C'est en 1863 que les premiers immigrants coréens (soit 13 familles) s'établissent de manière certaine (car documentée) en Sibérie, dans la région de Posyet, avec l'accord des autorités tsaristes, pour développer une région fortement sous-peuplée. Fuyant le régime d'exploitation féodale, mais aussi la famine consécutive à de mauvaises récoltes qui frappe à plusieurs reprises la péninsule coréenne (notamment en 1869), les Coréens deviennent agriculteurs, pêcheurs ou mineurs et cultivent le ver à soie. A partir des années 1880, ils obtiennent la possibilité d'acquérir la nationalité russe et de posséder des terres, à la condition de se convertir à l'orthodoxie. Nombre d'entre eux deviennent commerçants ou marchands. 

Ils constituent assez tôt une minorité soucieuse de défendre ses intérêts et favorable aux idées nouvelles : des ouvriers coréens se joignent aux grévistes dans la région du fleuve Amour en 1900 et des militants coréens participent à la révolution russe de 1905.

La domination japonaise sur la Corée conduit des centaines de résistants coréens à s'établir en Russie, comme Yi Dong-hwi, né en 1873, qui se soulève contre les Japonais à Kanghwa dès 1907, ce qui lui vaut d'être arrêté par la police japonaise. Replié en Mandchourie en 1911, il s'établit dans la Province maritime (Primorsky Krai) de l'extrême-orient russe en 1913. Il y crée un Parlement coréen en exil et une académie militaire coréenne.

Un autre militant indépendantiste coréen, An Jung-geun, né en 1879, passe en Sibérie après 1905, où il dirige une unité de partisans (faisant partie de ces unités non régulières connues, dans l'histoire de la Corée, sous le nom d'armées de justice ou vertueuses). An Jung-geun a assassiné en gare de Harbin, ville alors contrôlée par la Russie, le 26 octobre 1909, Hirobumi Ito, premier résident général japonais en Corée (exerçant les fonctions de gouverneur militaire), et a été condamné à mort et exécuté le 26 mars 1910. La Russie a ainsi été utilisée comme base arrière par les partisans, lors d'opérations parfois importantes : par exemple, en avril 1908, environ un millier de combattants des armées de justice attaquent des troupes japonaises dans le Nord Hamgyong. Les armées de justice ne semblent toutefois plus avoir été en mesure de combattre après 1912.

Le destin de Kim Aerim est pour sa part emblématique de l'engagement politique des membres de la minorité coréenne nés en Russie ou y ayant longtemps vécu. Née en 1885 dans le village coréen de Sinelnikovo, en Sibérie, elle est la fille de Kim Du Suh, un patriote coréen ayant émigré en Russie et s'étant converti à la religion orthodoxe, devenu traducteur et ayant pris le nom de Kim Piotr. Après la mort de son père en 1902, Kim Aerim (dont le nom russe est Alexandra Petrovna Kim, ou Alexandra Kim) a été adoptée par un couple d'amis de son père dont lui, Jozef Stankevich, était un technicien d'origine polonaise travaillant dans les chemins de fer. Ayant suivi une école pour filles à Vladivostok, Alexandra Kim est devenue trilingue (parlant coréen, chinois et russe) et s'est ouverte aux idées socialistes - comme d'autres étudiants coréens à la même époque, qu'ils aient vécu en Russie, en Chine ou au Japon. Elle est aussi l'une des premières féministes coréennes de l'ère contemporaine.

Devenue à son tour traductrice, Alexandra Kim s'établit dans l'Oural où elle s'engage dans la défense des migrants coréens (souvent bûcherons dans cette région). Au plan politique, elle rejoint le parti bolchévique en 1916 ou début 1917 (suivant les sources). En juillet 1917, Lénine lui confie la mission de retourner en Sibérie pour organiser politiquement les Coréens et faire face tant aux corps expéditionnaires étrangers qu'aux seigneurs de la guerre de Sibérie (tels Grigori Semenov) et de leurs bandes, qui commettent pillages, viols et meurtres. A Khabarovsk, Alexandra Kim devient responsable des affaires extérieures de la province.


Le choix de Lénine de s'appuyer sur la minorité coréenne se fonde sur sa volonté d'émancipation des peuples de l'ancien empire tsariste et prend en compte leur importance numérique : au moment de la Révolution d'Octobre, la population coréenne en Russie est estimée à 100.000 membres, dont 81.825 dans la seule Province maritime (soit un tiers de la population de cette province) - tandis que les Coréens auraient été, à cette date, au nombre de 5.000 en Sibérie occidentale et de 7.000 dans la partie européenne de la Russie.

Comme le souligne Vladimir Tikhonov dans Modern Korea and its Others, la sympathie pour les révolutionnaires russes dépasse alors largement les rangs de la gauche radicale et concerne aussi "une proportion significative de l'intelligentsia coréenne non communiste". Le réformiste Park Eun-sik, dont l'idéal est inspiré de la culture confucéenne, voit dans la Révolution d'Octobre "le coup de feu d'une reconstruction globale, le printemps nouveau de l'humanité" ; pour sa part, le journal du gouvernement provisoire coréen Tongnip Shinmun dénonce "l'incompétence" et "l'impopularité" du gouvernement "bourgeois" mis en place après la révolution de février, puis salue la dissolution par les bolchéviques de l'assemblée constituante élue en 1918, qui est vue comme paralysée par les luttes de pouvoir entre les partis socialistes et bourgeois.

