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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 18:49

Février 2011 : toute l'Union européenne reconnaît la République populaire et démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Toute ? Non ! Un village d'irréductibles gaulois refuse encore et toujours tout dialogue avec Pyongyang sur l'ouverture non pas de relations diplomatiques, mais bien d'un simple bureau de coopération dans la capitale nord-coréenne...

 

Toute ressemblance avec une bande dessinée française existante ou ayant existé ne serait évidemment que fortuite. Au sein de l'Europe des 27, la France se caractérise en effet, avec l'Estonie, par son particularisme à ne pas reconnaître la RPD de Corée - mais dans le cas de l'Estonie il s'agit d'un processus qui n'a pas été mené à son terme, alors que la France ne semble jamais avoir engagé sérieusement un dialogue en vue de l'établissement de relations diplomatiques.

  Jack Lang Son Musin 2


frassa christophe andre08018uL'affaire semblait pourtant entendue, à l'issue d'une mission effectuée par Jack Lang, représentant du Président de la République (ci-dessus avec SE Son Musin, délégué général de la RPDC en France, ambassadeur auprès de l'UNESCO, photo Alain Noguès) : il avait déclaré le 16 décembre 2009, lors d'une audition par la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, que la France avait convenu avec la RPD de Corée de l'ouverture d'un bureau d'action culturelle et de coopération comme une première étape dans l'établissement de relations diplomatiques complètes. Cette ouverture, attendue au cours du premier semestre 2010, puis à la fin de l'été, se faisait attendre. Ce mutisme des autorités françaises a conduit le sénateur Christophe Frassa (ratt. UMP - représentant des Français établis hors de France) à interroger le gouvernement français le 11 novembre 2010.

 

JJCandelierPlus de trois mois plus tard, l'honorable parlementaire a bien obtenu une réponse gouvernementale... mais des autorités sud-coréennes, qui ont jugé opportun de se prononcer en lieu et place de la France, sur un dossier bilatéral ne concernant pas la Corée du Sud comme Etat souverain. Dans un entretien à l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, Park Heung-shin, ambassadeur de la République de Corée du Sud en France, s'est exprimé en tant que représentant du président sud-coréen Lee Myung-bak en France et a donné publiquement la position française : « La France partage parfaitement la même position que notre pays, elle a été le premier pays à condamner le torpillage du Cheonan en mars dernier  » - un empressement qui apparaissait déjà suspect, puisque les conclusions de l'enquête américaine et sud-coréenne imputant le naufrage du Cheonan à la RPDC ont depuis été contestées, non seulement par la Corée du Nord, mais aussi par un membre de l'équipe d'enquête, par des scientifiques indépendants et par les experts de la Marine russe - comme l'a rappelé le député Jean-Jacques Candelier (GDR - Nord) dans une autre question écrite posée le 23 novembre 2011 et elle aussi restée sans réponse.

 

Selon l'agence Yonhap, « Park a rappelé que la France est notre allié fidèle et a fait savoir qu’elle a suspendu les négociations avec Pyongyang pour l’ouverture d’un bureau permanent de coopération culturelle et scientifique après les provocations nord-coréennes contre le Sud, à savoir le torpillage du Cheonan en mars 2010 et l’attaque sur l’île de Yeonpyeong en novembre dernier [...] A propos du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et la Corée du Nord, il a rejeté l’éventualité qu’il puisse s’effectuer dans l’immédiat en raison des tensions actuelles autour de la péninsule coréenne et de la question nucléaire nord-coréenne, concernant notamment le programme d’enrichissement d’uranium, des problèmes à résoudre absolument avant de penser aux échanges diplomatiques.  »


Il convient de relever l'amalgame, savamment entretenu, entre l'établissement de relations diplomatiques et l'ouverture d'un bureau de coopération, et l'erreur - tout aussi volontaire - consistant à mentionner le « rétablissement  » des relations diplomatiques, laissant sous-entendre que celles-ci auraient été un jour établies, avant d'être rompues pour de (bonnes ?) raisons. 

 

Sans doute l'accession de la Corée du Sud au statut de membre du G20 offre-t-elle un argument supplémentaire vis-à-vis de la France pour la très active diplomatie sud-coréenne, qui a multiplié en 2010 (menaces économiques à l'appui) les démarches auprès des chancelleries étrangères, tout en opérant sans relâche un lobbying parlementaire pour obtenir un ralliement à ses thèses sur le naufrage du Cheonan.

 

Les pressions et le chantage économique venant de Séoul ne sont pas nouveaux : en 1981, déjà, François Mitterrand avait envisagé l'établissement de relations diplomatiques avec la RPD de Corée, avant de renoncer sous la pression des milieux économiques sensibles aux perspectives du marché sud-coréen, au lendemain de la sanglante répression par les militaires sud-coréens - alors au pouvoir à Séoul - du soulèvement démocratique de Kwangju. Encore le Président Mitterrand a-t-il élevé le bureau commercial de la RPDC en France (créé en 1968) en une délégation générale, statut que conserve toujours la représentation diplomatique nord-coréenne en France, sans contrepartie française en RPDC : la création du bureau d'action culturelle et de coopération s'inscrirait dans une logique comparable, puisqu'elle officialiserait des relations qui existent déjà de fait, avec un poste de lecteur français à Pyongyang et des programmes de coopération humanitaire.

