Le 11 janvier 2010, le ministère des Affaires étrangères (MAE) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a réitéré l'offre de la RPD de Corée d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, en lieu et place de l'accord d'armistice de 1953. Cette proposition, conforme aux objectifs de l'éditorial conjoint du 1er janvier 2010 (Juche 99) des principaux quotidiens nord-coréens, est de nature à relancer les pourparlers, bloqués, sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, dans la mesure où Pyongyang lie le règlement de ce dossier à l'obtention de garanties de sécurité de la part des Etats-Unis. L'AAFC publie ci-après une traduction en français de la version anglaise du communiqué du MAE nord-coréen, telle que publiée par l'agence officielle de la RPD de Corée, KCNA.
"Un an a passé depuis que le processus de dénucléarisation de la péninsule coréenne est resté à la croisée des chemins en raison des sérieux défis face à lui.
"La dénucléarisation de la péninsule est l'objectif de la politique poursuivie invariablement par le gouvernement de la République [populaire démocratique de Corée] en vue de contribuer à la paix et à la sécurité en Asie du Nord-Est et à la dénucléarisation du monde.
"C'est grâce aux efforts sincères et exhautifs du gouvernement de la République que des dialogues se sont tenus pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne depuis les années 1990 et que, sur cette voie, ont été adoptés des accords bilatéraux et multilatéraux aussi importants que 'l'accord-cadre RPDC-Etats-Unis' et la déclaration conjointe du 19 septembre [2005].
"La mise en oeuvre de tous les accords, cependant, a été interrompue à mi-chemin ou a capoté. Depuis lors la menace nucléaire sur la péninsule coréenne n'a pas diminué, mais a au contraire encore augmenté et, par conséquent, même la dissuasion nucléaire est apparue.
"Les échecs et les frustrations répétées dont témoigne le cours des pourparlers à six montrent que cette question ne peut pas être résolue sans confiance entre les parties concernées. Aujourd'hui encore les discussions restent bloquées par la barrière de défiance qualifiée de sanctions contre la RPDC.
"Notre conclusion est qu'il est nécessaire d'accorder une attention primordiale à la construction d'une relation de confiance entre la RPDC et les Etats-Unis, les deux parties responsables principalement de la question nucléaire, afin de ramener sur les rails le processus de dénucléarisation de la péninsule coréenne.
"Si une relation de confiance doit être construite entre la RPDC et les Etats-Unis, il est essentiel de conclure, pour commencer, un traité de paix pour mettre fin à l'état de guerre qui est une des raisons radicales des relations bilatérales hostiles.
"Quand les parties sont dans une situation de guerre où elles peuvent braquer des armes l'une contre l'autre, la méfiance de l'autre partie ne peut jamais être réduite à zéro et les discussions elles-mêmes ne peuvent jamais bien progresser, encore moins parvenir à la dénucléarisation. En ne réglant pas une question aussi fondamentale que la guerre et la paix, aucun accord ne peut échapper à la frustation et à l'échec, comme c'est le cas aujourd'hui.
"Un traité de paix par nature devrait déjà avoir été conclu à la lumière de sa nécessité intrinsèque, indépendamment de la question nucléaire. Si un régime de paix durable avait été établi dans la péninsule coréenne depuis longtemps, la question nucléaire n'aurait pas surgi.
"Maintenant que la question de la conclusion d'un traité de paix figure dans la Déclaration conjointe du 19 septembre, il est bon d'avancer comme l'exige la pratique tirée des leçons de l'échec des pourparlers à six.
"La conclusion d'un traité de paix aiderait à mettre un terme aux relations hostiles entre la RPDC et les Etats-Unis et à encourager véritablement la dénucléarisation de la péninsule coréenne à un rythme rapide.
"Comme il a qualité à le faire, le ministère des Affaires étrangères de RPDC propose courtoisement aux parties à l'accord d'armistice un démarrage rapide des discussions pour remplacer l'accord d'armistice par un traité de paix cette année, laquelle marque les soixante ans du déclenchement de la guerre de Corée.
"Les discussions précitées peuvent se tenir soit dans le cadre d'un format séparé, comme pour la déclaration conjointe du 19 septembre, soit dans le cadre des pourparlers à six où sont actuellement conduites les discussions entre la RPDC et les Etats-Unis, au regard de leur nature et de leur signification.
"Abattre les barrières que représentent des discriminations et des méfiances telles que les sanctions pourrait conduire bientôt à l'ouverture des pourparlers à six.
"Si les parties à l'accord d'armistice espèrent sincèrement la paix, la sécurité et la dénucléarisation de la péninsule coréenne, elles ne doivent plus donner la priorité à leurs intérêts mais prendre la décision audacieuse de négocier sans retard cette question fondamentale."
Alors que, au cours de sa visite à Pyongyang du 8 au 10 décembre 2009, l’envoyé spécial américain Stephen Bosworth et ses interlocuteurs nord-coréens auraient convenu de discuter d'un traité de paix en Corée, dans le cadre d’un dialogue à quatre (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis et Chine), il est particulièrement regrettable que cette proposition de dialogue ait été rejetée par Washington : dès le lundi 11 janvier, le porte-parole du département d'Etat américain, P.J. Crowley, a pressé la Corée du Nord à retourner d'abord aux pourparlers à six, avant de commencer de discuter de la liste des sujets en suspens.
De même, on ne peut que déplorer l'attitude de fermeture des autorités sud-coréennes qui ont attendu mardi, après la réponse américaine, pour réagir, alors que la mise en place d'un traité de paix était l'un des points majeurs de la déclaration commune Nord-Sud du 4 octobre 2007 ayant engagé les deux Etats coréens. La primeure de l'annonce du refus sud-coréen a été laissée à l'un des "faucons" du gouvernement, le ministre de la Défense le général Kim Tae-young, qui a déclaré à des journalistes qu'il continuait à chercher l'intention cachée, selon lui, des Nord-Coréens en estimant qu'il y aurait "souvent eu par le passé des gestes de paix d'une main et des provocations d'autre part". En réponse au "geste de paix" des Nord-Coréens qui coïncide explicitement avec le 60ème anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée, il a ainsi répliqué que l'armée sud-coréenne se tenait prête face à toute "agression" nord-coréenne. Les autorités sud-coréennes n'envisagent une éventuelle discussion de la proposition nord-coréenne qu'après un retour aux pourparlers à six et des progrès sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne.
Malgré les rejets de la déclaration nord-coréenne, M. Choe Jin-su, ambassadeur de la RPDC à Pékin, hôte des pourparlers à six, a réitéré la position de son ministère dans un entretien accordé à l'agence de presse japonaise Kyodo : selon lui, "si les sanctions [contre la RPDC] étaient allégées, les pourparlers à six pourraient commencer immédiatement." Il a ajouté que la négociation d'un traité de paix encouragerait la dénucléarisation de la péninsule coréenne "à un rythme rapide".
Sources :
- déclaration du MAE de la RPDC traduite de l'anglais depuis le site KCNA
- agence Associated Press, sur les réactions américaine, sud-coréenne et la réaffirmation de la position nord-coréenne
Voir aussi le texte en coréen de la déclaration du MAE de RPDC
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