Le 28 avril 1918, Alexandra Kim, Yi Dong-hwi, Kim Rip et d'autres militants coréens fondent le Parti socialiste du peuple coréen - la même année, une autre organisation socialiste coréenne est par ailleurs fondée à Irkoutsk. Mais, sous la pression des armées blanches et des troupes étrangères hostiles à la révolution russe, Alexandra Kim et d'autres communistes coréens sont arrêtés et exécutés par des troupes japonaises le 16 septembre 1918. De nombreux Coréens sont massacrés, qu'ils soient ou non communistes. 

Pour sa part, Yi Dong-hwi parvient à s'enfuir avec ses partisans et s'établit à Shanghaï en 1919, où il devient membre du gouvernement coréen en exil - jusqu'à sa démission en 1921, à la suite de la révélation sur l'utilisation par Kim Rip, proche camarade de Yi Dong-hwi, à d'autres fins que celles prévues, d'une somme de 400.000 roubles qu'avait remise Lénine au gouvernement coréen en exil (à noter qu'à cette époque le gouvernement révolutionnaire russe soutient les mouvements de libération nationale, au nom de la solidarité anti-impérialiste, qu'ils leur soient ou non favorables). Retourné en Sibérie, Yi Dong-hwi s'est éteint à Vladivostok en 1935.

Lorsque les bolchéviques chassèrent finalement de Sibérie les armées blanches et les troupes étrangères, ils reçurent l'appui de partisans coréens : le général Kim Gyong-chun fut reconnu en 1922 par les Soviétiques commandant de toutes les unités d'autodéfense de la région, coréennes et russes. 

Sources :

- Pan Pyong Yul, The Life and Activities of Kim Alexandra Petrovna (Stankevich): A Short Biography of the First Korean Communist Yun Pyong Sok Kyosu Hwangapkinyom Hanguk Kundaesa Nonchong, Seoul, 1990 ; 
- Pak Hwan, Kim Alexandra Petrovna (Stankevich), Leader of Korean Socialist Party Hanguksahan Nonchong, Seoul, 1992 ;

- Vladimir Tikhonov, Modern Korea and its Others. Perceptions of the neighbouring countries and Korean modernity, Routledge, Londres et New York, 2016.

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 20:36

Huit jours après sa sortie, le film du Sud-Coréen Ryoo Seung-wan The Battleship Island a dépassé les 5 millions d'entrées : témoignant du travail forcé des Coréens et des Chinois dans l'île japonaise de Hashima pendant la Seconde guerre mondiale, ce film très largement diffusé en salles témoigne de la popularité des longs métrages historiques en Corée du Sud - puisque le jour où il dépassait les 5 millions d'entrées le film de Jang Hoon A Taxi Driver, consacré à un journaliste allemand témoin de la Commune de Gwangju en 1980, faisait une entrée fracassante au box office.  

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Etroite (elle ne mesure que 160 mètres de large sur 450 mètres de long, soit une superficie de seulement 6,3 hectares), l'île de Hashima, située à 19 kilomètres des côtes de Nagasaki a connu un destin exceptionnel lié à l'exploitation des mines sous-marines de charbon situées aux alentours, après son achat par Mitsubishi en 1890. Le groupe japonais met en valeur l'île, construit des immeubles et des infrastructures pour les ouvriers : abritant 5 229 habitants en 1959, Hashima est alors l'endroit comptant la plus forte concentration de population au monde - avec une densité de population de 83 500 habitants au kilomètre carré. Mais le déclin de l'industrie houillère entraîne le recul de l'exploitation minière : les derniers habitants quittent Hashima en 1974, qui devient une île fantôme ayant accueilli des décors de film - notamment pour Skyfall de Sam Mendes et Inception de Christopher Noland. L'île, en tant que site de la révolution industrielle de l'ère Meiji, est inscrite depuis juillet 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Le sang et les larmes des mineurs de Hashima sont aussi mêlés à l'histoire tragique de la colonisation japonaise, notamment le travail forcé des Coréens et des Chinois : derrière les murailles ceignant l'île navire de guerre (selon la traduction en français de son nom japonais) ont été déportés 800 travailleurs forcés coréens pendant la Seconde guerre mondiale. 134 d'entre eux y sont morts, et ceux qui tentaient de fuir étaient torturés.

Le film de Ryoo Seung-hwan The Battleship Island, sorti en salles fin juillet 2017, nous raconte la vie et le récit de l'évasion de Coréens déportés dans l'île - avec l'acteur Hwang Jung-min dans le rôle principal de Lee Kang-ok. Ryoo Seung-hwan a souligné que le film, tourné à Chuncheon où ont été reproduits les décors de Hashima, est une fiction - alors que certains médias japonais ont dénoncé le long métrage décrivant Hashima comme un enfer, négligeant de ce fait que le taux de mortalité (17 % des travailleurs forcés coréens y sont morts) suffit à rendre compte de leurs conditions terribles d'existence, encore largement méconnues en Occident.

"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima
"The Battleship Island", un film de Ryoo Seung-wan sur le travail forcé des Coréens et des Chinois à Hashima

Des survivants interrogés par Yonhap ont rendu compte des conditions de travail forcé extrêmement dures dans l'île de Hashima.

Choi Chang-seop y est arrivé en 1943 à l'âge de 15 ans, et y est resté jusqu'à la capitulation japonaise en août 1945 :

J’ai vécu une vie de prisonnier pendant trois ans sur l’île de Hashima, totalement entourée par la mer (...) ça m’étouffe de me souvenir de l’époque où j’ai travaillé pendant 12 heures par jour en petite tenue au fond de cette mine de charbon

Mal nourri, Choi Chang-seop, comme les autres Coréens, était affecté aux tâches les plus dangereuses - non seulement  à extraire  du charbon mais aussi boucher les trous de la mine :

Lorsque j’ai eu cette mission, les Japonais responsables m’ont dit, ‘‘pauvre toi, jeune, faut faire attention à ta tête, on se blesse souvent la tête avec les pierres qui tombent’’. J’ai été plusieurs fois hospitalisé à cause de blessures à la tête.