 

Dix ans plus tard, en 1991, interpelant Mme Edith Cresson, alors Premier ministre, l'Association d'amitié franco-coréenne ne pouvait que faire le même constat d'un embourbement de la diplomatie française, prise dans un réseau d'influences savamment entretenu par la Corée du Sud : 

 

« Il nous faut également observer qu'au cours des ans, lors de nos interventions répétées auprès du gouvernement ou des ministres concernés, les réponses que nous avons reçues ont été souvent contradictoires. Ainsi, pendant toute une période, "il fallait être patient, le processus était en cours", mais, nous disait-on, "il y a une terrible pression, notamment commerciale, de la Corée du Sud, qui pourrait être grave pour notre économie". La reconnaissance de la Corée du Sud par les pays de l'Est était posée comme préalable par le gouvernement de ce pays. Ensuite, "il fallait être prudent et favoriser d'abord l'ouverture d'un dialogue entre le Nord et le Sud". Le dialogue étant ouvert, "il ne fallait pas le gêner par une initiative intempestive". Enfin, ces derniers temps, l'argument invoqué est "l'insuffisance d'ouverture" de la Corée du Nord.  »

 

Vingt ans plus tard, ni l'entrée conjointe des deux Corée aux Nations Unies en 1991, ni les déclarations conjointes intercoréennes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, ni la reconnaissance diplomatique par presque tous les autres Etats de l'Union européenne n'ont amené les gouvernements français successifs à réviser leurs positions. Le poids économique de la Corée du Sud a grandi, et celle-ci cherche à garder l'exclusivité des relations économiques intercoréennes, au détriment des intérêts français les plus élémentaires, comme en atteste le récent ajournement d'un projet de manifestation économique qui aurait impliqué un établissement public français. Les ambassades sud-coréennes à l'étranger apparaissent comme les simples relais et porte-voix du gouvernement conservateur de Lee Myung-bak.

 

Ce constat de l'effacement et de la mise sous influence de la diplomatie française est plus largement celui que formulent, désabusés, des diplomates de différentes générations et origines politiques, qui on a pris pour pseudonyme collectif « Marly », dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde le 22 février 2011 :

 

«  A l'encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l'étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l'égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.

 

«  Pendant la guerre froide, nous étions dans le camp occidental, mais nous pesions sur la position des deux camps par une attitude originale. Aujourd'hui, ralliés aux Etats-Unis comme l'a manifesté notre retour dans l'OTAN, nous n'intéressons plus grand monde car nous avons perdu notre visibilité et notre capacité de manœuvre diplomatique. Cette perte d'influence n'est pas imputable aux diplomates mais aux options choisies par les politiques. »

  

« Amateurisme » , « impulsivité » , « préoccupations médiatiques », « manque de cohérence » : autant d'accusations lancées par le collectif Marly qui peuvent s'appliquer au cas d'espèce nord-coréen, en quelque sorte annonciateur du déclin de la diplomatie française, faute de se donner les moyens d'une ambition politique.

 

 

Sources principales :

- « Juin 1991, à l'occasion du Mois international de solidarité avec le peuple coréen, l'AAFC s'adresse à Madame Edith Cresson, Premier ministre, concernant la reconnaissance de la RPD de Corée par la France », Bulletin de l'AAFC, n° 35-36, 3ème et 4ème trimestres 1991, p. 5

- « "La voix de la France a disparu dans le monde" », Le Monde, 22 février 2011

- « "La France n'ouvrira pas bureau de coopération à Pyongyang" dans ce contexte de relations intercoréennes », Yonhap, 25 février 2011


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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée
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Paris Pyongyang 28/02/2011 00:19



Le principe de reconnaître les états et non les gouvernements, toujours affirmé par la France à l'époque de de Gaulle, devrait être un principe de base des relations internationales. Aujourd'hui,
notre diplomatie ne suit aucune autre règle que les humeurs du président : on reconnaît un gouvernement (!) en Côte d'ivoire, mais on ne reconnaît pas un Etat comme la RPDC, membre de l'ONU. On
ne demande à la France de soutenir la politique de Kim Jong-il, mais d'établir les relations normales d'état à état que les autres pays de l'UE ont établi sans état d'âme avec la Corée du Nord.
Cela ne pourrait que profiter non seulement à la cause de la paix, de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, de la réunification pacifique de la Corée, mais aussi au rayonnement politique,
économique et culturel de la France dans la région.



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Nouvelles de la "liste noire"

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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)