Choi Chang-seop

Choi Chang-seop

Egalement interrogé par Yonhap, un autre survivant aujourd'hui âgé de 92 ans, Lee In-woo, qui est resté huit mois dans la mine, s'est dit sauvé quand il a été incorporé dans l'armée japonaise. Il raconte aussi qu'une petite île à côté de Hashima était appelé le crématorium, car "c'était le lieu où les Japonais incinéraient les cadavres des travailleurs et fugitifs morts".  

Lee In-woo

Lee In-woo

Sources :

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 20:37

Le 8 juillet 2017 la République populaire démocratique de Corée célèbrera son fondateur, le Président Kim Il-sung, disparu vingt-trois ans plus tôt, comme l'homme ayant "vaincu deux impérialismes en une génération" (l'impérialisme japonais et l'impérialisme américain).  Mais un autre aspect mérite aussi d'être souligné : la capacité du Président Kim Il-sung, tout en renforçant le potentiel militaire national de dissuasion, à éviter que la péninsule ne plonge à nouveau dans la guerre, comme lorsqu'en juin 1994, soit moins d'un mois avant sa disparition, il scelle à Pyongyang un accord avec l'ancien président américain Jimmy Carter qui éloignera les menaces d'un nouveau conflit dévastateur en Corée. 

Kim Il-sung et Jimmy Carter

Kim Il-sung et Jimmy Carter

15 juin 1994 : réunis avec ses conseillers à la Maison Blanche, le Président William Clinton a décidé de frapper la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), qui ne donne pas plein accès à son territoire aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et vient d'annoncer son retrait de l'AIEA. Plusieurs options sont sur la table : un bombardement (entre autres) du site nord-coréen de Yongbyon, suspecté d'accueillir des activités nucléaires militaires, apparemment non retenu car il aurait causé (au bas mot) des dizaines de milliers de morts en précipitant la péninsule coréenne dans une nouvelle guerre ; le déploiement de 10 000 hommes supplémentaires mais aussi de bombardiers près de la Corée du Nord tout en évacuant les civils américains à Séoul, avec une incertitude majeure, comment réagira la RPD de Corée face à ce qu'elle pourrait considérer comme une rupture de l'accord d'armistice de 1953 ? Le risque d'un conflit n'a jamais été aussi élevé.

C'est alors que retentit un appel téléphonique : c'est Jimmy Carter. Il a rencontré Kim Il-sung à Pyongyang, et annonce qu'un accord a été trouvé. La RPD de Corée accepte de suspendre son programme nucléaire, contre (entre autres) un accès au nucléaire civil. L'escalade est évitée, et la voie ouverte vers un accord sur la question nucléaire. 

Les détails de ce récit sont connus depuis que William Perry, alors secrétaire à la Défense du président américain (c'est lui qui a reçu l'appel téléphonique de Jimmy Carter), en a donné les détails dans un ouvrage publié en 1999, avec son conseiller Ashton Carter - avec des précisions édifiantes, comme la nouvelle que la guerre contre la RPD de Corée avait alors été préparée pendant 6 mois dans le cadre de l'OPLAN (pour "plan opérationnel") 5027. Un plan opérationnel non seulement jamais abandonné, mais actualisé...

Ce qui est en revanche rarement souligné dans la presse occidentale est la capacité du Président Kim Il-sung à obtenir cet accord décisif, alors qu'il menait une diplomatie multi-cartes : parallèlement à sa négociation avec Jimmy Carter il s'engageait dans des discussions avec l'administration sud-coréenne, qui aurait dû déboucher sur un sommet intercoréen au plus haut niveau avec Kim Young-sam - un sommet finalement empêché par sa disparition le 8 juillet 1994, puis par le comportement des autorités sud-coréennes.

Jimmy Carter avait accepté de prendre en compte les attentes nord-coréennes, notamment leur demande de considération. Kim Il-sung avait accepté de rencontrer un chef d'Etat qui n'était pourtant plus en exercice, ayant dirigé un pays (les Etats-Unis) ayant une part décisive dans la partition
de la Corée, pour ne négliger aucun canal afin d'empêcher une nouvelle guerre, cauchemar de tous les Coréens de sa génération. Cet art de la diplomatie apparaît aujourd'hui plus que jamais nécessaire, alors que les tensions autour de la Corée ont atteint un niveau sans précédent depuis... 1994. 

Sources : 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 14:54

Il y a 80 ans, la victoire des guérilleros menés par Kim Il-sung lors de la bataille de Pochonbo, le 4 juin 1937, a témoigné de la capacité d'unités de guérilla à l'emporter sur un ennemi mieux armé et supérieur en nombre en tirant profit de l'effet de surprise.  Ce fait d'armes a ainsi été largement célébré dans le mouvement de résistance antijaponais et relevé par la presse projaponaise, comme l'observe le Coréen américain Won-tai Sohn, dans son livre de témoignage Kim Il-sung and Korea's struggle. An unconventional firsthand history, dont nous traduisons de l'anglais ci-après des extraits relatifs à la couverture médiatique de la bataille de Pochonbo. Le père de Won-tai Sohn, le pasteur protestant Sohn Jong-do, a aidé Kim Il-sung (qui s'appelait alors encore Kim Sung-ju) à ses débuts dans la lutte antijaponaise, après la disparition du père de Kim Il-sung, Kim Hyong-jik, le 5 juin 1926. Par ailleurs, le frère de Won-tai Sohn,  Sohn Won-il, a été ministre de la Défense de la République de Corée (Corée du Sud).

Finalement, j'ai bien obtenu la preuve factuelle que je cherchais. Je ne me souviens plus de la date, mais le journal "Kyongsong Ilbo" a publié un article intitulé "Qui est le cerveau de l'attaque de Pochonbo ?" Il est paru immédiatement après que la bataille a eu lieu et a décrit les guérilleros conduits par Kim Il-sung comme des "bandits communistes". Avec pour sous-titre "Un père et un fils rebelles", l'auteur expliquait que le nom originel de Kim Il Sung était Kim Sung Ju, qu'il venait de la province de Pyongan et avait 27 ans, et qu'il était le fils de Kim Hyong Jik. J'ai eu alors la certitude que le général était mon ami, Kim Sung Ju, et je ne peux pas décrire de manière adéquate mes sentiments quand j'ai lu des informations détaillées sur ses activités dans le "Dagongbao" peu après (1).

Dans cette période où le Japon accroissait ses efforts pour conquérir tout le continent asiatique et recourait aux pires moyens pour effacer la nation coréenne, Kim Il Sung était le seul rayon d'espoir qui restait aux Coréens. L'article dans l'édition anglaise du "Dagongbao" de Shanghaï m'a assuré que, malgré les humiliations dont souffrait la patrie sous l'occupation japonaise, tôt ou tard la Corée redeviendrait indépendante.

Les personnes de la génération de mon père, qui avaient échoué à obtenir la libération de la Corée malgré tous leurs efforts, portaient maintenant tous leurs espoirs sur Kim Il Sung. J'ai appris plus tard que Kim Ku (alias Paek Pom), Kim Won Bong et d'autres qui étaient actifs en Chine même furent ravis d'apprendre que l'unité du Général avait franchi le fleuve Amnok et attaqué Pochonbo, tué les forces d'occupation et les unités de police japonaises, et ainsi ravivé la flamme de l'indépendance de la Corée. Ils ont rendu compte de la bataille victorieuse de Pochonbo dans leur journal "Jondo" ("Le Futur") sous le titre : "Bonne nouvelle du mouvement armé d'indépendance de la Corée".

Quand j'ai rencontré Mme Ryo Yon Gu, la fille de Ryo Un Hyong (2), à Pyongyang, elle m'a dit que son père, après avoir entendu la nouvelle de la bataille victorieuse, était allé en voiture à Pochonbo pour inspecter le site de la bataille et vérifier les faits. Ryo Un Hyong et Kim Ku ont voyagé au Nord après la libération pour discuter de projets de réunification de la Corée; On peut penser que leurs espoirs étaient enracinés dans leur confiance envers le jeune héros du Mont Paektu, le Général Kim Il Sung, des espoirs qui ont bourgeonné et grandi dès cette époque.

Lors de ma dernière visite à Pyongyang, j'ai été à nouveau frappé par la lecture d'un article sur le Général Kim Il Sung dans le "Sinhan Minbo", daté du 3 septembre 1937. Le journal, publié aux Etats-Unis pour mes compatriotes coréens, avait consacré un article de deux pages, mettant en avant le nom de Kim Il Sung. Ce qui m'a surpris est que le journal, publié par les Coréens résidant aux Etats-Unis et diffusé dans la société américaine, ait publié cet article.

Il m'a été rapporté que le révérend Hong Tong Gun, qui vivait à Los Angeles, en Californie, avait amené le journal avec lui lors de l'une de ses visites en Corée du Nord. Lors de sa précédente visite, lorsqu'il avait mentionné avoir lu cet article, les officiels nord-coréens lui avaient demandé de trouver une copie et de la leur envoyer. Le révérend Hong Tong Gun avait eu de grandes difficultés à trouver la copie d'un article paru il y a 60 ans, mais il y était parvenu et avait soigneusement photocopié celle moisie qu'il avait trouvée. Alors qu'il partageait avec d'autres la copie restaurée, il avait dit-on des larmes aux yeux, ce qui prouvait avec évidence son regret de n'avoir pas montré l'article au Président Kim Il Sung avant sa mort.

Voici ci-après un extrait de l'article :

"Le Général Jon Il Sung, commandant de la troisième division de l'unité coréenne de l'armée alliée des volontaires coréens et chinois, combat en volant comme un dragon et en se précipitant comme un tigre.

Nous avons déjà rendu compte dans notre précédente édition que la situation des Japs en Mandchourie se dégrade dans la guerre sino-japonaise en raison des opérations conjointes de l'armée d'indépendance de la Corée et de l'armée des volontaires chinois.

A présent une nouvelle détaillée qui vient de Tianjin dit que les forces combattantes les plus courageuses et les plus efficaces parmi les Coréens et les volontaires chinois appartiennent à la troisième division formée de Coréens et commandée par le Général Jon Il Sung, qui est coréen. (D'après des journaux au Japon et des nouvelles de Corée, la force armée de M. Kim Il Sung, opérant depuis sa base à Jiandao, a franchi la frontière en juin dernier et attaqué Pochonbo, à Kapsan, pour frapper de terreur dans leur coeur les militaires et les policiers japonais. Il a fréquemment été rendu compte des actions suivantes de son armée dans le "Dong-a Ilbo" et d'autres journaux. Se reporter à l'édition du 29 juillet de ce journal. Les comptes rendus de Chine l'appellent tous Jon il Sung et nous faisons l'hypothèse que le nom de famille Kim a été reporté par erreur en Jon, Kim étant un nom rare en Chine).

La portée de ses opérations militaires dans le nord-est de la Chine était très large, et son pouvoir tout à fait important alors qu'il relève d'une force spéciale organisée. La vie et les opérations de ses soldats sont caractérisées par l'esprit militaire chevaleresque des Orientaux. Entre nous, non seulement nous entendons le tonnerre de leur combat mais les ennemis japonais en font aussi la louange.

Un expert militaire soviétique a formulé la remarque suivante : "Si la Chine et le Japon entrent formellement en guerre, le Japon aura besoin de 200 000 hommes pour faire face aux troupes de volontaires dans ce coin de Mandchourie." Si cette remarque est fiable, alors ils constituent vraiment une grande force.

Le révérend Hong Tong Gun a fait un travail louable pour la nation."

Notes du traducteur :
(1)
Ou Ta Kung Pao, journal chinois de sensibilité républicaine fondé en 1902.
(2) Ryo Un Hyong ou Lyuh Woon-hyung ou Yo Un-hyung, militant communiste puis de centre-gauche sud-coréen (en tant que dirigeant du Parti du peuple de Corée), un des fondateurs de la République de Corée (dont il a été vice-président) à Séoul en 1945, assassiné à Séoul le 19 juillet 1947 par un jeune activiste nationaliste. Sa troisième fille Ryo Yong Gu, née en 1928 et disparue en 2009, a été vice-présidente de l'Assemblée populaire suprême de la RPD de Corée et Présidente du Front démocratique pour la réunification de la Corée.

Source (extraits des pages 93-95, pour l'essentiel consultables à l'adresse suivante) :

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 15:04

L'année 2017 marque le centième anniversaire de la naissance de Yun Dong-ju le 30 décembre 1917 à Ryongjeong en Mandchourie (où s'était repliés nombre de Coréens fuyant l'oppression japonaise), décédé sous la torture il y a 72 ans, le 16 février 1945, dans les geôles japonaises. L'AAFC dresse le portrait de l'une des figures les plus attachantes de la poésie coréenne contemporaine, qui a exprimé dans son oeuvre une sensibilité traduisant les espoirs et les aspirations de toute une génération.

Yun Dong-ju, au deuxième rang, à droite

Yun Dong-ju, au deuxième rang, à droite

Yun Dong-ju était un esprit libre : après avoir manifesté très tôt des aptitudes littéraires exceptionnelles, il s'enfuit du domicile parental à l'âge de 16 ans pour étudier les lettres à l'école Yonhui (aujourd'hui l'université Yonsei, à Séoul), alors que son père, chrétien, refuse qu'il devienne poète. De cette époque date son recueil de poèmes qu'il intitule Ciel, vent, étoiles et poésie, qu'il ne parvient pas à faire éditer. Yun Dong-ju a poursuivi ses études à Tokyo, en littérature anglaise, où il est arrêté en juillet 1943 pour activités antijaponaises. Condamné à deux ans de prison, il meurt dans la prison de Fukuoka le 16 février 1945, affamé et torturé.

La puissance de l'oeuvre de Yun Dong-ju tient à sa capacité à inscrire le drame d'une nation, soumise au joug colonial et niée dans son identité même, dans un récit personnel subtil et sensible, après avoir lui-même grandi dans une famille de patriotes coréens - comme l'explique Lee Seung-ha, rédactrice du site Korea.net :

Yun Dong-ju a pu saisir, dans toute son abjection, la réalité de la vie coréenne sous le joug colonial japonais. Cette prise de conscience croissante et le conflit intérieur qui en résultait ont joué un rôle significatif dans la genèse de son approche critique comme de sa voix artistique lesquels se révèlent pleinement dans des oeuvres telles que "auto-portrait". Cette oeuvre dresse d'ailleurs un portrait assez éloquent de la frustration d'un homme qui, confronté à une oppression croissante, tente de se raccrocher à la découverte de soi.

La symbolique coréenne traditionnelle - la lune, le soleil (il a été lui-même surnommé Haewhan, lumière du jour) - tient une place fondamentale dans ses poèmes publiés à titre posthume, grâce à sa famille et à ses amis - notamment le recueil Ciel, vent, étoiles et poésie, qui compte 31 poésies dans la première édition (janvier 1948).

Nous reproduisons ci-après son poème La nuit où je comptais les étoiles (별 헤는 밤
) :

Yun Dong-ju, poète, martyr et icône

Poète, martyr, Yun Dong-ju est aussi devenue une icône de la culture coréenne. Un prix de poésie, institué par l'Université Yonsei en 1968, porte son nom. Une enquête de 1986 le consacrait comme le poète coréen le plus populaire au sein de la jeunesse - celle de la génération "386", qui a lutté avec succès pour la démocratisation de la Corée, jusqu'à lui sacrifier sa vie.

La colline Yun Dong-ju sur le mont Inwangsan, dans le quartier séoulite de Jongno, abrite un stèle où est gravé son poème Préface (서시, en anglais Foreword) - qui a inspiré, ainsi que la vie du poète, le roman L'Enquête de Lee Jeong-myeong.
 

La colline Yun Dong-jun sur le mont Inwangsan.

La colline Yun Dong-jun sur le mont Inwangsan.

La vie de Yun Dong-ju a aussi inspiré une comédie musicale créée en 2011 par la compagnie Seoul Performing Arts Company, intitulée Yun Dong-ju Shoots the Moon, et un film de Lee Joon-ik, sorti en février 2016, Dongju, the Portrait of a Poet.

Yun Dong-ju, poète, martyr et icône

Sources :

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 13:07

Le 30 janvier 2017, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) ont coorganisé une conférence à Grenoble, sur le thème "Mouvement social en Corée du Sud, agressions impérialistes contre la Corée du Nord". Nous publions ci-après un compte rendu de cette conférence et deux vidéos présentant les interventions des conférenciers, publiées sur le compte Youtube du PRCF.

Présentation par Jin Yong-ha, responsable du Comité des Travailleurs du Parti Démocratique et Populaire (Corée du Sud)

1-Contexte historique

La situation en Corée est très mal connue en France. Pour connaître la situation en Corée, il faut connaître son histoire. La Corée est un petit pays entouré de grandes puissances qui a dû sans cesse lutter pour conserver son indépendance. La politique isolationniste poursuivie jusqu'en 1910 a empêché l'industrialisation du pays et l'a rendu vulnérable à l'invasion japonaise.
L'occupation japonaise se poursuivit de 1910 à 1945 avec pour objectif l'anéantissement de la culture coréenne et de sa langue. Lorsque les Américains occupèrent ensuite le sud de la péninsule, ils donnèrent à la Corée du Sud une apparence d'indépendance tout en mettant à la tête de l'Etat sud-coréen les anciens dirigeants de la collaboration avec les Japonais.
Cela conduisit à une révolte très forte des Coréens du sud et à la formation du Comité national des travailleurs de Corée. Ce syndicat appela à la grève générale puis fut dissout par l'Etat sud-coréen pour être remplacé par des syndicats jaunes.
Une dictature militaire perdura des années 1960 jusqu'à la fin des années 1980.

Un événement important fut l'immolation par le feu du jeune travailleur Jon Tae-Il en 1970 qui marqua le mouvement de résistance à  la dictature. En juillet-septembre 1987, une série de grèves eut pour revendication la création d'un syndicat démocratique. Celle-ci fut effective avec la création de la Confédération Générale des Syndicats (KCTU) en 1995.
De ce syndicat naquit le Parti Progressiste unifié en 2000. Il y a en Corée moins de distance entre parti et syndicat démocratique qu'en France.

2-Actualité

Le mandat du président sud-coréen  est de 5 ans. La présidence actuelle Park Geun-hye est la prolongation de la présidence réactionnaire précédente avec Lee Myung-bak.
La présidence de Lee Myung-bak fut entachée entre autres par le lancement du projet d'aménagement des quatre fleuves à  la fois inutile et dangereux pour l'environnement. 2009 fut une année d'importantes répressions contre les travailleurs avec l'interdiction du syndicat des fonctionnaires alors que le droit de se syndiquer est reconnu par la Constitution sud-coréenne.
La présidence Park Geun-hye a commencé en décembre 2012 suite à des fraudes électorales massives.
En décembre 2014, le Parti progressiste unifié fut interdit suite à l'affirmation mensongère selon laquelle il aurait préparé un coup d'Etat avec le soutien de la Corée du Nord. Ceci montre le caractère fascisant de la présidence Park Geun-hye. Il y eut également le scandale du naufrage du Sewol avec 300 enfants morts en avril 2014, scandale qui ne fut jamais éclairci. Des mesures de répression furent prises contre les parents des victimes et les militants pour la vérité sur le naufrage, avec des arrestations et gardes à  vue arbitraires de plusieurs jours.
En 2013, le siège de la KCTU fut perquisitionné et son dirigeant arrêté et condamné à  7 ans de prison ferme. L'Organisation internationale du travail émit des protestations. Les demandes de création de syndicats de fonctionnaires furent rejetées et le syndicat des enseignants interdit.
Il faut savoir que la Corée du Sud a 10 millions de travailleurs précaires et trois millions de chômeurs pour 50 millions d'habitant et n'a pas de système complet de sécurité sociale. Participer aux luttes sociales et syndicales en Corée du Sud mène très souvent en prison.
La répression est particulièrement forte dans les grandes entreprises comme Samsung et Hyundai, dont le poids économique est écrasant. A Hyundai, il y a deux fois pus de travailleurs précaires que de travailleurs permanents.
A Samsung, les syndicats sont interdits. Il y a eu récemment une tournée européenne des syndicalistes (illégaux) de Samsung. Un problème grave est notamment l'exposition des travailleurs à  des substances toxiques qui ont causé au moins 80 leucémies mortelles.
A cela s'ajoutent d'autres problèmes comme ceux de la dette étudiante.
En conclusion, la résistance est forte au sein du peuple de Corée du Sud, et porteuse d'espoir pour l'avenir.

Présentation sur la Corée du Nord et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération

La Corée du Nord est l'objet de tous les fantasmes. Toute personne portant un autre regard que celui des médias dominants sur la Corée du Nord sera facilement qualifiée de "suppôt du régime". L'image négative la Corée du Nord en Occident est largement fabriquée par les services secrets sud-coréens et américains, alors que les Etats-Unis stationnent près de 30 000 soldats dans la péninsule coréenne. Ceci s'explique notamment par son système économique capitaliste, sa position géostratégique entourée de grandes puissances et ses capacités technologiques puisque la Corée du Nord est un des quelque 10 pays au monde capables de lancer un satellite dans l'espace.

Les Nord-Coréens ne prétendent pas être un modèle. La culture politique locale est très marquée par le confucianisme. Il s'agit d'une adaptation locale des démocraties populaires.

L'Association d'amitié franco-coréenne considère le dialogue avec la Corée du Nord nécessaire comme avec tout pays différent du nôtre. Dès sa fondation en 1969, l'AAFC ne comporta pas que des communistes mais aussi des socialistes, des gaullistes de gauche ou encore des chrétiens progressistes.

Le destin des deux Corée est lié malgré la division. Comme l'a montré la succession d'une phase de démocratisation de la Corée du Sud en 1998-2008 et de dialogue avec le Nord, suivie d'une phase autoritaire et de fermeture du dialogue avec la Corée du Nord, le combat social en Corée du Sud et le combat pour la paix et la réunification en Corée sont liés.

L'AAFC n'a pas pour but défendre en bloc un gouvernement qui ne prétend pas exporter son modèle, mais de donner des clés pour mieux comprendre la situation en Corée. La situation française est particulière puisqu'il s'agit du seul pays européen avec l'Estonie qui n'a pas établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée. L'AAFC ne s'intéresse pas seulement au Nord mais aussi au Sud de la péninsule, d'où sa contribution à la fondation du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

La question est souvent posée de savoir si la Corée du Nord est un pays socialiste. Le socialisme est un concept qui prend dans la réalité des formes diverses. On retrouve en Corée du Nord les caractéristiques essentielles du socialisme développé dans les démocraties populaires, avec notamment la propriété collective des grands moyens de productions, le système de santé et d'éducation gratuits, les logements à  prix modiques. Cependant, la Corée du Nord ne se reconnaît plus dans le marxisme-léninisme mais dans une idéologie qui lui est propre, les idées du Juche

La Corée du Nord a été fondée par des résistants à l'occupation japonaise, et la menace impérialiste permanente l'a amenée à maintenir une certaine opacité des mécanismes décisionnels au sommet de l'exécutif comme il est d'usage dans tous les réseaux de résistance. On notera cependant que le pouvoir à la base est exercé par les cellules du Parti du travail de Corée, qui fait remonter ses décisions, informations et opinions en haut de la pyramide.

Lors des années 1990, la Corée du Nord a perdu subitement la plupart de ses partenariats commerciaux. De plus la perte d'accès au pétrole soviétique à des conditions préférentielles cumulé avec de graves inondations ont considérablement mis à mal l'agriculture nord-coréenne jusqu'alors assez fortement mécanisée. Cette situation a conduit à un certain nombre de réformes marquées par la légalisation et la généralisation des marchés de surplus agricoles, la monétarisation de l'économie et une autonomisation de gestion des entreprises.

Le programme nucléaire nord-coréen prend son origine dans son manque de confiance dans ses alliés qui s'avèrera ensuite justifié dans les années 1990. Les dirigeants nord-coréens furent d'avis que seule la dissuasion nucléaire pouvait protéger leur pays d'une invasion des Etats-Unis, et furent confortés dans cette opinion par l'invasion de l'Irak, de l'Afghanistan, de la Libye... La Corée du Nord se voit ainsi, non sans raisons, comme un Etat guérilla en permanence menacé.

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 20:04

Homme politique et journaliste, le frère aîné de Park Chung-hee, Park Sang-hee, a joué un rôle dans le mouvement indépendantiste coréen et pour comprendre l'implication dans les rangs communistes, pendant ses années de jeunesse, du futur général Park Chung-hee, qui a établi un régime autoritaire résolument anticommuniste au sud de la péninsule. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) revient sur Park Sang-hee, figure oubliée de l'histoire coréenne.

Park Sang-hee, le frère communiste de Park Chung-hee

Né le 10 septembre 1906 dans le district de Chilgok de la province du Kyongsang du Nord, Park Sang-hee a fait de bonnes études, même si un doute demeure quant à son entrée ou non à l'université - à une période où l'accès à des études supérieures était très restreint, alors que la Corée subissait le joug de la colonisation japonaise (1910-1945).

Impliqué très tôt dans le mouvement indépendantiste, notamment au sein de l'association Singan (qui dépasse le clivage politique gauche-droite) créée le 15 février 1927 et dissoute par l'occupant japonais en 1931, Park Sang-hee a écrit pour le quotidien coréen Dong-A, alors de sensibilité indépendantiste, dans sa ville de Gumi.

Membre actif de l'Alliance pour la fondation de la Corée, d'obédience socialiste, Park Sang-hee est arrêté par les Japonais et est toujours emprisonné à la Libération, en 1945. Disposant d'une assise politique à Gumi, Park Sang-hee y crée une branche du Comité préparatoire pour la fondation de la nation. En 1946, il est membre du Parti communiste sud-coréen. Il est l'un des dirigeants du soulèvement du 1er octobre 1946 dans la région de Daegu, dont l'une des causes a été l'accès de tous au riz, dans les communes de Gumi et de Seongsan. La répression violente par les autorités sud-coréennes du soulèvement de Daegu conduit à l'assassinat de Park Sang-hee le 6 octobre 1946. La mort de son frère accélère la prise de conscience politique de son frère cadet Park Chung-hee, dans les rangs communistes - avant qu'il ne s'affirme à nouveau comme anticommuniste et poursuivre sa carrière militaire. Il a été avancé que Park Chung-hee aurait été infiltré dans les rangs communistes, mais sa relation à son frère Park Sang-hee contredit cette hypothèse - même si Park Chung-hee aurait pu être "retourné".

Parmi les proches de Park Sang-hee, Won Tai-song s'est réfugié au Nord, où il devient vice-ministre du Commerce. Après le coup d'Etat militaire de Park Chung-hee à Séoul le 16 mai 1961, Won Tai-song convainc Kim Il-sung de l'envoyer négocier avec Park Chung-hee, espérant que le nouvel homme fort de Séoul avait conservé au moins pour partie ses idéaux de jeunesse et pourrait en tout cas favoriser le dialogue Nord-Sud. Won Tai-song est d'autant plus optimiste que le bras droit de Park Chung-hee, Kim Jong-pil (futur chef des renseignements sud-coréens)  a épousé Park Young-ok, fille de Park Sang-hee (un autre enfant de Park Sang-hee, Park Jun-hong, né en 1947, a étudié aux Etats-Unis et est devenu un spécialiste de la Chine et des questions liées à la réunification de la Corée, et a également présidé l'Association de football (sud-)coréenne). Décédée en 2015 à l'âge de 86 ans, Park Young-ok s'est employée à nier l'évidence, à savoir l'engagement communiste de son père, ainsi qu'à prétendre que son père et son oncle n'auraient pas été si proches... La ville de Gumi, où est né Park Chung-hee, entretient le culte de la personnalité de ce dernier, et est farouchement conservatrice et anticommuniste.

Mais Park Chung-hee, soupçonné par ailleurs de penchants communistes par les Américains après le coup d'Etat de 1961, décide, en accord avec Kim Jong-pil, de faire exécuter Won Tai-song comme espion. Les conditions de l'assassinat de Won Tai-song n'ont jamais été totalement clarifiées, Kim Jong-pil ayant toujours observé le silence sur cet épisode peu glorieux.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 20:27

Première université fondée en 1946 dans le Nord de la Corée après la libération du pays en 1945, l'Université Kim Il-sung témoigne de l'importance accordée aux questions d'éducation par les nouvelles autorités politiques. Le long métrage nord-coréen Graduation diploma, sorti en salles fin 2016, est consacré à la première promotion d'étudiants de l'université.  

Affiche du film

Affiche du film

Tout régime politique a besoin de références fondatrices mettant en place un système de valeurs, ou de "lieux de mémoire" - forgeant la mémoire nationale - pour reprendre le titre de l'ouvrage collectif dirigé par Pierre Nora. La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ne fait pas exception, ce dont rend compte le film historique Graduation diploma, consacré à la première promotion d'étudiants de l'Université Kim Il-sung, sorti en salles à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation du plus prestigieux établissement d'enseignement supérieur en Corée du Nord.

La création artistique coréenne, qu'elle soit littéraire ou cinématographique, exalte des héros positifs dont l'action doit avoir valeur d'exemplarité - conformément à une approche qui puise ses racines dans la culture confucéenne commune à toute la Corée. Elle se focalise ici sur les doubles figures de la jeunesse (magnifiée par le personnage même de Kim Il-sung, qui avait 34 ans lors de la fondation de l'Université) et de l'intellectuel - ce dont rend compte l'ajout du pinceau à la faucille et au marteau dans les symboles du Parti du travail de Corée. Suivant un style réaliste socialiste ancré dans la vie quotidienne, le film retravaille une thématique qu'on retrouve dans d'autres longs métrages nord-coréens récents, comme Le journal d'une écolière, sorti en salles en France en 2006-2007.

"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung
"Graduation diploma", un long métrage consacré à la première promotion de l'Université Kim Il-sung

Source :

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:03

Dans son édition du 19 janvier 2017, l'agence de presse Yonhap de la République de Corée (Corée du Sud) a annoncé que le cursus d'études en langue et civilisation coréennes dispensé à l'Université Paris Diderot (Paris 7) donnera, à la rentrée universitaire de septembre 2017, un cours sur l'histoire du mouvement d'indépendance coréen. A notre connaissance , il s'agit d'une première en France, qui s'inscrit dans le cadre d'un accord entre l’Institut de recherche sur l’histoire du mouvement d’indépendance coréen du Hall de l'indépendance coréenne (acronyme anglais : IHK, musée mémorial situé à Cheonan, en Corée du Sud) et l'Université Paris 7,

Chercheurs de l’Institut de recherche sur l’histoire du mouvement d’indépendance coréen du Hall de l'indépendance coréenne (IHK).

Chercheurs de l’Institut de recherche sur l’histoire du mouvement d’indépendance coréen du Hall de l'indépendance coréenne (IHK).

Le Hall de l'indépendance coréenne a ouvert ses portes le 15 août 1987, à l'occasion du 42e anniversaire de la libération de la Corée. Ce musée comporte de nombreux documents historiques sur le mouvement d'indépendance, afin d'honorer la mémoire des combattants coréens pour l'indépendance de leur nation - d'un point de vue sud-coréen, tendant ainsi à occulter le rôle des combattants ayant fondé la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), conformément à l'histoire officielle sud-coréenne.

Au sein du mémorial, le grand hall de la nation constitue le plus vaste bâtiment à toit en tuile d'Asie, en occupant une surface au sol de 126 mètres par 68 mètres, et culminant à plus de 45 mètres. Par ailleurs, la cloche de l'unification qu'abrite le musée est réputée être la plus ancienne cloche coréenne.

La France a joué un rôle dans le soutien au mouvement d'indépendance coréen, au moins jusqu'au début des années 1930, le gouvernement coréen en exil s'étant installé dans la concession française à Shanghaï. Par la suite, la France a toutefois tourné le dos à ses engagements en faveur des indépendantistes coréens, se rapprochant alors du Japon et obligeant le gouvernement provisoire coréen à déménager.

Le cours proposé aux étudiants en coréen, au premier semestre de l'année scolaire 2017-2018, sera assuré p
ar la section des études coréennes du département Langues et Civilisations de l’Asie orientale (LCAO) de l'Université Paris 7 et l’Ecole pratique des hautes études.

Source principale :

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  • : Soutenir la paix en Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la paix dans le monde
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